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CHAPITRE IL

Des Acéphalocystes en particulier.

Acéphalocystes du foie, hydropisie enkystée, hydatique du foie, kyste, hydatide du foie. — On les rencontre plus souvent dans cet organe que dans tout autre , sans que l'on puisse se rendre compte de cette fréquence. Leur nombre est en général peu considérable. M. Gruveilhier n'en a jamais trouvé plus de quatre; aussi élève-t-il des doutes sur l'observation de Ruysch, qui vit le foie transformé en vésicules {Thésaurus anat., n° xu, p. 34 , et l'article AeÉriiALOCYSTE déjà cité, p. 20).

Altérations pathologiques. — Le foie conserve assez ordinairement sa texture normale; quelquefois cependant il est plus dense, plus fibreux, et d'une couleur blanchâtre, surtout dans le voisinage du kyste. Les acéphalocystes s'éloignent peu de la surface du foie ; tandis qu'une partie de leur contour adhère intimement au tissu de l'organe, l'aulre soulève ses enveloppes, et vient faire saillie dans la cavité du ventre. Quelquefois un kyste volumineux occupe toute l'épaisseur de la glande , qui est convertie alors en un vaste sac hydatifère , auquel le tissu hépatique , réduit à

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quelques lignes d'épaisseur, semble servir d'enveloppe. Plus ordinairement l'acéphalocyste située à la face concave du foie s'accroît de jour en jour du côté de l'abdomen , et se fait sentir à travers les parois du ventre. Dans quelques cas, plus rares, le diaphragme est poussé par la tumeur , qui se porte dans la cavité thoracique, et finit quelquefois par y pénétrer. On a vu le diaphragme remonter, par suite du développement considérable de la tumeur , jusqu'à la troisième côte ; Gooch dit même que chez une fille âgée de neuf ans ce muscle était refoulé jusque sous les clavicules ; en même temps les côtes sont déjetées en dehors. Si le kyste se développe dans le ventre, il ne tarde pas à se montrer dans l'hypocondre droit, ou à l'épigastre ; à mesure que son volume augmente, il s'étend dans l'hypocondre gauche; on le voit même descendre jusque dans la fosse iliaque droite : l'estomac , le duodénum , le colon et la masse des intestins sont déplacés , et leurs rapports habituels changent entièrement. Enfin il peut s'établir des adhérences entre les parois du sac et les tissus adjacents; et c'est ainsi que se prépare le travail qui doit amener l'élimination des acéphalocystes.

Le kyste se compose, le plus ordinairement, de plusieurs lames superposées, dont l'épaisseur peut aller jusqu'à sept ou huit lignes. Dans une observation rapportée par Laennec, les membranes qui constituaient le sac avaient l'apparence des ligaments latéraux et des capsules fibreuses des articulations {Joe. cit., p. 220, obs. i). Le feuillet interne du sac, qui ressemble à une membrane séreuse, en raison de l'état lisse et poli de sa surface, est au contraire, dans certains cas , inégal et rugueux. Les qualités physiques et chimiques du liquide qui remplit la poche est aussi très-variable : tantôt il est limpide et transparent , tantôt il est remplacé par une matière crémeuse et épaisse , dans laquelle nagent les débris des acéphalocystes. Ges altérations, survenues dans les qualités du liquide , prouvent que l'intérieur du sac a été le siège d'une inflammation assez vive , ou bien que les vers eux-mêmes ont été atteints de maladie. Laennec ayant soumis à l'analyse la substance contenue dans un kyste du foie , a trouvé qu'elle était formée en grande partie par de la bile et un liquide puriforme uni à une certaine quantité d'albumine et de gélatine ; l'action de la chaleur produisit un coagulum jaunâtre , et les acides , un précipité abondant, floconneux, d'un blanc jaunâtre (loc. cit., p. 213). Une autre analyse, publiée dans la Revue médicale (janv. 1825), a fourni du soufre, de l 'hydrochlorate de soude en grande quantité , peu d'hydrochlorate d'ammoniaque , une matière animale soluble dans l'alcool , analogue à l'osmazôme ; de l'hydrochlorate de potasse , du phosphate de chaux , du sous-carbonate de soude , un peu de matière grasse.

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Enfin on a trouvé encore , au lieu de la sérosité normale , une substance grasse qui ressemblait assez bien à du bouillon ; il y avait en même temps une quantité très-notable d'adipocire.

Les kystes du foie renferment un nombre très-variable d'acéphalocystes : celles-ci sont solitaires ou multiples , et d'une grosseur qui n'a rien de fixe.

Symptômes. — Une douleur sourde, obtuse , profonde, est souvent le premier phénomène qui annonce le développement de l'acéphalocyste ; cette douleur paraît quelquefois à la suite d'une violence extérieure , ou bien sans cause connue : le malade la rapporte au lieu même occupé par le kyste, ou à l'épigastre. Elle semble diminuer dans certaines positions que les sujets affectent plus particulièrement : si la tumeur est volumineuse , ils fléchissent les membres inférieurs sur le tronc; quelques-uns se mettent à plat ventre, d'autres se couchent sur le côté droit. Lassus a observé que les malades se plaçaient de préférence sur le côté droit , surtout lorsque l'hydatide avait son siège dans le grandlobe du foie. La douleur dans certains cas est vive, lancinante ; elle paraît s'accroître par intervalle, quand le sujet a éprouvé quelque fatigue , ou qu'il a gardé trop longtemps la position verticale : elle peut être assez vive pour simuler une hépatite ou un abcès aigu du foie. Le plus ordinairement elle est obtuse et même nulle : le premier symptôme qui apparaisse alors est la présence d'une grosseur que le malade découvre , par hasard , en portant les mains sur le ventre; s'il est maigre, ou si les parois abdominales sont minces, on peut facilement circonscrire la tumeur, reconnaître son point d'insertion , et même sentir le liquide qui la distend.

Lorsque le kyste a un certain volume , on peut , à l'aide de la percussion médiate ou immédiate, limiter assez bien son étendue ; mais ce moyen explorateur ne peut pas faire découvrir son véritable siège. Qu'il se soit développé dans le foie ou l'épiploon gastro-hépatique, les résultats obtenus par la percussion seront les mêmes. C'est encore par la percussion que la fluctuation deviendra manifeste, et qu'on pourra sentir cette collision qui résulte du choc des vésicules les unes contre les autres. 11 faut, pour que cette sensation vibratoire puisse être perçue, que plusieurs acéphalocystes soient réunies dans un même sac ; que leur grosseur soit telle , qu'il existe un certain espace et une certaine quantité de liquide dans lequel elles puissent se mouvoir; enfin il faut que la tumeur soit assez considérable pour soulever les muscles abdominaux. Toutes ces conditions se trouvent rarement réunies; aussi ce symptôme manque très-souvent.

L'ictère s'est montré dans un assez grand nombre de cas pour qu'on puisse le ranger au nombre des symptômes de l'affection qui nous occupe. Nous l'avons observé plusieurs fois au moment où les acé-

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phalocystes commençaient à se former : les faits consignés dans les auteurs en offrent beaucoup d'exemples. Il ne faut pas s'attendre à trouver toujours une couleur jaune fortement prononcée ; la peau est plutôt verdàtre ou d'un blanc jaunâtre fort remarquable.

Quelques symptômes annoncent que la désorganisation a frappé le sac qui renfermait les vers vésiculaires , ou que la mort de ceux-ci a entraîné une inflammation éliminatrice dans les parois du kyste et les tissus environnants. Mais ces symptômes , que Lassus a indiqués avec soin, et qui sont en grand nombre, n'appartiennent pas , à vrai dire , à la maladie ellemême, mais aux accidents qui la compliquent. On les observe surtout lorsque la tumeur, ayant acquis un volume considérable, s'enflamme et suppure. Voici les signes de cette inflammation : un mois ou deux avant la mort du malade les fonctions disgestives se troublent; l'anorexie, une soif assez vive , des nausées, des vomissements de matière verdàtre, des éructations surviennent ; des douleurs très-intenses se manifestent dans l'hypocondre ou dans la région épigastrique , et rendent très-pénibles les derniers instants du malade. La gène de la respiration , qui existe dans un certain nombre de cas , résulte sans doute de la compression exercée par la tumeur sur le diaphragme et les poumons. Le pouls est petit , serré : les selles liquides ou naturelles , les urines rares. L'amaigrissement fait des progrès rapides ; les extrémités se refroidissent , et la face devient hippocratique. Laennec, qui avait observé plusieurs fois une expression toute particulière de la face , avait proposé de lui donner le nom de fades erecta(/oc. cit., p. 2 16). Ces symptômes, signalés par Laennec, Lassus, MM. Andral et Cruveilhier, sont toujours graves, et présagent une fin prochaine. Cependant on a vu des malades mourir par le seul fait de la présence des acéphalocystes , sans qu'aucun travail inflammatoire ait frappé leurs parois.

Terminaisons et accidents consécutifs. — Il est impossible de fixer la durée de cette affection. Elle persiste souvent pendant plusieurs années sans inconvénient pour le malade. Mais si le volume des acéphalocystes augmente avec une grande rapidité , l'inflammation ne tarde pas à s'en emparer, et la mort survient promptement. Les coups, les chutes, les efforts violents, peuvent aussi amener la suppuration ou la rupture du kyste. Lorsque celui-ci se développe lentement , les fonctions des organes qu'il comprime ne sont d'abord que faiblement dérangées ; ce n'est qu'au bout d'un certain temps que l'on voit arriver le marasme , en raison de la souffrance des organes de nutrition. L'inflammation chronique des parois du kyste détermine souvent tous les symptômes de la fièvre hectique. Les acéphalocystes insérées sur la face convexe du foie peuvent, en refoulant le diaphragme et le poumon, contracter des adhérences

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avec ces parties, et s'ouvrir dans une bronche, comme on en a des exemples ; ils peuvent encore produire un hydro-thorax, ou une atrophie du poumon. Quelquefois les acéphalocystes s'unissant, par une inflammation adhésive,aux parois de l'estomac, du colon ou du duodénum, se vident dans l'intérieur de ces viscères, et sont rejetées par les selles. On les voit enfin s'avancer au dehors , sous la peau, et finir par se rompre. Lassus croit que cette rupture est toujours suivie de mort: il cite cependant une observation tirée de l'ouvrage de Guttani , où un kyste s'ouvrit spontanément, et plus de trois cents hydatides s'échappèrent par l'ouverture, qui resta fistuleuse pendant six ans; le malade finit par guérir (Lassus, Rech. et observ. sur l'hydr. enk. du foie ; Joum. de méd. de Corvisart, t. i, p. 137). M. Cruveilhier rapporte aussi, d'après d'autres auteurs , des observations d'hydatides qui se sont ouvertes au dehors (loc. cit., p. 224 et suiv.). Si le kyste vient à se rompre dans la cavité du péritoine, une inflammation très-vive de cette membrane ne tarde pas à faire périr le sujet. M. Cruveilhier parle de deux cas de rupture dans lesquels la mort ne fut pas immédiate ; mais il remarque qu'on ne peut avoir que des présomptions sur l'époque précise de cet accident, attendu que l'attention des observateurs n'était pas assez fixée sur les changements qui avaient pu survenir dans les parois du kyste. On comprendra combien l'opinion de Morgagni et de quelques autr es , qui trouvaient l'origine de presque toutes leshydropisies dans la rupture de ces poches séreuses , est fausse et erronée, puisqu'on a presque toujours vu succomber, au bout d'un temps très-court, les individus chez lesquels elle avait lieu.

Diagnostic. — Les abcès du foie sont les tumeurs que l'on confond le plus ordinairement avec les acéphalocystes. Lorsque aucune circonstance eommémorative, aucun symptôme local ou général ne peut fournir de lumière, l'erreur est difficile à éviter. Si le malade a fait une chute sur le côté, s'il a été atteint d'hépatite, ou s'il a ressenti une douleur assez viveà la suite de laquelle s'est élevée une tumeur dans l'hypocondre droit, on pourra soupçonner un abcès. Quelquefois le volume de la tumeur que l'on rencontre est considérable; elle occupe l'hypocondre droit, ou l'épigastre, et même ces deux régions à la fois : il est probable alors que ce n'est pas un abcès du foie qui a cette étendue , mais une acéphalocyste. Ceile-ci peut être assez petite pour simuler un abcès ou la vésicule du fiel distendue par la bile; il est alors presque impossible de se prononcer sur la nature de la maladie : toutefois on s'attachera à retrouver en percutant cette sensation de collision qui ne peut appartenir qu'à des acéphalocystes. Il importe beaucoup d'établir un diagnostic précis , car la mort suit presque toujours l'ouverture de ces kystes animés, parce que l'in-

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traduction de l'air détermine dans la poche séreuse de l'inflammation , de la suppuration et des résorptions purulentes.

On peut confondre encore avec elles des athérômes, des kystes séreux , d'autres vers , tels que le cyslicerque ladrique, la douve. L'erreur est ici presque inévitable; mais elle n'a aucune suite fâcheuse, puisque la conduite à tenir est la même dans tous les cas.

Dans l'hépatite aiguë ou chronique , les symptômes sont très-différents : la tumeur est égale , et formée par le parenchyme hépatique; et d'ailleurs l'absence de toute grosseur circonscrite, la percussion, le palper, permettront d'établir facilement un diagnostic.

L'auscultation est un moyen précieux de découvrir si Pacéphalocyste se développe du côté de la poitrine : la matité pourrait faire croire à un épanchement pleurétique ; mais tous les autres signes dissiperont les doutes. Doit -on, pour acquérir une certitude entière sur la présence de cet entozoaire , recourir à la pouction exploratrice que M. Récamier a employée, dans quelques cas, avec succès. Jusqu'à présent le nombre des faits n'est pas assez grand pour qu'on puisse recommander ce moyen de diagnostic ; M. Récamier ne s'en est encore servi que pour tenter de détruire les kystes à l'aide d'une opération chirurgicale.

Causes. — On ne connaît pas la cause de l'espèce de prédilection que les acéphaîocystes semblent affecter pour le foie. La cause la plus ordinaire est une violence extérieure , une chute , qui a porté son action sur l'organe. Quant aux causes immédiates, prochaines, de leur développement, nous ne reproduirons pas les opinions de chaque auteur, parce qu'elles n'ont toutes que la valeur d'une hypothèse. Traitement. — Les moyens de traitement sont trèslimités. On a cherché à obtenir la résolution de la grosseur par des fondants de toute espèce , les pilules de savon, de ciguë, de calomélas et d'opium uni à ces diverses substances. Nous passons sous silence les remèdes que l'on a dirigés pendant longtemps contre les obstructions , parce qu'ils n'ont aucune action sur les acéphaîocystes. On a eu recours quelquefois aux purgatifs salins, aux toniques amers et aromatiques, à l'huile essentielle de térébenthine, à la dose de dix à douze gouttes, dans une émulsion, deux fois par jour. On a donné encore l'essence de térébenthine en lavement]lorsque l'estomac ne pouvait la garder. On remplace aussi l'huile essentielle de térébenthine par des pilules de térébenthine ou le goudron. L'huile empyreumatique de Ghabert , préparée comme nous l'avons dit en parlant de la thérapeutique générale des acéphaîocystes , peut être administrée deux fois par jour, en commençant par six ou huit gouttes dans un verre d'émulsion. Ghabert l'a prescrite à plus forte dose;

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mais alors elle a l'inconvénient d'irriter les intestins et la vessie. Les frictions mercurielles sur la tumeur et sur le ventre, poussées jusqu'à salivation, paraissent avoir réussi dans quelques circonstances. Enfin on a proposé les applications d'hydrochlorate d'ammoniaque sur l'hypocondre droit, et l'usage du sel commun à l'intérieur.

Quand la tumeur vient faire saillie sous la peau , qu'elle en est peu éloignée , convient-il de recourir à une opération chirurgicale propre à évacuer le liquide renfermé dans le kyste ? Suivant M. Cruveilhier, la ponction à l'aide du bistouri , et l'issue funeste de cette opération, lors même que des adhérences salutaires préviennent tout épanchement dans l'abdomen, sont bien propres à éloigner l'idée de toute manœuvre chirurgicale. Lassus s'oppose très-formellement à ce qu'on ouvre les tumeurs enkystées, et taxe d'impéritie tout homme qui tenterait ce moyen de guérison (loc. cit., t. i,p. 135). M. Récamier a proposé de recourir à une ponction exploratrice dans la tumeur pour en reconnaître la nature: une fois qu'il s'est assuré que c'est un kyste , il préfère l'ouvrir avec la potasse caustique ; il espère , par une première application , provoquer des adhérences salutaires entre la poche et les parois abdominales. Pour arriver à ce but , il faut d'abord que la potasse n'étende pas son action jusqu'au péritoine; une fois que l'on suppose les adhérences établies , on procède à une seconde application. Lorsque le liquide s'est vidé par la plaie du ventre , on fait dans la cavité du kyste des injections, d'abord émollientes , puis légèrement excitantes, afin de prévenir l'introduction de l'air; on bouche ensuite l'ouverture avec un tampon qui doit s'opposer à l'arrivée incessante de l'air (Rec. méd., janv. 1835). M. Cruveilhier a fait sur les animaux quelques expériences pour étudier le mode d'action de la potasse; il a vu que, dans le lieu de la première application, le colon adhérait aux parois abdominales ; la seconde déterminait la formation d'une escarre dans le colon , sans qu'il se développât de péritonite. Nous terminerons en disant que l'expérience n'a pas encore prononcé sur la valeur de ce traitement chirurgical , qui , dans tous les cas , ne doit être employé qu'avec circonspection.

Acéphaîocystes du poumon, hydatides viscérales de quelques auteurs. — Elles sont très-communes chez les animaux; on les rencontre aussi chez l'homme en même temps que l'affection tnberculeuse. On ne connaît pas encore d'une manière bien certaine le véritable siège des acéphaîocystes du poumon. L'observation la plus curieuse est celle de Geoffroy, et encore manque-t-eîle des détails nécessaires pour éclairer ce point intéressant d'anatomie pathologique. On ne peut savoir au juste si c'était dans le poumon ou dans l'un des deux feuillets de la plèvre que les entozoaires étaient situés (Bull, de la Soc. de méd. ,

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1805,n. xu). Laennec pense qu'ils occupaient d'abord le pouniou , et qu'en se développant , ils se sont portés à sa partie externe , et l'ont refoulé contre le médiastin (Trait, de l'ausc, ch. m, Vers yksici-

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Une gêne plus ou moins considérable , des accès de suffocation, se manifestent à mesure que le poumon est repoussé contre la colonne vertébrale ou les côtes, suivant le lieu occupé par les acéphalocystes. Dans ce cas, la matité devient de jour en jour plus étendue; en même temps le bruit respiratoire cesse de se faire entendre dans les mêmes points. L'expectoration de vessies , molles , blanches et transparentes , est le signe vraiment pathognomonique de cette affection. On trouvera des exemples de cette expectoration dans plusieurs auteurs (voir Bibliogr.). La jeune personne dont parle Laennec offrit tous les symptômes d'une phthisie pulmonaire et la fièvre hectique , jusqu'à ce qu'elle eut rendu par les selles une quantité considérable d' acéphalocystes. «Ne peut-on pas penser, dit Laennec , que chez cette malade , un kyste placé dans le poumon gauche se sera ouvert , à travers le diaphragme , dans l'estomac ou le colon transverse?» (Trait, de ïauscult., ch. m, Vers vésicul.).

Dans une observation fort curieuse, le kyste s'étant rompu dans la plèvre , et communiquant d'autre part avec les bronches, on entendit très-distinctement la voix amphorique. Ce symptôme ne serait pas propre à lever toute incertitude ; car s'il est vrai que des tubercules existent souvent avec des acéphalocystes , on ne saurait auquel des deux attribuer l'excavation (Clinique des hôpit., n° v). M. Cruveilhier croit que les poches contenant les vers, peuvent former une caverne pulmonaire; mais il ne dit pas avoir observé cette disposition chez l'homme (loc. cit., p. 252). On pourra distinguer l'épanchement pleurétique de l'acéphalocyste, qui fournit les mêmes symptômes, à ce que dans celle-ci l'égophonie , la matité et l'absence de bruit respiratoire, occupent toujours les mêmes points, quelle que soit la position que l'on donne au malade. Ces mêmes phénomènes peuvent encore dépendre de la présence d'une hydatide du foie qui refoule le diaphragme. Ordinairement les progrès d'un épanchement sont beaucoup plus rapides que ceux d'une acéphalocyste ; il faut avouer cependant que le diagnostic est quelquefois très-obscur.

Laennec recommande les bains salés, et dit les avoir employés avec succès chez des personnes qui avaient rendu des acéphalocystes , ou qui portaient des tumeurs qu'on pouvait croire formées par ces entozoaires.

Acéphalocystes de l'ovaire. — La confusion la plus grande règne au sujet des hydatides des ovaires, parce qu'on a désigné sous ce nom des vésicules qui n'ont souvent entre elles que des rapports éloignés.

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Cependant les acéphalocystes ont une structure qui les fait aisément reconnaître.

Aucun organe n'est plus disposé que l'ovaire à la formation de kyste de toute espèce. Tantôt il semble qu'une des vésicules de cet organe se soit distendue pour constituer une poche remplie de liquide ; tantôt il existe dans cette poche une foule de loges ou de cellules pleines d'une humeur dont la consistance varie , depuis celle de la simple sérosité jusqu'à celle de la matière crayeuse. D'autres fois c'est une substance athéromateuse, des poils, ou des débris de fœtus que contiennent ces vésicules. Un examen, même superficiel , ne permet pas de confondre les acéphalocystes avec ces kystes dont la structure est différente.

Lorsque les acéphalocystes de l'ovaire prennent un grand volume , les trompes s'appliquent contre une de ses parois , et suivent dans son développement ; il s'établit des adhérences avec le vagin , le rectum et la matrice. On a vu le liquide contenu dans le kyste passer dans l'utérus à l'aide d'une communication établie par la trompe (Dict. de méd. et chir. prat., p. 258). Ainsi peuvent s'expliquer ces hydropisies de l'ovaire qui se sont vidées dans l'intérieur de la matrice. Les poches des acéphalocystes sont très-disposées à l'inflammation : le liquide s'altère, devient puriforme, les vers vésiculaires périssent, et la suppuration qui survient sur ces entrefaites est une terminaison fâcheuse qu'on observe assez souvent.

Les symptômes qui révèlent l'existence d'une acéphalocyste de l'ovaire sont presque les mêmes que ceux de l'hydropisie enkystée, avec laquelle il est presque impossible de ne pas la confondre. On peut quelquefois en reconnaître la nature lorsqu'on sent le kyste à travers les parois du vagin et du rectum. D'abord la tumeur se développe dans le petit bassin et occupe un de ses côtés; elle s'annonce par des douleurs que la malade éprouve longtemps avant qu'auGiuie tumeur ne se manifeste dans le ventre. On perçoit, à l'aide du toucher, la fluctuation, qui devient très-appréciable; mais il faut prendre garde, dans ce cas, de ne pas rapporter à une tumeur de ce genre la fluctuation à laquelle l'hydropisie ascite peut aussi donner lieu. L'acéphalocyste de l'ovaire se montre d'abord dans un des côtés du ventre , et cette circonstance éclaire son diagnostic; elle gêne l'excrétion des matières fécales et l'émission des urines. On sent quelquefois très-bien la fluctuation à l'aide d'un doigt porté dans le vagin , et en percutant la tumeur par la région hypogastrique.

Traitement. — Laporte et Morand ont proposé l'extirpation des ovaires malades. Cette opération nous semble presque impraticable en raison du volume considérable que la tumeur peut acquérir , et surtout en raison des adhérences qui unissent le kyste aux organes environnants. M. Roux ayant trouvé une tumeur qui

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faisait saillie du côté gauche du vagin , et soupçonnant qu'elle était formée par un kyste , pratiqua sur elle une incision en T, et la malade ne tarda pas à recouvrer la santé {Clin, des hôpit., t. u, n° 46). M. Cruveilhier , se fondant sur le succès de cette opération hardie, pense que «s'il y avait des probabilités pour l'existence d'un kyste hydatique ou séreux, on pourrait, on devrait même tenter une ponction exploratrice, avec un trocart très-délié ; on agrandirait l'ouverture si la sortie d'un liquide transparent dénotait l'existence d'un kyste.»

Acéphalocystes utérines, môles hydatique s ou vésiculaires, hydropisie hydatique ou vésiculaire de la matrice ; fausse grossesse; hydromelra hydatica vesicularis. — 11 y a, entre les acépholocystes placentaires et les kystes , des différences remarquables. Les vésicules multiples, dont la réunion constitue la môle en grappe [Jcephalocystis racemosa, H. Cloquet) , ainsi que les vésicules séparées que l'on trouve en grand nombre sur le placenta, sont toujours supportées par un ou plusieurs pédicules , plus ou moins longs, insérés eux-mêmes sur d'autres pédicules. Us reçoivent bien évidemment leur nourriture par les vaisseaux qui s'introduisent par les pédicules. Cette dernière circonstance empêcherait seule de les confondre avec les âcéphalocystes , qui sont parfaitement libres dans la cavité qui les renferme, et ne reçoivent leur nourriture par aucun vaisseau. Quelquefois les vésicules transparentes , formées par la réunion des kystes hydatiques, sont rejetées seules ou av.ee des débris de fœtus. Dans d'autres cas, le placenta est converti entièrement en ces vésicules , qui peuvent aussi n'occuper qu'une partie de son étendue. Toutes ces hydatydes utérines donnent lieu à de fausses grossesses, mais ne constituent pas de véritables âcéphalocystes.

11 n'y a de signe certain de leur existence que leur expulsion au dehors , ce qui arrive fréquemment lorsqu'elles sont isolées (Gardien, Traité des accouch., vol. i, p. 559). Comme les signes qui annoncent la présence des âcéphalocystes utérines sont les mêmes que ceux fournis par les hydatides , nous les rapporterons d'après Mougeot : «Deux symptômes paraissent spécialement affectés à cette espèce de gravidité; il existe une alternative de petites pertes rouges et aqueuses qui commencent, chez la plupart des femmes, dès le deuxième mois , et continuent à de plus ou moins longs intervalles jusqu'à l'époque de la parturition. Le col reste constamment béant, et ne change que peu de forme et de place. Le terme des môles hydatiques n'est pas plus fixe que celui des autres môles; en général elles sont rendues du troisième au dixième mois» ( Mougeot , Dissertation sur les hydatides). M. Percy a vu aussi survenir de petites pertes par intervalle avant que les malades rendissent des hydatides (Chopart, Malad. des voies urin., p. 50 et

suiv-). Suivant Gardien , quelques observations prouvent que ces tumeurs restent souvent dans la matrice plusieurs années.

Les âcéphalocystes de l'utérus peuvent se montrer indépendammentdu rap prochement des sexes. Les hydatides, ou placentaires oulibres, se rencontrent plus souvent chez les femmes mariées , celles qui ont eu des enfants , ou atteint l'âge critique. Mougeot dit qu'on pourrait citer vingt exemples d'une môle hydatique chez une femme mariée , pour une seule chez une femme célibataire. On a conseillé les injections avec l'oxycrat , l'eau salée. S'il est vrai que ces substances ont été utiles , c'est en excitant les contractions utérines.

Acéphalocyste du cerveau. — Nous ne décrivons pas sous ce nom les kystes séreux que l'on rencontre fréquemment dans le plexus choroïde. Morgagni , en parlant des kystes du cerveau et de la moelle , donne leurs caractères et non ceux des vésicules qui nous occupent en ce moment. Dance dit avoir vu , dans le cerveau d'un épileplique , une véritable acéphalocyste (M. Cruveilhier, art. Acéphal. , p. 266). Quant à l'observation de Morrach , rapportée par Bremser , on ne peut assurer positivement que la vésicule soit une acéphalocyste (Bremser, loc. cit., p. 305). Le sujet de cette observation est une jeune fille de seize ans , qui , à la suite d'attaques et de syncopes violentes , perdit la vue, l'ouïe, l'odorat , fut paralysée de tout le côté gauche, et mourut d'apoplexie. Treutîer dit avoir trouvé dans le plexus choroïde un vers dont il fait un tœnia, auquel il donne l'épithète d' ' Albo-punctata (Treutîer, loc. cit., de Nova specie Tœniœ albo-punctata in plexu choroideo irivento, p. 1 et 9). Les planches qu'il a jointes, et qui sont fort exactes , prouvent que cet animal n'est pas une acéphalocyste; on voit d'ailleurs qu'il est muni d'un seul suçoir et de six crochets. Laennec n'a pu y reconnaître aucun des vers vésiculaires connus. M. Odier , .de Genève , a vu , dans le ventricule du cerveau d'un enfant mort d'hydrocéphale, une hydatide sans aucune adhérence : était-ce une acéphalocyste ?

Les vésicules que l'on rencontre le plus souvent dans le cerveau appartiennent aux polycéphales {Policephalus, 2e genre de Laennec). On les reconnaît à une vessie caudale, sur laquelle sont insérés plusieurs corps semblables à ceux du cysticerque. Le polycéphalc du cerveau est celui que nous offre le mouton , et qui occasionne la maladie connue sous le nom de Tournis. Goeze l'a désigné sous le nom de Tœnia cérébral à plusieurs têtes {Tœnia vesicularis cerebrinamulticeps). Mougeot a rapporté, d'après Zéder, l'observation d'une jeune fille qui mourut à la suite de violents maux de tête et de tournoiement qui la forçaient à heurter contre les objets environ-

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liants, à peu près comme les moutons affectés du tournis ; elle perdit la mémoire et ne pouvait supporter la lumière. A sa mort on trouva dans le troisième et le quatrième ventricule une douzaine de vessies de diverses grandeurs; quelques-unes égalaient un œuf de poule. Ces vessies étaient pleines de sérosité limpide ; le ventricule était distendu par ce liquide ; des petits corps adhérents à la face externe, en nombre variable, étaient disposés par groupe ; l'absence de suçoir semblerait devoir rapprocher ces poches des acéphalocystes. Zéder, Goeze,Laennec, les ont placées à côté du polycéphale cérébral , quoiqu'elles en diffèrent par plusieurs particularités importantes qu'il est inutile de faire connaître ici.

Les acéphalocystes de la rate ne sont pas trèsrares. M. Gruveilhier, malgré les observations qu'il a faites, n'a pu encore déterminer d'une manière précise leur véritable siège. La rate lui a paru souvent intacte et appliquée seulement sur les parois du kyste. Il serait donc possible que les kystes se fussent développés dans l'épaisseur de l'épiploon gastro-splénique. Luedersen a trouvé la rate convertie en un sac énorme.

On a observé les acéphalocystes dans les articulations vraies et fausses , les bourses muqueuses , les gaines des tendons , et surtout au poignet. Les petits corps blancs, durs, fibreux, de forme et de dimension variables , que Monro , Dupuytren, Laennec, ont rencontrés dans le voisinage du poignet et dans la gaîne des fléchisseurs, ont été regardés comme des acéphalocystes par Laennec , tandis que MM. Raspail , Bosc et Duméril leur refusent une vie propre. M. Raspail leur a donné le nom de corps ovuligères.

Les exemples d' acéphalocystes des os sont trèsrares. Celui qui est consigné dans le n° 62 de la Gazette médicale (avril 1833) offre un grand intérêt. 11 s'agit d'une fracture de l'humérus qui resta sept mois sans se consolider. M. Dupuytren s'étant décidé à faire la résection , fut très-surpris de trouver, sur l'extrémité libre du fragment inférieur, une cavité double et même triple de la grandeur que peut avoir la cavité médullaire dans l'état normal. Elle contenait de l'adipocire et des acéphalocystes de grosseur variable, les unes très-petites, les autres du volume d'une noisette. 11 en sortit pendant plusieurs jours par l'ouverture de la plaie, ainsi que des débris du sac qui les renfermait. Le sujet étant mort, on trouva la cavité médullaire s'étendant jusqu'à l'extrémité inférieure de l'os. 11 existait en même temps des hydatides dans l'épaisseur des muscles du bras.

Les acéphalocystes se sont montrées dans toutes les parties du corps : dans le corps thyroïde, la duplicature du péricarde , entre la tunique des intestins , les lames de l'épiploon , les reins , l'épaisseur des parois de l'abdomen , le tissu cellulaire du cou , de l'épaule ,

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de la cuisse. Nous ne pouvons donner de chacune de ces acéphalocystes une description générale , puisqu'il n'existe qu'un petit nombre d'observations particulières.

Historique et bibliographie des acéphalocystes en général. — Hartmann , Tyson et Malpighi ont, suivant la plupart des auteurs, étudié et décrit presque en même temps les acéphalocystes. On a voulu cependant trouver dans des auteurs beaucoup plus anciens leur découverte. Morgagni et d'autres anatomistes ont cru reconnaître les hydatides dans un passage d'Arétée. Pour que chacun puisse juger ce point intéressant de l'histoire des vers vésiculaires , nous transcrivons ici la traduction fidèle que Laennec a donnée de ce passage : «11 est encore une autre sorte d'hydropisie ; elle est formée par de petites vessies remplies de liquide et rassemblées en grand nombre au lieu où se forme l'ascite. Elles sont certainement remplies d'une grande quantitée de liquide. Voici le signe de cette maladie : Si vous percez l'abdomen , il en sortira peu d'eau, parce que l'ouverture est bouchée par la vessie. Si vous enfoncez une seconde fois l'instrument , l'eau coule de nouveau. Cette sorte d'hydropisie n'est pas une affection légère ; il n'est pas facile de savoir d'où viennent ces sortes de vessies : plusieurs disent qu'elles viennent des intestins; pour vrai, je ne l'ai point vu; c'est pourquoi je n'affirme rien là-dessus et je n'ai rien à en dire. Au reste, soit que ces vessies viennent du colon, soit qu'elles viennent de l'estomac, comment se remplissent-elles? Cela est difficile à concevoir , car le canal intestinal est glissant et propre à faciliter le cours de toutes les choses qui y sont contenues. »

On a prétendu aussi que l'existence des hydatides était connue d'Hippocrate. L'auteur de cette opinion, William Kerr , prétend que le médecin grec les a indiquées sous le nom de cpupux (vomique). Certains animaux, ainsi que l'homme, lui en ontfournides exemples. Il croyait que leur fréquence , plus grande chez l'homme que chez le bœuf, était expliquée par la différence de nourriture. 11 les avait observées dans la poitrine, où elles sont cependant assez rares, et les regardait comme précurseurs de l'anasarque (irepi-ruv evToç im-ruv, sect. v.). Rudolphi (loc. cit., vol. I , p. 41 ) croit qu'Hippocrate ne connaissait que l'ascaride lombricoïde , vermiculaire , et le taenia. L'autorité de cet helminthologue doit être prise en considération. — Galien dit que le foie est très-propre à engendrer des hydatides dans la membrane qui le revêt ; car de temps à autre on trouve dans les animaux que l'on sacrifie ce viscère rempli de vésicules pleines d'eau ( Comm. in aph. 54 , lib. 7).

Ce fut en 1686 que Hartmann, en Allemagne, regarda quelques-unes des vésicules désignées sous le nom d' hydatid es , comme des êtres doués de la vie; il

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les appela venues vesiculares (Eph. nat. cur., an. iv, dec. h, obs. 73). Jusqu'à lui les vers vésiculaires avaient été confondus, sous le nom d'hydatides, avecles kystes et des altérations pathologiques plus ou moins analogues. — Tyson, en Angleterre, les considéra sous le même point de vue, sans avoir eu connaissance des travaux d'Hartmann (Phil. Tram., n. 1 93 j Lumbricus hydropicus, or an essay to prove liât, hydatides, etc., ann. 1691 ; et Coll. acad.,t. vu, p. 1 1 7). Il rapporta l'histoire d'un malade qui présenta au côté droit une tumeur qui fut ouverte , et laissa échapper une grande quantité <îe liquide et plus de cinq cents vessies. Il connaissait très-bien les diffé- I rentes formes que peuvent affecter les vers vésiculaires ; les hydatides qu'il eut occasion d'observer lui | offrirent tantôt lin simple sac contenu dans un autre sac, et tantôt une vessie eaudale qu'il regardait comme l'estomac surmonté d'un cou opaque et rétractile. Quant à la description qu'il a donnée du Lumbricus hydropicus, ce ne serait, suivant quelques auteurs, qu'une acéphalocyste, et suivant Laennec, le cysticerque fibreux; aussi nous n'avons pas donné le mot de lumbricus hydropicus comme synonyme d' acéphalocyste. — On ne trouve plus de recherches bien importantes sur ces entozoaires jusqu'à Pallas (1 767). Nous devons dire cependant que Malpighi (Eph. nat. cur., an. vu, p. 58, 59) signale aussi l'existence des vers vésiculaires. Mais c'est à Pallas que nous devons les découvertes les plus complètes sur ce sujet (Pallas , loc. cit. ). Il fit graver avec le plus grand soin les diverses espèces de cysticerque , et se servit du microscope pour faire ses observations ; il les rapprocha avec juste raison des vers vésiculaires, et soupçonnant que les hydatides de l'homme jouissent de la vie , il les fit connaître sous le nom de Tœnia hydatigêne dont il fit une classe à part, dans laquelle les acéphalocystes furent comprises. Gmélin les a confondues avec le tœnia globosa et visceralis (Syst. nat., pars vi, p. 359). — Linnée (Amœn. acad. et syst. nat.), qui n'avait qu'une connaissance imparfaite des vers vésiculaires, n'a fait aucune recherche spéciale sur les acéphalocystes en particulier. — Goeze {loc. cit.) les a très-bien décrites , mais les regarde eomme des vers imparfaits privés de tête. Wernerestun des auteurs qui en a donné la meilleure description , quoiqu'il les rapporte dans certaines circonstances à la dégénérescence des vaisseaux lymphatiques. Blooch, le premier, étudia la composition chimique du liquide renfermé dans les hydatides, et lui trouva toutes les qualités de la sérosité la plus pure; son ouvrage a plus d'intérêt pour le naturaliste que pour le médecin. (Blooch, Traité de la génération des vers, trad. de l'ail., Strasb., 1788). — Treutler (Observ. pathol.-anat. auctarium ad helminlhologiam hum. corp. cent., Leips., 1793) est un observateur exact à qui l'on doit

des planches fort précises : l'une d'elles représente un taenia des viscères qui ne serait , suivant quelques auteurs, qu'une acéphalocyste. Zéder, dans son Supplément à Y Histoire des vers intestins de Goeze , donne une description assez exacte des granulations qu'on trouve sur les parois des acéphalocystes (Erster Nachtrag zur Naturgesehichte der eingeweidewuermer, von Goeze, etc., Leips., 1800). — Nous n'avons rien à dire de l'ouvrage de Joerdens, qui est plutôt utile à l'histoire naturelle qu'à la pathologie (Joerdens , Helminthol., 562 , sur l'Échinocoque ). Rudolphi , dans son Histoire des Entozoaires ( Entozoorum sive vermium int. hist., Amst., 1 808), étudie tous les vers que l'on rencontre chez l'homme et les animaux. Son érudition, ses recherches nombreuses, le placent au rang des naturalistes les plus distingués ; mais il ne consacre que peu de lignes aux considérations qui peuvent intéresser le médecin praticien. Dans le vol. 1 er, p. 1 1 2, 1 1 3 et suiv., il parle des vers vésiculaires : la description de l'échinocoque et des hydatides peut s'appliquer à celle des acéphalocystes. — Brera (Traité des maladies vennineuses, 1 804) envisage surtout, dans l'histoire des]vers, ce qui intéresse la médecine; mais il ne dit que quelques mots (pag. 33 , et suiv. ) des vers vésiculaires, et est très-incomplet. Mougeot (Essai zoologique et médical sur les hydatides, an Eu, Paris) a fait connaître une foule de particularités intéressantes sur la disposition et la structure des hydatides. — Luedersen (De hydatidis dis sert, inauguralis, in-4°,Gotting., 1808) envisage les hydatides dans toutes les variétés de forme qu'elles peuvent affecter. Il a rendu de grands services à cette partie importante de l'histoire naturelle ; il confond à dessein toutes les vésicules de nature très-différentes sous le nom d'hydatides. Du reste, il est impossible d'être plus complet que cet observateur infatigable ; et s'il crée quelquefois des distinctions un peu délicates , il ne faut en accuser que le zèle qu'il met à rendre sa description exacte. Laennec a fécondé de ses nombreuses recherches, et surtout des fruits de sa critique sévère, l'histoire des acéphalocystes , qu'il a établie d'une manière définitive dans la science. Nous avons donné de son Mémoire une analyse complète qui nous dispense d'insister plus longuement sur son travail. — On pourra consulter encore avec avantage la Faune des médecins , de M. H.€loquet (t. i, Paris, 1822), et l'article acéphalocyste de M. Cruveilhier (Dict. de mèd. et de chir. pratiq.), qui comprend le résultat de ses nombreuses recherches d'analomie pathologique.

Historique et bibliographie des acéphalocystes en particulier. — Les observations d' acéphalocystes sont éparses dans une foule d'ouvrages. Le Mémoire de Lassus (Recherch. et obs. sur l ' hydropisie enk. du foie, loc. cit., p. 1 1 5 et suiv.) en réunit un grand

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nombre. — Laennec (Mém., cit., p. 194, 203, 214) en rapporte trois, riches en détails anatomiques. — On en trouvera encore dans les recueils suivants : Corvisart et Leroux (Journ. de méd. , t. i, p. 21); Luedersen (Joe. cit.); Récamier (Rev. méd., 1825).

— Acéphalocyste du poumon, Johnson (Transact. philosoph., vu part., p. 180). — Collet (Comment. de rébus, in sc.nat., y.xix, p. 222). — Baumes (Annales de Montp., 1. 1). — Geoffroy fils (Bull, de la Soc. de l'École de Méd., 1805, n. xii. — Journal de méd., de Corvisart et Ler, t. n, prairial 1801): ce journal offre un exemple d'expectoration d'acéphalocystes; on en trouve un autre dans Laennec (Trait, de l'Ausc, ch. m, Vers vésiculaires). — Acéphalocyste ouverte au niveau des trois fausses côtes (Recueil périod. de la Soc. de méd., février 1812; Cruveilhier (Aceph., loc. cit., p. 249). — Communication d'une acéphalocyste dans la plèvre et la bronche (Cliniq. des hôp., Journ. analyt., n. 5, p. 204). Bidloo (Exercitationes anat. chirurgicœ, ex. 2, p. 10, de hydatibus). — Belchier, (Philos. Transact., n. 423). — Bergeron, (Dissert. path. méd.). — Acéphalocyste de la matrice , percy dans Chopart (Maladies des voies urinaircs,^. 50 et suiv.) ; Gardien (Trait, d'ace, 3eédit. v.i, p. 558).

— Acéphalocyste du corps thyroïde , Lieutaud (Mém. de l'Acad. roy. des Sciences, 1 754). — Du Péricarde (Biblioth. germ. , t. iv). — Acéphalocyste du tissu cellulaire extérieur au péritoine, Morand (Mém. de l'Acad. roy. des Sciences, 1722). — Entre la tunique des intestins, Richter (Bibl. germ.,t.\y); Laennec (Mém. cit., obser. iv, p. 235, 245). — Entre les lames de l'épiploon (Laennec , ibid.) — Le tissu cellulaire des parois de l'abdomen (ibid.). — Dans les reins, Chopart (Maladies des voies urin., p. 50 et suiv.); Baillie (Traité d' anat. path., traduit de l'angl.). — Dans la cuisse , Werner (Verm. int. brec, exp., p. 68). — Le poignet, Laennec (loc. cit., p. 1 70) ; Cruveilhier (loc. cit., p. 268).

ACNÉ , s. f. , mot dérivé probablement de Axr/i , paille, duvet, chose légère; ou de &6pa , àx^àu, force, vigueur.

Synonymie française et étrangère. — Bourgeons, Saphir, Bouton, Couperose , Mentagre. Fr. — Axvyi, £sviov, iovôoç. Gr. — Varus. Lat. — Acné. Itaî. et Esp. — Stonepock maggot-pimble whelhs. Angl.

— Finen, Bothgesicht. Allein. — Vinen, Steetipuistjes. Holl.

Synonymie chronologique. — Axvyi, Aétius. Varus. Sennert, Linnée, Sagar-Bacchia. Linnée , Gutta rosea vel rosacea. — Sauv. Vog. Darw. Psydracia acné. — Sauv. Phymatosie acné. — Young. Ionthus varus et corymbifer. — Good. Phymafaciei, Phyma ivasi. — Swed. Herpès pustulosus. Dartre pustuleuse, Alibert. — Acné,

Mentagre, Couperose: Biett, Cazenave et Schedel , Guibert , Rayer.

Définition. — Inflammation des follicules de la peau , caractérisée par des pustules peu volumineuses , isolées, acuminées, distinctes, enveloppées à leur base par une aréole d'un rouge vif, quelquefois violacée , laissant après leur disparition des taches violettes légèrement élevées à la surface du tégument, susceptibles d'affecter la peau du visage , du col , des épaules , ou de toute autre partie pourvue de follicules.

Division. — On pourrait faire subir à l'histoire de l'acné une division importante reposant entièrement sur le siège de cette maladie , si , avec quelques auteurs, on admettait que l'acné soit capable d'affecter des parties de la peau différentes par leur organisation. Copland (Dict., t. n, ire partie, p. 28) établit, en effet, que l'acné peut envahir le tissu propre de la peau ou les follicules du tégument externe. Cette considération , qui sera discutée plus bas , motiverait peut-être la division de ce sujet en deux parties : l'une qui traiterait de l'acné cutanée simple, et l'autre de l'acné folliculeuse.

Par des motifs qu'il est assez difficile d'expliquer, on a généralement étudié en des chapitres distincts l'acné , la couperose et le sycosis. Sous le rapport anatomique , en raison de leur apparence extérieure , eu égard aux circonstances qui communément les déterminent, ces affections nous semblent devoir être confondues dans la même description. Pour l'acné , comme pour un grand nombre de dermatoses diverses, on a pensé devoir établir des divisions qui résultent de l'aspect extérieur de l'altération cutanée. Ainsi Bateman (A pract. synop. of eut. diseas., Londres, 1817, p. 276) décrit sous les titres suivants quatre variétés de eette éruption : Y acné simplex , Y acné punctata , Y acné indurata , Yacnc rosacea. A ces quatre espèces, M. Copland (ouvr. cit.) a, sur l'autorité de quelques auteurs, ajouté une autre forme de cette maladie : Y acné syphilitica ( Syphilide pustuleuse miliaire de M. Alibert). L'histoire de l'acné nous semble pouvoir être parfaitement comprise dans les trois divisions suivante^ : Y acné simplex, Y acné indurata, Yacne rosacea. Nous n'accordons point une description particulière à l'altération décrite sous le nom A' acné punctata, qui résulte de l'accumulation dans les follicules de la peau, de la matière qui y est sécrétée incessamment. Cet accident ne constitue qu'une complication de l'affection qui nous occupe. 11 en est de même de Yacne sebacea de M. Biett (Dict. de méd., 2e édit., t. i, p. 490). Enfin , c'est encore sans hésitation que nous renvoyons à l'histoire des complications la description de l'acné syphilitique : à cet égard nous nous expliquerons plus bas.

Observations anatomiques. — Willan, Plenck,

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Baleman et Thomson (Copland., otivr. cité); MM. Macartney et Samuel Plumbe ( Rayer, — Traité des maladies de la peau, t. i-, p. 661 ) ont rangé l'acné parmi les tubercules de la peau. MM. Alibert (Précis théor. et prat. des mal. de la peau, t. i,p. 275), Biett (Dict. de méd. , 2e édit., t. i, p. 488), Cazenave et Schedel (Abrég. prat. des mal. de la peau , p. 208), Rayer (ouvrage cité). et Guibert (Man. des mal. spéciales de la peau, p. 212 ). l'ont présentée comme une affection pustuleuse.

Voici sur quelles considérations les pathologistes français se fondent pour établir leur opinion. Quand on suit attentivement les altérations que la peau subit par la présence de l'acné, on y voit , presque à toutes les époques de la maladie , des pustules très-bien caractérisées. Ces pustules signalent surtout l'apparition des premiers accidents ; plus tard, sans doute, elles reposent sur une base indurée , comme tuberculeuse, mais celle-ci n'est qu'une altération secondaire, qu'une complication , qu'une conséquence de l'affection pustuleuse. L'observation motive trop bien la classification des médecins français , pour que nous jugions convenable d'y insister plus longuement ; d'ailleurs , M. J. Todd ( The cyclop. ofpract. med. art. acné) n'hésite point à l'accepter dans le bon travail qu'il a présenté à ce sujet. — Ce n'est point seulement sur la forme primitive de la maladie qu'il y a division parmi es dermatologues : un autre différent s'élève , ainsi que nous l'avons signalé , touchant le siège de cette affection. Willan avait déjà donné, comme caractère de la seconde espèce d'acné par lui admise (acné punctata ), le siège de la maladie dans les follicules de la peau. M. Alibert avait mentionné l'altération de ces replis cutanés comme cause d'une éruption semblable. Le docteur Plumbe (On the diseases of ihe s/an. Lond. , 1829) a accordé à cette manière de voir la plus grande extension , en présentant l'inflammation des follicules sébacés comme la cause unique de la maladie qui nous occupe. Un fait rapporté par M. Gendrin, dans Y Histoire anatomique des inflammations (t. i), vient à l'appui de cette opinion, qui cependant n'a point reçu la sanction générale. Voici comme M. Rayer (ouvr. cité, p. 634) s'exprime à cet égard: «Le mode de formation des pustules de l'acné, les autres dispositions morbides qui les accompagnent presque toujours (enduit huileux , tannes, élevures folliculeuses ) , le développement des follicules sur les régions de la peau où l'acné se montre, l'absence constante de cette éruption sur les régions non pourvues de follicules sébacés , telles que la paume des mains et la plante des pieds , sont autant de circonstances qui autorisent à penser que le siège de l'acné est dans les follicules de la peau. Cette présomption devient une certitude , lorsqu'on examine à

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la loupe les pustules naissantes intactes, ou celles qui sont plus anciennes , après les avoir ouvertes avec

la pointe d'une lancette Toutefois M. Plumbe s'est

trompé en avançant que l'inflammation des follicules était toujours produite et entretenue par l'accumulation de la matière sébacée dans leur cavité. Toutes les pustules de l'acné ne commencent pas par être des tannes ou des élevures folliculeuses. »

Symptomatologie. — De toutes les affections qui peuvent altérer le tégument externe chez l'homme , l'acné semble devoir se distinguer par une constance, une régularité singulière dans sa forme et ses caractères extérieurs. Elle quitte rarement sa disposition élémentaire pour prendre l'aspect d'une autre maladie , et rarement encore elle entraîne à sa suite ou complique d'autres dégénérescences de la peau. Nous verrons cependant, par la description des espèces, qu'il est quelques exceptions à opposer à cette proposition absolue.

Acné simplex. — Synon. — ïov6c. (G.). Vari (Lat.). Psydracia Acné (Sauv.). Gutta rosea hereditaria (Darwin). Dartre pustuleuse miliaire (Alibert). Die finnen (Plenck). — L'acne simplex doit en premier fixer notre attention ; elle constitue le type de la maladie que nous avons à décrire, et précède presque toujours les autres formes, qui pourraient être regardées comme autant de complications. Cette espèce consiste dans une éruption de petites rougeurs qui surviennent principalement à la face, vers les régions temporales , au front, sur les épaules, à la partie supérieure du dos ou sur la poitrine. 11 est rare que les pustules qui caractérisent cette maladie soient trèsnombreuses (acné disseminata) ; elles apparaissent presque toujours successivement. Elles subissent isolément des transformations qui leur sont propres, sans qu'aucune réaction générale se manifeste, et presque toujours sans qu'aucun sentiment de douleur, de chaleur, de démangeaison ni de gêne vienne incommoder le malade. Aussi arrive-t-il souvent que le médecin constate chez certains sujets une éruption considérable d'acné sur les épaules, éruption qui s'est manifestée à l'insu du patient.

Ces pustules, à leur début, se manifestent sous forme de petits points rouges , de granulations résistantes , ayant environ le volume d'une tête d'épingle. Elles augmentent de volume pendant trois ou quatre jours , et vers le sixième ou septième jour de leur apparition elles ont ordinairement acquis leur plus grande dimension : elles sont alors rouges, luisantes, élevées, et tant soit peu acuminées. Deux ou trois jours se passent sans que cette apparence vienne à changer; mais alors une petite tache jaunâtre se manifeste au sommet de quelques pustules. Bientôt la pellicule qui contient le liquide épanché se rompt, une matière jaunâtre , plus ou moins séreuse, s'écoule

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ea petite quantité, une légère croûte se forme au sommet de la pustule. La suppuration est toujours fort peu considérable, si l'on a égard à l'étendue de l'altération cutanée. La croûte se détache enfin , un point rouge est la seule trace qui reste du mal ; il ne s'efface que fort lentement ; une petite cicatricule le remplace : elle ne disparaît jamais, et se présente sous l'apparence d'un petit point blanc. Quelquefois la rougeur et l'induration persistent pendant un long temps, et alors l'espèce que nous décrivons se rapproche beaucoup de Y acné indurata. — 11 peut arriver encore que , par la continuation des accidents cutanés , une rougeur générale, unie à un peu d'épaississement et d'inégalité du tégument, envahisse les parties qui ne sont point affectées , et confonde ainsi en une seule altération les diverses modifications que la peau a subies. Les pustules peuvent encore se développer simultanément , se rompre en même temps, et couvrir une large surface de croûtes nombreuses qui se confondent presque : on observe souvent cette forme singulière chez les jeunes filles. Quand l'éruption est très-considérable , tous les follicules participent à la phlegmasie, la suppuration est retardée, le pus exhalé en fort petite quantité , une pellicule très-mince se forme à la surface de chaque pustule , et se détache si rapidement, que cet accident fixe à peine l'attention. 11 peut arriver encore, principalement quand le mal siège sur la poitrine ou sur les épaules, que la suppuration soit assez abondante , que la croûte qui lui succède soit assez épaisse et adhérente; mais presque toujours elle est détachée par les frottements qui résultent des vêtements.

Telle est généralement la marche qu'affecte Y acné simplex dans son développement. Indiquer la durée de cette éruption serait chose impossible ; car, ainsi que nous l'avons établi, le plus souvent les pustules d'acné se succèdent dans leur apparition : aussi tous les jours il arrive que , sur un seul individu , on peut étudier cette maladie dans tous ses degrés , et à ses différents âges.

Acné indurata. — Synon. Ât8oXtxs; ( G. ) Vari. (Lat.) Pustules inflammatoriœ (Lorry). Eiterjinnen ( Plenck ). Sycosis menti, Mentagre; Dartre pustuleuse disséminée ( Alibert ). — Dans cette forme de l'acné, les pustules sont volumineuses, irrégulières , saillantes , comme pyramidales. Elles intéressent profondément la peau, et présentent une base largement enflammée. La suppuration s'y fait tardivement ; elle entraîne la formation de croûtes épaisses, et des indurations partielles plus ou moins considérables, qui portent non-seulement sur le tissu de la peau, mais encore sur la couche celluleuse qui lui est sous-jacente. Vacne indurata survient assez souvent d'emblée; le plus souvent elle succède à d'autres formes de l'affection pustuleuse que nous décri-

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Yons; presque toujours elle est précédée d'un sentiment de tension et de chaleur sur les parties qu'elle doit occuper. Lorsqu'elle a acquis tout son développement, elle détermine une lésion grave du tissu de la peau , qui est envahie par des tumeurs dures , douloureuses, rougeàtres , couvertes de pustules ou de croûtes assez épaisses, d'un brun jaune verdâtre. Ces diverses altérations sont semées à la surface du tégument ; mais il arrive souvent qu'il est entièrement occupé par la maladie. Ainsi , là on rencontre une pustule d'acné qui semble tout-à-fait à son début ; plus loin c'en est une qui a subi déjà un commencement de suppuration ; ailleurs, d'autres sont couvertes de productions croûteuses ; ici on ne voit qu'une élevure encore assez considérable qui conserve la coloration violacée, et qui n'est autre que l'acné tendant à sa terminaison. C'est alors que la peau présente une hypertrophie , une rugosité , une rougeur générale , et qu'elle semble modifiée profondément dans sa texture. — M acné indurata prend généralement la face pour siège; elle envahit quelquefois le menton , et c'est pour cela qu'on lui donne le nom impropre de Mentagre; d'autres fois elle est bornée à la lèvre supérieure ; elle peut encore atteindre primitivement la partie supérieure du dos, les épaules, la poitrine , et même toute la partie postérieure du tronc. Souvent les bulbes des poils participent à l'inflammation qui la constitue ; et lorsque la maladie se prolonge , les parties se dégarnissent des productions pileuses dont elles étaient couvertes. Cette alopécie peut être passagère ou permanente. Au reste , cette maladie présente différents degrés d'intensité. Quelquefois elle est très-légère ; des élevures peu considérables surviennent en petit nombre à la peau : elles sont d'un rouge vif d'abord , et restent stationnâmes pendant deux ou trois semaines ; plus tard leur sommet fournit une suppuration peu abondante: cette suppuration n'a pas toujours lieu. Les pustules s'affaissent, puis deviennent livides , enfin, à peine apparentes. Mais il arrive souvent que le mal se perpétue par l'apparition nouvelle d'autres pustules qui subissent les mêmes transformations, et la maladie n'atteint son terme qu'après un temps assez long. — En général, cependant, Y acné indurata ne présente point ce caractère de bénignité : loin de là , elle acquiert souvent une gravité remarquable, ainsi que nous l'avons indiqué précédemment. La peau endurcie ne se déchire pas toujours pour livrer passage au pus qui est contenu dans son épaisseur ; et pour calmer les accidents inflammatoires, il faut parfois avoir recours à une incision qui permet à la matière purulente de s'épancher au dehors , mais qui occasionne nécessairement la formation d'une cicatrice indélébile. Malgré la gravité de cette éruption , il est fréquent de constater dans ces cas la conservation d'un bon état général de santé. On a reconnu que si la fièvre ou quelques

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maladies graves se manifestent durant le cours de cette éruption , les pustules s'affaissent, se décolorent, et disparaissent presque en totalité. Dès que cet état de souffrance cède, l'éruption cutanée reprend son intensité première. — Tels sont les phénomènes qui caractérisent Yacne indurata dans son cours. Pour cette variété, comme pour Yacne simplex, il est impossible de rien établir positivement sur la durée de l'éruption cutanée ; disons seulement que Yacne indurata est en quelque sorte la forme chronique et invétérée du mal, et que, par son essence, elle est extrêmement tenace et durable.

Acné rosacea. Çsviov (G.). Varus (Lat. ). Gutta rosea et rubedo. Gutta rosacea œnopotarum et hydropotarum Bacchia (Linnée). Gutta rosea hepatica(J)axmvL). Jonthus corymbifer (Gooà).Kupferbandel (Plenck). Goutte rose(Ambr. Paré). Herpès pustulosus, gutta rosea J)a.Ytre pustuleuse, couperose (Alibert). Couperose (Rayer). — Les deux variétés que nous venons de décrire peuvent assurément passer pour une seule et même forme pathologique , à des degrés divers d'intensité. Vacne rosacea , la couperose, se distingue évidemment des altérations précédentes, et mérite une description particulière. Nous ne saurions cependant partager à cet égard l'opinion de M. Rayer , qui , dans son Traité sur les maladies de la peau ( 1. 1 , p. 640 ) , lui consacrant un chapitre distinct , l'a séparée , ce nous semble à tort , de l'acné, dont elle n'est en définitive qu'une variété. Nous croyons bien faire en réunissant sous une semblable dénomination les formes diverses d'une même maladie; c'est pourquoi nous traçons ici l'histoire de Yacne rosacea. Ce mal consiste en une éruption de petites pustules discrètes , pointues , peu susceptibles de suppuration , peu élevées par leur base à la surface de la peau, entourées par une turgescence , une rougeur plus ou moins considérables et étendues , sorte d'érythème qui les réunit en apparence, et entraîne plus tard une vascularité morbide, une induration anormale des parties affectées. Gette circonstance a conduit M. J. Todd (The cycl. of. etc., 1. 1, p. 29) à dire que sans doute on pourrait désigner Yacne indurata sous le nom d'acné pustuleuse , et Yacne rosacea sous celui d'acné érythémateuse. Cette considération suffît pour caractériser ces deux variétés. Les pustules qui constituent Yàcne rosacea surviennent par éruption successive, aux joues, au nez, au front , quelquefois sur les oreilles et la partie supérieure du cou. Presque toujours c'est sur des téguments déjà fortement colorés qu'elles se développent. De petites pointes d'un rouge vif , élevées, se dessinent d'abord sur une surface très-injectée de sang , tantôt groupées et rapprochées, d'autres fois distinctes et plus ou moins éloignées. Leur apparition se fait sans développement de chaleur locale, un léger prurit les annonce quelquefois.

Cette éruption peut rester stationnaîre pendant un temps plus ou moins long; il arrive presque toujours qu'elle montre une nouvelle acuité quand les organes de la digestion sont soumis à une irritation un peu vive. Quelquefois la résolution de la maladie s'effectue sans qu'il y ait aucune suppuration évidente; le plus souvent la suppuration , quoique lente , s'établit, et c'est vers le douzième ou le quinzième jour que les pustules se remplissent à leur sommet d'une gouttelette de matière purulente , qui bientôt fournit en se séchant une croûte peu épaisse. Tel est le caractère de la maladie dans sa simplicité première.

Il arrive rarement qu'elle ne récidive pas, et, par suite de cette fluxion continuelle qui s'établit aux téguments du visage, des altérations plus ou moins profondes s'effectuent; la peau reste habituellement injectée, une démangeaison continuelle, compliquée d'un sentiment de chaleur et de cuisson , prend pour siège les parties malades , et se manifeste surtout après le repas. La rougeur devient habituelle , elle prend une teinte vive , les parties sont envahies par des pustules petites et rares d'abord , qui se multiplient et suivent isolément toutes les phases de leur développement. Un semblable état devient continuel , détermine l'hypertrophie du tissu de la peau et la turgescence de la couche celluleuse sous-jacente ; de véritables indurations tuberculeuses d'un rouge livide , occupent les parties qui tout à l'heure ne présentaient que de l'érythème. Les petites veines sous-cutanées prennent un développement particulier , et se dessinent sur la peau. Dès lors le mal lui-même acquiert une nouvelle extension en surface , le visage et le cou sont envahis , les traits grossissent et s'altèrent , et parfois les membranes muqueuses voisines se prennent de phlegmasie. C'est ainsi que la couperose peut dégénérer et présenter dans son cours les caractères de l'érythème , de la pustule , enfin de la production tuberculeuse. Lorsque toutes ces transformations se sont manifestées , on doit renoncer à voir jamais les téguments reprendre leur intégrité première.

L'affection que nous venons de décrire , en raison même de l'action des causes qui la déterminent , présente beaucoup d'irrégularité dans son cours; rarement elle guérit, surtout quand elle a frappé un sujet déjà âgé, et dès lors sa durée se prolonge autant que l'existence.

Complications. — Il est fort ordinaire de voir différentes altérations delà peau se joindre à l'acné; il n'est pas rare de reconnaître en cette maladie l'expression symptomatologique d'un état profond de l'organisme qui mérite bien d'être connu. Nous allons consacrer quelques lignes à ces deux ordres de complications diverses.

C'est à tort, suivant nous, que dans la description de l'acné on a réservé une dénomination particulière,

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celle ftacne punctata, à une alte'ration peu profonde qui n'est véritablement point une maladie (Cazenave et Schedel, ouvr. cité, p. 210). Fréquemment, et parculièrement à la face , on voit , parmi les pustules d'acné, de petits points noirs, quelquefois un peu saillants à la surface de la peau , qui sont formés par une humeur épaisse, plus ou moins solide, ayant les caractères d'une graisse accidentellement accumulée dans les follicules : alors la face présente au voisinage des parties ainsi affectées un aspect huileux , luisant , tout particulier. Celte altération est tout à fait indépendante de l'affection que nous venons de décrire; elle peut se manifester chez des sujets qui n'en sont pas atteints, et n'en est point la complication essentielle. H fallait néanmoins la mentionner, quand ce ne serait que pour rappeler les noms variés qui lui ont été accordés par les auteurs, comme celui de tannes, qui est le plus vulgaire, celui de varus comedo, de varus vermiforme, que l'on doit à M. Alibert ; celui enfin A" acné follicularis, qui a été adopté par M. J. Todd (ouvr. cité).

Les follicules sébacés peuvent, en raison d'une irritation spéciale, sécréter en plus grande quantité l'humeur graisseuse qu'ils sont appelés à fournir : alors quelques écailles , quelques croûtes molles , peu adhérentes, se forment sur les téguments, prennent une teinte noirâtre, et constituent une sorte de masque désagréable à la vue : cette complication a été désignée par M. Biett (Dict. de méd., art. cité, p. 490), sous le nom A'acne sebacea. H nous est impossible d'admettre comme affection pustuleuse l'accident, d'ailleurs peu important, que nous venons de mentionner.

Faut-il décrire un genre particulier d'acné que l'on désignerait sous la dénomination A' acné syphiliticap Nous ne le pensons pas ; voici d'ailleurs nos motifs. Les formes nombreuses d'affections de la peau que l'on considère généralement comme dues à l'infection vénérienne, ne diffèrent que par quelques caractères peu saillants des altérations généralement envisagées comme simples de nature. Le plus grand nombre des syphilides résulte de l'association d'une maladie vénérienne aune altération de la peau déjà préexistante; et si l'influence générale du virus entraîne certaines apparences qui lui sont propres , la disposition antérieure de l'individu frappé décide la forme de la lésion cutanée. Si le lichen , la lèpre , surviennent chez un sujet déjà contaminé , à ces maladies nous devons reconnaître deux causes différentes : l'une'qui préside à la forme papuleuse ou squameuse, et l'autre qui détermine la modification spécifique, d'où résulte un aspect particulier. Nous croyons par conséquent que , sans faire une classe particulière de dermatoses que l'on décrirait sous le nom de syphilides, on doit envisager séparément les diverses altérations de la peau

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qui se compliquent de syphilis , et en. traiter à l'article complications pour chaque espèce.

L'acné se complique quelquefois de syphilis : la forme particulière qui nous occupe a été décrite trèsconvenablement par Plenck (ouvr. cité) sous le nom àegutta rosea syphilitica; par M. Alibert, sous la dénomination de syphilide pustuleuse miliaire. Cette espèce ressemble, et par son siège et par son aspect, à la couperose. Elle occupe généralement le front, la face, le cou, et la partie supérieure du tronc. Les pustules qui la constituent sont arrondies, envenimées; elles reposent sur une base ou aréole rouge, cuivreuse, enflammée, légèrement saillante : elles ne fournissent qu'une suppuration tardive qui commence d'abord à leur sommet et se transforme rapidement en une croûte mince d'un jaune brun. Celle-ci se détache bientôt et laisse une maculature cuivrée, livide ou grisâtre, qui persiste fort longtemps, et souvent même donne lieu à une cicatricule ronde, superficielle, blanchâtre. U est à remarquer que c'est surtout au visage que ces altérations sont profondes et durables : dans ce cas la 'prédisposition à l'acné a contribué à localiser sur le visage l'affection syphilitique. Des éruptions de nature et de forme variées peuvent coïncider avec la complication que nous venons de décrire; d'autres accidents vénériens peuvent aussi s,e manifester alors : ce sont particulièrement des ulcérations de la bouche, des exostoses, des douleurs ostéocopes nocturnes. L'acné syphilitique est toujours un symptôme secondaire de la syphilis.

H nous faut aborder maintenant le sujet plus difficile , et sans doute beaucoup plus important } des complications de l'acné qui portent sur les organes intérieurs. A cet égard, malheureusement, les auteurs ne fournissent que des indications, assez vagues. Dans quelques cas l'acné est présentée comme l'expression phénoménale d'un bon état de santé , dans d'autres elle caractérise l'époque de la première menstruation ; elle coïncide avec, la dysménorrhée , la continence et l'onanisme ; pour la plupart des pathologistes elle caractérise un état de souffrance habituelle des organes du ventre, et particulièrement de l'estomac : on en fait une espèce particulière que l'on rattache à des lésions du foie (Darwin, gutta rosea hepatica); enfin , parfois , on la considère comme une éruption dépurative. Faut-il repousser comme exagérées , comme fabuleuses, ces diverses opinions? faut-il, au contraire , les adopter sans critique ? Ces deux extrêmes seraient également dignes de blâme : on doit, avant de prononcer sur la question difficile des complications splanchniqu.es de l'acné, attendre que quelques faits précis assez nombreux viennent éclairer la critique.

Nous devons dire, en terminant sur ce sujet, que pour nous l'acné est bien fréquemment le symp-

lôme de l'une des dispositions organiques que nous avons mentionnées.

Diagnostic. — Il est presque toujours facile de distinguer l'acné des affections qui ont avec elle un peu d'analogie. Il suffit de mentionner ici les caractères qui appartiennent à l'ecthyma, à l'impétigo, à l'eczéma impétigineux, au lichen de la face , au lichen chronique , au lupus , à quelques formes de la syphilis cutanée, à certaines inflammations pustuleuses artificielles, pour dissiper toute espèce de doute sur ce sujet.

Les pustules de l'acné n'offrent jamais le volume des pustules d'ecthyma ; les croûtes dont elles se recouvrent ne leur sont d'ailleurs pas fortement adhérentes. Le pus ne suinte jamais abondamment de ces pustules, et, dès lors, ne forme pas les croûtes épaisses de l'impétigo. Jamais ces squammes ne sont lamelleuses comme dans l'eczéma impétigineux.

Entre l'acné et le lichen nous trouvons les différences qui séparent les pustules des papules (voir ces mots). Le lichen chronique excorié ne fournit que des écailles fort légères et blanchâtres. Les tubercules du lupus s'élargissent rapidement, prennent une teinte livide, et détruisent, par l'ulcération, les parties sur lesquelles ils reposent. Les pustules de l'ecthyma syphilitique assez volumineuses, mûrissent incomplètement et lentement, se recouvrent de croûtes brunâtres, épaisses, au-dessous desquelles se forment quelquefois des ulcérations, ce qui n'advient jamais dans l'acné syphilitique. Quant aux inflammations pustuleuses artificielles qui succèdent à l'emploi de topiques variés et nombreux , il est facile de les distinguer de l'acné par la cause particulière qui les détermine, et par leur développement, toujours assez rapide et simultané : ces éruptions ne peuvent être rapprochées de l'acné que parce qu'elles siègent positivement dans les follicules de la peau.

Entre les diverses espèces d'acné par nous décrites, le diagnostic est assez difficile : cependant, s'il est permis de confondre Vache simplex avec Y acné indurata, la même faute sera plus facilement évitée à l'égard de Yacnerosacea : nous ne reviendrons pas, du reste, sur les considérations qui précèdent. La couperose, le sycosis et l'acné, dont la description a été tracée séparément par quelques auteurs, se distinguent par leur siège en des régions particulières. La couperose doit occuper la face , le sycosis (mentagre), le menton , et l'acné , les parties supérieures du tronc. L'acné syphilitique mérite surtout de fixer l'attention sous le point de vue du diagnostic : ses pustules sont généralement peu saillantes; elles présentent une teinte cuivrée et non violette; elles se manifestent toujours en assez grand nombre ; de plus , les portions de tégument qui sont voisines paraissent flétries, et n'offrent point cet aspect huileux qui complique si souvent les autres formes de l'acné. Les cicatrices de

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l'acné syphilitique sont généralement arrondies , enfoncées à leur centre, et intéressent la partie profonde de la peau, le derme. Ces nuances peuvent assurément faciliter le diagnostic : il ne faudrait pas cependant, suivant nous, y attacher trop d'importance; car, dans ce cas comme en un grand nombre d'autres, le diagnostic n'acquiert quelque certitude que lorsqu'il se trouve basé sur des considérations nombreuses, comme celles qui résultent de circonstances commémoratives , de l'état général du sujet, et d'affections analogues, au moins quant à leur nature.

Pronostic. — Le pronostic que l'on porte au sujet de l'acné a pour but, principalement, de déterminer la durée de cette affection et les accidents qui peuvent en dépendre, h' acné simplex, surtout à l'état de dissémination , est , de toutes les formes de cette maladie , celle qui présente le moins de ténacité ; aussi méritet-elle rarement de fixer l'attention, \lacne indurata se montre beaucoup plus rebelle à tout traitement curatif, et ordinairement elle persiste durant plusieurs années si les malades ne peuvent se soustraire aux influences qui la déterminent. On voit rarement l'acné rosacea , la couperose , disparaître , quand cette maladie compte déjà quelques mois d'existence. En général le pronostic varie suivant l'âge des sujets affectés : l'acné qui appartient à la jeunesse se dissipe principalement par les progrès de l'âge; suivant le sexe , celle des jeunes filles s'affaisse sous l'influence d'une menstruation régulière ; suivant la constitution , le tempérament, celle qui se développe en raison d'une disposition organique générale est ordinairement fort rebelle ; suivant les causes , celle qui résulte de l'intempérance cède par un régime plus régulier; suivant son intensité, son ancienneté, ses complications : l'acné syphilitique, comme les autres syphilides, est d'une guérison assez difficile.

Étiologie. — L'acné survient presque toujours en raison d'un état pathologique général de l'organisme ; on ne connaît qu'un petit nombre de faits propres à faire supposer qu'elle puisse résulter d'une cause excitante directe, h7 acné simplex, Y acné indurata, sévissent particulièrement chez les jeunes sujets à l'époque de la puberté ; Y acné rosacea est une maladie des adultes, et disparaît ordinairement dans un âge avancé. Billard {Traité des mal. des enf., etc., p. 153) considère que l'acné, dans ses différentes formes , n'est point une maladie de l'enfance. Suivant M. Biett (ouvr. cité, p. 492 ) l'affection qui nous occupe frappe plus fréquemment les femmes que les hommes. Pour M. Guibert {ouvr. cit., p. 232) la couperose est plus fréquente chez la femme que chez l'homme : celui-ci, en revanche, et à très-peu d'exceptions près, est seul atteint de la mentagre. On a généralement pensé que l'acné était l'expression d'une

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robuste constitution : ce fait nous semble vrai dans la généralité des cas ; on peut dire cependant, avec M. J. Todd (ouvr. cité, p. 30), que plusieurs fois elle a coïncidé avec un état manifeste d'épuisement et de faiblesse. Le tempérament bilieux, a-t-on dit communément, est celui qui prédispose le plus à l'acné dans l'âge adulte; dans la jeunesse c'est le tempérament sanguin ; mais c'est surtout en vertu d'une disposition héréditaire que l'on voit cette maladie se manifester. M. Alibert eut occasion d'observer l'acné dans une seule famille, sur quatre générations successives. Cette prédisposition héréditaire prend quelquefois sa source dans une sorte de cachexie scrofuleuse. Bien souvent l'acné est symptomatique d'une irritation chronique des organes du ventre : ,tous les auteurs sont unanimes à cet égard. Voici comme s'exprime M. J. Todd (ouvr. cité) touchant cela : Cette affection est fréquemment le symptôme précurseur d'une maladie du foie, souvent elle la complique; elle semble généralement dépendre plutôt d'une pléthore abdominale , ou d'une congestion du foie , que d'une irritation de la membrane muqueuse du tube digestif : de là résultent cet état spongieux et sanguinolent des gencives, cette lenteur dans les fonctions intestinales : accidents qui peuvent être considérés comme sa complication ordinaire. Suivant M. Rayer (ouvr. cité), les rapports de cette maladie avec les inflammations chroniques de l'estomac et de l'intestin sont assez fréquents; sa liaison avec une altération du foie est plus rare et plus difficile à reconnaître.

L'irrégularité dans les fonctions utérines , et principalement dans la menstruation , favorise et détermine ce développement des pustules de l'acné. Quelquefois elle se manifeste ou prend un certain degré d'accroissement pendant la gestation : il peut arriver encore, contrairement à ce qui vient d'être avancé, que cette maladie disparaisse durant la grossesse , puis se développe de nouveau après la parturition.

On a pensé généralement que l'habitation dans un pays froid et humide devait favoriser l'établissement de l'acné; cependant il faut remarquer à ce sujet, que sous une semblable température on use communément de boissons alcooliques et d'aliments fortement épicés et excitants. L'exposition de la tête aux rayons solaires, des frictions pratiquées inconsidérément sur la peau avec des préparations cosmétiques irritantes , la malpropreté , ont paru causer le mal qui nous occupe. C'est surtout à l'intempérance, à un régime malsain , qu'il faut attribuer le développement de cette maladie : elle survient en effet chez les sujets qui font des excès à la table, qui boivent des vins excitants, prennent des aliments épicés, font usage d'une nourriture trop succulente. Parfois elle coïncide avec certaines constipations opiniâtres, et cède par le rétablissement des évacuations alvines. Elle se

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manifeste bien souvent sous forme à'acnc simplex disseminata chez les jeunes filles à l'époque de la première menstruation, chez les garçons qui s'abandonnent à la fâcheuse habitude de l'onanisme. La suppression du flux hémorrhoïdal chez l'homme , celle des autres évacuations naturelles ou factices, peuvent aussi amener le développement de la maladie dont il est question. Les travaux de cabinet, la fatigue de l'intelligence, certaines passions tristes, une peine morale un peu vive , suffisent quelquefois pour déterminer quelques pustules d'acné. M. Alibert avait obtenu , par un traitement méthodique , chez une dame , la guérison d'une acné rebelle : quelques nouvelles affligeantes qui parvinrent brusquement à cette personne rappelèrent, dans l'espace de vingt heures, l'éruption qui avait totalement disparu. Une vie sédentaire, inactive, semble favorable à la manifestation de l'acné. Pline le second (Natur. hist.. lib. xxv, cap. 1 , 2, 8, p. 468 et suiv. ; Paris, 1776) considère la mentagre comme une affection contagieuse qui se transmet par l'impression prompte et passagère d'un simple baiser. M. Foville (Rayer, ouvr. cité,, p. 656) a vu plusieurs aliénés, dans l'hôpital de Rouen , qui ont été successivement atteints du sycosis pour avoir fait usage du même rasoir. 11 se pourrait donc que, à certains degrés et en des circonstances peut-être spéciales , l'acné fût une affection transmissible par le simple contact. Malgré les opinions et les faits que nous venons de citer, on peut établir que fort rarement cette maladie se propage ainsi.

L'acné syphilitique est toujours une forme secondaire de la maladie vénérienne , ordinairement consécutive, à des ulcérations connues sous le nom de chancres : or, on sait que c'est en vertu de l'action d'un virus spécial que la syphilis se développe.

Traitement. — Les moyens thérapeutiques que l'on emploie contre l'affection précédemment décrite peuvent être administrés dans des vues diverses. Tantôt le médecin se propose , en les prescrivant , de dissiper le mal , d'en hâter la résolution ; tantôt, connaissant l'incurabilité de cette maladie, il songe seulement à en amoindrir l'intensité ; d'autres fois comptant sur certaines révolutions qui surviennent aux différents âges de la vie , il attend tout des efforts de la nature.

Ces considérations nous conduisent à établir qu'à la même dermatose, l'éruption pustuleuse qui caractérise l'acné, il faut quelquefois opposer des traitements différents. Nous avons d'ailleurs relaté les diverses circonstances qui président au développement de l'acné : on a pu voir que , fort nombreuses , produisant toutes le même effet , elles agissent souvent en un sens inverse. En bonne thérapeutique , la première indication porte à éloigner la cause du mal ; mais , comme cette cause se montre ici sous mille formes

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variées , il semble nécessaire , en étudiant la modification qu'elle a imprimée à l'organisme, de signaler l'agent qui peut en combattre l'effet : c'est à cette tâche que nous allons satisfaire. Avant , cependant , de tracer l'histoire du traitement de cette maladie, nous croyons utile de rappeler que , suivant quelques pathologistes , Copland (ouvr. cité, p. 30) en particulier, l'acné peut quelquefois être rangée dans la catégorie de ces affections qu'il est dangereux de guérir. L'auteur anglais s'exprime ainsi à ce sujet : «Les craintes que propageaient les anciens écrivains, au sujet des accidents résultant d'une rétropulsion soudaine de la maladie , sont fondées sur les résultats de l'observation; seulement elles ont donné lieu à des considérations scientifiques ridicules. Des affections de l'estomac, des intestins, de la poitrine et de la tête, ont été occasionnées par cette circonstance : on en a vu céder sous l'influence de la réapparition de la maladie cutanée ; ces accidents singuliers sont toutefois beaucoup plus fréquents après la répulsion d'autres maladies éruptives. »

Lorsque l'acné s'est déclarée chez un sujet jeune et pléthorique , lorsqu'elle survient en raison d'une menstruation difficile , de la suppression d'une évacuation habituelle , lorsqu'elle caractérise une phîegmasie chronique des voies intestinales supérieures, une irritation inflammatoire lente de l'organe sécréteur de la bile , toutes les fois , en un mot , que cette maladie est la conséquence d'une diathèse inflammatoire, il faut, sans hésitation, avoir recours à un traitement antiphlogistique débilitant. Des saignées générales, proportionnées à la force du sujet , répétées d'intervalle en intervalle, des émissions sanguines locales, au voisinage des parties malades, dans le but de dégorger le tissu de la peau du sang qui y abonde , ou en des régions éloignées , dans le but de rappeler une fluxion locale naturelle ou habituelle ; des boissons délayantes et légèrement laxatives, comme le petit-lait, l'émulsion d'amandes, l'eau de veau, la décoction de semence de coing , la décoction d'orge perlé avec addition de miel, etc.; des lavements émolîients, mucilagineux, laxatifs; des lotions avec l'eau de son, le lait tiède, la décoction de racine de guimauve , etc. , pratiquées sur les parties malades ; des bains tièdes, émollients, longtemps prolongés; un régime alimentaire fournissant peu à la nutrition , et prenant ses éléments en des substances non excitantes, comme les viandes blanches , les légumes frais , herbacés, le laitage, les gelées végétales, les fruits aqueux et fondants : tels sont les moyens que le médecin doit prescrire. Tandis que le malade est soumis à cette médication , il doit éviter soigneusement les exercices fatigants , les excitations nerveuses , les travaux excessifs de l'intelligence, le séjour prolongé dans un lieu chaud. 11 est rare que , par un semblable

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traitement, on n'obtienne pas la guérison de l'acné dont nous avons précédemment signalé la nature. Mais si cette maladie est un peu ancienne , il est possible que , indépendamment de toute modification organique générale ou éloignée, l'affection cutanée persiste et résiste au traitement antiphlogistique. Alors , sans changer rien au traitement général, à ces modificateurs qui combattent la diathèse inflammatoire, on peut avec succès employer localement des lotions faites avec l'eau distillée de roses, de lavande, de petite sauge, etc, dans laquelle on ajoute un sixième ou un tiers d'alcool. On use encore d'une solution de quatre à huit grains de deuto-chlorure de mercure dans une livre d'eau de roses et une once d'eau de Cologne. Ces préparations résolutives produisent quelquefois les meilleurs résidtats. Nous avons déjà mentionné la persistance des accidents qui nous occupent ; souvent le malade est pris de découragement en voyant le peu d'efficacité des moyens employés : c'est alors qu'il faut varier la thérapeutique et la rendre plus active. Les eaux minérales sulfureuses de Baréges , d'Aix en Savoie , de Cauterets, etc., administrées en lotions , en bains , en douches , sont un des moyens les plus efficaces. On peut ordonner encore les bains d'eaux sulfureuses artificielles, prolongés pendant plusieurs heures. Si la maladie est tout à fait chronique, il faut, par des moyens actifs, modifier le tissu de la peau si profondément lésé , et c'est par des cautérisations superficielles que l'on arrive à ce résultat. La solution de nitrate d'argent, l'acide chloroiodique étendu d'eau , peuvent servir à cet usage. Quand les pustules d'acné sont isolées et fort rebelles, on peut les cautériser avec le crayon de nitrate d'argent fondu; quand elles sont confluentes, l'acide hydrochlorique est employé à la cautérisation. Les douches de vapeurs aqueuses , dirigées sur la région malade, secondent puissamment ces moyens. Des pommades nombreuses ont été formulées, qui devaient dissiper les pustules de l'acné : nous n'entreprendrons pas d'en tracer ici l'énumération ; nous dirons seulement qu'elles se composent de proto-chlorure d'ammoniaque , de proto-sulfate de mercure , d'iodure de soufre , d oxide de calcium , etc. On a couvert avec succès les parties malades d'un vésicatoire avec de la poudre de cantharides ; ce moyen est sans doute incertain : il doit provoquer de grandes douleurs , et porter aux téguments une atteinte profonde dont les traces sont difficiles à détruire.

Nous avons mentionné l'existence d'acné passagère ou durable qui survient, pour faire usage d'une expression de M. J. Todd , par suite d'un état de torpeur et de resserrement des intestins. A cette maladie il ne faut point opposer un traitement antiphlogistique, mais bien l'administration de quelques purgatifs. Le protochlorure de mercure, à la dose de dix ou douze grains,

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administré isolément, ou mieux, associé à quatreousix grains de résine de Jalap , prescrit sous la forme pilulaire, peut rendre dans ce cas de véritables services; il est possible du reste de le remplacer par d'autres purgatifs que nous ne prétendons pas énumérer ici. Cette médication, ou toute autre analogue, semble réttssir fréquemment en Angleterre.

II arrive quelquefois, du moins suivant le dire de certains auteurs , que l'acné coïncide avec un état manifeste de faiblesse, avec cette prédominance organique que l'on connaît sous le nom de tempérament lymphatique. Dans les cas rares où cette relation est manifeste, il faudra combattre la disposition générale vicieuse de l'individu par un traitement tonique. Des malades ont guéri, à l'hôpital Saint-Louis, sous les yeux de MM. Gazenave et Schedel , par l'emploi des toniques , surtout des préparations ferrugineuses (ouvr. cité, p. 229). Des boissons amères, comme la décoction de kina, celle de racine de patience, de feuilles de chicorée sauvage , etc. , l'usage des vins généreux, une alimentation succulente, constituée par des viandes noires, riches en principes nutritifs, des lotions stimulantes analogues à celles qui ont été précédemment signalées, l'emploi des bains et des douches sulfureuses sont ainsi parfaitement indiquées. La maladie qui nous occupe réclame souvent un traitement particulier en raison des régions qu'elle affecte : ainsi, pour la mentagre on a prescrit des précautions particulières. Nous donnons ici l'ordonnance familière à M. Alibert dans cette variété si opiniâtre de l'acné (Gaibert, ouvr. cité, p. 245): 1° Pour boisson , tisane rafraîchissante ou légèrement dépurative, telle que celle de pensée sauvage , par exemple ; 2° application #8 sangsues autour du menton , pour peu que l'irrita! ion soit vive ; 3° un bain tiède (dans lequel on aura Mh de faire plonger le menton ) tous les deux jours ; 1" se servir, pour se faire la barbe , d'un rasoir bien affilé, bien tranchant, promené sur le menton avec beaucoup de lenteur , de douceur et de légèreté , de minière à causer le moins d'irritation possible; ou mieux encore, se faire faire la barbe avec des ciseaux par un barbier juif : sitôt après la barbe, faire plonger K menton dans un bain local très-chaud, pendant environ une demi-heure; 5° chaque jour un ou plusieurs b >ins locaux d'une demi-heure à une heure de durée ( à la température de 30° R. ) , dans une décoction de son animée par l'addition de quelques cuillerées d'eauùe-vie ; 6° appliquer le soir, sur le menton , un mélange de suif et de soufre, ou du cérat soufré ordiii ire; 7° nettoyer le menton, le matin, avec la crème anglaise, la pommade de concombre ou quelque autre cosmétique analogue; 8° plusieurs fois par jour, approcher des tubercules et des pustules du menton une croûte de pain rôtie au feu, toute chaude, pour hâter leur maturité; 9° observer un régime

sobre , s'abstenir de mets épicés , de boissons stimulantes, de liqueurs spiritueuses.

Parfois le traitement de l'acné réclame l'emploi de moyens réputés spécifiques. Cette médication est surtout indiquée dans le cas où cette maladie se complique de syphilis. Cependant, il est à remarquer que dans les premiers temps de l'éruption vénérienne, et lorsque le caractère d'acuité est encore bien tranché , la méthode ordinaire , et surtout les agents antiphlogistiques, sont d'un excellent usage. Plus tard, quand le mal affecte une forme chronique , les préparations mercurielles doivent être administrées , et alors une petite quantité du spécifique suffit à la guérison. D'ailleurs son efficacité est surtout remarquable lorsque l'on joint à son administration l'usage du taraxacum ou de la salsepareille. La tisane de Feltz remplit, à cet égard, fort bien les premières indications. On emploie avantageusement comme topique les fumigations de cinnabre. Si les indurations cutanées persistent malgré le traitement spécifique , par des frictions faites avec un mélange de deuto-iodure de mercure et de graisse (10 gr. Iod. M. pour § j de grais.), on parvient à les dissiper, surtout si en même temps on fait usage de douches de vapeur dirigées sur la partie malade pendant quinze à vingt minutes.

En terminant ce que nous avons à dire sur le traitement de l'acné, il nous semble utile d'avertir les praticiens que, bien souvent combattue avec efficacité par les moyens qui ont été précédemment signalés, cette affection renaît avec promptitude dès que l'administration des remèdes est interrompue, dès que IeJ régime n'est plus observé. Il ne faudra point , en conséquence, se bercer d'un fol espoir si, par une médication énergique, on parvient à dissiper les premiers accidents : ce n'est qu'avec beaucoup de persévérance de la part du médecin , et de docilité de la part du malade, que l'on peut compter quelques succès durables dans le traitement de cette maladie.

Nature et classification dans les cadres nosologiques. — Par les considérations qui précèdent , il est facile de reconnaître que , pour nous , la nature de l'acné ne saurait faire le sujet d'un doute : nous considérons cette maladie comme une inflammation de la peau. L'inspection des parties affectées prouve que la forme pustuleuse constitue l'altération première de l'acné ; cette affection sera donc pour nous une dermatose pustuleuse. Enfin , quand nous songeons à sa marche, aux accidents qui la compliquent, il nous est démontré que sa place dans les cadres nosologiques se trouve entre les affections pustuleuses fébriles aiguës, et les affections pustuleuses non fébriles chroniques, entre la vaccine et l'impétigo.

Historique et bibliographie. — L'acné semble de tout temps avoir fixé l'attention des pathologistes. Corn. Celsus (de Med., lib. vi , cap. rv) mentionne que

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les Grecs désignaient cette affection sous le nom de crûxbXTtç , à cause de sa ressemblance avec une figue. Sa description semble avoir été tracée sur des travaux antérieurs au sien. Suivant lui, on en distingue deux espèces: la première est un ulcère dur et rond; la seconde est un ulcère humide et inégal. Il sort du premier une sorle d'humeur gluante , mais en petite quantité ; ce qui découle du second est plus abondant et de mauvaise

odeur Les travaux d'Aétius [Tctrah. i , serm. 2 ,

cap. 80-190) et de Paul d'Égine (lib. m, cap. 22) semblent calqués sur la courte exposition tracée par Celse. Pline le second (Nat. ffist., lib. xxyi, cap. 1 ) considère l'affection qui nous occupe , qu'il décrit sous le nom de mentagre, comme étant nouvelle dans son espèce, et inconnue à toute l'antiquité, non-seulement en Italie, mais dans presque toute l'Europe. 11 établit que les Grecs l'ont appelée lichen, et que c'est par plaisanterie qu'en latin elle fut désignée sous le nom de mentagra. Pour lui, le mal en question est contagieux ; c'est vers le milieu du règne de Claude qu'il se glissa pour la première fois en Italie; il fut apporté d'Asie , et frappa d'abord les personnes de haut rang Un certain Johrenius (Diss. de Mentagra, iu-4°; Francof., 1662) a fait de cette maladie le sujet d'une dissertation. Fernel ( Univ. Med., in-fol., 1679, p. 442) traite particulièrement de Yacne rosacea, qu'il distingue avec habileté de Y acné indurata : pour lui , la première de ces maladies s'appelle gutta rosacea et la seconde vari. Guy de Ghauliac (trad. du Guidon, par J. Canappe, in-1 8 , p. 393) recommande un traitement rafraîchissant , et dans les cas rebelles, l'application d'un vésicatoire avec cantharides. Plus tard, Ambroise Paré (de la Goutte rose, liv. xxvi, chap. 45 ) préconisait le même traitement , qui , d'ailleurs , semble avoir été indiqué par Aétius. Depuis, l'affection qui nous occupe a fait le sujet de nombreuses descriptions que l'on rencontrera dans les ouvrages de Plenck [Doci. de M. eut. ; Vienne, 1783), de Darwin (Zoon., class. ii , 1 , 4 , 6 ; class. iv, 1 , 2 , 1 3 , 1 4 ), de Sennert (Pract. Med., lib. v, p. 1 , c. 31), de Sauvages {Nos. Blet., t. i, p. 75; Venise, 1772). Bateman (Synop. ofeut. Dis., etc.) en a traité parmi les affections tuberculeuses. MM. Alibert, Biett, Rayer, Gazenave et Schedel , Plumbe et J. Todd ont rattaché cette maladie à la classe des éruptions pustuleuses. Dans les écrits tout récents de ces auteurs, comme dans le bon dictionnaire de M. J. Copland , on trouve une excellente description de l'acné en ses différentes formes. Aussi , touchant cette maladie , peut-on considérer l'état de nos connaissances scientifiques comme parfaitement satisfaisant.

ACRODYNIE, s. f. Mot dérivé de «xpoç, sommet, extrémité, et de bSùvn, douleur.

Synonymie. — Mal des pieds et des mains; Cheïro-

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podalgie; Rachialgie; Erythème épidémique; Phlegmasie gastro-cutanée aiguè , multiforme.

Définition. — On a désigné sous la dénomination (L'acrodynie une affection ordinairement apyrétique, caractérisée par un trouble des fonctions d'innervation, consistant en fourmillements très - douloureux des pieds et des mains, en engourdissements portant sur les membres et quelquefois sur le tronc, par une altération plus ou moins profonde du tégument externe et interne, enfin par un gonflement comme œdémateux des pieds , des mains , du visage , et même des autres parties du corps. Cette maladie singulière semble avoir fixé l'attention des pathologistes à diverses époques : elle a sévi, en effet, en des temps plus ou moins éloignés, sous forme épidémique; et, pour la dernière fois , nous avons pu en apprécier les caractères à Paris, de 1828 à 1832.

altérations pathologiques. — Les ouvertures de cadavre qui ont été faites , dans le but d'éclairer les médecins sur le siège et sur la nature du mal qui nous occupe, n'ont généralement rien appris. Il arrivait en ce cas ce que l'on observe en une foule d'autres circonstances , que les malades ne succombaient point à la névrose épidémique , mais bien à des complications. Plusieurs fois, cependant, on nota (Chardon, de l'Acrodynie, t. m. Revue méd., 1830, p. 73) un ramollissement blanc , sans trace aucune de vascularité , du tissu de la moelle épinière. On constata encore l'existence de lésions de la membrane muqueuse du tube digestif (Genest, Aff. épid., Arch. de méd., t. xix, p. 81, 1829). Enfin on vit, dans des observations isolées , des altérations du parenchyme pulmonaire , des suf fusions séreuses plus ou moins considérables dans les cavités splanchiques. La diversité, même des résultats obtenus par les recherches anatomico-pathologiques nous autorise à avancer, avec un grand nombre d'auteurs , que la modification organique qui préside au développement de l'acrodynie est encore inconnue. Nous reviendrons sur cette proposition quand nous établirons la nature du mal qui nous occupe.

Symptomatolog ie. — L'acrodynie a présenté beaucoup d'irrégularité dans sa forme , dans son mode de manifestation : aussi éprouve-t-on quelque peine à en tracer une description qui puisse s'adapter avec facilité à chacune des histoires particulières qui ont été publiées en divers recueils. Voici cependant, exposés en un cadre circonscrit , et sous forme de tableau , les principaux désordres qui caractérisaient cette maladie. Au début, perte de l'appétit, vomissement ou diarrhée : cet état peut se prolonger pendant quinze et vingt jours. Bientôt, œdème des pieds, des mains, de la face et de différentes parties du corps; rougeur érythémateuse des pieds vers leurs bords latéraux , des mains à la face palmaire , à la face dorsale ; état in-

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flanimatoire , gonflement et rougeur des paupières et des conjonctives , taches plus ou moins larges, obscures, a iolettes , qui envahissent le tégument externe en divers points. Les malades accusent de l'engourdissement des pieds et des mains , quelquefois de diverses autres parties du corps ; douleurs spontanées , élancements plus ou moins forts , avec ou sans fièvre , avec ou sans coloration de la peau, avec ou sans desquamation de l'épiderme, avec ou sans sueur, soit locale , soit générale ; quelquefois , amaigrissement très -sensible, surtout aux extrémités; soubresauts, crampes ; diminution successive dans les accidents précédemment signalés , faiblesse musculaire qui persiste pendant longtemps , coloration naturelle de la peau, qui subit l'influence première du mal, et retour lent à la santé ; ou persistance des phénomènes douloureux relatés , insomnie , diarrhée , marasme et mort : tels furent les accidents que subissaient généralement les sujets atteints d'acrodynie.

Gomme le lecteur ne puiserait dans cet exposé qu'une connaissance bien imparfaite du mal qui fait le sujet de cette note , nous sentons le besoin d'analyser séparément chacun des phénomènes importants qui constituaient l'acrodynie. Nous les envisageons suivant qu'ils émanent du système nerveux, suivant qu'ils prennent leur point de départ en une lésion des membranes muqueuses, en une lésion du tégument externe, en une modification du tissu cellulaire, en un trouble général fébrile.

L'altération de la sensibilité frappe principalement les extrémités : les malades se plaignent d'un engourdissement général qui atteint d'abord les pieds et les mains, et peut se propager à d'autres parties de la périphérie du corps : au début , ce n'est qu'un sentiment de froid qui bientôt se transforme en une diminution notable de la sensibilité : c'est l'un des accidents les plus constants de l'acrodynie. Cependant une sorte de formication le remplace; elle se manifeste vers les doigts, mais principalement vers les orteils. Des picotements se font sentir; ils sont tellement douloureux , que les malades les comparent à la douleur qu'occasionneraient de fréquentes piqûres avec la lame d'une lancette ; pour ceux-ci la souffrance est comparable à celle qu'occasionnerait la marche à pieds nus sur de petits cailloux aigus. Le tact est alors si altéré , que des malades se couchent avec leurs pantoufles aux pieds, sans connaître cette méprise; que d'autres continuent les mouvements que l'on pratique pendant la couture , bien que l'aiguille dont ils se servaient soit depuis longtemps tombée. Les faits se multiplient sous ce point de vue ; mais ce ne sont plus des piqûres d'épingles, ni des coups de lancettes que les malades croient ressentir : ce sont des douleurs extrêmement fortes, sous forme d'élancements, qui arrachent des cris aigus et déterminent une insomnie capable de se

prolonger pendant des mois entiers. La chaleur du lit paraît augmenter fortement ces souffrances : le plus souvent elles portent sur les pieds, et s'opposent entièrement à la marche; quelquefois elles frappent les membres dans leur continuité, et déterminent des tiraillements, des déchirements, des brisements affreux. On a mentionné un genre particulier de souffrance qui ne se manifestait que quand on exerçait une certaine pression sur les parties : alors la plus légère constriction exercée sur le mollet , par exemple , occasionne de vives douleurs. Dans certaines circonstances la sensibilité est exaltée au point que les malades ne peuvent endurer la moindre pression, le moindre contact. Ordinairement borné aux pieds et aux mains , quelquefois aux doigts et aux orteils , cet état d'exaltation peut cependant s'étendre au bras , au tronc , et même au cuir chevelu. Sur le même individu on a constaté un état d'exaltation sensitive et d'insensibilité, soit alternativement, soit en même temps, sur des membres différents ; dans quelques cas rares on a noté l'affaiblissement momentané, quelquefois la perle

complète de la vue, de l'ouïe, la perversion du goût

(Chardon, loc. cit., p. 66).

La contractilité musculaire subit aussi des altérations, soit au début, soit durant le cours de la maladie ; toutefois, un petit nombre seulement de malades ont présenté cet accident : tantôt ils ne peuvent mouvoir leurs membres , qui sont frappés comme d'une sorte de paralysie; tantôt une contracture fort prononcée porte sur les portions charnues et entraîne la flexion des parties et surtout des doigts. Des soubresauts de tendons se manifestent par intervalles dans les extrémités supérieures et inférieures; ils sont peu fréquents. Quelquefois ces mouvements spasmodiques se généralisent en quelque sorte , et occasionnent un tressaillement universel qui agite tout le corps. Ceux qui ont eu des crampes n'en éprouvaient qu'aux extrémités pelviennes. C'est à la persistance des accidents que nous venons de mentionner, que l'on a attribué généralement l'atrophie des membres. M. Chardon {loc. cit., p. 59 ) mentionne que les malades ne peuvent qu'avec peine se livrer au coït, et quand ils finissent par satisfaire leurs désirs ils sont extrêmement fatigués.

On a généralement considéré comme l'une des perversions les plus remarquables et les plus fixes de la maladie , celle qui porte sur les fonctions digestives : cette affection n'est pas une simple coïncidence , mais un symptôme caractéristique (Chardon) ; du reste, l'intensité de cette souffrance était extrêmement variable, depuis la simple perte de l'appétit jusqu'au dévoiement le plus opiniâtre , souvent sanguinolent , et jusqu'au vomissement de sang. Sur cinquante-deux malades observés par M. Genest {loc. cit., t. ix, p. 66), quarante-neuf ont éprouvé des dérangements des fonc-

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lions digestives , consistant en perte d'appétit seulement chez huit , tandis que les vomissements et le dévoiement se sont joints à cette perte de l'appétit chez quarante et un autres; les vomissements ont cependant été moins fréquents que la diarrhée. La perte de l'appétit, lorsqu'elle était seule, s'accompagnait d'un sentiment de plénitude, de pesanteur à l'estomac, et quelquefois de constipation; chez quelques-uns les vomissements et la diarrhée revenaient alternativement à quelques jours de distance. Les vomissements ne paraissaient pas dépendre d'un excès dans les sécrétions des fluides qui arrivent à l'estomac; c'était surtout après l'ingestion des aliments, même des simples hoissons , qu'ils avaient lieu , et rarement ils étaient ce qu'on appelle bilieux : ils étaient précédés d'efforts, et souvent ne consistaient qu'en vomituritions. Le dévoiement était souvent très-abondant : de quatre , cinq , vingt-quatre à trente selles dans les vingt-quatre heures , quelquefois bilieuses , sans épreintes , quelquefois sans colique, mais souvent avec des douleurs abdominales très-violentes , et même un sentiment de douleur dans tout le ventre. Peu de fois la langue parut rouge. Les vomissements ont rarement persisté pendant un long temps; la diarrhée au contraire a duré plusieurs mois , et quelquefois autant que les autres accidents, cessant momentanément pour reparaître bientôt, et cela sans cause connue ou appréciable. On a vu ces troubles des fonctions digestives précéder les autres symptômes de l'acrodynie, ou coïncider seulement avec d'autres accidents; d'autres fois ils ne se sont manifestés que plusieurs semaines après l'invasion des premiers accidents : leur intensité a été dans quelques cas tellement grande, qu'ils simulaient en quelque sorte les accidents du choléra-morbus.

Un grand nombre de malades éprouvaient du picotement vers les yeux , ou même des élancements fort douloureux; quelques-uns se plaignaient d'éprouver entre les paupières et le globe de l'œil une sensation analogue à celle que détermineraient de petits graviers interposés en ce point; tantôt la conjonctive oculaire présentait de la rougeur ; tantôt l'injection portait seulement sur la conjonctive palpébrale ; quelquefois l'état phlegmasique semblait borné seulement aux bords libres des paupières. Rarement cette ophthalmie présenta une grande intensité ; cependant on a parlé de sujets qui ont offert des ulcérations superficielles de la cornée. On a remarqué généralement que l'inflammation de la conjonctive coïncidait avec l'œdème de la face, et qu'elle se prolongeait pendant la plus grande partie de la durée de la maladie. Dans presque tous les cas l'œil était sensible à la lumière , ce qui occasionnait un larmoiement continuel.

Les voies respiratoires prirent part, surtout en 1829, à cet état phlegmasique qui semblait menacer toutes les surfaces muqueuses : tantôt elles présen-

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tèrent les accidents qui caractérisent les phlegmasies aiguës, et alors la toux était sèche, fréquente, survenait par accès, et ne déterminait l'expulsion que d'une petite quantité de crachats à peine muqueux ; d'autres fois le mal semblait revêtir tout à coup la forme chronique ; la toux était moins fréquente, mais les crachats plus abondants , plus épais.

La membrane muqueuse des fosses nasales, celle du pharynx se sont aussi quelquefois enflammées.

Très-souvent les malades ont éprouvé une violente dysurie et une douleur vive en urinant. A la suite de ces symptômes, M. le docteur Aliès a vu survenir, dans l'arrondissement de Goulommiers, des blennorrhagies dont la cause ne pouvait être attribuée qu'à l'influence épidémique, et qu'avaient remplacées presque immédiatement les catarrhes pulmonaires , une affection de la peau, ou tout autre symptôme caractéristique (Chardon, loc. cit.., p. 61).

La peau subit bien souvent des altérations sous l'influence de l'acrodynie : tantôt elle était frappée d'une rougeur érythémateuse qui portait surtout sur les pieds et les mains; tantôt des ecchymoses, des taches , comme scorbutiques , envahissaient le tégument, occupant indifféremment telle ou telle région du corps; enfin, chez certains sujets , l'épiderme était coloré en brun et même en noir. Nous devons analyser ces trois différents états. Dans quelques cas on voyait , au début du mal , la peau prendre autour des pieds , sur les articulations des doigts et des orteils , dans la paume de la main , une teinte rougeâtre , violacée, accompagnée ou non de tuméfaction. Cette coloration disparaissait rapidement par la .plus légère pression pour se manifester de nouveau dès que cette circonstance venait à cesser. Une douleur peu intense , constituée surtout par un sentiment de cuisson, de tension, compliquait cet état : cependant l'érythème ne persistait pas , et les accidents de l'acrodynie duraient néanmoins. A une époque plus avancée de la maladie la rougeur se manifestait de nouveau , différente en ce cas de celle que nous venons de décrire. Dans le premier cas, elle résultait d'une injection toute particulière du tégument ; dans le second elle tenait évidemment à la ténuité de l'épiderme -qui permettait au sang qui injecte le tégument de manifester avec facilité sa présence par une teinte qui lui est propre. C'était particulièrement à la région plantaire des pieds et des mains que cette rougeur secondaire se montrait; elle succédait toujours à la desquamation , et coïncidait avec une grande ténuité de la peau. La coloration des parties alors semblait uniforme et pouvait persister, pendant un fort long temps , jusqu'à l'entier rétablissement des sujets affectés.

Chez un petit nombre de sujets , sur diverses parties du corps , et principalement sur les jambes , de

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larges taches d'un rouge vif d'abord, assez exactement circonscrites, se dessinaient sans déterminer d'épaississement de la peau; quelquefois elles étaient suivies d'un peu d'œdème , et compliquées d'une sensibilité toute particulière du tégument , qui semblait douloureux à la moindre pression. En quelques jours la coloration de ces ecchymoses devenait plus foncée , puis disparaissait enfin, ce qui n'avait lieu cependant qu'après un temps plus ou moins long.

Un tiers des malades observés a présenté une modification singulière dans la coloration de l'épiderme qui paraissait imprégné d'une teinte brune et quelquefois noirâtre. Cet accident eut lieu à des époques différentes de la maladie , quelquefois dès le début. La couleur insolite n'occupait pas également toutes les parties du corps ; la peau qui recouvre l'abdomen , celle du cou , celle qui se trouve dans le pli de toutes les grandes articulations en fut spécialement affectée; on vit même le corps présenter la même nuance : cependant la face participait rarement à cette coloration.

Mais , outre les modifications que nous venons de mentionner, les auteurs ont parlé d'éruptions analogues au zona, prenant une forme serpigineuse , de taches saillantes comparables à celles de l'urticaire, de vésicules , de pustules semblables à celles de la variole, de bulles comme celles du pemphygus, d'ulcères grisâtres taillés à pic, etc Nous n'entrerons

à cet égard dans aucun détail : nous pensons, en effet, qu'il nous faut renoncer à comprendre dans ce tableau restreint les faits qui appartiennent à des observations isolées. Désireux de paraître complet , nous deviendrions probablement obscur si nous prétendions satisfaire à cette tâche.

Disons , en terminant ces considérations sur les lésions qui affectaient la peau dans cette maladie , qu'après un certain temps , à dater de l'invasion du mal, lorsque surtout les extrémités avaient présenté des phlyctènes au début , on voyait dans presque tous les cas l'épiderme se détacher par plaques plus ou moins larges, et cette desquamation se renouveler même un assez grand nombre de fois. Souvent les productions pileuses qui recouvrent le tégument prirent part à cette altération et se séparèrent; en quelques points il y avait alopécie partielle.

En général, à cette desquamation succédait une transpiration abondante, qui occupait le plus ordinairement les mains et les pieds , et y déterminait une humidité presque continuelle : cette sueur survenait avec ou sans augmentation dans la température de la partie. Du reste , ce ne fut point seulement après la desquamation , que l'exhalation cutanée devint plus active : ce phénomène a marqué à peu près également toutes les périodes de la maladie. Il est arrivé souvent que cette diaphorèse s'est montrée gé-

nérale, sans abréger en rien la marche de l'affection, ni ajouter à sa gravité.

Après les troubles des fonctions digestives , suivant M. Genest {loc. cit., p. 68), l'œdème de diverses parties du corps est le symptôme qui s'est offert le plus souvent. Plus des deux tiers des malades offrirent cette complication : elle consistait en un gonflement des mains, des pieds, de la face ou de tout le corps, sans coloration constante de la peau, ou avec des taches semblables à des ecchymoses, souvent sans douleurs, quelquefois avec un sentiment de plénitude, de gêne, de tension. La pression du doigt ne déterminait pas d'empreinte bien appréciable. Cet œdème augmentait légèrement pendant la journée, par la station verticale , et cédait durant la nuit , au moins en partie. La face , les lèvres , les joues ont généralement offert cette infiltration : les malades paraissaient atteints d'un érysipèle indolent ; mais il n'entraînait jamais aucune desquamation , ce qui permit de le distinguer; souvent il envahit les mains et les pieds, quelquefois la paroi abdominale antérieure ; enfin on le vit déterminer une bouffissure générale. L'ascite a été observée aussi quelquefois, surtout aux environs de Goulommiers et de Corbeil. ( Chardon , loc. cit., p. 65). Ordinairement cet engorgement du tissu cellulaire sous-cutané survint au début de l'acrodynie , précédant les picotements et l'engourdissement. Lorsqu'il diminuait, ces phénomènes commençaient à paraître. Jamais il ne se prolongea pendant toute la durée de la maladie ; il sembla coïncider communément avec les troubles des fonctions digestives.

Ainsi que nous l'avons dit, en définissant l'affection singulière qui fait le sujet de cet article , la fièvre n'a point été la complication ordinaire des accidents signalés : cependant il est quelques cas où ce phénomène a été noté, et particulièrement lorsque les troubles des fonctions digestives étaient fort prononcés; du reste, rarement elle présenta beaucoup d'intensité et de persistance. Elle survenait sous forme erratique , ne déterminant ni frissons ni sueurs , et portant d'ailleurs une faible atteinte aux fonctions organiques. Nous pencherions assez à admettre qu'ici la fièvre était plutôt l'expression d'une affection concomitante que le symptôme de la maladie qui nous occupe.

C'est surtout aux extrémités que l'amaigrissement fut remarquable, et chez les sujets dont la maladie présentait quelque gravité. Pour les malades qui, pendant plusieurs mois, furent en but aux élancements, aux douleurs déjà signalés, l'amaigrissement fut rapide, général et considérable : il coïncidait souvent avec la coloration brunâtre de l'épiderme.

La marche de l'acrodynie a présenté beaucoup d'irrégularité : aussi, malgré les tentatives faites par quelques pathologistes , dans le but d'exposer l'ordre

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de succession des symptômes , ne possède-t-on aujourd'hui rien de bien précis sur l'évolution de ce mal.

M. Cayol (Chardon, loc. cit., p. 68) admettait deux périodes. Dans la première, qui aurait duré de trois à douze et quinze jours, se seraient manifestés l'altération des voies digestives et l'œdème de la face ; la seconde aurait été caractérisée par le bon état du tube digestif, et par l'apparition des fourmillements, de l'engourdissement et des autres symptômes que nous avons décrits. A cette division on opposa les critiques suivantes : souvent les fourmillements et l'engourdissement se montrent en même temps que la lésion des voies digestives ou respiratoires ; quelquefois même ils la précèdent.

Au début , on observe aussi très-souvent diverses éruptions , le gonflement qui accompagne l'éry-

thème (Chardon). M. Genest a partagé la marche

de l'acrodynie en trois périodes : l'une caractérisée par le dérangement des voies digestives , l'œdème de la face, des pieds et des mains, Pérythème de ces dernières parties, la douleur de la conjonctive ; l'autre, par l'engourdissement des pieds et des mains avec desquamation de Pépiderme , coloration brune de la peau , éruptions diverses sur cette membrane; la troisième , enfin , par la cessation successive de ces symptômes (Arch. de méd., t. ix, p. 76 et suiv. ). Bien que ce mode d'exposition soit basé sur l'observation d'un grand nombre de faits, nous pensons cependant, avec Dance ( Dict. de méd. , 2e éd. , art. acrodyme , 1. 1, p. 520), que l'acrodynie n'était rien moins que constante dans sa marche ; que quelquefois la première période manquait ; que les symptômes se présentaient dans un ordre inusité ; qu'enfin on ne les observait pas ordinairement tous réunis chez le même sujet.

La maladie ne présenta rien de fixe dans sa durée : quelques individus guérirent en trois ou quatre semaines; d'autres souffraient encore plusieurs mois après l'invasion du mal. Parfois un peu de soulagement survenu dans les symptômes les plus douloureux semblait devoir faire présager une résolution prochaine ; mais le mal reprenait tout à coup avec une intensité remarquable, et détruisait toute espèce d'espoir.

Bans la plupart des cas , la terminaison fut heureuse, quoique tardive; cependant on a cité un assez grand nombre de sujets qui ont succombé aux accidents graves de la maladie ou à des complications fâcheuses.

La convalescence se faisait beaucoup attendre ; elle ne s'établissait qu'avec une grande difficulté. Chez un bon nombre de malades les accidents principaux avaient cédé, et cependant toutes les nuits survenaient des crampes douloureuses qui troublaient le sommeil, contraignaient à quitter le lit. La peau fut très-long-

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temps à reprendre sa coloration normale : les sueurs partielles des pieds et des mains persistèrent avec une singulière ténacité.

M. Genest (Arch. gén. de méd., t. xix, p. 78) a introduit six variétés différentes dans l'histoire de l'acrodynie. Nous en donnons l'indication sans accorder d'ailleurs à ce sujet aucun développement qui serait superflu : 1° celle où les symptômes nerveux ont existé seuls , et seulement aux pieds et aux mains ; 2° celle où des dérangements des fonctions digestives se sont joints aux premiers symptômes ; 3° celle où le début a été marqué par un état de gonflement de presque tout le corps , ou de diverses parties du corps seulement ; 4° celle où il y a eu coloration en brun ou en noir de Pépiderme; 5° celle qui s'est accompagnée d'éruptions inflammatoires érythéma-

teuses, papuleuses, phlycténoïdes , etc ; 6° celle

où les symptômes nerveux seuls ou compliqués ont occupé d'autres parties du corps que les pieds et les mains.

Cette maladie , qui se prolongeait pendant un temps assez long, se compliqua durant son cours d'affections fort différentes , et qui ne semblaient se développer qu'en vertu de circonstances accidentelles. Des apoplexies, des pneumonies, des phthisies pulmonaires, et d'autres maladies, survinrent chez des sujets atteints d'acrodynie , et n'entravèrent en rien la marche de cette névrose. Chez une jeune fille, une fièvre tierce se développa et guérit sous l'influence du sulfate de quinine , sans que la chéiropodalgie ait été modifiée. Une épilepsie , dont les attaques se renouvelaient chaque jour depuis quatorze ans , disparut en même temps que les symptômes de l'épidémie se développèrent ( Rue , Dissert, inaug. ) ; une femme qui depuis seize ans souffrait d'une migraine fort douloureuse, en fut délivrée par le mal épidémique.

On a généralement considéré l'acrodynie comme une affection spéciale , absolument distincte de celles qui s'offrent journellement à notre observation. En sa qualité de maladie épidémique , elle a revêtu en effet ce cachet singulier, qui appartient à toutes les dispositions pathologiques qui momentanément sévissent sur un grand nombre d'individus. Il était impossible delà confondre a\ec aucune névralgie, avec aucun rhumatisme, avec aucune lésion des centres nerveux, etc. , etc. ; car elle entraînait à la fois des troubles marqués dans la sensibilité, dans la motilité, dans les fonctions digestives , dans les fonctions d'exhalation; car elle siégeait en même temps dans le système nerveux , la membrane muqueuse digestive, le tégument externe, etc....: aussi a-t-on songé seulement à la rapprocher de quelques phénomènes analogues qui apparurent à diverses époques, sévirent aussi sur un assez grand nombre d'individus , et passèrent à la manière des accidents épidéniiques. M. De-

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2eimeris, au mois d'août 1828, présenta dans le Journal général des hôpitaux (nos 2 , 4 , 8 et 17) quelques considérations sur cette matière ; M. Genest (Joe. cit.) nous transmit des recherches analogues. M. Deferraon , dans sa dissertation pour le concours de l'agrégation , eut à traiter cette question : An epidemia nuperrimê observata (prœsertim Lutetiœ) causis, symptomatibus et therapieâ ah aliis popularibus morbis secerncndaP Il arriva, après une discussion remarquable des faits que possède la science sur ce sujet, à poser la conclusion suivante : Parisiensis epidemicus morbuSj aliquot aspectibus colicœ pictonum, nec non quibusdam aliis morbo cereali similis, ex illis tamen, vel in gravissimis casibus symptomatibus reverà differt. M. Chardon ajouta quelques faits à ces aperçus intéressants. C'est dans les travaux qui ont été entrepris sur ce sujet que nous puiserons pour établir les résultats qui suivent.

L'acrodynie pourrait, a-t-on dit, être confondue avec la colique végétale, l'ergotisme, le mal épidémique de la Havane , la pédionalgie , la pellagre : analysons ces diverses circonstances pour porter un jugement convenable.

On trouvera dans la thèse de M. Defermon (p. 28 et suiv.) un exposé assez complet des différents travaux qui ont été entrepris sur la colique végétale {voy. ce mot); mais nous n'avons point l'intention d'entrer ici dans aucun détail à cet égard. Ce qui nous importe surtout d'établir, c'est que dans cette maladie le désordre des fonctions disgeslives est porté à un haut degré; qu'il est constant, et semble, en quelque sorte, constituer la maladie, à son début au moins. Dans le mal qui nous occupe , le trouble des fonctions de digestion , bien que très-commun , ne détermine cependant pas l'essence de l'acrodynie. Or, cette inconstance et bien d'autres qui surgissent sans doute d'un examen plus approfondi, suffisent à la distinction de ces deux états pathologiques.

C'est surtout avec l'ergotisme convulsif que l'on serait tenté de confondre l'acrodynie : l'ergotisme gangreneux, par sa terminaison, ne saurait être assimilé à cette maladie. On trouvera, dans l'article déjà cité de M. Dezeimeris , des indications curieuses sur l'ergotisme ( voy. ce mot) : à nous il suffira d'en indiquer les principaux symptômes pour juger de l'analogie qu'il présente avec le mal qui nous occupe. Or, dans l'ergotisme, mentionné par un grand nombre d'auteurs, on observait les fourmillements et l'engourdissement des extrémités , des mouvements spasmodiques , des symptômes de paralysie, du délire, de l'aliénation mentale t et puis des douleurs atroces qui poussaient les malades à annoncer une faim dévorante, un flux de ventre copieux, une tuméfaction notable des pieds et des mains accompagnée du développement de pustules pleines d'une sahiè fétide et corro-

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