‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interneChapitre 31 sur 50 · UA · texte numérisé non relu

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et que la plus scrupuleuse investigation n'a rien montré qui pût expliquer la mort. 11 faut avouer que ces observations, d'abord très-communes lorsque la science du diagnostic n'était pas portée aussi loin qu'elle l'est à présent, deviennent de jour en jour plus rares; c'est là précisément ce qui donne une grande importance à celles que nous possédons.

Suivant M. Ferrus «la cause productive de l'asthme a pu disparaître pendant la vie , sans que la perturbation nerveuse à laquelle elle avait donné lieu ait cessé de se reproduire (art. cité, p. 274).» Mais alors ce serait admettre un effet sans cause , ou du moins un effet dont la cause a disparu et qui se fait encore sentir ; nous préférons dire que dans ce cas l'asthme est essentiel : c'est avouer notre ignorance , nous le savons-, mais du moins nous ne remplaçons pas une hypothèse par une autre qui recule la difficulté sans la résoudre.

A-t-on mieux trouvé la cause de l'asthme lorsqu'on la rapporte à une inflammation aiguë ou chronique des bronches? En supposant même que cette irritation puisse produire la maladie , il faut encore recourir à une névrose de l'appareil respiratoire pour concevoir les symptômes. Voici comment s'exprime à ce sujet M. Lefèvre qui s'est déclaré pour celte théorie : «Dans la membrane muqueuse du poumon , comme dans tous les autres tissus , la puissance nerveuse et le sang s'influencent réciproquement; mais aussi comme sur tous ces points le tissu nerveux, sentinelle vigilante de la vie , est le premier impressionné par les agents extérieurs , c'est la modification qu'il éprouve par suite de cette action, qui constitue la névrose; et nous croyons qu'il n'est pas déraisonnable d'admettre qu'il peut y avoir un changement matériel , dont la fugacité soit telle qu'il n'en reste plus rien après la mort [loc. cit., p. 200). Ainsi on le voit, il ne suffit pas que la muqueuse soit enflammée pour que l'asthme se manifeste, car on observe tous les jours des bronchites du caractère le plus grave qui persistent longtemps sans présenter jamais aucun des symptômes de cette affection ; il est nécessaire que cette irritation agisse d'une manière spéciale , qu'elle mette en jeu l'innervation des organes thoraciques. Ce n'est qu'après avoir admis cette double cause qu'on pourra expliquer la maladie par cette théorie, qui paraît au premier abord plus précise et appuyée sur des faits d'anatomie pathologique. L'ignorance de la vraie cause de l'asthme n'est que dissimulée; car on ne dit pas pourquoi cette bronchite fait entrer en contraction tous les muscles des conduits aérifères , ou alors on l'attribue à un trouble passager survenu dans l'état normal des parties , qui ne laisse après lui aucune trace matérielle de son passage ; en un mot , à une lésion de l'innervation : c'est donc celle-ci qui est le seul élément dont il faille tenir couipie dans cette

prétendue bronchite. D'ailleurs, il suffit pour détruire la théorie en question d'observer que la bronchite n'existe pas chez tous les asthmatiques.

L'asthme est-il une névrose? La modification passagère des nerfs de l'appareil respiratoire ou leur névrose , indépendamment de toute lésion matérielle des bronches ou du poumon, peut-elle rendre compte des symptômes qui appartiennent à cette maladie?

Les causes qui agissent sur le système nerveux ont quelquefois produit des accès d'asthme. Dans l'observation rapportée par M. Ferrus , ce fut une cause morale très-active qui le détermina; on l'a vu survenir pour la première fois après une frayeur trèsvive, un accès de colère, une préoccupation intellectuelle (Broussais , loc. cit., p. 100), des excès vénériens chez des sujets dont le système nerveux était mobile et irritable. Cette étiologie semble donc déposer en faveur de la nature nerveuse de l'affection; la forme intermittente , et la marche des accès qui viennent et disparaissent avec la même rapidité , la nature des souffrances que les malades éprouvent , la perturbation violente dont le système musculaire est le siège , toutes ces circonstances qu'on ne retrouve que dans les affections du système nerveux , paraissent devoir faire rentrer l'asthme dans la classe des névroses. Mais quelle partie du système nerveux en est le siège ? Rappelons que les expériences de Legallois tendent à démontrer que tous les nerfs qui président à la respiration se trouvent sous la dépendance du bulbe rachidien , au niveau des nerfs pneumo-gastriques ; rappelons que si les nerfs phréniques ou diaphragmatiques, coupés ou comprimés par une ligature, cessent de fournir l'influx nerveux nécessaire aux fonctions respiratoires , il en résulte des phénomènes qui ont beaucoup de rapports avec ceux observés dans les accès d'asthme; rappelons enfin que les mêmes expériences faites sur les nerfs pneumogastriques amènent les mêmes résultats , et il sera impossible de ne pas conclure que l'asthme essentiel a la plus grande analogie avec l'asthme que l'on fait naître d'une manière artificielle à l'aide de vivisections , ou en d'autres termes qu'il est une névrose des nerfs phrénique ou pneumogastrique. Mais il resterait maintenant à chercher si les nerfs pneumogastriques sont le siège exclusif de la névrose , et si les muscles de la vie animale ne sont pas aussi atteints de spasme , et ne combattent pas par un antagonisme conservateur la convulsion des bronches qui s'oppose à l'entrée de l'air atmosphérique. Il s'agirait , en un mot, de savoir si l'asthme est l'effet d'un défaut d'équilibre entre les puissances musculaires chargées des phénomènes mécaniques de la respiration , et les muscles bronchiques dont les nerfs seraient atteints de névrose. Dans ce cas, l'irritation nerveuse augmenterait leur énergie, leur donnerait une force qu'ils

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n'ont pas dans l'état normal , et qui nécessiterait de la part des muscles inspirateurs ces efforts considérables qui dégénèrent en véritable convulsion. On peut encore placer la névrose dans les seuls nerfs qui se distribuent aux muscles inspirateurs, ainsi que le veulent Willis , Robert Bree , Darwin. Mais jusqu'à présent il est impossible de localiser la névrose. On a reproché à ce dernier mot de n'être qu'une dénomination vague, dont on se sert pour déguiser l'incertitude où l'on est touchant la nature ou le siège de l'affection ; ce reproche assez fondé nous engage à maintenir à l'asthme dont il est question dans ce chapitre, la qualification d'essentiel. Toutefois , il ne faut pas entendre par là une lésion d'un principe vital ou de quelque entité aussi subtile ; il ne faut pas croire non plus que nous voulons soutenir que la maladie soit sine matériel. Nous avouons franchement notre ignorance sur ce point ; et si nous avons conservé le mot essentiel, c'est afin de faire comprendre qu'il est un asthme dont on n'a pu jusqu'à présent saisir la cause , et que nous sommes porté à le considérer comme une névrose pure et simple des rameaux nerveux qui se distribuent aux bronches, et qui s'oppose aux phénomènes chimiques de la respiration.

Suivant M. Georget, l'asthme nerveux , spasmodique, convulsif , périodique, ou simplement l'asthme a pour caractère principal et essentiel de consister en un état de gêne et d'oppression de la respiration , de serrement du thorax et du larynx, produit par la convulsion des muscles de ces parties et du diaphragme, revenant par accès plus ou moins éloignés dans l'intervalle desquels cette fonction reste libre , ou n'est ordinairement que peu gênée, surtout dans les premiers temps, existant le plus souvent sans fièvre. La cause de cette maladie doit être cherchée, suivant M. Georget, dans le cerveau ou dans le rachis, «plutôt dans le premier que dans le dernier, et non dans le cœur ou les poumons; or, aucun auteur jusqu'ici n'a fait mention de recherches cadavériques dirigées vers ces organes, et nous-même n'avons point encore trouvé l'occasion de faire de pareilles recherches» {De la physiologie du s/st. nerf., p. 415 et 424, t. n,in-8°; Paris 1821).

Il résulte de tout ce qui précède , que l'asthme essentiel ne pouvant être rapporté à aucune des altérations cadavériques , que nous avons examinées tour à tour, n'est pas le symptôme d'une maladie du cœur, des vaisseaux, du poumon , des bronches, etc. , mais une affection à part; que si on peut la rapprocher jusqu'à un certain point des névroses , il n'est pas encore possible de savoir au juste quels sont les nerfs ou le point de l'axe cérébro-spinal qui sont plus spécialement affectés; que l'asthme étant jusqu'à présent un inconnu pathologique , il faut lui réserver une place dans les cadres nosologiques , jusqu'à ce que l'étude

assidue des symptômes et des altérations ait révélé sa véritable origine.

Marche de l'asthme essentiel. — Rien n'est plus variable que le retour des accès. Ils laissent entre eux une rémission plus complète que ceux de l'asthme symptomatique; et, avant que des lésions consécutives ne viennent compliquer la maladie , la santé n'est pas notablement dérangée dans l'intervalle des attaques. Ils se présentent rarement avec le type intermittent régulier. t

Diagnostic. — Les distinctions que nous avons établies entre les diverses espèces de dyspnées, et surtout les considérations dans lesquelles nous sommes entré sur les maladies du cœur et des vaisseaux , doivent faire sentir toute l'importance d'un diagnostic précis. Il ne suffit pas de savoir que l'asthme est symptomatique ou essentiel , d'avoir déterminé quel est l'organe en souffrance , il faut sans cesse observer attentivement les malades, et se rappeler que l'asthme essentiel ne tarde pas à se compliquer d'autres lésions. On n'oubliera pas non plus que les désordres qui surviennent alors occupent surtout le cœur, le poumon et les vaisseaux : c'est sur eux que le médecin doit porter toute son attention, afin de s'opposer au développement des affections consécutives.

Pronostic. — Le pronostic de l'asthme essentiel n'est point fâcheux. On sait qu'une croyance populaire accorde aux asthmatiques une longue existence ; mais il faut que le mal ne reconnaisse pas pour cause quelqu'une de ces lésions mortelles par elles-mêmes. Ce mal pénible pour les sujets qui en sont atteints semble mettre à chaque instant leur vie en péril ; mais les accès même les plus graves se terminent presque toujours sans accidents fâcheux. Floycr dit avoir connu des asthmatiques qui étaient atteints de leur mal depuis plus de cinquante ans : «Mon asthme, ajoute-t-il , ne m'empêche pas d'étudier, de marcher, d'aller en voiture, de remplir mes fonctions, de manger, de boire et dormir aussi bien que j'aie jamais fait» (Trait, de l'ast., p. 22). Le peu de gravité de l'asthme fait croire à Sauvages que c'est plutôt une maladie de longue durée, qu'une maladie chronique (Nosol. math., t. u , p. 94).

Lorsque les accès se rapprochent , le pronostic devient plus grave, parce qu'il repose sur le siège, et la gravité des lésions intercurrentes. Un anévrysme du cœur, un emphysème pulmonaire sont des maladies d'une guérison d'autant plus difficile , que la cause qui les a produites se renouvelle sans cesse. Ce n'est donc pas sur l'asthme lui-même , mais sur les complications que doit être basé le pronostic. Sennert croit que les jeunes gens ne guérissent qu'avec peine , et les vieillards presque jamais (liv. n, cap. u, part. iv). Galien regarde aussi ce mal comme très-pernicieux chez les vieillards. Lieulaud porte un pro-

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nostic moins défavorable, et fait observer que les asthmatiques parviennent à une vieillesse avancée.

Causes. — On a rangé au nombre des causes prédisposantes l'hérédité. M. Alibert rapporte dans sa Nosologie (p. 243) l'histoire remarquable d'une famille dans laquelle les frères en furent atteints vers l'âge de quarante ans. Une observation de Floyer prouve aussi l'influence de l'hérédité (lot: cit., p. 23). On conçoit, dit M. Lefèvre , que par la génération peuvent se transmettre des dispositions organiques qui rendent plus aptes à contracter certaines affections ; ainsi l'étroitesse du conduit aérien , l'irritabilité extrême des bronches peuvent, selon nous, rendre compte des asthmes dits héréditaires. » On a prétendu à tort que la constitution nerveuse était une prédisposition à cette maladie , car les femmes et les enfants en sont rarement atteints. Aussi Caelius-Aurelianus , a-t-il dit avec autant de justesse que de concision : aPassio hœc gravât atque premit magis mulieribus viros , et juvenibus senes atque pueros , et durioribus naturâ corporibus teneriora, hjberna atque nocte magis, quàm die vel œstaie.n M. Alibert parle d'un enfant de quatorze ans qui fut pris de cette affection spasmodique dès sa plus tendre enfance; et d'un autre, âgé de sept ans, qui, né de parents asthmatiques, éprouvait des accès de dyspnée pendant l'hiver.

M. Guersent a rencontré plusieurs exemples de ce qu'il appelle asthme nerveux sur des enfants de cinq à douze ans : «J'ai la conviction, dit-il, que cette maladie a les mêmes caractères que chez les adultes et les vieillards... L'asthme nerveux, chez les enfants comme chez les adultes , survient quelquefois sans lésion organique ; je l'ai observé chez des enfants affectés d'eczéma chronique , lorsque l'éruption avait complètement disparu» (art. Asthme, Dict. de méd., p. 285).

On a prétendu que certaines contrées prédisposaient à cette affection; nous empruntons au Mémoire de M. Lefèvre le passage suivant : «Au dire de Scheibner, l'asthme est endémique dans la Saxe inférieur (Ploucquet, art. Dyspnea); suivant Gouzier, il est très-commun dans l'île de Bourbon; d'après Henderson , il existe dans quelques parties de l'indostan un mal parfaitement semblable à l'asthme spasmodique , et qui paraît produit chez quelques indigènes par la réclusion. Zalloni a constaté sa fréquence dans l'Archipel et sur les côtes de l'Asie Mineure. »

Nous ne reviendrons pas sur les causes déterminantes des accès ; nous en avons parlé à l'occasion de l'asthme en général. Ce que nous devons seulement faire remarquer, c'est que chacune d'elles a une influence plus ou moins grande sur l'asthme essentiel. Ainsi tous les modificateurs qui portent leur action sur le système nerveux et la muqueuse pulmonaire ,

comme les variations de température , l'humidité , fa chaleur solaire ou artificielle , l'électricité , la lumière , ramènent les accès. Nous verrons que les causes des accès d'asthme symptomatique sont un peu différentes, et portent en général sur la circulation.

Toutes les causes que nous venons d'énumérer ne suffisent pas , comme il est aisé de le voir, pour expliquer l'origine de l'asthme ; il faut encore une prédisposition. «La causalité de cette affection , dit M. Broussais , se résume en disant, que ce qui peut occasionner la dyspnée chez le commun des hommes , peut, chez certains individus prédisposés, déterminer des attaques d'asthme. Mais quelle est celte prédisposition ? La réponse n'est pas facile... » C'est ici le mystère des névroses (loc. cit.,]}. 103).

Traitement de l'asthme. — On a dit avec juste raison qu'en général pour administrer avec succès un médicament, il fallait connaître la nature et le siège de l'affection que l'on se propose de combattre : cette proposition admise par les uns, rejetée par les autres, est applicable à l'histoire thérapeutique de l'asthme. En effet, il est peu de maladies contre laquelle on ait dirigé plus de médicaments et avec moins de succès. Cherchons donc si , au milieu de l'obscurité qui nous environne , il ne se trouve pas quelques indications thérapeutiques qui puissent nous servir de guide. Nous n'avons pas besoin de connaître la nature intime de la maladie pour savoir que les troubles de l'innervation , quel qu'en soit le siège , ont une très-grande part dans la production des accidents ; c'est donc la névrose qu'il faut traiter, et appeler à son aide toutes les substances qui passent pour exercer une modification sur le système nerveux. Il faut aussi remédier à l'accès s'il est violent , et le sujet robuste ; écarter les causes déterminantes de l'accès; suppléer aux évacuations supprimées.

Pour mettre quelque ordre dans l'histoire thérapeutique de l'asthme , nous examinerons d'abord les divers modes de traitement usité chez les anciens ; nous étudierons ensuite la modification salutaire et vraiment médicatrice que l'hygiène peut imprimer à la maladie ; dans une troisième partie , nous ferons connaître les principales substances dont l'efficacité est incontestable.

Gelse, en médecin habile, et qui avait entrevu qu'un régime diététique sagement dirigé pouvait guérir plus sûrement les malades que tous les médicaments , conseille la promenade , les frictions , surtout sur les membres inférieurs : ces frictions doivent être faites au soleil ou devant le feu, et poussées jusqu'à exciter la transpiration. Il recommande aux malades de se coucher la tête élevée, la poitrine et la gorge recouvertes de cataplasmes chauds; les boissons douces, les aliments légers, les médicaments diurétiques, et les bains de vapeur dirigés vers la bouche , lui serablen

des moyens propres à apporter quelque soulagement aux malades.

Les auteurs qui succédèrent à Celse ne profitèrent pas des sages préceptes qu'il leur avait tracés. Les anciens avaient une très-haute idée de la puissance thérapeutique du vinaigre. Pline fait un grand éloge du vinaigre scillitique. Arétée préconise le nitre avec les infusions excitantes, qu'on donne encore quelquefois aujourd'hui , telles que celles de thym , d'hysopc, d'origan.

Galien , se proposant de détruire les humeurs visqueuses par des évacuations, purge avec la coloquinte ou l'élatérium , et administre ensuite du nitre ou du sel dans l'hydromel. Il condamne les astringents et les narcotiques, comme le pavot, la mandragore, la ciguë, la jusquiame ; en cela , il n'a pas été imité par les modernes, qui ont trouvé parmi ces plantes des médicaments précieux. Il recommande les humectants , la diète , et par-dessus tout , comme ses prédécesseurs , l'oxymel, le vinaigre scillitique et le nitre.

Cselius-Aurelianus donne d'excellents conseils sur les soins que réclament les malades : il veut qu'on leur élève la poitrine et la tête . qu'on les place dans un endroit éclairé , médiocrement chaud , et dans un repos complet; il recommande la diète, les fomentations émollientes sur la poitrine avec l'huile chaude, les frictions. Il n'est pas aussi heureux , lorsqu'il expose toutes les ressources de sa polypharmacie [Morb. chron., lib. ni, cap. i).

Paul d'Égine veut qu'on fasse vomir avec le raifort, et prescrit l'hydromel, avec le cardamome, l'assa-fœtida, le poivre, le nitre, et quelques autres remèdes excitants.

Avicenne insiste particulièrement sur les vomitifs, les purgatifs et les antispasmodiques. Parmi ces derniers , il emploie le castoréum et la gomme ammoniaque. Il vante beaucoup les amers , la décoction de centaurée , le cresson bouilli dans l'hydromel , les différents vinaigres médicamentaux , les préparations avec le nitre; il conseille de faire respirer aux malades les vapeurs excitantes de gommes-résines aromatiques. Quelques auteurs pensent qu Avicenne a voulu indiquer les inspirations de vapeurs arsenicales; mais ils ont sans doute commis une erreur en confondant la sandaraque des Grecs , qui est le sulfure rouge d'arsenic , avec la sandaraque qu' Avicenne et les Arabes employaient , et qui n'est autre chose que la résine de quelques plantes aromatiques , du genévrier, entré autres.

Nous passons sous silence une foule de remèdes inutiles ou ridicules , tels que les bouillons de vieux coq , de poumons de renard , de lièvre. Les théories humorales qui ont fait diviser l'asthme en sec et en humide ont influé sur le traitement de la maladie. Ainsi Van Helmont, se refusant à admettre que la

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pituite ou le phlegme soit la cause de l'asthme, ne veut pas qu'on administre les pectoraux. Au contraire, Rivière , le considérant comme un catarrhe , préconise ces mêmes pectoraux , ainsi que les fleurs de soufre , les sulfures, l'oxymel scillitique, les gommes fétides; la formule suivante des pilules qu'il prescrivait donnera une assez juste idée de sa médication : fleurs de soufre 3 iij ; gomme ammoniaque et bdellium , de chaque , 3 (5 , que l'on dissoudra dans le vinaigre scillitique; oxymel scillitique , q. s. Il prescrivait aussi les eaux de cannelle avec l'oxymel scillitique.

Sennerl , qui fait jouer à la sérosité et à son effervescence un rôle important dans la production de l'asthme , vante les oxymels composés avec l'hysope , la véronique, le marrube, l'origan, le pouiiot, la scabieuse , le chardon bénit. D'autres , rapportant l'asthme (Sylvius) en partie à des humeurs , en partie à la flatuosité , s'efforcent de remplir les indications qu'exige cette double cause. Etmuller, qui embrasse cette théorie, dirige contre les flatuosités les graines carminatives, telles que l'anis, les fleurs de camomille, l'esprit de nitre, le soufre; il donne encore, dans ce but , les eaux de cannelle , d'hysope , de bryone , dans lesquelles on fait dissoudre l'oxymel scillitique et la gomme ammoniaque préalablement unie au vinaigre ; il combat aussi le mal à l'aide des digestifs suivants .- le tartre vitriolé , la crème de tartre , les sels de potasse , l'ammoniac.

Floyer fait entrer dans le traitement de l'asthme un si grand nombre de substances médicamenteuses , qu'il serait fastidieux de les rappeler toutes. Il faut , dit-il, évacuer la cacochymie gluante et flatueuse, corriger la viscosité du chyle et de la lymphe , prévenir l'effervescence des humeurs.

On peut voir , d'après les divers traitements usités chez les anciens , que si les doctrines ont été souvent nuisibles à l'établissement d'une bonne thérapeutique, elles n'ont pas empêché les médecins de mettre en usage des substances appropriées à la nature de l'asthme, et dont nous nous servons encore aujourd'hui : de ce nombre sont les antispasmodiques , les gommes fétides, les narcotiques, les purgatifs , les balsamiques, les expectorants et les révulsifs. Mais avant d'exposer quels sont les médicaments qui ont le plus d'efficacité, il convient de tracer quelques préceptes empruntés à l'hygiène.

Modificateurs hygiéniques. — Une connaissance exacte des influences exercées par les modificateurs peut délivrer les asthmatiques de leur grave affection. Ils recourraient inutilement aux agents thérapeutiques les plus vantés , à tous les remèdes que l'empyrisine a décorés du nom de spécifiques: pour eux point d'espoir de guérison ni de soulagement à leurs maux si, pour courir après les bienfaits chimériques de toutes ces drogues , ils abandonnent le régime que

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*eur prescrit l'hygiène. C'est donc dans cette science que réside le véritable traitement de l'asthme; aussi est-ce un devoir pour nous de le faire connaître avec quelques détails.

Une des causes les plus fréquentes des accès d'asthme est la vicissitude du chaud et du froid; aussi importet-il d'en garantir les malades. « Pour mon compte parculier, dit M. Lefèvre, je crois que si je pouvais toujours rester soumis au même degré de chaleur , de pesanteur et d'humidité de l'air , je n'éprouverais jamais de retour d'asthme ; malheureusement la chose est impossible; mais il serait facile d'en approcher en habitant constamment un pays dont l'influence bienfaisante a été reconnue. » Ces conditions atmosphériques ne se trouvent pas aisément; elles se présentent cependant dans les plaines de nos contrées méridionales lorsqu'elles sont abritées par des montagnes. Mais il ne suffit pas que la température de l'air soit égale et chaude, il faut que ce fluide contienne une certaine quantité de vapeur d'eau ; car F évaporalion abondante qui se fait à la surface pulmonaire , irrite la muqueuse , et provoque le retour des attaques. L'air ne doit pas être agité. Ce n'est qu'au milieu d'un concours de circonstances aussi favorables que les asthmatiques peuvent exister. On leur conseillera d'habiter des appartements vastes , bien aérés , dans lesquels on entretiendra une température douce et égale ; on aura soin aussi d'y faire évaporer de l'eau. En général, on peut dire que les climats chauds conviennent aux asthmatiques ; il ne faut pas oublier, toutefois , qu'il en est quelques-uns qui ne peuvent vivre dans les contrées équatoriales ; on eu voit qui sont dans une souffrance continuelle tant qu'ils habitent l'intérieur d'une ville: ils sont soulagés dès qu'ils respirent au milieu de la campagne; d'autres, au contraire, ne sont délivrés de leur oppression que lorsqu'ils se trouvent au milieu de l'air épais et non renouvelé des villes.

On a recommandé les voyages, et plus particulièrement la navigation comme un puissant moyen de guérir de l'asthme. On conçoit, en effet, que les distractions nombreuses qu'ils apportent aux malades préoccupés sans cesse de leur mal, peuvent être d'un grand secours; mais on ne peut se dissimuler aussi que la variation de température , l'humidité , la sécheresse , les vents , l'obscurité qui régnent dans les vaisseaux , ne soient autant de circonstances qui doivent nuire. M. Lefèvre, d'après sa propre expérience et celle d'un médecin dont il rapporte l'observation , croit devoir défendre la navigation aux asthmatiques. Nous dirons pour résumer tout ce qui est relatif aux influences atmosphériques, que le médecin doit surtout étudier la susceptibilité individuelle de chaque sujet , et la prendre eu considération avant de lui tracer les préceptes qu'il doit suivre ; qu'en général , le séjour dans un climat chaud où la lumière et le calorique sont abondants , où les

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vents ne soufflent presque jamais, où des fleuves four» nissent une quantité suffisante de vapeur d'eau, où l'air n'est pas trop sec , qu'un tel séjour est favorable aux asthmatiques , et qu'ils doivent y fixer leur demeure : de cette manière, ils parviendront quelquefois à se délivrer de leur maladie , lorsqu'elle n'a pas encore amené dans les organes des lésions au-dessus des ressources de l'art.

Tous les auteurs anciens et modernes s'accordent à reconnaître que la nourriture doit être uniforme et simple , prise parmi les substances qui se digèrent facilement; qu'il convient de proscrire l'usage des boissons alcooliques et vineuses qui provoquent des dispnées considérables, souvent même des attaques. Le repas du soir ne doit pas avoir lieu à une heure trop avancée , parce qu'alors le travail de la digestion venant s'ajouter à l'influence inexplicable que détermine l'obscurité , ramène les accès , ou même en augmente l'intensité. L'usage du thé, du café, a été défendu par les uns , et recommandé par d'autres (MM. Bree , Roche, Sanson, Laennec). On voit des asthmatiques qui boivent habituellement du café soit pur, soit mêlé avec le lait, et qui souffrent davantage lorsqu'ils s'en abstiennent. Le thé paraît agir favorablement sur quelques malades en excitant une douce diaphorèse. Quelques médecins ordonnent aux malades de remplacer les boissons vineuses par de la bière nouvellement préparée et non mousseuse , des eaux minérales ferrées, de l'hydromel, ou au moins de l'eau chargée des principes médicamentaux dont nous parlerons plus loin. Nous croyons que le vin mêlé à une certaine quantité d'eau ferrugineuse, peut produire de bons effets chez les individus dont la constitution molle et lymphatique n'exclut pas une grande mobilité nerveuse.

Les vêtements chauds, les frictions conseillées par Celse, les bains de sable et tous les modificateurs capables d'entretenir une certaine irritation sur la périphérie cutanée , agissent d'une manière favorable ; ils appellent les fluides à la surface de la peau , débarrassent le poumon de toute la quantité de sérosité qui s'exhale par la sueur, et exercent une véritable révulsion. Celse avait reconnu tout l'avantage qu'on pouvait tirer de ces modificateurs ; nous l'avons vu prescrire des frictions sur tout le corps et particulièrement sur les membres: pour qu'elles soient plus efficaces, il veut qu'on les pratique au soleil, ou devant le feu, et qu'elles soient poussées jusqu'à la sueur. Hérodote a indiqué les bains de sable chaud. M. Lefèvre rapporte «qu'en Turquie, l'usage des bains d'étuves humides et des frictions dont on les accompagne l'a presque toujours préservé d'avoir un second accès, quand il y avait recours après le premier» {loc. cit., p. 205).

Un exercice modéré, la promenade à cheval ou en

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Voiture, sont utiles aux asthmatiques; ils doivent se soustraire , autant que possible , aux occupations sédentaires et aux travaux intellectuels qui influencent d'une manière si remarquable les phénomènes de la respiration. M. Broussais dit avoir éprouvé plusieurs accès d'asthme pour avoir prêté une attention longtemps soutenue aux leçons d'un professeur de l'école de médecine, qui faisait de longues phrases {Cours de path., p. 102).

Modificateurs pharmaceutiques. — Pour introduire de l'ordre dans l'énumération des divers agents thérapeutiques, nous examinerons successivement les débilitants , les révulsifs , les dérivatifs , les narcotiques, les antispasmodiques, l'électricité, le magnétisme , les toniques et les excitants , enfin les prétendus spécifiques.

Traitement de l'accès. — Lorsque celui-ci est de longue durée, et qu'il est très-intense, plusieurs médecins veulent qu'on recoure à l'emploi de la saignée. Baglivi , Sennert , Haller, Bosquillon , disent en avoir retiré d'excellents effets. Haller voulait qu'on pratiquât cette opération sur la jugulaire; Sennert sur la saphène, quand l'asthme tenait à la suppression des menstrues ou des hémorrhoïdes ; mais le plus grand nombre de praticiens se sont prononcés contre la saignée pendant les paroxysmes , non pas qu'elle soit suivie d'accident , mais parce qu'elle est tout au moins inutile. Cependant, d'après le conseil même de Laennec, «on ne doit pas négliger de tirer du sang toutes les fois que la lividité de la face , la force de la constitution du malade, et l'énergie trop grande des mouvements du cœur, annoncent qu'il y a congestion sanguine vers le poumon ; mais il ne faut pas abuser de ce moyen qui ne produit en général dans cette affection, non plus que les autres, qu'un soulagement momentané» (loc. cit., Asthme). 11 est impossible, comme on le voit , de tracer à l'avance la conduits que doit tenir le médecin. 11 se déterminera suivant l'état du malade, la gravité des symptômes et les causes de la maladie. L'application de sangsues autour de la poitrine , ou sous les clavicules, n'a semblé, dans un cas , diminuer ni la durée, ni l'intensité de l'attaque (Lefèvre , loc. cit., p. 1 1 5).

Les révulsifs énergiques, tels que les pédiluves irritants, les maniluves, les frictions, les sinapismes faits avec l'acide acétique ou hydrochloriques , ont modéré souvent la violence des paroxysmes. Il ne faut pas toujours les placer sur les membres inférieurs; nous avons recouvert dans un cas toute la partie antérieure du thorax d'un large sinapisme , et nous avons eu la satisfaction de voir cesser l'accès après un temps très-court ; ce moyen nous a réussi à trois reprises différentes chez la même personne. On pourrait encore appliquer des ventouses sur le thorax; mais, le malade ne pouvant supporter qu'avec peine

tout ce qui empêche la libre dilatation de la poitrine, ce moyen n'est pas sans inconvénient.

M. Jolly est parvenu à arrêter les attaques en appliquant une ligature sur les membres inférieurs. Sennert a proposé un des premiers cette constriclion dans des vues toutes théoriques. M. Lefèvre y a eu recours deux fois sur lui-même, et n'en a obtenu aucun soulagement.

Dès qu'un asthmatique est réveillé par un accès , il doit se lever, respirer un air frais, prendre une position qui permette au thorax de se dilater librement, débarrasser son corps de tout ce qui le couvre, garder le silence et le repos , et ne rentrer dans son lit que lorsque la fatigue et le sommeil peuvent lui faire croire qu'il s'endormira bientôt. 11 est difficile de dire comment il convient de diriger le mode d'action de la lumière, parce qu'elle n'agit pas de même sur tous les asthmatiques; les uns sentent redoubler leurs souffrances au milieu de l'obscurité ; d'autres sont soulagés dès qu'on a fait disparaître la lumière artificielle qui les environne.

On a conseillé un grand nombre de boissons dans le but d'arrêter l'accès. N'agissent-elles, comme le disent quelques auteurs , qu'en produisant une diaphorèse , ou seulement par la quantité et la température de l'eau qui sert de véhicule à la partie médicamenteuse? c'est ce qu'il est difficile de décider. Floyer faisait usage d'eau panée à laquelle il ajoutait un peu de nitre et de sel ammoniac (Floyer, loc. cit., p. 1 65). Les boissons acidulés et rafraîchissantes, ainsi que les autres, doivent être prises froides suivant quelquesuns, chaudes suivant d'autres; Floyer ne veut pas qu'elles soient chaudes, parce qu'elles augmentent l'oppression et l'anxiété des sujets. Parmi les boissons usitées dans cette maladie , nous citerons celles faites avec les plantes pectorales , le coquelicot , le miel , les acides végétaux, le vinaigre en particulier ; celles faites avec les plantes excitantes, le cardamome, la menthe, la mélisse, la sauge, la petite centaurée, l'origan, le dictame de Crète, le lierre terrestre, le marrube , l'aunée , les baies de genièvre , les sommités du pin, l'anis, la camomille, la squine, le gayac, la salsepareille, le sassafras. Les boissons que l'on prépare avec ces diverses substances peuvent recevoir d'autres principes médicamentaux , les résines, le nitre, l'opium, etc.; nous en parlerons plus loin. Quoique, en général, l'efficacité de ces tisanes soit fort douteuse, on a remarqué néanmoins que les infusions théif ormes des végétaux excitants et aromatiques modéraient la durée et la gravité des accès.

De tous les agents thérapeutiques les plus puissants sont les substances qui portent leur action sur le système nerveux. Nous plaçons au premier rang les narcotiques, les stupéfiants tels que la belladone, la jusquiame, l'opium, le tabac, la ciguë, le phellan-

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drium aquatieum, l'aconit-napel , la douce-amère. La modification que ces plantes impriment au système nerveux s'étend jusqu'aux nerfs de l'appareil respiratoire. Il est probable qu'elles agissent comme dans toutes les névroses, c'est-à-dire en modérant l'accumulation dufluide nerveux, en changeant le moded'innervation, ou en excitant passagèrement l'irritabilité des cordons nerveux. Dans la plupart des cas le soulagement n'arrive que sous une influence sédative. Laennec pense que les narcotiques ont pour effet de diminuer le besoin de respirer ; et voici sur quelles considérations il appuie cette idée qui mérite de fixer l'attention dés thérapeutistes. On sait que chez les animaux qui sont pris à l'entrée de l'hiver de ce sommeil auquel on donne le nom d'hybernation , les mouvements respiratoire et circulatoire se ralentissent ; ce n'est qu'à de rares intervalles qu'on voit le thorax se dilater et introduire une certaine quantité d'air atmosphérique; cette quantité est à peu près cent fois moindre que dans l'état de veille ( comme 1400 est à 1500 ) ; on peut s'assurer de la vérité de cette proportion en plaçant l'animal hybernant sous une cloche de verre ; l'oxygène qui a disparu pendant l'expérience permet facilement de juger de l'intensité de la respiration. Gette circonstance remarquable « rendrait facilement compte, suivant Laennec, de l'état de santé assez parfait , de l'absence même de toute dyspnée chez un grand nombre d'individus dont la respiration examinée au stéthoscope est trois ou quatre fois moindre que dans l'état naturel. » Il Suffit, en effet, que ces sujets soient habituellement dans un état qui se rapproche un peu des conditions dans lesquelles vivent! les animaux dormeurs. Les substances narcotiques auraient pour résultat de mettre les asthmatiques dans la position où se trouvent les animaux dormeurs et l'homme pendant son sommeil, c'est-à-dire de diminuer le besoin de respirer, et par conséquent de prévenir ou d'empêcher les accès qui ne sont qu'une exagération de ce besoin. Cette théorie paraît à Laennec d'autant plus sûre qu'elle est appuyée sur le rapprochement et l'analogie de plusieurs faits. Ou ne peut pas contester, en effet, qu'il n'existe de grandes différences dans le besoin de respirer entre un homme et un autre; les expériences curieuses et tout à fait convaincantes de M. Edwards ont montré que les fonctions respiratoires n'ont pas la même intensité à toutes les époques de la vie , et que, sous ce rapport, il y a des dissemblances très- marquées non - seulement aux différents âges, mais aussi entre les hommes (De l'influence des agents physiques sûr la vie). Par conséquent si nous ne respirons pas tous de la même manière , le besoin qui précède cette fonction et qui lui commande ne peut être le même pour tous. L'opinion de Laennec sur l'inégalité de la respiration chez les différents sujets et sur Je mode d'aefion des narcotiques , nous

paraît assez bien démontrée; elle est prouvée encore par ce qui se passe chez les malades atteints d'hypertrophie du cœur, et à qui on administre l'opium pour leur procurer du sommeil. On sait, en effet, que quelques-uns de ces anévrysmatiques vous supplient de ne plus leur rendre les préparations opiacées , parce qu'il se réveillent dans une angoisse inexprimable; dans ce cas , l'aclion du narcotique a bien diminué le besoin de respirer, mais la circulation continuant à se faire , quoique avec moins d'intensité , le sang afflue dans l'organe pulmonaire et ne peut plus absorber des quantités suffisantes d'oxygène; de là l'espèce d'asphyxie momentanée dans laquelle tombe le malade.

Le datura stramonium peut être donné sous forme d'extrait ou de poudre ; dans le premier cas , c'est à la dose d'un quart de grain à deux grains ; dans ïe second, de deux à douze grains. Mais on préfère généralement faire fumer aux malades les tiges et les feuilles de cette plante. Les médecins anglais ont surtout contribué à répandre l'usage de ce remède dont on s'accorde aujourd'hui à reconnaître l'efficacité; oh peut même, d'après le témoignage de MM. Kriner, Gruveilhier, Lefèvre et des asthmatiques qui Ont éû à s'en louer, considérer cet agent thérapeutique comme un des moyens les plus précieux. On commencera d'abord par en faire fumer une très-petite quantité, on augmentera la dose jusqu'à ce que le malade éprouve une sorte de vertige. Il paraît , suivant le rapport des asthmatiques eux-mêmes, que le soulagement ne se manifeste qu'au moment où l'action stupéfiante de là stramoine se fait sentir. On peut mêler avec elle , par parties égales ou en diverses proportions, les feuilles de tabac dont certains malades usent habituellement , et quelquefois avec succès.

Il semble, en ne considérant que théoriquement! les propriétés anti-contractiles de la belladone , qu'elle doive être un véritable spécifique, s'il est vrai que l'asthme consiste en une contraction spasmodique des bronches. On a rapporté dans la Gazette médicale ( 1834, décembre, p. 817) des faits qui mettraient la belladone bien au-dessus de la stramoine et des autres remèdes , puisque sur cinq malades traités par l'emploi des fumigations de plantes narcotiques et de feuilles de belladone en particulier, quatre ont guéri et le cinquième, qui était un vieillard âgé de soixantequinze ans , éprouva une amélioration notable. Mais des succès aussi extraordinaires demandent à être confirmés par les observations d'autres médecins.

Nous n'avons rien à dire du mode d'administration des autres narcotiques, de l'opium, de la ciguë, du colchique automnal, de lajusquiame. Doit-on, d'après le conseil de Laennec , employer ces plantes en substances, pourvu qu'elles soient bien conservées et pulvérisées e\temporanément, ou leurs extrait?:

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aqueux et alcooliques ; c'est au praticien à se décider suivant les effets qu'il obtiendra des premières doses. Laennec vante l'eau distillée de laurier -cerise et l'acide hydro-cyanique étendu; « ils calment assez souvent la gène de la respiration, mais moins constamment cependant que les narcotiques. »

On a préconisé en Angleterre la teinture de lobélie enflée ( lobelia inflata ). Elliotson lui reconnaît des propriétés spécifiques contre cette maladie , M. Strichl a observé dans deux cas d'asthme, dont les accès étaient violents et répétés, les effets rapides qui suivirent l'emploi de vingt à trente gouttes de teinture de lobélie mêlées à une petite quantité d'eau distillée; il dit même que les attaques disparaissent complètement au bout de trois jours de traitement ( The Lancet, février 1833). M. Wilhïaw croit que la lobélie possède à la fois des propriétés narcotiques , antispasmodiques , expectorantes , diurétiques et sialogogues; il ne faut plus s'étonner de la voir si bien réussir.

On n'a pas craint de donner dans cette maladie les substances les plus énergiques, telles que la fève Saint- Ignace, la noix vomique, le narcisse des prés, l'hydrochlorate de baryte, la teinture arsenicale de Fowler, le sulfate de zinc. On ne saurait, quant à présent, se former une idée précise de l'efficacité de ces remèdes , parce qu'ils n'ont pas été assez expérimentés. On peut essayer aussi les sels de fer, et particulièrement le sous-carbonate. Hutchinson et d'autres médecins anglais les ont employés surtout dans les névralgies; Robert Bree les croit très-propres non-seulement à dissiper une attaque d'asthme, mais à en prévenir le retour.

L'électricité, que l'on a cru d'abord si efficace dans cette maladie, est presque généralement abandonnée de nos jours ; Laennec dit avoir réussi dans quelques cas à modérer les accès à l'aide de la pile galvanique; il a échoué dans d'autres cas. L'application des aimants produit des effets analogues ; ils doivent être placés sur les parties antérieures et postérieures du thorax.

Nous passerions en revue toutes les substances dites antispasmodiques si nous voulions énumérer toutes celles qui ont été données pour guérir l'asthme. Parmi celles qui ont eu la vogue se trouvent surtout l'assa-fœtida, la gomme ammoniaque, le bdellium, le castoreum , le musc , la myrrhe , le camphre seul ou dissous dans l'huile de pétrole , le safran. On administrait ces médicaments à haute dose dans des potions faites avec les eaux distillées aromatiques de menthe, de zédoaire, de cardamome, de gérofle, de cannelle, de gingembre, etc.; dans l'hydromel, l'oxymel, le vinaigre scillitique, le suc de joubarbe (Floyer, p. 196). Aujourd'hui on préfère donner les antispasmodiques seuls ou unis aux opiacés ; ceux qui ont procuré un soulagement quelquefois même assez rapide , sont l'assafœtida à la dose d'un à quatre gros en lavement,ou d'un

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demi-gros en potion. On peut faire usage de la formule suivante, que l'on doit à Millar : assa-fœtida, ?, iij ; acétate d'ammoniaque, 3 j; eau de pouliot, 3 iij. On faitprendre rettemixture par cuillerée toutes les heures, durant l'accès. Une fois le paroxysme passé , on prescrit au malade les pilules antispasmodiques suivantes : assa-fœtida et gomme ammoniaque , de chaque ij gr. ; musc, j gr.; valériane pulvérisée, viij gr. , pour trois pilules à prendre dans la journée. On peut encore ajouter à ces substances le castoreum et l'opium. Les résines et les gommes résines , le musc et le castoreum, jouissaient chez les anciens d'une grande réputation; peu de substances, en effet, ont rendu plus de service. L'odeur seule qu'elles exhalent diminue l'intensité de l'accès ; mais chez un certain nombre d'asthmatiques elles agissent comme toutes les molécules irritantes , et redoublent leur anxiété. Luther doit aussi occuper un rang distingué parmi les antispasmodiques utiles dans cette maladie.

Les boissons excitantes, les infusions de'fleurs de mélisse , d'origan , de centaurée , de camomille , de marrube, d'hysope, de sureau, ont été recommandées par presque tous les auteurs anciens. Elles peuvent servir de tisane ordinaire; mais elles ne sont que d'un faible secours pour arrêter l'accès. En est-il de même du chardon bénit, de l'ipécacuanha, des préparations antimoniales ? Quelques asthmatiques gros et replets se sont bien trouvés d'un ou deux grains d'émétique, ou de vingt à trente grains d'ipécacuanha. M. Lefèvre (Mém. cité) dit avoir été soulagé par cette poudre. Les effets salutaires des émétiques doivent engager les praticiens à en user plus souvent qu'on ne le fait aujourd'hui. lis produisent une dérivation salutaire par les secousses qu'occasionne le vomissement , et surtout par l'action secrétaire qu'ils déterminent dans la muqueuse du poumon et le tégument externe; il s'établit une sueur plus ou moins abondante et une expectoration qui juge l'accès. G'est donc à juste titre qu'ils jouissaient d'une haute faveur chez les anciens ; et si cette vogue peut s'expliquer par les théories humorales qui régnaient à cette époque , il faut reconnaître aussi qu'elle est appuyée sur des succès incontestables.

On a conseillé encore l'usage de ces médicaments qui portent leur action sur la muqueuse intestinale où sur les organes de la sécrétion urinaire : tels sont le sulfate , le tartrate , l'acétate de potasse , les sels de magnésie, le nitrate de potasse; ils agissent favorablement sur les sujets d'une constitution molle et lymphatique dont tous les tissus sont imbibés de fluide blanc. Lorsqu'un soulagement marqué et rapide ne suit pas l'emploi de ces purgatifs, il faut recourir à de plus énergiques , à ceux qui sont capables de produire un flux muqueux abondant sur toute la surface de l'intestin. C'esl aussi en excitant une derivaliori

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favorable que les remèdes décore's du titre d'expectorants, tels quel'oxymel scillitique, les potions dans lesquelles on fait entrer les préparations antimoniales, ou des résines balsamiques, ont pu offrir quelque avantage. On ne doit pas oublier que dans cette maladie la sécrétion , muqueuse abondante qui survient à la fin des accès, soulage beaucoup les asthmatiques, et peut être considérée comme une crise salutaire ; on tâchera de l'imiter en donnant l'infusion ou la décoction de polygala de Virginie à la dose de § j dans ft iij d'eau réduites à ij , ou mieux encore , la potion suivante : "if racine de polygala , 5 ij ; eau bouillante , 3 vj , faites infuser, et ajoutez : sirop de Tolu , § j ; gomme ammoniaque, 3 j àij. On peut encore administrer dans les paroxysmes les potions oxymellées etscillitiques. La scille est un médicament souvent fort utile qui compte le plus de succès ; seule, elle n'agit pas assez rapidement; on préfère la donner en poudre à la dose de deux à huit grains dans les infusions de polygala ou de serpentaire de Virginie , ou associée aux antispasmodiques. Elle produit quelquefois des effets purgatifs ou émé tiques qui ne sont pas sans offrir quelque avantage.

Les substances réputées sudorifiques , le gayac, le sassafras, la squine, ne rendent que de faibles services dans cette affection. 11 semble qu'elles devraient, en excitant la diaphorèse, opérer une dérivation favorable ; mais la température de ces boissons , que l'on administre très-chaudes, cause quelquefois une agitation pénible, et ne diminue en rien la longueur des accès.

On a aussi vanté dans le traitement de l'asthme l'inspiration de gaz et de vapeurs chargées de principes médicamenteux. Beddoës et Fourcroy ont recommandé l'inspiration de l'oxygène. Ce moyen , que la considération théorique des causes de l'asthme devait faire regarder comme très-efficace, n'a pas répondu aux espérances qu'on en avait conçues. 11 en est de même de l'inspiration du chlore mêlé en faibles proportions à l'air de l'appartement qu'habitent les malades; quelques médecins disent avoir vu résulter de bons effets de l'inspiration de ces gaz. On a proposé de faire respirer aux asthmatiques la vapeur d'eau ou de l'air tenant en suspension les parties actives de diverses plantes aromatiques ; mais il était facile de prévoir que les molécules irritantes fournies par les huiles essentielles et les résines qui sont contenues dans les plantes aggraveraient l'état des malades. C'est, en effet, ce qui arrive, à moins que les symptômes de l'asthme ne tiennent à l'existence d'une bronchite chronique. 11 serait donc préférable, si on voulait recourir à l'athmiatrie pour guérir cette affection , de faire respirer la vapeur de l'eau dans laquelle on aurait fait bouillir des plantes qui jouissent de propriétés narcotiques, la stramoine. la belladone, le pavot, la morelle, etc.

On les placerait dans un flacon bitubulé et muni d'un tube recourbé qui conduit la vapeur des plantes et de l'eau en ébullition dans la bouche du malade. Notre remarque touchant l'inefficacité et les inconvénients de l'inspiration des gaz irritants s'applique à plus forte raison aux résines, aux baumes du Pérou , de Tolu , etc. Leur administration a été suivie de quelques succès lorsque l'inflammation chronique était la principale cause des accidents. Si le retour des paroxysmes avait une certaine régularité , il ne faudrait pas hésiter à donner le sulfate de quinine.

Parmi les agents thérapeutiques que nous avons mentionnés, les uns n'ont eu qu'une vogue passagère, parce que leur emploi avait été dicté par des théories fausses ou incertaines ; les autres , donnés d'une manière tout empirique, sans qu'on cherchât à se rendre compte de leur mode d'action , sont encore usités. Mais les plus efficaces sont sans contredit les modificateurs pharmaceutiques qui agissent sur les fonctions d'innervation. C'est donc dans cette classe de médicaments qu'il faut choisir les moyens curatifs de l'asthme. Toutefois, nous devons prévenir que les plus divers et les plus opposés dans leur mode d'action ont échoué dans quelques cas et réussi dans d'autres. En admettant que les exemples de guérison rapportés par les auteurs soient incontestables, il resterait à déterminer si ces prétendus asthmes n'étaient pas symptomatiques de la lésion de quelque viscère. En effet , il n'est pas douteux que si on décrit sous le nom à? asthme les symptômes de ces bronchites chroniques qui revêtent la forme de l'affection que nous avons étudiée dans cet article, il n'est pas douteux , disons-nous, qu'on ne puisse administrer avec succès les aromatiques et les excitants , qui changent le mode d'irritation de la muqueuse. Mais quels services rendraient-ils si l'asthme était essentiel? On verrait certainement les symptômes s'aggraver.

D'autres médecins prétendent avoir soulagé les malades en leur donnant la digitale et la scille à haute dose. Il n'y a rien là qui doive nous surprendre; ils auront confondu avec l'asthme quelque maladie organique du cœur et des gros vaisseaux , et sous l'influence des préparations de digitale, la circulation s'étant ralentie , les symptômes de l'affection auront aussi perdu de leur intensité. Nous pourrions, en poursuivant celte analyse, détruire la réputation usurpée d'une foule de remèdes. Le nombre de ceux qui ont été véritablement utiles dans le traitement de l'asthme est devenu plus petit à mesure que la science du diagnostic s'est perfectionnée , à mesure que l'on a appris à reconnaître l'asthme essentiel. Le traitement qui mérite la confiance du médecin consiste dans l'emploi des narcotiques et des anti-spasmodiques que nous avons placés en tête de ce chapitre.

Tous les médicaments que nous avons nommés conviennent également pendant les paroxysmes et dans leurs intervalles : mais on ne doit pas oublier que l'hygiène seule peut produire, sinon une guérison complète, ce qui est rare , du moins éloigner les accès et diminuer leur intensité. L'application d'un cautère ou d'un vésicatoire au bras , l'usage de quelques purgatifs, sont avantageux aux sujets disposés à l'asthme.

§ III. — Asthme symptomatique.

Des maladies très -diverses par leur siège, leur nature et leur intensité , s'accompagnent quelquefois de tous les symptômes que nous avons assignés à l'asthme essentiel. On ne connaît pas encore d'une manière précise toutes les conditions organiques ou fonctionnelles qui peuvent favoriser le développement de l'asthme symptomatique ; on ignore pourquoi celui-ci se montre tantôt chez un malade atteint d'hypertrophie du cœur, tantôt chez un autre affecté de bronchite chronique ; pourquoi un épanchement pleurétique , une ossification dans le péricarde , un abcès dans le cerveau , une tumeur située sur le trajet d'un nerf, donnent lieu aux symptômes de la maladie. Il y a là quelque chose d'insolite et de mystérieux : ce n'est pas la lésion matérielle que nous trouvons sur le cadavre qui peut seule nous rendre compte de ce qui s'est passé. Mais avanl de chercher si les corrélations sympathiques et la prédisposition individuelle suffisent pour tout expliquer, commençons par signaler les désordres pathologiques que l'on a rencontrés chez les sujets qui succombent. Les altérations du système nerveux appellent surtout notre attention.

Altérations pathologiques. — Willis a trouvé un épanchement de sérosité dans le cerveau; M. Jolly, une altération de la substance nerveuse près de l'origine de la huitième paire ; M. Bérard , une tumeur développée dans l'épaisseur du nerf diaphragmatique; M. Georget, une coloration et une consistance anormales du cerveau ; M. Ferrus , une ossification assez étendue , placée au centre du plexus pulmonaire , et qui comprimait une partie des nerfs de ce plexus. 11 faut rapprocher de cette observation celle de M. Andral, qui a vu le médiastin antérieur occupé par une grosse masse de ganglions tuberculeux , au milieu de laquelle passaient les nerfs diaphragmatiques.

Dans l'appareil respiratoire , on a noté l'ossification des cartilages des côtes, et les vices de conformation du thorax , les épanchements pleurétiques chroniques, les adhérences entre les deux plèvres , les tubercules pulmonaires crûs ou ramollis , le trop grand développement du thymus chez l'enfant (Asthme thymique de Kopp). Il est peu de médecins qui n'aient eu l'occasion de voir des phthisiques dant le poumon était rempli de tubercules , et qui offraient les symptômes intermittents de l'asthme. Oa a encore attribué cette

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maladie à la présence des concrétions pulmonaires. Van Helmont dit avoir vu sur le cadavre d'un asthmatique le lobe gauche du poumon durci, semblable à de la pierre ponce. Quelques auteurs ont prétendu que les tailleurs de pierre ou de grès, les marbriers, étaient sujets à l'asthme , en raison de la poussière qui s'amasse dans leurs bronches : on a nié dans ces derniers temps que les calculs pulmonaires fussent plus communs chez ces ouvriers que chez les autres hommes. Cependant Morgagni , Diemerbroeck , Ramazzini , disent avoir rencontré chez eux de semblables concrétions ( Ramazzini , Traité des maladies des art., par M. Pâtissier, p. 96). L'emphysème pulmonaire est une des maladies qui, suivant Laennec, MM. Magendie et Breschet , donnent le plus souvent lieu à l'asthme. L'œdème du poumon est aussi considéré comme une cause de cette affection.

Les bronches et le larynx sont le siège de quelques altérations que l'on a regardées comme la cause de l'asthme. M. Ferrus a vu périr de suffocation une malade aliénée qui avait été en butte à des attaques de dyspnée revenant à de certains intervalles. L'ouverture du corps fit découvrir une végétation de nature verruqueuse, placée sur le cartilage épiglottique (art. AsthmeJ, loc. cit., p. 257). L'œdème de la glotte peut se montrer, suivant MM. Thuillier et Bouillaud , sous la forme de dyspnée intermittente. La bronchite aiguë et chronique a passé de tout temps pour la cause la plus ordinaire de l'asthme. Laennec en faisait un des symptômes assez fréquents de cette espèce de catarrhe avec expectoration peu abondante , qu'il nommait catarrhe sec (Trait, de l'aus., art. v). Il existe aussi très'- souvent dans le catarrhe pituiteux qui s'accompagne de la sécrétion d'une grande quantité de crachats.

Le cœur est un des organes dont les altérations ont le plus occupé les pathologistes. Nous avons dit que M. Rostan avait voulu faire rentrer toutes les espèces d'asthme dans les affections du cœur et de l'aorte. Elles seraient ainsi devenues le symptôme de ces maladies; nous avons rejeté cette opinion contredite par des faits nombreux observés par des médecins dignes de foi; mais ce qui reste solidement établi parle Mémoire de M. Rostan , c'est que l'asthme est un symptôme assez fréquent des maladies du cœur, et en particulier de l'hypertrophie de ses ventricules. La dilatation anévrysmatique des oreillettes ou des ventricules, l'ossification des valvules ou des artères coronaires, l'anévrysme, l'ossification et les rétrécissements de l'aorte , les ulcérations ont été souvent rencontrés chez les asthmatiques. Il en est de même de la péricardite chronique, de l'hydropéricarde. Enfin, on a été jusqu'à vouloir trouver l'origine de la maladie dans des lésions des viscères du bas-ventre , telles que les cajcwls biliaires et rénaux , les tumeurs de diffé-

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rente nature , l'ascite , la fièvre intermittente , la grossesse , etc.

Rapport des lésions avec les symptômes. — S'il est vrai que l'asthme se soit montré dans des conditions pathologiques si diverses , nous devons en conclure qu'il peut devenir accidentellement le symptôme de maladies qui se présentent ordinairement sous une tout autre forme. Mais en admettant que les faits aient été bien observés , et que l'on n'ait pas pris de simples dyspnées pour des asthmes , il faut alors chercher dans les sympathies nerveuses et la prédisposition individuelle les raisons pour lesquelles une maladie, qui s'annonce d'ordinaire par un groupe particulier de symptômes, change entièrement de physionomie , et s'offre à nous sous un nouvel aspect. On nous accordera que pour qu'une ossification des valvules du cœur, une pleurésie , des tubercules pulmonaires, puissent produire un accès d'asthme, il faut qu'il existe en même temps quelque chose que nous ne connaissons pas, une influence toute spéciale qui se dérobe à nos moyens d'investigation. Toutefois nous ne prétendons pas , à l'exemple de certains auteurs , que ce soit une altération du fluide nerveux ou de l'esprit vital; nous préférons avouer notre ignorance plutôt que de recourir à l'hypothèse.

Les anciens considéraient presque tous les asthmes et les dypsnées comme des affections nerveuses, parce que l'anatomie ne leur ayant pas révélé toutes les lésions, et forcés de se contenter de l'observation, ils croyaient voir dans l'asthme tous les caractères d'une affection nerveuse. Bientôt l'anatomie pathologique vint détruire l'existence éphémère de ces maladies nerveuses, et montrer qu'elles se rattachent à des désordres matériels. Ge fut là un service immense, incontestable , qui fut pour l'histoire de l'asthme ainsi que des autres maladies le commencement d'une ère nouvelle. Mais en voulant tout expliquer par les lésions que l'on rencontrait sur le cadavre , en voulant faire dériver tous les symptômes que l'on avait observés de cette unique source , on tomba dans une erreur funeste : au lieu de créer autant de dypsnées nerveuses qu'il existait de groupes de symptômes, comme on l'avait fait auparavant, on rattacha l'asthme à chacune des lésions qui s'était offerte. C'est ainsi qu'on a multiplié presque indéfiniment le nombre des causes de l'asthme, et que l'anatomie pathologique a fini par tout envahir. Cependant la confusion qui avait régné jusqu'alors a promptement cessé. 11 resta bien établi que la dyspnée intermittente , et la plupart des symptômes de l'asthme , se présentent chez les malades atteints d'hypertrophie du cœur, de bronchite chronique , de maladies des vaisseaux , de péricardite , etc. L'art du diagnostic , qui a fait des progrès si rapides, et acquis de nos jours un haut degré de précision , a appris en même tempj à remonter à !a véritable

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cause des symptômes , et à mettre en rapport les désordres que l'autopsie nous révèle avec les phénomènes observés pendant la vie. En faisant pour l'asthme ce rapprochement , on trouve que les altérations ne peuvent rendre compte à elles seules du développement de la maladie , et qu'il faut chercher dans la prédisposition individuelle et les irritations nerveuses sympathiques les causes de l'apparition des symptômes. Ce qu'on peut dire de plus positif à cet égard , c'est que l'appareil respiratoire étant un de ceux dont la fonction est très-intimement liée aux autres organes , il n'est pas étonnant que leurs maladies venant à réagir sur cet appareil , il en résulte des troubles importants dont l'ensemble constitue l'asthme. Mais ces corrélations nerveuses établies entre le poumon ne suffisent pas pour expliquer la maladie : le degré de sensibilité départie à chaque individu, la vivacité de la réaction sympathique, et les autres circonstances propres à favoriser le développement des névropathies et des névroses , semblent être des conditions nécessaires pour que des altérations locales puissent produire l'asthme. 11 règne encore sur tout ce sujet une obscurité profonde , qui ne doit pas cependant nous faire méconnaître l'influence de certaines affections sur le système nerveux.

L'origine de l'asthme se trouve quelquefois dans une maladie de la moelle, du cerveau, ou des nerfs respirateurs. M. Ollivier d'Angers a observé l'induration , le ramollissement , la compression de la moelle par des plaques cartilagineuses , dans plusieurs cas où les sujets avaient offert des accès de dyspnée. On conçoit aussi que des tumeurs situées sur le trajet des nerfs pneumo-gastriques ou près de leur insertion au cerveau, pourraient amener des dyspnées intenses. Ici la cause des accidents est tout à fait directe ; seulement on ne peut pas dire pourquoi cette altération permanente détermine des phénomènes intermittents : c'est là un des mystères les plus impénétrables de la pathologie.

Nous avons signalé toutes lesjlésions matérielles que l'anatomie pathologique fait découvrir sur le cadavre des asthmatiques ; mais il en est encore d'autres qu'il nous reste à énumérer. Parmi celles qu'on a placées dans le poumon , nous citerons la contraction spasmodique des bronches, sur laquelle nous nous sommes suffisamment étendus , et le gonflement passager de la muqueuse des conduits aérifères, dont il convient de dire quelques mots. Les diverses espèces de bronchites peuvent donner naissance à la dyspnée intermittente. Suivant M. Andral , «il est des individus qui n'offrent ordinairement aucun signe de bronchite, qui ne toussent pas, qui n'ont pas l'haleine courte, et qui, à certains intervalles, sont pris tout à coup des symptômes suivants : oppression portée rapidement au plut haut degré, suffocation, imini-

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nente , injection violacée de la face , comme chez les asphyxiés, pouls petit et serré, assez fréquent , toux sèche d'abord , puis accompagnée d'une expectoration abondante, dont l'apparition coïncide avec la dyspnée. Ces divers symptômes s'établissent brusquement ; ils acquièrent très-rapidement leur plus haut degré d'intensité, puis ils diminuent, et au bout d'un petit nombre de jours ils ont disparu sans laisser aucune trace à leur suite» ( Clin, méd., 3e éd., t. m, p. 184 ). M. Andral explique l'apparition de ces accidents par l'engorgement subit de la muqueuse laryugo-bronchique. Les palpitations qu'accusent les malades ne se montrent que lorsque la dyspnée a déjà acquis un haut degré d'intensité : on ne peut donc pas leur rapporter les symptômes; car ils ne sont que consécutifs au trouble de la respiration. Get asthme , que M. Andral propose de désigner sous le nom d'asthme bronchique, survient quelquefois primitivement sans avoir été précédé d'aucun rhume ; il présente des caractères qui ne permettent pas de le confondre avec les autres bronchites : l'intermittence des accès est plus franche , et dans leur intervalle on ne trouve aucun des signes de l'inflammation de la muqueuse. Get asthme se rapproche à tel point de l'asthme essentiel, qu'il serait très-difficile de les distinguer l'un de l'autre. On pourra en juger par l'observation que cite M. Andral , d'un enfant âgé de treize ans, qui , dans l'intervalle des accès , ne présentait rien qui indiquât l'état morbide de quelque organe.

Il n'en est plus de même de l'emphysème du poumon, que l'on a considéré aussi comme une cause de l'asthme. Dans l'emphysème, la difficulté de respirer est constante, et augmente seulement par intervalle : d'ailleurs, la sonoréité extrême des parois thoraciques, la diminution du bruit respiratoire dans les points où la poitrine résonne le plus, le changement de conformation du thorax, qui est plus arrondi , feront reconnaître cette affection.

Gullen, et d'autres auteurs après lui, ont pensé que l'asthme pouvait tenir à une certaine plénitude des vaisseaux du poumon , et que cette espèce particulière était celle dont les accès étaient surtout amenés par les vicissitudes atmosphériques. Floyer prétend aussi que la trop grande quantité de sang cause aux gens sanguins de la difficulté de respirer jusqu'à ce que la pléthore ait été combattue par des saignées abondantes. M. Ferrus se range à cette opinion : il croit que les hommes replets , adonnés aux plaisirs de la table, les femmes dont la menstruation n'est pas régulière, les sujets chez lesquels les hémorrhoïdes se suppriment, sont disposés aux accès d'asthme. Le mode d'action de toutes ces causes est le même; elles augmentent la masse du fluide en circulation ; le poumon est alors le siège d'un engorgement passager , parce que l'oxygénation du sang noir, qui afflue en

abondance dans son parenchyme, ne pouvant se faire avec assez de rapidité, le liquide s'arrête dans l'organe : de là ces dyspnées intermittentes qui surviens nent au moment où la congestion devient très-forte. « Pourquoi, dit M. Ferrus , le poumon, l'organe le plus perméable au sang, ne serait-il pas, dans quelques cas , le siège d'un mouvement fluxionnaii e sanguin , qui ne serait ni ce qu'on appelle apoplexie pulmonaire, ni l'engorgement hémoptysique, ni l'hépatisation ? Ne voit-on pas tous les jours le cerveau être le siège d'une congestion qui n'est point inflammatoire , et qui disparaît sans avoir altéré sa texture ? L'âge moyen de la vie , qui est celui où les congestions sanguines sont les plus intenses et les plus communes, est aussi celui dans lequel on observe le plus souvent ces accès d'asthme dont l'état matériel est difficile à saisir» (art. Asthme). De tout temps on a reconnu l'influence de ces hypérémies pulmonaires sur le développement des accès d'asthme : peuvent-elles expliquer tous les accidents de la maladie ? c'est ce que nous rechercherons plus loin.

On la voit se manifester comme complication de l'hystérie , de l'hypocondrie , de l'épilepsie. Dans tous ces cas , le point de départ est évidemment Je système nerveux. On peut s'en convaincre eu observant ce qui se passe chez les femmes d'une constitution nerveuse, dont les malaises et les moindres maladies s'accompagnent d'attaques de dyspnée assez intenses pour inspirer de sérieuses inquiétudes. Les irritations extérieures rentrées, celles de la peau (érysipèles, dartres), des muscles, des articulations (rhumatismes , peuvent aussi produire l'asthme.

Maintenant que nous avons passé en revue les causes qui président au développement de la maladie , cherchons si elles agissent toutes de la même manière. Les affections du cœur, telles que les hypertrophies, les tubercules pulmonaires, les épanchements pleurétiques , sont autant d'obstacles au libre passage du sang à travers le cœur et le parenehyme pulmonaire : or, on conçoit que si l'hypérémie du poumon est assez considérable pour que tout le sang noir ne puisse être oxygéné, ce liquide arrivera incomplètement élaboré dans les artères du cerveau, et déterminera un commencement d'asphyxie. 11 se passe ici quelque chose de semblable à ce qui a lieu lorsqu'on injecte du sang noir dans les artères carotides d'un animal : la respiration ne tarde pas à s'accélérer, à devenir anxieuse , et des symptômes presque semblables à ceux de l'asthme se manifestent. On a voulu faire jouer un certain rôle à la compression du cerveau ; voici de quelle manière : « S'il était permis de hasarder quelques conjectures , on pourrait dire que l'obstacle qui ralentit la circulation dans les artères cérébrales , doit causer la stase du sang dans les sinus de la dure-mère , la coloration de la face, la com-

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pression de l'encéphale et les mouvements convulsifs de la respiration, comme cette compression occasionne la dyspnée et les vomissements dans les congestions cérébrales, sans maladie du cœur. On pourrait ajouter que les affections qui , après celles du cœur, produisent le plus souvent l'asthme , sont le catarrhe chronique , l'épaississement de la muqueuse

pulmonaire et tous les obstacles qui , en s'opposant

à la sanguification , affectent secondairement le cerveau, comme il l'est dans les cas où , suivant les expériences de Bichat , on injecte du sang veineux dans l'artère carotide...» (M. Ferrus, art. Asthme, p. 263). Ces remarques , quoique dictées par une saine physiologie , ne sont pas à l'abri de graves objections, et l'auteur que nous venons de citer le reconnaît luimême. Si la stase du sang dans le cerveau , et l'oxygénation imparfaite de ce liquide , étaient les seules causes des troubles qui surviennent dans la respiration, pourquoi ne les verrait-on pas paraître toutes les fois que le poumon hépatisé, ou converti presque entièrement en une masse tuberculeuse , ne peut plus remplir ses fonctions? On a dit que l'hépatisation du poumon n'affectait jamais la totalité de l'organe, ou que, si cela arrivait , la mort était subite ; mais il est évident que cette raison n'est pas admissible , car tous les jours on voit les deux poumons envahis par des myriades de tubercules à l'état de crudité , ou comprimés par des épanchements pleurétiques qui remplissent toute la cavité pectorale , sans que pour cela on observe les symptômes de l'asthme; et certes on ne peut contester que l'obstacle à la circulation pulmonaire ne soit porté, dans ce cas, à un haut degré.

§ IV. — Asthme thpnique.

Asthme de Kopp. — Le développement du thymus a été considéré par les médecins anglais et allemands comme la cause de l'asthme auquel on a donné le nom d'asthme de Kopp ou de Hirsch , du nom des deux auteurs qui l'ont décrit. P. Frank (epist. n, p. 1 75) avait déjà déterminéles causeset les circonstances principales de la maladie : « In asthmate , ul nommant , pueruli glandulas branchiales prœter sanitatis modum turgidas, maxime verd thymum insigniter tumefactum invencrunt anatomici. » Richa connaissait avant Frank la nature de la lésion productrice de l'asthme thymique.

On trouve sur le cadavre des enfants qui ont succombé à la maladie une augmentation de volume du thymus qui est plus long et plus large que dans l'état normal ; son épaisseur reste à peu près la même. Cet organe contracte des adhérences avec la trachée , les vaisseaux du cou et de la poitrine , et leur forme une espèce de gaîne ; son tissu, quoique plus ferme, n'éprouve ni dégénérescence, ni ramollissement, ni induration. Son poids peut s'élever de cinq gros

à deux onces. Les autres viscères présentent les altérations qui accompagnent d'ordinaire l'asphyxie. Cette hypettrophie du thymus est , suivant M. Hirsch, la cause de tous les accidents , en raison de la compression que cet organe exerce sur les parties voisines : voici quels sont les symptômes qui font reconnaître cet asthme.

11 se manifeste sous forme d'accès de suffocation. D'abord l'haleine semble manquer tout d'un coup au malade; l'entrée de l'air dans les voies aériennes s'accompagne d'un bruit analogue au cri de coq de la coqueluche ; seulement il est plus faible et plus superficiel ; l'inspiration est sifflante , grêle , courte et incomplète. Quelquefois cinq ou six inspirations profondes , énergiques se succèdent sans aucune expiration intermédiaire , ce qui donne a cette maladie quelque ressemblance avec le croup. Les enfants éprouvent aussi un sentiment de constriction à la gorge. Lorsque l'accès est très-violent , la respiration reste suspendue , le bruit inspiratoire écourté , et ne se faisant plus entendre au début du paroxysme ; il reparaît à la fin après un temps plus ou moins long. La durée de l'accès est d'une demi-minute à trois minutes. Une fois terminé, l'enfant revient à son état normal, à moins qu'il ne soit d'une faible constitution. Les accès éclatent au moment du réveil : ils ne reparaissent d'abord qu'à de longs intervalles , tous les huit à dix jours; plus tard, ils se répètent jusqu'à quinze et vingt fois par jour. C'est surtout entre le quatrième et le dixième mois que les enfants- sont pris de ce mal. La mort arrive le plus ordinairement au milieu d'un paroxysme , ou par apoplexie , ou enfin par des convulsions épilepliformes qui surviennent en même temps que la suffocation , ou qui alternent avec elle : quelques enfants périssent tout à coup sans dyspnée , sans agonie , hors le temps des accès.

Certains auteurs ont trouvé la plus grande analogie entre l'asthme thymique et l'asthme aigu de Millar. Cette dernière affection a été elle-même considérée par Underwood et Cullen comme étant la même que le croup ; Michaelis , Royer-Collard , ont soutenu une opinion contraire. Nous ne croyons pas que l'asthme thymique reconnaisse pour cause unique l'hypertrophie du thymus ; car, en supposant même qu'on n'ait jamais observé d'autres lésions sur les cadavres des enfants qui périssent après en avoir offert les symptômes, il resterait à savoir pourquoi ils ne se montrent pas chez tous les sujets qui ont le thymus hypertrophié. On a peut-être confondu , sous le nom A'asthme thpnique et d'asthme aigu de Millar, l'emphysème pulmonaire dont M. Lediberder a constaté l'existence chez un certain nombre d'enfants naissants (art. Empuysème du Dict. de méd., 2e édit. , p. 356). M. Louis fait aussi remonter le développement de cette maladie à la première jeunesse , sans

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prétendre que tous les cas d'asthme thymique sont des emphysèmes ; on a lieu de supposer, jusqu'à ce que des recherches ultérieures aient éclairé i'histoire de l'asthme thymique, que cette maladie peut tenir, dans quelques circonstances , à la dilatation des vésicules pulmonaires ou à l'infiltration de l'air dans le tissu cellulaire de l'organe.

h'asthma thymicum se distingue de l'asthme de Millar par le mode différent et la durée plus longue de chaque accès, et par la marche aiguë de l'affection en général ; il peut être confondu avec les attaques nerveuses que l'on remarque chez les enfants passionnés qui perdent haleine lorsqu'ils se fâchent : ces accès n'ont pas lieu au réveil sans cause extérieure , comme dans l'asthme thymique. Celui-ci pourrait encore simuler une de ces dyspnées qui surviennent comme symptôme de l'hydrocéphale chronique.

Cette maladie se caractérise surtout par un spasme périodique et tonique qui affecte les poumons, le larynx , la glotte , et peut-être même le cœur, spasme qui plus tard se propage dans tout le système cérébrospinal , sous forme de convulsions épileptiques , et finit par amener la mort , soit par suffocation , soit par apoplexie ou par asphyxie {Sur l'aslh. thym., par G. Hirsch de Koenigsberg, àmsSchmidt's Jahrbuecher der in-und auslaendischen medicin, et dans Encyclographiedes sciences médicales , juin 1 836, 6 liv.). La structure du thymus hypertrophié n'est pas dégénérée ; il est un peu plus dur, plus charnu , plus rouge, mais sans trace d'induration ni de tubercules. Lorsque l'accès se déclare, on se borne à lever l'enfant, à le tenir penché en avant , et à frapper de la main doucement le dos. L'indication thérapeutique la plus importante , suivant M. Hirsch , est de combattre le spasme à l'aide de l'eau distillée de laurier-cerise à doses progressives, de petites quantités de musc, d'assa-fœtida , de zinc , et surtout de l'hydro-cyanate de zinc; ces remèdes ont été préconisés par Pagenstecher. «Afin de prévenir toute congestion vers le cœur et les poumons et d'arrêter les progrès du développement du thymus , on doit amener pour ainsi dire une vi ta minima , et empêcher autant que possible la nutrition, indication que l'on obtient par un régime convenable, par des saignées locales copieuses, et souvent répétées (tous les quatre à huit jours), par l'application des exutoires sur la poitrine , par les purgations énergiques, et par l'eau de laurier-cerise» (M. Hirsch, loc. cit.). On a encore proposé de dissoudre les tumeurs par des résolutifs et des anti-scrophuleux , ou enfin d'enlever l'organe malade ; cette opération, quoique exécutable sur le cadavre, n'a jamais été tentée sur levivant. M. Fingerhuth fait usage dans cette maladie de bains de iodine et de frictions avec l'hydriodate de mercure sur la partie antérieure et supérieure du thorax [Trav. cil. de M. Hirsch).

5 V. — Asthme de Millar.

Asthme aigu de Millar ; asthme spasmodique , catarrhe nerveux suffocant des enfants, affection spasmodique du thorax et du larynx (Gardien).

La plus grande incertitude règne encore aujourd'hui au sujet de l'affection que Millar a décrite le premier en 1769, et qui a conservé son nom. Les uns veulent qu'elle soit distincte du croup (Michaelis, Royer-Collard) ; d'autres la considèrent comme étant la même maladie. Jurine, dans son Mémoire sur le croup , rapporte à l'asthme aigu une affection catarrhale avec accès de suffocation. Enfin, il est plusieurs médecins qui en font un asthme nerveux. Afin de mettre le lecteur à même de juger la valeur de ces assertions , nous allons présenter l'analyse succinte de l'ouvrage de Millar.

Cet auteur a trouvé chez les anciens plusieurs passages qui ont trait , suivant lui , à l'asthme aigu ; mais les citations qu'il emprunte à Hippocrate , Galien , Cœlius-Aurelianus , Etmuller sont très-obscurs , et ne peuvent qu'augmenter la confusion. 11 en est de même des lésions cadavériques ; dans la seule autopsie que Millar ait faite , tous les organes étaient sains , l'estomac et le canal intestinal étaient seulement un peu tuméfiés; les poumons ainsi que les autres viscères avaient leur texture normale.

Symptômes. — Cet asthme attaque les enfants depuis un an jusqu'à treize, et surtout ceux qui sont nouvellement sevrés ; les adultes au contraire en sont rarement atteints. Lorsque le mal débute il frappe tout à coup les enfants au milieu de leurs jeux ou pendant leur sommeil. Le petit malade s'éveille en tremblant, le visage très-rouge et quelquefois livide, respirant avec une difficulté extrême , avec des mouvements convulsifs dans les entrailles. Le bruit que font l'inspiration et l'expiration se succédant avec rapidité, ressemble à celui qu'on entend dans les accès hystériques. Quelquefois la frayeur ajoute au mal; l'enfant se tient attaché à la personne qui lui donne des soins , et s'il n'éprouve pas un prompt soulagement en toussant, élernuant, vomissant ou évacuant, l'étouffement augmente, et il meurt dans l'accès. Une fois le paroxysme passé , l'enfant semble parfaitement rétabli ; il dort le reste de la nuit, et respire facilement, jusqu'à ce qu'il éprouve un nouvel accès , le soir ou à une autre époque de la journée. Le ventre est tuméfié, la transpiration cutanée, et la sécrétion du mucus nasal moins abondantes que de coutume; les urines limpides dans le principe deviennent à ce moment de la crise, nébuleuses , troubles , et se couvrent d'une écume blanchâtre. Le pouls à peu près naturel , hors le temps des attaques , est faible , profond et accéléré pendant sa durée.

La rémission des accidents n'est jamais complète ;

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le malade est ordinairement triste et abattu , les cris continuels , l'agitation ou l'abattement avertissent que le mal ne tardera pas à reparaître. On doit craindre encore son retour si l'abattement , les rires , les cris involontaires, les soubresauts des tendons viennent à se montrer. C'est surtout dans le premier période de l'asthme , lorsque les paroxysmes sont encore éloignés, que le traitement peut être efficace. Dans le second période la voix est rauque, la respiration accompagnée d'une sorte de croassement se fait entendre à une grande distance. Le pouls est intermittent , il devient si profond qu'on ne peut le saisir, si rapide qu'on ne peut le compter. «Les épaules s'élèvent à chaque inspiration qui ne se fait plus qu'avec une pénible agonie ; l'estomac et les entrailles se tuméfient, la sueur la plus abondante couvre la tête, le visage et la poitrine ; les extrémités sont froides , la figure livide , les yeux caves , les lèvres , la bouche et le gozier secs et brûlants ; l'enfant est dévoré d'une soif ardente , mais il n'ose boire , parce que chaque effort qu'il fait pour avaler l'expose à une suffocation subite ^(Observations sur l'asthme et sur le croup , par J. Millar, trad. par Sentex , p. 7 et suiv.).

Le malade succombe par degrés , ou des convulsions violentes terminent bientôt ses souffrances. L'asthme aigu se termine ordinairement en peu de jours par la mort ou une guérison parfaite. Millar cite à l'appui de cette description générale de la maladie , trois observations fort incomplètes , et qui ne peuvent servir en rien à éclairer la nature et le vrai siège de l'affection. La mort survint dans un seul cas ; dans les deux autres , la guérison ne se fit pas longtemps attendre (loc. cit., p. 29-35).

L'auteur dit qu'on regardait l'asthme aigu «comme une affection inflammatoire dans laquelle les progrès des symptômes étaient si rapides que , dans l'espace de peu de jours, elle venait à suppuration, et se terminait par la gangrène. Les diverses circonstances de la maladie et l'examen attentif de ses symptômes lui firent soupçonner que probablement elle était l'effet immédiat d'un spasme plutôt que d'une obstruction déterminée» (loc. cit., p. 20). On croirait, après cette citation , connaître l'opinion de l'auteur ; il n'en est rien , car, en parlant de la dissertation du docteur Hume sur le croup, il prétend que ce médecin a décrit le dernier degré de l'asthme , et que toutes les altérations qu'on trouve à la suite du croup , n'appartiennent qu'au second période de l'asthme aigu (loc. cit., p. 51). Qu'on essaye maintenant de conserver, si l'on peut, l'essentialité établie par Millar.

On alieu de s'étonner que les auteurs aientcherché si longtemps à rapporter à l'asthme aigu tant de maladies différentes. Ne convenait-il pas d'abord de s'assurer si l'affection étudiée par Millar avait une existence bien

réelle, ou si elle n'était qu'un être pathologique formé de parties hétérogènes? On aurait reconnu par une observation attentive , qu'il n'est pas de maladie plus mal déterminée ; que ses symptômes , sa marche, son pronostic, son traitement, tels que Millar les a décrits, ne peuvent fournir aucune lumière sur sa véritable nature. C'est, cependant, au milieu de ces ténèbres qu'on a voulu trouver l'histoire d'une maladie nouvelle ; chaque auteur s'est cru fondé à en faire , tantôt un croup , tantôt un catarrhe suffocant : il est arrivé pour cet asthme ce qui a eu lieu pour l'asthme que nous avons nommé essentiel, et pour toutes les affections dont on n'a pas trouvé la cause matérielle, on les a établies d'après quelques symptômes mal observés, qui appartiennent à des maladies très-diverses. Au lieu de remonter à la source de l'erreur, de s'enquérir si réellement l'asthme existait , on l'a accepté d'abord comme un vérité de fait , et l'unique occupation a été ensuite de chercher ses rapports avec telle ou telle maladie.

Dans l'ouvrage de M. Double , sur le croup , on trouve deux observations d'asthme aigu. L'une se termine par la guérison du sujet , dans l'espace de deux jours ; l'autre , par la mort ; mais l'autopsie n'a été faite que très-incomplétement. Une autre observation , donnée par Jurine , dans son Mémoire sur le croup , n'est pas plus concluante. Enfin , dans un ouvrage récent , que M. Suchet a publié sur l'asthme aigu, il cite quatre faits sans importance qui montrent seulement que l'obscurité devient plus profonde à mesure que l'on s'opiniâtre à vouloir retrouver de nouveaux exemples d'asthme aigu. M. Suchet assigne à cette maladie quelques symptômes dont on peut juger le degré de certitude. Parmi les prodromes il place une toux sèche, très-prononcée, accompagnée de chatouillement de la membrane muqueuse du conduit aérien , une larjngorrhagie; plus tard une chaleur brûlante du larynx , un resserrement spasmodique de ce canal , si douloureux que le malade pousse des cris : une respiration entrecoupée de gémissements, l'inclinaison de la tête en avant ou sa rectitude -, lorsque le mal est à son plus haut degré , il survient une aphonie, de l'orthopnée , des douleurs poignantes dans la poitrine et le membre pelvien (Essai sur la pneumolaryngalgie ou asthme aigu; Paris, 1828). Ces symptômes, que personne n'a jamais observés, si ce n'est M. Suchet, ne sont pas propres à répandre la lumière sur l'asthme des enfants.

M. Gardien regarde l'asthme aigu de Millar comme le même mal que l'angine de poitrine. Voici quels sont les symptômes qu'il lui assigne : les enfants ressentent brusquement une forte oppression et une suffocation; d'autres fois un serrement de poitrine, comme si elle était garrottée ; des douleurs pongitives dans le thorax et les épaules, un étranglement au la-

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ryox , une dyspnée extrême , un râleinent qu'on entend à une certaine distance : ces accidents reparaissent sous forme d'accès au milieu desquels les enfants peuvent succomber. Ce spasme du thorax diffère surtout du croup, suivant Gardien, par la périodicité de ses retours, et par des mouvements convulsifs qui s'étendent jusqu'à l'épigastre. La durée de «ette affection , qui attaque les vieillards et surtout les enfants depuis l'âge de deux ans jusqu'à sept , n'est ordinairement que de quelques heures; «elle donne presque toujours la mort , qui est encore plus soudaine que dans le croup et dans le catarrhe suffocant» (Gardien, Traité des accouch., t. iv,p. 281).

De tout ce qui précède il résulte que l'on a compris sous le nom $ asthme aigu trois ou quatre maladies. «On voit, dit M. Guersent, qu'en laissant de côté la description de Millar, et ne s' attachant qu'aux faits qu'il cite , il a appliqué la dénomination èi! asthme aigu à plusieurs dyspnées symptomatiques de différentes phlegmasies du larynx , de la trachée-artère et probablement même des poumons. Underwood, Gullen et le docteur Albers, ont regardé l'asthme aigu comme n'étant pas différent du croup. Jurine en a fait un catarrhe suffocant. Wichmann et M. Double ont désigné sous ce nom une maladie aiguë des organes de la respiration sans lésion organique appréciable aux sens, et qu'il faudra nécessairement rapprocher de certaines histoires de prétendus croups, dans lesquels l'autopsie cadavérique n'a fait voir qu'une espèce de fausse membrane» (art. Asthme aigu, Dict. de méd., p. 284).

Si l'asthme de Millar n'est réellement que le symptôme de plusieurs maladies , il a dû comprendre , et il a compris, en effet, les asthmes aigus symptomatiques et essentiels qui existent chez l'enfant comme aux autres époques de la vie. On avait d'abord refusé d'admettre l'asthme nerveux chez l'enfant; mais les observations récentes ont prouvé qu'il se rencontre à cet âge avec les mêmes caractères que chez l'adulte et le vieillard (M. Guersenit , art. Asthme) ; toutefois , il faut reconnaître qu'il est plus rare que l'asthme symptomatique. Les moindres maladies s'accompagnent pendant l'enfance de troubles sympathiques trèsvariés. On voit tous les jours paraître les symptômes de l'asthme lorsqu'un jeune sujet est affecté d'une phlegmasie des organes respiratoires , d'œdème ou d'emphysème pulmonaire. Mais c'est surtout l'inflammation, même légère des poumons, des bronches et du larynx, qui donne lieu à ces dyspnées rémittentes ou intermittentes que l'on désigne à tort sous le nom i'asthme. On les rencontre encore chez les enfants rachitiques dont le thorax est mal conformé , et qui succombent quelquefois subitement au milieu d'un accès de suffocation , sans que l'autopsie fasse découvrir aucune cause apparente de mort. M. Guersent

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se demande si ces dyspnées symptomatiques ne dépendraient pas de la fréquence plus grande des contractions du coeur chez les enfants, et de l'accélération qu'elle imprime à leur circulation , ou de ce que les mouvements d'inspiration et d'expiration sont plus susceptibles d'être excités à cet âge (loc. cit., p. 285). Nous croyons que les conditions physiologiques, qui peuvent surtout rendre compte de l'apparition des dyspnées comme complication ordinaire des maladies de l'enfance , sont d'une part, l'activité trèsgrande des organes chargés de l'hématose et de la calorification, et d'autre part, la susceptibilité extrême du système nerveux.

Nous aurions pu rapprocher de l'asthme aigu de Millar celui qui a reçu le nom tfasthme thymique, puisque celui-ci ne se montre que chez l'enfant; mais, comme cette dernière affection nous paraît environnée de quelques ténèbres , et que, d'ailleurs, sa cause, ayant été rapportée à l'hypertrophie du thymus , elle n'est plus qu'un asthme symptomatique , nous avons cru devoir la décrire en parlant des dyspnées consécutives à une altération organique. Cependant, nous devons déclarer de nouveau que si nous avons laissé l'asthme thymique dans cette classe, ce n'est pas parce que nous pensons que l'hypertrophie du thymus soit toujours la seule cause de la maladie, mais parce qu'il est impossible , quant à présent , de lui assigner une autre origine.

Historique et bibliographie. — On peut lire dans Galien,Celse, Arétée, Paul d'Égine, Avicenne, différents passages où ces auteurs ont traité longuement de toutes les espèces d'asthme. Galien regardait les tubercules du poumon, les tumeurs pituiteuses , épaisses, comme des causes de l'asthme. Cette étiologie prouve que les anciens avaient déjà cherché à la localiser dans les viscères. Cœlius-Aurelianus a donné de l'asthme une description qui laisse peu de chose à désirer sous le rapport des symptômes ; quelques parties de sa thérapeutique méritent toute notre approbation ( Morb. chron., lib. m , cap. i). Gelse , Arétée, le faisaient provenir de l'étroitesse des parties qui servent à la respiration. Avicenne, les arabistes, Sennert, Hoffmann, Zeccius, Rivière, lui ont assigné des causes plus ou moins hypothétiques dont nous avons déjà parlé avec détail. Dès la plus haute antiquité on a placé dans les bronches et l'appareil respiratoire le siège de l'asthme ; tous les efforts tentés par les médecins, toutes les hypothèses créées pour expliquer la maladie tournent dans ce cercle assez restreint.

La plus ancienne théorie est celle qui rapporte l'asthme à une contraction spasmodique des tuyaux bronchiques. Elle fut adoptée et soutenue avec talent par Bonnet, Willis. Ce dernier, dans sa Pathologie du cerveau, la fait dépendre, 1° d'une affection du poumon , 2° d'une simple affection eonvulsive des nerfs,

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3° d'une contraction spasmodique des bronches(P«thol. cérébr., 1770, p. 216 et suiv.). Les idées cpue cet auteur a émises sur cette maladie sont importantes à connaître en ce qu'elles ont servi de base aux divisions plus modernes de l'asthme en essentiel et symptomatique.

Un des premiers Traités qui ait paru sur l'asthme fut celui de Floyer ; c'est encore aujourd'hui l'ouvrage le plus complet sur cette matière , quoique les doctrines soutenues par l'auteur soient tout à fait surannées {Traité de l'asthme, traduit de l'anglais, 1761). Il renferme tout ce qui a été écrit sur le traitement et les causes de la maladie ; mais on ne doit pas y chercher des lumières sur l'étiologie de l'asthme essentiel dont les travaux modernes nous ont révélé la cause ; on ne doit pas non plus s'attendre à y trouver une critique des différentes causes de cette affection; car l'auteur se montre très-disposé à les accepter toutes ; mais la lecture de ce Traité peut être utile à ceux qui voudront apprécier les progrès qu'a faits l'histoire de cette maladie. Les dissertations d'Hoffmann ( Opp. om. suppl. n), de Planer {De asthmate sanguineo, Strasb., 1737), de Vogel {Observât, binœ de asthmate singulari , etc. Gott, 1773 ), ont fait mieux connaître certaines causes de l'asthme , telles que les hydro-thorax, l'ossification des cartilages, les maladies du poumon. Les Remarques d 'Albertini sur quelques difficultés de respirer qui dépendent de la lésion organique du cœur et des parties précordiales { Mémoire de V Acad. des sciences de Bologne, 1773, pag. 447) ont contribué à éclairer l'étiologie de quelques dyspnées symptomatiques.

La question qui a le plus excité l'attention des auteurs qui ont écrit sur l'asthme est celle de savoir s'il existe un asthme essentiel indépendant de toute lésion. M. Rostan fut un des premiers qui en chercha la solution dans son Mémoire {Nouv.journ. de méd., sept. 1818). Il soutint que l'asthme est toujours le symptôme d'une affection organique du cœur et des gros vaisseaux. Les faits qu'il a cités à l'appui de cette oppinion ne suffisent pas pour faire considérer l'existence d'un asthme symptomatique comme le seul admissible. Quand on étudie avec soin les faits que renferme ce Mémoire , on voit bientôt que la marche et la nature des accidents que les malades éprouvaient n'ont qu'une ressemblance éloignée avec l'asthme essentiel ou idiopathique dont la forme est franchement rémittente. Toutefois on ne peut disconvenir qu'à l'époque où parut le travail de M. Rostan, c'était se rendre utile que d'envisager l'asthme sous ce point de vue. M. Ducamp traita cette même question : Peut-on rapporter les symptômes de l'asthme périodique aux anévrysmes du cœur P {Journ. gén. de méd., t. lxix et lxxii). Elle fut résolue dans des sens très-différents. M. Bégin, dans ses Ré-

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flexions physiologiques et pathologiques sur l'asthme. [Journ. compl. des se. méd., 1819 , t. v, p. 315), n'examina que d'une manière très-superficielle tout ce qui a trait à ce point difficile de pathologie; et malgré les considérations sur la physiologie et l'anatomie pathologique qui occupent presque tout son Mémoire, cet auteur n'a pas éclairé beaucoup la question en litige. Du reste , il croit que l'asthme essentiel n'est pas une entité morbide qu'il faille rayer des cadres nosologiques ; il se montre disposé à placer sa cause dans la membrane muqueuse des poumons irrités ou enflammés. Les deux observations qu'il rapporte dans ce Mémoire ne peuvent servir en rien la science. On peut consulter au sujet de l'asthme essentiel la dissertation de M. Bouillaud : Suntnc asthma et angina pectoris symptomatica? Sunlne essentialia { Thèse de concours pour l'agrégation, 1828 ) ; celle de M. Sestié : Des dyspnées périodiques {id., Paris, 1832); celle de M. Nonat {id., Paris , 1835 ); la thèse de M. Bonis : Dissert, sur l'asthme. Existe-t-il des dyspnées purement nerveuses? 1825, n° 73.) M. Bricheteau, dans les remarques qui accompagnent l'observation qu'il a publiée, est porté à admettre, ainsi que M. Bégin, une phlegmasie de la muqueuse bronchique , susceptible de produire un resserrement ou une oblitération de ces conduits aérifères, et par suite de mettre obstacle à l'introduction de l'air dans les poumons {sur la maladie appelée asthme par les auteurs; Archiv. gén. de méd., t. ix).

Nous avons dit en parlant de la doctrine des anciens, au sujet de l'asthme , qu'ils voyaient dans cette affection une dyspnée nerveuse sans lésion appréciable. Les modernes , au contraire , ont toujours voulu la rapporter à une altération d'organe ; tous leurs efforts ont été dirigés dans ce but. Il faut reconnaître, en effet , que les travaux d'anatomie pathologique ont concouru à faire connaître l'étiologie de l'asthme, de l'angine de poitrine , et des autres maladies dont on ignorait la cause immédiate. Une connaissance plus approfondie des affections du cœur, des gros vaisseaux et du poumon, l'application de l'auscultation et de la percussion au diagnostic de ces maladies, ont sans aucun doute montré l'asthme sous son véritable jour; mais est-on resté dans le vrai lorsqu'on a voulu expliquer constamment l'apparition des phénomènes propres à cette maladie par une lésion organique? Groit-on , par exemple , que l'ossification des côtes , la pleurésie avec épanchement , la bronchite et d'autres affections que l'on a considérées tour à tour comme la cause de l'asthme , puissent à elles seules rendre compte des symptômes : elles semblent menacer l'existence du malade , et disparaissent avec la même promptitude. Est-ce là ce qu'on rencontre habituellement chez les sujets affectés de ces maladies?

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