‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interneChapitre 35 sur 50 · A LIS · texte numérisé non relu

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aucune donnée. Nous avons eu occasion de vérifier sur un assez grand nombre de malades la justesse de l'observation du docteur Jakson; nous avons appris, du reste , que ce mode de diagnostic est familier à quelques médecins des hôpitaux de Paris.

C'est ainsi, par exemple, qu'on trouve l'indication de ce signe dans la Clinique médicale de M. Andral (t. iv, pag. 69, 3e édit. ). Voici comment cet habile observateur s'exprime en cette circonstance : « En même temps que la présence d'un certain nombre de tubercules en un point du poumon diminue en ce lieu l'intensité du bruit d'expansion pulmonaire , un autre phénomène peut se produire : c'est un bruit plus fort que de coutume pendant le temps de l'expiration. Celle-ci , qui ordinairement ne donne lieu à aucun bruit , s'accompagne alors d'un souffle beaucoup plus prononcé que celui qui coïncide avec le mouvement d'inspiration. On comprend facilement pourquoi il en est ainsi. »

Bien que les signes fournis par l'auscultation du murmure respiratoire ne conduisent pas le plus ordinairement à un diagnostic positif, ils donnent lieu à quelques indications qui sont presque toujours précieuses, surtout lorsqu'elles sont jointes à d'autres phénomènes symptomatologiques.

1° Bruits de souffle. — Au lieu d'être modifié seulement dans son intensité, dit M. Andral (loc. cit., pag. 657), le bruit respiratoire peut l'être dans sa nature. On continue bien de l'entendre , mais le bruit que l'on perçoit n'est plus celui qui annonce à chaque inspiration l'entrée de l'air dans les vésicules pulmonaires : c'est qu'en effet il n'a plus lieu dans ces dernières , mais seulement dans les tuyaux bronchiques. De là le nom de bruit respiratoire bronchique , ou tout simplement de respiration bronchique , par lequel , en raison du siège du phénomène , on est convenu de le désigner. On peut étudier à peu près les qualités du bruit de souffle en faisant l'application du stéthoscope sur les parties latérales du cou au moment où un individu respire. On perçoit alors un bruit tout particulier, qui résulte du passage de l'air dans la terminaison supérieure du canal aérien : ce bruit est tel, que dans l'inspiration l'air paraît être attiré de l'oreille de l'observateur, et que dans l'expiration il semble à celui-ci qu'on lui souffle dans l'oreille. On a reconnu l'existence de trois espèces de bruits de souffle qui ont entre eux la plus grande analogie : ce sont , le bruit de souffle bronchique , le bruit de souffle caverneux , et le bruit de souffle amphorique.

Respiration bronchique. — Le phénomène de la respiration bronchique a lieu lorsque l'air circule dans les bronches sans pénétrer plus avant dans les voies aériennes , sans opérer la distension des vésicules pulmonaires. On peut l'étudier avec assez de précision

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lorsque l'on ausculte un sujet maigre et qui respire ' avec force, en arrière des omoplates, sur les parties qui sont en dehors de la colonne vertébrale, à peu près au niveau de la terminaison postérieure de l'épine de l'omoplate. M. Andral a admis trois variétés de ce souffle. Dans la première variété , la respiration bronchique ne diffère, surtout pour les personnes peu habituées à l'auscultation de la respiration vésiculaire, que par l'extrême intensité du phénomène : c'est la respiration puérile exagérée. Il n'est pas rare de constater l'existence de cette première variété en des points où la percussion fait reconnaître un son mat ; il y a hépatisation pulmonaire , et cependant il semblerait que l'air pénètre librement dans ces vésicules dont la percussion paraît indiquer l'oblitération complète. En pareil cas, l'auscultation semble d'abord fournir des renseignements infidèles ; mais un examen plus attentif du phénomène nous apprend que ce bruit respiratoire très-fort doit précisément son intensité à ce que l'air, dont il annonce l'entrée dans les bronches , ne pénètre pas au delà de ces conduits.

Dans la deuxième variété, la respiration bronchique est caractérisée par un bruit particulier semblable à celui que l'on produirait en faisant une expiration forte dans un tube de bois ou de métal , fermé par le bout opposé à celui sur lequel les lèvres sont appliquées. Dans ce cas , le bruit que l'on perçoit diffère tellement de celui qui se lie à l'entrée de l'air dans les vésicules pulmonaires qu'on ne peut plus le confondre avec lui.

Dans la troisième variété , le bruit que l'on entend diffère encore plus que le précédent de la respiration vésiculaire ; chaque inspiration est accompagnée d'une sorte de souffle semblable à celui que l'on produit lorsqu'on veut éteindre une lumière.

Toutes ces variétés de la respiration bronchique correspondent sans doute à un certain nombre de modifications que subissent les bronches dans leur force , dans leur calibre , dans leurs rapports avec le parenchyme pulmonaire , toutes les fois que celui-ci est devenu, dans une certaine étendue, imperméable à l'air. Le souffle tubaire appartient donc à la pneumonie du deuxième et du troisième degré ; il caractérise encore l'induration passive du poumon qui survient durant le cours de l'affection typhoïde; enfin, dans quelques cas, il est caractéristique d'un épanchement de liquide dans la cavité de la plèvre.

M. Grisolle (Journ. hebd. des progr. des se. méd., nu 29, 1836) a signalé l'existence d'une variété de respiration bronchique qui a été jusqu'à ce jour mal indiquée , qui est beaucoup moins bruyante que les précédentes, et donne à l'oreille , au moment de l'auscultation , la sensation du bruit d'un morceau de taffetas que l'on déchire. Elle dépend, suivant lui, de l'induration d'une couche superficielle du poumon. L'air pénètre alors dans des canaux plus volumineux que

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les vésicules obstruées ; mais ces canaux superficiels ont un volume peu considérable, et la colonne d'air qui les traverse retentit infiniment moins que lorsqu'elle s'arrête dans des tuyaux plus volumineux.

2° Bruits de souffle caverneux. — On a donné des dénominations différentes au phénomène que nous devons décrire ici. Laennec et M. Andral l'ont dénommé respiration caverneuse, voulant par là faire connaître dans quelles conditions organiques il a lieu. M. Louis ( Rech. sur la phth.} etc. ) le nomme respiration trachéale , sans doute à cause de l'analogie qu'il présente avec le souffle qui normalement s'entend à chaque inspiration dans la trachée-artère.

Ge bruit de souffle est d'ordinaire plus superficiel , plus intense et mieux circonscrit que le bruit de souffle bronchique; parfois il est intermittent; Laennec a remarqué qu'il pouvait être comme voilé alors que chaque vibration de la voix , de la toux , de la respiration, agite une sorte de voile mobile interposé entre une excavation pulmonaire et l'oreille de l'observateur. 11 est facile de comprendre que ces caractères doivent varier fréquemment quand on songe aux variétés infinies que peuvent subir les cavités au sein desquelles il est produit.

M. Andral (Clin, méd., t. iv, p. 73, 3e édit. ) le regarde comme très-caractéristique. H se manifeste lorsqu'une cavité, creusée en un point du tissu du poumon peu éloigné de la périphérie de cet organe, et contenant peu ou point de liquide, communique avec une large bronche à travers laquelle l'air peut être poussé avec force et en grande quantité à la fois. Or, l'anatomie pathologique apprend qu'une pareille cavité ne peut guère, sauf quelques cas trèsrares , être que le résultat d'un ramollissement de matière tuberculeuse. La respiration caverneuse est une sorte d'exagération de la respiration bronchique. Chaque mouvement inspiratoire produit , en un point circonscrit, comme un souffle très-fort, assez analogue à celui que l'on détermine en poussant de l'air dans un vase fermé. C'est le plus ordinairement sous la clavicule, ou dans le creux de l'aisselle, que ce souffle particulier se fait entendre. 11 ne peut exister qu'autant que la cavité où se passe le phénomène est à peu près vide de liquide ; si cette dernière condition n'existe pas , la respiration caverneuse est remplacée par du râle muqueux. De là il résulte que chez quelques individus elle ne se montre que par intervalles, chaquefois que la poche où elle a lieu s'est vidée du liquide qu'elle contenait; mais chez d'autres elle existe constamment, et l'on doit penser alors que très-peu de liquide se trouve habituellement sécrété par les parois de l'excavation. Le plus ordinairement elle accompagne l'inspiration ; cependant on a observé des cas où elle se manifestait pendant l'expiration seulement.

La respiration caverneuse survient quelquefois comme symptômes de l'apoplexie pulmonaire, lorsque le caillot sanguin qui a produit la déchirure du poumon s'est échappé par le canal des bronches; elle caractérise] la gangrène du poumon , les abcès de ce viscère , lorsque semblablement le produit morbide a pu être évacué. On a remarqué encore que lorsqu'une bronche subit une dilatation très-grande, il en résulte un souffle aussi prononcé que celui qui est dû à l'entrée de l'air dans une excavation tuberculeuse. Ge souffle paraît acquérir son maximum d'intensité, lorsque , autour de la cavité où il se produit , le tissu pulmonaire a subi une induration considérable.

3° Bruits de souffle amphorique. — Laennec a désigné sous le nom de respiration amphorique un phénomène singulier que l'on observe à l'auscultation de la respiration chez les sujets qui ont subi de graves altérations du poumon. La respiration amphorique est , par la nature du frémissement qu'elle produit, tellement distincte, qu'il suffit de l'avoir entendue une seule fois pour la reconnaître dès qu'elle se présente. Le frémissement argentin , et comme retentissant, qu'elle détermine dans la poitrine , forme son caractère distinctif. La respiration amphorique ne s'entend que lorsque le malade respire : on dirait alors que l'air pénètre dans une vaste amphore en terre solide , ou dans une bouteille de verre à parois résonnantes , à goulot étroit. La respiration amphorique se fait entendre le plus souvent avec continuité ; elle existe prseque toujours dans une grande étendue , et se complique quelquefois d'un phénomène assez singulier, que l'on connaît sous le nom de tintement métallique , et que nous étudierons plus bas. La respiration amphorique est caractéristique d'une vaste excavation, le plus ordinairement tuberculeuse , creusée aux dépens du parenchyme pulmonaire ; elle survient encore lorsque , par suite des progrès de l'affection tuberculeuse , une perforation du poumon a lieu dans la plèvre , et que l'air s'épanche dans la cavité de la séreuse par une ouverture fistuleuse. Le souffle amphorique sera toujours considéré comme un symptôme très-fàcheux.

1° Bruits de la voix à l'état normal. — La résonnance de la voix dans le tissu pulmonaire sain est très-peu marquée , et ne se manifeste à l'oreille , nue ou armée du stéthoscope , que par une sorte de frémissement analogue à celui que l'on perçoit en appliquant la main sur la poitrine d'un homme qui parle; cependant il est des circonstances qui facilitent sa propagation à la paroi thoracique. M. Andral (Die t. de méd. , p. 660) fait observer que lorsqu'on ausculte la poitrine d'un individu sain en même temps qu'il parle, il arrive souvent que la voix résonne sous l'oreille dans toute l'étendue du thorax; ce phénomène s'observe surtout chez les personnes dont h voix est

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naturellement grave , et qui ont une large poitrine. H est d'autres individus, également bien portants, chez lesquels rien de semblable ne s'observe. Mais chez tous , si l'on applique l'oreille vers le milieu du dos , entre la colonne vertébrale et l'omoplate , là où existent de gros tuyaux bronchiques, on entend la voix résonner beaucoup plus fortement qu'en aucun autre point.

Si l'on applique le stéthoscope sur la partie latérale du cou au moment où l'individu que l'on observe parle, on remarquera que la voix résonne fortement, traverse le tube du stéthoscope , et retentit dans le cylindre avec une grande intensité. Le même phénomène a lieu vers la région postérieure du cou, chez la plupart des individus. Laennec a averti que, quand on ausculte dans la région acromienne, il faut éviter de diriger l'extrémité du cylindre vers la base du cou , car alors on entendrait cette résonnance trachéale ou laryngée naturelle , et l'on pourrait la prendre pour un phénomène qui se passerait dans le sommet du poumon , et qui indiquerait la présence d'une excavation.

Dans la portion sous-sternale de la trachée, la voix résonne fortement , mais elle ne traverse point le cylindre : il faut , par cette raison, se défier de la pectoriloquie douteuse , quand elle n'existe qu'auprès de la partie supérieure du sternum.

La résonnance de la voix dans les dernières ramifications bronchiques est à peu près nulle à l'état naturel. En effet , comme le remarque l'auteur que nous venons de citer, le tissu rare et mêlé d'air qui constitue le poumon, est un mauvais conducteur du son, et la mollesse des parois des bronches au delà du point où cessent leurs cartilages , les rend peu propres à produire du son ; puis , le diamètre des ramifications bronchiques étant très -petit, le son qui s'y forme doit être naturellement plus aigu et plus faible que celui qui retentit dans les gros troncs.

Telles sont les considérations qu'il convient de ne pas oublier quand on recherche les modifications que l'état de maladie apporte dans le retentissement de la voix à la paroi thoracique.

2° Bronchophonie. — Il arrive souvent que, dans quelques affections du poumon et de la plèvre , le retentissement de la voix , qui se fait entendre à l'état normal vers la paroi thoracique, acquiert un peu plus d'intensité , et se transmet dans une plus grande étendue. G'est à cette modification nouvelle et pathologique que l'on donne le nom de bronchophonie. Cette résonnance de la voix est simple comme celle qui se produit dans le larynx ; mais elle ne traverse point comme elle le cylindre suivant toute sa longueur.

Elle se manifeste dans le cours des affections du poumon, en conséquence des mêmes altérations qui donnent lieu à la respiration bronchique. Toutes les fois que le parenchyme pulmonaire est induré ou rc-

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foulé à tel point que l'air ne peut plus pénétrer dans les bronches de petit calibre, la bronchophonie survient. Elle est le symptôme de la pneumonie au second et au troisième degré, de l'induration pulmonaire qui résulte d'une infiltration pulmonaire; enfin, on la rencontre aussi lorsque , à la suite d'une suffusion séreuse dans la cavité de la plèvre, le poumon n'est plus accessible à l'air que dans la cavité de ses grosses bronches.

On a remarqué que lorsque l'induration du poumon avoisine les parties supérieures de cet organe , là où de gros tuyaux bronchiques se ramifient dans sa substance , la bronchophonie se rapproche beaucoup par son intensité et la propagation de la voix à travers le cylindre , du bruit que l'on entend en appliquant le stéthoscope sur les parties du cou , au moment du parler. Il est nécessaire que les praticiens soient avertis de cette circonstance , afin qu'ils ne confondent point cette bronchophonie avec la pectoriloquie , dont nous traiterons plus bas. La bronchophonie s'associe , du reste , presque toujours au souffle bronchique , et survient dans les mêmes circonstances que lui. Elle se fait entendre constamment au même point, quelle que soit d'ailleurs la situation qu'affecte le malade qui la présente.

3° Êgophonie. — Laennec (loc. cit., p. 69) a beaucoup insisté sur l'étude de l'égophonie. On sait qu'il a formé ce mot de deux mots grecs (aï£ , aï-fàç , chèvre, et a>wvr„ voix), parce que, dit-il, la voix prend dans ce cas une résonnance toute singulière ; elle est tremblotante et saccadée comme celle d'une chèvre, et son timbre se rapproche également de la voix du même animal.

Voici , d'ailleurs , les caractères que l'on attribue à cette variation particulière de la voix : Elle est plus aiguë , plus aigre , que celle du malade ; elle est comme argentine , et semble frémir à la surface du poumon ; elle paraît être un écho de la voix du malade plutôt que cette voix elle-même ; rarement elle s'introduit dans le tube , et presque jamais elle ne le traverse complètement : le chevrotement qui la caractérise constamment semble le plus souvent tenir à l'articulation des mots , bien que la voix qui sort de la bouche du malade n'offre rien de semblable.

Il arrive assez souvent que l'égophonie s'associe à la bronchophonie. La réunion de ces deux phénomènes présente des variétés nombreuses , et dont on peut se faire une idée exacte , suivant Laennec , en se rappelant les effets que produisent , 1° la transmission de la voix à travers un porte-voix métallique ou un roseau fêlé ; 2° l'effet d'un jeton placé entre les dents et les lèvres d'un homme qui parle; 3° le bredouillement nasal des bateleurs qui font parler le fameux personnage de tréteaux, connu sous le nom de Polichinelle, Celte dernière comparaison est souvent

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de la plus parfaite exactitude , surtout chez les hommes à voix un peu grave.

Pour bien entendre le chevrotement de la voix , il faut appliquer fortement le stéthoscope sur la poitrine du malade , et poser légèrement l'oreille sur l'instrument. Si l'on appuie fortement cette dernière , le chevrotement diminue de moitié, et l'égophonie se rapproche d'autant de la bronchophonie.

L'égophonie s'entend toujours dans une étendue assez considérable; elle n'est jamais limitée à un point fixe comme la pectoriloquie : le plus souvent on constate son existence dans tout l'espace compris entre le bord interne de l'omoplate et la colonne vertébrale, dans tout le contour de l'angle inférieur de cet os , et dans une zone d'un à trois doigts de largeur, qui se dirige, en suivant la direction des côtes , du milieu de l'omoplate au mamelon. En général , l'égophonie est susceptible de varier de siège suivant la position qu'affecte le sujet qui la présente. Cette circonstance la distingue essentiellement de la bronchophonie et de la pectoriloquie.

Laennec (loc. cit., p. 75) a cherché à expliquer les phénomènes qui caractérisent l'égophonie : il pense que cette voix est due principalement à la vibration naturelle de l'air dans les rameaux bronchiques, transmise par l'intermède d'une couche mince et tremblotante de liquide épanché, et devenue plus sensible à raison de la compression du tissu pulmonaire , qui le rend plus dense que dans l'état naturel , et par conséquent plus propre à transmettre les sons. La plupart des pathologistes , et le docteur Williams ( loc. cit. , p. 107) en particulier, admettent, comme bien fondée, cette explication. Laennec a reconnu encore (loc. cit., p. 79) que le poumon ne peut être refoulé vers la colonne vertébrale par un épanchement pleurétique, sans que les bronches soient comprimées et aplaties à peu près comme une anche de basson ou de hautbois. Or, on sait que ces instruments doivent leur son chevrotant à la forme de l'anche , qui , faite d'un roseau aminci et comprimé , cède à la moindre pression des lèvres et frémit par le passage du souffle : l'arbre bronchique, par la compression qu'il subit, devient une sorte d'instrument à vent terminé par une multitude d'anches dans lesquelles la voix frémit en résonnant.

Au dire de l'auteur que nous citons si fréquemment en cet article , l'égophonie a lieu dans tous les cas de pleurésie, si l'on en excepte trois : 1° celui d'un épanchement survenu d'une manière très-rapide, et assez abondant pour refouler tout à coup le poumon contre le médiastin , et aplatir complètement les gros rameaux bronchiques , avant que le malade ait été examiné ; 2° celui d'une pleurésie survenue chez un individu qui, par suite d'une semblable affection plus ancienne , aurait la partie postérieure du poumon

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assez intimement adhérente à la plèvre costale, pour que le liquide épanché ne pût s'insinuer à travers les lames du tissu cellulaire accidentel qui forme cette adhérence ; 3° enfin , dans le cas de pleurésie avec simple formation de fausse membrane , et sans épanchement liquide notable.

L'égophonie est l'indice ordinaire d'une pleurésie avec épanchement dans la plèvre; on ne l'entend ordinairement que quand l'épanchement est peu abondant, et seulement vers les points qui paraissent correspondre à la couche la plus mince du liquide. De là vient qu'elle est infiniment rare à la base de la poitrine , là où le liquide tend à s'accumuler en vertu de la position ordinaire du malade. Si l'épanchement augmente et devient très - abondant , l'égophonie cesse, pour revenir quand l'épanchement diminue , en sorte qu'elle peut faire reconnaître la résolution de l'épanchement. L'égophonie est donc, ainsi que l'a dit Laennec, un signe favorable dans la pleurésie , puisque tout prouve qu'elle indique un épanchement d'une médiocre abondance.

L'égophonie peut facilement être confondue avec la bronchophonie ; car cette seule circonstance du chevrotement de la voix ne forme pas un caractère distinctif. Dance (loc. cit., p. 4 1 5) ne pensait pas que l'égophonie soit assez caractéristique pour que Ton puisse , par exemple , prendre de là l'indication de pratiquer l'opération de l'empyème. 11 observa un cas remarquable dans lequel l'égophonie était déterminée par un épanchement abondant dans le péricarde ; la cavité de la plèvre n'en contenait aucune trace.

Il se prononçait de manière à faire douter de la certitude de ce signe. «En résumé, nous pensons , disait-il , 1° que l'égophonie n'a pas dans la modification vocale qu'elle produit , de caractère qui la distingue essentiellement et dans tous les cas de la bronchophonie; 2° 'que c'est en s' aidant des autres symptômes qu'on pourra distinguer ces deux phénomènes. Bien des fois nous avons , dans nos études , commis cette erreur, prenant la bronchophonie pour l'égophonie : à l'ouverture du cadavre nous ne trouvions pas d'épanchement.

«Il existe peut-être une raison physique qui explique pourquoi ces deux phénomènes se confondent si souvent : c'est que l'un et l'autre se passent dans les bronches, lorsque la respiration vésiculaire n'existe plus , anéantie, soit par l'obstruction de ces vésicules dans l'hépatisation , soit par leur affaissement dans le cas d'épanchement. Or, dans ces deux cas , la voix est transmise à travers deux corps denses , le tissu pulmonaire hépatisé ou le liquide ambiant ; et la modification vocale qui en résulte ne pourrait différer qu'en ce qu'un de ces corps est solide ou liquide. Peut-être le liquide agité par l'action de parler détermine-t-il des secousses , des saccades , des alternatives de

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compression et de retrait sur le tissu pulmonaire propre à donner lieu au chevrotement. Quoi qu'il en soit , la meilleure manière de distinguer l'égophonie de la bronchophonie , c'est de s'assurer si le phénomène varie en faisant changer la position du malade. »

M. Piorry (De la percuss. méd., 1828, p. 84) considère que l'égophonie est un signe difficile à obtenir, et plus difficile encore à bien connaître.

Nous nous rangeons volontiers à l'opinion des observateurs qui considèrent l'égophonie comme un signe infidèle. Nous avons remarqué que rarement la voix chevrotante se présente à l'état de pureté ; que souvent elle est simulée par le timbre particulier que présentent certains sujets en parlant; aussi considérons-nous que l'égophonie ne peut avoir quelque influence sur le diagnostic que , 1° quand elle est limitée à un côté de la poitrine; 2° quand elle retentit seulement dans la zone que nous avons signalée; 3° quand elle se déplace en raison des diverses attitudes qu'affecte le sujet qui la fournit ; 4° enfin, quand elle se joint à d'autres symptômes qui , comme elle , dénotent l'existence d'un épanchement de liquides dans la cavité de la plèvre. Dans toute autre circonstance le phénomène qui nous occupe ne peut que faire soupçonner l'existence d'une suffusion séreuse , mais non conduire à un diagnostic certain.

4° Pectoriloquie. — Laennec a désigné sous le nom de pectoriloquie (dérivé de pectus, poitrine , et de loquor, je parle) le phénomène qui consiste dans la transmission , plus ou moins complète , de la voix à travers le tube du cylindre , lorsqu'il est appliqué sur un point quelconque de la paroi thoracique.

Il doit exister, et il existe en effet, des degrés dans la pureté de cette voix thoracique : quand elle est parfaite , elle se transmet pure et éclatante à travers la cavité centrale du cylindre. Elle est alors en tout semblable au retentissement que l'on obtient , en auscultant avec le stéthoscope la paroi latérale du larynx d'une personne qui parle. Elle est imparfaite ou douteuse quand elle ne pénètre qu'incomplètement dans le tube du cornet acoustique , et n'arrive pas distinctement à l'oreille. La pectoriloquie subit des variétés qui portent sur le timbre même de la voix. L'articulation des mots est plus ou moins distincte , la nature du son plus ou moins altérée. Le plus ordinairement , la voix , un peu plus aiguë que quand elle est perçue directement , présente quelque chose d'étouffé et d'analogue à celle des ventriloques. Quelquefois elle est plus faible que celle qui sort de la bouche du malade; mais ordinairement elle est plus forte. Au dire de Laennec l'extinction de voix portée au plus haut degré n'empêche pas la pectoriloquie d'avoir lieu (loc. cit., p. 661). La pectoriloquie ne présente pas toujours une égale intensité sur le même individu ; un grand nombre de circon-

stances peuvent la modifier : mais, pour bien les apprécier, il faut établir quelles altérations du poumon donnent lieu à la production de ce phénomène.

La pectoriloquie peut caractériser, 1 ° une dilatation bronchique; 2° un abcès du poumon; 3° une apoplexie pulmonaire s'étant épanchée dans la cavité des bronches; 4° une gangrène avec élimination du produit sphacélé; 5° enfin , et surtout une caverne de nature tuberculeuse. Pour que cette singulière transmission de la voix à la paroi thoracique ait lieu , il est nécessaire que le poumon soit creusé d'une cavité plus ou moins vaste , qui communique avec les bronches par un orifice assez large ; il faut qu'une sorte de larynx artificiel , un espace suffisant pour le retentissement complet de la voix, existe au sein du parenchyme pulmonaire, comme il arrive souvent de le rencontrer dans les cas de dilatation bronchique.

Dance (loc. cit., p. 41 1) a indiqué de la manière suivante les circonstances qui favorisent le développement pur et entier de la pectoriloquie : une voix grêle , une caverne assez large , vide , ou presque entièrement vide , située à la superficie des poumons , revêtue de parois dures et adhérentes aux côtes , dans laquelle viennent enfin s'ouvrir un certain nombre de bronches. La pectoriloquie est toujours parfaite dans ce cas , et indique d'une manière certaine une cavité contre nature dans le tissu pulmonaire. Quand , au contraire , la voix du malade est grave, la caverne étroite ou presque remplie de matières tuberculeuses , quand un petit nombre de bronches viennent s'y ouvrir, et que, profondément située dans le poumon , ses parois n'ont pas eu le temps d'acquérir cette densité qui facilite la transmission du son , la pectoriloquie est imparfaite, ou même n'existe pas.

Laennec (loc. cit., p. 67) a reconnu que l'étendue de l'excavation contribue aussi à la perfection du phénomène : il est plus évident dans une excavation un peu vaste; mais cependant il l'est souvent beaucoup dans de très-petites. Il l'est quelquefois, au contraire , fort peu dans des excavations énormes , dans celles surtout dont la capacité surpasse le volume du poing , particulièrement si elle ne communique avec les bronches que par des rameaux d'un petit diamètre. Il lui a paru plusieurs fois évident que , quand le nombre des ouvertures fistuleuses par lesquelles une vaste excavation communique avec les bronches , vient à augmenter, la pectoriloquie devient moins évidente, ou cesse d'avoir lieu. Elle cesse presque constamment de se faire entendre dans deux autres cas : 1° Quand une excavation vient à s'ouvrir dans la plèvre , et surtout lorsque la communication est large et que le trajet est court; 2° lorsque la matière contenue dans une excavation se fait jour au travers des parois thoraciques , et vient se répandre dans le tissu cellulaire extérieur.

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