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salino-terreuse, comme il est facile de le voir d'après les analyses précédentes. Les calculs de la bile, au contraire , sont caractérisées par uue substance oléagineuse et très-animalisée. Ils cristallissent en rayons ou en aiguilles ; les calculs intestinaux en lames concentriques. Quoique Vicq-d'Azyr ait considéré cette cristallisation comme distinctive des deux espèces de calculs , il n'en est pas toujours ainsi (Mém. de la société roy. de méd., ann. 1779).
Les concrétions de la bile sont toutes plus ou moins solubles dans l'alcool , tandis que les calculs intestinaux y sont insolubles. Les premiers se dissolvent dans les huiles de térébenthine (Haller), d'amande douce et d'autres (Dietrick , Gren) ; il n'en est pas de même des calculs intestinaux. Les calculs biliaires ne font pas effervescence dans l'acide nitrique; ils produisent des globules de matière grasse analogue à la cire(Rubini, Pensieri, etc., p. 23).
Lorsqu'on expose au feu un calcul biliaire , il se liquéfie , fume et brûle en produisant de la flamme. Un calcul de l'intestin traité de la même manière, crépite, noircit , mais ne brûle pas.
Causes des concrétions biliaires. — On a cherché dans les altérations de la vésicule, et des voies biliaires , la cause des concrétions. On a prétendu que l'inflammation de la vésicule avait une grande part dans le développement de ces pierres ; sans savoir au juste si l'inflammation est cause ou effet des concrétions , on peut affirmer cependant que l'état des membranes de la vésicule ne doit pas être sans influence sur la composition de la bile cystique, et qu'elle peut favoriser jusqu'à un certain point la dissociation des éléments de ce liquide. La muqueuse cystique ne peut pas s'altérer sans que la sécrétion glandulaire qui s'opère à sa surface, ne soit modifiée elle-même. La fonction dont est chargé le réservoir de la bile, n'éprouve-t-elle pas quelque changement , lorsque le liquide muqueux qui se mêle à la bile et qui en facilite l'écoulement , vient à diminuer dans ses quantités ou à varier dans sa composition chimique ? C'est là un point de pathogénie qui est encore environné de ténèbres. On pourrait comparer la formation des calculs à ce qui arrive pour certaines concrétions fibrineuses trouvées dans le cœur enflammé; il semble, dans ce cas, que l'endocardite favorise la séparation de la fibrine du sang longtemps avant la mort. Ne pourrait-il pas se passer quelque chose de semblable dans la bile qui stagne dans son réservoir , et qui est plus disposé que tout autre liquide à se solidifier?
Doit-on admettre comme cause de l'affection calculeuse l'inertie de la vésicule, que l'on a comparée à celle de la vessie, et qui rendrait ce premier réservoir incapable d'expulser le liquide biliaire? Sa distension progressive augmenterait encore cette disposition mor-
bide, et empêcherait l'écoulement de la bile; l'état spasmodique des canaux excréteurs, plutôt soupçonné que démontré , agirait d'une manière analogue.
Quelques auteurs considèrent la position de la vésicule et le trajet tortueux que la bile est obligée de parcourir en suivant les canaux , comme devant faire stagner le liquide, et amener dans la vésicule la séparation des éléments de la bile. Ceux qui accordent une certaine importance à ces conditions anatomiques et physiologiques , font observer que la bile cystique est tenace , privée d'une certaine quantité d'eau , et qu'elle se concentre dans son réservoir par suite de la résorption des parties aqueuses. Ces mêmes auteurs disent qu'ils se passe dans la formation des calculs quelque chose d'analogue au dépôt abondant de matière colorante jaune, que l'on voit se précipiter de la bile contenue dans un vase. Enfin , les diverses obstructions , les oblitérations complètes ou incomplètes qui ont lieu dans les canaux, pourraient, suivant quelques médecins , favoriser le développement des calculs. Mais dans le plus grand nombre des cas, cet état pathologique est consécutif aux calculs qui , par l'irritation continuelle qu'ils déterminent, finissent par altérer les conduits d'excrétion.
Boerhaave, Platner, Baglivi, Morton, en ont accusé la métastase de matière morbifique sur la vésicule; d'autres une disposition héréditaire ou acquise. Bianchi a signalé dans son Traité des maladies du foie le rapport singulier qui existe entre la production des calculs de la bile et l'affection goutteuse. On a cité comme un exemple remarquable de l'influence du vice goutteux, l'observation de Turgot, ancien contrôleur général des finances , et qui était en proie à cette maladie : on trouva après sa mort soixante calculs dans le réservoir de la bile (Vicq-d'Azyr, Bêcher, et observ. sur divers objets de méd., etc. , dans Hist. de la Société royale de méd., ann. 1779). Il serait très-difficile de dire quelle est la part d'influence qu'a eue la goutte sur le développement des calculs. On a encore parlé de métastase, de viscosité des sucs, de certains états des viscères, etc. (voyez Calculs en général ).
Age. — Les colélithes sont beaucoup plus fréquents chez les vieillards que chez les jeunes sujets. «C'est chose extrêmement rare de les rencontrer chez les enfants , au point que MM. Guersent et Jadelot , qui sont depuis si longtemps chargés du service de l'hôpital des enfants malades, n'en ont pas rencontré un seul cas. Je ne connais pas, dit M. Littré, d'exemple de calcul chez un enfant plus jeune que celui qui est le sujet de l'observation rapportée par Gibbons. Cet enfant , âgé de douze ans , avait une affection tuberculeuse du foie» (Dict. de méd., art. cité ). La fréquence des calculs augmente avec l'âge. Stéphanus, Morgagni, Hoffmann, les ont trouvés plus souvent
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chez les vieillards qu'à toute autre époque de la vie. Haller a dit : Juniores et pueros quantum novi nunquàm aàflig'it morbus. Morgagni a vu des calculs chez soixante et un vieillards ; huit fois seulement chez déjeunes sujets ; le plus jeune avait douze ans, et le plus âgé trente-neuf. Sage a publié dans le Journal des savants (septembre 1697) l'observation d'une jeune fille de douze ans , chez laquelle on rencontra dans la vésicule biliaire un calcul gros comme un œuf de poule.
Sexe. — Les femmes y sont plus sujettes que les hommes. Hoffmann , Haller, en attribuent l'origine au repos des muscles : le dernier dit qu'en raison de cette circonstance, ils sont plus fréquents chez les prisonniers. Sœmmering regarde la vie tranquille et sédentaire , le sommeil prolongé, le repos du corps après le repas comme autant de causes qui contribuent à la production de celte maladie (Sœmmering, De concrem. , pag. 50). La constitution lymphatique, la colère , la tristesse , la mélancolie , ne sont pas sans influence suivant quelques auteurs. 11 en est de même de la saison : on a observé à la Salpêtrière et à Bicêtre que les calculs étaient plus communs en hiver qu'en été. On a prétendu qu'ils se rencontraient surtout chez les animaux qui faisaient usage de fourrages secs. M. Thénard a reconnu que les vésicules des bœufs en contenaient aussi bien en été qu'en hiver, ce qui porterait à croire que les herbes sèches ne sont pas la véritable cause des concrétions biliaires.
Haller a remarqué que les habitants de Gœtlingue présentaient souvent des calculs biliaires , et que ceux de la vessie étaient très-rares dans cette ville : sur deux cent trente cadavres , deux seulement offrirent à Haller des calculs vésicaux. Sœmmering a fait des observations semblables dans le Hanovre (loc cit., p. 22).
alimentation. — On a accusé tour à tour de la production des calculs les aliments acidulés , acides , astringents, épais, crus, visqueux, farineux, secs, ainsi que les vins acides , spiritueux (Hoffmann , Durande), et la cervoise nouvellement préparée (Sœmmering., op. cit., p. 48). Haller dit avec raison que ce n'est pas le vin qui favorise la formation des calculs , puisqu'on les trouve fréquemment dans les contrées où l'on ne fait usage que de bière pour boisson , et chez les femmes qui ne boivent que de l'eau (Élém. de phys., t. iy, p. 578). Sans savoir d'une manière précise si l'alimentation peut être considérée comme une cause de ces calculs , on peut cependant supposer que les substances alimentaires qui fournissent beaucoup de carbone, d'hydrogène, et peu d'azote , introduisent dans les matériaux de la bile , ces éléments en plus grande abondance; or nous avons dit que les calculs étaient composés de substances très hydrogénées; dès lors il semble que tout ce qui hydrogénise
la masse des humeurs doit disposer aux affections calculeuses de la bile.
Fallope et Haller disent que la fréquence des calculs biliaires est plus grande que celle des calculs de la vessie. Sœmmering en trouve la raison dans la consistance plus grande de la bile , dans l'étroitesse , les sinuosités, l'irritabilité des conduits, enfin, dans l'absorption des parties aqueuses de ce liquide. Heberdeen avance que peu d'hommes parviennent à l'âge de quarante ans sans porter le germe de ces colélithes. Quoi qu'il en soit , on peut dire qu'il n'existe aucun rapport entre la formation des calculs dans la vessie et les concrétions de la bile ; Diétrick a soutenu le contraire.
Traitement des calculs. — Nous ne connaissons pas les causes réelles de l'affection calculeuse du foie , et dès lors nous ne pouvons tracer aucun précepte touchant le régime que doivent suivre les malades. Cependant les conseils que donne Sœmmering nous paraissent avoir quelque utilité pour prévenir les atteintes de ce mal. «On a, dit-il, conseillé d'éviter les aliments irritants, gras, salés, les substances trop animalisées, les spiritueux, les excitants; les végétaux amers, acres, tels que le cresson , l'asperge , l'artichaut , les purgatifs , les veilles trop prolongées ; mais tout cela ne me paraît pas avoir une grande influence sur le retour des accès. Mais ce qui l'empêche, c'est l'exercice du corps, une nourriture douce et médiocrement animalisée , le rôti, les fruits mûrs, le lait, des saignées pratiquées de temps en temps, et le remède de Durande à petite dose; enfin, les mouvements modérés du corps»(Sœmmering. op. cit., p. 67 et 68).
L'affection calculeuse peut réclamer un traitement chirurgical , lorsque la vésicule énormément distendue menace de se rompre, ou bien, lorsqu'un abcès s'étant ouvert au dehors par une étroite fistule, il devient nécessaire de l'agrandir pour donner issue aux calculs contenus dans le réservoir de la bile ; enfin le traitement chirurgical a été encore proposé comme un moyen de guérir radicalement cette grave maladie. Traitement chirurgical. — Le célèbre J.-L. Petit, conçut le projet hardi de pratiquer une incision à la vésicule biliaire pour en extraire les calculs, ou prévenir la rupture de la vésicule. La première condition pour que cette opération puisse réussir, ou au moins pour qu'elle soit exempte de danger, est la formation d'adhérence entre la tumeur et le péritoine de la paroi abdominale. Une fois qu'à l'aide des symptômes que nous avons indiqués avec soin, l'on a acquis la certitude que la tumeur est formée par la vésicule adhérente aux parois abdominales, et que l'on n'a pas à redouter un épanchement mortel dans la cavité du péritoine, on peut alors opérer. « M. Petit avait réellement saisi une bonne et salutaire
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indication. La distension de la vésicule due, soit à la présence d'un calcul dans les canaux, soit à une compression , soit à un gonflement de la membrane qui tapisse les voies biliaires, soit à l'hy dropisie , telle qu'elle a été décrite plus haut, détermine des symptômes et appelle des secours tout à fait spéciaux ; c'est un véritable étranglement, ou pour mieux dire une distension tout à fait comparable à celle de la vessie urinaire, quand l'urètre est rétréci, distension qui déterminerait la rupture de l'organe , si on n'y remédiait par la ponction» (M. Littré, art. cité, p. 282 ). Petit conseille la ponction; M. Boyer lui préfère l'incision. En effet, la première de ces opérations serait insuffisante, puisqu'il faudrait ensuite inciser les parties, afin d'extraire ou de donner issue aux concrétions renfermées dans la poche cystique; elle ne pourrait offrir quelque avantage que dans le cas où il y aurait une simple distension de la vésicule par la bile et une adhérence avec le péritoine. «Si l'on croyait pouvoir ouvrir la vésicule sans s'écarter des règles de la prudence, voici de quelle manière il faudrait pratiquer cette opération : on ferait , dans le lieu où l'on présume que la vésicule est adhérente, une incision oblique et longue d'un pouce et demi , d'abord aux téguments, puis aux parties subjacentes jusqu'à la vésicule; on inciserait ensuite cetle poche près des limites de son adhérence, qu'il serait alors facile de connaître. Cette incision serait d'une moindre étendue que la section extérieure et en raison du volume de la tumeur, assez grande toutefois pour faciliter l'issue de l'humeur et des pierres (Boyer, Mal. dur., t. vit,
S'il se forme un abcès sous les parois abdominales et qu'il y ait des adhérences établies entre celles-ci et la tumeur biliaire, l'opération consistera à ouvrir l'abcès par une incision de grandeur proportionnée à son volume, et d'en extraire les calculs et la bile. 11 ne faut pas pousser l'incision jusqu'à la vésicule, parce qu'on pourrait détruire les liens celluleux qui unissent ces différentes parties.
Enfin lorsque l'abcès s'ouvre de lui-même , et que son ouverture est trop étroite pour permettre au liquide et aux concrétions de s'écouler librement au dehors , on l'agrandira avec la précaution de ne pas rompre les adhérences du péritoine et de la vésicule.
Une fistule peut résulter de l'ouverture des abcès biliaires ou de l'opération faite dans le but d'extraire la bile; le plus ordinairement elle est entretenue par des pierres biliaires : on peut en faire l'extraclion lorsqu'elles sont engagées dans le trajet fistuleux, soit à l'aide des pinces, soit en pratiquant une incision. Dans ce dernier cas, J.-L. Petit veut qu'on l'agrandisse avec le bistouri; mais, dit M. Boyer, comme on ne connaît pas les bornes des adhérences que la vésicule a nécessairement contractées avec le péritoine,
en suivant le précepte donné par ce célèbre chirurgien, il serait possible que l'incision s'étendît au delà de ces adhérences, et que la bile s'épanchât dans l'abdomen ; aussi M. Boyer trouve-t-il plus convenable d'abandonner les pierres dans la vésicule , lorsqu'on a incisé le trajet fistuleux des téguments et des muscles, dilaté les ouvertures avec des bougies, des cordes à boyau , ou l'éponge, et que, malgré l'emploi méthodique de ces moyens , on n'a pu faire l'extraction de ces corps étrangers (Boyer, loc. cit., p. 584 ).
Le procédé proposé par J.-L. Petit pour pénétrer dans la vésicule est sans doute une belle conquête de la chirurgie, mais on peut lui adresser de graves objections. Il est très-difficile de reconnaître positivement s'il y a des calculs dans le réservoir de la bile, et s'il existe des adhérences. Petit a rapporté trois cas où la distension de la vésicule fut prise pour un abcès, et la tumeur ouverte deux fois. L'incision fut suivie de mort; aucune adhérence n'unissait le péritoine à la vésicule; cette disposition se présenta dans le troisième cas , ce qui sauva la vie au malade (Trait, de mal. chir., t. i, p. 262 ).
C'est pour parer à ces divers inconvénients que l'on a cherché d'autres procédés opératoires. M. Récamier a proposé de déterminer la formation d'adhérences entre les kystes séreux qui peuvent se développer dans la cavité du ventre et les parois abdominales , à l'aide d'applications de potasse caustique; ce médecin a eu recours à cette opération ingénieuse et hardie dans la cure radicale des acéphalocystes du foie. On pourrait également se servir de ce moyen pour provoquer des adhérences entre la vésicule et Je péritoine; mais avant de prononcer sur l'efficacité de cette opération , il faut attendre que des succès plus nombreux aient été consignés dans les annales de l'art ( voy. Acéphalocyste du foie).
M. Bégin , dans deux cas de kyste volumineux , voulant amener des adhérences d'une manière certaine entre les tumeurs et les parois du ventre, incisa celles-ci , et ouvrit le péritoine en respectant la tumeur. Après avoir pansé simplement la plaie du ventre, et attendu deux jours avant de lever l'appareil , il trouva une union intime établie entre la tumeur et les parois du ventre. On évacua dès lors le liquide en incisant le kyste; ces deux opérations remarquables furent suivies de succès. M. Carré a donné le conseil de suivre ce procédé opératoire dans les cas où la distension de la vésicule produit des accidents graves , tels que les symptômes de l'étranglement. Il semble, en effet, que l'application du procédé suivi par M. Bégin au traitement des tumeurs biliaires, offrirait de grands avantages ; c'est à l'expérience à prononcer. Quoi qu'il en soit , en présence de ces tentatives faites pour guérir une affection souvent mortelle, il n'est plus permis aujourd'hui de partager la répugnance
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invincible que Sabatier manifestait pour toute opération , comme on peut le voir dans son mémoire présenté à l'Institut en 1808.
Traitement médical. — Quand les douleurs sont très-intenses , et que l'on redoute une inflammation de la vésicule ou sa rupture , on peut employer avec succès les applications plusieurs fois répétées de sangsues sur Thypocondre droit. Les ventouses scarifiées et les cataplasmes rendus narcotiques avec le laudanum ou une forte décoction de pavot, de jusquiame, de morelle, de belladone, etc., contribueront à apaiser les douleurs. Si les déplétions sanguines peuvent diminuer l'inflammation , elles sont ordinairement impuissantes à calmer les douleurs, et n'abrègent pas sensiblement la durée et l'intensité des accès; cependant on peut toujours les tenter saus inconvénient.
Hoffmann , Durande , Van-Swieten , ont conseillé la saignée générale ; elle n'est de quelque utilité que dans les cas où l'on craint une inflammation du foie , et lorsqu'il existe une fièvre très-vive ; Portai la recommande non-seulement pour prévenir l'inflammation , mais encore pour favoriser la sortie des calculs biliaires et la compression que les vaisseaux sanguins exercent par leur turgescence sur ces mêmes canaux (Malad. du foie, p. 193).
La principale et la plus importante de toutes les indications, c'est de calmer les douleurs et de déterminer l'expulsion des calculs. Pour parvenir à ce double but, chaque auteur a préconisé une substance à laquelle il attribue une foule de guérisons.
Nous placerons en tête les narcotiques qui ont été prodigués par tous les médecins, afin d'apaiser la violence des spasmes et de la douleur. On a prescrit les juleps anodins avec le sirop de pavot blanc, ou les gouttes anodines de Sydenham, de Rousseau (xii à xv gouttes pour §iv). Souvent il faut eu augmenter les doses, et donner trois ou quatre grains d'extrait aqueux d'opium dans une potion de quatre onces. Les malades quelquefois ne peuvent rien garder dans leur estomac ; il faut alors administrer des pilules avec l'hydrochlorate de morphine (i-h g.); l'opium (i-rv g.); la thériaque ( xv-xxx g . ). Haller vante l'opium; Hufeland, l'eau de laurier-cerise avec la teinture thébaïque; M. Bricheteau, la teinture de castoréum dans une potion antispasmodique ; Durande , au contraire , proscrit l'opium.
Lorsque tous les médicaments sont rendus par le vomissement, on donnera avec avantage les narcotiques en lavement; ceux qui sont faits avec la tête de pavot, l'opium, le laudanum, ont souvent réussi à calmer des douleurs qui n'avaient pu l'être par d'autres préparations pharmaceutiques; d'ailleurs, il ne faut pas oublier que les malades doivent avoir le ventre libre, et que le seul usage de lavements émollients suffit quelquefois pour prévenir la colique hépatique.
Les grands bains tièdes , longtemps prolongés , agissent comme sédatifs , et procurent un très-grand soulagement aux malades. On les fera rester dans le bain pendant plusieurs heures.
En même temps qu'on donne les calmants à l'intérieur, on recouvre la région du foie de fomentations narcotiques ; quelques auteurs parlent des succès qu'ils ont obtenus en faisant placer de la glace sur l'hypocondre droit. Les cautères que l'on pose aux lombes pour la gravelle pourraient être de quelque utilité dans la colique hépatique. (M. Littré.)
Quelques médecins n'ont pas craint , dans la maladie qui nous occupe, de provoquer le vomissement avec de petites doses d'ipécacuanha (xx-xxx g.), ou le tartre stibié (i-î-), afin qu'en déterminant les contractions de l'estomac et du diaphragme, le foie et la vésicule fussent plus ou moins comprimés, et les concrétions biliaires plus facilement expulsées au dehors. Ces secousses paraissent, en effet, avoir été avantageuses dans quelques circonstances; mais il faut ne les employer qu'avec réserve. Hoffmann, Reverhostins , blâment l'administration des vomitifs , et se montrent plus favorables à l'emploi des purgatifs. Voici comment s'exprime Morgagni au sujet de ces derniers: «Autant je suis porté à conseiller toutes les substances émollientes, autant je redoute ce qui est capable d'irriter ; car il n'est pas douteux pour moi qu'en agissant ainsi , les médecins forcent les canaux à se contracter; quant à l'impulsion favorable que les calculs doivent en recevoir, suivant eux, elle me paraît plus que douteuse {De sed. et caus., let. xxxvn,§49). Portai a observé de funestes effets des purgatifs, et en rapporte deux exemples ( op. cit., p. 1 94). A en croire les faits cités par Gibbons dans son mémoire (Med. cases and remarks, part, i; Lond., 1799,in-8°,p. 108), lecalomel, donné en pilules jusqu'à salivation, aurait guéri quinze malades affectés de calculs biliaires. Nous croyons qu'on peut prescrire avec avantage les purgatifs légers , la manne , l'huile de ricin , les sels de potasse, le petit-lait, la pulpe de tamarin, et, en général, les boissons laxatives, telles que l'eau de veau, de poulet, etc. Ces agents pharmaceutiques peuvent être essayés en toute sûreté lorsqu'il n'existe pas d'inflammation; leur action se fait sentir jusque dans les voies biliaires.
On a vanté comme propre à guérir cette maladie les remèdes toniques et amers, tels que les extraits de chiendent, de pissenlit, d'enulacampana , de patience, de houblon, de lierre terrestre, de saponaire, de fumeterre, ou les sucs frais de ces plantes, enfin, leur décoction en tisane. Nous citerons encore les savons médicinaux , soit seuls , soit unis à d'autres substances; voici quelques formules usitées : ^ savon médicinal, 3uj ; gomme ammoniaque et rhubarbe , âa sj ; aloès , x gr . ; asa-fœtida , safran , aa 3 Bb . ; faites
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des pilules de trois grains dont on prend de 4 à 6 par jour; ?f savon médicinal, suj; aloès succotrin, crème de tartre, àa ôj; sirop des cinq racines, q. s.; faites quatre-vingt-seize pilules , à prendre de deux à quatre par jour.
L'ammoniac , l'asa-fœtida, la térébenthine, ont été encore préconisées dans cette affection ; mais les substances qui ont obtenu le plus de succès sont l'éther ou l'esprit de vin donnés, sur un morceau de sucre, plusieurs fois dans la journée (Odier) , et surtout le mélange d'éther sulfurique et d'essence de térébenthine.
Remède de Durande. — 11 était composé dans le principe de parties égales d'éther sulfurique et d'essence de térébenthine : plus tard il fut constitué par trois parties d'éther et deux d'essence. Durande, avant d'administrer son mélange, mettait les malades à l'usage des émollients et des humectants pendant six semaines à deux mois. 11 leur faisait prendre ensuite tous les matins deux scrupules, à un gros du remède, et leur recommandait de boire par-dessus du petit lait , ou du bouillon de veau, additionné de sirop de chicorée ou de violette. 11 faut poursuivre l'usage de ce remède jusqu'à ce que les malades aient pris une livre du mélange de térébenthine et d'éther sulfurique : quelquefois il survient une irritation assez vive, et de la douleur au foie; on doit alors suspendre momentanément l'administration de ce mélange. On s'aperçoit que la guérison est effectuée lorsque toute douleur a disparu de l'hypocondre, qu'il n'y a plus de teinte ictérique sur le visage et dans les yeux . lorsque enfin les digestions sont entièrement rétablies, et que l'écoulement du fluide biliaire est redevenu libre ; on termine alors le traitement en employant quelques doux purgatifs. Durande fait suivre le mode d'administration de son remède de quelques conseils qu'il importe de ne pas négliger. «Tout ce qui rend les urines jaunes et pénétrantes , la bouche mauvaise , l'haleine forte , doit être proscrit comme irritant ; aussi les graines , les salures , l'excès de nourritures animales , les boissons spiritueuses , les épices , les plantes amères, acres ou échauffantes, telles que le cresson , les asperges , les artichauts ; l'usage trop fréquent des purgatifs, les fatigues , les veilles sont très-contraires à ces malades. Mais un régime doux et modéré avec les viandes , surtout les volailles rôties ou bouillies, les herbages, les farineux; les fruits bien mûrs; les boissons délayantes, telles que le petit-lait, la limonade, le citron et l'orange; le tartrite acidulé de potasse , les eaux minérales , les saignées , faites à propos, le lait d'ânesse m'ont paru suffisants pour prévenir le retour de cette maladie, etc. » (Durande , observât, sur l efficacité du mélange d'éther sulfurique , et d'huile volatile de térébenthine dans les coliques hépatiques produites par des pierres biliaires, Strasbourg, 1 790.
Durande a fortement insisté sur les prétendues propriétés dissolvantes delà térébenthine et de l'éther; il voulait expliquer de cette manière les succès dont cette administration fut suivie dans vingt observations qui accompagnent son mémoire; Maret , Hoin , Girard , Strack, attestent aussi l'efficacité de ce mélange. Mais, ainsi que le disent les auteurs du Traité de thérapeutique , il faudrait «que dans tous ces cas l'on eût constaté nettement dans la région , correspondant au siège de la vésicule biliaire , une tumeur offrant au palper une résistance inorganique, si nous pouvons ainsi parler, une résistance pierreuse , une tumeur qui , comprimée ou percutée , laissât percevoir au toucher ou à l'oreille une sensation ou un bruit semblables à ceux que produisent , comme l'a observé J.-L. Petit , des noisettes qu'on frotterait dans un petit sac» {Traité de thérapeutique et de matière médicale , par MM. Trousseau et Pidoux, t. i, p. 441, Paris). On a essayé de modérer l'action du remède de Durande , en l'unissant à une certaine quantité de mucilage, d'eau distillée , ou de sirop.
Quelques eaux minérales plus ou moins ferrugineuses , celles de Vichy, de Forges, d'Aumale , de Cransac, de Saint- Amand, peuvent être utiles : mais il faut surtout, pour qu'elles réussissent, les faire prendre sur les lieux mêmes. La distraction du voyage , les secousses imprimées par la voiture , la promenade, l'équitation,font cesser les accès de colique hépatique. L'amélioration est surtout très-sensible chez les individus plongés sans cesse dans des réflexions mélancoliques , ou chez ceux qui sont tourmentés par une irritation nerveuse opiniâtre , que la douleur a fait naître. L'électricité est un moyen de traitement qui a été proposé par M. Hall , à qui il a réussi plusieurs fois.
Historique et bibliographie. — Les plus anciens médecins, dit Portai, ont parlé des concrétions de la bile dans leurs écrits. Hippocrate , dans sa lettre sur la maladie de Démocrite ; Galien,en divers endroits de ses ouvrages. Ceux qui sont entrés à ce sujet dans plus de détails, sont Benevienus [De abditis morb. causis , cap. 94); Kentmann, apud Gessner {De omnium rerum fossilium génère); Schenck {Obs. anat., lib. m , sect. u. Obs. 30 et 36) et Fallope {Vesalius exam. obscrv, Fallopian., p. 124).
Fernel les a désignées très-explicitement dans son travail sur les maladies du foie : Nonnunquàm et bilisflava injecore prœler naturam diuliùs cocrcita , nec tempcsiivè expurgata miré crassescit, gravesque et admodhm pcriculosas jecoris obstructiones inducit , ut quœ inlerdùm etiam in cyste lapidescat {Pathol. de morb.j ecor., lib. vi, cap. x , in-fol. ). Après les auteurs précédemment cités, nous trouvons Glisson qui lésa décrits avec assez de soin dans son ouvrage sur le foie; il dit
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avoir remarqué dans le foie des boeufs les conduits hépatiques pleins de concrétions , de telle sorte qu'on pouvait détacher leurs troncs et leurs rameaux du parenchyme même de la glande ; ils imitaient assez Lien les branches du corail : Ut si plurimas ramificaliones continua lapideâ scrie coralli instar retulissent {Anal, hepalis , cap. vm , et Manget Bibliot. anat., t. i, p. 262).
L'histoire des calculs biliaires devient assez complète d'ans les ouvrages suivants : Hoffmann (Medic. ration., t. ni, p. 163 et suiv.); cet auteur émet une opinion fort sage sur le traitement de la maladie; Boerhaave (Prœlect. ad inst. pathol., p. 790), Van-Swieten (t. m, p. 132), Bianchi (Histor. hepaiic, t. i, p. 475 ), n'ont guère ajouté à ce qu'on savait déjà sur l'origine et les diverses conditions physiques des calculs.
Ruysch ( Thesaur. anat. quint. , § 31 et in catal. observât, anaiom. 87), qui s'est livré avec beaucoup de zèle à la dissection du foie , a fait connaître un grand nombre de circonstances pathologiques importantes. 11 dit n'avoir jamais rencontré les concrétions biliaires hors des conduits de ce nom; il a aussi noté , avec plus de soin qu'on ne l'avait fait avant lui, l'état des canaux et des concrétions qui s'y déposent. Haller, en publiant un nombre considérable d'observations choisies et rares sur l'affection calculeuse , a signalé en même temps les accidents qui résultent de la présence de ces corps étrangers ; il étudie avec soin leur composition chimique; mais les analyses trop imparfaites à cette époque ne permettaient pas encore d'apprécier la composition chimique de ces concrétions ( Haller, Élém. physiol., vol. vi, p. 564 ; Opuscul pathol., t. m, p. 322). Morgagni, dont la trente-septième lettre peut être considérée comme un résumé complet des observations de l'auteur et des médecins qui vivaient avant lui , donne un soin tout particulier à la description des calculs ; leur forme , leur couleur, leur cristallisation , les signes qui annoncent leur présence, leur traitement, ont fixé l'attention du célèbre pathologiste ; mais il a peu ajouté aux connaissances qu'on possédait avant lui.
ïl faut arriver jusqu'à la fin du xviue siècle pour avoir quelque chose de précis sur la composition chimique des calculs et de la bile. Les médecins des siècles précédents avaient, il est vrai, cherché à la découvrir par des analyses. Parmi les auteurs qui ont voulu pénétrer la structure intime des colélithes, nous citerons particulièrement Boerhaave, Haller, Hoffmann , Bezold ( Dissert, de colelitho ; Argent., 1725), Delius ( Amœnit. mcdicœ ; Lips. , 1 747 ) , Goe ( Treatise on biiiar. concret., etc.; Lond., 1757), Titius et Fh. Kreysig ( Analyseos calcul et human. et anim.chemic, spécimen primum; Lips., 1789).
C'est surtout à Fourcroy que l'on est redevable des
analyses les plus complètes de la bile et des concrétions; il montra que certains calculs étaient presque entièrement constitués par une substance particulière qu'il nomma adipocire , et que cette matière était fusible , inflammable, solubledans l'alcool; que d'autres étaient formés d'une matière jaunâtre plus ou moins semblable à de la bile concrète que les anciens chimistes appelaient résine animale. Fourcroy traça l'histoire chimique de ces concrétions ; la classification qu'il a proposée est encore une des meilleures et des plus significatives que nous possédions (Fourcroy, Mém. de l'Académie des sciences, 1789, et Système des conn. chimiques, t. x, p. 56-60). Vicq-d'Azyr avait déjà, en 1779, publié un mémoire important dans lequel on trouve des documents précieux sur la disposition intérieure des calculs biliaires et intestinaux , et sur leur cristallisation ( Histoire de la Société royale de médecine, 1 779). Depuis Fourcroy la chimie animale ayant fait des progrès rapides, la composition des liquides animaux, et de la bile en particulier, devint l'objet de l'attention générale; on vit alors paraître successivement les analyses nombreuses consignées dans les ouvrages suivants : Thénard ( Traité de chimie ) , Bostock (Journ. de Nicholson , vol. iv, p. 1 37 ), Marcet ( Hist. chim. et Traité médical des maladies cale, par Marcet, in-8°; Lond., 1817, trad. en franc, par Riffault; Paris , 1 823 ), Thomson (dans Anat. path. du canal digest. de l'homme, par Monro, in-8°, 1811).
Outre ces ouvrages , il en est d'autres qui traitent d'une manière plus spéciale de la bile , et que nous avons nommés dans le courant de cet article : Cadet (Expér. sur la bile des hommes et des animaux, Mém. de l Académie royale des sciences de Paris , 1767, p. 471, 1769, p. 65), Thénard ( Mémoires sur la bile , dans les Mémoires de phys. et de chimie de la Société d'Arcueil, vol. i , p. 23), Chevreul (Note sur la présence de la cholestérine dans la bile de l'homme, Journ. de chimie mèd., 1825, t. i, p. 135), Braconnot Henri (Recherches sur la bile , Annal, de phys. et de chimie, octob. 1 829 , p. 1 7 1 ), Berzelius ( Traité de chimie ; Paris, 1833, in-8°, t. vu), Rasipail (Nouveau syst. de chim. organique, etc.; Paris, 1833, p. 404).
Parmi les monographies les plus intéressantes de la fin du siècle dernier et du dix-neuvième, nous signalerons celle de Walter (Observ.a?iatomicœ;Ber\., 1775, in-fol. ), très-complète , et une des meilleures que nous ayons; celle de Delius (De colelithis observât, et expérimenta ; Erlangae, 1 782 ) qui renferme plusieurs observations curieuses et des planches bien faites; de Sœmmering (De concrementis biliariis corporis humani , Traj ecti ad mœnum , 1795); de Mareschal (Quelques remarq. sur les mal. de la vésic. biliaire, dissert.; Paris, 1811);
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il essaye d'expliquer le développement des concrétions par l'existence de diverticules qui, venant à se former dans la vésicule malade, deviennent le point de départ de la coagulation de la bile. On peut encore consulter avec fruit : Mosowius ( De calculorum animalium eorumque imprîmîs biliariorum origine et naturel; Berl. , 1812 ), Braynes {An account oftwo cases of biliary calculi , med. chirurg. trans.; Lond., 1823, t. xn, p. 255 ).
Les concrétions ne peuvent longtemps séjourner dans les voies biliaires sans donner lieu à des accidents graves qui ont fixé l'attention des observateurs les plus anciens. Nous avons cité, d'après Ploucquet, les ouvrages qui renferment des exemples de calculs sortis par l'ouverture d'un abcès; on trouvera des faits semblables dans Haller, Morgagni, Sandifort, Lieulaud , et d'autres que nous avons déjà nommés. Les complications que peuvent amener les calculs ont été examinées dans les mémoires suivants : Sabatier ( J. B. Tentamen medicum de variis calculorum biliarium speciebus diversoque ab ipsis pendentium morborum génère; Monspel., 1758), Fryer ( Épanchement de bile dans l'abdomen, Bibl. de méd. britan., n° 1 , p. 24; 1814), Bricheteau (Sur les accidents produits par les calculs biliaires , et sur les meilleurs moyens de les calmer, Blém. de la Société méd. cl 'émulât., t. ix, p. 1 94 ; 1 826). Le travail de M. Bricheteau contient des considérations d'une grande utilité pratique , et un précis complet des principales complications qui se déclarent à la suite de la maladie.
Les auteurs qui ont envisagé les calculs biliaires sous le rapport du traitement sont : J.-L. Petit, qui proposa , le premier, de donner issue à la bile ou aux calculs biliaires, à l'aide d'une opération chirurgicale (Mém. de l'Acad. roy. de chirurgie, t. i, in-4°, Paris, 1743), Bloch, qui conseilla d'amener l'ulcération de la vésicule ( dans Sœmmering , De concrementis bil., p. 67; et Bloch, Medicinische Bemerkungen; Berlin, 1774,in-8°, p. 27), M. Carré, dans sa Dissertation inaugurale ( Considérations sur le traitement de la tumeur biliaire; Paris, 1833). L'auteur de cette thèse parle du procédé opératoire que M. Bégin a mis en pratique pour la guérison des tumeurs enkystées de l'abdomen ; on trouvera aussi des données importantes pour établir le traitement dans Fr. Hoffmann (loc. cit. et Muséum), Morgagni (epist. xxxvu, § 50 et suiv.), Haller (Opuscul. pathol., t. m, p. 321 ), Heberden( Trans. ofcolleg. of physic; Lond., vol. u, p. 137), Durande (Observ. sur l'efficacité du mélange d'éther sulfurique , et d'huile volatile de térébenthine dans les coliques hépatiques produites par des pierres biliaires; Strasb., 1790), dans le mémoire déjà cité de M. Bricheteau.
Nous citerons encore parmi les ouvrages qui renferment des documents précieux et ont contribué à faire connaître l'histoire des calculs biliaires , celui de Lieutaud (Ilistoria anatomico-medica, t. i, p. 195 et suiv.; Paris, 1767); de M. Cruveilhier ( Anatom, pathol., liv. xn ; Paris , 1830) , de Rubini (Pensieri sulla varia origine e natura de corpi calcolosi che vengono talvolla expulsi dal tubo gaslrico. Verona , 1808 , in-4). On trouvera dans ce livre les caractères principaux des calculs de la bile , que l'auteur cherche à distinguer avec soin des concrétions intestinales. Ce mémoire est utile à consulter sous le rapport du diagnostic et de l'étiologie. On. lira encore avec intérêt le second volume de la Clinique médicale de M. Audral (Maladies des voies d'excrétion de la bile , sect. n, p. 550 et suiv., 3e édit.) , qui contient des observations curieuses sur l'oblitération des conduits de la bile , l'inflammation aiguë et chronique de la vésicule , la suppuration de ce réservoir et sa rupture Voyez Biliaires (calculs et maladies) de M. Littré , Diction, de médecine. Nous en dirons autant du travail de Copeland (Dictionary of practical médecine, part, u, p. 393 et suiv.). Pour la bibliographie antérieure à 1 795, voir Sœmmering, De concremenlis biliariis (déjà cité), qui est très-complet sur cette matière.
Maladies des voies biliaires. — 11 nous reste peu de chose à ajouter à ce que nous avons dit précédemment; nous avons déjà fourni la liste des ouvrages qui renferment les analyses les plus satisfaisantes de la bile et de ses concrétions; nous citerons cependant parmi les recherches faites sur les maladies de l'appareil biliaire , Glarke James (Cases of oblitération ofthe cystic duct. Edinburgh med. and surg. Jour., 1808 , t. xvi, 275), Ollivier (Note sur l'atrophie de la vésicule biliaire. Archiv. génér. de méd., t. v, 1824), Sébastian (Diss. inaug. med. de hydrope vesiculœ felleœ ; Heidelberg, 1827). Gharde (Inflammation de la vésicule biliaire. Diss. inaug.; Paris, 1828), Craz (De vesicœ felleœ et ductuum biliarium morbis dissertât, in. Bonn., 1830), Carré (Considérations sur le traitement de la tumeur biliaire, voy. Thèse ; Paris, 1833).
BILIEUSES (fièvres). Cette dénomination adoptée par les médecins anciens , leur a servi à désigner les fièvres qu'ils croyaient causées par la bile.
Dénominations françaises et étrangères. — Fièvre bilieuse. — Gastrico-bilieuse. Franc. — Synochus biliosa. Febris cholerica. Febris hepatica. Lat. — Febbri bilwse. Ital. — Bilious fever. Angl. — Gallen fieber. AU.
Synonymie. — Leipyrie , synochus bilieux , fièvre synoque, gastrique , fièvre cholérique des anciens ; fièvres mésentériques , Fernel, Baglivi; stomachiques et intestinal^ , Heister; intestinales
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et atrabilaires, Reidel; stercorales\ Quesnay; bilieuses ou putrides simples, Pringle, Tissot; gastro-entérite et gastrite , M. Broussais ; quelquefois aussi : fièvre tjphode , assode , lipyrie , lingode , fièvre ardente ou causus , pur ou Jeu : ces derniers noms ont e'té aussi donnés à quelques autres genres de fièvre. Febris biliosa , synochus biliosus , febris gastrica , leipyriœ , febris mesenterica (Baglivi).
Divisions. — En jetant les yeux sur la synonymie placée en tête de cet article , il est aisé de voir que les théories médicales ont fait subir des transformations nombreuses à la fièvre bilieuse , telle que la comprenaient les anciens. C'est à l'histoire de la médecine à nous redire les doctrines qui ont amené des changements si remarquables; c'est à elle à nous retracer les luttes scientifiques qui ont eu pour résultat de détruire l'essentialité des fièvres et des bilieuses en particulier. Quant à nous , notre tâche est toute différente; elle consistera à décrire l'état pathologique que les médecins ont désigné sous le nom de fièvre bilieuse ; à chercher s'il faut en placer la cause dans une altération primitive des solides ou des liquides; enfin , si son existence doit être rejetée des cadres nosologiques , et dans le cas contraire, quel sens on doit attacher à ce mot. Nous n'avons qu'à exposer les faits, c'est au lecteur à juger si les doctrines fondées sur l'interprétation de ces faits, sont véritables ou erronées.
Vouloir donner une description générale des maladies que l'on a rassemblées dans les temps anciens et modernes, sous le titre de fièvre bilieuse, ce serait former un tableau monstrueux dans lequel se trouveraient confusément entassés les symptômes des affections les plus diverses; aussi transcrirons-nous seulement l'histoire de quelques épidémies de fièvre bilieuses que renferment les auteurs. «Les matériaux manquent pour tracer avec sûreté les caractères de la maladie , de telle sorte qu'on puisse y rattacher, sans peine et comme de simples variétés, les formes plus ou moins divergentes du type principal» (M. Littré , Fièvre bilieuse, Dict. de méd.).
Historique. — «On peut citer, dit Pinel, comme un rare modèle de confusion et de savante obscurité , la doctrine des fièvres dites bilieuses , puisée dans la foule immense de traités généraux de médecine ou dans les ouvrages de nosologie. Leurs descriptions générales et les dénominations qu'elles ont reçues , sont également propres à induire en erreur. Vaine redondance d'explications galéniques, objets dégoûtants de bile, de saburre et de saletés gastriques , tour à tour mises en jeu , ou bien prévention contraire et obstination à ne voir partout , comme l'a fait Dehaen , que des fièvres putrides ou inflammatoires» (Pinel, jVosograph. philos., t. i , p. 41). Ces considérations
que Pinel à placées en tête de son second ordre des fièvres , prouvent combien de difficultés environnent la détermination de la nature des affections bilieuses. On peut se convaincre en jetant les yeux sur le tableau des genres et des espèces que Sauvages a admis, combien est profonde l'obscurité qui règne touchant les caractères de cette fièvre.
Les anciens, peu avancés dans l'étude des altéralions pathologiques, se trouvèrent conduits par le désir d'expliquer les phénomènes morbides de la fièvre bilieuse , à créer une théorie tout humorale , dont Galien peut être considéré comme le fondateur. Les Arabes et les Galénistes du moyen âge la conservèrent religieusement, et s'ils y ajoutèrent quelque chose , ce fut pour augmenter encore le nombre des subtilités qui se rattachaient à cette doctrine. A ces diverses époques on croyait que la fièvre bilieuse annoncée par la teinte jaunâtre de la peau, des sclérotiques, de la langue couverte d'une couche de mucus, par l'amertume de la bouche , des évacuations abondantes de bile, soit par le vomissement, soit par les selles, était produite par une altération survenue dans la quantité , les qualités , ou le cours de la bile. Partout où l'on rencontrait ces symptômes coexistant avec la fièvre , il y avait affection, fièvre bilieuses.
Les Arabes et les Galénistes, en créant celte maladie d'après l'observation de symptômes qui se reproduisaient souvent à leurs yeux, et qui s'accompagnaient d'un mouvement fébrile très-prononcé , attribuèrent tous les accidents et la fièvre elle-même aux dépravations de la bile. Ne connaissant pas les altérations pathologiques du tube digestif, et les divers degrés d'irritation dont la muqueuse peut être le siège , ils ne pouvaient interpréter autrement les faits. On ne doit pas les blâmer d'avoir suivi celte marche , puisqu'elle était la seule possible à cette époque.
Dès le commencement duxvme siècle, les médecins, dégoûtés de toutes les théories qui avaient régné tour à tour, se livrèrent avec zèle à la simple observation des faits. Gelte direction philosophique qui se retrouve dans tous les travaux de ce siècle , répandit une vive lumière sur l'origine et la nature des fièvres bilieuses. Sydenham portant sur cette maladie qui compliqua les épidémies de 1669 et 1670, un jugement plus sain que ses devanciers, considéra les épanchements de bile comme une circonstance accidentelle qui pouvait se rencontrer dans des affections d'un caractère tout différent. C'était une observation d'une haute portée , et qui devait avoir la plus grande influence sur les progrès ultérieurs de l'histoire nosologique de cette affection. Si , en effet, les symptômes bilieux peuvent se manifester dans des circonstances pathologiques diverses , on est forcé de conclure qu'il ne sont eux-mêmes que les effets d'une lésion autre que celle causée parla bile, ou, en d'autres termes, que l'ap-
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parition des phénomènes bilieux est une complication accidentelle d'une maladie qui n'a aucun rapport avec les dépravations de la bile. Ces conclusions importantes, entrevues par Sydenham , ne furent mises en lumière qu'au moment ou le solidisme moderne remplaça définitivement l'humorisme.
Sydenham eut des idées assez nettes sur la complication bilieuse des maladies. Stahl comprit aussi qu'il ne fallait pas toujours chercher dans la bile la cause des désordres (Haller, Diss. pract., vol. v, p. 153). Malheureusement cette tendance à restreindre le nombre des fièvres bilieuses , fut un instant arrêtée par la fréquence des épidémies qui présentaient ce caractère ; on ne vit à aucune époque la constitution bilieuse se montrer plus souvent que pendant le dix-huitième siècle : c'est là , sans doute , ce qui peut expliquer l'exagération de certains auteurs, qui ne voyaient partout que complication bilieuse. Au nombre de ces médecins se trouvent Huxham (Opéra p h jsico-medica), Jean de Koker , qui soutinrent que la bile provoque la plupart des affections aiguës et chroniques; et J.-B. Bianchi, qui dans son Histoire du foie, accorda la plus grande attention aux phéno mènes bilieux (Historia hepatica).
Il faut arriver jusqu'à Selle et à Sloll pour voir la fièvre bilieuse envisagée sous un jour plus rapproché de la vérité. En effet, quoique Selle fût peu disposé à admettre le solidisme qui s'établissait depuis quelque temps aux dépens de l'humorisme , par suite de l'impulsion vigoureuse qui lui avait été imprimée par le célèbre Haller, il fut conduit, non plus à regarder seulement la fièvre comme une affection générale à la manière des anciens, mais à chercher dans une lésion locale de l'estomac, des intestins ou du foie , une raison suffisante du mouvement fébrile [Rudimenta pyrctologiœ met h., éd. in -8°, 1789, p. 212) : ce fut là véritablement un commencement de localisation. L'attention se porta peu à peu non -seulement sur le foie, organe de la sécrétion biliaire, mais aussi sur l'estomac, le duodénum et les intestins, dans lesquels la bile venait se déposer. Gh. G. Selle ne reconnut presque pour cause des fièvres rémittentes, que le travail humoral qui se faisait du côté de l'estomac : le biliosisme déchut et fit place à la gastricité(Broussais, Examen des doct., t. n, p. 188).
Maximilien Stoll marcha dans cette voie. Il admit l'existence de la fièvre bilieuse toutes les fois que la bile devenait plus abondante, et qu'elle offrait des qualités irritantes. Ce qui dislingue surtout sa doctrine de celle des auteurs qui l'ont précédé , c'est qu'il suppose que la bile peut se porter sur différents viscères, et produire des accidents : à la tête , elle détermine du délire, des convulsions et même l'apoplexie; à la poitrine, des inflammations, des hémoptysies; au ventre, des coliques, des dyssenteries , etc.
(Aphoris. de cognosccndia et curandis fcbribus).
Malgré l'importance extrême que Stoll accorda à l'embarras bilieux , on le voit cependant tenir un compte assez sévère de la souffrance des organes pendant la durée de la fièvre ; les troubles , si fréquents du côté du tube intestinal , du côté du foie, du cerveau , ne lui ont pas échappé ; mais , aveuglé par les théories humorales , il veut expliquer les désordres dont il est témoin par la fixation de la matière bilieuse sur tel ou tel organe. Combien il se serait rapproché de la vérité , s'il se fut borné à reconnaître que dans un grand nombre de cas, les troubles qu'il voyait tenaient à la lésion organique locale ; on doit convenir «qu'il n'a pas été peu ardent à rendre à la saburre bilieuse, sinon des droits exagérés, du moins sa puissante influence» (Pinel, op. cit., p. 77); mais il ne faut pas non plus méconnaître les services qu'il a rendus : il a travaillé d'une manière indirecte à la localisation.
Dehaen adopta des idées toutes contraires à celles de Stoll ; comme si les théories médicales devaient se corriger l'une par l'autre, on vit Dehaen , tombant dans un excès opposé , refuser à la bile le rôle qu'on lui faisait jouer dans les maladies , pour le donner à l'inflammation et à la putridité : les fièvres inflammatoire et putride occupèrent une grande place dans la doctrine du célèbre disciple de Boerhaave.
Pinel , dégoûté de l'humorisme antique , et poursuivant la réforme médicale qu'il avait commencée , s'aperçut bientôt que la supersécrétion bilieuse n'est que le résultat de l'irritation de la membrane interne du canal digestif : « Tout semble indiquer, dit le célèbre nosographe , que le siège principal des maladies de cet ordre est dans le conduit alimentaire, surtout l'estomac et le duodénum , non moins que dans les organes sécréteurs de la bile et du suc pancréatique; cela est manifeste dans les embarras gastriques , le choléra-morbus , non moins que dans la fièvre gastrique continue ou rémittente, si souvent compliquée avec l'embarras gastrique ou intestinal, et qui même lorsqu'elle existe indépendamment de ces affections , est marquée par une sensibilité vive dans l'épigastre , l'ardeur de l'abdomen , une soif iutense , une constipation opiniâtre ou la diarrhée. Mais quelle connexion ont les causes occasionnelles physiques ou morales avec cette augmentation d'irritation fébrile dans l'estomac ou le duodénum , ou dans les conduits ou réservoirs biliaires ou pancréatiques? Les humeurs sécrétées jouent-elles dans ces maladies un rôle primitif ou secondaire?... Quel est le moteur primitif de l'accélération du pouls, de la céphalalgie, etc.. Ce sont là des faits manifestes aux sens, mais dont la cause nous est, et nous sera, sans doute, longtemps inconnue» (Nosog. phil., t. ii, p. 86). On voit d'après le passage que nous venons de citer combien la locali-
sation avait fait de progrès dans l'esprit de Pinel, puisque ce médecin assigne aux symptômes bilieux un siège dans l'estomac , le duodénum , le foie et ses conduits; mais il ne détermine en aucune manière la nature de la maladie. Il y a plus : par une contradiction qui prouve jusqu'à quel point est grande la puissance des expressions fausses qui ont vieilli dans la langue, la fièvre bilieuse , tout en devenant locale , ne cesse pas, à ses yeux, de rester essentielle, c'est-à-dire non locale.
Enfin , M. Broussais changea entièrement les opinions médicales accréditées sur les fièvres bilieuses , en les considérant comme les effets d'une phlegmasie gastro-intestinale avec supersécrétion de la bile. Le flux biliaire est une circonstance de constitution individuelle , de tempérament , de saison , de régime antérieur. Nous empruntons au Cours de pathologie et de thérapeutique générales les dernières idées que M. Broussais a émises sur ce point important de médecine. «Le plus souvent c'est au début de la phlegmasie gastrique que la bile afflue dans l'estomac, d'où elle est rejetée au dehors par le vomissement; ou bien appelée précipitamment dans les intestins , elle les irrite , et donne lieu à des selles bilieuses. Si on ne s'oppose pas à l'inflammation , elle continue à marcher; mais la sécrétion biliaire change et cesse même entièrement. Elle peut dépendre encore d'une irritation qui a son siège dans le duodénum et le foie ; si on parvient à faire cesser l'inflammation , la bile n'est plus sécrétée en excès.» L'existence de l'irritation de la muqueuse intestinale est démontrée à M. Broussais par tous les symptômes que l'on rapportait à la fièvre bilieuse, et qui ne seraient d'après lui que les signes de la phlegmasie des membranes; tels sont : l'inappétence, les nausées , les vomissements , la diarrhée , la gêne et la pesanteur épigaslriques. Ce qui semblerait encore prouver le développement de cette irritation , ce sont : les substances indigestes, la grande chaleur, la nécessité d'une diète sévère, les bons effets des applications de sangsues à l'épigastre, et des régimes rafraîchissants, enfin, la convalescence rapide et le retour des malades à une santé parfaite (Broussais, Cours de pathologie et de thérapeutique génér., 1. 1 , p. 577 et suiv. ; voyez aussi Exam. des doct. , t. m, p. 443 et passim, les propositions cclxxviii, cclxxix). La doctrine de M. Broussais compte aujourd'hui des partisans. Ceux qui admettent encore un état bilieux et une fièvre bilieuse prétendent que, tout en les considérant comme les effets d'une autre maladie , ils n'en réclament pas moins un traitement spécial; dans ce cas, ce symptôme a, pour quelques médecins , la valeur d'une maladie qui exige l'emploi de médicaments particuliers.
En faisant l'exposé succinct des opinions médicales qui ont régné au sujet des fièvres bilieuses, notre in-
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tention a été surtout de montrer de quelle manière cette affection a été envisagée dans les temps anciens et modernes; nous avons vu, en esquissant à grands traits ce tableau, que cette dénomination de fièvre bilieuse d'abord incertaine , ou du moins peu significative dans l'école des Arabistes et des Galénistes du moyen âge , était devenue plus précise dans les ouvrages de Sydenham , et surtout de Stoll et de Selle. Ces deux derniers auteurs, tout en considérant l'affection bilieuse comme un état général , travaillèrent cependant à la localisation en faisant intervenir les dépôts d'humeur bilieuse dans l'estomac et le duodénum.
La troisième phase des théories bilieuses , la plus brillante de toutes, fut celle de Pinel, qui rattacha cette affection à une lésion de l'estomac, du duodénum et de l'appareil biliaire. La dernière époque est caractérisée par la doctrine de M. Broussais, qui , détruisant l'essenlialité conservée à ces fièvres par Pinel, les regarda comme un effet de la phlegmasie gastro-intestinale.
Pour faire connaître les symptômes , la marche et la physionomie particulière de la fièvre bilieuse , nous croyons utile de donner la description succincte des épidémies observées par Tissot, Fincke et Stoll ; on pourra par la lecture de ces auteurs , dont les ouvrages sont devenus classiques , se former une idée précise de la maladie , et supposer facilement les autres nuances qu'elle peut offrir.
Description de la fièvre bilieuse, épidémique de Lausanne. — La maladie ne frappait pas tous les sujets avec la même violence; Tissot les partage, sous ce rapport, en trois classes, qui montrent assez bien les divers degrés d'intensité que prit la fièvre. On observa chez les malades de la première classe une faiblesse et une lassitude extrêmes , du dégoût pour les aliments, un sentiment continuel de froid qui portait les sujets à chercher le feu , de l'insomnie et de la tendance à l'assoupissement; la langue se couvrait d'un enduit épais, sale, d'un blanc jaunâtre. Trois ou quatre jours après l'apparition de ces symptômes, quelquefois plus tard, il survenait vers le soir un frisson qui durait une et plusieurs heures; ce frisson était remplacé par une chaleur modérée qui ne laissait pas que d'être très-pénible pour le malade , dont la peau acre et brûlante faisait éprouver à la main du médecin une sensation désagréable. Souvent cette chaleur se prolongeait jusqu'au matin , et cessait sans aucune évacuation sensible; elle était quelquefois suivie d'une sueur peu considérable qui ne produisait aucun soulagement. La plupart des malades accusaient des douleurs de tête au moment des paroxysmes; la respiration était toujours dans l'état normal. Dans les premiers jours, le pouls , presque naturel et seulement un peu faible, devenait petit au moment du frisson, accéléré, fréquent et serré dans la chaleur; il ne bal-
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tait pas plus de cent fois par minute. Une fois le paroxysme passé, les malades, sans force et sans courage, incapables de se livrer à leurs occupations habituelles, se traînaient avec peine, de leur lit au foyer. Le paroxysme revenait tous les jours , mais à des heures différentes et avec divers degrés d'intensité ; plusieurs malades même avaient leur accès dans le milieu du jour ; chez d'autres , on ne pouvait que soupçonner une exacerbation , qui s'annonçait alors par une anxiété et une faiblesse plus grandes vers le soir; les vieillards, et particulièrement les femmes âgées, se plaignaient seulement de dégoût, d'insomnie et de faiblesse. La douleur du creux de l'estomac existait chez quelques-uns; tous ne recouvraient la santé qu'au bout de plusieurs semaines. Au début de l'affection gastrique, le ventre était serré, et se relâchait vers la fin; pendant l'apyrexie, l'urine était pâle, et plus tard sédimenteuse. Les enfants, les femmes, les vieillards, rarement les adultes, composaient cette classe de malades.
Dans la seconde forme de la fièvre gastrique, les symptômes du début différaient peu de ce qu'ils étaient dans la première; mais au bout, d'un petit nombre de jours, ils se montraient avec violence; la faiblesse faisait des progrès rapides ; le dégoût était remplacé par des nausées et quelques vomissements rares; la chaleur devenait vive, et les paroxysmes plus marqués; le frisson, peu sensible, ne tardait pas à se dissiper; mais en même temps, la chaleur augmentait vers le soir; le pouls s'élevait jusqu'à cent seize pulsations , et la céphalalgie était des plus intenses ; après trois ou quatre heures , rémission de la fièvre, sans qu'il y ait pour cela de sueur. Du reste la transpiration existait également pendant le cours de la maladie et après sa disparition; quand elle était abondante le paroxysme était plus grave; jamais l'apyrexie ne fut complète , et ce fut là le caractère essentiel qui distingua cette forme de la première. L'urine était peu abondante , claire et rougeâtre ; la langue sèche et couverte d'un mucus jaunâtre ; le sommeil nul , agité; la soif, plus vive que dans le premier état de la maladie, n'était pas proportionnée à l'intensité de la chaleur. Un traitement inopportun amenait bientôt la troisième forme de la fièvre.
Celle-ci avait une physionomie différente des deux autres. Le septième ou le huitième jour, tous les symptômes s'aggravaient; les malades, qui n'avaient le soir qu'une fièvre médiocre, présentaient le lendemain un pouls fréquent et accéléré, un peu de délire et du météorisme. 11 n'y avait plus alors aucune régularité dans l'apparition des accès fébriles; ils revenaient à toute heure. 11 y avait une telle fréquence dans les battements de l'artère, qu'il était très-difficile de les compter. On observait en même temps des soubresauts dans les tendons, une anxiété et unejactitation continuelles, la convulsion des yeux, un délire fu-
rieux ou tranquille; tantôt une loquacité continuelle, tantôt de la taciturnité. Le malade, à cette époque, n'avait plus conscience de son état , cependant le météorisme augmentait de jour en jour, la respiration devenait courte, les selles irrégulières , liquides, colliqualives , quelquefois bilieuses , ce qui était favorable , d'autres fois blanches, écumeuses, ce qui devait faire craindre une terminaison fatale. Lorsque la diarrhée se montrait dès le début , le mal n'en était pas moins grave; les urines étaient variables, tantôt crues, transparentes, blanchâtres , tantôt troubles, rouges et épaisses ; le nuage occupait toujours la partie supérieure du liquide; les selles étaient involontaires ; parmi les symptômes qui furent encore observés , on nota l'apparition de pétéchies, qui furent constamment suivies de mort. Les hémorrhagies étaient rares, mais toujours dangereuses; la soif nulle, la langue sèche, noire, tremblante, la voix aiguë; les malades , agités d'un tremblement général et atteints de carpologie , périssaient au milieu d'une angoisse et d'une agitation violentes. Quelquefois la marche du mal était insidieuse. Des symptômes légers en apparence, dissimulaient la gravité du mal ; ce qui devait la faire soupçonner , c'était la fréquence du pouls , le tremblement général , l'altération des traits du visage et la carpologie. (JJissertatio defebribus biliosis seu historia epidem. bilios.; Lausan. p. 4-14. Lausannœ 1 758).
L'épidémie de Lausanne, dont nous venons de tracer l'histoire, d'après Tissot, présente le tableau fidèle et complet des symptômes de la fièvre gastrique ou bilieuse qui régna depuis le commencement de juin jusqu'à la fin d'octobre 1755. Elle se montra aussi dans l'hiver, qui fut tiède et pluvieux, et même se prolongea jusque dans l'été, mais sporadiquement. Tissot attribue la maladie à une humeur putride , alcalescente, bilieuse, qui irrite l'estomac, le duodénum, l'intestin grêle , le foie , la vésicule biliaire et les autres parties de l'abdomen. 11 est à regretter que l'autopsie n'ait pas permis de reconnaître la nature de la lésion; la seule ouverture , qui fut faite par Dapples , ne peut jeter aucune lumière sur la cause organique de cette affection , puisque les intestins ne furent pas ouverts (Tissot, op. cit., y. 22). Cependant l'ensemble des symptômes tend à faire croire que la forme la plus simple de la fièvre bilieuse n'est autre chose qu'un embarras gastrique; et que les deux autres formes ne sont que des degrés différents d'une phlegmasie gastro-intestinale. Pinel fait remarquer que le météorisme du ventre, les soubresauts des tendons, les anxiétés extrêmes, la perte de connaissance, les déjections involontaires, l'éruption des pétéchies, la sécheresse , la couleur noire , le tremblement de la langue, sont des symptômes qui indiquent un fièvre putride (Nosog. phil., p. 51, v. 1).
Epidémie de fièvres bilieuses anomales du
Tecklembourg. — La maladie s'annonçait longtemps à l'avance par les symptômes suivants : douleur dans les membres, qui s'accroît vers la nuit, lassitudes spontanées , sentiment de formication dans les muscles, pulsations à la région précordiale; céphalalgie légère, violente chez quelques-uns, et occupant le front et le sommet de la tête, pesanteur épigastrique ou cardialgie, douleur dans les hypocondres, simulant la douleur de l'hépatite ou de la pleurésie , rapports nidoreux, conlinuels; langue blanche ou jaunâtre, recouverte d'un enduit plus ou moins épais; anorexie, nausées et vomituritions ; quelquefois appétit dépravé ; constipation ou dévoiement; urines pâles ; pouls faible , plus fréquent que dans l'état normal ; nuits agitées , sommeil interrompu par une anxiété subite; chez quelques malades, toux légère vers le commencement de la nuit ; visage tour à tour pâle ou rouge, surtout chez les femmes; suppression des menstrues.
Ge premier stade durait quelquefois fort longtemps; il pouvait se terminer de trois manières différentes; ou il était remplacé par le second stade, que nous allons décrire, ou par une fièvre bilieuse anomale; ou bien , enfin , par une convalescence très-longue et très-douteuse (Léon. L. Finke, De morbis biliosis anomalis , p. 18-21).
Second stade. — La terreur, la colère, toute émotion un peu vive , le refroidissement du corps , l'usage intempestif des purgatifs, les saignées pratiquées hors de propos, l'éruption des règles, déterminaient souvent l'apparition de la fièvre. Celle-ci se montrait aussi quelquefois sans que l'on pût en découvrir la cause. On remarquait des alternatives de frisson et de chaleur ; le dos , le visage , les joues , étaient le siège de cette chaleur ; la transpiration presque nulle , peu abondante au début , partielle ou générale, mais point critique; augmentation de la diarrhée ou de la constipation. En même temps, les symptômes gastriques s'exaspéraient : dégoût prononcé pour toute espèce d'aliments et surtout pour la viande ; efforts de vomissements proportionnés à la gêne précordiale; nuits agitées, rêves effrayants; soif vive, désir de boissons froides; pouls plus faible et plus fréquent, imperceptible chez les hommes même robustes. Lorsque la constipation persistait, les douleurs des membres et du dos étaient plus aiguës, les autres symptômes s'exaspéraient; on voyait alors paraître l'anxiété, la somnolence, le délire, la surdité, la sécheresse de la langue , qui se couvrait d'une couleur jaune ou noirâtre; celle-ci s'étendait souvent aux dents et aux lèvres. La diarrhée semblait diminuer l'intensité des douleurs dorsales et de quelques autres symptômes. Ceux qui devaient faire redouter la mort étaient : les vomissements , la diarrhée colliquative , les selles sanguinolentes ou purulentes , le météorisme, le coma, le délire, les convulsions téta-
niques, la contraction des parois abdominales; le tremblement et la couleur noire de la langue , les aphthes,les sueurs froides, l'intermittence du pouls, la face hippocratique. On pouvait espérer, au contraire , une terminaison heureuse lorsque l'émétique faisait rendre des matières vertes bilieuses , lorsque les excréments reprenaient leur consistance habituelle , et que la langue se nettoyait, etc. (Finke, loc. cit., p. 21-37).
Troisième stade. — Les symptômes propres à cette période de l'affection bilieuse étaient : sentiment de pesanteur et battements dans la région du cœur, douleur siégeant dans cette partie de l'hypocondre occupée par la vésicule du fiel , appétit nul ou exagéré , selles rares , matières fécales noires , amaigrissement, langue couverte seulement à sa base d'un enduit tenace, visqueux. La convalescence avait peine à s'établir : si on ne surveillait pas attentivement les malades , ils couraient risque de succomber en très-peu de temps , ainsi qu'on peut le voir dans les observations rapportées par Finke {op. cit., p. 29-45).
Description de lajièure bilieuse, d'après Stoll. — Elle règne tous les ans , dans le fort de l'été , et tient le premier rang parmi les fièvres annuelles, en raison de sa fréquence. Elle prend la marche d'une fièvre continue, rémittente, quotidienne, de tierce simple ou double , dont les accès ont coutume de se terminer par le vomissement, la diarrhée, les sueurs abondantes , des urines bilieuses , copieuses , jumenteuses, hypostaliques.
Si la fièvre bilieuse est simple , elle commence par un frisson , auquel succède de la chaleur ; par la céphalalgie et un sentiment d'une vive chaleur à la tête; il s'y joint une douleur des lombes et du dos ; le pouls est plein , accéléré ; les yeux rouges , colorés par une teinte légèrement jaune ou verdâtre; sueur de la face et de toute la tête ; rougeur intense des joues avec coloration jaunâtre du pourtour des narines et des lèvres; langue jaune; salive insipide, amère, douceâtre; sécheresse des lèvres ; dépravation du goût , qui fait trouver amers les aliments; salive blanchâtre, écumeuse, semblable à une dissolution de savon ; crachement d'une matière gluante, couleur d'herbe ou verdâtre ; anorexie ; rapports amers , brûlants , austères , douceâtres, accompagnés de nausées; vomituritions et vomissements de matière porracée , érugineuse, semblable à du jaune d'œuf, noirâtre , brûlant la gorge, agaçant les dents, d'une saveur acerbe, métallique; anxiété, sentiment de plénitude dans la région précordiale ; défaut de repos ; désir des boissons aqueuses, froides, acidulés, d'un air frais et agité, qui calme pour un moment la douleur de tête et la chaleur ; sueurs odorantes et fortes ; selles jaunâtres comme après l'administration de la rhubarbe, d'une
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oleur fétide, peu abondantes et flatulentes ; les urines, dès le début, jaunes, safranées, écumeuses, grasses; le sang tiré par la veine est d'un rouge vif et présente une croûte inflammatoire d'un jaune foncé; le sérum est verdàtre, amer ; quelquefois , mais assez rarement, il se montre des pétéchies lenticulaires, morbilleuses , des miliaires rouges, des charbons, des bubons , etc.
II y a peu de fièvres dont la physionomie soit plus mobile : elle change de caractère non-seulement dans les diverses années , mais encore dans la même constitution régnante (Stoll , Jphorismes sur la connaissance et la curalion des fièvres, p. 235; 1797). L'humeur biliforme, en circulant dans les vaisseaux , peut rencontrer un obstacle à son cours et se déposer sur différents organes: sur le cerveau, et déterminer le délire, les phrénésies, les apoplexies, les convulsions; sur la gorge, l'angine; sur la poitrine, la toux, la pleurésie , la pneumonie, etc.; sur le bas-ventre, les vomissements, le choléra, la dyssenterie , les coliques ; sur les articulations , le rhumatisme, la goutte, etc. De là est venue la dénomination de phrénésie, pleurésie, pneumonie bilieuses, appliquée à toutes ces maladies que Stoll croyait produites par la bile , et que les autres médecins de notre époque s'accordent à considérer comme des complications de la phlegmasie gastro-hépatique.
Stoll appelait^eVre bilieuse , avec métastase ou dépôt, celle qui causait les désordres locaux dont nous venons de parler; celle dans laquelle la bile ne se jetait pas sur les organes était date fièvre bilieuse universelle. 11 admettait encore une autre division de cette maladie : elle était simple, pure, sans mélange , ou compliquée avec une affection fébrile ou non fébrile. Une des complications les plus fréquentes est la fièvre inflammatoire, au commencement de l'épidémie, et la pituiteuse, à la fin (Stoll, op. cit., p. 239).
Elle se termine par la mort , la santé, ou d'autres maladies. La santé ne tarde pas à se rétablir lorsque la saburre biliforme est peu copieuse , ou qu'elle est expulsée par le vomissement , les selles , les urines , les sueurs; ou bien encore au moyen d'une hémorrhagie par les narines, les hémorroïdes , la matrice; des éruptions miliaires , la salivation , les aphthes. La fièvre bilieuse se change quelquefois en bilieuse-inflammatoire, ardente, bilieuse - putride , putride, quand la matière biliforme, plus abondante, plus acre, mêlée plus intimement au sang , n'est pas rejetée au dehors; elle peut aussi dégénérer en fièvre intermittente , en langueurs chroniques , en cachexie bilieuse , en goutte de longue durée , etc. (Stoll , loc. cit., p. 240-243.)
Si nous jetons un coup d'œil sur les différentes formes de fièvres décrites par Tissot , Finke et Stoll , et sur l'épidémie bilieuse de Bicêtre , rapportée par Pinel dans sa Nosographie, et que nous passons sous
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silence parce qu'elle offre la plus grande analogie avec les autres , nous ne pouvons méconnaître deux éléments priucipaux dans ces maladies: d'abord l'inflammation violente du tube digestif, et une irritation transmise au foie et à ses excréteurs; nous voyons en outre, dans la forme la plus légère et dans le premier degré de cette affection , les symptômes de l'état pathologique que l'on a désigné sous le nom Rembarras gastrique. On s'est demandé si la fièvre bilieuse était due au passage de la bile dans le sang , ou à l'irritation déterminée par ce liquide sécrété en quantité plus grande, ou altéré dans ses qualités, sur la membrane muqueuse du canal digestif. Les auteurs qui attribuent à la bile une grande part dans le développement des accidents reconnaissent bien l'inflammation du tube dige-stif , mais la considèrent comme consécutive au flux bilieux, qui, par sa nature irritante , produirait les désordres qui se manifestent du côté de l'intestin. L'altération du fluide biliaire est une de ces hypothèses que nous a léguées l'antiquité , mais dont aucune analyse chimique n'a jusqu'à ce jour démontré la réalité. D'autres, au contraire, prétendent que, la gastro-duodénite étant primitive, l'irritation se transmet au foie qui sécrète une plus grande quantité de bile ; une véritable hépatite peut même compliquer la phlegmasie gastro-intestinale, et causer tous les symptômes de la fièvre gastrique. Les médecins qui soutiennent cette dernière doctrine font remarquer que le meilleur moyen de faire cesser la maladie est d'attaquer la phlegmasie de l'intestin ; on ne tarde pas à voir disparaître la fièvre qui n'était que l'effet de l'irritation locale (sublatâ causa tollitur effectus). Du reste , afin de mettre chacun à même d'asseoir un jugement sur cette question médicale qui est aujourd'hui moins vivement débattue, nous rapportons la critique que M. Rayer a faite des fièvres bilieuses de Tissot , de Finke et des autres auteurs {Dict. de méd., ire édit., art. Fièvre , 1828).
«La dénomination de fièvre bilieuse est hypothétique; le groupe de symptômes intitulé, historia morbi , ne peut être sainement interprété que par l'analyse physiologique ; elle y découvre les principaux phénomènes des gastro-entérites , et quelquesuns de ceux des lésions cérébrales. La plupart des individualités observées dans cette épidémie furent probablement des gastro-entérites , compliquées d'affection du cerveau ou de ses membranes , et quelquefois d'irritation des organes de la sécrétion biliaire» (art. cité, p. 39). M. Rayer, après avoir passé successivement en revue les observations de Tissot , de Finke, de Pringle , de Pinel, conclut «qu'elles ne sont que des narrations incomplètes et sans valeur ; que les faits publiés par Morgagni , Stoll et Pinel luimême , prouvent qu'on a décrit des maladies de l'intestin , de l'utérus , du cerveau , du foie, etc. , sous
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le nom de fièvre bilieuse ou ardente ; que dès lors il est permis de penser que Tissot , Finke , Pringle et les autres, n'out pas été très-sévères dans le choix des individualités qui ont servi de base à leur description générale ; qu'il ne faut donc pas se flatter qu'on puisse trouver dans les descriptions nosologiques de ces auteurs , l'expression symptomatique fidèle d'une seule et même maladie. Pringle est à peu près inintelligible; Finke et Tissot ont rassemblé avec peu d'ordre les principaux phénomènes de la gastro-entérite , Stoll , ceux de la métrite et de l'entérite , et M. Pinel , sous le nomie fièvre méningo-gastrique, a également reproduit les symptômes ordinaires des phlegmasies gastro-intestinales , dont l'histoire , à l'époque où ce professeur a composé ses ouvrages , n'était pas complètement connue. 11 n'existe donc pas de maladie qu'on puisse appeler fièvre bilieuse» (Rayer, art. cité, p. 48). Plus loin, M. Rayer, après avoir présenté le tableau des symptômes offerts par la fièvre méningo-gastrique de Pinel , ajoute : «L'analyse physiologique de cet ensemble de phénomènes morbides , la comparaison des symptômes rapportés par les pyrétologistes avec ceux de la gastro-entérite , les ouvertures de cadavres faites avec beaucoup de soin et d'exactitude dans ces derniers temps , mais surtout les travaux de M. Broussais et de ses élèves , prouvent incontestablement que cette prétendue fièvre, considérée comme maladie essentielle, doit être définitivement rayée des cadres nosologiques » (art. cité , p. 49).
Fièvre bilieuse des pays chauds. — Cette affection, qui est connue aussi sous le nom de fièvre rémittente bilieuse , diffère par plusieurs traits essentiels de la fièvre gastrique des pays tempérés , et demande une description à part. Elle sévit dans l'Inde , en Espagne , en Italie , aux États-Unis ; quelquefois dans le midi de la France. De même que la fièvre gastrique , la rémittente bilieuse se présente avec des formes très-variables et se modifie suivant la constitution , le climat , la saison , la nourriture , etc. Aussi est-il difficile d'offrir un tableau complet de ses symptômes. Cependant, les caractères qui permettent de la distinguer des autres maladies , sont l'irritation de l'estomac , du foie , du cerveau , et les altérations de la rate. Quelle que soit la diversité apparente des symptômes, ils se rattachent toujours à la lésion des viscères abdominaux. Nous allons offrir en quelques mots l'analyse des principaux phénomènes de la fièvre bilieuse des pays chauds, afin que l'on puisse les comparer à ceux de la fièvre dite gastrique. On trouvera l'histoire complète de la première affection aux articles Fièvre , Gastro-entérite {yoy. ces mots).
Quelques jours avant l'invasion du mal , les sujets éprouvent une faiblesse , un abattement général , qui
les porte à chercher le repos ; l'appétit diminue ; la bouche devient sèche, pâteuse, amère ; céphalalgie presque toujours fort intense , douleurs dans les bras , les reins et les membres inférieurs ; souffrance trèsvive à l'épigastre , ou sentiment de tension dans cette partie; soif inextinguible , quelquefois cependant modérée ; nausées , vomissement de matières jaunes trèsabondantes , dévoiement , selles jaunes , copieuses , produisant des rougeurs sur les parties qui ont été en contact avec elles ; dans quelques cas , constipation ; langue blanche ou couverte d'un enduit jaune trèsépais ; pouls variable , ordinairement accéléré ; peau sèche , transpiration nulle , chaleur acre ou mordicante ; agitation et sentiment de faiblesse , insomnie , ou sommeil troublé par des rêves pénibles ; délire aigu observé dans quelques épidémies (Wade, Shields). Presque tous ces symptômes disparaissent, ou sont amendés par l'administration du tartre stibié , qui produit des évacuations de bile par haut et par bas.
«Il s'agirait maintenant de déterminer rigoureusement la place nosologique que doit tenir la fièvre bilieuse. Pour cela , il faudrait avoir des observations particulières très-détaillées , où les symptômes seraient notés avec soin , puis des ouvertures de cadavre qui nous apprissent s'il y a des lésions constantes et quelles sont ces lésions. Tant que ces éléments nous manquent , nous ne pouvons répondre d'une manière positive.» Cependant , M. Littré, à qui nous empruntons ce passage, croit devoir admettre que la fièvre bilieuse est une maladie générale ; et il se fonde, pour soutenir cette opinion, sur la nature de la cause (chaleur humide) , sur le caractère épidémique si commun , la généralité des phénomènes, la sécrétion biliaire augmentée, l'agitation, le délire {Dict. de méd.j Bilieuse (fièvre), p. 291). Mais d'autres auteurs, s'appuyant sur la symptomalologie et l'étude des complications les plus fréquentes, ont été conduits à ne voir dans cette affection que des formes variées de la gastro-entérite , accompagnée d'irritation hépatique ou cérébrale. Cette localisation de la maladie dans le tube digestif, d'où l'on fait résulter la fièvre et tous les autres phénomènes morbides , compte aujourd'hui un grand nombre de partisans. La discussion des faits qui a donné lieu à ces opinions sera mieux placée , lorsqu'il sera question des différentes formes de gastro-entérite , de gastrite , ou de l'hépatite ; et comme en définitive c'est dans l'une ou l'autre de ces phlegmasies que se trouve le point de départ des symptômes bilieux , nous préférons respecter ces affinités naturelles et renvoyer, pour compléter cet article, aux mots Gastro-entérite , Gastrite , Hépatite {voyez les mêmes mots pour la bibliographie).
BLENNORRHAGIE, s. f., formé de 6>iwa, mucus, et de H", je coule.
Synonymie. — Gonorrhce (de "yovr, , semence ?
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et pî'«> , je coule , ou po^a, pvi^vujxij couler avec force , flux seminis); chaudepisse , urélrile , vaginite, urétro -vaginite , vuh'O-vaginite , blennorrhagie itrétrale, vaginale; posthile (de tco'<t8yi, prépuce; peau qui recouvre le gland, inflammation du prépuce) ; holpile ( infection du vagin); balanite , de SâXavo?, gland (inflammation du gland); blennorrhagie fausse, bâtarde, gonorrhée muqueuse, arsure des femmes publiques ,sv\\mt({v\t\<\i\eèdiVi\.mY§-,ardcur, incendie, échauffai son; gonorrhée virulente, maligne, vénérienne, vraie, syphilitique ;flux de semence, rovoppoia ou -yovoppûa ; "yovo'ppoto;} GviXeia voùao; (morbusfemineus); évapéaç; av^po-yôvou; ; àvav^pi'siç; iruppcia, Grec. — Gonorrhea et gonorrhœa , virulenta , maligna , venerea; medorrhœa midiebris; blenno-py oderrhagia , gonorrhea virulcnta sicca ; dysuria venerea sicca; gonorrhea spuria (balanite); venereum stillicidium e balano (Astruc); fluor albus malignus seu venereus ; mulier rheumatica,fluens ; gomorrhea, gomorei, hœmorrhoisaida, lat. — Reumatizalione virgœ, gonorrhea virulenta , ital. — clap, de clapises , vieux mot français, maisons publiques ; — Gleet, brenning , angl. — Tripper, allem.
Définition. — Swediaur se servit le premier du mot blennorrhagie pour désigner les écoulements muqueux, plus ou moins inflammatoires, du canal de l'urètre, du gland, du prépuce et du vagin chez la femme. Ge mot , pris dans son acception rigoureuse , s'applique également à tous les flux muqueux , et n'indique en aucune manière, leur siège ni leur nature. Cependant, on est convenu généralement aujourd'hui de restreindre sa signification aux écoulements des parties génitales. Cette expressiou doit être préférée à celle de gonorrhée, qui veut dire perte de semence ; les anciens avaient créé cette dénomination parce qu'ils croyaient que le flux de l'urètre était une véritable perte de semence. Cette erreur leur fit confondre les pertes séminales , auxquelles convient mieux le terme de gonorrhée, avec les écoulements de l'urètre, dont la cause est toute différente. Swediaur, en adoptant le nom de blennorrhagie, ne fit qu'exprimer une idée qui avait déjà cours dans la science; on avait depuis longtemps saisi le rapport qui existe entre le flux des diverses muqueuses et la gonorrhée ; mais il n'en a pas moins rendu un véritable service en cherchant à faire passer dans le langage médical la réforme qui s'était introduite dans les idées. Enfin , dans ces derniers temps , la nature identique des phlegmasies des muqueuses ayant été démontrée, on a proposé de remplacer l'expression de blennorrhagie par celles à'urétrite et i'urétro-vaginile , qui ont l'avantage d'indiquer clairement la nature et le siège de la maladie; elles commencent à prévaloir dans les ouvrages. Toutefois , il faut observer que , si le carac-
tère inflammatoire de la blennorrhagie est des plus manifestes au début, il n'en est plus de même lorsqu'elle règne depuis un certain temps; autant la forme inflammatoire est prononcée dès le principe, autant elle devient obscure vers la fin. Elle est remplacée alors par une irritation sécrétoire, que l'on peut sans doute considérer avec raison comme une terminaison,une des nombreuses manières d'être de l'inflammation , mais qui n'en réclame pas moins des remèdes tout à fait centraires à ceux que l'on administre dans la période aiguë. Le mot blennorrhagie, dans ce cas, a l'avantage de ne faire préjuger en rien la nature de l'écoulement ; c'est aussi en ce sens que l'on a nommé blennorrhée cet écoulement que les Anglais appellent gleet. Le nom à'urétiite chronique , dont l'on est forcé de faire usage , d'après les règles tracées plus haut, a linconvénient de faire croire qu'il reste encore de l'inflammation. Quoi qu'il en soit, les noms à'urétrite aiguë et chronique nous paraissent heureusement choisis pour donner une juste idée de la nature et la forme de l'affection. Nous la désignerons néanmoins par le mot de blennorrhagie, que nous réservons à l'écoulement qui résulte de l'inflammation aiguë ou chronique des voies génitales , et à l'irritation sécrétoire qui en est la suite. Quelques auteurs ont considéré la blennorrhagie comme un mode de la vérole; d'autres comme une maladie tout à fait distincte. 11 est une troisième opinion mixte et qui présidera à la rédaction de cet article : elle consiste à faire de la blennorrhagie, non pas une maladie unique, mais l'effet d'une foule de causes variées, d'où résultent des formes très-différentes dans la maladie.
Divisions. — On a admis un grand nombre d'espèces de blennorrhagies dont nous parlerons plus loin (voyez espèces et variétés). Toutes ne méritent pas également l'attention du médecin , et reposent quelquefois sur des distinctions un peu subtiles. La plus importante, sans aucun doute, mais qu'il n'est pas toujours facile d'établir, est celle de la blennorrhagie en vénérienne et non vénérienne; nous les réunirons cependant, dans la même description ; seulement nous chercherons , au diagnostic , à résumer ce que l'on sait déplus positif sur cette question importante si longuement controversée, et qui est encore environnée de ténèbres. Nous décrirons : 1 ° la blennorrhagie aiguë chez l'homme; 2° la blennorrhagie aiguë chez la femme; 3° la blennorrhagie chronique dans l'un et l'autre sexe. Les suites , les complications , les traitements sont trop dissemblables pour que nous puissions réunir ensemble ce qui appartient à la blennorrhagie et à la blennorrhée ou suintement chronique. Nous nous attacherons surtout au traitement pratique de cette dernière affection, qui offre de grandes difficultés, et qui résiste souvent à tous les remèdes ; enfin , nous discuterons avec soin les preuves apportées à l'appui de la non-
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identité des virus syphilitique et blennorrhagique; ce qui nous conduira à examiner les caractères de ces deux virus et les moyens de les distinguer l'un de l'autre.