‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interneChapitre 43 sur 50 · ÈLE · texte numérisé non relu

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fréquent est la membrane de l'urètre , et surtout la partie antérieure du canal , c'est-à-dire la fosse naviculaire, au début de l'inflammation ; plus tard, elle se propage à la partie postérieure de l'urètre , à la prostate , aux vésicules séminales, etc. Suivant Morgagni , Cullerier {Dict. des scienc. méd., t. m, p. 155) , la blennorrhagie occupe d'abord la fosse naviculaire. M. Lagneau croit que le sentiment de cet auteur n'est pas d'accord avec ce que démontrent l'autopsie et l'expérience ( Trait . prat. des mal. sypliil., 6e édit. , 1. 1, p.29).Benj.Bell assigne aussi pour siège, à la blennorrhagie, la fosse naviculaire; mais il reconnaît qu'elle peut affecter d'autres points ; il distingue quatre degrés à la maladie : dans la première, l'inflammation est bornée à la fosse naviculaire , ce qui arrive neuf fois sur dix; dans le second, elle envahit les glandes de Cowper; dans le troisième, la prostate; dans le quatrième, la face interne de la vessie. Ces distinctions, établies d'après le siège du mal, sont tout à fait arbitraires; car il est démontré aujourd'hui que l'inflammation peut s'étendre successivement ou simultanément à l'urètre, aux glandes de Gowper, à la prostate, aux vésicules séminales , au testicule , à la vessie , et même aux reins par les uretères. Cullen ( Élém. de médecine pratique , trad. par Bosquillon , et revue par De Lens, t. m , p. ), Lagneau {art. cité), et M. Cullerier ( Dict. de méd., 2e édit.) , admettent que l'urétrite peut se propager à tous les organes que nous venons de nommer. C'est , du reste , ce qu'avaient reconnu depuis longtemps Morgagni (Lettre xnv)et Van-Swieten ; celui-ci a donné avec une grande exactitude la description des désordres qui suivent la blennorrhagie , dont il dislingue quatre espèces : la première est la balanite ou phelgmasie muqueuse du gland et du prépuce; la seconde, l'urétrite proprement dite; la troisième , l'inflammation des glandes de Cowper ; la quatrième , l'inflammation de la prostate (Comm. in aphor., loc. cit., p. 388-394). Nous pourrions ainsi rappeler les différentes espèces de blennorrhagies qui ont été fondées sur le siège même de l'irritation : elles nous prouveraient toutes que les auteurs ont observé la propagation de l'urétrite aux différents canaux qui viennent s'ouvrir dans l'urètre. La blennorrhagie peut même occuper l'anus, lorsqu'elle résulte d'un rapprochement contre nature.

L'écoulement est , dans la majorité des cas , le produit de l'inflammation de la membrane muqueuse, et de ses lacunes. Hunter dit que , chaque fois qu'il a examiné un urètre affecté de gonorrhée , il a toujours vu ses follicules muqueux dilatés et contenant de la matière gonorrhéique ; il est rare que l'écoulement s'étende à plus d'un pouce et demi ou deux pouces de l'orifice externe. Telle est en effet le lieu où se forme le plus ordinairement l'urétrite. Hunter Signale l'existence de ces petites tumeurs qui appa-

raissent souvent le long de la face inférieure du pénis, sur le trajet de l'urètre. Suivant M. Ricord, «l'inflammation n'attaque pas toujours les mêmes portions des membranes muqueuses ; tantôt c'est la surface papillaire ou villeuse qui est seule affectée; dans ce cas , la sécrétion n'est pas altérée ; tantôt les follicules participent à l'inflammation ; alors du mucus est sécrété : tantôt enfin , le tissu cellulaire interstitiel est aussi pris : il en résulte une inflammation phlegmoneuse et formation de muco-pus» {Quelq. mots sur les mal. vénér. Dissert, inaug. ; par M. Chédanne ; Paris , 1 836 , n° 229 ).

Lorsque l'inflammation fixe son siège sur le gland ou le prépuce (balanite, posthite), l'écoulement est fourni par les lacunes nombreuses qui environnent cet organe, et que l'on désigne sous le nom de glandes de Tyson ou de Litlré. Masson , Barbeyrac et les médecins de Montpellier, qui observèrent les premiers cette ferme de la blennorrhagie, en placèrent le siège dans les lacunes qui environnent l'extrémité de la verge. Astruc , Sydenham partagèrent cette opinion (Astruc, Traité des mal. vénér.; 3e édit., vol. m, p. 139 et suiv. — Sydenham, De pudend. morbis 3 cap. m, pag. 86). L'inflammation ne choisit pas toujours les follicules muqueux , comme on le croyait anciennement ; elle s'étend à toute la muqueuse qui recouvre la peau du prépuce et du gland , et ne diffère de l'urétrite que par le lieu qu'elle occupe.

Des lésions très-variées compliquent la blennorrhagie; telles sont les maladies de l'urètre, de la prostate, de la vessie, des testicules, etc. (voy. complications).

Symptômes de la blennorrhagie. — Elle se manifeste le plus ordinairement du deuxième au huitième jour, quelquefois pourtant elle ne paraît qu'au bout de quinze jours et même d'un mois (Lagneau, Dict. de méd., 2e édit. , art. Blen. , p. 356). Hecker dit qu'elle se montre au bout de vingt-quatre, quarante-huit heures, et tout au plus au bout du neuvième jour après l'infection {Traité de diff. esp. de gonor., trad. par Jourdan; Paris, 1812, p. 62). Hunter a vu la maladie commencer quelques heures après l'infection; d'autres fois, il existait un intervalle de six semaines; il regarde le sixième, le huitième, le dixième , le douzième jour comme des époques où elle se déclare le plus souvent. Le temps d'incubation le plus ordinaire est de quatre à huit jours. Le premier symptôme est en général un chatouillement particulier, quelquefois agréable, qui a son siège dans les organes génitaux et surtout dans le gland, le prépuce et le long du trajet de l'urètre. La sensation que les malades éprouvent les porte souvent à se livrer au coït, ou entretient des érections voluptueuses qui peuvent même déterminer l'éjaculation. Certains individus ressentent une constriction assez pénible ou un picotement à l'orifice du méat urinaire et à tout le

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gland ; d'autres , des douleurs lancinantes qui ne durent qu'un instant. Bientôt la sensation , qui était confuse, se change en une véritable douleur, et se concentre vers la fosse naviculaire ; elle devient vive lors de l'émission de l'urine , ce qui a fait donner à la blennorrhagie le nom de chaudepisse. En même temps, le pénis et le gland se gonflent , le méat urinaire rougit ; une mucosité plus épaisse unit ses deux lèvres; souvent, dès le premier jour, l'écoulement est abondant.

Quand l'urétrite est très-aiguë, toute la verge se tuméfie, ainsi que le prépuce, et il eu résulte souvent un phimosis ou un paraphimosis ; la muqueuse du gland est sèche, rouge, tendue et luisante : sa surface quelquefois excoriée ; toutes ces parties sécrètent une sorte de mucus. Il n'est pas rare de rencontrer une inflammation de la muqueuse du prépuce et du gland en même temps que la blennorrhagie. La membrane interne de l'urètre se gonfle , et rétrécit le calibre du canal : ce que l'on reconnaît au filet de l'urine, qui est plus petit que dans l'état normal, quoiqu'il n'existe aucun rétrécissement. Nul doute que l'irritation ne puisse déterminer le spasme de la muqueuse, comme on en voit des exemples dans les autres conduits membraneux, et les bronches en particulier. Ce spasme survient au moment où les urines , traversant le canal, produisent une vive irritation et une 'douleur qui fait contracter les parties.

La douleur est un phénomène fréquent dans la gonorrhée , mais elle varie beaucoup dans son siège et son intensité. Nous avons dit qu'elle occupait l'urètre et surtout cette portion du canal qui correspond à la fosse naviculaire ; quelquefois elle s'observe dans tout son trajet ainsi que dans le ligament suspenseur de la verge , et s'étend jusqu'à l'anus. Souvent aussi elle envahit les testicules, sans même qu'il existe d'orchite proprement dit. «Le malade, dit Hecker, éprouve, dans les corps caverneux et autour de l'urètre, une sensation extrêmement désagréable , douloureuse , brûlante , qui très -souvent ressemble au ténesme. Ce dernier accident s'observe assez fréquemment, même 4ans les gonorrhées qui ont leur siège tout à fait à la partie antérieure de l'urètre , et les malades s'en plaignent davantage que des suites de l'affection ellemême ; en même temps les parties douloureuses sont tuméfiées» [op. cit., p. 66). On voit, dans quelques cas, les douleurs se propager aux deux aines, à la partie supérieure des cuisses et à l'hypogastre ; elles sont même quelquefois assez vives, dans ce dernier endroit, pour faire croire à l'existence d'une péritonite. Ce retentissement sympathique des souffrances de l'organe génital annonce un haut degré d'inflammation, ou une irritabilité toute spéciale de la part du sujet. Souvent la douleur est remplacée par un fourmillement incommode dans le bassin et les cuisses. Les

glandes de l'aine, affectées sympathiquement, Se tuméfient, mais elles ne suppurent pas : c'est là une preuve que cette lésion dépend de l'intensité de la phlegmasie et non de l'absorption d'un virus. Le scrotum et les testicules sont quelquefois si irritables, que le moindre attouchement, le contact des linges qui couvrent le malade , ne peuvent être supportés ; les testicules ont besoin d'être suspendus.

Dans d'autres circonstances, l'irritation causée par la blennorrhagie s'étend aux cuisses, aux fesses et aux muscles abdominaux, qui sont douloureux. Hunter, qui a observé une fois ces phénomènes morbides , a aussi connu un gentilhomme qui n'avait jamais de gonorrhée sans être pris de douleurs rhumatismales générales. La vessie acquiert souvent une sensibilité extranormale; les sujets sont obligés de rendre à chaque instant les urines , parce que la moindre distension du réservoir augmente encore cette sensibilité, et provoque la contraction de ses fibres charnues. Au moment où le malade urine, il sent une chaleur brûlante dans tout le trajet du canal et une vive douleur dans la vessie et le gland , comme lorsqu'il existe un calcul urinaire. Les douleurs lui arrachent quelquefois des cris; elles deviennent intolérables, et peuvent même occasionner des accidents graves. Il y a quelquefois incontinence d'urine; Hunter en rapporte un exemple. Si le patient résiste au besoin d'uriner , la douleur augmente ; elle persiste encore après la sortie des urines; les uretères, les reins, le conduit déférent, peuvent être affectés sympathiquement. Hunter pense que l'irritation est transmise , par le moyen du conduit déférent , jusqu'au péritoine ; on expliquerait ainsi les douleurs vives dont nous avons déjà parlé.

Lorsque l'inflammation est très-forte, et qu'elle envahit toute l'épaisseur des parois du canal de l'urètre , les muscles érecteurs , qui environnent cet organe , entrent à chaque instant en contraction , par suite de l'irritation qu'ils reçoivent; les érections sont plus fréquentes, d'une longue durée ou même continuelles. Elles deviennent un symptôme très-douloureux qui arrache le malade au sommeil , surtout lorsqu'il est dans un lit chaud et doux, ou qu'il se couche peu de temps après le repas. Souvent le membre viril, pendant les érections , se courbe en bas , quelquefois vers l'un ou l'autre côté. On désigne sous le nom de chaudepisse cordée la blennorrhagie dans laquelle la verge affecte ces courbures particulières , qui tiennent à ce que l'urètre , rétréci par suite de l'inflammation, ne peut se prêter à l'allongement que tendent à lui communiquer les corps caverneux dilatés outre mesure. Telle est la cause assignée par la plupart des auteurs à la distorsion du pénis ; elle a été le sujet de plusieurs hypothèses. Suivant Hunter, la phlegmasie dans la gonorrhée cordée , ne se bornant

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pas à la surface de l'urètre et à ses glandes, mais pénétrant plus loin dans son tissu réticulaire , y produit une extravasation de lymphe coagulable , comme dans l'inflammation que l'on nomme adhèsive , unit les cellules ensemble, détruit la faculté de distension du corps spongieux de l'urètre , et lui fait perdre ses rapports avec le corps caverneux ; au moment de l'érection , la verge teste courbée (Hunter, Traité de la mal. vênér., trad. de l'angl., in-8°; 1787, p. 53). Hunter admet une chaudepisse cordée inflammatoire, dont le mode de production est celui que nous venons d'indiquer, et une autre qui n'est que l'effet du spasme , car elle paraît et disparaît rapidement. L'explication proposée par Hunter ne peut être acceptée ; la douleur, l'intensité de l'urétrite , la contraction des tissus , rendent un compte plus exact de tous les phénomènes.

Les symptômes que nous venons de passer en revue augmentent jusqu'au douzième, quinzième ou vingtième jour, quelquefois pendant un mois, suivant la disposition du sujet. Quand l'inflammation est légère , indépendante de tout phénomène sympathique {Gonorrhée vénérienne simple de Hunter) , elle affecte une marche tout à fait différente de celle que vient de nous présenter la blennorrhagie dans sa forme la plus aiguë. Les symptômes sont alors très-légers ; il existe peu de douleur; elle est même nulle chez quelques sujets lymphatiques , qui ne s'en aperçoivent que par les traces que la matière de l'écoulement laisse sur le linge. Cette blennorrhagie , indolente et chronique dès son début , s'accompagne dans certains cas d'un gonflement mollasse et pâteux , « qui s'empare tant de la partie qui est le siège de l'inflammation que de celles qui sont situées dans le voisinage. Les gonorrhées de cette espèce sont très-longues, à cause de l'inertie des solides» (Hecker, op. cit., p. 75). Elles ressemblent, sous le rapport des symptômes, à la blennorrhée ou urétrite chronique , qui succède à la période d'irritation , et dont il sera question plus loiu.

Gomme toutes les phlegmasies muqueuses, l'urétrite offre des degrés nombreux, depuis la forme la plus aiguë jusqu'à celle qui s'annonce par des symptômes morbides peu appréciables ; il sera facile de se représenter les symptômes intermédiaires d'après l'histoire symptomatologique que nous avons tracée ; d'ailleurs , l'énumération des diverses espèces de blennorrhagie achèvera de faire connaître la maladie sous toutes ses faces (voyez espèces etvariétés). 11 ne faut pas croire que la blennorrhagie la plus aiguë , la plus maligne ou virulente , comme le disaient les anciens , soit de nature vénérienne, tandis que la gonorrhée qui s'accompagne de symptômes légers est bénigne. L'expérience prouve tous les jours qu'une distinction établie sur cette base est fausse et erronée.G' est donc à tort que Ber-

trandi a prétendu distinguer par l'intensité des symptômes, la gonorrhée virulente de la bénigne. La première, suivant lui, est accompagnée, dès son principe, de douleurs en urinant, de rougeur et d'inflammation au pudendum ; ces symptômes diminuent avec le temps, et se dissipent, quoique l'écoulement persiste. L'écoulement par l'urètre, le gland ou le prépuce, d'une matière muqueuse, de couleur et d'aspect variables, forme le caractère essentiel de la blennorrhagie. Mais, de même que, dans certaines inflammations des bronches ou de la conjonctive , on ne voit paraître aucune exhalation, parce que l'irritation est trop vive , de même aussi, dans quelques gonorrhées , il y a absence plus ou moins complète d'écoulement. Astruc a décrit sous le nom de gonorrhée virulente sèche ou dysurie vénérienne sèche l'urétrite dans son plus haut degré d'intensité [Traité des mal. vénér.j liv. in, ch. ni, p. 122 et suiv.). Dans cette forme , la phlegmasie s'étend à toute la longueur du canal, à la prostate et à la vessie. Les symptômes sont : la tuméfaction , la chaleur, la rougeur, la douleur de la verge et du périnée ; il y a une cruelle dysurie , ou même de la strangurie , sans doute en raison du gonflement de la prostate. Astruc admet une seconde espèce de gonorrhée sèche accompagnée des mêmes accidents ; seulement il ne paraît ni rougeur, ni tumeur à la verge ou au périnée. Du reste , il déclare qu'elles sont l'une et l'autre graves, ce qui s'explique très-bien par la violence de l'inflammation. Écoulement ; ses qualités. — Lorsque le temps d'incubation est passé et que les premiers symptômes de l'urétrite, tels que , la chaleur, la démangeaison , la constriction dans le méaturinaire,se sont manifestés, on voit paraître un suintement muqueux et presque blanc , qui unit les deux lèvres du canal , et tache le linge. Les changements de couleur et de consistance dépendent de la diminution ou de l'augmentation delà phlegmasie, et des modifications correspondantes survenues dans la nature même du liquide. Quand l'inflammation est très-aiguë , la gonorrhée reste sèche plus longtemps; on voit ensuite suinter un mucus séreux , ou séro-sanguinolent; il y a même quelquefois un léger écoulement de sang par l'urètre , surtout lorsque la blennorrhagie est cordée ou tend à le devenir. A mesure que l'inflammation s'accroit , et dans les premiers jours de l'écoulement , le liquide fourni par la muqueuse phlogosée est épais , blanchâtre , et semblable à du véritable pus ; ce mucopus est tout à fait globuleux , blanc , inodore , d'une odeur fade , ou même très-fétide ; il ne file pas sous le doigt : en un mot , il est difficile d'y trouver les qualités du mucus , à cette époque de la maladie. Aussi ne doit-on pas s'étonner de voir les anciens le considérer comme du véritable pus , qui découle d'ulcérations cachées dans les parties profondes. Senac, ayant

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examiné attentivement avec le microscope la matière de l'écoulement gonorrhéique , trouva que ses globules étaient beaucoup plus volumineux et d'une grosseur plus égale que ceux du liquide qui découle des ulcères (Trait, du cœur, suppl., ch. vm, n° 5). Personne aujourd'hui n'ignore que, dans certains cas, les muqueuses enflammées sécrètent du véritable pus.

Le muco-pus peut devenir acre et irritant, au point d'excorier le méat urinaire , la muqueuse du gland , du prépuce et même la peau des parties environnantes. On rapporte l'histoire d'un homme atteint de blennorrhagie , chez lequel de la rougeur et une ulcération survinrent à la partie supérieure de la cuisse , parce que la matière de l'écoulement s'accumulait en ce point, en raison de la position affectée par le malade. On a vu quelquefois la balanite déterminée par les qualités irritantes du liquide blennorrhagique ; mais, le plus ordinairement , elle tient à la même cause que celle qui a produit la gonorrhée, et débute avec elle.

La matière gonorrhéique prend souvent , dès le principe , les propriétés du mucus ; elle n'est plus formée de globules distincts et séparés comme le pus ; elle file sous le doigt ; elle est quelquefois blanchâtre , dans d'autres cas , jaune , verdâtre , blanche , opaline , laiteuse , caséeuse , et tend ensuite à redevenir muqueuse. Eu général , quelle que soit sa couleur, elle est liquide au moment de l'invasion de la maladie , plus tard , elle s'épaissit , et prend tous les caractères du mucus, à mesure que l'inflammation s'éteint. Du reste , elle varie plusieurs fois dans sa couleur, sa consistance et ses quantités pendant le cours de la maladie. On conçoit que rien ne doit être si variable que ces diverses circonstances ; l'étendue des surfaces enflammées , la nature du traitement , les erreurs de régime , le coït , en un mot tout ce qui est capable d'augmenter ou de diminuer la sécrétion , amène nécessairement des modifications dans les qualités du liquide.

Astruc croit pouvoir distinguer les causes de la gonorrhée par la nature de l'écoulement ; celui qui est clair, blanchâtre, ou d'un blanc cendré, et qu'il compare à la semence ou liqueur séminale , ne marque pour lui qu'une phlogose ou une simple inflammation : « L'écoulement jaune ou jaunâtre , et par conséquent mêlé intimement de quelques gouttes de sang, qui lui donnent cette couleur, annonce une inflammation avec extravasation ; l'écoulement vert ou verdâtre , et par conséquent purulent , indique une inflammation avec ulcère ou suppuration.» Le flux abondant, mais séreux, tient à une inflammation œdémateuse ; il est épais, copieux, et plus irritant dans la phlegmoneuse ; quand la matière coule en petite quantité et qu'elle est jaunâtre , mordicante , il y a inflammation érysipèlateusc ; quand elle est

épaisse, peu copieuse, et qu'il existe une tumeur au périnée , l'inflammation est squirreuse ( op. cit. , liv. m, ch. i, p. 49). 11 est à peine nécessaire de faire remarquer combien sont vagues et incertaines les distinctions qui reposent sur la nature de l'écoulement. Trop de circonstances le font varier pour qu'elles puissent avoir une grande importance séméiologique. Nous verrons plus loin qu'il se présente des difficultés sans nombre , lorsqu'il s'agit de reconnaître si un flux est purement muqueux , ou s'il se rattache à une inflammation spécifique des organes de la génération (Diagnostic).

La quantité du mucus sécrété n'est pas la même à toutes les époques de la maladie. Au début , c'est un léger suintement qui occupé le méat urinaire ; bientôt le flux devient très-abondant, le liquide sort par l'urètre sous forme de gouttelettes; c'est environ du sixième au dixième jour que la quantité augmente ; elle diminue ensuite ; le mucus passant par les colorations vertes, jaunes , blanchâtres , s'épaissit, et cesse rarement de couler avant le trentième ou le quarantième jour ; quelquefois le flux se prolonge durant plusieurs mois ( Lagneau , art. cité ).

Nous avons indiqué les symptômes locaux de la blennorrhagie ; il en est d'autres qui se rattachent encore à cette phlegmasie. Celle-ci est souvent assez violente pour produire la fièvre, qui est alors proportionnée à l'étendue de l'inflammation , et en rapport avec son siège ; lorsqu'elle occupe la prostate , le col de la vessie , et qu'elle envoie ses irradiations jusque vers les reins, la fièvre est intense. Il existe aussi un malaise général ; la langue est muqueuse , les sécrétions troublées; le malade présente un commencement d'irritation gastrique , et accuse des douleurs assez vives dans la région des reins. Dans le plus haut degré de l'urétrite, il y a dysurie et même ischurie , ou suppression de l'excrétion urinaire et diminution de sa sécrétion. «C'est un fait constant que, dans les urétrites extrêmement violentes , les reins ne sécrètent presque plus ; d'où il résulte qu'on n'a pas autant à craindre de la plénitude de la vessie qu'on pourrait le croire. D'ailleurs, l'activité étant augmentée, il se fait une résorption de la partie aqueuse de l'urine. On voit des malades se présenter dix à vingt fois au bassin , sans pouvoir uriner, à cause des douleurs horribles qu'ils éprouvent (Cours de path. et de thér. gén.} par M. Broussais, vol. i, p. 239). Les urines peuvent rester claires et limpides ; souvent elles deviennent troubles , et laissent déposer un sédiment épais et rougeâtre : elles contiennent quelquefois du sang liquide ou en caillots qui peut venir de la vessie , de la prostate ou de la déchirure des petits vaisseaux qui rampent sous la muqueuse. Enfin , on voit paraître dans certains cas de véritables hématuries; elles tiennent à la propagation de la phlegmasie et dé-

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pendent alors d'une complication dont nous traiterons plus loin.

Marche. • — La blennorrhagie ne suit pas toujours cette marche simple que nous venons de tracer : elle se complique d'une foule d'accidents qu'il convient de prendre en considération pour établir le pronostic, la durée et le traitement de la maladie. L'urétrite aiguë parcourt ses périodes comme toutes les phlegmasies muqueuses; sa durée est très-variable, et ne saurait être indiquée d'une manière absolue ; ordinairement lorsqu'elle est traitée par des moyens convenables, la blennorrhagie cesse du vingt-cinquième au quarantième jour. Si le sujet reste soumis à la même cause, ou s'il vient s'en ajouter de nouvelles, la guérison n'a lieu qu'après un temps fort long. On voit alors l'urétrite repasser à l'état aigu, et parcourir de nouveau toutes ses périodes. Sa terminaison la plus fréquente est le passage à l'état chronique; l'écoulement devient jaune ou verdâtre, moins épais , puis enfin limpide et purement muqueux. Cette blennorrhée réclame un traitement tout à fait contraire à celui de l'urétrite; il ne reste plus qu'une irritation sécrétoire , seul vestige de la phlegmasie. « On a vu un violent accès de fièvre arrêter l'écoulement, diminuer la douleur qui avait lieu lors de l'expulsion de l'urine, et enfin guérir la maladie. Une autre fois Hunter vit une gonorrhée cesser pendant un accès de fièvre, et reparaître lorsque la fièvre fut guérie. 11 a vu aussi une gonorrhée , d'abord légère , devenir- plus intense par la guérison d'une fièvre; pendant la durée de celle-ci la gonorrhée avait cessé » (Dict. de chir. prat., par Samuel Gooper; Gonorrhée).

Terminaison. — Si le traitement est bien dirigé , les complications inflammatoires sont très -rares; M. Johnson assure que pendant deux années, et sur un grand nombre de malades auxquels il a donné ses soins, il n'y en a eu que deux chez lesquels l'écoulement est devenu chronique (Medico-chir. review , dans Encyclog. des sciences médic, 7e livraison , p. 295 , 1836). L'urétrite peut se terminer par résolution ; c'est vers cette terminaison que doivent tendre les efforts du médecin , car elle met le malade à l'abri de tout accident consécutif. La terminaison peut encore avoir lieu par délitescence , métastase, suppuration, ou gangrène; aucune affection n'est plus riche en lésions variées que la blennorrhagie; celles qu'elle entraîne le plus souvent à sa suite sont les rétrécissements du canal , les engorgements chroniques de la prostate, des vésicules, la cystife, les pertes séminales ; nous les étudierons plus loin.

Espèces et variétés. ■ — «Il ne faut pas prétendre assigner une marche ni une terminaison fixe à cette affection. Les maladies vont suivant les tempéraments I et les latitudes , celle-ci comme les autres : c'est une vérité que les médecins qui ne sont point sortis de chez I

eux ont de la peine à comprendre , et qui s'explique par les degrés de l'irritation. Si l'on refusait de la reconnaître , il faudrait faire autant d'entités maladives qu'il existe de tempéraments individuels, et cela conduirait à des nosologies qui seraient plus riches en dénominations que le Dictionnaire de l'Académie lui-même» (Broussais, Cours de path., p. 242, vol. i). Cette critique des distinctions admises par les auteurs n'est pas toujours aussi fondée qu'on pourrait le croire ; elle prouve cependant que des circonstances variables peuvent modifier à l'infini les symptômes , la marche , en un mot , la physionomie de l'affection. La description des espèces et variétés a l'avantage de faire connaître les aspects divers que présente la maladie, et de familiariser le médecin avec les transformations morbides qui s'effectuent à chaque instant sous ses yeux.

Astruc dit qu'il peut y avoir quatre sortes de gonorrhées par rapport aux quatre parties différentes qui peuvent chacune en particulier en être le siège ; savoir : les vésicules séminales , la prostate, les glandes de Cowper, et les cellules de l'urètre. Les gonorrhées sont simples lorsqu'elles siègent isolément dans une de ces parties : elles sont composées lorsqu'elles en occupent plusieurs à la fois. Il en distingue encore trois espèces par rapport à la cause : la première dépend d'une phlogose ou d'une simple inflammation des réservoirs de la semence; la seconde, d'une phlogose de ces mêmes organes avec rupture ou érosion des vaisseaux sanguins , ce qui produit une extravasation de sang; la troisième enfin, d'une exulcération ou d'une suppuration des réservoirs. Ces trois espèces ne sont que des degrés divers de la phlegmasie. Il fondait aussi sur cette même base sa division des gonorrhées en phlegmoneuse , érysipélateuse , œdémateuse et squirreuse : ce qui doit résulter pour nous de ces distinctions , c'est que du temps d'Astruc on avait fort bien compris que la phlegmasie de la muqueuse qui tapisse l'urètre, peut envahir les organes environnants, tels que les vésicules, la prostate, les conduits excréteurs, et qu'elle peut sévir avec plus ou moins de violence. Nous avons parlé des gonorrhées virulentes sèches ou dysurie vénérienne sèche , ainsi appelée par un étrange abus des mots , et qui n'est autre chose, suivant M. Lagneau , « qu'une espèce de dysurie plus ou moins intense , provenant pour l'ordinaire d'excès commis avec une personne saine , ou de toute autre cause capable de porter une irritation nerveuse directe ou sympathique sur le canal » {Dict. de Méd., 2e édit. , art. Blennorrhagie). Enfin , Astruc décrivait à part la gonorrhée bâtarde ou écoulement vénérien du gland (op. cit., vol. in, chap. i, h, m). Un grand nombre d'auteurs ont décrit à peu près les mêmes espèces de gonorrhées. Morgagni en a tracé l'anatomie pathologique (Lettre iv. déjà citée).[Van-

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Swieten et Boerhaave en admettent quatre espèces : la première est labalanite ou blennorrhagie du gland ; la seconde, l'urétrite proprement dite; la troisième, l'inflammation des glandes de Cowper ; la quatrième , l'inflammation de la prostate ( Comment, in aph., vol. v, p. 388 et suiv.). Gullen établit quatre espèces de gonorrhées , d'après la nature même de l'écoulement : 1° la gonorrhée pure ou bénigne des auteurs qui reconnaît pour cause l'abus de la bière , des lavements chauds, l'équitation, l'excès ou l'abstinence dans les plaisirs de l'amour, la goutte , le rhumatisme. 2° la gonorrhée impure ou virulente ; celle-ci affecte différentes parties , suivant Cullen : le canal de l'urètre, les prostates, les vésicules séminales, les glandes de Cowper ou celles de Littre ; 3° la gonorrhée par relâchement, nommée libidineuse par Sauvages , dans laquelle il sort de temps en temps de l'urètre, pendant la veille, une humeur limpide, qui n'est pas accompagnée d'érection , mais d'un sentiment de plaisir ; cette espèce de gonorrhée est une véritable perte séminale ; 4° la gonorrhée qui survient pendant le sommeil. Telles sont les gonorrhées légitimes; il en est deux autres dq>\*e\ées fausses : dans la première , l'humeur sort de la couronne du gland et du prépuce , et ne vient pas du canal de l'urètre ; elle est produite par le commerce d'une personne infectée; la seconde diffère de la première en ce qu'elle n'est pas causée par le virus vénérien : Gullen nomme cette dernière gonorrhée pure du prépuce ( Cullen , Élém. deméd. pral., nouv. édit. , 1819, t. m, p. 345).

Hecker, prenant le mot gonorrhée dans son acception la plus étendue , et en même temps la plus vague , décrit dans autant de chapitres séparés quinze espèces principales de gonorrhées : 1° la gonorrhée ordinaire provenant d'un principe morbifique contagieux ; 2° la gonorrhée consécutive ; 3° celle qui accompagne le scorbut; 5° les scrofules; 6° le catarrhe et le rhumatisme; 7° la goutte; 8° la gonorrhée qui accompagne certains exanthèmes chroniques; 9° les hémormorroïdes ; 1 0° la gonorrhée causée par l'âcreté des urines; 1 1° par la masturbation et les abus des plaisirs de l'amour ; 12° par la continence; 1 3° la gonorrhée produite par diverses causes irritantes extérieures qui agissent accidentellement et immédiatement sur les parties affectées; 14° celle qui tient à une irritation éloignée agissant sympathiquement ; 15° celle qui tient à la parturition {Traité des diff. espèces de gonor., par Hecker ). 11 est impossible de multiplier les espèces autant que l'a fait Hecker en les fondant sur la nature des causes.

Swediaur admet une blennorrhagie syphilitique qui reconnaît pour cause le contact du virus syphilitique, qu'il soit communiqué par le coït avec une personne qui en est affectée ou qu'il soit appliqué de oute autre manière. Cette maladie est simple ou corn-

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pliquêc, c'est-à-dire sans ou avec ulcération de l'urètre (Trait, des mal. vénér.; Paris 1817, vol. i, p. 37). La seconde espèce est la blennorrhagie herpétique, lépreuse, scorbutique. Celle du Lévitique paraît à Swediaur devoir être rangée dans cette seconde espèce , aussi bien que celles qui sont mentionnées dans les ouvrages des auteurs qui ont écrit avant l'apparition de la vérole en Europe. Le virus herpétique produit, suivant Swediaur, une véritable gonorrhée herpétique contagieuse par le coït, et dont il y a de nombreux exemples. La troisième espèce de blennorrhagie est l'arthritique ou goutteuse. La quatrième est larhumatique ou inflammation catarrhale de l'urètre, ressemblant, à tous égards, aux phlegmasies catarrhales du nez et des bronches. La cinquième espèce de blennorrhagieest amenée par l'ingestion de quelque substance capable de produire une inflammation et un écoulement de l'urètre (poivre , gayac, aliments acres). La sixième, ou blennorrhagie mécanique (« stimulo mecanico), succède à des efforts immodérés dans le coït ou à la masturbation. Enfin , il est une septième forme de blennorrhagie, que Swediaur appelle sympathique , et qui se présente quelquefois chez les enfants pendant la dentition. Cet auteur dislingue les blennorrhagies des blennorrhées, qui ne sont pas accompagnées de symptômes inflammatoires.

Les auteurs d'ouvrages récents sur la maladie vénérienne, s'occupent fort peu de créer des espèces particulières; ils comprennent que toutes les distinctions proposées dans les livres , ne reposent que sur des circonstances importantes sans doute , mais accidentelles et sans cesse variables. Personne ne conteste qu'une blennorrhagie qui se complique d'inflammation de la vessie , de la prostate , ou des vésicules séminales , ne soit très-différente d'une urétrite pure et simple , limitée à la membrane muqueuse. 11 importe au médecin praticien de tenir compte du siège de la maladie ; mais en attachant trop de valeur aux dénominations diverses , qui ne reposent quelquefois que sur des circonstances secondaires, il court le risque de perdre de vue la considération la plus utile , celle du mode suivant lequel la phlegmasie se propage d'un point de la muqueuse à l'autre. Aussi croyons-nous que les divisions qui peuvent le plus intéresser le praticien, sont celles qui portent sur la connaissance du siège , l'intensité de l'inflammation et sa propagation aux tissus environnants. Du reste il faut reconnaître que ces distinctions sont nettement formulées dans les ouvrages deVan-Swieten, Boerhaave, Morgagni , et d'autres. La blennorrhagie érysipélateuse ou phlegmoncuse , comme le disait Astruc; et la seconde ou troisième espèce , suivant Van- Swieten (urétriteou inflammation des glandes de Cowper), méritent d'être distinguées. Ce sont là des transformations nombreuses auxquelles la blennorrhagie

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est exposée plus que toute autre affection , et il importe de se familiariser avec elles par l'observation assidue des symptômes. Nous avons vu combien de phénomènes locaux et sympathiques pouvaient être excités par cette inflammation , bornée cependant à une partie circonscrite. Le médecin qui voudrait à toute force, appliquer telle ou telle dénomination à la maladie , serait souvent fort embarrassé. La seule distinction que doivent admettre les praticiens, est celle delà blennorrhagie en virulente ou syphilitique, et en non syphilitique ; c'est là certainement la seule que l'on doive conserver.

Balanite ou blennorrhagie du gland. — Il est une espèce particulière de blennorrhagie, différente de toutes les autres par son siège , et que l'on connaît depuis un temps assez reculé , sous le nom de gonorrhée bâtarde, écoulement vénérien du gland. 11 est certain , suivant Astruc , que celte espèce de gonorrhéea été observée par Sydenham. J'ai vu, moimême, dit ce dernier, une semblable matière virulente qui ne sortait pas de l'urètre, mais qui suintait à travers la substance poreuse du gland , sans qu'il y eût aucun ulcère au gland ni au prépuce (Epistola secundarcsponsaria,^. 205, 206). Jacques Vercelloni dit avoir vu plusieurs hommes qui , pour avoir eu un très-léger commerce avec des femmes gâtées , ont été exposés à un écoulement d'une sanie blanche, qui sortait de la substance poreuse du gland , sans qu'il y eût aucun ulcère (Depudendor. morb., cap. m, p. 86). Guillaume Masson affirme (Mém. de l'Acad. des scienc. , 1 729 , p. 12) avoir rencontré chez trois hommes atteints de cette espèce de gonorrhée, un écoulement d'humeur purulente , acre, qui sortait des glandes répandues autour du gland. Barbeyrac et d'autres médecins de Montpellier, ont répété cette observation , confirmée par les recherches d'Àstruc , de Morgagni , de Van-Swieten et des auteurs modernes.

La matière qui s'écoule du gland offre la même consistance et la même couleur que celle de l'urétrite; quelquefois cependant elle est plus épaisse, blanchâtre , et d'une odeur extrêmement fétide. La sécrétion des lacunes désignées sous le nom de glandes de Littre ou de Tyson, est augmentée, et fournit une humeur sébacée, plus abondante que dans l'état normal. Astruc (op. cit., v. m, p. 140), Van-Swieten, croyaient que le contact irritant de ce liquide, déterminait des ulcérations sur le gland. On trouve , en effet, dans un grand nombre de cas, la muqueuse de l'extrémité de la verge excoriée , plus ou moins rouge, et couverte même de petites ulcérations, que certains auteurs regardent comme de nature syphilitique; la rapidité de leur disparition , ainsi que leur aspect,. doivent faire renoncer à cette opinion.

Cette fausse blennorrhagie n'a presque jamais lieu

que chez les individus dont le gland est recouvert par un long prépuce. Presque toujours elle s'accompagne d'un gonflement plus ou moins marqué de la verge et du prépuce : elle constitue alors la balanite, la posthite , ou la balano-posthite , suivant que l'inflammation a son siège sur le gland, le prépuce ou sur ces deux parties à la fois. Elle est presque toujours le résultat d'un coït impur; quelquefois cependant elle naît spontanément chez les hommes malpropres, dont le prépuce est allongé et étroit; l'humeur sébacée , qui s'accumule entre la couronne du gland et le repli membraneux qui le recouvre , acquiert des qualités irritantes , et finit par amener un écoulement. La maladie a , en général , une durée assez courte.

D'autres espèces de blennorrhagie , telles que la rhumatismale;, la dartreuse, la rheumatique, méritent aussi d'être mentionnées; nous en dirons quelques mots en passant en revue les causes de l'affection.

Complications ; inflammation de la prostate et du col de la vessie. — La marche de la blennorrhagie peut être entravée par une foule de complications. L'irritation une fois mise en mouvement, chemine d'ordinaire jusqu'à une certaine distance de la fosse naviculaire , et s'arrête à la portion membraneuse de l'urètre. Souvent aussi elle se propage à la vessie, à la prostate et aux vésicules séminales; cette extension de la phlegmasie a lieu lorsqu'elle est trèsintense. Quand elle occupe le col de la vessie , le malade éprouve des envies fréquentes d'uriner, et des douleurs vives au moment ou le liquide traverse le canal ; la douleur persiste même lorsque les urines ont été rendues depuis quelque temps. La chaleur, la tuméfaction , la sensibilité à la pression qui se manifestent dans la région périnéale , annoncent que la prostate , le col , les vésicules séminales ont été envahis par l'inflammation. Quand celle-ci affecte spécialement la prostate , les malades accusent une pesanteur incommode au périnée ou à l'anus; ils ressentent à chaque instant le besoin d'aller à la garde-robe. L'introduction du doigt dans le rectum permet de reconnaître si la glande est augmentée de volume : ce moded' exploration devient nécessaire lorsqu'on veut s'assurer de l'existence d'un abcès qui serait situé dans son épaisseur. Fabre rapporte l'histoire d'un jeune homme atteint de blennorrhagie, chez lequel une inflammation vive de la prostate étant survenue à la suite d'un traitement intempestif, une rétention d'urine se déclara; le malade rendit un matin une grande quantité d'urine, mêlée avec du pus : c'était un abcès de la prostate qui s'était fait jour dans la vessie. Quelque temps après, un autre abcès se forma dans le même organe. Fabre ayant introduit le doigt dans le rectum , reconnut un, foyer de sup-

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puration qui ne tarda pas à s'ouvrir dans le rectum : il s'écoula par cet intestin une matière purulente ; le malade soulagé, finit par se rétablir après une longue convalescence (Nouv. obs. sur les mal. vénér. , obs. x , p. 27). Les auteurs citent une foule d'observations analogues ; nous avons eu , nous-même , souvent l'occasion de constater chez les individus affectés de blennorrhagie , l'augmentation de volume de la prostate. Cette complication qui n'est pas rare , est assez grave pour mériter l'attention des médecins. Elle survient non-seulement lorsque l'urétrite est dans sa période d'acuité , mais aussi lorsqu'elle se prolonge à l'état chronique , ou qu'un traitement mal dirigé à permis à l'inflammation de prendre domicile dans cette glande. La rétention d'urine , l'introduction du doigt dans le rectum , d'une sonde dans le canal de l'urètre doivent faire soupçonner la phlegmasie de la prostate. «On méconnaît trop souvent , dit M. Johnson les premiers indices de l'inflammation de la prostate et du col de la vessie. Le malade s'aperçoit ordinairement d'une diminution dans l'écoulement , qui souvent même disparaît entièrement , et il éprouve en même temps une sensation de plénitude ou de spasme profondément dans le périnée ; la mixtion est plus fréquente, mais les urines sont moins abondantes; les efforts faits pour uriner sont accompagnés de spasme; à la fin, la rétention d'urine devient complète. Ces symptômes peuvent survenir graduellement, d'autres fois leur apparition est subite; les individus d'un tempérament irritable souffrent considérablement» (Méd. chirurg. revicw ; dans Encyclog. des se. méd. , 7e liv. , juil., 1836).

Cystite. — L'inflammation franchit quelquefois le col de la vessie ; il en résulte une cystite aiguë , reconnaissable à la sensibilité de l'hypogastre, aux douleurs vives qui accompagnent l'excrétion ur inaire à la chaleur, à la tuméfaction , à la douleur qui occupent le pubis ; les urines sont troubles , rouges , épaisses , et contiennent souvent une grande quantité de sang liquide. Les frissons , la fièvre , la soif , la chaleur générale, annoncent l'invasion de la phlegmasie vésicale. Toutefois , il faut se rappeler que l'écoulement difficile ( dysurie ) ou goutte à goutte (strangurie) de l'urine , peut ne pas dépendre de l'inflammation de la vessie , mais d'un simple gonflement de la muqueuse de l'urètre. En effet , chez quelques malades, l'urètre enflammée se contracte spasmodiquement ; cette complication qui arrive chez les sujets irritables , donne lieu à des douleurs vives souvent intolérables , au moment de l'émission des urines ; le spasme est souvent assez intense pour donner lieu à la rétention d'urine.

Perles séminales. — Lorsque les malades suivent un régime stimulant , que l'inflammation est intense , ou qu'ils forcent l'action sécrétoire des testicules , il

en résulte des altérations dans les glandes de Gowper, leurs conduits excréteurs, ainsi que dans les vésicules séminales. Ces extensions inflammatoires étaient bien connues des anciens , qui ont décrit avec le plus grand détail tous les désordres qui leur succèdent ; ils ont même fait autant de blennorrhagies distinctes qu'il y a de lésions. Suivant que l'inflammation est plus ou moins intense , et qu'elle s'étend à toute la longueur des conduits du sperme , elle produit tantôt l'oblitération des vésicules séminales ou leur suppuration, tantôt la stérilité ou des pertes séminales. On trouve dans l'ouvrage de M. Lallemand (Des pertes séminales involontaires ; Paris, 1 836)des preuves irréfragables de l'influence exercée par la blennorrhagie sur la production des pertes séminales. Parmi les causes de cette cruelle maladie , on peut mettre au premier rang la blennorrhagie et la masturbation ; la première agit en entretenant une irritation chronique dans les vésicules et leurs conduits. Qu'on lise les observations xi , xm, xiv, xv, xvi, xvu, xvui, de l'ouvrage cité, on verra comment, à la suite de blennorrhagies répétées ou traitées par des remèdes excitants, des inj ections astringentes, la phlegmasie s'est étendue aux organes génitourinaires, et a déterminé des désordres nombreux dans la prostate , les vésicules spermatiques et leurs conduits. Ce sont là des faits qu'il ne faut jamais perdre de vue dans le traitement des blennorrhagies. Disonsle , l'attention des médecins n'a pas été suffisamment appelée vers la complication grave dont nous parlons; cependant les suites en sont trop funestes pour qu'on ne doive pas la surveiller avec le plus grand soin ; sous ce rapport l'ouvrage de M. Lallemand a rendu un véritable service au praticien.

Orchite. — Quand l'inflammation de l'urètre acquiert une grande intensité , que le malade commet des erreurs de régime , ou fait usage de médicaments nuisibles , on voit l'écoulement s'arrêter tout à coup , un testicule ou les deux à la fois se tuméfier, devenir douloureux ; c'est ce qu'on appelle vulgairement chaudepisse tombée dans les bourses. Le gonflement des parties , la rougeur du scrotum , la douleur de l'épididyme, l'état luisant de la peau annoncent que la phlegmasie de l'urètre s'est propagée jusqu'à l'organe sécréteur du sperme; quelquefois elle abandonne entièrement son premier siège , et est remplacée par une orchite; dans d'autre cas, l'inflammation envahit à la fois ces divers organes. M. Gullerier croit que cet accident -ne se produit pas par métastase , et que ce n'est que l'extension de l'urétrite ( Bêcher, prat., etc., déjà cité, p. 394). L'hydrocèle, le sarcocèle, n'ont souvent pas d'autre origine.

Néphrite. — L'urétrite peut s'étendre par la vessie et les uretères jusqu'aux reins et occasionner des néphrites et la gravelle. II ne faut pas prendre pour cette maladie les douleurs assez vives que ccr-

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tains malades ressentent dans la région des reins ; ce n'est là qu'une douleur sympathique , et non une véritable inflammation. La néphrite arrive chez les sujets qui ont conservé longtemps la blennorrhagie , ou qui en ont été affectés un grand nombre de fois. « C'est surtout dans l'état militaire , sur les hommes vivant dans le célibat et menant une vie errante et toujours agitée , qu'on peut observer ces désordres ; tandis que dans l'état civil où l'on vit tranquille chez soi , et où d'ordinaire on combat de bonne heure l'inflammation, on les empêche de se produire» (Broussais , op. cit.).

Abcès du périnée. — La violence de l'inflammation peut être portée au point que la muqueuse de l'urètre et toute la verge soient frappées de gangrène. Nous l'avons vue , dit M. Broussais , s'élancer avec toute la fureur possible dans la verge et dans le prépuce, occasionner le phimosis et la gangrène, faire tomber le pénis , et tendre même à pénétrer dans l'intérieur du corps. De semblables désordres se sont manifestés dans les climats chauds, chez des hommes qui commettaient des excès pendant qu'ils étaient atteints du mal, ou lorsque l'inflammation n'était pas combattue par des moyens énergiques. Sans que les accidents soient aussi graves, on voit l'inflammation s'étendre quelquefois du corps spongieux del'urètre au tissu cellulaire du périnée, où elle amène de la suppuration. Les abcès se forment, suivant M. Johnson, dans le tissu cellulaire lâche et adipeux, situé entre le fascia superficiel du périnée et le releveur de l'anus. Ils peuvent s'ouvrir : 1° dans le périnée, sans communiquer ni avec le rectum, ni avec l'urètre ; 2° dans ce dernier conduit; 3° enfin , le pus peut fuser profondément, se vider dans le rectum ou l'urètre, ou dans les deux à la fois. M. Johnson rapporte deux exemples d'une semblable complication , et donne le conseil de pratiquer de bonne heure une incision profonde et large au périnée , quand on n'a pu prévenir la suppuration (Encyclog., art. cité).

Inflammation des vaisseaux lymphatiques du pénis. — Elle succède assez fréquemment à la gonorrhée inflammatoire. On a lieu de redouter celte complication lorsqu'on voit paraître une ligne rouge sur le dos du pénis, et une tuméfaction œdémateuse du prépuce. On distingue une corde assez dure se prolongeant ordinairement jusqu'à une glande engorgée du pubis ou de l'aine : quelquefois, c'est immédiatement derrière la couronne du gland qu'on la rencontre. Il est rare que ces engorgements se terminent par suppuration ; Johnson dit cependant en avoir observé un exemple. Les glandes de l'aine peuvent aussi se tuméfier dans la blennorrhagie , sans que celle-ci soit de nature syphilitique; dans ce cas, l'inflammation s'est propagée aux lymphatiques. Le bubon qui accompagne l'urélrite diffère de celui causé par le

chancre, en ce qu'il survient par suite de l'inflammation des vaisseaux lymphatiques, par sympathie et non par l'absorption d'un virus spécifique. Il a peu de tendance à suppurer , dure peu de temps , et , quand il s'abscède , le pus ne s'inocule pas.

Il est encore un autre accident que nous avons vu survenir plusieurs fois dans la gonorrhée , et qui nous paraît tenir à une phlegmasie des vaisseaux blancs du pubis. Les sujets qui nous l'ont offert, après avoir vu disparaître l'écoulement , ont été pris d'une douleur vive , s'exaspérant par la pression , et ayant son siège au-dessus de la racine de la verge , dans le point qui correspond à l'union des pubis. On peut admettre , ou bien qu'il y avait là une inflammation des ligaments articulaires ou des fibro-cartilages , ou que les lymphatiques profonds étaient engorgés. Nous avons rencontré cette douleur, qui est quelquefois de longue durée, chez des malades qui avaient des ganglionnites bien caractérisées , en sorte qu'on peut croire qu'elle tenait à une inflammation des vaisseaux blancs.

Ophthalmie blennorrhagique. — L'irritation ne reste pas toujours bornée aux organes génito-urinaires et aux parties voisines ; elle envahit quelquefois des organes qui sembleraient devoir en être à l'abri : elle se porte fréquemment sur la conjonctive oculaire et palpébrale, et constitue l'ophlhalmie blennorrhagique (voyez Ophthalmie). Celle-ci peut dépendre de l'application de l'humeur gonorrhéique sur la muqueuse de l'œil , ou du déplacement de l'irritation , qui abandonne l'urètre pour se porter sur l'organe de la vision : il y a là une véritable métastase. Nous croyons que l'ophthalmie blennorrhagique peut être produite de l'une et l'autre manière. M. Ricord n'admet pas la métastase ; pour lui, « c'est une simple révulsion, comme dans l'arthrite , ou une continuation de l'inflammation, dans l'orchite ; ou le transport direct du pus , dans l'ophthalmie blennorrhagique ( Quelques mots sur les mal. vénér. ; thèse citée, 1836, n° 229).

L'irritation peut encore, pendant le cours de la gonorrhée , se fixer sur d'autres muqueuses. Le conduit auditif externe, les fosses nasales, le larynx et même les bronches, sont aussi des organes qui peuvent être atteints de l'irritation urétrale brusquement arrêtée (Lagneau , Dict. de mèd., art. cité , p. 38 1 ). La sécrétion qui en résulte offre tous les caractères de l'écoulement blennorrhagique.

D'autres fois , c'est sur une membrane séreuse articulaire que se porte l'irritation : les articulations des genoux , des coudes et des pieds , en sont plus souvent affectées que d'autres. Il paraîtrait, d'après les observations assez nombreuses faites par M. J. Cloquet, que, chez les femmes, ce sont particulièrement les articulations fémorales qui sont atteintes. Le froid , l'humidité , les fatigues, des attaques de goutte , de rhu-

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matisme , des chutes , ou des violences qui ont pu déterminer une irritation , telles sont les causes qui en modifiant la vitalité des surfaces articulaires , les disposent à contracter l'inflammation, lorsque celle-ci vient à se déplacer de son siège primitif. Le rhumatisme musculaire aussi bien que l'arthrite ne viennent compliquer la blennorrhagie que dans le cas où ces deux maladies ont déjà frappé les sujets. M. Broussais rapporte avoir vu communément les genoux être pris de gonflement et d'hydropisie. II cite l'exemple d'un malade qui avait été retenu un an dans son lit par une cause semblable ; il fut repris du même accident après avoir contracté une nouvelle gonorrhée.

M. Gullerier pense que la métastase peut s'opérer sur le cerveau ou sur ses annexes , et produire des céphalies violentes , l'hémiplégie et même l'aliénation mentale. Ce qui semble confirmer cette opinion , qui est en rapport avec les lois connues des métastases, c'est que le retour naturel ou provoqué de l'écoulement a été presque toujours salutaire. Le même auteur dit aussi que des éruptions cutanées très-variées sont encore les conséquences de la suppression intempestive d'une blennorrhagie. Il cite l'histoire d'un jeune homme , chez qui la suppression fut immédiatement suivie d'une éruption dartreuse qui envahit tout le corps , sans en excepter le cuir chevelu et la face (loc. cit., p. 38).

« Souvent on voit des éruptions cutanées alterner avec des urétrites passagères , attribuées sans hésiter à un virus contagieux, lorsqu'elles surviennent à la suite d'un coït suspect , et sur la nature desquelles on est fort incertain quand les malades n'ont jamais eu de blennorrhagies ou d'affections vénériennes, et qu'ils n'ont jamais eu de rapport avec d'autre femme que la leur... On ne doit pas considérer toujours la maladie comme produite par le virus vénérien : on doit se rappeler les liaisons intimps qui existent entre la peau et les membranes muqueuses , et la facilité avec laquelle une irritation fixée habituellement sur l'une se déplace sur l'autre , surtout lorsque l'éruption cutanée a été combattue par des moyens astringents , répercussifs , et lorsque l'urètre a été exposé à une cause quelconque d'irritation » (Lallemaud, Malad. des org. gênit.-urin. ; Archiv. génér. deméd., t. xm; 1827, p. 237).

Dans des cas très-rares la phlegmasie est assez violente pour produire une irritation gastro-intestinale. La susceptibilité du sujet et l'usage inconsidéré de remèdes brûlants favorisent le développement de cette complication. Des douleurs péritonéales , assez vives pour simuler une péritonite , accompagnent , dans quelques cas , ces urétrites dans lesquels le stimulus de l'irritation s'étend jusqu'à la vessie , le cordon spermatique et le tissu cellulaire du petit bassin.

L'hémorrhagie est un accident rare, mais qui se

montre dans les cas où lesmalades atteints de chaudepissc cordée ou d'une urétrite simple mais intense , s'efforcent de la guérir en frappant avec une certaine force sur la verge en érection ; cette pratique , usitée surtout chez les militaires, amène une déchirure dans le canal de l'urètre; d'où résulte une effusion de sang qui a pu être utile dans quelques cas, mais qui le plus souvent augmente encore l'inflammation. Dans une observation rapportée par M. Richter, une hémorrhagie par le pénis fut assez abondante pour que la vie du malade fût compromise : un sang rouge et vermeil s'écoulait par un jet continu du canal de l'urètre; le pénis n'offrait rien de remarquable, si ce n'est un léger gonflement du gland. Le malade avait senti une douleur atroce et un déchirement intérieur au moment de l'hémorrhagie , que l'on attribua à la rupture de quelque artère {Gazelle mèdic. de Berlin, juil. 1834). Le pissement de sang peut aussi se rattacher à la cystite du corps ou du col de la vessie.

Nous avons examiné tour à tour les désordres nombreux qui suivent la blennorrhagie aiguë ;nous avons vu qu'il n'est pas un point de l'économie qu'ils ne puissent envahir ; l'inflammation suffit pour expliquer tous ces phénomènes morbides qui rentrent dans les lois connues de la pathologie; il n'est pas besoin de recourir à l'action d'une cause spécifique. Il est cependant une autre blennorrhagie qui donne lieu à des symptômes différents de ceux que nous avons passés en revue : les chancres des parties sexuelles , les ulcérations profondes de la gorge, les ozènes, les douleurs ostéocopes, les pustules cutanées squammeuses , croûteuses , les végétations, l'alopécie, en un mot, tous les phénomènes primitifs ou consécutifs qui constituent l'infection vénérienne , n'ont pas d'autre origine, suivant quelques auteurs, que des écoulements blennorrhagiques.

Tubercules gonorrhoïques. — 11 règne encore aujourd'hui beaucoup d'obscurité sur les rapports de cette affection avec le virus gonorrhoïque ; ils ont été étudiés avec soin par Ritter, Autenrieth et Gietl. On les voit se développer lorsque la blennorrhagie a été négligée et l'infection réitérée un grand nombre de fois. Les tubercules gonorrhoïques occupent le testicule, le cou, le voisinage des artères carotides, l'aorte, la colonne vertébrale, les membranes séreuses , etc. On ignore la cause de cette affection : les uns ont supposé qu'il fallait une constitution scrofulleuse pour que les gonorrhées pussent dégénérer en des productions morbides ; d'autres ont prétendu qu'il fallait le concours d'une disposition rhumatismale ou arthritique {voyez Sypuilis).

Pronostic. — La gravité de la blennorrhagie varie suivant le siège, l'intensité de l'inflammation, la constitution du sujet, la durée du mal, ses récidives. Les auteurs , dans tous les temps , ont remarqué que

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la blennorrhagie qui occupait la prostate , le col de la vessie était plus grave, plus difficile à guérir, et laissait après elle des rétrécissements, des gonflements chroniques des tissus. Nous avons dit que les pertes séminales, les engorgements chroniques de la prostate, le ramollissement ou l'induration des vésicules séminales et de leur conduit, ne reconnaissaient pas d'autre cause que des urétrites intenses, mal soignées, ou entretenues par la négligence ou la perversité des malades. Si la gonorrhée est erysipélateuse, ainsi que le disait Astruc , elle est plus légère que la phlegmoneuse ; celle-ci s'étend non-seulement à la membrane muqueuse, mais à l'urètre et aux tissus ambiants. La blennorrhagie , dont la marche n'est interrompue par aucune complication , est, toutes choses égales d'ailleurs , moins grave que les autres , sa durée est aussi plus courte. La constitution du sujet a une grande influence sur le pronostic. Chez les hommes forts, robustes, pléthoriques, l'inflammation acquiert une grande violence, alimentée qu'elle est par la richesse du fluide en circulation. Nous devons cependant faire observer, avec Hunter, que , chez les personnes faibles, mais irritables, les symptômes ont souvent beaucoup de gravité , et réclament une thérapeutique prompte et active. On portera un pronostic fâcheux lorsqu'un traitement rationnel n'aura pas diminué les accidents, ou lorsque des maladies de l'estomac ou du tube disgestif s'opposent à l'administration des remèdes. Enfin la gonorrhée virulente, en supposant qu'on puisse la reconnaître dès le principe, est plus grave que la gonorrhée simple , puisqu'elle produit les mêmes désordres que la vérole.

Causes. — La jeunesse est l'époque de la vie où l'urétrite se déclare le plus souvent, en raison des excès dans le coït ou la masturbation , et de l'état d'orgasme et d'éveil dans lequel sont plongés les organes génitaux. On a prétendu que les hommes dont la verge est petite et le canal étroit, étaient plus disposés que d'autres à contracter l'urétrite, mais cette assertion est loin d'être prouvée. Toutefois il est impossible de ne pas reconnaître que certains hommes y sont plus exposés que d'autres , sans qu'on puisse savoir au juste quelle en est la cause. Une circonstance qui paraît s'opposer au développement de la blennorrhagie , est la brièveté du prépuce, qui laissant le gland à découvert, permet à la muqueuse de devenir plus dense : le contact des corps extérieurs la rend moins perméable et plus réfractaire à l'action des causes productrices de la blennorrhagie. Enfin il est quelques individus qui semblent jouir du privilège de résister à la contagion à laquelle ils s'exposent témérairement, forts de leur vertu antisyphilitique. Il en est d'autres, par opposition , qui prennent la maladie même, après avoir cohabité avec une personne qui n'a qu'un simple écoulement muqueux , des flueurs

blanches , ou qui est dans ses règles. Ces individus sont ordinairement d'une constitution lymphatique ou scrofuleuse; ils ont presque continuellement des catarrhes chroniques de diverses membranes muqueuses, des otorrhées; ils contractent une urétrite, comme d'autres un coryza, une angine. Toutes ces particularités peuvent s'expliquer sans doute par l'irritabilité toute spéciale et variable suivant chaque sujet; il faut avouer néanmoins que les conditions individuelles prédisposantes ne sont pas encore bien connues.

Coït. — La blennorrhagie survient le plus souvent à la suite du coït , ou après le simple contact des parties génitales de deux personnes d'un sexe différent. Sans rechercher en ce moment si la cause est un principe morbifique, particulier et contagieux, nous devons constater que c'est par suite d'une communication avec une femme affectée d'un flux semblable, que la blennorrhagie se manifeste le plus ordinairement. On ne doit pas conclure de cette circonstance qu'il y avait dans les parties génitales de la femme un virus jouissant de propriétés spécifiques ; toute matière irritante, comme doit l'être un liquide sécrété par des membranes muqueuses atteintes de phlegmasie, a le pouvoir de produire tous les symptômes de la blennorrhagie.«A quoi nous servirait, dit judicieusement Hecker, de savoir, même avec toute la certitude possible, que la gonorrhée ordinaire est due au virus vénérien ? Tant que ce virus n'agit que sur une membrane muqueuse , et qu'il n'est point absorbé, le mercure ne jouit d'aucune efficacité contre lui , et nous ne possédons aucun moyen capable de le détruire , de le neutraliser en quelque sorte , lorsqu'il est hors de l'économie animale. Il ne s'agit donc que de traiter convenablement l'inflammation de l'urètre , etc. » ( ouv. cit. , p. 28 ).

Le muco-pusb\enuorrhaig\({ue déposé sur une muqueuse saine est ce qui occasionne le plus souvent la blennorrhagie. Il n'est personne qui ne reconnaisse aujourd'hui la vérité de cette proposition. Il n'en est plus de même lorsqu'on ajoute que la blennorrhagie peut naître du pus d'un chancre, et produire une affection vénérienne générale. Nous démontrerons plus loin, 1° que la blennorrhagie peut dépendre du contact de la matière d'un chancre sur la muqueuse de l'urètre ; mais que , dans ce cas , le pus enflamme les membranes sans spécificité, c'est-à-dire à la manière de l'ammoniaque ou d'un autre irritant que l'on introduirait dans le canal ; 2° que le pus de la blennorrhagie ne peut amener qu'une simple blennorrhagie, à moins qu'il n'existe en même temps, chez la personne malade, un chancre caché. Ainsi donc, toutes les fois que la blennorrhagie se sera développée chez un homme sain , on est en droit de soupçonner une maladie semblable chez la femme qui a cohabité

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avec lui. Il y a cependant quelques restrictions à apporter à cette doctrine, qui est vraie d'une manière générale : on est encore fondé à croire qu'il y avait un chancre syphilitique , qui n'a point été reconnu, lorsque la blennorrhagie est suivie d'une infection syphilitique; au reste cette question sera agitée plus loin avec tous les détails que sa solution réclame.

La vérole peut donner lieu à l'écoulement blennorrhagique lorsque l'humeur sécrétée par les chancres irrite le canal de l'urètre; on doit redouter dans ce cas une maladie vénérienne. C'est ainsi que certains écoulements, qui paraissent être simplement inflammatoires, occasionnent tous les accidents consécutifs d'une vérole. Toute gonorrhée, jointe à la syphilis, cesse d'être une affection locale et participe de la maladie générale : elle est entretenue et aggravée par elle.

Cause mécanique. — La masturbation et les excès dans le coït sont des causes assez communes de blennorrhagie {Bien, mécanique, Swédiaur). L'irritation continuelle, entretenue dans la membrane interne de l'urètre , y développe une sensibilité spasmodique morbide ; il suinte un liquide moins abondant que dans la blennorrhagie. Il faut bien se garder de confondre, ainsi que l'ont fait la plupart des auteurs , cette espèce de blennorrhagie avec les pertes séminales ou pollutions diurnes et nocturnes. La maladie est tout à fait différente : dans l'une, l'écoulement est formé par la liqueur séminale qui coule de ses réservoirs ; dans l'autre , il est fourni par la membrane même de l'urètre; celui-ci est continuel, celui-là est presque toujours intermittent. On peut placer à côté des blennorrhagies provoquées par ces causes les gonorrhées que l'on dit survenir, dans les Indes orientales, aux personnes qui montent habituellement sur les chameaux , et qu'on peut attribuer aux mouvements particuliers, à l'allure de ces quadrupèdes ( Hecker, op. cit.. p. 233, voyez aussi Fryer, Travcls, p. 108).

Continence. — On a accusé l'abstinence dans les plaisirs de l'amour d'être aussi la cause de certains écoulements gonorrhoïques ; on a encore, dans ce cas, appliqué la dénomination de blennorrhagie à des pollutions; il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur les remèdes proposés pour la combattre , tels que le coït, l'eau et les bains froids , l'alimentation légère et peu excitante , etc.

Catarrhe , rhumatisme. — La plupart des auteurs qui ont écrit sur la gonorrhée lui assignent quelquefois une cause rhumatismale ou catarrhale (Hecker, Swédiaur, et d'autres). La blennorrhagie rhumatique ou catarrhale peut se développer, au dire de ces auteurs, sans que la personne, qui en est atteinte, ait eu commerce avec une femme suspecte; il suffit qu'il règne une constitution catarrhale ; c'est à cette classe qu'on doit rapporter la gonorrhée épidé-

mique décrite dans quelques ouvrages. Noël a vu dans une province , en 1 769 , soixante personnes des deux sexes , mariées , qui furent presque en même temps atteintes d'écoulement ; cette maladie fut considérée comme une épidémie catarrhale et une espèce de leucorrhée qui cédait facilement aux bains chauds, aux boissons délayantes ( Ozanam , Hist. méd. des mal. êpid.j t. îv, p. 129, 2e édit.). Blas avait fait des observations semblables à Magdebourg en 1730. Si on voulait de nouvelles preuves de l'influence exercée par les qualités de l'air sur lesblennorrhagies, on les trouverait dans les relevés statistiques déjà anciens (1 763) qui montrent que, pendant certaines saisons de l'année, le nombre des écoulements est, comparativement à celui des autres accidents vénériens , tels que chancres, bubons, etc., infiniment plus considérable que dans d'autres saisons (Lagneau). Sanchez, s'appuyant sur l'autorité de Montagnana, Benivenius, Fracastor, et d'autres , a cherché à démontrer que la première origine de la syphilis était une gonorrhée épidémique. Le déplacement de l'irritation catarrhale peut se faire sur la muqueuse de l'urètre aussi bien que sur celle du pharynx, des bronches , lorsqu'elle existait déjà en un autre point; celle qui débute de prime abord sur la membrane de l'urètre est plus rare. Nous avons vu, chez un homme qui avait passé la nuit dans un endroit humide et froid, les muqueuses oculaire, nasale, buccale, pulmonaire, être prises d'inflammation ; en même temps il parut un écoulement muqueux assez abondant de l'urètre; mais il faut remarquer que cet homme avait eu une blennorrhagie; et, quoiqu'il nous ait affirmé qu'il n'y avait plus de trace d'écoulement, on peut croire qu'il restait encore de l'irritation dans les voies génitales, et qu'elle aura favorisé le développement de celte urétrite véritablement catarrhale.

La blennorrhagie rhumatismale et arthritique est considérée par quelques médecins comme la plus fréquente de toutes les urétiïtes non syphilitiques elle attaque les hommes en proie à l'affection rhumatismale ; alors elle est souvent métastatique , c'est-àdire qu'elle résulte du transport de l'irritation qui existe actuellement; mais souvent ce n'est plus pendant le cours de la maladie que se déclare la gonorrhée , c'est plus ou moins longtemps après que tous les symptômes ont disparu. Quand on observe attentivement les sujets atteints de cette blennorrhagie rhumatismale , on trouve que beaucoup d'entre eux ont passé leur jeunesse dans le libertinage; qu'ils ont contracté plusieurs fois la gonorrhée ; qu'ils ont vécu dans la bonne chère et au milieu des stimulants de toute espèce. On voit que de telles conditions favorisent la répétition sympathique des inflammations sur les organes surexcités; de ce nombre sont les intestins et l'appareil génito-urinaire; une cause légère, telle que

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des douleurs vagues clans les articulations, suffisent pour amener une inflammation vers les parties que le malade continue à tenir en éveil. Le caractère de la blennorrhagie rhumatismale est de rester peu de temps à la même place; de voyager d'un point à un autre , à la manière des érysipèles et sous l'influence des plus faibles causes ; de parcourir successivement d'avant en arrière ou dans un sens inverse, l'urètre, la prostate, les canaux éjaculateurs, les vésicules séminales, les testicules; de se transporter sur les yeux et les autres membranes muqueuses ; son invasion est brusque et inopinée ; l'inflammation acquiert un haut degré d'intensité en un temps fort court.

Maladies de la peau. — Les anciens et les auteurs du moyen âge parlent de la gonorrhée comme d'un phénomène très-ordinaire delà maladie lépreuse ; des observations plus récentes ont aussi montré que les affections de la peau, telles que les dartres, la gale, l'érysipèle, ont une certaine part dans le développement des blennorrhagies. L'irritation chronique ou aiguë du tégument externe se reproduit sympathiquement sur la membrane de l'urètre comme sur les autres. Cette corrélation intime entre la peau et la muqueuse , si bien établie par Bichat et les zoologistes qui ont étudié la structure de cet organe dans l'échelle des êtres, est encore démontrée par le penchant qui porte au coït les hommes atteints de ces irritations chroniques. Les lépreux, chez les anciens, étaient regardés comme des individus très-enclins aux plaisirs de l'amour. Les dartreux ont la même réputation chez les modernes. Swédiaur désigne sous le nom de hlennorrhagie herpétique , lépreuse ou scorbutique , celle qui reconnaît une de ces maladies pour cause. Il en est encore une autre admise dans les ouvrages, sous le nom de gonorrhée scrofuleuse. Hecker donne ce nom à la gonorrhée qui survient chez les personnes scrofuleuses;elle est comparable, sous plus d'un rapport, aux autres blennorrhagies; toutefois, la constitution du sujet lui imprime un caractère de chronicité qui a déterminé Hecker à en faire une espèce à part. On voit souvent des éruptions cutanées alterner avec des urétrites passagères : «Ces cas sont analogues à ceux de flueurs blanches si acres, si incommodes, qui tourmentent la plupart des femmes affectées de dartres ; seulement les hommes y sont moins exposés et la sécrétion moins abondante , moins opiniâtre, parce que la membrane muqueuse de l'urètre est moins étendue que celle du vagin {Mal. des org. génit. urin., par. M. Lallemand; Arch. génér., t. xm , p. 247).

Nous plaçons à côté de ces irritations sympathiques, les blennorrhagies qui succèdent à un embarras gastrique, au travail de la dentition. Cette dernière cède le plus souvent , avec les symptômes de réaction que détermine l'éruption des dents. M. Pigeaux dit avoir

eu occasion de voir , chez des jeunes gens de dix-huit à vingt-cinq ans , l'apparition des dernières molaires , s'accompagner des mêmes accidents. C'est là une circonstance qu'il ne faut pas omettre dans le diagnostic de la blennorrhagie {Arch. gén. de méd. sur la blennor. sjrphil., t. xm, p. 63). La présence d'une pierre dans la vessie, d'ascarides dans l'intestin, des tu? meurs hémorroïdales enflammées (Brendel,Zte hœ~ morroïdis interceptis morbos verendorum aphredisiacos simulantibus ; Gott. 1744, in-4) ; l'usage de certains aliments acres et stimulants ( 5e espèce de blenn., Swédiaur), la rétention forcée ou prolongée des urines, la qualité irritante de celles-ci (Hecker, op. cit., p. 222), sont considérées comme des causes de blennorrhagie non vénérienne. Les asperges, le persil, les aliments diurétiques, la bière récente et le vin nouveau, non fermentes, les médicaments qui agissent sur la sécrétion urinaire ou les organes génitaux , tels que la térébenthine , les balsamiques , les essences , les teintures alcooliques , la scille , les cantharides appliquées à l'extérieur ou administrées intérieurement, peuvent déterminer, dans quelques circonstances , l'apparition d'une blennorrhagie. Ces mêmes causes ont surtout une grande influence sur le retour des urétrites , lorsqu'il reste quelques traces de l'irritation primitive.

M. Tazentre a rapporté une observation qui tend à prouver que l'urétrite syphilitique peut se développer par l'ingestion de l'écoulement blennorrhagique dans les voies digestives; voici, en quelques mots, cette observation rare et singulière. Un homme de mœurs licencieuses, ayant conçu quelques soupçons sur la fidélité de sa femme, et voulant lui faire avouer des rapports qu'il croyait exister , conçut le projet de lui donner une blennorrhagie ; n'ayantpu réussir dans son dessein, parce que sa femme s'opposa à tout rapprochement, il imagina de lui faire avaler la matière gonorrhéique dans du lait froid, de l'orgeat , du beurre ou d'autres espèces d'aliments. Bientôt il se déclara chez la femme une blennorrhagie intense. Cet homme raconta qu'il était bien sûr de communiquer sa maladie comme il le désirait , car autrefois , voulant se venger d'un individu à qui il voulait du mal , il lui avait donné une vérole complipliquée de chaudepisse , en lui faisant prendre, de la même manière, de l'écoulement urétral; c'est dans les colonies, où de pareils faits se présentent quelquefois, qu'il avait appris à empoisonner ainsi ses semblables ; c'était dans ces contrées qu'il avait infecté l'individu en question {Arch. gén. de méd., t. n, sér. h, p. 246).

Nous ne devons pas omettre une cause plus rare, mais néanmoins très-réelle, d'écoulement; c'est la constipation permanente et souvent prolongée , qui affecte principalement les femmes. Les matières fé-

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cales, par leur présence dans la portion inférieure du rectum , produisent une irritation permanente qui se transmet au canal de l'urètre. Une autre cause, toute différente, est l'abus des lavements chauds. La chaleur qu'ils portent dans le rectum provoque quelquefois des blennorrhagies. Quelques causes excitent aussi des écoulements par une action tout à fait directe : de ce nombre sont l'introduction d'une sonde ou de corps étrangers dans le canal de l'urètre; les rétrécissements, les affections de la prostate, etc., il en sera question surtout lorsque nous traiterons de l'urétrite chronique et de la blennorrhée.

Conclusions. — Il résulte de l'énumération des causes , qu'on doit admettre des blennorrhagies de nature très-différente ; nous ne pouvons mieux faire que de rapporter le passage suivant que l'on doit à M. Lagneau, et qui résume ce que l'on sait de plus positif sur l'étiologie de l'affection gonorrhéique : « Quelques-unes ne sont contagieuses dans aucune circonstance ; d'autres se communiquent il est vrai , mais sous certaines conditions : leur contagion n'est que relative. Ces deux premières séries d'écoulements blennorrhagiques , presque tous provoqués par des causes extérieures non virulentes, n'en comprennent aucun qui soit susceptible de laisser dans l'économie un principe morbifique , qui puisse donner lieu à des accidents généraux consécutifs. Dans une troisième , se rangent les urétrites occasionnées par les différents états morbides attribués à des principes acres , virulents, autres que le virus syphilitique ; elles ne sont contagieuses que dans quelques circonstances et pour certains individus; mais elles donnent parfois lieu à des symptômes consécutifs divers , tels que dartres , éruptions anomales , aphthes , excoriations , engorgements glanduleux ou articulaires, etc., suivant les causes particulières auxquelles elles doivent naissance. Une quatrième série se compose de blennorrhagies qui se propagent avec une extrême facilité , et paraissent occasionnées par un virus particulier , virus sui generis , ou, si l'on veut, virus blennorrhagique essentiel, dont l'action s'épuise entièrement sur le canal , sans entraîner de suites fâcheuses pour la santé des malades. Enfin, une cinquième série est exclusivement formée par les blennorrhagies de cause syphilitique , lesquelles sont éminemment contagieuses et susceptibles , lorsqu'elles sont abandonnées à elles-mêmes , ou traitées comme affections locales , de faire naître la syphilis confirmée ou constitutionnelle.» Il est facile de comprendre, d'après ce qui précède, combien il importe de savoir si telle blennorrhagie est capable de produire la vérole, ou si elle est de nature purement inflammatoire et non spécifique , c'est là ce qui constitue à bien dire , le diagnostic de la blennorrhagie , sur lequel nous devons insister avec soin.

Pf Diagnostic des écoulements. — Rappelons que la matière de l'écoulement peut être 1° un simple mucus fourni par la membrane de l'urètre; 2° du muco-pus exhalé par la muqueuse , sans qu'il existe aucune ulcération ; 3° un mélange de mucus ou de muco-pus , sécrété par la membrane avec du véritable pus, qui se forme sur quelque chancre plus ou moins caché, dont il n'est pas toujours possible de soupçonner la présence. Commençons d'abord par déclarer qu'il est très-difficile, sinon impossible , de recon naître avec quelque certitude, la nature d'un écoulement , et de dire à quelle époque l'humeur mucosopurulente, est ou cesse d'être contagieuse. On a fait beaucoup d'efforts pour découvrir les signes propres aies caractériser; nous allons voir si on y est parvenu.

On a cru trouver dans la coloration du mucus le moyen de distinguer la nature de l'écoulement ; mais la couleur blanche , jaune , verdâlre ou crémeuse de la sécrétion , ne peut servir au diagnostic différentiel , non plus que l'auréole noirâtre que forment sur le linge des malades certains écoulements. Presque tous les médecins ont compris qu'ils ne devaient attacher que peu d'importance à des circonstances pathologiques aussi variables que la densité et la couleur d'un liquide; ils ne les considèrent que comme des signes de peu de valeur, et qui dépendent du degré de l'irritation , ou du mode suivant lequel elle s'effectue. On ne peut pas plus se servir de la couleur et de la densité de l'écoulement pour en reconnaître la nature, qu'on ne peut distinguer, par la seule inspection , le pus variolique de celui qui appartient à un phlegmon ou à une plaie suppurante. On ne saurait donc trop blâmer le médecin qui oserait prononcer sur l'origine d'une blennorrhagie d'après les seules qualités physiques du flux urétral.

Les symptômes fournis par la marche, la durée , l'intensité de la maladie, méritent-ils plus de confiance que l'écoulement? Parmi les praticiens, il en est un nombre assez considérable qui pensent que la gonorrhée syphilitique donne lieu à des écoulements qui d'ordinaire s'accompagnent de peu de douleur, et se résolvent avec autant de rapidité que les autres, quand le traitement a été convenablement dirigé. «Les blennorrhagies syphilitiques, dit M. Lagneau sont fort souvent, bien qu'on ait voulu donner l'exagération de ces divers caractères comme leur étant exclusivement propre, tout à fait indolentes, de courte durée, et fournissent très-peu de matière, dont la couleur est même presque toujours d'un blanc de lait; tandis qu'on voit chaque jour des écoulements, que tout porte à regarder comme exempts de virulence, offrir ces phénomèmes à un haut degré» (art. cit. ). D'autres affirment que les blennorrhagies virulentes sont plus aiguës, ont une durée plus longue,

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un caractère plus opiniâtre. M. Lallemand croit que le flux non contagieux diffère du contagieux ou syphilitique, en ce que l'émission de l'urine est moins douloureuse , les érections moins fréquentes et moins pénibles, la suppuration moins abondante; c'est une espèce de suintement épais et jaunâtre , accompagné plutôt de démangeaison et de titillation que de douleur ( art. cit. ).

M. Pigeaux ne trouvant ni dans la marche, ni dans l'intensité de l'affection , des documents assez précis pour asseoir le diagnostic, les a cherchés dans le mode d'invasion des deux espèces de blennorrhagie ; c'est à son mémoire que nous empruntons les détails suivants : «La blennorrhagie produite par une cause toute locale, comme la violence des parties ou leur contact avec un liquide autre que le virus syphilitique, se déclare presque immédiatement; elle ne saurait survenir après quelques jours de repos ou de sédation complète des parties ; elle commence par un léger prurit, qui monte insensiblement jusqu'au ton de la plus vive cuisson, mais sans intervalle bien sensible entre la cause et l'effet de la maladie; au contraire, la gonorrhée syphilitique suit une tout autre marche ; elle a constamment une période d'incubation dont la durée varie, en général, entre deux et huit jours; d'ordinaire elle est de quatre jours , comme dans la variole. Cette incubation , commune à toutes les affections spécifiques, constitue un des caractères les plus essentiels de la blennorrhagie; elle est presque toujours exempte d'excitation locale ou générale , ce qui fait croire au malade qu'il est à l'abri du danger; mais bientôt l'ardeur en urinant, la douleur vers la fosse naviculaire, et les autres signes de Furétrite lui ravissent tout espoir. Dans toutes les tentatives avec réussite de l'inoculation du virus syphilitique, la période d'incubation a existé; les symptômes de la maladie vénérienne n'apparaissent jamais avant cette époque. » Cette considération, tirée du mode d'invasion , paraît à M. Pigeaux de la plus haute importance pour le diagnostic différentiel des variétés de la blennorrhagie. Tous les médecins n'ont pas la même confiance dans ce prétendu signe caractéristique. « Presque toutes les urétrites , quelle qu'en soit la nature , à moins qu'elles n'aient été provoquées par un irritant chimique ou mécanique , agissent localement, présentent ce temps très-marqué d'incubation; et pourtant il a été bien constaté que le nombre de celles occasionnées par le virus syphilitique n'est pas le plus considérable, ce qui serait tout le contraire dans l'hypothèse de M. Pigeaux» (Lagneau, art. cité ).

La propriété particulière que possède l'ammoniaque concentrée , de convertir le pus en une matière gluante et tenace, pouvait servir jusqu'à un certain point à faire connaître s'il existe dans le liquide de

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l'écoulement du véritable pus. Les dernières recherches de M. Donné lui ont appris que les autres fluides de l'économie ne se comportaient pas de la même manière avec l'ammoniaque; de plus, il a observé dans le pus des chancres syphilitiques, des animalcules analogues aux animaux infusoires ; ils ne se sont jamais offerts à lui dans les autres espèces de pus qu'il a examinées ( Jour. hebd. des progr.; septembre, 1836, p. 319).

Nous empruntons aux Archives génér. de médecine le passage suivant , qui renferme l'énoncé de la découverte faite par M. Donné : « Le pus sécrété autour du gland affecté de chancre, ou de simple balanite, est le seul qui m'ait présenté au microscope des animalcules vivants ; ces animalcules diffèrent

peu du vibrio tineola de Millier Le pus sécrété,

en tout autre point du corps, quelque altéré qu'il fût, ne m'a jamais rien présenté de semblable. Du pus pris sur un chancre du gland et qui contenait des vibrions, ayant été inoculé, produisit une pustule, celte pustule fut ouverte, et le liquide qui s'en échappa , fut recueilli avant d'avoir subi l'influence de l'air; examiné au microscope , il présenta une innombrable quantité de menus vibrions. Le pus du bubon syphilitique , celui des chancres secondaires , situés ailleurs que sur le gland, ne contiennent pas d'animalcules; celui de la blennorrhagie n'en présente pas non plus. 11 n'en existe pas chez la femme, dans le mucus vaginal à l'état normal; mais, dans la vaginite, la matière des écoulements , présente non-seulement des vibrions , mais un animalcule particulier, d'une grosseur notable, etc L'existence de ces animalcules est-elle liée

à la nature de la maladie , à la spécificité de l'écoulement? c'est ce que l'on ne peut pas encore dire : Je répéterai seulement qu'on ne le trouve pas dans

le mucus vaginal à l'état sain l'élément vénérien

est -il nécessaire à la production de cet infusoire?... » (Jrch. génér. de méd.; septembre, 1836, t. xh, p. 119).

Malgré les efforts des médecins de toutes les époques pour arriver à un diagnostic un peu précis : on est forcé encore aujourd'hui de reconnaître qu'il est impossible de ne pas tomber dans l'erreur, si la personne malade est intéressée à cacher sa faute, et se refuse opiniâtrement à avouer la vérité. Ni l'examen scrupuleux des parties génitales , ni les symptômes , ni la marche de la maladie , ni la couleur, la densité l'abondance de l'écoulement , ne pourront éclairer le médecin sur la véritable cause du mal, et il sera obligé de dire, avec Gabriel Fallope : «Si vous me demandez comment distinguer la gonorrhée vénérienne de celle qui ne l'est pas, je répondrai que rien n'est plus difficile et plus embarrassant. »

Une autre question non moins obscure , non moins difficile à résoudre , a occupé les médecins de tous les

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temps , et de tous les pays , et, malgré les investigations les plus laborieuses , les expériences les plus multipliées , elle n'est pas encore éclaircie : nous voulons parler de l'identité du virus de la blennorrhagie , avec celui de la syphilis. On conçoit de quelle importance il est pour le traitement , et pour la sûreté des personnes atteintes de blennorrhagie , de savoir, si les deux virus sont identiques , et si la gonorrhée peut donner naissance à tous les autres symptômes de la maladie vénérienne. Nous allons rapporter successivement les arguments dont on s'est servi de part et d'autre pour soutenir ou combattre la doctrine de l'identité. Historiens désintéressés de cette lutte , à laquelle ont pris part tous les auteurs qui ont écrit sur l'affection vénérienne , nous croirons notre rôle rempli , lorsque nous aurons reproduit dans un résumé succinct les preuves que chacun a apportées à l'appui de son opinion.

A. Raisons alléguées en faveur de la non-identité des deux virus.

La syphilis se présenta avec son cortège ordinaire de symptômes, depuis 1494, jusqu'en 1545, sans qu'on vît paraître aucun écoulement gonorrhéique. Ce ne fut qu'à cette dernière époque que se montra la gonorrhée, et qu'elle fut regardée comme un phénomène de la maladie vénérienne. Fallope fut le premier qui l'envisagea sous ce point de vue : on a voulu conclure de cette apparition , que les deux virus étaient différents l'un -de l'autre. Une autre preuve invoquée en faveur de la non-identité , c'est que la gonorrhée est inconnue à la Chine , ainsi que dans plusieurs montagnes de l'Ecosse , où l'on rencontre cependant la syphilis. Enfin , suivant un grand nombre d'auteurs , les écoulements dont il est question dans les livres de Moïse étaient de véritables blennorrhagies (voyez Historique ).

L'inoculation du virus gonorrhéique ne produit pas de chancres , ni les accidents de la vérole. B. Bell a rapporté des expériences qui ont été faites avec le plus grand soin , et qui tendent à prouver que le virus blennorrhagique diffère de celui de la syphilis. On prit sur. un chancre du gland de la matière purulente , que l'on introduisit avec une sonde dans le canal de l'urètre ; huit jours après, deux larges chancres occupaient ce canal, et peu de temps après, deux bubons se formèrent dans les aines. Les chancres prirent un bon aspect, et la guérisou s'opéra complètement, par l'administration du mercure. Dans une autre expérience , on plaça, entre le prépuce et le gland, du pus fourni par la gonorrhée : une simple inflammation et un écoulement de peu de durée en furentla suite. On répéta la même expérience, et jamais on ne put déterminer la formation d'un chancre. Deux étudiants en médecine introduisirent entre le

gland et le prépuce, une mèche de charpie impre'gnée de mucus blennorrhagique ; chez l'un d'eux il survint une inflammation violente, du gland et du prépuce, un paraphimosis , et un flux très-fétide; chez l'autre, l'inflammation fut légère, mais, le pus ayant pénétré dans l'urètre, il se déclara une gonorrhée très-intense. Une autre personne tenta de s'inoculer le virus de la blennorrhagie, en pratiquant sur la peau du prépuce une moucheture dans laquelle fut déposé le liquide, il en résulta une simple inflammation , qui disparut sans remède. Un quatrième expérimentateur, qui avait porté dans le canal de l'urètre la matière virulente d'un chancre, eut une maladie vénérienne des plus graves.

Hernandez a eu aussi recours à l'expérimentation, dans le but de prouver la non-identité des deux affections. Trois forçats furent inoculés au gland et au prépuce , au moyen de fils trempés dans l'écoulement et placés dans des incisions faites à la verge; les chancres qui en résultèrent guérirent avec une grande rapidité. Deux individus scorbutiques , chez lesquels l'inoculation fut pratiquée, présentèrent des ulcères rebelles. 11 en fut de même chez quatre scrof uleux, qui eurent des ulcères très-opiniâtres. ( Hernandez, Essai analyt.surla non-ident. des virus gonorrh. etsyph. in-8., p. 62 et suiv. ; Toulon, 1812). Un forçat, né de parents goutteux, fut inoculé dans le printemps; l'ulcère qui en résulta ne guérit qu'avec peine. Un autre homme , de cinquante ans , hémorroïdaire , eut un chancre dont la cicatrisation se fit longtemps attendre. Sur six individus cacochymes et faibles, les ulcères ne se cicatrisèrent qu'avec difficulté. Hernandez conclut de ces expérimentations que « les ulcères qui sont le produit de l'inoculation du virus de la gonorrhée ne sont pas syphilitiques; elles signalent en même temps des sources d'erreur qui peuvent rendre très-peu concluantes les expériences qui paraissent si simples et si décisives; elles montrent combien de circonstances peuvent changer la nature des ulcères , la masquer, et cela à des degrés considérables(ouv. cit., p. 64).

L'auteur que nous venons de citer rapporte un grand nombre d'autres expériences intéressantes, et qui semblent péremptoires. Le docteur Tongue fut inoculé au bras droit par M. Barton , avec de la matière d'une gonorrhée reconnue virulente ; il n'y eut même pas d'inflammation. M. Rowan fut inoculé de la même manière sans plus de succès. L'opération fut répétée trois .semaines après sur M. Tongue et sur M. Rowan , qui ne furent pas plus affectés que la première fois. M. Tongue inocula sur le bras droit de M. Wolton de la matière syphilitique qui provoqua un chancre complet.

L'infection par la gonorrhée a toujours pour effet une gonorrhée, et jamais un chancre. — ■

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Ces deux affections sont de nature différente , et tirent leur origine d'une cause qui ne peut être identique. Tode dit que la gonorrhée ne produit jamais que cette maladie. Duncan se range à son opinion. M. Bell prétend aussi qu'ayant examiné avec beaucoup de soin le mode de propagation de la blennorrhagie et des chancres , il a toujours vu l'écoulement coïncider avec la première et les chancres avec les seconds. P. Frank, dans une pratique de plus de vingt ans , n'a jamais observé les symptômes de la vérole à la suite des blennorrhagies. Trotter, Glossius , Theden , Callisen , Wichman , adoptent cette manière de voir. On a prétendu que la matière de l'écoulement avait une influence aussi spécifique sur le développement de la gonorrhée que le pus du chancre sur la production de la vérole ; et on a rapporté à l'appui de cette doctrine la remarque faite par Hunter, qui a vu la gonorrhée se reproduire chez un étudiant , chaque fois que celui-ci s'inoculait le virus d'une gonorrhée.

La blennorrhagie a lieu sans chancre ou ulcération syphilitique. Hunier, Post , Stoll , P. Frank , Bell , Todde, Duncan , déclarent tous que la gonorrhée produit très-rarement des chancres. 11 peut survenir sur le gland et le prépuce des excoriations ; mais il ne faut pas les confondre avec l'ulcère vénérien. Bell n'a jamais connu un seul exemple de syphilis après ces légères érosions de la muqueuse , bien qu'il les ait rencontrées sur le clitoris , les nymphes , les grandes lèvres, chez la femme. Quand celle-ci est affectée de ces accidents , elle est obligée de garder le lit , parce que la marche est douloureuse ; mais ils ne donnent pas la vérole , et la guérison , trèsrapide, s'obtient sans traitement mercuriel.

Si la matière des chancres était identique à celle de la blennorrhagie, il faudrait admettre qu'une personne qui a seulement un chancre , pourrait donner à la fois et la vérole et la gonorrhée ; par contre, une personne qui est atteinte de gonorrhée, devrait communiquer à ceux qui se livrent avec elle au coït , des chancres et les autres symptômes de la vérole.

Lorsqu'un ulcère se développe en même temps qu'une blennorrhagie, et qu'il n'est pas provoqué par le virus syphilitique , il offre des particularités qui le distinguent suffisamment des autres , aux yeux de quelques auteurs. L'ulcération gonorrhéique présente à son début la même apparence que le chancre vénérien ; il commence par une légère érosion de l'épiderme ; mais bientôt il prend une grande étendue en superficie , et couvre quelquefois en peu de 3ours le prépuce et le gland. B. Bell regarde cette rapide extension de l'ulcère comme une preuve de sa bénignité; il cède facilement, sans occasionner de vérole. Lorsqu'au contraire il occupe un espace limité, es symptômes de la vérole arrivent aussi sûrement /suivant Bell , que s'il y avait des chancres bien

caractérisés; il soupçonne une origine syphilitique à tous ceux qui durent plus d'un jour ou deux , excepte lorsqu'ils s'étendent. Ainsi donc , la grande différence suivant Bell , Hernandez et d'autres , entre l'ulcère vénérien et l'ulcère blennorrhagique , consiste dans le mode de propagation du dernier; il s'étend rapidement , reste superficiel ; ce qui tient à la vivacité de l'inflammation et aux qualités irritantes du mucus. Faisons remarquer, toutefois , que le diagnostic de ces ulcères est loin d'être facile ; et que c'est là un véritable dédale dont on ne peut pas toujours sortir. Les observations de M. Évans semblent prouver que l'ulcère peut être l'effet , tantôt d'une espèce d'infection , tantôt d'une autre , et quelquefois se manifester spontanément. L'inoculation n'est pas un moyen de sortir d'embarras , car ils sont souvent susceptibles d'être inoculés (On ulcération of the génital organs). Le médecin anglais dit avoir vu les ulcères que l'on désigne sous le nom de chancres élevés (ulcus elevatum) résulter d'une altération de sécrétion , sans que la surface des organes génitaux de la femme fût ulcérée , et sans aucune apparence de la maladie de ces mêmes organes. 11 pense aussi que la gonorrhée ou une altération dans la sécrétion muqueuse peuvent déterminer l'apparition de cet ulcère (ulcus elevatum), et que celui-ci peut se transmettre par inoculation, ou même se manifester spontanément (ouv. cité, p. 72, 73 et passim). On voit quelle obscurité environne encore ce sujet.

Le virus syphilitique , porté dans l'urètre , peut ne pas produire la gonorrhée. B. Bell , Howard , Swédiaur, ont observé des chancres dans le conduit , sans qu'il y eût gonorrhée. M. Sawrey dit que la matière de l'écoulement n'est pas du pus , mais qu'elle est d'une nature plus muqueuse que celle du chancre. Nous avons déjà fait remarquer combien est grande l'incertitude qui règne au sujet des caractères du virus blennorrhagique; aussi est -il impossible de s'en servir pour appuyer ou combattre l'identité des virus.

On a dit aussi que la blennorrhagie était distincte de la vérole, puisque les remèdes qui guérissent d'une manière presque certaine la seconde de ces affections ne sont d'aucune utilité , si même ils ne sont pas nuisibles dans la première. Pour ceux qui prétendent traiter la syphilis par les mêmes moyens que la blennorrhagie , cet argument a perdu sa valeur. Nous devons dire qu'il est encore un grand nombre de. médecins qui regardent les mercuriaux comme une pierre de touche , qui permet d'apprécier la véritable nature du mal.

B. Preuves en faveur de l'identité des virus blennorrhagique et syphilitique.

Un des partisans les plus célèbres de cette doctrine

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est Hunter, dont nous allons reproduire les arguments et ceux des médecins qui l'ont embrassée. Hunter assure qu'il a vu souvent le chancre et tous les symptômes de la syphilis se manifester à la suite d'une simple blennorrhagie ; les expériences qu'il a instituées dans le but de décider cette question lui ont toujours offert le même résultat : il cite encore à l'appui de l'identité des deux virus la première apparition de la vérole à Otaïti. Les marins anglais qui abordèrent dans cette île venaient de Rio de la Plata , et n'avaient eu aucune communication avec d'autres peuples pendant cinq mois que dura le voyage. 11 paraît évident à Hunter que , si les (Haïtiens présentèrent les symptômes de la vérole après avoir communiqué avec les matelots anglais , c'est parce que les gonorrhées dont ceux-ci étaient atteints donnèrent la maladie vénérienne aux insulaires, qui étaient exempts de tout mal. Les matelots , suivant lui , ne pouvaient pas avoir de chancres , car ils auraient causé la destruction du pénis durant un voyage de cinq mois. Ces arguments, apportés par Hunter, n'ont pas grande valeur; on a fait remarquer avec raison que des chancres et d'autres symptômes de la maladie vénérienne peuvent rester longtemps sans donner signe de leur existence , surtout lorsque , par incurie ou par toute autre cause, les malades cherchent à les cacher.

Pour rendre raison des différents effets du même virus , Hunter dit qu'il faut tenir compte de la différence d'action des parties affectées , quel que soit le degré d'irritation. «La gonorrhée provient toujours d'une surface secrétaire , et le chancre se forme sur une surface non secrétaire; et, dans ce dernier, la partie sur laquelle le virus agit doit devenir une surface secrétaire avant que la matière puisse se former. Toutes les surfaces secrétaires du corps étant probablement semblables , un seul mode d'application suffit pour produire la gonorrhée dans toutes, ce qui se fait par simple contact du virus. Mais, pour produire le chancre , le pus vénérien peut être appliqué de trois manières différentes; la première et la plus certaine est une plaie dans laquelle il peut être introduit; la seconde en appliquant le pus à une surface couverte de son épidémie , et qui le laisse parvenir à la peau d'autant plus aisément qu'il est plus mince ; la troisième manière a lieu toutes les fois que la matière est appliquée à un ulcère ordinaire déjà formé» (Hunter. Trait, de la mal. vénér. , trad. par Audiberli , p. 19). On peut voir par ce passage combien les raisons données par Hunter, pour expliquer les symptômes différents de la maladie vénérienne , sont mauvaises et peu convaincantes.

Hufeland croit à l'identité de la gonorrhée et de la syphilis , parce que le même virus produit chez un malade la gonorrhée , chez un autre la syphilis ;

parce que la matière de la gonorrhée peut donner la syphilis , des ophthalmies vénériennes , des bubons , des chancres; qu'elle est traitée avec avantage par les mêmes agents médicamenteux que la vérole. Ce qui lui semble constituer les différences que l'on observe entre les deux maladies ; c'est d'une part l'organisation particulière de la muqueuse de l'urè!re , et de l'autre la présence de l'humeur sécrétée ; ces deux conditions pathologiques atténuent, rendent moins infectante la gonorrhée. Le virus blennorrhagique est comme enveloppé par la matière de la sécrétion muqueuse , et peut même être entièrement rejeté avec le produit de la sécrétion ; le virus chancreux, au contraire, est plus actif et plus corrosif {Gazette méd., août 1834).

Swediaur a prétendu, à l'exemple de Hunter, que, bien qu'il ne soit pas très-fréquent de voir deschaudepisses produire la vérole , il n'est cependant pas rare , surtout dans les grandes villes, de les voir suivies des symptômes de cette maladie. Ceux-ci s'observent surtout après les urétrites violentes qui occupent une grande surface des membranes , ou qui s'accompagnent d'ulcères. Swediaur dit même avoir vu plusieurs blennorrhagies simples produire par la suite les symptômes de la syphilis , qui n'ont disparu que sous l'influence d'un traitement mercuriel. La raison pour laquelle la gonorrhée ne détermine pas constamment la vérole tient à ce que l'inflammation de la membrane de l'urètre est surperficielle , et non suivie d'ulcérations. Swediaur regarde la formation du mucus dans l'urètre comme une cause qui empêche l'ulcération, qui survient au contraire quand la sécrétion n'a pas lieu : il prétend que , dans un grand nombre de cas , où il a été à même de voir les parties génitales de l'homme et de la femme qui avaient contracté la maladie l'un par l'autre, il a acquis la conviction qu'un individu atteint de blennorrhagie peut donner des chancres , et vice versa. Il pense néanmoins que toutes les gonorrhées ne sont pas vénériennes [Traité des mal. vénér.). Whately a soutenu l'identité des deux virus par des raisons analogues (On the gonorrhea virulenta; Lond., 1 801).

M. Lagneau conclut des faits nombreux qu'il a rassemblés depuis près de trente ans, « que le virus blennorrhagiques peut , étant appliqué sur une surface muqueuse saine , produire des chancres, des pustules humides , ou tout autre signe primitif d'infection vénérienne, et que , par contre, la suppuration provenant de ces derniers accidents , qu'ils soient primitifs ou consécutifs, est capable de produire des écoulements syphilitiques» (Dict. de méd., 2e édit., art. cit. ).

Si la gonorrhée vénérienne n'était pas connue lorsque déjà la vérole se manifestait depuis cinquante ans (1 494 à 1545) avec ses formes ordinaires,

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c'est, a-t-on dit, parce que la gonorrhée passait pour un symptôme de la nouvelle maladie (Adams, On. morbid pois., p. 95 , 2e édit. ). «Cela ne prouve, dit Sam. Gooper, ni la différence, ni l'identité de ces deux contagions; car, si durant ce temps la maladie vénérienne commençait à être assez connue pour que les symptômes secondaires fussent regardés comme la conséquence de ceux qui paraissaient sur les parties génitales , il est très-probable que les premiers soupçons d'une go norrhée vénérienne vinrent de ce que ces apparences secondaires existaient sans qu'on pût trouver aucun symptôme primitif autre que la gonorrhée elle-même» (Adams, op. cit. et Sam. Gooper, Die t. de chir. prat., art. cit. ).

Clossius et Whately assurent avoir rencontré des ulcères larges et profonds dans les gonorrhées. MM. Guthrie, Samuel Gooper, pensent aussi que la matière de la gonorrhée peut faire naître des ulcères sur le pénis ; que la matière des ulcères peut à son tour produire la gonorrhée , et que les deux maladies peuvent même survenir à la suite d'un coït impur. Je suis parfaitement convaincu, dit le dernier de ces auteurs, qu'un grand nombre d'ulcères, produits de cette manière, prennent quelquefois le véritable caractère du chancre, dont il est alors impossible de les distinguer; mais je suis également persuadé que , sous la forme des symptômes de la plus mauvaise nature , la chaudepisse peut dépendre , et dépend quelquefois effectivement de causes irritantes communes aux parties exemptes de toute espèce de maladie spécifique ou de virus ; qu'on ne peut pas la distinguer de celle qui naît d'un coït impur , et que les deux maladies sont curables par les mêmes moyens et sans mercure (Dict. de chir. prat., par Samuel Cooper, art. Syphilis ). Quant à la question de savoir si la matière de la gonorrhée ou les ulcères qui en résultent peuvent déterminer des effets constitutionnels, M. Guthrie pense que généralement cela n'a pas lieu , quoiqu'il n'assure pas que cela ne puisse arriver suivant l'état particulier de l'économie; il va même jusqu'à dire que, si ces symptômes ont réellement lieu, ils ne deviennent graves que par suite de l'usage du mercure (Méd. chir., trans. vol. vin, p. 554).

On a cherché à expliquer la différence qui existe entre les effets de la syphilis et ceux de la gonorrhée, en disant que ces deux maladies ont un siège différent, et que dès lors il doit en résulter des effets dissemblables. Un irritant appliqué sur un point détermine une phlegmasie, sur un autre, un érysipèle, sur la membrane pituitaire , un flux abondant ; il en est de même, a-t-on dit, dans l'inflammation spécifique qui produit le chancre ou la blennorrhagie ; le premier se montre partout; la gonorrhée seulement dans l'urètre. Hunter regarde cette différence de siège comme la véritable cause pour laquelle le virus

syphilitique provoque le chancre dans un cas, et la blennorrhagie dans l'autre; maison a objecté avec raison que les autres muqueuses , telles que celles du nez , des yeux , de la bouche, pouvaient être affectées d'une inflammation tout à fait semblable à celle de l'urètre, et qu'il en résultait des écoulements comparables sous tous les rapports à la gonorrhée ; qu'il se formait des ulcères dans la membrane enflammée de l'urètre , aussi bien que dans les autres muqueuses.

Conclusions. — Nous avons signalé les principaux arguments apportés en faveur ou contre l'existence des virus gouorrhéique et syphilitique; nous résumerons en quelques mots les déductions pratiques importantes qui résultent de ces doctrines contradictoires.

1° Jusqu'à présent il a été impossible de démontrer positivement que le virus de la blennorrhagie diffère de celui de la syphilis; aucun caractère, aucun signe ne permettent d'établir un diagnostic précis sur la nature des écoulements; toute fois il faut reconnaître, dans la blennorrhagie, deux formes très-distinctes : elle peut être bénigne, en tout semblable aux phlegmasies qui frappent les muqueuses ; ou virulente , syphilitique, et capable de produire l'infection vénérienne. MM. Hunter, Harrison, Girillo, Bosquillon, Adams, Delpech, Lagneau, Lallemand, Ricord, et le plus grand nombre des médecins , pour ne pas dire tous , admettent cette distinction dans la gonorrhée.

2° Toutes les blennorrhagies ne sont pas nécessairement contagieuses ; celles qui le sont proviennent souvent d'un chancre dont l'existence est méconnue , ou échappe à une investigation attentive ; dans ce cas, le pus de l'ulcère se mêle à la matière de la gonorrhée. Celle-ci peut se développer en même temps ou être causée par l'irritation que le pus du chancre détermine dans le canal de l'urètre {Note sur l'identité de la gonorrhée, par M. Ricord, Journ. méd. chir., p. 74, an. 1834). Le pus du chancre, déposé sur la membrane muqueuse, l'enflamme sans spécificité , ou bien il agit d'une manière spécifique ; dès lors on peut expliquer comment, à la suite d'un coït impur, on voit surgir une blennorrhagie simple ou une blennorrhagie syphilitique. La blennorrhagie contagieuse, considérée par MM. Dubois, Cullerier, Ricord, comme un chancre larvé, s'accompagne souvent de tous les symptômes primitifs ou consécutifs de la syphilis ; elle est regardée par d'autres médecins comme une inflammation spécifique qui provoque les symptômes de la syphilis sans qu'il y ait pour cela d'ulcération. M. Ricord a pu se convaincre, par de nombreuses expériences, que toutes les fois qu'un écoulement blennorrhagique donnait des chancres , il y avait, en même temps que la blennorrhagie, des chancres chez la personne infectée ( loc. cit.)

3° Le chancre peut exister dans la blennorrhagie non vénérienne; les ulcérations en forme de vésicatoire et à aspect framboise ne produisent rien à l'ino-

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culation , pas plus que les blennorrahgies simples qui leur donnent naissance.

4° On doit, pour établir un diagnostic précis, s'aider de l'inoculation. On la pratique le plus ordinairement avec une lancette, à la partie interne de la cuisse. Si l'affection n'est nullement vénérienne, il en résulte une pustule qui se rapporte à l'ecthyma, et une ulcération dont la forme décèle l'origine et la nature. Suivant quelques auteurs , le pus de la blennorrhagie ne développe jamais de chancre, à moins qu'il n'y ait en même temps un chancre; ou bien, s'il existe un ulcère et si l'inoculation reste sans effet, c'est qu'alors l'ulcère est dans sa période de réparation. Tous les médecins qui ont fait cette expérience n'ont pas obtenu les mêmes résultats. MM. Bertin, Bayle, Gullerier oncle , Gilbert , ont souvent tenté cette inoculation sans réussir. On ne saurait donc adopter entièrement l'opinion de ceux qui veulent que toutes les fois que du pus blennorrhagique produit l'infection vénérienne, c'est que la présence de quelque chancre a été méconnue , ce qui arrive surtout pour l'urètre de l'homme. Ils soutiennent aussi qu'après la balanite simple, on ne voit jamais de symptômes consécutifs , parce qu'il est facile de s'assurer de l'existence des ulcères.

5° En admettant des blennorrhagies virulentes, sont-elles de même nature que les chancres syphilitiques , ou bien n'en diffèrent-elles que parce que la gonorrhée syphilitique est modifiée , atténuée par le mucus sécrété dans l'urètre. M. Ricord fait observer avec juste raison , « que l'urètre n'est pas le siège unique de la blennorrhagie, et que, d'un autre côté, pour que cela fût vrai , il faudrait que les muqueuses que la blennorrhagie affecte ne pussent être attaquées par aucune autre forme des maladies vénériennes»; ce qui n'est pas, car le pus du chancre déposé sur la membrane de l'urètre , du vagin , de l'utérus , des yeux, produit des chancres; tandis que la matière blennorrhagique , appliquée de la même manière, peut causer une blennorrhagie, mais jamais un chancre ( Note sur l'identité de la gonor. par M. Ricord; Journ. des conn. mèd.-chir, p. 73, an. 1834). Pour M. Ricord, la blennorrhagie diffère du chancre, « en ce que, dans le chancre, il existe toujours une époque à laquelle l'inoculation est possible, c'est-à-dire, où du pus du chancre , porté à l'aide d'une lancette sur un point quelconque de l'économie, y donne lieu au développement d'un chancre identique au premier , tandis que dans la blennorhagie cela n'est jamais possible. » Les seules gonorrhées virulentes, et qui produisent les chancres par inoculation , sont , pour M. Ricord , celles qui coexistent avec des ulcérations de nature chancreuse , développées dans les tissus. Le sentiment de cet auteur, bien que conforme à la vérité dans un grand nombre de

cas , ne l'est pas dans tous ; et l'on est forcé d'admettre que le mucus, simplement sécrété par une membrane non ulcérée , possède des propriétés contagieuses et capables de produire l'infection.

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