CHAPITRE II
De la blennorrhagie chez la femme.
Siège. — La blennorrhagie de la femme présente quatre sièges différents : 1° le vagin (vaginite); 2° l'urètre (urétrite); 3° la vulve; 4° l'utérus. La blennorrhagie vaginale est celle qui se présente le plus fréquemment , et constitue pour beaucoup d'auteurs la véritable blennorrhagie de la femme. L'urétrale n'est pas admise par tous les médecins; M. Ricord , qui s'est étudié à la chercher , assure qu'elle existe huit fois sur douze lorsqu'elle est le résultat d'un coït impur. M. Gullerier ne pense pas qu'elle soit aussi commune. On s'accorde aujourd'hui à reconnaître que la blennorrhagie peut affecter les différentes parties que nous avons nommées.
La variété dans laquelle la membrane qui revêt le col de l'utérus est le siège de l'écoulement, a été désignée, par quelques auteurs, sous les noms de catarrhe utérin syphilitique, de leucorrhée syphilitique, àejlueurs blanches acres. La gonorrhée vulvaire existe rarement seule , presque toujours elle accompagne la gonorrhée vaginale ( vulvo-vaginite ). La continuité de la membrane muqueuse et le contact de la matière blennorrhagique avec les parties restées saines, sont autant de circonstances qui doivent favoriser l'extension de la phlegmasie; on a vu cependant des vaginites de nature évidemment vénérienne, rester limitées à des portions circonscrites de la membrane muqueuse.
Àstruc signale quatre espèces de blennorrhagie chez la femme : « la première occupe la prostate , qui , dans les femmes, embrasse l'urètre, et s'ouvre dans la vulve sous le clitoris, par deux petits orifices ou lacunes qui se trouvent de chaque côté de l'urètre ; la seconde, les glandes de Cowper, situées dans le périnée, près de l'anus, lesquelles s'ouvrent près de la naissance des caroncules myrtiformes; la troisième, les glandes botry formes, répandues dans le vagin en forme de grappe de raisin ( vaginite j ; enfin , la quatrième a pour siège les cellules répandues dans la face intérieure de l'urètre (urétrite). » Astruc avait très-bien observé les formes les plus fréquentes de la blennorrhagie ; quant à la gonorrhée urétrale, il n'ose pas affirmer qu'elle existe seule et indépendamment des autres (ouv. cit., t. m, p. 7 et 8).
La muqueuse urétro-vagiuale est rouge partiellement, ou dans toute son étendue; il y a en même temps tuméfaction , chaleur et douleur. On trouve la
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muqueu.-c du vagin et du col de la matrice couverte de papales ou de follicules plus ou moins développées, « constituant une vaginite ou utére-vaginite papuleuse.une psorélylrie»(Z)e lablennor. delà femme, par M. Ricord, Journ. des conn.mêd.-chir., p. 34, an. 1833). Cette utéro-vaginite se présente , tantôt sous forme de petites taches de la grosseur d'une tête d'épingle, plus ou moins nombreuses, tantôt sous forme de granulations privées en quelque sorte d'épithélium, et analogues à des bourgeons charnus; elies peuvent même devenir de véritables végétations. On a encore observé, dans le vagin et sur l'utérus, des plaques de grandeur variable, semblables à des surfaces de vésicatoire en pleine suppuration , une éruption d'herpès phlyeténoïdes , des ulcérations (M. Ricord, loc. cit.).
Invasion et symptômes de la maladie. ■ — L'époque de l'invasion de la blennorrhagie vaginale est aussi variable chez la femme que chez l'homme. L'apparition peut en être soudaine; on lit dans la thèse de M. Petigny {De la blennor. chez ta femme, 9re 1831 ), qu'une jeune fille fort naïve, qui vint à la consultation de l'hôpital des vénériens , raconta , « qu'ayant cédé aux transports de son amant , elle s'aperçut, en reprenant ses sens, après une extase prolongée , d'un écoulement vaginal douloureux, qui ne l'avait pas quittée depuis »; cet écoulement avait tous les caractères d'une blennorrhagie. On conçoit d'après l'étendue et la disposition anatomique de la muqueuse des organes sexuels chez la femme, que l'application d'un virus ou de tout autre liquide irritant , puisse déterminer très-promptement une phlegmasie. Il n'est pas facile d'établir le temps d'incubation delà gonorrhée, ni l'époque de son invasion chez les femmes , parce que celles-ci , sujettes la plus part du temps aux flueurs blanches, confondent ensemble les deux écoulements. On trouve cependant, que tantôt il se manifeste immédiatement après le coït comme dans l'observation précédente , que le puis ordinairement il a une incubation de trois à quatre jours , et que, lorsqu'il occupe les parties profondes du vagin ou de la cavité utérine, il n'a lieu qu'un temps fort long après le coït.
Elle est annoncée par un prurit incommode, et une sensation de chaleur et de tension aux parties génitales; cuisson assez vive, surtout au moment de l'excrétion des urines. Les malades éprouvent de la douleur sur les côtés des grandes lèvres, aux nymphes, au clitoris, aux caroncules myrtiformes et au méat urinaire. Quelquefois toutes ces parties sont le siège d'une telle sensibilité, que les mouvements de progression sont pénibles, et la gêne qu'ils causent aux malades apporte dans leur marche quelque chose de particulier qui les fait ressembler aux femmes grosses. Quand on examine les organes génitaux , on voit qu'ils
sont notablement tuméfiés, que les grandes lèvres ne peuvent être écartées sans exciter de vives douleurs. 11 n'est pas rare non plus d'y rencontrer des ulcérations qui n'ont rien de syphilitique. Le siège habituel des ulcérations est la fosse naviculaire, où le muco-pus tend à séjourner; cette humeur, qui les a fait naître , peut les entretenir un temps souvent fort long chez les sujets malpropres, qui n'ont recours à aucune injection , et laissent le pus s'accumuler dans le vagin. Du reste , nous ferons , pour ces ulcérations de la femme, la même observation que pour les ulcérations qui accompagnent la blennorrhagie de l'homme; elles n'ont quelquefois aucun caractère syphilitique, et sont le produit de l'inflammation pure et simple des tissus membraneux. Il en serait de même, suivant quelques auteurs , des tubercules muqueux qui envahissent le pourtour de la vulve , et qui surviennent à l'époque de la plus grande intensité du mal. Il n'est pas toujours facile de reconnaître s'ils ne sont que l'effet de la phlegmasie , ou l'effet de la spécificité de la blennorrhagie. On ne peut pas, cependant, regarder comme vénériennes ces myriades de petites élévations papillaires , semblables à des végétations , que leur siège, leur état stationnaire, leur uniformité, ne permettent pas de confondre avec ces dernières.
Les symptômes de la blennorrhagie de la femme varient en intensité. Chez quelques-unes , l'inflammation est si vive , que le coït , l'introduction du doigt dans le vagin provoquent des douleurs violentes; d'autres, au contraire, continuent à entretenir des rapports avec l'homme. Les unes ont un écoulement copieux , fétide ; d'autres présentent à peine les traces d'un flux qui reste muqueux, et n'offre jamais la couleur blanche puriforme qu'on lui voit prendre chez quelques femmes.
En général , la gonorrhée chez elles se comporte à peu près comme celle de l'homme; mais les accidents sont moins graves , moins douloureux , surtout lorsque l'urètre n'est pas affectée. En effet , le passage continuel de l'urine, qui est une cause d'angoisses si a ives pour l'homme , cause peu de souffrance à la femme. Toutefois , pendant et après l'écoulement menstruel, les symptômes acquièrent plus d'intensité. On voit aussi certains sujets irritables éprouver une ardeur extraordinaire pour les plaisirs de l'amour, lors même que le vagin est déjà le siège de l'inflammation.
11 importe , quand on veut avoir une idée précise de l'étendue de la blennorrhagie , du siège qu'elle occupe, et de sa nature, de recourir à l'examen des organes delà génération à l'aide du spéculum. Par ce moyen, on pourra facilement apprécier l'état dans lequel se trouvent les parties , et découvrir des lésions qui échapperaient nécessairement sans ce mode d'ex-
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ploration. Du reste, si l'application du spéculum est utile dans la blennorrhagie aiguë, elle est indispensable, ainsi que nous le dirons plus loin, dans la blennorrhagie chronique. L'inspection directe du vagin , de ' la vulve, permet seule de décider si la gonorrhée est vaginale ou urétrale.
Quand l'inflammation s'est propagée à l'urètre , ou quand elle occupe cette partie de prime abord, la malade ressent, lorsqu'elle expulse les urines, une cuisson et une chaleur vives , et les autres phénomènes que l'homme éprouve dans la gonorrhée. La douleur dépend de l'irritation que produit le passage de l'urine dans la membrane de l'urètre ; mais souvent aussi elle tient à ce que l'urine touche les parties génitales externes, et en particulier les petites et grandes lèvres , le clitoris et les corps caverneux , parties qui sont tuméfiées et phlogosées. Un autre symptôme plus important que celui dont nous parlons, et seul capable de faire reconnaître la blennorrhagie urétrale , c'est l'issue par le méat urinaire d'une certaine quantité de mucus variable par sa couleur. Pour rendre manifeste cet écoulement, il faut introduire le doigt indicateur dans le vagin , et exercer une pression d'arrière en avant sur le trajet du canal , afin de faire sortir la matière qu'il renferme. On voit alors se former à l'orifice externe de l'urètre une gouttelette purulente qui permet sur-le-champ de prononcer qu'il existe une blennorrhagie. On parvient de cette manière à découvrir des gonorrhées chez des femmes qui , n'ayant aucune blennorrhagie vaginale , ont intérêt à cacher la vérité, et refusent d'avouer qu'elles sont malsaines. Ces urétrites , pour ainsi dire latentes, qui transmettent presque aussi sûrement la maladie que la vaginite, rendent suffisamment compte du mode de développement de ces blennorrhagies de l'homme, que l'on ne pouvait pas rapporter à une cause infectieuse, parce que l'attention n'étant pas fixée sur cette forme de la gonorrhée , on négligeait de porter l'investigation du côté du canal de l'urètre, et que sa phlegmasie était méconnue dans le plus grand nombre de cas. Des femmes saines en apparence pouvaient ainsi infecter impunément un grand nombre d'individus , qui n'osaient pas suspecter la source d'où provenait en réalité leur mal. Nous dirons donc que, toutes les fois qu'il s'agit de prononcer sur la santé d'une femme , il faut examiner avec grand soin le canal de l'urètre. On ne manque jamais, lorsqu'une fille publique sort de l'hôpital des vénériens , de faire celte recherche. Les seuls cas qui contre -indiquent l'emploi du spéculum sont l'inflammation trop intense de la vulve et de l'entrée du vagin , l'étroitesse des parties chez les jeunes filles , la présence de la membrane hymen , l'écoulement des règles. L'état de grossesse n'est pas, suivant M. Ricord, une circonstance qui doive empêcher de recourir à l'usage
du spéculum, quand son introduction est faite d'une manière lente et graduée; il eu est de même du toucher.
La blennorrhagie urétrale ne peut pas toujours être reconnue par le médecin , parce que les femmes infectées, ayant acquis une certaine habileté dans l'art de tromper le médecin, et n'ignorant pas que les urines entraînent la matière de l'écoulement , font disparaître pour un instant tous les vestiges de la maladie. Elles savent aussi par des lotions convenablement dirigées , par des injections , des pressions exercées sur l'urètre , enfin , par toutes sortes de manœuvres, soustraire leur mal aux recherches de l'homme de l'art.
Quant aux blennorrhagies qui affectent une partie limitée du vagin ou le col de lulérus, l'examen avec le spéculum est la seule manière de déterminer le véritable siège de la maladie.
Il existe une assez grande différence entre le produit de la sécrétion du vagin et celui de l'utérus. Quand on visite une femme chez laquelle la blennorrhagie est utérine, on voit que la matière de l'écoulement est analogue, pour la couleur et la consistance , à l'albumine : il est très-visqueux et adhère fortement au col de l'utérus. Suivant M. Lagneau, l'inflammation utérine ne donne lieu d'ordinaire à aucun écoulement ( Dict. de méd. , art. cité , p. 377). M. Ricord a vu souvent paraître dans les écoulements utérins, les signes de la métrite, tels que, pesanteur sur le siège , chaleur du col au toucher, sensibilité de la matrice par la pression à travers le vagin ou la région hypogastrique , tension vers les fosses iliaques, aberration de la menstruation ; ces symptômes ne se sont pas toujours montrés quoiqu'il existât une métrite.
Marche , durée, terminaison. — La blennorrhagie chez la femme a plus de tendance à passer à l'état chronique que chez l'homme ; elle est remplacée alors par une sorte de leucorrhée, capable ou non de transmettre la maladie. Lors même qu'elle se termine par guérison, elle a une durée plus longue que chez l'homme , sans doute, en raison de l'étendue de la phlegmasie, du peu d'inconvénient qui en résulte pour la femme : ce qui fait qu'elle continue à se livrer au coït, et entretient une irritation permanente qui retarde la guérison. Après un temps plus ou moins long, et qui varie entre deux et six septénaires , la douleur diminue, le gonflement disparaît; il ne reste plus qu'un écoulement, qui perd tous les jours de sa consistance , devient clair, et finit par se tarir entièrement.
La blennorrhagie peut se terminer par la guérison, le passage à l'état chronique ou la délitescence , ce qui est assez rare : d'autres terminaisons, plus graves, consistent en altérations des systèmes muqueux et osseux ; on ne sait pas encore sous quelles influences elles se développent. Les suites de la blennorrhagie
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ne sont pas aussi graves chez la femme que chez l'homme. On ne voit point chez elle l'inflammation cheminer vers les organes urinaires, et les envahir successivement ; on n'a pas à redouter les rétrécissements du canal de l'urètre, les phlegmasies chroniques et rebelles de la prostate, des vésicules séminanales , les cystites aiguës , les dégénérescences du testicule, qui succèdent souvent à des blennorrhagies répétées.
Complications. — Une des complications qui doit être placée en tête de toutes les autres, est l'infection vénérienne, soit primitive soit consécutive. On a longtemps discuté , et ce grand débat n'est pas encore terminé , pour savoir si la blennorrhagie simple, contractée par l'union des sexes, pouvait ou non être suivie des symptômes secondaires de la syphilis. Nous nous sommes occupé de cette question en parlant de la blennorrhagie de l'homme ; rappelons seulement, que les uns prétendent qu'elle n'est jamais un des symptômes de la maladie vénérienne constitutionnelle, et qu'elle ne peut, dans aucun cas, lui donner naissance : que d'autres soutiennent une opinion contraire , et non moins exclusive. On s'accorde aujourd'hui à reconnaître que lagonorrhée peut être simple ou syphilitique , cette distinction mérite d'être conservée : elle est appuyée sur des observations nombreuses , sur la vieille expérience de médecins qui ont fait une longue étude des maladies vénériennes. Les papules muqueuses , les végétations , les chancres qui tiennent à un principe virulent, sont des complications qui se rattachent à l'infection syphilitique. 11 ne faut pas regarder comme un des symptômes de cette infection les adénites ou bubons, qui n'annoncent autre chose que l'intensité de la phlegmasie : lors même qu'ils suppurent, ils n'ont pas la propriété de produire le chancre par l'inoculation. Aussi quelques auteurs ne veulent-ils y voir qu'un des effets de l'irritation.
Durant le cours des blennorrhagies , il n'est pas rare de voir l'inflammation, qui semblait prête à s'éteindre , se rallumer tout à coup, à la suite d'un écart de régime , d'excès dans le coït, ou même sans cause appréciable. D'autres fois l'inflammation se déplace, quitte son premier siège, pour se porter sur la conjonctive , l'iris , la synoviale , et le système fibreux des articulations. Les métastases ou transports de la phlegmasie d'un lieu dans un autre, sont moins fréquents chez la femme que chez l'homme (Lagneau). Elle peut se propager vers la vessie et vers l'utérus; dans ce dernier cas, qui est assez rare, le col de la matrice est gonflé, très-chaud; le moindre attouchement augmente la sensibilité des parties; il se manifeste de la douleur à la région hypog astrique, dans les lombes, les aines et le haut des cuisses, Les exemples de phlegmasies utérines déve-
loppées de cette manière ne sont pas très-communs.
L'inflammation s'étend quelquefois plus loin ; elle gagne les ovaires, les ligaments larges et le tissu cellulaire de l'une ou l'autre fosse iliaque. Dans ce cas , l'écoulement diminue , la douleur se manifeste dans le côté , et augmente au moment de la défécation , de l'émission des urines et de la pression exercée à l'aide du doigt introduit dans les parties ; on voit reparaître l'écoulement lorsque l'inflammation diminue ; il se passe là quelque chose de semblable à ce qui a lieu dans la blennorrhagie de l'homme , lorsque l'urétrite se propage jusqu'au testicule , ou qu'il s'opère une métastase sur cet organe.
La cystite s'observe assez souvent comme complication de l'urétro-vaginite. Presque toujours, lorsque la vaginite ou l'urétrite sont un peu intenses, il y a des douleurs au moment de l'émission des urines ; celles-ci sont rendues plus fréquemment , rouges , sédimenteuses : il y a quelquefois hématurie.
Lorsque les malades sont malpropres , ou lorsque la matière gonorrhéique est très-âcre, et que les femmes sont replètes , on voit la partie externe des grandes lèvres et le dedans des cuisses devenir le siège d'une rougeur érythémateuse ou eczémateuse ; la peau ainsi irritée laisse quelquefois suinter une matière mucoso-purulente, qui a une odeur fétide, et précède ou accompagne le développement des papules muqueuses.
Il est un accident qui se montre quelquefois durant la blennorrhagie, et qui ajoute à la gravité de l'affection ; nous voulons parler de ces abcès qui se développent dans l'épaisseur ou à la face interne des grandes lèvres , et qui annoncent plutôt la vivacité de l'inflammation qu'une infection vénérienne générale. 11 suffit , en effet , que la phlegmasie vaginale soit intense, qu'elle se communique au tissu cellulaire sous-jacent, pour qu'il en résulte un véritable phlegmon , et par suite un ou plusieurs foyers purulents. L'apparition de ces abcès, qui a quelque chose de suspect , coïncide , chez certains malades, avec les symptômes non douteux d'une vérole confirmée. Lorsque ces dépôts sont convenablement traités , lorsqu'on les ouvre de bonne heure , on obtient le recollement de leurs parois ; mais souvent il est très-difficile , malgré les soins les mieux entendus , de faire cicatriser les plaies; il reste alors des fistules qu'il n'est pas aisé d'apercevoir, et dont l'étendue est souvent considérable. On rencontre, à la face interne des grandes ou des petites lèvres , un ou deux replis semi-lunaires de la muqueuse , qui ont quelquefois une ligne d'étendue , et recouvrent un petit orifice qui est le commencement de la fistule. Si on y introduit un stylet , on arrive dans une cavité de dimension variable, qui remplace l'abcès : tantôt il occupe toute l'épaisseur d'une des grandes lèvres ; tantôt le stylet , sui-
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vantles contours d'une longue fistule, pénètre dans le rectum, fait découvrir une fistule recto-vaginale , qui expose les malades à une infirmité dégoûtante, et dont il n'est pas toujours facile de les guérir. En général, les foyers se recollent aisément , à moins que l'on n'ait pas fait attention à ces abcès , et que la matière purulente, infiltrée dans le tissu cellulaire lâche et abondantdes parties génitales, n'ait amené des décollements considérables. A la suite de ces inflammations il se forme aussi , dans l'épaisseur des lèvres , des kystes plus ou moins volumineux, qui peuvent rester sans s'altérer, ou qui s'enflamment, suppurent, et s'abcèdent.
Quelques femmes offrent des perturbations du flux menstruel ; les unes sont prises d'aménorrhée , les autres de véritables métrorrhagies. L'œdème des différentes parties composant la vulve a été observé dans certains cas. Tantôt les nymphes seules sont frappées d'œdèrae , et il existe une espèce de phimosis : tantôt les grandes et petites lèvres s'infiltrent en même temps ; et ces dernières sont étranglées par suite du développement des grandes lèvres. Ces œdèmes se résolvent le plus ordinairement ; quelquefois cependant il arrive des indurations difficiles à guérir , des suppurations ou des gangrènes {Des complical. de la blennorr. ; Jour, des con. méd.-chir., p. 97, an 1833).
Diagnostic. — Nous avons vu , en parlant de la blennorrhagie de l'homme , combien sont vagues et incertains les caractères à l'aide desquels on a prétendu distinguer la blennorrhagie contractée par un coït impur de celle qui est purement inflammatoire : cette incertitude est portée à telle point , quand il s'agit de décider si un écoulement est vénérien ou non chez la femme , que les médecins les plus consommés dans le diagnostic des maladies vénériennes n'hésitent pas à déclarer qu'en pareille circonstance on est contraint de former son opinion d'après de simples probabilités , à moins qu'il n'existe en même temps des symptômes non équivoques d'infection syphilitique. Tous les jours on voit des femmes tromper les médecins les plus habiles en leur faisant croire que les blennorrhagies , dont elle présentent les signes , sont de simples fiueurs blanches auxquelles elles sont depuis longtemps sujettes. On a dit que les symptômes de la blennorrhagie prenaient subitement une grande intensité , tandis que les fiueurs blanches s'accompagnaient de débilité , d'une asthénie générale plus ou moins prononcée , de pesanteur à l'estomac , de faiblesse des membres , de céphalalgies , d'une menstruation difficile ou irrégulière, mais il est évident que l'état de la constitution , sans être tout à fait indifférent pour le diagnostic, ne peut servir à faire reconnaître une blennorrhagie d'une leucorrhée. Et d'ailleurs les deux maladies pourraient exister simultanément.
L'examen attentif des parties génitales à l'aide du spéculum ne fournit pas des renseignements plus précis : lors même que les malades ont tous les symptômes de la gonorrhée , tels que la difficulté dans la marche , dans l'expulsion des urines , la couleur, l'augmentation des quantités de l'écoulement. Aussi dirons-nous avec Hunter, dont l'expérience mérite bien d'être prise en considération , que nous ne connaissons d'autre moyen, pour reconnaître la maladie, que de consulter les circonstances qui ont précédé l'écoulement; telles, par exemple, que l'habitation avec un homme suspect, ou même la communication de cette maladie à un autre homme. Il faut observer toutefois que le développement d'une blennorrhagie chez un homme , ne suffit pas pour faire suspecter la femme avec laquelle il a eu des rapports ; on voit tous les jours des sujets contracter la maladie pour avoir eu commerce avec une femme atteinte seulement de fiueurs blanches un peu acres , de métrite aiguë ou chronique , d'ulcérations ou de toute autre affection non vénérienne du col de l'utérus. Ajoutons enfin que certaines femmes , ayant un écoulement vaginal, cohabitent pendant longtemps avec un individu sans lui transmettre aucun mal; et que, s elles viennent à communiquer avec une autre , celuici contracte quelquefois la maladie à laquelle le premier à échappé. Ces diverses circonstances prouvent combien on doit être circonspect lorsqu'il s'agit de déclarer qu'une femme est affectée de blennorrhagie.
Suivant M. Ricord, le pus peut rester plus ou moins longtemps dans un follicule ou un repli muqueux avant de produire des effets. Cette particularité expliquerait pourquoi un homme contracte la maladie avec une femme qui , un jour auparavant , avait cohabité avec un autre homme sans l'infecter. On a aussi remarqué qu'une femme pouvait donner des chancres ou une blennorrhagie , en communiquant à un homme de la matière virulente déposée dans ses parties génitales par un autre individu; c'est ce qui arrive chez les prostituées. Les femmes qui n'ont pas de blennorrhagie, et qui la font naître chez l'homme qui a des rapports avec elles , portent quelquefois des ulcérations simples ou granulées du col , des catarrhes utérins ; souvent l'individu qui prend la maladie avec elle, et qui se guérit, peut ensuite avoir de nouveaux rapports sans contracter le mal , et sans que, pour cela, la femme ait été traitée ; il semble que ces individus soient devenus invulnérables. Mais, ce qui a lieu de surprendre , c'est que si un autre homme reçoit les faveurs de la même femme , il ne tarde pas à prendre sa maladie et acquiert à son tour le privilège de ne plus rien attraper (M. Ricord).
Les filles ou les femmes encore vierges , ou du moins en apparence , peuvent aussi donner les blennorrhagies lorsqu'elles ont quelques-unes des lésions
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que nous avons indiquées , ou lorsqu'elles ont contracté une blennorrhagie virulente. Il peut très-bien se faire que les caractères de la virginité soient conservés, et que la vulve ait été infectée seulement jusqu'à la membrane hymen. «Ces cas, dit M. Ricord, prouvent que quand on a contracté la chaudepisse avec une vierge , il faut bien se garder de la rapporter toujours à un échauffement banal , ou , si l'on veut, à de l'irritation , à de l'inflammation simple , les signes physiques de la virginité n'étant pas ceux de la sagesse , qui , comme on le sait, n'en a malheureusement pas» {De la blcnnorr., art. cité ).
Le seul moyen , suivant quelques auteurs, de différencier les blennorrhagies virulentes de celles qui ne le sont pas , est l'inoculation à l'aide de la lancette ; s'il n'y a pas de chancre qui fournisse la matière , l'inoculation est incapable de produire l'ulcération. Quant aux femmes atteintes de blennorrhagies compliquées de pustules muqueuses , quelquefois elles communiquent des blennorrhagies seulement , ou bien des chancres ou les deux maladies à la fois ; ces papules sont considérées, par le plus grand nombre des médecins , comme signe positif de vérole. Néanmoins, elles ne peuvent être inoculées, soit qu'on prenne le liquide sécrété à leur surface, soit qu'on prenne l'écoulement qui les accompagne ou les précède.
Le pronostic de l'écoulement est moins grave chez la femme que chez l'homme, en raison de la disposition anatomique des parties et de la facilité que l'on a de porter les médicaments sur les membranes altérées, sans qu'il en résulte ces désordres qui sont si graves et si nombreux chez l'homme. La vaginite ne traîne pas à sa suite toutes les complications que nous avons signalées en parlant de la blennorrhagie de l'homme; quelquefois cependant elle devient l'origine de métrites chroniques, d'ulcères du col, et d'autres lésions, qui succèdent aux vaginites dont la durée a été longue , et dont les femmes dissimulent avec soin la véritable cause. Combien de leucorrhées rebelles , de maladies du col utérin , qui n'ont pas d'autre point de départ !
Causes de la blennorrhagie. — Outre les causes de la blennorrhagie que nous avons déjà énumérées ( voir chap. i), il en est d'autres qui sont particulières aux femmes. Nous placerons au nombre des causes directes, les premières approches conjugales , le viol , l'introduction d'un pénis disproportionné avec les organes génitaux de la femme, ou de corps étrangers, de pessaires, la masturbation, l'état d'orgasme dans lequel se trouve l'appareil génital à l'époque de la menstruation, l'éruption difficile ou la suppression accidentelle des règles; toutes ces causes donnent lieu à une vaginite pure et simple qui doit être considérée comme une phlegmasie membraneuse, comparable, sous tous les rapports, à celle des autres muqueuses.
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