CHAPITRE III
De la blennorrhagie chronique de l'homme et de la femme , ou blennnorrhée.
Causes de la blennorrhagie. — La blennorrhagie ne suit pas toujours la marche rapide que nous avons tracée précédemment. Elle est, dans quelque cas, chronique dès son début : l'écoulement est alors le seul symptôme qui l'annonce ; mais le plus ordinairement la blennorrhée succède à l'urétrite aiguë dont elle est la terminaison. Les blennorrhagies qui ont été négligées ou traitées d'une manière peu méthodique , celles qui ont été entretenues par des excès ou un régime trop excitant, dégénèrent presque toujours en blennorrhée, c'est-à-dire en un écoulement interminable, qui résiste souvent aux soins les mieux entendus. Les individus qui sont repris pour la seconde ou la troisième fois d'une nouvelle blennorrhagie présentent un simple écoulement qu'il croient presque toujours devoir rapporter à la précédente blennorrhagie dont elle n'est suivant eux que le retour. Ce que l'on désigne quelquefois sous le nom de chaudepisse à répétition, n'est autre chose qu'une blennorrhagie dont les symptômes inflammatoires à peine marqués échappent à l'investigation du médecin et du patient lui-même. Toutefois il est certaines chaudepisses à répétition qui ne sont en réalité , ainsi que le prétendent les malades , qu'une récidive de la première blennorrhagie ; elles tiennent à ce que l'inflammation chronique, mal éteinte, a une certaine tendance à se reproduire sous l'influence des causes les plus légères. L'urétrite, la vaginite, en un mot, l'inflammation chronique delà muqueuse des voies génitales, est donc la première et la plus fréquente des causes de la blennorrhée ; dans ce cas , le flux muqueux est l'effet d'un reste d'irritation qui devient très-manifeste lorsqu'elle repasse à l'état aigu.
L'examen du canal de l'urètre de plusieurs individus morts avec des écoulements très-anciens a permis de voir la membrane muqueuse avoisinant le col de la vessie , celle de la portion prostatique du canal, hypertrophiée, spongieuse , tuméfiée , injectée, d'une couleur bleuâtre livide, ou d'un rouge ardoise foncé. Les follicules muqueux de toute la membrane, et particulièrement de la prostate, sont considérablement augmentés, et forment de véritables lacunes qu'il est très-facile d'apercevoir. M. Lallemand , à qui nous empruntons ces détails ( Observations et réflexions sur les mal. des org. gérât, urinaires , Paris), pense que les blennorrhées qui sont rebelles à tout traitement sont dues à l'altération de la muqueuse que nous venons de décrire. Les tissus affectés jouissent en quelque sorte d'une organisation nou-
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velle; les capillaires, sans cesse engoués , fournissent aux sécréteurs les matériaux incessants de la blennorrhée ; soit que l'on regarde cette disposition morbide comme une des suites de l'irritation qui a fixé son siège sur la membrane , ou bien que l'on ne veuille y voir qu'une modification organique à laquelle l'irritation est actuellement tout à fait étrangère, il n'en est pas moins vrai que , dans la plupart des cas , la blennorrhagie aiguë a été le véritable point de départ de la maladie. Quelquefois, chez les individus à tempérament lymphatique, et qui contractent facilement des inflammations catarrhales, il s'établit d'emblée une blennorrhagie chronique, qui a tous les caractères d'un flux purement muqueux , en d'autres termes , une blennorrhée légitime; c'est surtout chez les femmes lymphatiques, vivant dans l'humidité et sujettes aux flueurs blanches, que les vaginites deviennent de véritables blennorrhées. Cette forme de la blennorrhagie s'observe encore chez les femmes qui , se faisant une habitude du libertinage, contractent des blennorrhagies qu'elles ne laissent pas guérir, et qui se perpétuent, par suite des excès auxquels elles se livrent, ou par une nouvelle infection : ces causes, du reste, agissent de la même manière chez l'homme.
On peut regarder comme capables de perpétuer les écoulements, l'habitation d'un lieu étroit , humide, et soustrait aux rayons solaires , le refroidissement continuel des pieds ou de tout le corps. Aussi voit-on le le suintement habituel qui se fait par les parties génitales, augmenter lorsque les sujets atteints de blennorrhée se trouvent placés dans ces conditions; au contraire , il diminue ou même disparaît momentanément, lorsqu'ils passent dans une atmosphère chaude et sèche. 11 en est des suintements habituels comme des flueurs blanches , qui ne sont du reste que des blennorrhées; tout ce qui influe sur les uns agit aussi sur les autres.
11 est une altération siégeant dans la membrane de l'urètre , et qui détermine des blennorrhagies aussi opiniâtres que la cause même qui les entretient ; nous voulons parler des rétrécissements de l'urètre. Les auteurs qui se sont occupés des maladies des voies urinaires, considèrent les rétrécissements et les diverses lésions de la muqueuse , comme des obstacles à laguérison des blennorrhées ; ils sont en même temps effet et cause des écoulements. La prostate participe souvent à la maladie ; la blennorrhagie aiguë les fait naître , et lorsqu'elle a cédé plus ou moins complètement , il reste comme autant de points d'irritation qui perpétuent la blennorrhée. Ces altérations organiques qui n'ont fait que succéder à la phlegmasie urétrale, persistent lorsque celle-ci s'est éteinte, et deviennent à leur tour une cause de l'irritation qui se transmet à la membrane , et la force à sécréter. Il faut bien concevoir ces différentes phases et se les re-
présenter comme des suites de l'inflammation, mais qui n'ont plus avec ce grand phénomène qu'un rapport très-éloigné. Si la phlegmasie a été l'origine des lésions organiques, la blennorrhée, qui en résulte, a un tout autre caractère à l'époque dont nous parlons , et doit être considérée comme le résultat d'une nutrition morbide, qui change les fonctions de la muqueuse urétrale. Le praticien qui ne tiendrait pas compte de ces transformations successives de la phlegmasie, courrait le risque d'échouer dans les diverses méthodes de traitement qu'il mettrait en usage. Des causes plus au moins analogues peuvent occasionner chez la femme des écoulements prolongés; telles sont les ulcérations non vénériennes, et la métrite du col de l'utérus, son engorgement chronique, un développement des cryptes de la muqueuse vaginale.
D'autres causes purement mécaniques sont suivies des mêmes effets La présence d'un calcul dans la vessie, l'introduction passagère, mais souvent répétée, d'une sonde dans le canal de l'urètre , la présence d'un pessairechez la femme, l'accouchement, l'équitation prolongée, suffisent pour produire la blennorrhée.
Symptômes de la blennorrhée. — Lorsque tous les symptômes de la blennorrhagie sont entièrement dissipés, l'écoulement diminue de jour en jour, et disparaît enfin, après un temps qu'il est impossible de fixer; mais quelquefois il persiste , et devient alors une blennorrhée que l'on désigne aussi sous le nom de suintement habituel. Les malades qui en sont affectés présentent, surtout le malin , avant d'avoir uriné, une gouttelette d'un liquide en général peu épais, visqueux, assez transparent, quelquefois verdàtre; dans d'autres cas incolore, et semblable au mucus des fosses nasales. Certains individus ont un écoulement blanchâtre, qui laisse sur le liuge une tache de même couleur, présentant au centre unematière blanche , comme pulvérulente lorsqu'elle est desséchée. La plupart du temps, le linge est empesé par le liquide qui y fait une tache analogue à celle que détermine la liqueur spermalique ; d'autres fois il est coloré et verdâlre, comme durant le cours de la blennorrhagie. Le mucus qui sort par le canal de l'urètre se montre aussi sous la forme de petits filets blancs ; la couleur, la consistance et l'aspect de la matière blennorrhagique varient presque à l'infini; il nous suffit d'avoir indiqué ses principales propriétés. 11 en est de même des quantités du liquide sécrété: tantôt, c'est seulement au réveil que le malade aperçoit le mucus amassé à l'extrémité de la verge; souvent il est oblige, pour le rendre visible , d'exercer une certaine pression sur le canal de l'urètre; tantôt le suintement est si faible, qu'il faut enlr' ouvrir le méat urinaire pour eu constater la présence; cette humidité habituelle est un des plus faibles degrés de l'écoulement, 11 est assez
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abondant chez quelques individus lymphatiques pour déposer sur le linge une grande quantité de mucus; c'est ce qu'on voit chez les femmes , dont le vagin fournit sans cesse une quantité considérable de mucus. On connaît sous le nom de goutte mililaireh blennorrhée ou suintement habituel.
Quand on examine les organes de la génération , on trouve que le méat urinaire est souvent livide , violacé, ou d'un rouge foncé; quelquefois on y découvre des lacunes muqueuses assez développées. En parcourant le canal, on rencontre, dans quelques cas, sur son trajet, des inégalités qui correspondent à des indurations de la membrane ou à des rétrécissements. C'est là une complication à laquelle ne se rattache pas toujours la blennorrhée.
La blennorrhée peut persister au même degré pendant un temps fort long. On peut assurer qu'il est peu de maladies sur lesquelles les influences, soit extérieures soit intérieures, aient plus d'action. Toutes les causes que nous avons étudiées , font tantôt augmenter, tantôt diminuer la sécrétion; la couleur, la consistance de l'écoulement , changent aussi d'un moment à l'autre. Enfin , lorsque le modificateur agit énergiquement , on voit la blennorrhée être remplacée par une phlegmasie sur-aiguë de la membrane. C'est souvent par le passage de l'état chronique à l'état aigu , que se guérissent quelques blennorrhagies invétérées. Mais ordinairement cette nouvelle inflammation , après avoir parcouru ses périodes d'état , d'augment, de déclin, s'apaise, et la blennorrhée reprend, pour ainsi dire , son droit de domicile.
Les blennorrhagies chroniques et les blennorrhées, qui se rattachent ordinairement à l'irritation , ont des suites désastreuses pour la santé des individus qui les ont imprudemment négligées. Ce sont elles qui amènent des changements dans la structure de la muqueuse, des rétrécissements, des inflammations chroniques de la prostate , de la vessie, des incontinences d'urine, des pertes séminales, etc.