CHAPITRE IV
Traitement de la blennorrhagie.
Dans les traitements de la gonorrhée , on doit se proposer de remplir trois indications générales :1a première est de faire avorter l'inflammation avant qu'elle se déclare , ou avant qu'elle soit parvenue à un haut degré d'intensité; la seconde , de combattre l'inflammation une fois qu'elle s'est développée ; en troisième lieu, de guérir les accidents qui résultent de l'inflammation aiguë ou chronique , telle que la cystite, l'engorgement de la prostate, la blennorrhée , etc. Nous appuyant" sur ces indications, nous avons rangé dans les divisions suivantes tout ce qui est relatif au trai-
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lement de la blennorrhagie : 1 ° prophylaxie de la gonorrhée; 2° traitement abortif de l'inflammation; 3° de la période aiguë ; 4° de la période chronique et de diverses espèces de blennorrhées ; 5° traitement des accidents et de quelques symptômes de la blennorrhagie ; 6° traitement chez la femme.
A. Prophylaxie de la blennorrhagie.
Le traitement prophylactique de la blennorrhagie est le même que celui de la syphilis; ce que nous allons dire peut donc s'appliquer également à l'une et à l'autre affection. Ce n'est qu'avec une certaine crainte que nous abordons ce chapitre, qui doit renfermer rénumération de tous les remèdes que l'on a vantés comme devant mettre à l'abri de la contagion syphilitique. Si l'esprit de ce livre nous fait un devoir de publier la liste de tous les prétendus préservatifs , nous n'oublierons pas cependant qu'une certaine réserve nous est commandée par la nature même du sujet; d'autant plus qu'un médecin justement estimé, dans un ouvrage tout récent , n'épargne pas le blâme à ceux qui seraient tentés de faire connaître des spécifiques contre la contagion ( Parent - Duchatelet, De la prostitution dans la ville de Paris ; t. ii, p. 516 et suiv.). Suivant lui, « c'est à la morale qu'il appartient d'examiner à quel point est licite une invention dont l'unique objet est d'ajouter à l'attrait naturel du vice celui de l'impunité.» De telles idées n'ont plus cours parmi les médecins; on ne peut guère les retrouver que dans le bref du pape (1826) qui frappe d'anathème un moyen préservatif bien connu, et qui donne entre autres motifs celui-ci : qu'un préservatif entrave les décrets de la Providence , qui a voulu punir les créatures par oh elles avaient péché. Les sociétés médicales, ne tenant aucun compte de préjugés aussi contraires à la raison , n'en ont pas moins cherché à arrêter la propagation de la syphilis, en mettant au concours ce sujet important ( S'ociét. méd. et nat. de Bruxelles, 1834; voyez les mémoires de MM. Ratier, Petermann, Dugniolles).
Pour beaucoup de personnes , la question de morale l'emporte sur toutes les autres. Nous voyons la Faculté de médecine l'envisager seulement sous ce point de vue, lorsqu'en 1 772 elle expulsa de son sein et raya de la liste de ses membres un nommé Guilbert de Préval, qui s'annonçait comme l'inventeur d'un remède prophylactique de la syphilis, et qui avait donné à sa découverte une publicité scandaleuse. Imbue d'un rigorisme plus sévère que celui qui régnait à celte époque, où l'on comptait 30,000 filles publiques dans Paris et ses enviions (1773), l'assemblée déclara «qu'un préservatif pour la maladie dont il est question produirait un dérèglement dont souffriraient la population , le bon ordre social et la pureté des mœurs. » Il y aurait beaucoup à dire sur la décision
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renfermée dans le peu de lignes que nous venons de citer : c'est là une grande question d'hygiène publique qui n'a été qu'effleurée dans l'ouvrage de Parent-Duchatelet, et sur laquelle les auteurs cités plus haut ont jeté quelque lumière. On trouve d'utiles renseignements dans le mémoire de M. Dugniolles , couronné par le congrès médical belge ( Quels sont les moyens les plus propres à arrêter ou à modérer la propagation de la syphilis P Bull. méd. belge ; août 1836).
Le temps n'est plus où l'on regardait la syphilis comme un fléau envoyé par le ciel pour punir les débordements des hommes ; où l'on chassait des villes les victimes de cette maladie, où il leur était défendu de se montrer en public sous peine de la hart. En 1789, on infligeait encore, deux fois par jour, une punition corporelle aux vénériens , afin de leur faire expier la faute qu'ils avaient commise.
De tous temps les médecins les plus recommandables se sont occupés de la recherche des remèdes propres à prévenir l'infection vénérienne. Si nous voyons figurer quelques charlatans parmi les hommes qui ont proposé des spécifiques, nous trouvons surtout des médecins philanthropes qui ont pensé rendre service à l'humanité. Astruc croit que s'il y avait réellement un préservatif, les médecins seraient obligés, par conscience et par devoir , de le faire connaître ( op. cit., liv. m, chap. m). Fallope dit qu'il penserait n'avoir rien fait, s'il n'apprenait les moyens de se garantir de la vérole et des chancres. Il vante les lotions faites sur le gland et à l'entrée du canal de l'urètre avec différents remèdes vulnéraires et astringents tirés du gayac et du mercure; il dit avoir expérimenté ces substances sur cent mille hommes, et il prend Dieu à témoin qu'il a toujours réussi {De morb. gallico , cap. lxxxix). La bonne réputation de Fallope souffrirait quelque atteinte s'il vivait de nos jours. Pierre-Ange Agathus a beaucoup loué les décoctions aromatiques (1564); Charles Musitanus, Guillaume Gockburne, les injections. On doit à Nicolas Massa les conseils suivants , que Boerhaave a consignés dans son ouvrage ( Aphrodisœ de morb. gallico , cap. vi ). Les parties doivent après un coït impur être lavées avec le vin blanc, que l'on a chauffé, ou avec le vinaigre , qui est plus propre encore à empêcher l'infection. Les mêmes lotions devront être faites sur les organes de la génération de la femme infectée ; il en sera de même lorsque l'homme sera atteint de la maladie.
Parmi les remèdes préservateurs de la contagion, les uns empêchent le virus contagieux d'être mis en contact immédiat avec les parties génitales, les autres détruisent le virus , la troisième espèce neutralise le virus communiqué. Au nombre des premiers moyens sontles poches membraneuses , qui ont été découvertes
par un Anglais , dont elles portent le nom (condom), et recommandées par Fallope , les onctions du pénis avec la graisse , les pommades ou les onguents.
«Cette invention, dit M. Lagneau en parlant du premier moyen , consiste à couvrir le membre viril d'une enveloppe faite avec l'appendice cœcale de certains animaux , ou avec la vessie de jeunes agneaux , préliminairement desséchées et assouplies ensuite par le frottement dans un mélange de son et d'huile d'amandes douces. Ce moyen mécanique , qui est généralement en usage aujourd'hui , serait incontestablement le plus efficace de tous , si le sac en question se conservait toujours intact; mais il est , bien au contraire, souvent perforé, et ne peut qu'inspirer une sécurité dangereuse » {Dict. de méd., lreédit., art. Syphilis). «11 est visible que cet accident doit souvent arriver, dit Astruc. Un ancien , ajoute ce médecin , demandait autrefois avec assez de raison , si l'on ne devrait pas mettre au rang des morts ceux qui naviguent en pleine mer, puisqu'ils ne sont séparés de la mort que de l'épaisseur d'une planche de quatre doigts. Ne peut-on pas demander de même , s'il ne faut pas compter parmi les gens affectés ceux qui , chaque jour, ne se trouvent éloignés de l'infection que de l'épaisseur d'une peau mince, poreuse, facile à pénétrer, et le plus souvent déchirée? 11 faudrait à des débauchés , qui aiment à s'exposer ainsi aux dangers, non une peau aussi fragile, mais une triple cuirasse d'airain» (Astruc, ouvr. cité., liv. m, chap. u, p. 116). Les sacs membraneux dont il est question , bien qu'étant un des meilleurs préservatifs , laissent les bourses et la région du pubis exposées à la contagion; il n'est pas rare de voir ces parties infectées. M. Lagneau donne le conseil « de seconder l'usage de ces bourses par des lotions faites avec soin , ainsi que par l'attention de rendre les urines immédiatement après l'acte et surtout de ne pas rester longtemps en contact avec les parties desquelles on pourrait avoir à redouter la contagion. »
On a recommandé l'eau froide comme propre à crisper l'orifice des vaisseaux, et empêcher par là leur action absorbante; d'autres, au contraire, ont vanté les lotions d'eau chaude ; on s'accorde à reconnaître l'efficacité des lotions à l'eau simple avant et après le coït avec une femme suspecte : d'autres eaux médicamenteuses en fomentation ou en injection ont aussi été proposées et regardées par leurs inventeurs comme infaillibles. Fordyce, Médérer, Hunter, attribuent de grandes vertus à la solution légère de potasse caustique , que l'on désigne sous le nom de lotion anti-vénérienne . Pour l'obtenir, on dissout deux grains de potasse dans deux onces d'eau distillée , simple ou de rose, de plantain, de mélilot, ou quatre onces d'eau de chaux récemment préparée. L'eau de chaux , la dissolution de carbonate de potasse , de sul-
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fate d'alumine , d'hydrochlorate d'ammoniaque , de savon , l'eau vinaigrée , le jus de citron , l'eau blanche, l'huile de térébenthine (Etmuller), ont été tour à tour considérés comme d'excellents préservatifs contre la contagion. Ceux qui paraissent enlever plus facilement les matières virulentes , ou même détruire le virus , sont les lotions alcalines de potasse, de soude, et de sel ammoniac ; aussi , doit-on y recourir de préférence à tout autre; elles ont la propriété d'endurcir légèrement l'épiderme et de rendre moins facile l'absorption.
Les préparations chlorurées passent aux yeux de quelques médecins comme pouvant dans tous les cas empêcher la contagion. Frorieps a institué un certain nombre d'expériences dans le but de savoir jusqu'où va leur efficacité : il prit le pus d'un ulcère véuérien qu'il inocula sur plusieurs parties d'un chien , et notamment sur les organes génitaux. Il lava ensuite quelques-unes de ces plaies avec une solution de chlorure de soude et d'autres avec de l'eau de fontaine; il en laissa quelques-unes sans y rien appliquer. Les premières furent très-promptement guéries, les autres s'ulcérèrent. 11 répéta les mêmes expériences avec la matière blennorrhagique , le résultat fut le même. Du virus gonorrhéique ayant été appliqué dans l'urètre et sur le gland d'un chien, il injecta du chlorure de soude, et la gonorrhée n'eut point lieu; elle se développa chez un autre , parce qu'on n'avait injecté que de l'eau pure. Ces expériences furent variées de mille manières, et toujours les blennorrhagies avortèrent. On les répéta sur des individus de l'espèce humaine : des injections chlorurées furent faites chez des individus bien portants, qui avaient des rapports fréquents avec des personnes du sexe infectées , et, pendant deux ans , pas un seul ne contracta la maladie vénérienne. M. Coster a conclu de ces expériences , qu'il rapporte dans son ouvrage (Coster, Uber die cklovefbin dungen als prophyl. rnîttel gegen das syph. Gel t. etc.\ que les chlorures de soude, de chaux, doivent être considérés comme des agents qui modifient le virus syphilitique dans sa nature, et qu'ils sont par conséquent les moyens prophylactiques les plus sûrs et peut-être les seuls applicables. M. Dugniolles n'ose pas encore se prononcer sur leur efficacité, quoiqu'il ait répété en grande partie les expériences de Frorieps {Exposé des moyens propres à arrêter ou modérer la propagation de la syphilis ; Bull. méd. belge et Encyclog. des se. méd. , août 1836). Les auteurs du Traité de thérapeutique médicale,, MM. Trousseau et Ridoux, ne croient pas à la propriété anti-contagieuse des chlorures. « Les lotions faites avec grand soin, après un coït impur, suffisent , quelle que soit d'ailleurs leur nature, pour préserver de la vérole la plupart de ceux qui s'y exposent.. .D'ailleurs, si on considère qu'en mêlant du
chlorure de soude ou de chaux à du pus imprégné de virus vaccin , on n'a cependant pas détruit l'action virulente, on sera un peu plus réservé sur les conclusions à tirer des histoires nombreuses imaginées en faveur de la prétendue action neutralisante du chlore et des chlorures» (ouv. cit., vol. i, p. 640).
L'eau phagédéuique , qu'on obtient en faisant dissoudre seize grains de sublimé dansune livre d'eau de chaux, et qui est un mélange d'hydrochlorate de chaux et de deutoxyde de mercure, a acquis à son inventeur, Gilbert de Préval, une triste réputation. Cette eau était vendue jusqu'à un louis d'or par flacon , tant elle paraissait efficace. Quoiqu'elle ait été préconisée par Gardant et d'autres, nous ne croyons pas qu'elle soit plus infaillible que les préservatifs les plus vantés, ni qu'elle mérite tous les éloges qu'on lui a prodigués. Nous en dirons autant des lotions de sublimé dans l'eau pure, des onctions faites sur le gland et le prépuce avec l'onguent mercuriel , ou les pommades dans lesquelles entre le mercure. L'application d'un corps gras sur la muqueuse a paru à quelques auteurs jouir de la faculté préservatrice ; mais on sait que les expériences faites sur les virus et la peste, en particulier, n'ont pas encore prouvé que ces onctions fussent des moyens prophylactiques toujours efficaces.
Nous dirons donc , pour nous résumer , que les lotions à l'eau simple ou à l'eau chlorurée légère, la miction des urines immédiatement après la copulation ; un coït peu prolongé , sont les précautions les plus sages à prendre , et les seules qu'on doive recommander. 11 est bien entendu, d'ailleurs, que l'inspection des organes génitaux doit précéder tout rapprochement sexuel; ce n'est qu'après s'être livré à cet examen préalable , qu'on peut s'adonner à l'acte vénérien. Quelques médecins ont donné le conseil d'exiger de la femme qu'elle se lave avec de l'eau chlorurée avant le coït; l'homme doit aussi, dans l'intérêt de la santé de la femme , recourir à des lotions avec le même liquide.
B. Traitement aborlif de l'inflammation blennorrhagique chez l'homme.
On a essayé, à l'aide de divers agents thérapeutiques, de faire avorter la blennorrhagie ; celte méthode perturbatrice consiste surtout à révulser fortement sur le tube digestif et particulièrement sur le gros intestin, ou à agir directement sur la membrane muqueuse , en changeant le mode d'irritation dont elle est le siège. Nous placerons entête des médicaments du premier ordre, le baume de copahu, bien qu'il puisse être employé avec succès à des périodes très-différentes de la maladie, et que certains auteurs ne croient pas qu'il amène la guérison en révulsant vers l'estomac et les intestins ( M. Velpeau); nous verrons plus loin si cette opinion est fondée,
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» Copahu. — Les anciens, proscrivant l'usage du copahu dans la blennorrhagie aiguë , ne le permettaient qu'à l'époque où il ne restait plus qu'un écoulement muqueux. Les modernes, plus hardis, et se fondant d'ailleurs sur des observations nombreuses, ont établi que l'administration de cette substance à haute dose , au début de la gonorrhée et sans autre traitement autiphlogislique préalable, est non-seulement sans inconvénient, mais guérit les malades dans un espace de temps fort court. Les premiers qui employèrent cette médication furent MM. Ansiaux, Ribes père. Ils furent imités par MM. Delpech, Velpeau, dont nous ferons connaître les idées sur ce point important de thérapeutique. Les résultats obtenus par M. Ansiaux, et qu'il a consignés dans son mémoire, sont les suivants (Mém. de l'Jthén. de méd. 1812): Sur vingt-cinq malades, vingt-deux furent délivrés très-promptement de leur blennorrhagie, avec d'autant plus de rapidité et moins de chance de récidive, que le mal avait été attaqué plus tôt. Il regarde comme un des effets ordinaires du traitement les coliques et la diarrhée, qui tiennent à l'action révulsive du médicament.
M. Ribes a reconnu l'efficacité de ce baume nonseulement contre la blennorrhagie , mais aussi contre les accidents qui surviennent lors de la suppression de l'écoulement. En donnant le copahu à la dose d'un à deux gros et même plus, en vingt-quatre heures, il est parvenu à arrêter promptement le flux gonorrhéique, à enlever la douleur et l'engorgement du testicule sur lequel se porte quelquefois l'inflammation : il continue l'administration du baume dix à douze jours après que l'écoulement est arrêté , autrement il pourrait reparaître. M. Ribes dit avoir observé , au sommet du gland et près de l'orifice de l'urètre , une aréole rouge, qui prouve que la blennorrhagie n'est pas encore éteinte , et qu'il ne faut pas cesser l'usage du copahu. Les résultats obtenus par M. Ribes ont été confirmés par Delpech.
Le chirurgien de Montpellier, à moins d'inflammation excessive, emploie ce médicament dès le début delà maladie, et le donne progressivement, jusqu'à ce que la dose soit portée à deux gros par jour , un le matin , l'autre le soir. Il persévère dans cette administration pendant huit jours , et diminue graduellement les quantités jusqu'à ce qu'il soit revenu à la dose primitive. La potion qu'il prescrit est composée d'eau de menthe , de fleurs d'oranger , de baume de copahu, de sirop de limon-ââ § j. — Acide sulfurique, z j. — Gomme adragant, q. s. — Lorsque les vomissements surviennent, Delpech veut qu'on ajoute huit à quinze gouttes de laudanum. Il a conclu , de plus de quatre cents observations, que le baume de copahu est une substance dont l'action , est sinon infaillible , du moins presque constamment suivie de
succès ; que l'amélioration est très -prononcée dans les premiers jours de l'administration du remède, mais qu'elle se soutient quelquefois difficilement , à cause des accidents gastriques, des vomissements qui tourmentent les malades.
M. Lallemand a émis une assertion toute contraire à celle de MM. Delpech et Ribes; il prétend que le copahu renouvelle, dans le plus grand nombre des cas, l'initationblennorrhagique. M. Lagneau est convaincu de la nécessité de combattre l'état inflammatoire avant de recourir à ce médicament. « Les traitements intempestifs et perturbateurs, entrepris dans la vue d'interrompre brusquement le cours d'une blennorrhagie urétrale , quelle que soit d'ailleurs l'époque à laquelle on l'observe, sont de nature à compromettre, plus fréquemment que d'autres, la santé générale, en même temps qu'ils donnent lieu, beaucoup plus qu'on n'est babitué à le croire, à des rétrécissements du canal» (Lagneau, art.cit).
On a essayé, dans le but d'obvier à ces inconvénients , de donner cette substance en lavement. M. Velpeau, en employante copahu sous cetteforme, dit avoir obtenu un grand nombre de guérisons. « Le baume de copahu, en lavement, diminue constamment la gonorrhée , soit chez l'homme, soit chez la femme ; dans beaucoup de cas , il la supprime entièrement au bout de quatre, cinq ou huit jours; plus souvent, il les réduit au tiers de leur abondance; quelquefois il ne les fait cesser qu'à moitié ; et, règle générale, après la huitième ou dixième prise, son action devient nulle, s'il n'a pas réussi complètement » ( Archiv. gcn. de méd. , ann. 1 827 , p. 4 \ ). Il augmente graduellement la dose; commence par deux gros, le lendemain en donne quatre, six, et huit chez les sujets qui le supportent sans éprouver d'accidents. Après l'avoir successivement fait prendre clans la décoction de kina, ou dans un jaune d'œuf et de l'eau de guimauve, il s'est enfin arrêté à un mélange d'eau gommée et de baume de copahu , à la dose indiquée. On y ajoute quelquefois de l'opium , pour empêcher l'expulsion du lavement médicamenteux , ou du camphre , chez les individus tourmentés pendant la nuit par des érections. Pour que le lavement puisse être de quelque utilité, il faut que l'absorplion ait lieu, et, par conséquent, que le malade puisse le garder. Les effets auxquels son administration donne lieu sont des coliques, des épreintes suivies de garde-robe, ou qui finissent par cesser, un sentiment de pesanteur à l'anus, au périnée, de sécheresse et de chaleur à la prostate et sur le trajet du canal de l'urètre; des envies fréquentes d'uriner; quelquefois la fièvre , des nausées , et même des vomissements.
M. Velpeau ne croit pas qu'il soit possible, dans l'état actuel de nos connaissances, de savoir au juste
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de quelle manière agit le copahu; seulement, il affirme que ce n'est pas par la révulsion qu'il opère; car les coliques que ressentent les malades sont trop légères , et les effets avantageux du médicament sont d'autant plus prononcés que la personne a moins souffert. Il incline à croire que les parties actives, emportées dans le torrent de la circulation , modifient d'une manière toute spéciale les sécrétions des membranes muqueuses. Il lui semble que son action est la même que dans le cas où le remède a été administré par la bouche. M. Velpeau cite, à l'appui de la médication qu'il a proposée, les succès obtenus par d'autres médecins ; il pense que, si on a vu quelquefois survenir des coliques très-vives, de la diarrhée; que si quelques malades ne peuvent garder les lavements , c'est que le copahu est délayé dans un jaune d'œuf et uni à l'eau simple ; cette manière vicieuse de préparer le lavement est, suivant M. Velpeau, la cause des insuccès qui ont été notés : la solution gommeuse , additionnée à l'opium ou au camphre, n'a pas les inconvénients que nous venons de signaler {Recherches et observations sur l'emploi du baume de copahu et du poivre cubèbc , administrés par l'anus, contre la blennorrhagie , Arch. gén., t. xni). La pratique de M. Cullerier n'est pas favorable à cet agent thérapeutique (Recherc. prat. sur la thér. delà syphilis, par M. L. Ghampionnière, pag. 388, an. 1836).
Sans chercher à expliquer à quoi tient l'efficacité du copahu, et si elle résulte de la révulsion sur le tube digestif ou de l'action spéciale que le baume va déterminer sur les muqueuses, après avoir été absorbé, nous pouvons dire que cet agent pharmaceutique a acquis une réputation justement acquise et fondée sur les observations de tous les praticiens. On ne peut s'empêcher, toutefois, de reconnaître qu'il est suivi de quelques effets pernicieux ; quelques sujets le supportent difficilement, accusent de la chaleur à la région épigastrique, des rapports désagréables, de la soif, des nausées, des vomissements , en un mot, tous les symptômes d'une irritation de l'estomac; quelquefois une diarrhée s'établit. Il est aussi des contre-indications formelles à l'emploi du copahu : telles sont les irritations aiguës ou chroniques de l'estomac et de l'intestin , des maladies antécédentes de ces organes ; dans le cas où l'inflammation occupe l'estomac , on pourrait l'administrer en lavement; mais il faut agir avec une certaine circonspection , et souvent il est préférable de recourir au traitement de la période aiguë des blennorrhagies ( voir plus loin ). Le gonflement du testicule et les autres complications ne sont pas des obstacles au traitement abortif de la blennorrhagie , puisque nous avons fait remarquer qu'elles étaient avantageusement modifiées. par le copahu (Delpech).
La 'saveur détestable de ce médicament , qui fait que certaines personnes ne peuvent l'avaler, l'odeur
pénétrante et facilement reconnaissable qui s'échappe du corps des malades qui l'ont pris , la difficulté qu'éprouvent quelques-uns à le digérer, ont engagé les médecins à varier le mode d'administration du copahu. La préparation la plus simple consiste à le donner dans un mucilage : %■ mucilage de gomme arabique, q. s.; baume de copahu, 3vj; sucre blanc, §vj ,* sirop de sucre, q. s., par cuillerée (de 2 à 4 ) matin et soii (Swediaur) ; ou bien encore suspendu dans un ven c de tisane , dans du sirop ou sur du sucre.
Une des formules les plus usitées est celle connue sous le nom de potion astringente de Chopart : "*f baume de copahu , eau distillée de menthe, alcool , sirop de capillaire, ââ 3jij; eau de fleurs d'oranger, Ij; acide nitrique alcoolisé, sij; à prendre par cuillerées trois fois par jour; la potion de l'hôpital des vénériens diffère de celle de Chopart : elle est formée d'eau de menthe , eau de fleurs d'oranger, sirop de guimauve, baume de copahu, âa, seize parties, gomme arabique et acide nitrique, âà, une partie. La mixture balsamique de Fuller se compose de : ?f baume de copahu, sirop de Tolu, àâ sij Jaune d'œuf, n° ij , vin blanc , §iv ; elle se prend de la même manière que la potion de Chopart. On trouve dans les Recherches pratiques sur la syphilis (ouv. cité.), la formule suivante dont M. Cullerier se sert fréquemment : "if copahu , §j ; jaune d'œuf , n° \ ; triturez et mêlez à eau de menthe ou d'anis, §iij; sirop, §j, à prendre par cuillerées trois fois dans les vingtquatre heures.
Le copahu est fréquemment prescrit sous forme pilulaire ; on peut ainsi masquer la saveur du médicament. Les malades préfèrent ces pilules aux opiats et aux électuaires ; voici comment on peut les composer : if baume de copahu ; conserve de roses , âa ôj ; réglisse pulvérisée q s. Faites six bols , à prendre en deux fois ; ^ baume de copahu , magnésie calcinée, ââ part. ég. , dont on fait des pilules de dix grains , de deux à quatre , trois fois par jour. Ces pilules, qui résultent de la solidification du copahu par la magnésie, ne sont pas désagréables. Tout récemment, on a donné une autre forme au copahu en l'enfermant dans une enveloppe gélatineuse. On connaît sous le nom de capsules gélatineuses de copahu, ces enveloppes contenant dix-huit grains de baume. Les avantages de cette préparation sont incontestables ; elle ne laisse aucun mauvais goût dans la bouche , n'altère en rien les propriétés du médicament, et se ramollit facilement dans l'estomac. «M. Ratier a imaginé d'introduire ces capsules dans le rectum en les enduisant d'un corps gras. 11 dit avoir expérimenté , que l'action du remède se fait très-bien sentir de cette manière. Pour ne pas fatiguer les voies digestives, il faut prendre moitié des capsules par la bouche et l'autre moitié par le rec-
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tum» {Trait, de thérap., par MM. Trousseau et Pidoux). Nous n'avons rapporté que les formules dans lesquelles le copahu entre seul ; il en est d'autres où il est uni aux astringents , aux excitants , etc. ; il en sera question plus loin {Traitement de la gonorrhée chronique).
Lorsqu'on veut, par le moyen du copahu, faire avorter une blennorrhagie inflammatoire , et ne produire aucun accident , il faut graduer les doses , commencer par un demi-gros , et n'aller que progressivement jusqu'à donner uue demi-once en vingtquatre heures; ce qui est une quantité qu'on dépasse rarement. «Il n'est pas moins important de persister plusieurs jours dans cette dose , et de n'abandonner la médication qu'après être graduellement descendu au point d'où on était parti. Les récidives sont presque infallibles , si on s'arrête alors qu'on voit l'écoulement supprimé. 11 faut , nous ne nous lasserons pas de le répéter, poursuivre l'administration du remède pendant au moins une huitaine de jours» [Trait, de thér., p. 502). Nous ajouterons que, pour obtenir quelques succès avec le copahu , il faut savoir varier les doses suivant la tolérance des organes et la constitution des sujets : il nous a semblé que les individu» lymphatiques, à fibre molle et relâchée, exigeaient des doses plus fortes que les autres lorsque leurs viscères étaient en bon état. Quand on le donne comme abortif, il faut que les doses en soient très-fortes dès le début.
On peut substituer au baume de copahu celui de la Mecque , du Pérou , de Tolu , le benjoin que l'on administre par la bouche ou en lavements; mais ces substances , qui agissent de la même manière que le premier baume, sont moins efficaces. Nous avons déjà parlé de la mixture balsamique de Fuller, qui est un mélange de copahu et de sirop de Tolu. Sa saveur douce et chaude , son odeur agréable et même suave , la font quelquefois employer dans les mêmes circonstances que les autres baumes. On le prescrit sous forme de sirop, à la dose de un gros à une once dans une potion excitante ou dans une émulsion. Sa quantité, lorsqu'il est pur, est de un demi-gros à deux gros par jour. La térébenthine , le goudron , ont encore été mis en usage ; mais on s'accorde à reconnaître que ces substances sont moins utiles que les autres.
Poivre cubèbe. — Le cubèbe est, après le copahu, le remède que l'on a le plus vanté comme propre à faire avorter les blennorrhagies. Les médecins anglais Crawford et Barclay furent les premiers qui le proposèrent dans le traitement de cette affection (1816). Crawford, qui exerçait au Bengale, dit l'avoir vu constamment réussir; on peut dire qu'il est maintenant une des substances les plus usitées dans la pratique des médecins anglais. On l'administre à la dose d'un gros le matin une heure avant le déjeuner ; on
donne la même quantité à six heures du soir, et au coucher. Le poivre est réduit en poudre fine et peut être mêlé avec du miel ou du sucre. Le chirurgien que nous venons de citer assure qu'au bout de quarantehuit heures , souvent même plus tôt , les douleurs que le malade ressentait en urinant disparaissent ; en même temps , la rougeur, le gonflement du canal de l'urètre cessent , la sécrétion redevient normale, et finit par se supprimer (Journ. univ. des se. méd., t. xvi, p. 247). Un médecin anglais , le docteur Broughton , a fait connaître dans le Bulletin des sciences médicales (t. i , p. 95) les résultats que lui a fournis sa pratique : sur cinquante malades, dix ont été guéris après un traitement de deux à sept jours; dix-sept, de huit à quatorze jours ; dix-huit, de quinze à vingt-un jours ; un , le cinquante-cinquième jour ; quatre n'en ont retiré aucun soulagement.
Dupuylren et Delpech disent avoir obtenu d'excellents effets de l'administration du cubèbe; Delpech en éleva les doses, chez quelques-uns de ses malades , jusqu'à six gros, lors même que les testicules étaient enflammés; le médicament, loin d'augmenter la fluxion sanguine, lui a paru aider la résolution (Rev. médic, t. vm).
Ceux qui ont exalté la puisance du cubèbe disent que son action est d'autant plus sure que la blennorrhagie est plus récente ; que l'intensité des phénomènes inflammatoires, la douleur, la tuméfaction, l'abondance et la virulence de l'écoulement, ne sont pas des contre-indications à son emploi ; cependant M. Delpech exige que l'inflammation ne soit pas trop violente; excepté ce cas, toutes les phases de la maladie peuvent en permettre l'usage. MM. Trousseau et Pidoux ne voient pas non plus dans les phénomènes inflammatoires locaux un obstacle à l'emploi immédiat du cubèbe ; ils le deviennent seulement lorsqu'on redoute une phlegmasie trop vive des organes génitaux , et un état fébrile prononcé. M. Lagneau trouve plus rationnel de ne le prescrire que dans le cas où la blennorrhagie passe à l'état chronique. D'autres praticiens le fout toujours précéder d'applications de sangsues et de moyens antiphlogistiques locaux et généraux ; mais alors leur traitement n'est plus abortif, et concourt seulement à résoudre l'inflammation.
Crawford croyait que le cubèbe agissait en verdi d'une propriété anti-blennorrhagique spécifique. M. Lagneau et la plupart des médecins le considèrent comme un stimulant, un révulsif des voies digestives. Ce qu'on peut affirmer, c'est qu'il détermine souvent des coliques violentes; quelques malades éprouvent de la constipation, un appétit plus vif; d'autres présentent une éruption à la surface des téguments (MM. Trousseau et Pidoux).
Le mode d'administration du cubèbe, dans la blennorrhagie, varie suivant chaque praticien; les uns
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en forment une espèce de confiture ou d'opiat, en l'unissant à un sirop, à du miel ; d'autres le donnent dans du vin blanc, à la dose prescrite; voici la formule d'une potion anli-gonorrhéique : ^ cubèbe, âij; vin, %ïy, essence de bergamotte, gMj;on peut augmenter à volonté la quantité de cubèbe. M. Dublanc a proposé de le remplacer par une matière oléo-résineuse , extraite du cubèbe. Cette préparation, que l'on donne à la dose de cinq à huit grains trois fois par jour, peut être employée dans les mêmes cas que le cubèbe ; sa saveur est moins désagréable. Les effets avantageux du cubèbe sont plus marqués lorsqu'on l'administre seul, sans l'unir à d'autres agents thérapeutiques. Cependant quelques médecins l'incorporent à d'autres substances. M. Lagneau se sert de bols de copahu et de cubèbe. On trouve dans l'ouvrage de M. Lucas Champion nière la formule suivante : ^ cubèbe, sang-dragon, ratanhia , cachou , ââ , jij ; copahu , q. s. , pour faire un électuaire, que les malades prennent à la dose de deux à quatre gros par jour. En voici une autre que nous empruntons à l'ouvrage de M. Lagneau : ^ baume de copahu, sij; poivre cubèbe pulvérisé, 3 6 ; colophane très-pure en poudre fine , 5iv ; faites des pilules de six grains, de vingt à quarante par jour (Trait, prat. des mal. syph., 6e édit, t. n, p. 468). Du reste, quelle que soit la préparation pharmaceutique du cubèbe , il faut en porter de suite très-haut la dose, la diminuer ensuite graduellement, et le continuer quelque temps encore après la suppression de l'écoulement, qui a une grande tendance à reparaître.
M. Velpeau , encouragé par les succès qu'il avait obtenus en administrant le copahu en lavements, et pour remédier aux irritations intestinales et au dégoût que produisait le cubèbe donné par la bouche , a proposé de l'introduire dans le rectum; dans ce but, il fait suspendre deux gros de poudre dans cinq ou six onces de solution mucilagineuse ; il dit en avoir obtenu de bons effets (Arch. gêner, de méd., an. 1827, p. 47).
11 est quelques médecins qui parviennent à arrêter les blennorrhagies à l'aide de purgatifs drastiques violents, comme le jalap, l'aloès, la scammonée, et surtout la coloquinte ; un remède vulgaire consiste à faire macérer celte dernière plante dans du vin blanc ; nous avons vu à la suite de son emploi les blennorrhagies se supprimer, et ne plus reparaître. Quatre individus qui en firent usage , sans prendre conseil des médecins , éprouvèrent tous les accidents de l'empoisonnement par les purgatifs. La poudre à canon, dissoute dans du vin ou de l'eau-de-vie, est un autre remède incendiaire en faveur parmi les soldats; il guérit quelquefois l'urétrite , mais produit des inflammations de l'intestin ou de l'estomac.
Un moyen puissant de perturber le cours des blen-
norrhagies est de recourir dès le principe à des injections astringentes ou d'une autre nature. Cette méthode, qui est vantée par quelques praticiens, passe aux yeux du plus grand nombre pour très-pernicieuse ; on lui reproche avec juste raison d'exaspérer les symptômes, de déterminer des accidents graves, des cystites, des inflammations de la prostate, des rétrécissements, et d'être inefficace dans la plupart des cas. Les injections sont faites tantôt avec les sels métalliques astringents , tantôt avec la potasse caustique, le nitrate d'argent (voyez trait, de la blenn. chron.)
On a vu la blcnnorrhagie s'arrêter promptement, chez quelques malades qui avaient injecté dans le canal de l'urètre un grande quantité d'eau tiède ou froide. Les exemples de guérison obtenus de cette manière sont en trop petit nombre pour que l'on puisse conseiller ces copieuses injections. Suivant M. Cullerier, les injections d'eau tiède, froide, ou chargée de principes astringents , sont extrêmement dangereuses ; elles réussissent quelquefois à juguler l'inflammation, mais dans le plus grand nombre des cas , elles donnent lieu à des désordres graves. M. Gullerier a vu l'inflammation passer à l'état suraigu , les parois du canal se gonfler, devenir douloureuses, et s'opposer au passage de l'urine; la vessie, le canal déférent , les testicules , se phlogoser par métastase. Ce médecin rejette entièrement les injections comme moyen abortif de la blennorrhagie , et dans la première période du mal.
Un moyen assez singulier et que M. Broussais a vu employer une fois , du reste sans succès , consiste à boire quarante ou cinquante verres d'eau dans la journée (Cours de path., etc., t. i, p. 251).