‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interneChapitre 6 sur 50 · AI>Y · texte numérisé non relu

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tissu cellulaire des extrémités inférieures ou de tout le corps s'œdématie; l'anasarque peut précéder de quelques jours la mort. 11 se fait quelquefois des hémorrhagies qui augmentent encore la faiblesse.

Ces symptômes de l'adynamie se succèdent avec plus ou moins de célérité, suivant que l'affeciion qui lui donne lieu est aiguë ou chronique. L'adynamie peut devenir très-considérable en peu de jours , et même dans les paroxysmes; «c'est ce qui a lieu dans quelques variétés de fièvres pernicieuses, dans la fièvre syncopale et algide , par exemple ; la diminution des forces , à peine marquée dans l'intermission, est portée au plus haut degré possible dans l'accès » (Dict. de méd.j, art. Force , par M. Ghomel). La marche de l'état adynamique est d'ordinaire assez lente , parce qu'elle dépend en général d'affections chroniques. Elle a des exacetbations et des rémissions comme la maladie même dont elle est le symptôme; c'est pour cela qu'elle traduit assez bien aux yeux du pathologiste les phénomènes intimes qui se passent dans la profondeur des tissus ; lorsque la désorganisation marche avec rapidité , l'adynamie se prononce davantage; quelquefois elle n'est qu'un symptôme infidèle qui serait pour le médecin une cause d'erreur, s'il ne s'étudiait pas à distinguer cette adynamie fausse de l'adynamie réelle.

On dit que les forces sont opprimées lorsqu'il n'y a qu'une apparence de faiblesse. L'oppression des forces se montre sous des traits à peu près semblables à ceux qui sont propres à leur diminution. Voici , d'après M. Ghomel, quels sont les moyens de la reconnaître : «Il faut, pour apprécier le véritable degré des forces, remonter aux circonstances qui ont précédé. La faiblesse réelle est presque toujours due à des causes manifestes ; elle existe chez des sujets naturellement débiles ou débilités par des fatigues excessives du corps ou de l'esprit , par des chagrins prolongés , par des privations d'aliments, ou par l'usage d'aliments peu nutritifs; par des veilles, par l'abus des jouissances. L'oppression des forces , au contraire , a Heu particulièrement chez des sujets bien constitués, dans la force de l'âge, adonnés à la bonne chère et à l'oisiveté : elle a lieu subitement , dès l'invasion , ou du moins dans la première période des maladies; tandis que la véritable faiblesse ne se montre en général que d'une manière progressive et communément à une époque plus avancée des affections aiguës. Un autre moyen très-propre à éclairer sur l'état des forces est l'observation des changements survenus dans l'intensité des maladies, soit par l'effet des premiers remèdes , soit par quelques autres circonstances. Si les moyens débilitants , et particulièrement la saignée , ont produit du soulagement ; si des hémorrhagies ou des évacuations alvines spontanées ont paru diminuer la faiblesse, nul doute qu'il n'y ait oppres-

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sion des forces. Si, au contraire, les évacuations spontanées ou provoquées sont nuisibles , si le vin et les cordiaux ont modéré l'intensité du mal, la diminution des forces n'est pas seulement apparente , on doit la regarder comme réelle et agir en conséquence» (Dicî. deméd., 2*"éd., art. Force).

On ne peut pas toujours , même à l'aide d'une observation attentive, décider dans les premiers temps d'une maladie, si la faiblesse est réelle, ou s'il y a seulement oppression des forces. On peut juger jusqu'à quel point il est difficile de se former une idée nette de l'état des forces , quand on songe que plusieurs théories médicales ont été établies sur cette base , et qu'on les a vues successivement ruinées à mesure qu'une étude plus complète de la pathologie a démontré qu'elles étaient fausses. Brown avait fixé exclusivement son attention sur la faiblesse des muscles, et la croyait à tort partagée par tous les tissus vivants. Pinel commit la même erreur en attribuant la fièvre adynamique à la diminution générale ou universelle des forces conservatrices de la vie : cette faiblesse constituait l'essence de la maladie. Bientôt la critique sévère que fit M. Broussais de cette création chimérique, montra qu'elle n'est que l'adynamie et souvent le résultat d'une inflammation de la muqueuse gastro-intestinale (Exam. desdoct., t. m, p. 446 et suiv.). C'est aujourd'hui une vérité que personne ne conteste; elle a été pour la médecine une ère nouvelle. On a pu asseoir enfin une thérapeutique convenable de l'adynamie , et faire disparaître ou revenir à volonté cette faiblesse , en calmant ou en exaspérant l'irritation de la muqueuse intestinale.

Il est fort difficile de pouvoir apprécier au juste l'état des forces. On a établi cette évaluation tantôt d'après le pouls, tantôt d'après l'énergie de la contraction musculaire. Ceux qui prennent la circulation pour mesure de l'intensité des forces, regardent le pouls petit, faible et dépressible comme le signe de la faiblesse. Mais la pulsation artérielle ne peut fournir que des données incomplètes ; car on voit tous les jours la petitesse du pouls se manifester au début des inflammations , dans les maladies accompagnées de douleurs aiguës, ou avant l'apparition des hémorrhagies ; cependant on ne peut pas toujours dire qu'il y ait adynamie dans ces cas. Il est d'autres médecins, et c'est le plus grand nombre , qui se règlent sur l'énergie de la contraction musculaire; mais c'est encore là un moyen très-infidèle de connaître l'état des forces; celles-ci sont souvent déprimées momentanément au début d'une foule d'affections, surtout de celles qui réagissent de très-bonne heure sur le système nerveux. La coloration de la face , la couleur pâle ou foncée des urines, la chaleur générale, l'activité des fonctions d'exhalation et de sécrétions ne fournissent que peu de lumière quand on les consulte séparément. Il n'en

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est plus de même quand on preud toutes les fonctions eu considération ; les esprits sages s'accordent à reconnaître que l'on peut diriger alors d'une manière rationnelle le traitement des maladies.

L'adynamie fausse, qui tient à l'oppression des forces par une maladie, doit être traitée comme l'augmentation des forces. Les émissions sanguines répétées , le régime , la diète sévère , les boissons aqueuses sont très-bien indiquées. Lorsque la débilité est réelle, qu'elle est causée par la violence du mal , il faut alors modifier la thérapeutique : toutefois qu'on se garde bien de croire que la faiblesse réclame toujours l'emploi des toniques. Ce serait là une grave erreur que l'observation nous apprend tous les jours à éviter. Elle nous montre que la faiblesse , qui ne dépasse pas certaines limites, est inhérente à la maladie, et qu'elle n'apporte en conséquence aucune modification au traitement de la maladie elle-même. L'affaiblissement peut se montrer dans les affections aiguës ou chroniques. «Dans les maladies aiguës, dit M. Chomel, dans lesquelles il s'agit moins de réparer les pertes que de soutenir à un degré convenable et pour un court espace de temps l'action des organes, c'est plutôt par des stimulations portées sur l'enveloppe extérieure et intérieure du corps , à l'aide des remèdes aromatiques amers, vineux, alcooliques, éthérés , ammoniacaux , rubéfiants , vésicants , etc. , qu'on parvient à relever les forces déprimées» (Art. cité, p. 39). Nous ajouterons qu'il faut surtout , avant de modifier le traitement de l'affection principale , bien déterminer quel est le système le plus profondément débilité. Si, par exemple, la prostration semble tenir à un empoisonnement de tous les liquides , comme dans certaines fièvres de mauvaise nature , on recourra aux substances réputées anti-putrides, au quinquina, aux chlorures , à quelques toniques fixes ; d'autrefois ce sera surtout sur le système nerveux qu'il faudra d'abord agir : les dif fusibles, les aromatiques , les antispasmodiques , les révulsifs énergiques appliqués sur les téguments externes seront lés remèdes les plus propres à combattre l'adynamie. La stimulation de la peau, à l'aide d'affusions froides , suffit dans quelques circonstances pour ramener la tonicité des tissus. Nous ne pouvons indiquer les bases de la thérapeutique dirigées contre l'adynamie, parce qu'il est impossible de les réduire à des formules générales, qui seraient fausses dans presque toutes les applications particulières qu'on en ferait. Qu'on songe d'ailleurs que dans toutes les discussions médicales, dans les divers systèmes qui ont été tour à tour établis, on s'est toujours proposé de résoudre cette question : «Telle maladie exige-t-elle une médication tonique ou débilitante? A quelle époque convient l'une ou l'autre de ces médications?» et l'on comprendra dès lors qu'il serait ridicule de vouloir tracer des préceptes généraux pour asseoir le traite-

ment des adynamies. C'est pour avoir fait consister toute la pathologie dans cette arme à deux tranchants, la force et la faiblesse , que Brown est tombé si souvent dans des erreurs préjudiciables à l'humanité (voy. Asthénie).

ADYNAMIQUES (fièvres), s. f. pi. — Synonymie : Typhus, Hippocrate , Sauvages , Cullen \febris pestilentialis, Fracastor, Sydenham, Gravit ; febris putrida , Stoll , Quarin.

Pinel désignait sous ce nom des maladies essentielles auxquelles il attribua des symptômes que l'on est convenu, dans ces derniers temps, de rapporter à la fièvre typhoïde, ou à la gastro-entérite. Nous discuterons au mot fièvre tout ce qui a rapport à la nature et à l'essentialité de ces fièvres adynamiques ; exposons succinctement les principaux phénomènes morbides dont le groupe constitue la fièvre adynamique.

Selon Pinel , la peau est sèche ou couverte d'une sueur partielle , froide , visqueuse ; les yeux rouges ou verdâtres, chassieux, larmoyants; le regard hébété; l'ouïe, la vue, l'odorat, le goût affaiblis, dépravés. Céphalalgie obtuse, stupeur, somnolence, vertiges, rêvasseries , subdelirium , affaissement des traits du visage , prostration générale , indifférence des malades sur leur état; coucher en supination ; gangrène des parties sur lesquelles le décubitus a lieu. Langue sèche, brune, noirâtre; fuliginosité des gencives et des dents; haleine fétide, déglutition difficile ou impossible, constipation ou diarrhée ; déjections alvines involontaires, noirâtres; météorisme. Pouls petit, mou, lent, faible; hémorrhagie par le nez, les bronches, l'estomac , l'intestin ; pétéchies , taches typhoïdes , ecchymoses. Respiration naturelle, accélérée ou ralentie. Ces fièvres, suivant Pinel, sont rémittentes ou continues. Leur durée varie ; si elles sont continues , elles persistent jusqu'au septième, quatorzième, dixseptième, vingt-unième, quarantième jour; les rémittentes ne se terminent pas avant le quarantième jôUr (Nosograph. philos., 1. 1, p. 127 et suiv.).

AGITATION , s. f. Mot dérivé tfagitare, fréquentatif à'agére, se remuer. Mouvement irrégulier et continuel (voy. Sthénie).

AGONIE , s. f. Mot dérivé de à-ywv, combat. On a désigné sous la dénomination d'agonie cet ensemble de désordres fonctionnels qui , dans les cas où la vie s'éteint par degrés, signale les approches de la mort. L'agonie est généralement caractérisée par les phénomènes suivants : altération profonde dans les traits du visage, faiblesse extrême des mouvements et de la voix, abolition progressive du sentiment et de l'intelligence , sécheresse ou lividité de la langue , difficulté ou impossibilité de la déglutition , selles involontaires , respiration inégale, suspirieuse, râle trachéal, quelquefois hoquet; mollesse, petitesse, inégalité, intermittence du pouls, diminution de la chaleur qui se

perd, de la périphérie au centre; miction involontaire, quelquefois rétention d'urine; sueur visqueuse et froide répandue sur tout le corps et principalement sur le front, le visage et la poitrine. Dans les derniers moments , le moribond est froid , immobile , et ne donne plus de signe de vie que par les mouvements de la respiration , qui ont lieu encore par intervalles et parles contractions du cœur, Xultimum maliens. Cet état persiste plusieurs heures seulement, se prolonge pendant quelques jou: s, ou même, a-t-on dit, pendant quelques semaines. Pour ce dernier cas , il est probable qu'il y a eu par intervalle rémission dans les phénomènes de l'agonie. La durée ordinaire de l'agonie, caractérisée par les phénomènes qui précèdent, est de douze à vingt-quatre heures, terme moyen.

Serait-il vrai que, pour la mort avec agonie, les accidents se manifestassent dans un ordre de suecessibilité analogue à celui qui a été signalé par les auteurs comme appartenant aux morts subites? Bichat, dans ses belles recherches sur la vie et la mort , exprimait ses doutes à cet égard , et s'appuyait sur les considérations qui suivent (Recli., etc.; Paris, 1829, p. 252) : « II est rarement en notre pouvoir de produire artificiellement dans les espèces différentes de la nôtre des maladies semblables à celles qui nous affligent. Nous aurions cette faculté que la science y gagnerait peu : les lois vitales sont en effet tellement modifiées , changées, je dirais presque dénaturées, par les affections morbifiques , que nous ne pouvons plus alors partir des phénomènes connus de l'animal vivant pour rechercher ceux de l'animal qui meurt. 11 serait nécessaire pour cela de savoir ce qu'est cet état intermédiaire à la santé et à la mort, où toutes les fonctions éprouvent un changement si remarquable, changement qui, varié à l'infini, produit les innombrables variétés des maladies. Or, quel médecin peut, d'après les données actuelles de son art , percer le voile épais qui cache ici les opérations de la nature? Quel esprit judicieux osera dépasser sur ce point les limites de la stricte observation ?» Ces réflexions ont sans doute arrêté ceux qui se proposaient de suivre la carrière ; néanmoins M. Bouillaud ([Dictîonn. de médec. et de chirur. prat., article Agonie) aborde ce sujet de la manière suivante : «Les phénomènes de l'agonie sont essentiellement les mêmes , quel que soit le genre de maladie à laquelle l'individu succombe. Seulement leur intensité et leur durée varient suivant plusieurs circonstances, telles que l'âge, la force des individus, le siège et la

nature de la maladie, etc Il est évident que les

symptômes fondamentaux de l'agonie dénotent une lésion du système nerveux cérébro-rachidien L'agonie n'est donc réellement que le résultat d'une lésion soit primitive, soit consécutive de l'innervation céréhro-rachidienne. » Pour M. Rostan (Dicl. de méd.} 2e éd. , t. 1er, p. 629), il paraît évident que le cerveau

est le siège ou la cause de l'agonie , qu'il soit affecté primitivement ou secondairement. «L'agonie est due généralement à une altération de l'encéphale primitive ou secondaire; le plus ordinairement, dans ce dernier cas, le sang est le moyen de transmission d'un principe délétère , quelquefois ce sont les organes mêmes de la sensibilité. Le défaut seul de la circulation , la stase du sang dans les vaisseaux et sinus cérébraux, paraissent aussi pouvoir occasionner les mêmes accidents : enfin il arrive qu'une abondante sérosité, épanchée entre ses membranes et les ventricules, doit être la cause de l'agonie en comprimant l'encéphale. » Ainsi donc le point de départ des phénomènes de l'agonie est aujourd'hui connu : il émane d'une modification profonde des centres nerveux.

Mais , est-il possible , à l'aide de quelques données séméiologiques , comme, le râle trachéal, l'insensibilité des yeux à la lumière, l'anéantissement du pouls, etc., etc., de déterminer avec quelque précision le moment de la mort? Nous sommes absolument dépourvus de faits à cet égard ; et l'on pourrait même ajouter que quelquefois les troubles physiologiques cidessus énoncés se sont manifestés sans que la mort en ait été la conséquence immédiate. C'est à de semblables accidents que l'on a donné la qualification d'agonie apparente, de fausse agonie.

Il serait sans doute bien nécessaire de pouvoir déterminer avec précision la nature des altérations que lagonie entraîne à sa suite. Semblable résultat scientifique aurait un grand prix pour le médecin qui s'occupe d'anatomie pathologique. Dans un cadavre que l'on ouvre, on trouve en effet, communément : les altérations qui ont déterminé les phénomènes pathologiques primitifs, celles qui sont survenues comme conséquences des désordres fonctionnels morbides, puis enfin celles qui ont succédé à la mort et sont purement et simplement cadavériques. Entre ces trois ordres de lésions, il faudrait pouvoir établir une distinction positive. Les travaux scientifiques n'ont point, jusqu'à ce jour , répondu convenablement à ce besoin généralement signalé. Aussi savons-nous fort incomplètement les lésions qui résultent d'une longue agonie. Tout ce que nous pouvons dire de plus précis à ce sujet , c'est qu'alors on voit généralement le système veineux se gorger d'un sang noir, diffluent, les organes parenchymateux, et les poumons en particulier, prendre part à cette hypérémie générale , les membranes séreuses se distendre d'une sérosité transparente plus ou moins abondante, le tissu cellulaire s'imprégner aussi de fluides aqueux , les téguments et les membranes muqueuses affecter une teinte rougeâtre violacée, qui résulte de la congestion des vaisseaux capillaires. Si ces altérations sont fort prononcées, on peut admettre que l'agonie a été longue, et vice versa. M. Piorry , qui a étudié avec soin les phénomènes.

de l'agonie [du Procédé opératoire, p. 323 et suiv., 1831, et Méd. prat., 7e livrais., 1835), pense que dans quelques circonstances, et principalement lorsque l'engouement bronchique semble indépendant d'un état général fort grave , il peut être indiqué de porter secours au moribond, de traiter l'asphyxie par l'écume bronchique. A l'aide des moyens par lui mis en usage, on pourrait, à ce qu'il paraît, non-seulement éloigner le terme de l'existence, mais encore obtenir en quelques cas un retour complet à la vie. Ces moyens, qui varient suivant les cas particuliers, sont tellement nombreux, qu'il faudrait, pour les énumérer, passer en revue la thérapeutique entière. Disons seulement que M. Piorry insiste surtout sur la nécessité de faire respirer aux malades un air sec et chaud, de leur commander l'abstinence complète des boissons, du moins dans le plus grand nombre des cas; la position assise ou semi-verticale. Les saignées générales sont utiles s'il y a engouement sanguin des poumons; les larges vésicatoires produisent les plus heureux résultats. Les émétiques sont principalement indiqués s'il y a grande accumulation de mucosités ou de liquides dans les bronches : il ne faut avoir recours aux purgatifs qu'avec circonspection. La trachéotomie doit être enfin pratiquée si l'expectoration des mucosités contenues dans la trachée-artère ou les grosses bronches est totalement suspendue ; si les puissances expiratrices sont tellement anéanties, que les liquides s'accumulent incessamment; si la maladie a marché vite, et si tout le désordre semble siéger dans les voies de l'air. On voit que M. Piorry sait opposer aux grands maux les grands remèdes : à cet égard il pourrait être un peu critiqué; néanmoins il est juste de rappeler, qu'avant d'entrer dans ces considérations sur le traitement de l'anhématosie par l'écume bronchique, il pose en principe, que si la maladie primitive est tellement grave et accompagnée d'une lésion si profonde que tout espoir de conserver la vie soit anéanti , il faut alors se borner à des moyens palliatifs très-simples , et qui surtout ne fassent pas souffrir.

Pour plus de développements appartenant à l'histoire de l'agonie, nous renvoyons aux Recherches physiologiques sur la vie et la mort, parBichat; à l'article Mort du Dictionnaire des sciences médicales, par M. Monfalcon ; les considérations philosophiques et morales y tiennent la place de documents précis et scientifiques ; il est conçu au reste d'après le plan adopté par Bichat; au Mémoire de M. Piorry, sur l'asphyxie par l'écume bronchique : travail déjà cité où l'auteur semble trop préoccupé des accidents qui, dans l'agonie, portent sur l'appareil respiratoire, ce qui le conduit à négliger un peu l'histoire des troubles variés qui sévissent sur les centres nerveux, etc. ; m bon article agonie que M. Bouillaud a inséré dans

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le Diclioiin. de médecine et de chirurgie pratique; enfin aux aperçus ingénieux que M. Rostan a consignés dans le Dictionnaire de médecine, au mot Agonie.

AIGUËS (maladies), adj. Sauvages s'exprimait ainsi sur la classification des maladies (Nos. met., 1. 1, p. 8; Venitiis, 1772) : «Dividuntur speciatim morbi diversimode, sed potissimum juxta quatuor diversas methodos, scilicet alphabelicam , temporariam , anatoniicam et setiologicam , quibus omnibus symplomaticam anteponendam censemus. » C'est de l'une de ces méthodes d'exposition nosologique que nous prétendons parler dans cet article. Hippocrale usait fréquemment dans ses écrits de la distinction des maladies en aiguës et en chroniques. Cependant la méthode temporaire n'a été d'abord mise en usage que par Arétée. Sans doute il motivait ce plan au commencement de son livre. Les mutilations que ses écrits ont subies par le temps ne nous permettent pas de connaître de quels arguments il usait, ni d'apprécier la définition qu'il a probablement donnée de la maladie à l'état aigu. Cœlius Aurelianus (Acat. Morb., lib. i , cap. i , p. 2 ; Laus., 1 774) se contente d'une simple définition fort incomplète; pui; rapidement il aborde son sujet. H s'exprime ainsi touchant les maladies aiguës: «Principio te scire volo, omnium celerum passionum aliquas esse cum febribus, aliquas sine febribus. Quaruin necessario cum febribus , sunt plurimœ , ut phrenitis lethargia, pleuritis, peripneumonia. Sine febribus autem sinanche , choiera et id genus sicut et consequentibus docebimus. Sed exordium sumemus abhis, quae cum febribus esse noscuntur. Siquidemfebressunt

acutis magis comités passionibus » On se contente-

i ait difficilement aujourd'hui d'une semblable définition. Celse (De M éd., lib. m, cap. i, 1. 1, p. 1 86 ; Paris, 1 82 1 , in-1 2) aborde ainsi ce sujet : « Hos (morbos) autem in duas species Graeci diviserunt; aliosque ex his aculos, alioslongos essedixerunt: ideoque quoniam non semper eodem modo respondebant , eosdem alii inter acutos, alii inter longos retulerunt. Ex qiw, plura eorum gênera esse manifestum est. Quidam enim brèves acutique sunt, qui cito vel tollunt hominem, vel ipsi cito Jiniuntur : quidam longi sub quibus neque sanitasin propinquo, neque exitium est; tertiumque genus eorum est, qui modo acuti, modo longi sunt; idque non in febribus tantummodo, in quibus frequentissimum est, sed in aliis quoque fit. Atque etiam praeler hos quartum est, quod neque acutum dici potest, quia non perimit; neque utique longum , quia, si occuritur facile sanatur. » Nous ne prétendons pas établir ici la défense des Grecs , ni justifier la division du vaste domaine de la pathologie en maladies aiguës et en maladies chroniques. Après ce court exposé historique qui met en relief l'origine de ce mode de classification , nous nous bornons à faire connaître ce que ,

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dans le langage actuel de la médecine, on entend généralement par maladies aiguës. Voulant déterminer la durée des troubles pathologiques qui aliènent la santé de l'homme, on s'est servi des termes d'affections aiguës et d'affections chroniques. Mais par cela même que cette qualification générale était fréquemment mise en usage, on l'a vu perdre de sa valeur essentielle.

En effet, quelques auteurs prétendent exprimer par ces termes, non-seulement la durée de la modification pathologique, mais encore son intensité. De là résulte la plus grande obscurité sur la matière en question. On a voulu sortir de cette fâcheuse situation , et c'est dans ce but que l'on a ajouté quelques épithètes aux mots qui, précédemment, étaient employés si vaguement.

Les maladies sont réputées aiguës quand , dans leur cours , elles ne dépassent pas quarante jours de durée; les subdivisions introduites par quelques auteurs sont ainsi fondées : 1° la maladie est extrêmement aiguë si elle se termine en trois ou quatre jours ; 2° la maladie est très-aiguë si elle ne dépasse pas le septième jour ; 3° elle est simplement aiguë quand sa durée est de quatorze jours ; 4° elle se montre subaiguë quand elle règne quarante jours.

Les affections qui dépassent dans leur marche ce dernier terme sont généralement réputées chroniques: s elle pourraient également subir des subdiivsions , car leurdurée n'est nullement déterminée.

Bichat a présenté à ce sujet des observations qui sont pleines de justesse , et qui trouveront naturellement place ici. Non-seulement, a-t-il dit, la diversité des tissus modifie la nature des symptômes , mais elle

en différencie encore la durée ; les inflammations

parcourent rapidement leur période dans les tissus dermoïde , cellulaire , séreux , muqueux , etc. ; au contraire , elles sont lentes dans les os , ks cartilages , les fibro-cartilages Une maladie ne peut donc se classer par sa durée dans les aiguës ou les chroniques , qu'en la considérant dans le même système ; dès qu'on l'envisage généralement, cette distinction devient nulle (Anat. gén.; Consid.gén., § vu, p. 29; 1835). Malgré les critiques en partie fondées que Celse , que Sauvages et d'autres pathologistes font au sujet de la division des maladies en aiguës et en chroniques, l'usage de ce mode d'exposition a prévalu , et tous les jours on peut constater , même dans les écrits les plus modernes, que les maladies sont étudiées sous le point de vue de leur acuité et de leur chronicité. Cette circonstance nous conduit à penser que dans cette classification se trouve quelque élément fourni par l'observation de la nature. Aussi penchons-nous à reconnaître encore des affections aiguës et des affections chroniques ; et voici les caractères que nous leur donnons : une maladie est aiguë, qui joint à une certaine

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