‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interneChapitre 8 sur 50 · AU · texte numérisé non relu

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gneuses qui appartiennent au porrigofavèsa n'ont point été jugées symptomatiques d'une irritation gastro-intestinale.

Quoi qu'il en soit, il est facile de reconnaître que, dans celte première forme d'alopécie , désignée sous la qualification à' idiopathique, deux circonstances peuvent se présenter : la première consiste en une très-légère phlegmasie érythémateuse des couches superficielles de la peau , presque toujours méconnue par le malade, et même par le médecin, qui occasionne le soulèvement de quelques petites écailles épidermiques ; celles-ci se détachent et se manifestent sous forme pulvérulente, entraînant avec elles les productions pileuses du voisinage dans une assez grande étendue ; la seconde qui succède à une altération profonde de la peau , plus souvent à une maladie pustuleuse du cuir chevelu, qui désorganise les bulbes des poils , qui les attaque à leur insertion , se termine par des cicatrices plus ou moins profondes, et ne permet plus l'insertion de nouveaux poils. La première cause quelquefois une alopécie générale ; autrement elle peut se borner à la région sincipitale. Les cheveux ne tombent que successivement ; quelques-uns même résistent au mal qui occasionnait leur chute , et c'est en quinze jours ou un mois que l'on peut apprécier les ravages occasionnés par cette forme morbide. Cependant bientôt les parties qui ont été dégarnies se recouvrent d'un duvet plus ou moins serré ; les poils qui le constituent , d'abord minces, frêles et délicats, grandissent incessamment; quelques-uns tombent, d'autres persistent, atteignent une longueur assez notable , mais sont encore ternes , cassants , secs et peu volumineux. Cependant chaque jour ils prennent plus de développement ; deux mois et demi ou trois mois se sont écoulés depuis les premiers temps de cette forme d'alopécie , alors les parties sont généralement velues comme elles paraissaient l'être avant de subir cette modification. On a cru remarquer que , par suite de cette calvitie morbide , les cheveux prenaient une teinte brune plus prononcée, ou, au contraire, plus blonde ; quelquefois encore ils tombaient moins droits qu'auparavant.

Ces remarques peuvent être fondées , si on les applique au premier duvet qui se manifeste d'abord; elles sont généralement erronnées quand elles portent sur les poils qui se développent dans les derniers temps, et viennent remplacer définitivement ceux que le mal a séparés.

L'alopécie idiopathique, qui résulte d'une altération profonde de la peau , est bornée presque toujours à des espaces bien nettement circonscrits. Elle occasionne la chute des cheveux dans tous les points où les pustules se développent, et cela dès les premières éruptions. Plus tard le cuir chevelu se dégarnit , et la peau reste lisse et luisante dans les endroits où les

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cheveux manquent. Ceux-ci repoussent rarement, ou au moins ils ne reviennent jamais comme avant l'éruption ; ils offrent au contraire une apparence lanugineuse très -remarquable. L'alopécie idiopathique non durable siège généralement vers le sinciput, ainsi que nous l'avons précédemment indiqué ; l'alopécie idiopathique profonde sévit indifféremment sur telle ou telle partie du cuir chevelu ou du tégument en général , et ne présente rien de régulier quant à son siège.

Dans l'affection que M. Rayer rattache au porrigo decalvans de Willan , le cuir chevelu ou la peau des joues et du menton présente une ou plusieurs taches circulaires entièrement dégarnies de poils. La peau est lisse sans rougeur , souvent même d'une blancheur : emarquable. Les aires des taches circulaires , dépourvues de cheveux , s'agrandissent progressivement. Lorsqu'il existe plusieurs taches à peu près contiguës, elles finissent par se réunir , et si on abandonne la maladie à elle - même , elle peut dépouiller de poils

une grande partie du cuir chevelu Les premiers

cheveux reproduits à la surface de ces aires , dont la peau paraît ordinairement un peu décolorée , ont en général une contexture plus fine, et une couleur moins prononcée que les cheveux sains qui les entourent (loc. cit., p. 739. 740).

M. Thomson ( The Cjclop. of pract. med., t. iv, p. 627, art. Porrigo) apporte au sujet du porrigo decalvans les mêmes considérations que M. Rayer. Il pense qu'il faut considérer cette maladie comme n'étant que Yarea de Gelse , Yalopccia areata de Sauvages , le trichosis area de Good. 11 pense qu'elle résulte d'une modification dans la sécrétion des follicules du cuir chevelu , et ne partage pas l'avis du docteur Bateman, qui considère (Synopsis, etc., p. 248) cette forme d'alopécie comme de nature contagieuse.

Le mal décrit par MM. Mahon, sous le nom de teigne tondante ( Rech. sur les teignes, etc., p. 133; Paris, 1829) se présente ainsi qu'il suit : sur une ou plusieurs taches circulaires , les poils sont rompus à une ou deux lignes au-dessus du niveau de la peau ; des aspérités sensibles en marquent la surface, et lui donnent un aspect comparable à la chair de poule. La peau est dans ce cas légèrement bleuâtre , et fournit de petites écailles qui se séparent et tombent sous forme pulvérulente. Cette maladie se développe par une altération peu étendue, qui s'élargit fréquemment à sa circonférence : elle est du reste fort rare.

L'alopécie symptomatique peut dépendre d'un état de faiblesse générale , et dans ce cas elle comprend l'alopécie congénitale, l'alopécie sénile, l'alopécie par épuisement; elle peut survenir en raison de la maladie d'un organe plus ou moins essentiel au maintien de l'existence , et constitue alors l'alopécie symptomatique; enfin elle peut résulter d'une modifi-

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cation pathologique générale de l'organisme que l'on a désignée sous le nom de cachexie : c'est alors qu'elle devient assez souvent l'expression d'une infection syphilitique constitutionnelle.

L'alopécie congéniale peut n' être que momentanée ou se prolonger durant toute l'existence. 11 n'est pas rare de rencontrer des enfants qui naissent sans présenter le moindre vestige de cheveux, et qui conservent cet état de nudité crânienne dix mois, un an, et même deux ans après la naissance.

11 est peu commun cependant de constater cet état à une époque si avancée. Quant à l'alopécie congéniale qui persiste toute la vie , il est peu de médecins qui aient eu l'occasion de la voir. M. Rayer l'a cependant observée plusieurs fois ; il rapporte à cet égard dans son Traité des maladies de la peau (/oc. cit., p. 735 et suiv.) une observation curieuse que nous ne croyons cependant pas devoir transcrire ici. L'alopécie congéniale est une perversion physiologique importante qui peut être indiquée dans cet ouvrage , mais à la description de laquelle nous ne devons accorder aucun développement.

L'alopécie sénile a été signalée par certains auteurs sous le nom de calvitie. Ce phénomène que chaque jour nous avons occasion d'étudier, a fixé depuis longtemps l'attention du médecin. Bichat s'exprime ainsi à ce sujet : vers la fin de la vie , le système pileux se ressent de l'oblitération générale qui arrive à presque tous les vaisseaux extérieurs : il cesse d'abord de

recevoir la substance colorante Les poils restés

blancs plus ou moins longtemps , finissent enfin par tomber; alors le sac qui en revêt l'origine s'affaisse et disparaît entièrement. J'ai examiné plusieurs têtes chauves : la peau du crâne était exactement lisse à sa surface interne, quoiqu'on l'eût séparée du tissu cellulaire. On n'y voyait aucune trace des innombrables appendices que forment les conduits après qu'on a retiré de dedans les poils qu'ils renferment. J'ai disséqué aussi un homme qui, à la suite d'une fièvre putride , était devenu presque entièrement chauve. 11 présentait tous les petits conduits dans leur intégrité , et déjà même dans leur fond on voyait le rudiment de nouveaux cheveux.

H y a donc cette différence entre la chute des poils des vieillards et celle qui suit les maladies , que tout meurt chez les premiers , parce que les vaisseaux qui vont à la racine cessent d'y transmettre des fluides; au lieu que dans le second cas le poil seul tombe ; son sac reste (Anat. gén., système pileux, § m. État du syst. pli. chez les vieill., p. 524; 1 835).

L'alopécie sénile qui résulte d'une modification lente dans le tissu de la peau ne s'établit que successivement. Elle porte surtout vers les parties supérieures et antérieures du crâne, respectant le plus ordinairement les régions latérales et postérieures. On a

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généralement remarqué que la tête est plus dégarnie dans les lieux où la peau est appliquée immédiatement sur les surfaces osseuses , ainsi les tempes , le voisinage des oreilles , la nuque surtout, sont encore couvertes de cheveux, quand le reste de la tête est presque en totalité dénudé. Les hommes sont beaucoup plus exposés à cet accident que les femmes, ce qui ne résulte seulement pas , ainsi qu'on pourrait le soupçonner, de la différence que présente le mode de coiffure pour l'un et l'autre sexe.

La chute des poils est quelquefois générale par les progrès de l'âge : elle annonce, quand elle s'étend ainsi à toutes les parties , une débilité fort prononcée.

L'alopécie par épuisement et fatigue a été mentionnée par un grand nombre d'observateurs. Elle peut résulter, dit-on , des évacuations trop abondantes de liqueur séminale, des travaux excessifs de l'esprit, des affections morales vives et durables. A cette forme M. Todd (loc. citât., p. 50) rattache l'alopécie qui survient dans les affections fébriles (La ne. franc., 1833 , t. vu, p. 422) à la suite des couches durant le cours de la phthisie, du diabète (Journ. des progr., 1830, t. n, p. 43); ce qui justifierait l'habitude des Romains qui n'achetaient qu'à vil prix les esclaves frappés de cette disposition vicieuse.

N'est-ce point auprès de semblables faits qu'il convient de mentionner les cas d'alopécie qui compliquent certaines irritations intestinales, alopécie déjà signalée par Hippocrate (De intern. Ajf., sect. iv), par Galien (De cur. Morb. sec. loc, lib. i, cap. 2), par Lemery (Rayer, loc. cit., p. 741), et tant d'autres? Cette alopécie présente la plus grande analogie pour son invasion , pour sa lenteur, pour son siège avec la calvitie du vieillard. Nous ne répéterons donc pas ici ce que nous avons précédemment établi.

Parmi les accidents que nous venons de décrire, il en est qui sont susceptibles de guérison , d'autres qui doivent résister à tout traitement. Les alopécies idiopathiques qui résultent d'une profonde désorganisation de la peau, et que nous avons rattachées aux différentes formes de porrigo, les alopécies symptomatiques qui datent de la naissance et portent sur des sujets déjà avancés en âge , celles qui sévissent sur les vieillards , paraissent généralement incurables. D'autres , l'alopécie idiopathique qui provient d'une légère inflammation érythémateuse , l'alopécie congénitale du jeune enfant, l'alopécie par épuisement, fatigue ou souffrance, réclament les secours de la thérapeutique, et guérissent même quelquefois spontanément.

On le voit , c'est surtout dans la connaissance des causes de l'alopécie que l'on puise les éléments qui servent à son pronostic.

On a indiqué un grand nombre de moyens thérapeutiques qui doivent prévenir différentes formes d'alopécie curable que nous avons mentionnées, ou qui

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ont pour but d'y remédier. Le charlatanisme a largement exploité cette branche d'industrie; et cependant, il faut le dire, contre cet accident nous possédons peu de ressources dont l'efficacité soit parfaitement démontrée.

Avant d'employer aucune médication contre l'alopécie, il faut avec soin combattre les causes qui peuvent la provoquer, et que nous avons relatées : il faut prescrire les toniques , sous des formes variées , dans l'alopécie par faiblesse, par épuisement ; il faut recommander la continence à ceux qui doivent ce mal à des pertes excessives de sperme; il faut apporter des distractions à celui qui vit dans un état habituel de tristesse et de chagrin; il faut arracher de son cabinet l'homme de lettres qui se livre à un travail immodéré, etc

M. Todd (loc. cit., p. 52) établit ainsi qu'il suit le traitement qu'il convient d'opposer au mal qui nous occupe : « Si l'on se reporte aux distinctions entre les différentes formes d'alopécie que nous avons tentées de mettre en évidence , il sera facile de comprendre comment cette maladie a pu guérir quelquefois par la phlébotomie , par des émissions sanguines locales faites au moyen des sangsues, des scarifications, par l'acupuncture , par les purgatifs , la diète affaiblissante, et des remèdes antiphlogistiques ; comment , en d'autres cas, elle a cédé à une médication purement locale , à des frictions sèches ou pratiquées avec la graisse de taupe , de limaçon , de hérisson , d'ours , ou avec des substances chaudes, excitantes, comme le camphre , la térébenthine , l'huile de naphte , le laudanum , les résines ; avec des huiles volatiles , comme celles de laurier, de romarin, de macis ou de cannelle....;

avec des substances acres , les euphorbes, la sta-

physaigre , le nasturtium ou cresson , les semences de moutarde, l'ail, les ognons et la teinture de tabac; avec des applications irritantes, comme les feuilles de figuier, d'ortie, la teinture de cantharides, et même le vésicatoire; comment on a tiré profit de l'usage des ingrédients alcalins, ce qui explique l'emploi de la lessive faite avec les cendres de bois, de roseau brûlé , de poils d'ours incinérés, ce qui motive les lotions pratiquées avec la bile de différents animaux, la fiente d'oiseaux , et ce vieux remède connu sous le nom de stercus columbinus ; comment, en d'autres fois, quelques applications, comme l'alun, la terre foliée de tartre étendue de vin, le vitriol bleu, l'encre préconisée par Celse, ont mieux réussi; comment, quelle que soit la forme de la maladie ou la nature du traitement, le rasement répété sur les parties malades , qui a été recommandé par tous les auteurs , est un remède toujours applicable.

«Quand il existe des signes d'un état inflammatoire des follicules pileux , ou un érythème de la peau au voisinage des parties menacées ou frappées d'alopécie,

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les applications de sangsues seront avantageuses, leur action sera heureusement secondée par l'administration de remèdes purgatifs.

«Si la maladie des follicules paraît placée sous la dépendance d'une irritation inflammatoire de la membrane muqueuse de l'estomac, on devra poser les sangsues vers le scrobicule du cœur, et insister sur un régime alimentaire doux.

« Dans le premier cas, le meilleur topique à employer consiste dans une décoction de son ou de mauve. Si le tégument frappé d'alopécie semble jeté dans un grand état de débilité, on fera bien de l'exciter par des stimulants directs (R. huile de macis : 5 ij ; alcool : 3 jv; M). L'attouchement de la partie avec une solution de nitrate d'argent ou avec un liniment composé d'huile d'olive et d'acide nitrique dans les proportions nécessaires pour déterminer une légère rubéfaction , un picotement sans brûlure , semblent devoir remplir le même résultat. Nous n'avons aucune expérience des avantages que peut procurer la célèbre huile de Macassar; nous devons dire que la solution de sulfate de cuivre dans l'alcool , dernièrement préconisée par un médecin allemand, a entièrement failli sous nos yeux. Quand le tégument est couvert de pellicules furfuracées, quand la peau est dure, brillante et coriace comme un parchemin, on a pour habitude de la nettoyer fréquemment avec quelque solution alcaline ou sulfureuse (R. acétate d'ammoniaque l ij ; souscarbonate d'ammoniaque 3 ij ; alcool % 6; eau de fontaine | jv; faites un mélange pour lotions). Il est inutile de recommander la plus grande attention dans l'analyse des fonctions en général, si l'une des altérations précédentes estplacéesousla dépendance d'une modification profonde de la santé. »

Nous avons cru bien faire en donnant à nos lecteurs la traduction complète des opinions de M. Todd sur le traitement de l'alopécie. Nos ouvrages français sont généralement dépourvus de développements à cet égard. M. Rayer {loc. cit., page 743) n'oseroit affirmer jusqu'à quel point les médications existâmes peuvent déterminer ou augmenter le développement de la tige des poils.

Par l'emploi des différents moyens qui ont été précédemment énumérés,on obtient quelquefois la reproduction des poils ; mais , comme considération générale, on peut établir que ce développement est d'autant plus complet que le sujet atteint est plus jeune, que la cause principale de la maladie a été mieux détruite; qu'enfin l'alopécie est un accident plus rare. Tout ce qui vient d'être dit est applicable au traitement de la dépilation des parties du tégument , quel que soit d'ailleurs son siège.

L' 'alopécie sjphilitiqucmér'ûeune description particulière par sa nature, par sa forme, par le traitement spécial qu'il convient de lui opposer. Ces cou-

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sidérations nous ont conduit à en tracer l'histoire en un paragraphe séparé. Les auteurs se répètent tous sur ce fait historique , qu'en 1538, pour la première fois, l'alopécie de nature vénérienne fut observée. Rangon, Fracastor, Fallope, Massa, Brassavole, ont, dit-on, mentionné cet accident comme un phénomène nouveau. M. Gullericr {Dict. de méd. et de chir. prat., art. Alopécie, t. n, p. 70) est disposé à croire que cette forme morbide existait avant l'époque indiquée; que seulement| elle n'a pas fixé l'attention au milieu des symptômes graves qui signalaient la syphilis dans les premiers temps.

Le mal qui nous occupe présente la plus grande analogie avec l'alopécie idiopathique érythémateuse que nous avons déjà décrite; s'il en diffère, ce n'est que par les accidents concomitants qui le compliquent , et par la spécificité qui préside à sa manifestation. Nous n'ignorons pas que l'on a voulu introduire comme une forme d'alopécie syphilitique une dépilation qui surviendrait sans altération appréciable du tissu cutané : mais nous ne la mentionnerons pas ; car nous savons que les auteurs qui ont prétendu faire connaître ce nouvel accident ont reculé en avouant que les observations sont trop incomplètes à ce sujet.

11 ne nous reste donc à traiter ici que de l'alopécie syphilitique érythémateuse. Celle maladie peut atteindre non-seulement le cuir chevelu , mais encore sévir sur tous les points du tégument qui sont ombragés par des poils ; néanmoins elle affecte quelquefois un siège particulier, et semble envahir de préférence le vertex et les tempes. M. Cullerier {loc. cit.,) mentionne deux cas dans lesquels c'était la région occipitale seule qui était atteinte d'alopécie. Alors, le plus souvent, on rencontre entre les racines des cheveux de légères pellicules épidermiques que le peigne détache , et qui tombent avec l'aspect pulvérulent : leur reproduction est néanmoins très-rapide. La peau qui leur est sousjacente paraît plus rouge que de coutume ; elle semble atteinte d'inflammation chronique. Tels sont les premiers symptômes de cette forme d'alopécie. Cependant il arrive que le poil est lésé dans sa matrice; il se détache, il tombe au moindre frottement, et laisse découverte une étendue plus ou moins considérable de la peau.

La juste appréciation des circonstances pathologiques qui existent en même temps que l'alopécie se développe; l'existence sur quelques parties du corps d'altérations de nature évidemment vénérienne , guident généralement le médecin dans le diagnostic de l'alopécie syphilitique.

Cette forme d'alopécie cède difficilement aux médications que l'on met en usage : elle se montre assez rebelle; aussi convient-il de lui opposer le traitement le plus prompt et le plus méthodique. Si nous voulions

à ce sujet énumérer les différents moyens qui doivent être opposés aux progrès de la syphilis constitutionnelle , nous ajouterions sans doute considérablement au volume de cet article. Mais nous croyons convenable d'en traiter en un autre lieu {voy. Syphilis). C'est pourquoi nous nous bornons seulement à poser ici les principales indications. 11 faut d'abord remédier à la cause intérieure qui a déterminé l'alopécie. Suivant le plus grand nombre des praticiens , c'est à un traitement spécifique qu'il faut alors recourir, et les mercuriaux , les antimoniaux , associés aux préparations dites sudorifiques , produisent dans ces cas les plus heureux résultats. Ce traitement doit être d'ailleurs secondé par les diverses médications locales, par les topiques de nature variée dont il a été question au sujet de l'alopécie simple. L'alopécie vénérienne peut, en effet , revêtir aussi , soit la forme inflammatoire, soit la forme atonique, à des degrés différents; c'est surtout d'après ce caractère que l'on se guidera dans le choix des topiques à mettre en usage. M. Todd {loc. cit.) pense qu'il peut être utile d'user de quelques grains de deuto-chlorure de mercure , que l'on associe aux épithèmes indiqués. Nous doutons que ce médicament ainsi employé soit propre à accélérer sensiblement la guérison ; néanmoins nous croyons que , vers la fin du traitement , on pourra obtenir de bons effets de lotions faites avec une simple décoction de son , dans laquelle on aura fait dissoudre quatre à cinq grains de deuto-chlorure de mercure : on pourra lui substituer l'eau fortement savonneuse ou sinapisée , l'eau minérale de Baréges , naturelle ou artificielle. On aura recours à quelques graisses médicamenteuses , contenant par once d'axonge quatre à six grains de proto-iodure de mercure , ou même à l'onguent napolitain.

Historique et bibliographie. — L'alopécie paraît avoir été connue d'Hippocrate , qui en rapporte une observation {De int. Aff., sect. iv). Dans ce cas, la maladie semblait dépendre d'une altération dans les fonctions disgestives. Corn. Celsus {De med., lib. vr, cap. iv) reconnaît deux espèces d'area. Ce qu'elles ont de commun , c'est que dans l'une et l'autre la cuticule meurt , les poils se dessèchent d'abord , et tombent ensuite Celle qu'on appelle alopécie s'étend

sous toutes formes de figures ; elle vient aux cheveux et à la barbe. Mais celle qu'on nomme ophiasis, à cause de sa ressemblance avec un serpent , commence à la région occipitale : elle n'y excède pas la largeur de deux travers de doigt ; elle s'étend vers les oreilles par deux prolongements qui se portent quelquefois, dans certains sujets, vers le front, et viennent se réunir sur le devant de la tête. Cette dernière espèce d'area vient à tout âge, et ne se guérit presque jamais sans remède : la première attaque presque toujours les enfants, et s'en va d'elle-même En ter-

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minant, Celse donne quelques préceptes à suivre poulie traitement de cette maladie.

On le voit, dans l'antiquité, l'alopécie a fixé l'attention des pathologistes. Galien en mentionne un cas qui fut déterminé par des champignons vénéneux (Decur. Morb. sec. loc, lib. i, cap. n). Cette affection a été envisagée successivement par Aétius (tetrab. 2 , serai, ii, lv); Ch. Piso (De cogn. et cur. Morb., lib. i. cap. i); Oribasius (De loc. Affcct. cur., lib. iv, cap. xni); Sérapion (lib. i, cap. l); Mercurialis (lib. i, cap. iv ; lib. \i , cap. iv). Mais c'est surtout par les recherches modernes que l'histoire de cette maladie paraît avoir été constituée. A une certaine époque, comme nous l'avons déjà indiqué, et au moment d'épidémie graves à'clép'hântiasis et de syphilis, elle se montra très-fréquente , et fut décrite par un grand nombre de médecins. Sauvages (Nos. mét.,ç,ûv. x, Cachexie, § 38) en trace l'histoire; il en admet cinq espèces : 1° l'alopécie simple, 2° l'alopécie syphilitique , 3° l'alopécie des oiseaux (la mue) , 4° l'alopécie areata de Celse, 5° l'alopécie porrigineuse (la pythiriase de Linnée). On ne trouve guère que quelques indications dans ce passage de la Nosologie méthodique.

C'est principalement aux ouvrages modernes qu'il faut recourir pour trouver des détails importants sur le sujet qui nous occupe. Cullerier ne paraîtpointavoirdit, dans l'article Alopécie du Dictionn. des sciences médicales, tout ce que sa longue expérience des accidents de ce genre devait lui avoir appris. MM. Mahon(Rech. sur les teignes, in-8°; Paris, 1829) ne sont guère plus complets dans le travail qu'ils ont entrepris sur les maladies du cuir chevelu. M. Rayer (Dict. de méd. et de chir. prat. , art. Alopécie , et Traité des malad. de la peau, t. m, p. 735 et suiv., in-8°, 1835) n'a point apporté, dans l'exposition de cette matière, la rigueur et la précision qui caractérisent généralement tout ce qu'il fait ; néanmoins son travail a été , par nous , mis à contribution. M. Cullerier le neveu (Dict. de méd. et de chir. prat. , article Alopécie syphilitique) a bien envisagé la spécialité qui lui a été confiée. On rencontrera des vues pratiques importantes dans l'article Alopécie que M. Lagneau a inséré au Dictionnaire de médecine (2e édit.). Nous aurions tort de ne point mentionner, en terminant, la note importante que M. Todd a donnée à l'ouvrage anglais déjà cité, et intitulé : The Cyclopœdia ofpractical medicinc, qui , comme on a pu le voir, nous a en partie servi de guide dans la rédaction de cet exposé.

ALV1NES (évacuations), adj., dérivé de alvus, basventre. Évacuations provenant du bas-ventre : Fœces, matières fécales , selles.

On désigne sous la dénomination d'évacuations alvines les matières qui sont expulsées du tube digestif

par son ouverture inférieure. Ces matières sont le résultat complexe de plusieurs circonstances parmi lesquelles il convient de citer principalement, 1° la nature et la quantité des boissons et des aliments ingérés; 2° l'état des différentes portions du tube digestif qui concourent, soit à l'élaboration, soit à l'absorption de ces matières; 3° la nature et la quantité des humeurs versées dans le canal intestinal pour concourir avec les intestins eux-mêmes à la digestion ; 4° l'action du mouvement péristaltique qui chasse lentement toutes les matières intestinales de l'estomac vers l'anus (Dalmas.)

Les médecins , dit M. Double (Séméiol.), ne se donnenteertainementpas assez àl'inspection des déjections, empêchés qu'ils sont, les uns par une fausse honte, les autres par répugnance , certains , par des opinions exclusives et par des idées théoriques que la nature repousse et que l'expérience condamne.

Nous ne voulons pas encourir le blâme de M. Double : aussi, dans notre Compendium, consacrons-nous un article aux évacuations alvines. Nous devons dire cependant que notre intention n'est pas de traiter complètement ce sujet en cette note; nous voulons éviter les redites ; c'est pourquoi nous ne pouvons établir ici que quelques indications. Hippocrate (Progn., sect. n, 15) signale ainsi qu'il suit les caractères des évacuations alvines dans l'état de santé : «Aîvi excremenlum optimum est, quod molle atque conjunctum est, quodque eâ horâ exierit, quâ tempore sanitatis consueverat, quantitate vero, quœ sit pro ralione cibi assumti : tali enim existente dejectione , inferior venter sanus est. » Nous ne prétendons rien ajouter à cette description exacte des matières excrémentitielles dans l'ordre physiologique. Disons seulement que chez les enfants les déjections sont plus fréquentes, plus molles et moins colorées. Etablissons que la consistance des matières fécales est augmentée par l'usage du thé , du café , des liqueurs spiritueuses ; qu'elles deviennent jaunes lorsqu'on a pris du safran, de la rhubarbe ou de la gomme-gutte , et vertes sous l'influence du calomel et par une alimentation composée d'épinards nouveaux ou d'autres herbes potagères : les préparations martiales et quelques fruits les colorent en noir; la chair de lièvre leur communique une teinte brune foncée ; enfin certaines substances modifient l'odeur qu'elles répandent : par les œufs elles prennent une odeur d'hydrogène sulfuré, etc....

La maladie apporte des modifications nombreuses et quelquefois importantes , soit relativement à la manière dont les évacuations alvines s'effectuent, soit par rapport à leur quantité ou à leur qualité.

Relativement au mode d'excrétion , les selles sont difficiles et rares, comme dans les cas de constipation (voyez ce mot), ou douloureuses et pou abondantes, comme dans le ténesme (voyez ce mot), ou promptes

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et subites, comme dans certaines diarrhées (voyez ce mot) involontaires, comme dans Y asthénie (voyez ce mot) , la paralysie (voyez ce mot) , le délire (voyez ce mot), etc....

Sous le rapport de la quantité, les déjections sont quelquefois supprimées , comme au début de la plupart des maladies aiguës ; souvent , au contraire , elles sont plus abondantes , ce qui tient , soit à une élaboration incomplète des matières alimentaires, soit à une exhalation intestinale plus active.

Si l'on envisage les évacuations alvines sous le point de vue de leurs qualités physiques, on reconnaît que leur consistance est parfois remarquablement accrue, que les matières sont comme moulées sur l'intestin , et comme pelotonnées en boules plus ou moins grosses , ce qui constitue les scybales ; qu'encore elles peuvent former de petits globules noirs très-consistants, semblables à des excréments de brebis : on dit alors, par ce motif, qu'elles sont ovilées; que plus souvent elles paraissent ramollies, et acquièrent, soit la fluidité de l'eau, soit la consistance d'une bouillie épaisse , pultacée. La première de ces variétés est assez commune dans le cancer de l'estomac, dans la colique saturnine; la seconde appartient évidemment à la plupart des irritations inflammatoires ou autres du tube digestif, surtout lorsqu'elles sont fixées vers la terminaison inférieure de ce conduit.

L'odeur qu'exhalent les matières fécales a été appréciée en séméiologie : on a mentionné l'odeur fade que répandent les garde-robes des jeunes enfants qui sont en butte à la dentition; l'odeur aigre ou acide que les selles déterminent, quand elles proviennent d'une digestion imparfaite; une odeur fétide, assez semblable à celle des cadavres pourris, qui dépend d'un commencement de putréfaction qui a lieu dans l'intestin; une odeur spécifique extrêmement fétide, qui semble résulter des matières rejetées dans la dyssenterie; une odeur spécifique beaucoup moins prononcée, qui provient des selles du sujet frappé du choléra indien épidémique.

La couleur des matières excrémentitielles peut éclairer sur leur nature, et faire connaître la maladie qui les a déterminées. Une matière grise ou blanchâtre est généralement l'indice d'un obstacle au cours de la bile dans l'intestin; une matière jaune safranée est, suivant M. Rostan (C. de méd, clin., t. m, p. 304), un signe assez sûr d'entérite fort intense; les selles vertes porracées annoncent un flux bilieux assez abondant, ou le ramollissement gélatiniforme des parois gastriques (Billard, Mal. des enf. noue. -nés., 2e éd., p. 350); les évacuations alvines sont rouges quand elles contiennent du sang ; si le sang séjourne un long temps dans la cavité intestinale, les selles deviennent noirâtres. La couleur des selles peut fournir des indications fort importantes pour le diagnostic dans T.

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la dyssenterie : alors elles contiennent une foule de grumeaux rougeâlres, violacés, qui nagent au sein d'une mucosité glaireuse , filante , opaline ; on a comparé ce liquide à celui qui résulterait de la raclure d'intestin. Dans le choléra indien , les premières évacuations qui se composent des matières existant dans les intestins, sont bientôt suivies d'autres évacuations où domine une substance blanchâtre, d'une grande liquidité , mêlée à des grumeaux épais et assez semblables à une décoction de riz ou à du petit-lait mal clarifié.

Des corps étrangers peuvent être expulsés avec les matières excrémentitielles , dont il serait sans doute nécessaire de constater la nature en un grand nombre de circonstances. C'est par l'examen des selles que l'on arrive surtout à quelque précision dans le diagnostic des concrétions biliaires : le signe pathognomonique de cette affection est l'évacuation des calculs avec les garde-robes. La connaissance des vers intestinaux résulte aussi d'une pareille investigation. Des selles purulentes qui se prolongent pendant un temps plus ou moins long, et coïncident avec l'affaissement d'une tumeur iliaque, conduisent à la connaissance de ces engorgements inflammatoires qui se développent dans la fosse iliaque droite, et qui ont fait l'objet de recherches spéciales de la part de Dance , de Dupuytren , de MM. Ménière, Corbin et Peyre. Dans cette revue trop rapide nous avons omis à dessein d'apprécier la valeur pronostique des différents accidents que nous signalions. Nous avons pensé, en effet, que le lecteur pourrait facilement juger la gravité de telle ou telle modification survenue dans les évacuations alvines par la connaissance de l'altération organique à laquelle elle correspond. Si l'on veut d'ailleurs trouver plus de détails sur ce sujet, on fera bien de consulter la Séméiologie de M. Double, la Pathologie générale de M. Chomel, le Cours de médecine clinique de M. Rostan (t. i, p. 129 et 302; t. m, p. 128 et 262); l'art. Déjection du Dictionnaire des sciences médicales ; Foecal excrétions du Dictionary of practical medicine de James Copland.

AMAIGRISSEMENT , s. m. La vie est caractérisée par deux mouvements qui, dans l'état de santé , s'équilibrent incessamment : ce sont l'assimilation et la désassimilation. Que l'assimilation soit entièrement ou partiellement , constamment ou passagèrement suspendue, l'amaigrissement se manifeste; que la désassimilation prenne une activité plus grande, le même effet est produit.

La graisse que contiennent les aréoles du tissu cellulaire et les interstices des divers organes disparaît progressivement ; les parties molles , et surtout le tissu cellulaire , s'amoindrissent , ce qui entraîne une diminution remarquable dans le volume du corps , l'amaigrissement, l'émaciation, la maigreur, le marasme,

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la consomption , la phthisie , l'hectisie, l'atrophie générale.

M. Raige-Delorme, dans un bon article sur cette matière (Dict. de méd., 2e éd. , t. n, p. 289), rappelle que l'émaciation , comme la fièvre hectique , dont elle forme l'un des traits principaux , a été divisée en essentielle ou idiopathique , c'est-à-dire ne dépendant d'aucune lésion organique appréciable, produite par des causes qui altèrent les fonctions nutritives , sans léser d'une manière sensible les organes qui y concourent ; en symptomatique , c'est-à-dire liée comme effet à quelque altération d'organe, ou à quelque affection aiguë ou chronique bien déterminée. Cette division ne nous paraît point admissible en pratique , car il n'est donné à aucun médecin de pouvoir établir formellement s'il convient de rattacher l'amaigrissement qu'il constate chez un malade à la première ou à la seconde forme que nous venons d'indiquer.

Pour apporter quelque avantage susceptible d'application dans la connaissance de cet accident pathologique, il nous semble nécessaire d'étudier l'amaigrissement, suivant qu'il est l'expression d'un état de souffrance générale de l'organisme , ou d'une maladie de tel ou tel organe en particulier. Ici nous pourrons constater qu'il est certaines affections générales qui apportent une perturbation profonde dans les actes physiologiques, et qui entraînent rapidement une émaciation fort prononcée; que la consomption, en d'autres cas, se fait d'autant plus rapide , que les organes qui ont été malades sont plus essentiels à la vie , et surtout président d'une façon plus immédiate au grand acte de la nutrition.

Les observateurs distingués qui, dans ces dernières années, ont tracé avec tant de précision l'histoire de l'affection typhoïde , ont omis , ce nous semble à tort, de mentionner l'amaigrissement rapide et prononcé que détermine cette maladie , quel que soit d'ailleurs le mode de traitement employé pour la combattre. Plusieurs fois nous avons eu occasion de constater qu'en quinze ou vingt jours, les sujets les plus robustes , dont les saillies musculaires étaient , au début du mal , parfaitement dessinées et considérables , tombaient dans un état d'émaciation profond, en raison des atteintes graves que cette maladie apporte à la constitution. Dans ce cas , il est évident que l'amaigrissement est en quelque sorte la mesure du danger que courut le malade. D'autres affections analogues déterminent-elles une semblable suspension dans l'acte d'assimilation ? Nous ne doutons point que dans la peste d'Orient , comme dans la fièvre jaune , cette maigreur de la convalescence ne soit très-prononcée. A la suite des exanthèmes aigus , de la variole , de la rougeole , de la scarlatine , nous avons bien souvent noté cet épiphénomène , malgré l'empâtement du tissu cellulaire sous-cutané qui sur-

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vient particulièrement à l'époque où la maladie est entrée en voie de résolution.

On peut voir, dans les aperçus précédents , que l'amaigrissement est surtout indiqué comme appartenant à la convalescence. 11 ne faut pas croire cependant que ce soit à cette période seule des maladies que cet accident se manifeste : mais si , alors seulement , il est constaté par le médecin et par les personnes qui assistent le malade , c'est que la turgescence périphérique momentanée, Y intumescence générale des tissus qui coïncide avec la plupart des maladies fébriles aiguës, cesse d'exister, et permet aux parties molles de s'affaisser en raison de leur amoindrissement.

Nous avons mentionné l'amaigrissement qui résulte d'une altération organique locale; nous avons dit qu'il se montrait d'autant plus rapide et d'autant plus prononcé , qu'il provenait d'organes plus spécialement destinés aux fonctions d'assimilation. A cet égard, M. Jolly (Dict. de méd. et de chir. prat., article Amaigrissement, t. u, p. 81) pense que l'on pourrait établir une sorte d'échelle de gradation qui serait successivement occupée par les maladies organiques des intestins , des poumons , du foie , des reins, de la vessie , du cœur, des vaisseaux , du cerveau , etc. Nous voulons ajouter que l'émaciation ne survient pas seulement par suite de la maladie d'un organe d'assimilation, qu'elle caractérise encore les accidents pathologiques , qui déterminent des évacuations trèscopieuses , et souvent répétées.

Analysons ces diverses circonstances. Presque toutes les affections, aiguës ou chroniques, qui portent sur le tube intestinal , de manière à empêcher le travail de la digestion , entraînent un amaigrissement rapide. Ce phénomène pathologique appartient à la gastrite aiguë comme à l'entérite aiguë , à la gastrite chronique , au cancer de l'estomac, comme aux mêmes altérations ayant leur siège dans l'intestin.

En pareils cas, la maigreur provient de circonstances analogues à celles que l'inanition , l'usage d'aliments de mauvaise nature ou insuffisants , la présence de vers dans les voies disgestives occasionnent communément.

Les maladies du poumon , celles surtout qui consistent en une dégénérescence de son parenchyme, troublent profondément les fonctions d'hématose , s'opposent à la nutrition, et donnent lieu à l'amaigrissement. C'est pour cela que le nom de phthisie, qui primitivement était réservé à toutes les maladies avec consomption lente, et qui, suivant M. Renaudin (Dict. des scienc. méd., t. vi, p. 232, art. Consomption), devrait être conservé comme synonyme du mot consomption, a été, dans ces derniers temps, employé à la désignation de la dégénérescence tuberculeuse du poumon.

M. Louis (Rech. anat.-path. sur la phthisie.

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pag. 220) a signalé quelques circonstances curieuses au sujet de l'amaigrissement qui survient chez les phthisiques. Elles nous semblent parfaitement adaptées à ce que nous venons de dire. «L'amaigrissement débutait chez la moitié des individus avec les premiers symptômes del'af fection, soit qu'elle atteignît rapidement ou avec lenteur le terme fatal , dans l'espace de cinq mois à trois années, par exemple. Chez un petit nombre de sujets , il remontait à la même époque que le dévoiement ou la diminution de l'appétit , bien que, dans plusieurs cas, la membrane muqueuse de l'estomac fût parfaitement saine , ou que ses lésions fussent récentes à l'époque de la mort. Chez la troisième partie des malades, il ne commençait qu'avec la fièvre; en sorte que le plus ordinairement on ne pouvait l'attribuer à son début, ni à la fièvre, ni à la diarrhée, ni à la perte d'appétit, ni à un état morbide de la membrane muqueuse de l'estomac, et qu'il fallait en chercher la première cause dans l'altération plus ou moins profonde du parenchyme pulmonaire, qui s'opposait à la régularité de la nutrition. La diarrhée une fois établie , la maigreur faisait des progrès rapides. Le mauvais état de la membrane muqueuse de l'estomac y prenait aussi beaucoup de part, et à moins que quelque accident du côté du cerveau ou des poumons , une perforation , par exemple , n'abrégeât le cours de la maladie , les sujets mouraient dans le

dernier degré du marasme 11 est rare, quand les

malades sont tourmentés par une fièvre continue plus ou moins forte, déjà ancienne, accompagnée d'oppression et de la perte de l'embonpoint , que les poumons ne soient pas la cause du désordre, et qu'il ne soit le résultat de l'affection tuberculeuse. »

Portai (Obs. sur la nat. et le trait, des malad. du foie, p. 51) a noté l'amaigrissement dans une maladie qu'il désigne sous le nom d'obstructions du foie; suivant lui il paraîtrait même quelquefois davantage s'il ne survenait de l'œdématie. Ailleurs (p. 134) il le considère comme une suite ordinaire de l'ictère (p. 312), comme un des symptômes de la phthisie hépatique. Nous pensons avec cet auteur que l'amaigrissement serait plus communément mentionné comme un symptôme des maladies du foie, si ce n'était le propre de ces affections d'entraîner le plus souvent de graves suff usions séreuses. Cependant nous croyons qu'il est impossible de méconnaître cette émaciation profonde qui survient chez les malades affectés de cirrhose du foie : plusieurs fois nous l'avons constatée d'une façon non douteuse.

Les lésions de l'appareil de sécrétion urinaire ne donnent lieu à la consomption que lorsqu'elles sont compliquées d'un flux catarrhale abondant. C'est la désassimilation qui devient alors plus active. Nous mentionnerons ce fait en parlant de la maigreur qui résulte des affections catarrhales en général.

Les maladies du cœur et des vaisseaux sanguins n'occasionnent un amaigrissement notable que lorsqu'elles favorisent certains changements pathologiques dans les qualités du sang. Dans la phlébite qui se complique de résorption purulente, l'amaigrissement est rapide comme dans le typhus , mais alors il faut rattacher le marasme à l'intoxication générale et non à la lésion plus ou moins étendue d'un vaisseau sanguin.

Toutes les fois qu'il y a exaltation prolongée des fonctions d'innervation, l'amaigrissement survient. Un sujet se livre-t-il avec fureur à la fâcheuse habitude de la masturbation, il tombe bientôt dans un marasme prononcé; un autre s'abandonne-t-il sans réserve au commerce des femmes , chez lui encore la maigreur s'établit rapidement. Qu'on ne croie pas que cet accident survienne en raison de la perte de la semence , on se tromperait : des faits nombreux , des considérations pleines de justesse , établissent que cette consomption résulte de la dépense extrême de l'influx nerveux. De même , quelquefois des douleurs extrêmes et continues entraînent l'amaigrissement , les veilles prolongées conduisent au même résultat.

C'est pendant l'insomnie opiniâtre qui précède et accompagne l'aliénation mentale , que l'on voit maigrir considérablement le sujet qui est atteint de cette maLdie : c'est lorsqu'elle est encore dans cette période , que caractérise l'exaltation dans les idées , que l'on voit l'amaigrissement persister et même faire des progrès ; chez l'idiot, au contraire, l'embonpoint est assez remarquable.

Les préoccupations intellectuelles , les travaux assidus qui commandent une grande activité d'esprit , favorisent le développement de l'émaciation.

Les exercices du corps, poussés jusqu'à la fatigue, donnent lieu fréquemment à la maigreur ; la vie inactive favorise notablement la tendance à l'obésité.

Il est , avons-nous dit , un assez grand nombre de maladies qui entraînent un amaigrissement rapide sous l'influence de copieuses évacuations. Ce fait mérite de fixer un moment l'attention.

Dans la dyssenterie, dans le choléra-morbus , dans certaines diarrhées chroniques , la maigreur se manifeste rapidement. Nous avons eu malheureusement, durant le cours de l'épidémie grave qui a ravagé la France en ces dernières années , de fréquentes occasions pour constater l'émaciation rapide qui frappe en quelques minutes les sujets atteints du choléramorbus. Cette modification dans le volume du corps se fait avec une telle promptitude , que , même chez les jeunes sujets , des rides se dessinent à la peau en différentes régions.

La plupart des affections catarrhales qui consistent en un flux muqueux fort abondant donnent lieu à la consomption , soit qu'elles affectent la membrane

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muqueuse pulmonaire, soit qu'elles portent sur la face interne de la vessie.

Les suppurations abondantes occasionnent aussi un amaigrissement rapide , et c'est aux phénomènes complexes qui surviennent en ce cas , que quelques auteurs ont donné le nom de Fièvre hectique (voy. ce mot).

Des sueurs excessives, l'allaitement trop prolongé, les flux urinaires , comme dans le diabètes , certaines hémorrhagies qui se répètent fréquemment, déterminent le marasme en un temps plus ou moins court.

N'est-ce point encore à une exhalation trop active qu'il faut attribuer la maigreur qui coïncide avec l'hydropisie?

Nous ne prétendons pas avoir mentionné ici tous les cas qui peuvent occasionner l'émaciation. Un travail complet sur cette matière ne présenterait pas , ce semble , un grand intérêt , et demanderait de nombreux développements ; c'est pourquoi nous ne pousserons pas plus loin cette revue.

Quelle que soit la cause de l'amaigrissement, ce phénomène a lieu presque toujours dans un ordre de succession à peu près régulier. La face est d'abord affectée , la maigreur se propage ensuite aux extrémités pelviennes , puis aux extrémités thoraciques , enfin au tronc. Cette règle n'est point conforme à la description de M. Landré-Beauvais , qui établit que les membres maigrissent les premiers , ensuite le tronc, et en dernier lieu la face. M. Raige-Delorme (loc. cit., p. 298) ajoute que cet ordre ne s'observe pas également chez tous les individus : 11 en est , dit-il , qui présentent un amaigrissement considérable de la face, ayant que l'émaciation soit prononcée dans les autres régions ; chez les uns , la partie antérieure de la poitrine maigrit bien longtemps avant le cou et les épaules, tandis que c'est le contraire chez d'autres , etc On ne peut donner les causes de cette diversité. On a bien dit que la phthisie pulmonaire déterminait plus particulièrement l'amaigrissement de la poitrine , le carreau , l'hydropisie ascite , celui des extrémités inférieures ; mais cela ne paraît pas parfaitement exact.

A mesure que les portions adipeuses et séreuses du tissu cellulaire sont absorbées, l'émaciation s'établit. Voici la description qu'en donnait Arétée {De sign. et caus. diu.morb., lib. i, cap. vin) : Le nez pointu, aminci , les pommettes saillantes , colorées , les yeux creux, mais purs et brillants, le visage d'un jaune pâle ou livide, bouffi, la partie mince des joues rentrée et serrée contre les dents , ce qui donne l'apparence d'une personne qui rit : tout le corps prend l'apparence d'un squelette; car la même maigreur, le même décharnement s'observe partout : les muscles des bras disparaissent ; il ne reste plus du sein que le mamelon; les côtes deviennent visibles, non-seule-

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ment au point qu'on puisse les compter toutes , mais voir distinctement leurs articulations , tant du côté de l'épine que du sternum; leurs interstices vides, et toute leur courbure presque à nu ; les hypocondres creux, retirés; le ventre aplati et pour ainsi dire collé contre l'épine ; les articulations partout décharnées, extrêmement apparentes, tant celles des bras , des jambes et des hanches , que celles de l'épine, qui , auparavant enfoncée, maintenant que tous les muscles de chaque côté ont disparu , s'avance au dehors, et présente ses pointes osseuses ; les omoplates entièrement découvertes et semblables à deux ailes d'oiseau. Nous n'ajouterons rien à cette description d'une vérité si effrayante.

L'amaigrissement semble atteindre presque tous les tissus. La peau s'amincit et se ride, s'applique, ou plutôt se colle sur les muscles ; sa surface éprouve un commencement de dessiccation ; elle devient pulvérulente. Le tissu cellulaire graisseux disparaît presque complètement; les muscles , surtout ceux qui sont destinés aux mouvements volontaires , s'affaissent et perdent de leurs volumes ; les muscles plats deviennent comme membraneux; les tuniques intestinales acquièrent une minceur remarquable ; en un mot , tous les organes semblent frappés d'une atrophie incomplète ; les poils et les cheveux s'affaiblissent et tombent.

M. Desmoulins (De l'état du système nerveux sous ses rapports de volumes et de masses dans le marasme non sênile, et de l'influence de cet état sur les fonctions nerveuses. Journ. de phys., t. xc, p. 442) pense que dans le marasme non sénile, le système nerveux ne partage point l'amaigrissement des autres tissus. Suivant lui , c'est surtout le système musculaire qui souffre dans le marasme.

On pourra reconnaître quelques-uns des traits que nous venons d'esquisser, dans une observation que rapporte Lobstein (Anat. path., 1. 1, p. 81 et suiv.). Il sera sans doute curieux aussi de parcourir l'article qu'il consacre (ibid., p. 60 et suiv.) au phénomène singulier de l'atrophie , où l'on rencontre des idées originales, comme celle-ci : «Ce n'est point la disparition de la graisse seule qui produit l'atrophie du tissu cellulaire ; souvent c'est le défaut de l'évaporation du gaz , la suppression de ce halitus vitalis qui a lieu dans ses mailles. En effet , l'embonpoint ne dépend pas uniquement de la présence de la graisse ; il tient aussi à cette turgescence vitale que l'on remarque dans l'état de santé. Pourquoi maigrit-on subitement ? Pourquoi le corps se rappetisse-t-il dans la syncope , dans le frisson d'une fièvre intermittente, au point que les bagues tombent des doigts ? C'est parce que tout mouvement expansif est suspendu , et avec lui l'exhalation de la vapeur qui remplit tous les interstices des parties.» C'est parce que, dirions-nous , la circulation capillaire, qui emploie une certaine quan-

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tité de sâri£, et appelle constamment à la périphérie du corps une légère fluxion , détermine une turgescence habituelle du tissu sous-cutané , qui cède durant la syncope, durant le premier stade des fièvres intermittentes, etc C'est parce que, diront quelques auteurs , les tissus se livrent alors à une contraction manifeste, comme on peut en juger par le phénomène connu sous le nom de chair de poule. Mais nous tenons particulièrement à éviter les explications de ce genre.

Nous n'avons cité l'opinion de Lobstein que pour montrer combien il est facile d'accorder des développements superflus à un pareil sujet ; et nous terminons en établissant, comme règle générale, que l'amaigrissement peut résulter du mélange de principes délétères au sang en circulation ; de qualités non suffisamment réparatrices du chyle , provenant de l'élaboration digestive; d'une hématose incomplète, par suite de maladies des organes qui président à cette fonction ; d'une dépense insolite de l'influx nerveux ; enfin d'exhalations trop actives et trop considérables , qui commandent une absorption interstitielle plus énergique et plus étendue.

Comme addition importante à apporter aux considérations qui précèdent, il est nécessaire d'établir que, toutes circonstances égales d'ailleurs, l'amaigrissement se fait plus rapidement chez* l'enfant et l'adolescent qu'à tout autre âge de la vie ; que cette tendance à la maigreur est moins prononcée chez le sujet adulte, qui supporte plus facilement les circonstances capables de la déterminer ; que chez le vieillard, enfin, l'émaciation se fait rapidement , par suite de la lenteur avec laquelle la réparation s'effectue. Ces vues, que confirme l'observation de tous les jours , conduiront sans doute les médecins à ne point trop insister sur la diète et les moyens débilitants dans le traitement des maladies du jeune âge et de la vieillesse; à permettre avec quelque facilité le retour à une alimentation saine , dès que les accidents pathologiques seront dissipés. En agissant ainsi, on préviendra sans doute bien des complications qui se manifestent au déclin des maladies , et viennent gravement entraver la convalescence.

L'amaigrissement mérite de fixer l'attention du médecin , sous le point de vue du pronostic. M. Rostan est entré à cet égard dans quelques détails importants que nous sommes heureux de pouvoir transmettre au lecteur. 11 s'exprime ainsi {Cours de méd. clin., t. m, p. 184) : «On peut considérer l'amaigrissement général , porté à un certain degré , comme une circonstance défavorable , quelle que soit la cause qui le détermine. On conçoit, néanmoins, qu'il n'offre pas toujours le même désavantage. S'il existe une espèce illusoire d'embonpoint , il faut reconnaître aussi un amaigrissement purement apparent; mais, quoique

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simplement apparent, ce phénomène ne présente rien de bon.

L'amaigrissement qu'on observe vers la fin des maladies aiguës , lorsque l'éréthisme est tombé , n'est pas d'un mauvais augure, si d'ailleurs les autres fonctions rentrent dans le type normal. 11 n'en est pas de même lorsque cet amaigrissement est le résultat du collapsus général , de la chute des forces : cet état, qui se manifeste ordinairement avec rapidité , est l'avant coureur d'une mort prochaine.

La maigreur générale qui survient dans les maladies chroniques est d'un funeste augure.

La maigreur qui succède à des évacuations trèsabondantes est beaucoup moins dangereuse que celle des deux cas précédents. »

C'est un mauvais signe quand , après les maladies , on ne reprend pas de l'embonpoint à proportion de la nourriture (Landré-Beauvais , Séméiotique).

Nous tomberions ici dans une grave erreur , si nous prétendions indiquer les précautions qu'il convient de prendre pour obvier à l'accident dont nous venons de tracer l'histoire. Il nous a suffi de mentionner les principales causes de l'amaigrissement; chacune de celles-ci sera étudiée en un article séparé. Nous renvoyons donc à l'exposé des diverses maladies qui peuvent occasionner le marasme , pour présenter le traitement avec lequel il doit être combattu.

Dès la plus haute antiquité , le phénomène qui nous occupe a fixé l'attention des hommes de l'art. Hippocrate en parle dans ses écrits , sous le nom de <£âidi;; Celse {De med., lib. m, cap. xxu) admet trois espèces de consomption {tabès) : X atrophie, la cachexie et \à phthisie ; il accorde quelques développements aux considérations qui s'y rapportent. Arétée {De sign. et caus. diut. morb., lib. i, cap. vin) définit ainsi le mot phthisie : « S'il se forme un ulcère au poumon , par suite d'un abcès , d'une toux chronique , d'une hémoptysie , et que le malade crache du pus , la maladie se nomme pye ou phthisie. » On voit que le médecin de Gappadoce donnait déjà au mot phthisie cette signification restreinte qui lui a été attribuée de nos jours par les travaux de Laennec et de M. Louis. Galien {Définit, medicar., n° 260, 261 ; Charter., t. h, p. 262) se renferme à peu prèsdans les mêmes limites, quand il dit : « Phthisis est ulceratio pulmonis , vel thoracis , vel faucium, ut et tussiculae et débiles comitantur febres et corpus contabescat. » Cœlius Aurelianus {Morb. chron., lib. ri , cap. xiv) s'occupe aussi de ce sujet, et, bien qu'il adopte en partie la définition d' Arétée et de Galien ne laisse pas cependant que de répandre quelque obscurité sur ce sujet.

Nous ne poursuivrons pas cette revue, qui d'ailleurs ici pourrait paraître déplacée. En terminant , nous rappellerons seulement que dans Morlon {Phthisiologia, sive tractatus de phlhisi, etc.), et sur-<

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tout dans Trnka (11ht. febr. kcciicm ornais œvi, observ. med. continens. Vindobonse, 1783), on rencontrera un grand nombre de matériaux et de considérations sur l'amaigrissement. On peut à cet égard citer encore la belle dissertation de M. Broussais (Recherches sur la fièvre hectique, 1803), les différents articles de Dictionnaires, et les travaux isolés dont il a été fait mention durant le cours de cet article.

AMÉNORRHÉE, s. f., de a privatif, p.^v, gén.pivoç, mois; et psw, je coule : défaut d'écoulement des règles. Synonymie, franc etctrang. — Suppressiondes règles, manque des règles. Franc. — Appoivi. Grec. — Menstrua suppressa, defectus menstruorum, suppressio mensium. Lat. — Supprcssione dei menstrui, amenorrea. Ital. — Retencion de las reglas. Esp. — Suppression ofthe menses, obstruction. Angl. — Mangel des monatblutfusses , verhalten der monatlichen reinigung. AU. — Verstopping der stonden. Holl.

Synonym. chronolog. — AppotYi , Hippocratç. — Amenorrhœa, Gullen , Vogel , Parry , Young, Macbrigde. — Dysmenorrhœa, Linnée, Sagar. — Paramenia obstructionis, Good. — Ischomenia, Swediaur. — Mencschesis, Ploucquet. — Menostasia, Sprengel. — Dysmenorrhagia, Darwin.

Définition. — Il faut entendre par aménorrhée , non-seulement l'absence et la suppression complète des règles, mais encore la diminution , le retard et la difficulté de cet écoulement.

Quelques auteurs ont décrit à part le défaut de menstruation des filles pubères , et l'ont examiné en parlant des fonctions génératrices. Sans doute cette forme particulière de l'aménorrhée a quelque chose qui la distingue des autres ; mais comme les mêmes causes peuvent retarder, empêcher ou déranger le flux menstruel , il nous a paru inutile d'instituer pour ces trois circonstances , autant d'articles séparés , comme on l'a fait jusqu'ici. On a voulu encore , sous le nom de Dysménorrhée (Suc, difficile, p-vivôç mois, etps'wje coule), désigner un autre dérangement de la menstruation, dans lequel les règles peuvent couler aux époques ordinaires, mais avec difficulté et douleur. L'écoulement peut être abondant , ou se faire goutte à goutte. Les anciens., établissant une comparaison entre les maladies de l'utérus et celles de la vessie, ont nommé ce dernier état strangurie menstruelle. On trouve indiqués, dans tous les auteurs anciens, Hippocrate , Galien, Morgagni, Wan-Swieten, la rétention des règles (emansio mensium) , leur suppression (suppressio) , et leur écoulement difficile (strangurie menstruelle).

Freind distingue plusieurs formes d'aménorrhée , lorsqu'il dit, en parlant des règles : «Ou il y en a trop peu , ou elles ont beaucoup de peine à paraître , ou, ce qui arrive plus fréquemment encore , elles sont en-

tièrement supprimées» (Freind, Einménohgie, ch. x, p. 119, trad. ; Paris, 17 3-0). Cette distinction entre la rétention et la suppression, clairement exprimée dans Freind , a été définitivement établie par Gullen : «On doit admettre deux espèces d'interruption du flux menstruel : dans l'une , les règles commencent par couler dans le période de la vie où elles ont coutume de paraître; et dans l'autre, après avoir paru régulièrement pendant quelque temps, elles cessent de revenir à leurs périodes ordinaires, par d'autres causes que la conception. Le premier de ces cas se nomme rétention, et le dernier, suppression des règles.» (Gullen, Élém. de méd. prat., trad. Bosquillon , t. u , p. 1 33).

Si nous passions en revue tous les traités de pathologie , nous retrouverions les mêmes espèces d'aménorrhée ; seulement , dans quelques-uns , les divisions sont encore plus nombreuses. Gardien admet trois sortes de déviations menstruelles : la première comprend la rétention des menstrues et la chlorose ; la seconde renferme les suppressions ; et la troisième, l'écoulement douloureux ou dysménorrhée. Enfin les ouvrages les plus récents décrivent une aménorrhée par rétention, par suppression, et par défaut d'excrétion (Dictionn. de méd., art. Aménorrhée). Quant à cette absence des règles amenée par les progrès de l'âge, et que l'on connaît sous le nom de temps critique, elle ne peut être confondue avec l'aménorrhée. Dans celle-ci les fonctions de l'utérus ne peuvent s'établir, ou se dérangent ; dans l'autre elles cessent entièrement.

On prendrait une idée très-fausse de l'aménorrhée, si on la considérait comme une maladie à part ; elle n'est, au contraire, que le symptôme d'une foule d'affections : on pourrait tout au plus la regarder comme une maladie chez les filles pubères dont la menstruation ne s'est pas établie. Mais, encore dans ce cas, cette fonction naturelle ne peut se faire en raison d'un état général de l'économie, ou de certaines causes locales que nous allons apprendre à connaître.

L'aménorrhée, nous aimons à le redire, n'est pas par elle-même une maladie : c'est le symptôme d'une affection latente , ou de quelque altération organique, qu'un examen attentif finit presque toujours par nous faire découvrir. On reconnaît alors que tantôt elle se rattache à un obstacle purement physique , qui , situé en un point des organes de la génération, s'oppose au libre écoulement des règles ; tantôt ce n'est plus une cause aussi facile à apercevoir : c'est un trouble fonctionnel , dont la constitution des sujets peut quelquefois nous rendre compte. L'aménorrhée peut aussi n'être que le phénomène précurseur ou sympathique de la maladie d'un viscère, qui entretient avec l'utérus des sympathies étroites ou même éloignées. Enfin l'observation nous apprend tous les jours que l'engorgement de la matrice ou d'autres affections de cet

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organe peuvent être les seules causes de l'aménorrhée. Des influences pathologiques aussi nombreuses , qui toutes impriment des changements notables à la menstruation, doivent être distinguées avec soin, sans quoi il en résulterait de graves erreurs pour le pronostic, et surtout pour le traitement.

Division. — Dès lors, pour saisir dans toutes leurs particularités les conditions variées qui président au développement de la maladie , nous prendrons pour base de nos divisions les causes mêmes qui lui donnent naissance. Nous verrons qu'elle résulte d'un état général de tout le solide vivant , et qu'elle est pour ainsi dire constitutionnelle et inhérente à l'état actuel du corps. Cette aménorrhée constitutionnelle peut être primitive, et se montrer chez la femme pubère; elle peut être accidentelle et survenir chez des femmes menstruées.

L'aménorrhée peut dépendre aussi d'un état tout à fait local de l'utérus ; il importe alors de reconnaître que la tuméfaction, l'engorgement, la'sensibilité vive de la matrice, sont les véritables causes de l'aménorrhée. Mais plus ordinairement il est impossible de trouver dans l'organe lui-même l'origine première des troubles de la menstruation : il faut la chercher dans la maladie de ces viscères importants qui entretiennent avec l'utérus d'étroites sympathies ; il faut la chercher dans le cerveau, le poumon , le cœur, et presque tous les appareils contenus dans les cavités splanchniques : on ne s'étonnera plus de voir leurs maladies influer avec tant de promptitude sur les fonctions génératrices. Que cette aménorrhée se rattache à l'état des organes génitaux, d'un autre viscère, ou à la constitution, elle peut être primitive ou accidentelle. On a désigné sous le nom impropre de rétention des règles, la non apparition des menstrues; nous l'appellerons aménorrhée primitive , et accidentelle, lorsque la menstruation se sera déjà établie.

Dans presque toutes les descriptions nosographiques que nous possédons de l'aménorrhée, les auteurs n'ont tracé qu'une histoire générale de la maladie , sans prendre en considération les causes qui la produisent. Ce qui les a surtout préoccupés , c'est la rétention et la suppression des menstrues. Ils ont accordé une grande valeur à cette circonstance , qui n'est que tout à fait secondaire dans la maladie; ils semblent avoir oublié que l'état morbide général ou local, qui est la vraie cause de l'aménorrhée, réclamait seul toute leur attention. Montrons jusqu'à quel point ces idées sont fausses ou tout au moins superficielles. Qu'une phthisie pulmonaire survienne chez une jeune fille qui approche de la puberté, et que ses règles ne coulent pas à l'époque ordinaire , on dira qu'elle est atteinte d'aménorrhée par rétention; si au contraire cette phthisie se déclare chez une femme déjà menstruée, l'aménorrhée sera dite par suppression. Or, nous le deman-

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dons, de quelle importance peut être cette distinction, qui repose uniquement sur une coïncidence d'âge, de temps , et qui n'est pour rien dans la véritable maladie? car le danger réel dépend, dans le cas dont nous venons de donner l'analyse , de la phthisie pulmonaire, et non pas de l'arrêt de la menstruation. Ce que nous venons de dire de la phthisie pulmonaire peut s'appliquer à toutes les causes de l'aménorrhée; elles lui impriment l'une ou l'autre forme, suivant l'âge du sujet.

Dès lors n'est-il pas préférable de prendre pour base des divisions de cet article , les causes mêmes de l'affection, d'admettre et de décrire séparément, 1° Y aménorrhée constitutionnelle, qui se lie à un état général de la constitution , 2° X aménorrhée par cause locale: observons que la lésion de l'utérus n'est pas toujours appréciable, et que souvent elle n'est annoncée que par un trouble dans la fonction du viscère; dans cette seconde espèce se trouvent les aménorrhées qui reconnaissent pour causes des maladies de l'utérus, ou un obstacle mécanique à la sortie du sang menstruel (Y aménorrhée par défaut d'excrétion); 3° enfin, une autre aménorrhée, du plus haut intérêt, est celle qui se manifeste à la suite de la maladie de quelque organe contenu dans les cavités splanchniques. La fréquence de cette aménorrhée prouve jusqu'à quel point l'utérus partage la souffrance des autres viscères.

Ces trois espèces peuvent être complètes ou incomplètes, c'est-à-dire que les règles peuvent ne pas paraître, ou se supprimer, ou être moins abondantes. Ces circonstances, qui peuvent se rencontrer successivement chez la même personne, ou par la même cause, ne demandent pas à être étudiées à part. Aussi trouvera-t-on dans chacune des trois formes ci-dessus indiquées, tantôt la rétention des règles, tantôt leur suppression, enfin leur diminution. Chacune d'elles pourra aussi être primitive, c'est-à-dire exister dès l'âge de la puberté (aménorrhée par rétention); ou accidentelle, c'est-à-dire arriver chez une femme déjà réglée (aménorrhée par suppression).

A. Aménorrhée constitutionnelle ou dépendant d'un état général de la constitution. — On a regardé la menstruation comme le phénomène le plus constant, le plus caractéristique de la puberté (Recherches sur quelques-unes des causes qui hâtent ou retardent la puberté, par M. Marc d'Espine, Arch. gén. de méd., t. ix, ne série, 1 835 , p. 6). Les signes qui l'annoncent plus positivement sont , le développement des mamelles, des poils, l'élargissement du bassin , les changements divers que l'on observe dans la voix et les affections morales, et surtout la faculté de concevoir. Nous n'avons pas à tracer l'histoire de la puberté chez la femme : ce serait entrer dans le domaine de la physiologie; mais nous devons

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rechercher les causes qui retardeut la menstruation , lorsque ce retard devient la source de phénomènes morbides.

Causes de l'aménorrhée. — Certaines constitutions peuvent être considérées comme des prédispositions à l'aménorrhée. On a dit que dans nos climats les conditions qui semblaient retarder l'époque de la puberté étaient, «des cheveux châtains foncés, des yeux noirs, une complexion faible et délicate »(M. Marc d'Espine, loc. cit., p. 309). Mais on accuse surtout les tempéraments lymphatiques, nerveux et sanguins, d'être la cause de la rétention des règles. Quelques médecins ont encore admis, 1° une constitution nerveuse, 2° une constitution robuste où les forces pèchent par excès de vie, 3° une débilité générale (Gardien, Trait, des accouch., t. i, p. 334). Enfin quelques-uns rejettent la constitution nerveuse , pour attribuer tout à l'état lymphatique ou à la pléthore.

Ces opinions contradictoires prouvent que l'aménorrhée se montre également chez des femmes de constitutions différentes. Cependant on doit reconnaître que certaines dispositions organiques la favorisent plus souvent que d'autres : ainsi on est fondé à croire que les femmes présentant les attributs du tempérament lymphatique sont celles qui offrent la menstruation la plus tardive ; chez elles aussi elle est souvent interrompue et supprimée; les mouvements moléculaires s'effectuant avec une lenteur remarquable, on ne doit pas être surpris que l'utérus, comme tous les autres viscères, manque de la vitalité nécessaire pour devenir le siège de la congestion intermittente qui doit s'y établir. 11 faut observer , toutefois , que l'état dans lequel se trouvent les femmes lymphatiques n'est pas encore la maladie. Tous les jours on voit dans les climats tempérés , et surtout dans les climats froids, ces femmes continuer à jouir d'une bonne santé jusqu'à l'époque de la menstruation ; mais alors l'écoulement sanguin ne se faisant pas, la constitution lymphatique se prononce davantage, et les symptômes de l'aménorrhée se manifestent.

11 ne faut pas confondre cette asthénie, cette mollesse de la constitution, avec l'anémie et la chlorose, qui peuvent aussi l'une et l'autre empêcher les règles de paraître. A ce sujet , M. Broussais se demande « s'il y a réellement des cas d'asthénie et d'anémie primitive qui soient dus uniquement à l'effort de la puberté» (M. Broussais, Cours de pathologie, t. v, p. 323 , 1 835). Cette question , digne du plus haut intérêt, est bien loin d'être encore résolue. Cependant tous les médecins ont observé que l'anémie des filles pubères est une affection dont il est souvent, impossible de trouver la cause dans les modificateurs qui nous environnent; il semble qu'à cette époque un changement profond survienne tout à coup dans l'organisme: «maison ne sait pas comment, au lieu d'un surcroît de vitalité ,

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il y a subitement défaut de force et de sang (M. Broussais, loc. cit.).

G'est encore à la diminution des forces qu'il faut rapporter la rétention des règles chez les femmes soumises à des causes débilitantes. L'habitation dans des lieux bas et humides, soustraits aux rayons solaires, les aliments de mauvaise qualité ou peu réparateurs, les peines morales , le chagrin , la vie sédentaire , les veilles prolongées , les travaux excessifs , la convalescence après de longues maladies, les saignées fréquentes ou trop copieuses , toutes ces causes affaiblissent l'économie entière, et doivent surtout modifier l'appareil de la sécrétion menstruelle. Tous les jours l'observation nous fait assister au développement d'aménorrhées primitives ou accidentelles qui n'ont pas d'autre origine. Le mode d'action de ces agents est à peu près le même : c'est toujours en déprimant les forces, en produisant un état plus ou moins semblable à ceux que l'on connaît sous le nom & anémie et de chlorose, qu'ils troublent la menstruation. Cependant il ne faut pas croire que l'aménorrhée primitive puisse être réunie avec la chlorose dans la même description, ainsi que l'ont fait plusieurs auteurs.

Les flueurs blanches ou leucorrhée sont-elles un obstacle à l'établissement des règles , et peuvent-elles influer sur cette fonction une fois établie ? Nous parlons seulement ici des flueurs blanches idiopathiques qui ne se rattachent pas à une maladie de l'utérus, ni d'aucun organe en particulier. Cette question est d'autant plus importante à décider, qu'elle a été résolue dans des sens divers. Si on admet que les flueurs blanches idiopathiques sont supplémentaires des menstrues, elles doivent en rendre l'éruption plus difficile, puisqu'elles en prennent pour ainsi dire la place. Cette opinion , adoptée par une foule d'auteurs, paraît avoir pour elle l'observation d'un grand nombre de faits , et s'accorder avec cette autre circonstance , savoir : que les femmes chez lesquelles les flueurs blanches paraissent constitutionnelles , et qui en ont été affectées bien avant la puberté , présentent en même temps une mollesse et une atonie de tous les tissus ; ce qui est une cause nouvelle, capable de s'opposer à l'apparition des règles. M. Marc d'Espine, sur quatre-vingts femmes observées à Paris , a trouvé que vingt-sept n'avaient jamais eu de flueurs blauches; que sur les cinquante-trois autres qui y avaient été plus ou moins sujettes, vingt-six les avaient vues débuter longtemps avant la puberté, dix-huit pendant cette époque, et neuf seulement après (Mém. cité, t. xix, ue série, p. 310). Ainsi les flueurs blanches paraissent être un obstacle à l'établissement des menstrues. La petite différence qui résulte des calculs indiqués plus haut ne nous permet pas cependant d'insister sur cette cause de l'aménorrhée , d'autant plus que des médecins recommandables soutiennent, au contraire, que les flueurs

blanches coïncident avec des menstruations hâtives.

11 est des femmes qui, sans apporter en naissant les attributs de la constitution lymphatique, finissent par les présenter lorsqu'elles ont vécu au milieu de conditions propres à la faire naître. La vie sédentaire et oisive, l'exercice de certaines professions humides et malsaines, l'usage de boissons aqueuses chaudes, les passions tristes, le chagrin, la douleur, les privations de tout genre sont autant de causes qui débilitent la constitution, et produisent une aménorrhée vraiment asthénique.

Celle-ci peut être primitive (rétention des règles), ou accidentelle(suppression), suivant quelques dispositions particulières du corps, et la manière d'agir de la cause. Si des passions violentes, la colère, la crainte, le désespoir, une contrariété soudaine , viennent à se manifester au moment de la menstruation, elles eu arrêtent subitement le cours, ou diminuent l'écoulement sanguin. D'autres causes physiques, agissant plus brusquement encore, produisent l'aménorrhée accidentelle : telles sont l'exposition à l'air froid, l'immersion des mains et des pieds dans l'eau froide, l'ingestion de boissons glacées , de purgatifs ou d'aliments lourds et indigestes. On compte encore parmi les causes de la suppression, la saignée du bras, l'apparition de certains exanthèmes, la rougeole, la scarlatine; mais elles seront examinées plus à propos en pariant de l'aménorrhée dépendant d l'une lésion organique.

La constitution pléthorique de certaines femmes robustes , offrant du reste tous les signes d'une parfaite santé, peut-elle troubler le cours de la menstruation ? Nous avons vu que chez les femmes débilitées par une cause quelconque, le sang, trop pauvre en fibrine , semblait incapable d'imprimer à l'utérus , ainsi qu'aux autres organes, une stimulation nécessaire au libre exercice de leurs fonctions. Dans la pléthore, au contraire, le sang trop riche en fibrine se fait obstacle à lui-même, et dérange le flux nienstruel.

On a dit que , chez les filles d'une grande susceptibilité nerveuse, la révolution périodique s'annonçait rarement sans orage: « L'état d'excitation précoce où se trouve le moral, les émotions variées qui les tourmentent, jettent chez elles les racines de tous les désordres futurs de l'hystérie et de l'hypocondrie » (Gardien , loc. cit., 1. 1, p. 335). Nous ferons remarquer que dans les climats chauds, où les habitants, et surtout les femmes, offrent la constitution nerveuse portée à son maximum, la menstruation est très-précoce, trèsactive, et se dérange plus rarement que dans les autres pays. Les auteurs des Nouveaux éléments de pathologie (MM. Roche et Sanson, 2e éd., t. n, p. 492) s'expriment à ce sujet dans ces termes : «On range aussi le tempérament nerveux parmi les causes prédisposantes de l'aménorrhée, de même qu'où met

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au' nombre de ses causes productrices l'abus des liqueurs spiritueuses, les jouissances vénériennes trop répétées, et beaucoup d'autres causes excitantes. Gela tient à ce que l'on a toujours confondu l'aménorrhée , qui est le symptôme d'une irritation méconnue, avec l'aménorrhée véritablementasthénique. »Nous croyons en effet qu'on a pris souvent les effets de l'aménorrhée pour la cause : ce qui le prouve , c'est la fréquence de ces douleurs nerveuses, de ces névralgies qui paraissent pour la première fois lorsque les règles [sont supprimées.

Symptômes. — L'écoulement des règles ne peut être suspendu , ou manquer entièrement , sans que des phénomènes morbides ne révèlent aussitôt la souffrance de différents organes. Les complications les plus variées et les plus nombreuses ne tardent pas à se montrer ; ce qui fait voir jusqu'à quel point les organes de la génération influent sur tous les appareils: aussi les symptômes généraux l'emporlent-ils en nombre et en importance sur les symptômes locaux.

Ceux-ci consistent en douleurs plus ou moins vives, occupant les reins, les hypocondres, quelquefois le haut des cuisses ; ou bien ce sont des tranchées utérines , un sentiment de pesanteur dans le bassin et les parties profondes de la génération. 11 faut, quand ces symptômes se présentent pour la première fois , et qu'ils ne sont accompagnés d'aucun accident grave, attendre le prochain retour; car souvent ce n'est qu'à la seconde époque, ou après un temps plus éloigné encore, que s'établit cette exhalation, ou qu'elle reparaît après avoir été supprimée. Toutefois , si un véritable état de maladie en est la suite , on examinera les organes de ia génération , pour voir s'ils sont convenablement développés, si le bassin s'élargit, si le gonflement et la sensibilité des mamelles se manifestent à des époques réglées.

Souvent les symptômes généraux sont les seuls qui accusent le retard menstruel. La femme éprouve une fatigue générale, des douleurs dans les membres, surtout au niveau des jointures , une susceptibilité nerveuse qui ia rend impatiente, triste et mélancolique, qui dispose son esprit à des aberrations bizarres : on la voit en proie à des palpitations, des dyspnées quelquefois intenses ; ses digestions commencent même à se troubler. Mais ces derniers symptômes appartiennent plutôt à la chlorose, qu'il ne faut pas confondre avec l'aménorrhée, comme l'ont fait beaucoup d'auteurs. On ne pourrait , dans l'état actuel de nos connaissances , établir une ligne de démarcation bien rigoureuse entre l'une et l'autre de ces maladies; car, s'il est vrai que la chlorose semble tenir tantôt à l'asthénie des organes génitaux , tantôt à une véritable anémie primitive, il devient difficile de préciser à quel point commence l'aménorrhée primitive (par réien-

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