‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 10 sur 90 · BÈGMB D*ABOU-SAÎD OTHMAN · texte numérisé non relu

BÈGMB D*ABOU-SAÎD OTHMAN

Âbd'el-Hakk entreprit une seconde expédition (contre Tlemcen), et au mois de ramadhan il mit le siège devant Nédromah ; puis, dans le courant du mois de chewai, ayant dirigé sa marche contre les populations xlu mont Djidzah (1) dans le voisinage de la ville d'Oran, il reprit le chemin de la capitale.

(1) Telle est la leçon de mon manuscrit. Le texte imprimé

d*Abd'el-Rahman Ibn-Khaldoun porte : •->*^ Kidharah OMK&idha'

rah que M. le baron de Stane traduit Guédérah « montagne^ dit-il », à 3 lieues d'Oran et le Gueddara de la carte Carette.

L'expression dont se sert notre auteur semble en opposition avec cotte attribution : il dit en parlant de cette montagne : Djebel Ghid-' zah cl mossàqeb Zioua/irana, c'est-à-dire la montagne deGbidzah voisine d'Oran. Or, entre cette ville et Oran il y aune autre chaîne de montagnes ; celle de Mourjajo, et entre celle-ci et le mont Ghedarah on compte facilement de cinq à six lieues. (Histoire des Berbères, tome I, table géographique, p. LXXXIII). Si Torthographe qu'offre notre manuscrit est correcte, il serait possible de retrouver dans ce nom celui de Quiza des anciens géographes. Marmolparle d'un village arabe qu'il appelle Guidza et qu'il place dans les environs d'Oran. Le docteur Shaw trouva aussi à une petite distance au sud d'Oran un petit village, une dascherah, du nom de Geeza ou Giza, et il fait observer la ressemblance parfaite de ce nom avec celui de l'ancienne colonie romaine Quiza Xenitana, que les anciens placent entre le Grand Port (mers a l'Kebir et Arsenaria (arzéou). La bourgade de Quiza fut détruite en 1556 par le comte d'Alcaudète et les habitants allèrent s'établir auprès d'Arbâl au sud de la Sebkha de Misserghin, où ils habitent encore de nos jours en conservant leur ancien nom. Un écrivain moderne place la bourgade en question qu'il appelle Guisda dans les environs de Crestella ou Christel, au pied de la montagne des Lions, à cinq lieues N« N.-E. d'Oran, au bord de la mer. Selon M. Pelissicr {Géographie ancienne de V Algérie) ^Véipoqnc de la seconde occupation d'Oran par les Espagnols), les Quiza du territoire d'Arbal étaient en possession presque exclusive de fournir de bétail à la garnison de cette ville. D'après toutes ces données on voit qu'il ne faut pas admettre la synonymie de Quiza et d'Oran, ni confondre ces deux localités ; que la première est, selon toute apparence, la môme que la Quiza Xenitana de anciens, tandis que l'autre est une ville relativement moderne, puisque, au rapport du géographe Al-Bekry, elle fut fondée Tan 290 de l'hégire (903), par des marchands musulmans d'Espagne d'après un traité conclu avec la population indigène.

34 COMPLÉMENT DB L^HISTOIRB DES BENI-ZBIYAN.

n En 696 (1296-7) le sultan Abou-Saîd (que Dieu lui accorde ses faveurs !) entreprit la construction de la mosquée qui s'élève vis-à-vis de la porte des Drapeaux (Beb el-bonoud).

Dans la même année, le sultan Abou-Saîd se mit en campagne contre les Arabes, qu'il poursuivit jusqu'à Mâa-Teghalin (1 ) et au mont Hanasch (2) dans le Sahara^ où il prit position ; mais les Arabes, fuyant toujours devant lui, disparurent dans le grand désert, en sorte qu'il fut obligé de rebrousser chemin et do retourner au siège de son empire (sans les avoir atteints).

1 Au mois de schewal de la même année le sultan Abou-Yâakoubj dans une troisième expédition, vînt camper de nouveau à Dhérâa el-Saboun, et au commencément de dhou'lkiadah il rentra dans ses Ëtats.

» En 697 il entreprit sa quatrième expédition contre la capitale des Abdelwadites et il établit son campement à Afraii ei-D/iar, au nord de la ville, le 18 scbâaban de cette année ; mais le mardi premier jour de moharrem de Tannée suivante 698 (3) il décampa et retourna dans ses États, et, passant par Ouchdab, il laissa dans cette ville son frère Abou-Yahia avec une portion considérable de son armée régulière. Le sultan Abou-Saîd, se mettant peu en peine de ce voisinage menaçant,semiten campagne le 12 de rebie P' de la même année, et marcha contre les Toujjin, irrité de ce qu'ils s'étaient coalisés contre lui avec le roi du Maghreb.

« Il lui fallut beaucoup de temps pour soumettre leur pays. Pendant son absence il arriva que Zakaria Ibn- Yakhleften el-Matghary, gouverneur de Nedromah, leva rétendart de la révolte et proclama la souveraineté

(1) Ou Ain Telagh, rivière à 12 lioucs environ au sud-est dd Tlemcon, qui se jette dans le Moulouia.

(2) Lo mont IIana!<ch^ montagne située au sud de Constantino.

(3) C'est-à-dire trois mois après son arrivée.

RÈ&NB o'aB0U-8AÎ0 OTHMAN. 35

des Mérinides, ce qui excita dans le sein de la capitale le feu du trouble et de la sédition. Le sultan Âbou-Yâakoub| désirant mettre à profit cette circonstance favo« rable, marcha à grandes journées contre Tlemcen.

c Cette nouvelle étantparvenue rapidement auxoreilles d'Âbou-Saïd, il courut au secours de sa capitale, après avoir exterminé la tribu des Toujjin. Il rentra dans le siège de son empire le troisième jour de châabani presque en même temps que Ton vit paraître Tavant-garde de Tarméee méridine, qui en était à sa cinquième expédition. L'armée ennemie s'installa dans un endroit appelé le Rendez-voxis d'Ibn eUSaïkal, dans la banlieue de la ville. C'est alors que le sultan mérinide se mit à faire bâtir sa Mansourah (la cité triomphante) aujourd'hui terrain inculte et inhabité| au nordouest delà ville, etc., etc. »

Nous terminerons là cette longue citation, car pour les détails du siège et les souffrances des assiégés Abd el-Rahman Ibn-Khaldoun et les autres historiens [ne laissent rien à désirer. Quant à la fin du règne et de la vie d'Abou-Saïd, Yahia Ibn-Khaldoun nous fournit des dates précises quUl est bon de consigner ici.

c Le décès du sultan, dit cet historien, eut lieu le samedi, 1"' de dhourkiadah de l'année 703 ; il avait été surpris dans le bain par une attaque d'apoplexie. Il était âgé de 64 ans. Son règne avait duré 21 ans moins un mois. Que Dieu lui fasse miséricorde ! »

Après avoir guerroyé vaillamment toute sa vie pour consolider son empire à peine naissant et le défendre soit contre les révoltes presque incessantes des tribus^ soit contre les attaques réitérées des puissances voisines» il ne lui restait plus,] pour mettre le comble à sa gloire, que de succomber J à la tête de ses troupes dans une bataille rangée ou sur les ramparts assiégés de sa capitale et au milieu d'une brèche : le sort voulut qu'il expirât dans robscurité d'un bain^ Tous les histo-

36 COMPLÉMENT OB L'hISTOIRS DBS BBNI*ZBITAN.

riens s'accordent à rendre hommage aux nobles qualités de son cœur et spécialement à son intrépidité et à la hardiesse de ses entreprises. Voici le portrait élogieux de ce prince, qui a été tracé par la main d^Yahia Ibn- Khaldoun, auteur de l'histoire de Beni-Abd'-el-Wady et presque contemporain des faits qu'il raconte.

<c Âbou-Saïd Othman^ prince des Moslim, dit-il, fils d'Yahia Yaghmoracen et petit-fils de Zeiyan, fut une nouvelle perle d'un prix inestimable, le seigneurde cette illustre race, le coursier qui arriva le second dans la lice après tant d'autres nobles étalons ; celui qui produisit au grand jour les trésors enfouis de la prospérité, le chevalier toujours prêt à lâcher les renés et à fondre sur Tennemi ; le héros expérimenté dans la guerre à force de combattre et d*en venir aux mains avec ses rivaux. Il subjugua maintes cités ; il admit dans les rangs de son armée des réfugiés et des auxiliaires, en sorte qu'il vint à bout de réprimer l'audace des rebelles et de soumettre à son obéissance, à l'aide de ses armes, les populations indociles et revêches. Il annexa à son royaume de nouvelles contrées et il parvint à procurer la tranquillité à ses sujets de l'intérieur. Tout ce qu'un mortel peut désirer en fait des biens de ce monde, ce grand roi en était abondamment pourvu ; il était environné de l'éclat de la gloire que ses exploits lui avaient acquise. Tout le monde estimait qu'il avait établi sa brillante dynastie sur un inébranlable fondement, lorsque la fortune vint déchirer les voiles, troubler le calme de ce règne florissant, remplacer ses dons et ses faveurs par une disgrâce complète et dissiper jusqu'au dernier rayon do cette splendide prospérité ; toutefois ces rigueurs du sort ne lassèrent jamais la patience de ce généreux monarque, et après une chute si terrible, il ne se trouva point, non plus, dans le cas d'avoir besoin de consolations et de paroles d'encouragement. C'est ainsi qu'il vit arriver sans trouble l'heure du trépas et la suprême

RÈGNE d'aBOU-SàÎO OTHICAN. 37

épreuve dans la sombre nuit du tombeau. Tant il est vrai que la gloire do ce monde est une déception, que les plus grands biens sont peu de chose et que finalement tout retourne à Dieu (soit-il glorifié et à jamais exalté !) )>

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