‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 9 sur 90 · HÈGNE D*ABOU-SAÎD OTHMAN · texte numérisé non relu

HÈGNE D*ABOU-SAÎD OTHMAN

(( Le 26 du mois de rebie second de Tannée 688 (1289), le roi de Tlemcen enleva aux Maghraoûah la ville de Ténèset aux Toujjin la ville d'Âlmédéah » .

Le célèbre voyageur africain^ le cheikh Âbou-Mohammed el-Abdéry, qui, en se dirigeant vers TOrient dans le courant de cette même année 688 pour accomplir le devoir du pèlerinage, passa quelques jours à Tlemcen, fait une triste peinture de l'état dans lequel il trouva la capitale des Beni-Zeiyan. a Cette grande ville, dit-il dans son itinéraire, possède de superbes édifices, de vastes et beaux établissements de bains, mais ce sont des habitations sans habitants, des demeures dépeuplées et des logements complètements vides, à tel point qu'en la contemplant on ne peut contenir ses pleurs et ses sanglots. Si un étranger y venait demander Thospilalité, il n'y rencontrerait que la misère pour patrie, et si un pauvre y descendait elle ne lui offrirait pour vêtement qu'un linceul (1) ».

<c L'année 689 (1290), poursuit Yahia Ibn-Khaldoun, le sultan Abou-Saïd reçut de Tunis un cadeau envoyé par l'émir Abou-Hafs ralmohade(2).

« Dans le courant de la même année le sultan Abou- Yaâkoubj petit-fils d'Abd'el-Hakk, marcha avec son armée contre Tlemcen et prit position à Dherâa el-Saboun, dans la banlieue de la ville, le mardi 25 de Djomada IL Puis dans le mois de ramadhan il retourna dans le Maghreb, non sans avoir fait des attaques terribles et livré des batailles célèbres.

« Après cela, le sultan Abou-Saïd (Dieu lui fasse miséricorde !) porta la guerre chez les Maghraoûah qui avaient donné leur concours au roi du Maghreb. Après avoir

(i) Traduction de fou M. Charbonncau, dans la Revue Africaine et Coloniale^ n? d'avril 1880, p. 288, où cet orientaliste a publié plusieurs extraits de l'itinéraire d'Al-Abdéry, qui porte le titre de Rihlato'l'maghrebiyah (le Voyage Maghrébin).

(2) Ce fait a été omis par Abd'eURahman Ibn-Khaldoun.

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soumis leur pays et les avoir réduits à son obéissance, il laissa son fils, le futur sultan Âbou-Hammou, à Chélif (en qualité de gouverneur) et reprit le chenyn de sa capitale.

a Le 25 de rebie II de l'année 690 (1 291) il marcha de nouveau contre les Toujjin, tua leur roi, et, ayant détruit toutes leurs possessions, il retourna au siège de son empire. »

C'est vers la (in de Tannée 690 et au commencement de Tannée suivante que mourut à Ceuta Tun des hommes qui ont le plus honoré leur siècle par leur savoir et par les ouvrages qu'ils ont laissés à la postérité: nous voulons parler du jurisconsulte Ibrahim ben-Ibrahim Abi-Bckr ben-Abd*Allah ben-Moussa al-Ansâry al-\Vaschky surnommé Abou-Ishak^ auteur d'une Manzduma/i ou traité en vers sur le partage des successions, dont la Bibliothèque Nationale possède un commentaire qui a pour auteur un alfakih du nom d'Yâakoub ben-Moussa ben- Abd'el-Rahman al-Bostâny (1). L'alfakih Abou-Ishak Ibrahim avait reçu le jour et fait ses premières études à Tlemcen. C'est à ce titre que nous demanderons la permission de consacrer ici quelques lignes à sa mémoire, en nous aidant des documents biographiques que nous avons sous les yeux.

« Abou-Ishak Ibrahim ben el-TiUmcêny, dit l'historien Yahia Ibn-Khaldoun dans son catalogue des personnages illustres de Tlemcen (2), était versé dans les lois relatives au partage des successions. Il a composé sur cette matière un poème du mètre redjez que tout le

(1) 8applément arabe n® 466. Ije titre de co commentaire est: Monteha cl bâny wa Marlega el-hàny fy char h Manzôumah Abi'Ishàq el-Télèmcênyt c'est-à-dire Terme (du travail) de l'architecte et hauteur à laquelle parvieiit celui qui s'efforce, pour servir de commentaire à La. Manzôumah d'Abou-Ishaq de Tlemcen.

(2) Histoire de la dynastie dy Deni-Abd*el'Wady, fol. 6, de notre manuscrit.

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monde connaît : il n'était alors âgé que d'une vingtaine d'années. Gomme on voit^ sMl était jeune d'ans, il était mûr d'esprit, d'un savoir profond, et jouissant d'une grande réputation de vertu et de piété. Que Dieu ait pitié de son âme ! »

Nous trouvons dans le Bostan des détails plus ciroonstanciés sur la vie de notre alfakih.

« Ibrahim ben-Ibrahim Abou-Ishâk, dit Ibn-Mariam, habitait la ville de Ceuta. Il avait étudié le droit à Malaga sous la direction des docteurs Abou-Bekr ben- Dahman, Âbou Sâlehh ben-Hafid et Abou'MIassan ben- Bahl ben-Malek. Il suivit également les leçons du professeur Abou-Bekr ben-Mohrez, et tous lui délivrèrent un diplôme de licence. De son côté, il leur donna aussi à chacun d'eux un diplôme de licenôe pour le livre d'Aboul-Hassan ben Djabbâr ben al-Dabbâdj et pour l'ouvrage d'Aboul-Hassan al-Cheloubin. A Ceuta il fréquenta les leçons d'Abou'l-Abbès ben- Asfour, celles d'al-Haouâry , d'Abou -Ahmed ben-Abd'AUah ben- Omairah, lesquels lui donnèrent aussi des diplômes de licence. Dans la môme cité il se fit aussi Tauditeur assidu du professeur Abou-Yaâkoub Youssouf ben-Eissa al-Ghomâry al-Hassâny ; c'est ainsi qu'il devint un jurisconsulte très habile dans la connaissance des stipulations des contrats, qu'il surpassa tous ses condisciples dans la science du calcul et du partage des successions ; qu'il «e distingua par ses notions littéraires, par ses compositions poétiques, et qu'il obtint des succès dans tout ce qu'il entreprenait. Il était à peine âge de vingt ans^ quand il composa sur le partage des successions un poème fort ingénieux et méthodique, sinon des plus solides.

» On lui attribue aussi des compositions en vers sur les vies des hommes illustres; des fragments également en vers sur les biens et les ressources alimentaires des Arabes, des pièces lyriques sur la naissance du plus

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noble des prophètes^ pièces quMl a insérées dans l'ouvrage du cheikh Al-Haufy. On lui doit aussi une pièce de vers sur le Livre des sentences^ et des conférences dur la métrique arabe. » En somme, dit quelque part le cheikh Abd'el-Malek, Abou-Ishâk Ibrahim était doué d'un esprit vif et éveillé, d'une mémoire prompte et fidèle, d'une modestie exemplaire, d'une conduite bonne et irréprochable, d'une figure charmante et d'une société douce et aimable, d'un caractère conciliant et pacifique dans les contrariétés qui pouvaient lui survenir. Nulle* ment soucieux de ce qui concernait sa vie matérielle, le soin de sa personne et de son habillement, il cherchait à tenir le juste milieu en toute chose : telle était sa manière de penser et d'agir, ce qui était connu de tout le monde dans la ville de Ceutah. Il était né à Tlemcen la dernière nuit du mois de djomada II et au commencement de la nuit de redjeb de Tan 609. Il passa avec son père en Andalousie à l'âge de neuf ans, et il séjourna à Grenade pendant trois ans. De là il se transporta à Malaga, où il demeura un certain temps. C'est dans cette ville qu'il fit la plus grande partie de ses études. Il se rendit ensuite dans la ville de Ceuta, où il épousa la sœur du docteur Malek Ibn-el-Morahhel (1), laquelle lui donna plusieurs enfants. C'est à Ceuta qu'il mourut après l'année six cent quatre vingt-dix (690) de Phégire (1291-92 de notre ère).

« Dans le courant de l'année 693 (1394) Abou-Saïd Othman enleva àThabit Ibn-Mendii, chef des Maghraouah, la ville de Brechk après un siège do quarante jours, ce qui obligea Thabit Ibn-Mendil de s'enfuir par mer vers le Maghreb.

€ En 695 (1295.6) Abou-Yâakoub ibn.Yâakoub ibn-

(1) Savant grammairien et poète distingué do Coûta, mentionné par Al-Makkary. Voyez Analectes sur V Histoire ci la. Littérature des ArabeB d'Espagne» tome I, p. G15 et tome II» p. 520.

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