COMPLÉMENT DE L*HISTOIRE DES BENI-ZBITAN
ascendants, du nom d^Abou-Bekr, s'était distingué par sa sainteté , et nous avons dit plus haut que son grandpère avait été enseveli, à cause de sonéminente piété, à côté du fondateur du royaume de TIemcen, et que son père était mort à la Mecque, où son tombeau était vénéré par tous les pèlerins.
Le jeune Abou-Abd'Allah, étant parti avec son père pour l'Orient en 718, s'arrêta en route dans la ville de Bougie, ce qui lui permit de suivre les leçons du cheikh Nàcir-el-Dyn , autour d'un commentaire sur l'Alkoran.
Son père resta dans l'Orient, où il habitait alterna* tivement les deux villes sacrées. Quanta lui, il retourna au Caire, où il demeura quelque temps et se mit sous la direction du docteur Alborhan-al-Sefâksy cl-akfahsy et de son frère, suivant avec une égale assiduité renseignement de l'un et de l'autre, on sorte qu'il se rendit très habile dans le droit et dans les traditions et qu'il excellait dans les deux sortes d'écriture, (la maghrébine et l'orientale).
Il revint en Occident, où il trouva Tlcmcen assiégée par le sultan Abou'l-Hassan. Ce prince avait bâti à Hubbed une magnifique mosquée, où Mohammed Ibn- Marzouk, oncle palernel d 'Abou-Abd'Allah remplissait les fonctions de prédicateur d'après l'usage de sa famille. Après la mort de celui-ci, le sultan investit de ces mêmes fonctions et dans la nouvelle mosquée Abou- Abd'Allah à la place de son oncle. Il aimait à l'entendre, quand il montait en chaire, car le prédicateur ne manquait pas dans ses discours de louer hautement le sultan, de lui adresser de pompeux éloges, si bien qu'il gagna ainsi la faveur d'Abou'l-Hassan, lequel finit par l'admettre dans sa familiarité. Cela ne l'empêcha pas de suivre les leçons des deux fils de l'Imam, de fréquenter les hommes de mérite et les personnages considérables de la ville pour s'instruire auprès d'eux. Abou-
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Abd' Allah Ibn-Marzouk se trouva avec le sultan à la bataille de Tarifa (740-1340).
Il fut envoyé en ambassade auprès du roi de Castille, don Alphonse XI, pour obtenir la paix et délivrer le fils du sultan, le prince Abou-Omar Teschifin, qui avait été fait prisonnier le jour de la bataille de Tarifa. Après le désastre de Kairouan (749-1348), il se sauva en compagnie des capitaines des troupes chrétiennes, et se rendit avec eux dans l'Occident auprès du prince Abou-Einan qui se trouvait dans cette ville avec sa mère, femme favorite du sultan Abou'l-Hassan (749). De là il retourna à Tlemcen et s'installa à Hubbed. A cette époque] Tlemcen avait pour rois Abou-Saïd Othman et son frère Abou-Thâbit. Abou'l-Hassan se trouvait alors à Alger, où il avait réuni ses forces et tous ses partisans.
Abou-Saïd envoya secrètement Ibn-Marzouk auprès d'Aboul-Hassan afin de négocier un traité de paix. Abou-Thabit, ayant eu connaissance de cette démarche, désapprouvra son frère, et il envoya à la poursuite de l'ambassadeur quelqu'un qui l'arrêta en route et le mit au cachot. Puis on l'on retira pour lui faire passer la mer et le déporter en Espagne . Ibn-Marzouk se rendit à Grenade auprès du sultan Abou-Hadjjaj, qui régnait dans ce pays. Admis au service de ce souverain, il fut nommé prédicateur de la mosquée de la H ambra ^ et chargé d'un enseignement dans le collège du roi. Il remplit ces fonctions jusqu'en l'année 754, époque où il fut invité par Abou-Einan à se rendre à sa cour. Ce prince, qui venaitalors de perdre son père, s'étaitrendu maître de Tlemcen et de toutes les dépendances de ce royaume.
Arrivé à la cour du nouveau souverain Ibn-Marzouk fut accueilli avec tous les égards dus à son mérite et admis au nombre des familiers et des conseillers du sultan les plus considérés et les plus influents.
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sir infini à la lire. Il était cPune vaste érudition, pos» sédant les diverses branches du droit, et très habilo dans r interprétation du livro sacré et de ses divers sens. Il passait son temps à écrire, a méditer, à prendre des notes et à composer, habitude qui ne s'est jamais perdue dans sa famille. Voué à la prédication dans les mosquées, c'était sans crainte ni embarras qu^il mon* tait en chaire. S'étant mis en route pour l'Orient sous régide de son père, il accomplit avec lui le devoir du pèlerinage et séjourna quelque temps à l'ombre des lieux saints, ce qui lui procura le bonheur de faire la connaissance de plusieurs grands personnages; puis il se sépara de son pieux père, en laissant dans TOrient une haute idée de son mérite et de son savoir.
« De retour dans le Maghreb il se rendit à la cour du sultan Âbou'l-Hassan qui 1 accueillit avec bienveillance, le fit confident de ses secrets, le nomma imam de sa mosquée, prédicateur de la cour et le chargea de ses affaires et de ses missions dans les pays étrangers.
t Cependant vers le milieu de Tannée 752 (1351), ayant quitté le service du roi Mérinide, il émigra on Espagne, où le sultan de ce pays l'investit des fonctions do prédicateur dans la «grande mosquée de la Cour, et lui confia une chaire d'enseignement dans un établissement d'instruction publique. Il ne remplit pas longtemps ces honorables fonctions, car deux ans après son arrivée, comme le sultan lui témoigna son mécontentement à propos de sa manière d'enseigner, le dégoût s'empara de son esprit, et profitant de la première occasion qui se présenta, il quitta le pays, se trouvant heureux de pouvoir partir et très content du revirement qui s'était produit h son égard. Ce départ eut lieu dans le mois de Chaaban de l'année 754 (1353). Il se rendit auprès du sultan Âbou-Einan, qui l'installa dans le séjour de la majesté royale et sur le tapis de sa puissance, en sorte que notre prédicateur partagea les honneurs de
BIOGRAPHIE d'ibN-MARZOUK. 107
Tempiro et rendit à son souverain d'omînents services, etc.
« Voici maintenant ce que raconte le savant hâfidh ibn-el-Hadjar (1) à propos de Mohammed Ibn-Marzouk. a Quand il arriva à Tunis, dit cet écrivain, Ibn-Marzouk fut reçu par le gouvernement avec les plus grands honneurs et chargé de la prédication dans la mosquée du sultan et de l'enseignement dans la plupart des écoles de cette cité (2). Il finit par quitter tous ces honneurs pour diriger ses pas vers le Caire. Le sultan Al-Aschraf (3) l'accueillit avec distinction, et le nomma professeur à la Cheikhounieh^ à la Ghatamchieh (4) et à la Nedjmiehj' trois établissements d'instruction publique très renommés. Ibn-Marzouk était remarquable par la beauté de son corps et par l'excellence de son mérite. Sa mort arriva dans le courant du mois do Rebie I de l'année 781 (1379-80). »
Les renseignements suivants sont empruntés à Ibn-
(1) L*historien Ibn-Hadjar Schehab el-Dyn Abou'1-Fadl Ahmed al-Askalàny, mort en 852, a écrit entre autres ouvrages les vies des cadhis du Caire : c'est probablement do ce dernier livre qu'est tirée la citation en question.
(2) L'historien Miohammed ben-Abi-Raîny el-Kairouâny nous apprend que, lorsque le sultan hafside Abou-lshak Ibrahim épousa la fille do son vizir Teferguin, le contrat de mariage fut rédigé par Ibn-Marzouk (766).
D'après le récit d'Almakarry, Ibn-Marzouk arriva h Tunis en 765 (mois de Ramadhan) et chargé, concurremment avec la charge de prédicateur, de l'enseignement dans la principale des écoles do l'Etat, c'est-à-dire au collège des Chandeleurs (Al-Chammâin), jusqu'à la mort du roi Abou-lshak Ibrahim, qui eut lieu en 771. Il fut maintenu dans ces fonctions sous le règne d'Abou'l-Abbès Ahmed. Après cela, il s'embarqua pour l'orient au commencement de l'année 773, et s'arrêta en Egypte, où il fut accueilli par le sultan Almelik el-Aschraf Nâcir el-Dyn, qui lui assigna des pensions, le chargea de l'enseignement du droit et l'admit dans ses conseils.
(3) Almelik Chaaban el-Aschraf, sultan mamelouk, fut étranglé, au Caire en 778, à Tàge de 24 ans.
(4) Dans le Takmilct de Baba el-Soudâny, ce mot est écrit; Eldarghatamchieh.
el-Khatib do Constantine (1). « Ibn-Marzouk, écrit cet auteur, le jurisconsulte illustre, le célèbre prédicateur, quiaélé notre maître, est mortau Caire, où il aété enseveli entre les deux docteurs Abou'l-Kassem et Âschhab. On trouve chez lui un moyen sûr de connaitro la tradition et de puiser des renseis^ncments précieux. Je lui ai entendu expliquer dans diverses conférences Al- Nedjâry et d'autres ouvrages. Ses leçons étaient un modèle d'habileté et d'élégance. On lui doit : l* un grand commentaire sur le Omdali-el'Ahkam fy*l-Hadith (le soutien de maximes contenues dans la tradition) (2), qu'il a divisé en cinq livres, et dans lequel il a réuni Abou- Dakik Al-Eid et Al-Fakehâny, avec des notes et des additions ; 2** un autre commentaire très estimé sur le Kiteb el-Chifa (Traité de la guérison) du docteur Aiadhj lequel n'est pas achevé; 3° un autre commentaire sur les maximes de moindre importance (Al" Ahkâm el-Soghra) du docteur Abd'el-llakk; 4* un commentaire sur Ibn-el-Hâdjebel-Fihry, qu'il a intitule : Izalet eU li'ddjeh-liferoue Ibn-el-Hàdjeb : on ne sait si il l'a achevé ou non. Il est aussi auteur d'un recueil de poésies, qui est très connu dans le Maghreb ; d'un poème sur les malheurs arrivés à Tlemcen, et d'un autre, dans lequel il adresse ses derniers adieux à la cité de Tunis. » Ibn-Mariam termine sa notice biographique en disant qu'il avait lu dans les papiers du savant cheik et Imam Abou-Abd'allah Mohammed ibn-el-Al)bès de TIemcen, que lorsque le vizir Omar Ibn-Abd'AlIah étudiait le -droit sous la
(1) Auteur d'une relation de voya;^e, mort en "^Si.
(2) Probablement le Omdah d'Abd'al-Gbàny de Jérusalem (Manuscrits arabes de la Bibliothèque Nationale, supplément n*» 2901, qui porte le titre de : Omdah cl-Ahkam inin-Kalam-Seid-cl- Anaui (les paroles du prophète ((ui servent de J)ase aux maximes du droit musulman), l'auteur mourut en COO de l'iiéj^^ire (l "203-4 de J.-C), supplément arabe 290.
BIOGRAPHIE D'iBN-MABZOUK. 109
direction du cheikh Abou-Yâakoub , Ibn-Marzouk lui avait écrit une lettre, dans laquelle il lui disait entre autres choses : « Louange à Dieu en tout temps et en toute circonstance ! La tradition suivante a été rapportée par Al-Tabarâny dans son ouvrage intitulé AUMonsek et par Abou-llafs al-Héllal dans sa vie, et cela sur l'autorité de Abd' Allah -ben- Omar- ben-el - Khattabet d'Abd'AUah-ben-Omar-ben-el-Hâssy, qui ont dit : L'apôtre de Dieu se trouvait sur le col du mont Kated (près delà Mecque), où personne n'avait été encore enseveli, quand il s'écria : « Fort bien ! Dieu fera sortir d'ici soixante-dix mille personnes qui entreront au paradis sans compte, et chacune d'elle intercédera en faveur de soixante-dix mille autres qui entreront également au paradis sans compte ni châtiment. Leurs visages seront resplendissants comme la pleine lune quand elle brille dans la nuit. Abou-Becr lui dit : Qui seront ces hommes, fortunés? — Ce seront, répondit l'apôtre de Dieu, des gens étrangers à mon peuple qui seront ensevelis ici, » Or, ajoutait Ibn-Marzouk, c'est dans cet endroit même que feu mon père a reçu la sépulture, et cela, sept jours seulement après avoir entendu citer cette tradition. Pensez-vous qu'il ne voudra pas intercéder pour celui qui a le privilège d'être son fils, et qui n'a point acquis cet honneur à prix d'argent, ni au prix des biens de la terre? Pensez-vous qu'il ne tiendra pas compte des quarante -huit chaires où j'ai prêché dans l'empire musulman, en Orient, en Occident et en Espagne? Pensez-vous qu'il ne me sera pas tenu compte de ce fait, qu'il serait impossible de trouver dans le monde entier, à partir d'Alexandrie jusqu'aux deux continents et à l'Espagne, quelqu'un qui comme moi pourrait rapporter les traditions authentiques pour en avoir entendu l'explication, et cela, de la bouche d'environ cent cinquante professeurs différents? Non, je ne connais personne qui puisse se flatter de jouir de cet avantage.
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Dieu m'avait défendu de m'occuper de choses futiles ; malheureusement, j'ai préféré suivre mes passions et me livrer aux plaisirs du monde. Grand Dieu! je souhaite que vous me pardonniez . Est-ce donc qu'il ne me sera pas tenu compte des douze ans que j'ai passés à l'ombre des temples sacrés ; de la lecture de TAlkoran que j'ai achevée dans Tenceinte vénérable de la Caabah, des nuits que j'ai passées dans le sanctuaire du prophète, des leçons que j'ai faites dans la ville sacrée de la Mec-* que? j'ignore s'il y a quelqu'un au monde qui puisse en dire autant. Est-ce qu'il ne me sera pas tenu compte des vingt-six ans que j*ai fait la prière ix la Mecque, do mon séjour au milieu de vous, de mon amour pour mon pays, où je n'ai cessé de vous aimer et de vous servir ? Qui est celui des hommes qui vous a jamais aimés en se conduisant de cette manière? Demandez pardon à Dieu ; demandez pardon à Dieu, oui ; demandez pardon i\ Dieu pour mes péchés qui sont très grands. Mon Seigneur est très savant; Dieu est très miséricordieux. Salut! »
c( Tels sont les sentiments de componction et de piêtc qui éclatent dans cet écrit qui a échappé à l'oubli et que nous sommes heureux de produire au grand jour; c'est un langage qui est, selon nous, une preuve non équivoque du mérite de ce personnage, do sa haute piété et du rang éminent qu'il a occupé dans les affaires de ce monde. »
« Dans l'un de ses ouvrages, le savant qui est l'objet de cette notice, ajoute Ibn-Mariam, nous fournit encore les renseignements suivants : « Parmi les professeurs de mon père, dit-il, il faut compter le docteur Almorchedy, qu'il rencontra pendant que nous étions en route pour rOrient. A l'époque où il me présenta à ce savant, j'avais atteint ma neuvième année. II nous donna Thospitalitéetnous fîmes ensemble la prière du vendredi. Il avait l'habitude de se passer du ministère d'un imam pour cette cérémonie. Cejour-Iù il réunit autour de lui
BIOGRAPHIE d'iBN-MâRZOUK. 111
des hommes notables et des jurisconsultes, tels qu'il serait impossible d'en trouver de pareils dans une autre assemblée. Le moment de la prière étant approché, les prédicateurs et les alfakihs présents se montrèrent fort embarrassés au sujet de la présidence. Cependant le cheikh me fit sortir avec lui et m'introduisit dans un endroit retiré, où il se mit à m'expliquer les obligations légales, leurs conditions et les usages prescrits. Quand il eut fini de parler, je fis mes ablutions et je purifiai mon intention. Ayant approuvé la manière dont j'avais fait les ablutions, il me fit entrer avec lui dans la mosquée et me conduisit au pied de la chaire en me disant : « Mohammed, tu vas monter en chaire. — Seigneur, luirépondis-je,jene sais, en vérité, quoi dire ni sur quoi prêcher. — Monte en chaire, te dis-je, répliqua-t-il, et il me mit dans la main le sabre sur lequel s'appuie le prédicateur, selon la coutume usitée dans ce pays.
<c M'étant assis, je me mis à réfléchir sur ce que j'avais à dire. Quand le Moueddhin eut fini son invitation à la prière, il m'appela à haute voix, pendant que je tenais les yeux fixés sur l'assemblée et que tout le monde me regardait avec anxiété, ne sachant comment je m'acquitterai de ma prédication. Néanmoins, je terminai heureusement la khotbah^ et quand je descendis de la chaire, le cheik me dit: Mohammed tu ferais bien de prolonger ton séjour chez nous ; nous te chargerions de l'office de prédicateur ; si tu ne veux pas rester, tu nous prêcheras par l'organe d'un autre, de celui que tu auras désigné toi-même pour remplir cette fonction.
« Après cela,nous continuâmes notre route vers l'Orien t et nous fîmes le pèlerinage, mais mon père voulut stationner dans les villes saintes, et m'ordonna de retourner à Tlemcen pour faire plaisir à mon oncle et à mes autres parents.
<c II me recommanda aussi de m*arroter en chemin auprès de mon maître Almorchedy,cequejefis. Celui-ci me demanda des nouvelles de mon père et je lui dis : il vous baise les mains (que Dieu vous aide!) et il vous offre ses compliments. Il me dit : Mohammed, approche de ce palmier, car Choaïb-Abou-Médien a servi Dieu à Tombre de cet arbre pendant trois ans. Après ces paroles il entra dans son cabinet^ où il resta quelque temps ; quand il sortit, il me fit asseoir devant lui et me dit : Mohammed, ton père était de nos amis et de nos frères, mais toi, Mohammed^ que vas-tu devenir? faisant allusion par ces paroles au malheur que j'ai eu depuis de me mêler avec les gens du monde et de m'occuper mal à propos de leurs affaires. Puis il ajouta : Mohammed, tu es inquiet au sujet de ton père, et tu crains qu^il ne soit malade ; tu penses aussi à ton pays. Quant à ton père, sois tranquille ; il est heureux et se porte bien. Dans ce moment, il se trouve placé à la droite de l'apôtre de Dieu, ayant à sa droite Khalil-el-Mâleky et à sa gauche Ahmed, cadhi de la Mecque. Pour ce qui est de ton pays, au nom de Dieu!... Ayant prononcé ces mots, il traça un cercle sur la terre, puis se levant il serra ses mains Tune contre l'autre, et, les mettant derrière le dos, il se mit à faire le tour du cercle en s'écriant : Tlcnicen, Tiemcen. Après avoir ainsi fait plusieurs fois le tour, il me dit : Mohammed, Dieu a accompli sa volonté touchant cette ville. — Comment lui dis-je, mon Seigneur? — Dieu, me répondit-il, accorde sa protection aux femmes et aux enfants qui se trouvent dans cette ville, mais elle tombera au pouvoir de celui qui l'assiège et qui se montrera bon pour eux.
« Après ces quelques mots, il s'assit et je me plaçai devant lui. Puis il me dit : « O prédicateur ! — Seigneur, lui répondis-je, je suis votre serviteur et votre humble esclave. lime dit: « Sois prédicateur. — C'est vous, lui
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réplîquai-je, qui êtes l'interlocuteur de Dieu. Faitesmoi connaître ce qui concerne mon avenir. — Tu prêcheras, me répondit-il, à côté de Voccidental^ voulant ainsi désigner la grande mosquée d'Alexandrie. Cela dit, il me fit cadeau de quelques craquelins pour ma provision de voyage, et il m'ordonna de partir.
« Pour ce qui est de la ville de Tlemcen, elle fut occupée par le sultan mérinide, comme il a été dit plus haut; Dieu protégea les femmes et les enfants qu'elle renfermait. Quant au cheikh Almorchedy dont il vient d'être question, c'était un saint homme qui menait la même vie que le cheik Abou'l-Ahbès al-Sebty (de Ceuta) : que Dieu nous fasse la grâce de profiter de leurs exemples et de leurs bénédictions !
« Nous avons donné ci-dessus la liste des ouvrages scientifiques de celui dont nous venons d'offrir la biographie. La famille qui lui a donné naissance a toujours été une famille de savoir et de sainteté. On peut citer parmi ses membres les plus distingués l'oncle de notre Mohammed Ibn-Marzouk, son père, son aïeul et Faîeul de son père, ainsi que ses propres enfants et ses descendants, savoir ses deux fils, Mohammed et Ahmed, et le neveu de son fils, qui est connu sous le nom d'AUkhatib (le prédicateur), et qui est le dernier. Ce sont là tous les noms qui sont parvenus à ma connaissance; mais je suis sûr qu'il sortira encore de cette illustre maison quantité d'hommes honorables et vertueux. »
C'est ainsi que lo cheik Ibn-Mariam termine sa biographie du célèbre Ibn-Marzouk. A l'appui de cette dernière observation nous ajouterons qu'il existe encore de nos jours àTlemcen des descendants d'Ibn-Marzouk (les Merazga). Le caveau où reposent les membres de cette famille, était situé dans le cimetière royal. Il a ét6 découvert par M. Brochelard, ancien sous-préfet de Tlemcen, avec d'autres tombeaux appartenant à des rois
114 GOMPLÉBCENT DE LHISTOIUE DES UENI-ZSIYAN.
OU à des princes do la dynastie des Beni-Zeiyan (1).
Parmi les personnages qui par Tétendue de leur savoir et la réputation de leurs vertus honorèrent le viii^ siècle de rhégire et la cité qui leur avait donne le jour, il convient de citer un nom non moins célèbre que celui que nous venons de signaler : il s'agit du cheikh Saïd ben- Mohammed ben-Mohammed Al-Ocbâny, qui fut l'émule, sinon Tégal en mérite, du savant dont nous venons d'esquisser la biographie. Il naquit a Tlemcen en 720 de rhégire (1320 de J.-C.) dix ou onze ans après lui. « Cidi Saïd Al-Ocbâny, dit l'auteur du Dostan qui se fait ici récho du biographe Ibn-Farhoun, était un jurisconsulte qui professait la secte de l'imam Ibn-Màlelc, ot était très versé dans toutes les sciences. Il suivit les leçons des deux célèbres fils de l'Imam et c'est à leur école qu'il apprit le droit. Il étudia les principes fondamentaux de cette science sous la direction du doc» teur Abou-Abd'AUah al-Aïly et autres professeurs. Au surplus, le haut rang qu'il acquit dans la science est chose connue du monde entier. Il exerça les fonctions de cadhi de la communauté [Al-Djamàah) nBougie sous le règne du sultan Abou-Einan, c'est-à-dire à une époque où les savants jurisconsultes foisonnaient. Il remplit ensuite les mêmes fonctions à Tlemcen, où pendant plus de quarante ans il consacra son temps à donner des fetw3LS ou décisions juridiques. »
L'historien Abou-Zakaria Ibn-Khaldoun, qui fut le contemporain de Saïd al-Ocbany et parle avec éloge de ce docteur dans la partie do son ouvrage qui traite des hommes illustres de Tlemcen, résume ainsi la vie de ce savant : « Le jurisconsulte et cadhi Abou- Othman-Saïd , fils de Mohammed al-Ocbâny, dit-il, est
(1) Voyez le savant et précieux mémoire de cet auteur sur les t Dmbeaux des Emirs Beni-Zeiyan, etc. Paris, Imprimerie Natioaaici 1S76, p. 137 et 138.
BIOGRAPHIE D*IBN-MARZ0UK. 115
le premier qui se soit distingué parmi les membres de cette noble famille. C'est un homme remarquable autant par la supériorité de son génie que par l'étendue de son savoir. Versé, comme il Test, dans toutes les branches des sciences humaines, il brille principalement dans l'arithmétique et la géométrie. Il a été successivement cadhi de la communauté à Tlemcen, à Bougie, à Maroc, Sela (Salé), à Oran, à Honeïn, office dont il s'est toujours acquitté dans chacune de ces villes avec équité, intelligence et talent. Aujourd'hui, ajoute le biographe , il exerce les fonctions honorables de prédicateur dans la grande mosquée (1). » Il composa, dit Tauteur cité dans le Bostan yixn commentaire sur le traité des successions du cheikh Al-Haufy, ouvrage qui n'a jamais vu son pareil ; un autre sur la logique d*Âl-Khoundjy ; des observations et des gloses sur le Talkhis d'Ibn-el-Benna^ sur le poème d'Ibn-el-Yasmin qui traite de l'algèbre et de l'équation ; un autre commentaire qui porte le titre d'AU akîdah el-Borhanîah et qui traite des fondements de la religion, enfin une explication exégétique de la surate Al'Fatihah (2) dans laquelle il a étalé la plus grande érudition. Parmi ses compositions on compte encore un commentaire sur le Dordahf un autre plus considérable sur Ibn-el-Hâdjeb el-Asliyi. Le cheikh Saïd al-Ocbàny eut pour disciples une foule de personnages qui devinrent plus tard les maîtres de la science et de la sagesse, tels que son fils Kâssem al-Ocbâny, Timam Abou'1-Fadl, fils de Marzouk al-Hafid, le saint, le dévot et contem-
(1) Yahia Ibn-Khaldoan écrivait ceci en rannéo 780 de Thégirc (1378-79 de J.»C.) ou peu auparavant, puisqu'il fut assassiné dans un guet-apens dans le courant de la même année sous le règne d'Abou-Hammon II.
(2) Plus loin un autre biographe, Ibn-Sàad al-Tlemcêny, nomme la surate Al^Fathh (la Victoire), au lieu de la surate Al- Faitihab, qui est la preniiôre de TAlkoran. 11 y a évidemment dans Tune ou dans l'autre de ces citations une faute de copiste.
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platif, cidi-Ibraliim al-Masmoudy, le pieux imam Âbou* Yahia le chérif, le cheikh ÂbouU-Âbbès ben-Zaghrou, et dans son patronage il compta le célèbre imam Ahmed bcn-Âkkâb el-Djedhâmy.Un de nos amis, ajoute le même biographe, prétend qu'Âl-Ocbâny tirait son nom d'un village d'Espagne appelé Ocbârij dont sa famille serait originaire; il a soutenu cette opinion en présence d'un homme fort distingué, un jurisconsulte très versé dans les diverses branches de la sciencedes successions et qui s*appuyait sur Tautorité du docte hâfidh al-Soyouthy. « Dans les conférences scientifiques qui se faisaient à la cour du sultan mérinide Âbou-Einan, le cheikh Al- Ocbâny expliqua Al-Bokhâry et la Modawanah en s'aidant des commentaires et des observations du cheikh Ezz-el-Dyn ben-Djemâah et autres savants. Il exerça successivement les fonctions de cadhi à Bougie, à Tlemcen, à Asila et à Maroc. J'ai oui dire à Tun des cheikhs qui l'avaient connu, que Ton avait coutume de lui donner le titre de chef des Eulémas. Le savant Ibn-Sâad de Tlemcen (1) quand il a Toccasion de parler de Saîd al-Ocbâny^ ne Fappelle pas autrement que Valfakih, le très doctej le coryphée des cadhis de Tlemcen. Il nous apprend que parmi les ouvrages sortis de la plume de ce cheikh on compte un commentaire sur le livre d'Al-Haufy, qui jusque-là n'avait point trouvé son pareil, ainsi qu'une explication de la surate Ai-An/iâm, le Bétail (la VP) et de la surate Al-Fathhj la Victoire (la XLVIIP), explication où il a fait preuve de la plus grande érudition par les utiles renseignements dont il Ta enrichie et ornée, »
(l) Ibn-Sâad Mohammed ben-Ahmed, morl en Egypte en 901 de l'hégire (li95 de noire ère) est aiileur de plusieurs ouvrages îi;;iographiques, entre autres du Nedjm cl ihàqeb fy ma /eaouliaV allah min cl ménaqeb, qui est souvent cité par les écrivains musulmans. On lit sa biographie dans le liostaHy p. 310 de notre manuscrit.
BIOGRAPHIE d'iBN-MARZOUK. 117
A ces divers extraits de la vie d'Al-Ocbâny l'auteur du Bostan ajoute : « Dans Tune de ses précieuses notices Al-Wancherissy nous assure que le cheikh Al-Ocbâny était né à Tlemcen en 720 et qu'il y mourut en 781. » Il termine son article par cette déclaration : « J'ai tracé ci-devant la biographie du petit-fils de notre cheikh, le cadhi Abou'l-Abbès avec celle d'Abou-Sâlem Ibrahim ; on lira plus loin celle de son fils Kâssem, ainsi que celle du neveu de celui-ci, le cadhi Mohammed ben- Ahmed et d'autres membres de cette illustre famille, s'il plait à Dieu. »
Nous croyons aller au-devant des désirs du lecteur en lui soumettant quelques détails relatifs à Phistoire des deux célèbres cheikhs Ibn-Marzouk et Said Al-Ocbâny , dont nous venons de transcrire les biographies, et en appelant leur attention sur le sort de leurs derniers descendants. Nous dirons d'abord que le tombeau de Saïd al-Ocbâny a été retrouvé avec celui de la famille des Merazga dans un ancien cimetière de Tlemcen proche de la grande mosquée de cette ville, par les soins intelligents et dignes de tout éloge de M. Charles Brosselard. On y lit l'épi taphe suivante, qui contient les titres de notre cheikh avec la date précise de sa mort.
En voici la traduction :
ce Louange à Dieu l'unique ! La bénédiction soit sur c N. S. Mohammed et sur sa famille !
€ Ce tombeau est celui de l'éminent seigneur, leju- « risconsul te très illustre, Tinterprète du livre de Dieu (c fort et puissant : Sidi Saïd, fils du seigneur, le juris- « consulte versé dans la tradition, le professeur éloquent « et accompli Mohammed al-Ocbâny. Que Dieu lui donne « pour demeure le Paradis, qu'il étende sur lui la mi- « séricorde et le pardon, et le maintienne en joie et en « bonheur !
€ Il est décédé (Dieu lui fasse miséricorde!) vers
1 18 COMPLÉMENT DE L'hISTOIRB DES BBNI-ZBIYAN.
« riieuro de la prière d'El-Aceur, le mardi vingt^deux c( de Dhôu'l-Hidjja de Tan huit cent onze (811). »
c Cette date do l'hégire, ajoute le savant dont nous <c venons de rapporter la traduction, a pour datecorres- « pondante^ dans l'ère chrétienne, le 8 mai 1409. n
Quant au sort qui était réservé en dernier lieu aux rejetons des deux grands hommes, dont nous avons transcrit les biographies, il nous suffira, pour le signaler, ou plutôt pour le déplorer, de citer les observations dont le même savant accompagne la description des tombeaux en question,observations très justes et très exactes, puisqu'elles ont été inspirées par Tétat présent des lieux et des personnes qu'il a pu longuement voir et étudier, (c Les deux familles, dit M. Ch. Brosselard, les Okab* (c na et les Merazga, ont eu, pendant trois siècles, le c mérite de produire des jurisconsultes éminents, qui (( occupaient à TIemcen les plus hautes magistratures (( et tenaient la tête de la [science. Mais que sont deve- (( nus les descendants de ces illustres maisons ? Comme « le reste de leurs compatriotes, ils ont été cruellement a atteints par les vicissitudes sans nombre qui ont « bouleversé leur pays. Le nom d'Al-Ocbâny est tout « à fait éteint, à moins que la prétention que mettent « en avant les Oulad el-Sekkal de descendre de ces sa- « vants ne soit justifiée. Il existe, au contraire, plu- (( sieurs descendants du célèbre Ibn-Merzouk, un des (( oracles de la science dans les écoles africaines, au « IX* siècle de l'hégire. On les appelle les Merazga. Ils <c sont aussi pauvres et ignorants que leurs ancêtres « étaient riches et éclairés. Il n'y a plus même un taleb « parmi eux ; mais l'antique célébrité de leur nom fait « qu'on les honore encore. Adonnés à la profession de « Fellah, et vivant au jour le jour, ils s'efforcent de re- <( conquérir à la sueur de leur front une parcelle de « l'héritage paternel, emporté par la tempête desrévolu- « tions. L'un d'eux s'est constitué le gardien du tom-
BIOGRAPHIE d'IBN-MARZOUK. 119
« beau de rancêtre. Il y recueille les offrandes des <( âmes pieuses et charitables, et cela l'aide à vivre. Aux » curieux qui l'en sollicitent, il n) outre une relique « précieuse de Sidi Ibn-Merzouk el-Hafid : c'est un a koran qui a appartenu à cet homme illustre, et que, « depuis plus de quatre siècles, chaque génération de « ses petits-enfants lègue à celle qui la suit. Les Mu- Q sulmans baisent avec respect les feuillets jaunis et à « demi-effacés de ce livre béni (1). »
(1) Voyez Revue Africaine, cinquième année, numéro de novembre 1861, p. 113 et suivantes.