‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 30 sur 90 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Règne du sultan Abon-Teschllln Abd'el-Rahwian, fils d'Abon-Hammon Honssa II (791 — 1389).

Âpres la mort tragique de son père, Abou-Teschifîn fit son entrée à Tlemcen en triomphateur et fut proclamé sultan sous la suzeraineté d'Abou'l-Abbès le mérinide qui l'avait aidé à monter sur le trône. Pendant qu'il en gravissait les marches, on promenait dans les mes de Fez la tête de son père plantée au bout d'une lance. Le nom du sultan mérinide devait être prononcé dans la prière publique {AUKhotbah) du vendredi, et Abou-Teschifin payer annuellement à son suzerain un tribut de plusieurs milliers de dinars.

Malgré l'appui qu'il s'était assuré du côte du sultan de Fez, Abou-Teschifin ne jouit pas longtemps de la tranquillité qu'il s'en était promise, car il eut bientôt à soutenir les attaques de son frère Abou-Zeiyan qui, dans l'espoir de ramener la fortune et de venger la mort de son père, lui déclara la guerre, et secondé par les Arabes de la partie orientale du royaume vint Tassiéger dans la capitale (792, mai-juin 1392), et finit par supplanter Abou-Teschifin dans les bonnes grâces du sultan Abou'l- Abbès, qui l'envoya avec une armée contre Tlemcen.

C'est sur ces entrefaites (795, juillet-août 1393) qu' Abou-Teschifin vint à mourir, succombant à une maladie chronique selon les uns, à un violent mal de ventre, d'après les autres, après avoir régné trois ans plus quatre mois et dix-neuf jours.

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En apprenant cet événement, le sultan Abou'l-Abbès consigna le prince Âbou-Zeiyan à Fez, et mit à la tête de l'armée son fils Âbou-Fâres, qui, étant entré dans Tlemcen, y fît proclamer la souveraineté de son père et anéantit encore une fois l'autorité de la dynastie des Beni-Abd'el wady .

Un événement de peu d'importance, mais qui mérite néanmoins de n'être pas passé sous silence, c'est qu'avant cette nouvelle catastrophe et après la mort d'Abou-Teschifîn, un jeune enfant de ce prince avait été placé sur le trône par un de ses parents qui s'était déclaré régent du royaume. Ce règne improvisé n'eut qu'une existence éphémère, car il se termina bientôt après par le massacre du nouveau sultan ainsi que par celui du régent, le royaume ayant été envahi par un autre fils du sultan Abou-Hammou et par ses alliés arabes qui étaient accourus des provinces orientales au secours de Tlemcen (1).

Le sultan Abou-Teschifin Abd el-Rahman fut enterré dans le cimetière où reposait son père Abou-Hammou. Une partie de Tépitaphe qui ornait son tombeau a été retrouvée par M. Charles Brasselard, et transcrite par ce savant archéologue dans Mémoire sur les tonibesLUX des BenUZeiyan, p. 73.

Pendant le peu d'années que dura le règne du sultan Abou-Teschifîn, la fête du Mauled ne perdit rien de son ancien éclat ; Tanniversaire de la naissance de Mahomet ne fut point célébrée avec moins de solennité que sous le règne précédent. Le poète Al-Thaghary qui florissait encore à cette époque continua à y apporter son concours et à l'embellir par la récitation de ses vers composés en l'honneur du législateur des Arabes.

Deux de ces pièces se lisent dans l'histoire abrégée des Beni-Zeiyan par Mohammed al-Tenessy (p. 101 et

(11 Voyez Histoire des Berbères^ tome III, p. 490.

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suivantes de mon manuscrit). Elles furent récitées Tune à la fête du premier Mauled qui fut célébré après l'installation du sultan, se conposant de 93 vers sur le mètre KAmil ; l'autre, le septième jour de la même solennité. Celle-c\, qui contient 66 vers du mètre Taouîly est spécialement consacrée à la louange du prince régnant et de son fils, héritier présomptif de la couronne. Elle débute ainsi :

VERS

c J'ai beau abreuver mon cœur à la source de l'objet qu'il aime, il ne cesse d'être altéré, bien que parfois cela soulage mon tourment. »

Pendant l'année qui mit fin au règne éphémère du sultan dont on vient d'esquisser la biographie, la science eut à déplorer la perte d'un homme qui avait eu l'honneur de donner dos leçons aux deux frères Âbou-Zakaria-Yahia et Âbd'el-Rahman Ibn-Khaldoun, et paraît avoir été l'ancêtre d'Ahmed-al-Makkary, l'auteur de l'histoire d'Espagne. C'est à ces deux titres de savant professeur et d'ancêtre de l'auteur que nous venons de citer (1), que son nom se recommande à notre attention et mérite ici une place que le lecteur, nous l'espérons^ ne sera point tenté de regretter.

Pour tracer celte vieil nous suffira de transcrire ici, en les abrégeant, les renseigmentsqui nous sont fournis par Ibn-Mariam dans son Dictionnaire des hommes illustres 4e la ville de Tlemcen.

c Le cheikh Mohammed ibn-Mohammed ibn-Ahmed ibn-abi Bekr ibn-Yahia ibn-Abd*el-Rahman al-Karschy al-Tlemcêny, plus connu sous le surnom d'AUMakkary. (Ce mot s'écrit avec fath sur mim et tesehdid sur le Cap/i affecté aussi d'un fath : c'est ainsi qu'il est ponctué

(1) C'est en effet le nom qu*il lui donne plusieurs fois dans l'ouvrage sus-mentionnô (édition de Leydo, 1855, tome I, page 366.)

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pax Abd'el-Rahmanal-Thaâleby(l) dans son Traité des Sciences super éminentes. {El-Oloum el-fakhirah) \ mais d'autres auteurs le ponctuent différemment, le prononçant avec fath sur le mira et socoun sur le Cap) . a C'est Timam très docte, le contemplatif, le connaisseur accompli, lo modèle à suivre, Targument de la vraie religion, l'illustre, le célèbre voyageur, l'un des plus remarquables et des plus grands docteurs de la secte des Malékis dans ces derniers temps, qui exerça; les fonctions de cadhy de la Communauté à Fez. Dans le texte original Ibn-Farhoun parle de cet illustre savant avec le plus grand éloge; toutefois, nul ne trouvera mauvais que nous donnions ici quelques nouveaux détails biographiques. Voici donc ce que nous ajoutons. Ibn-al-Khatib, dans son histoire de Grenade, dit ce qui suit : Al-Makkary se signala par son application assidue à la loi divine, par son savoir littéraire, par sa mémoire, par la connaissance qu41 avait acquise du sens propre ou conventionnel des mots, du changement de leur signification, et de leurs acceptions rares ou [exceptionnelles. Il s'appliqua avec le plus grand soin à l'étude de Tart grammatical, à celle de la jurisprudence et à l'interprétation du livre divin. Il savait par cœur les hadiths. Il possédait l'histoire, la chronologie et tout ce qui concerne les humanités ; il avait des connaissances plus que suffisantes touchant les principes fondamentaux de la religion et de la jurisprudence, touchant les tableaux talismaniques et la logique. Il écrivait en prose et en vers d'une manière excellente et admirable ; il aimait à parler sur le soufisme, et il s'appliquait à l'enseigner. Il partit pour l'Orient afin de s'acquitter du devoir du pèlerinage, ce qui lui procura

(1) Al Thâaleby al-Gézairy, auteur de plusieurs ouvrages très ôstimés, né en 786, mort en 875. (Takmilet el-Dibadj par le Ahmed Baba el-Boudàny, page 174 et suivantes de mon manusorit.)

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roccasion de voir des hommes distingués par leur savoir, tels que Abou-Haiyan, Choms el*dyn al-Isbahâny et Ibn-Adlan ; à la Mecque, il fit la connaissance d'Âlradhy, imam de la Station d'Ibrahim ; à Damas, il rencontra Chems el-dyn ibn-Kayïm Âl-Djauriah Al-Sobky. Il est auteur de plusieurs ouvrages sur le droit et sur le soufisme.

« Autre témoignage . Le prédicateur Ibn-Marzouk, V Aïeul y dit en parlant de notre Al-Makkary : « Notre ami a été d'un mérite incontesté et d'un grand renom ; après sa mort, sa mémoire a été suivie des éloges les plus pompeux et des prières les plus pieuses. Au jour suprême de la résurrection, les services quHl a rendus à la science répandront autour de lui une douce odeur. Ses bienfaits sont, en effet, connus des alfakihs et jouiS' sent de la plus grande notoriété parmi tous les savants.

«t Autre témoignage rendu à sa mémoire.

€ Voici ce que nous apprend Abou'l-Abbès al-Wanohérissy dans l'une de ses utiles observations : « Makka* mhy [nom qui s'écrit et se prononce avec fath sur la lettre mim accompagnée d'un kaf affecté du teschdidj est un village du Zab, province de rifrikiah (1). Les ancêtres d' Al-Makkary habitèrent d'abord ce village, puis ils émigrèrent vers Tlemcen, où notre alfakih vit le jour, fut élevé et s'instruisit. Il s'y livrait à renseignement, quand en 749 (1348) il fut transféré à Fez la bien-gardée avec les princes Abd'el-Wâdites par le commandeur des fidèles, Almotawekkel Pares Abou- Einan. Ayant été nommé cadhi dans cette capitale, il exerça ces fonctions en se distinguant par son savoir et par ses œuvres ; sa conduite fut toujours trouvée digne

(1) Le Zab est une région de sables et d'oasis située au sud des montagnes de r Auras. Elle a pour capitale la ville de Tobna, le Makkarah ou Maggarah est h 7 Journées au sud de Bougie.

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d'éloges ; il se comporta si bien dans l'accomplissement de ses devoirs envers Dieu, que jamais personne n'eut lieu de lui adresser un reproche quelconque. De retour d'une mission dont le sultan Abou-Einan l'avait chargé en Andalousie, il se rendit à Tlemcen, sa patrie, où il termina sa carrière en 795, si je ne me trompe (1). »

Après ces renseignements biographiques, l'auteur que l'on vient de citer, fait Ténumération de tous les savants et hommes illustres, indigènes ou étrangers, qui se formèrent à l'école d'Al-Makkary, de tous les professeurs sous la direction de qui il avait étudié, liste très longue et qui n*est pour nous que d'un intérêt secondaire ; puis il s'attache à rehausser le mérite de son héros et à démontrer l'étendue de son savoir, la finesse de son esprit, la justesse et l'habileté de ses réponses et de ses décisions juridiques, Félévation de son caractère et la noblesse de son âme , en consacrant nombre de pages au récit de certaines anecdotes qui viennent à Tappui do ses assertions : nous en détacherons seulement les deux faits suivants, qui semblent les résumer tous, et dont rauteujr de la biographie attribue le récit à celui-là même qui en est l'objet. Voici donc ce qu'il met dans la bouche d'Al-Makkary :

<c Un jour un fakir me demanda la raison de la conduite que tiennent les Musulmans à Tégard de leurs rois, quand ces derniers, dans Texercice de leur pouvoir, n'écoutent point ceux qui voudraient les diriger dans la bonne voie et les porter à la pratique du bien, mais suivent de préférence les conseils des hommes qui ne songent qu'àjouir des plaisirs de ce monde, sans se soucier nullement de ce qui les attend dans l'autre, ce qui fait qu'ils ne s'entourent que de courtisans et de vains flatteurs, et qu'ils ne respectent ni leurs serments, ni leur

(1) A la marge de mon manuscrit on lit cette note : Ce fut peutêtre en Tan 750. Selon Yakia Ibn-Khaldoun, il mourut è Fez ea 756.

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honneur. Voici laréponse que je me permis de lui faire. Cela vient, lui dis-je, de ce que notre loi ne reconnaît point les rois; mais avant nous, c'est-à-dire avant rislam, la royauté était légitime et fondée sur la loi divine. En effet, Dieu a dit à la louange des enfants d'Israël : cr Et il vous a donné des rois (Âlkoran, Surate, V, 23). Il n'a pas dit cela en parlant de notre nation, mais il nous a donné des khalifes ou lieutenants. Dieu le Très Haut a dit : a Dieu a promis à ceux qui auront cru parmi vous et fait le bien, de les constituer lieutenants (ou khalifes) dans ce pays, etc. (Surate, XXIV, 54). ]> Et ailleurs leur prophète leur dit : « Dieu vous a envoyé Talout (Sattl) pour roi (Surate, II, 248.) » Dans un autre endroit Salomon dit : « Seigneur, pardonnemoi, et accorde-moi une royauté, etc. (Surate, XXXVIII, 34.) » Dieu accorda donc des rois aux Hébreux, mais dans notre loi il ne nous a accordé que des khalifes. En effet, Abou-Bekr fut khalife ou lieutenant de Tapôtre de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue !) ; et bien qu'il ne Teut point désigné expressément sous cette qualification, tout le monde comprit qu'il en était ainsi, et l'on convint de lui donner ce nom; ensuite Abou-Bekr désigna Omar pour son successeur, de telle sorte que celui-ci, héritant de ce titre, comme d'autres héritent de père en fils de celui de rois, exerça les fonctions du khalifah, qui consistent à surveiller et à gouverner, et c'est avec ce titre de khalife qu'il gouverna tant qu'il vécut. Ensuite les gens du conseil arrêtèrent leur choix sur Othman pour le khalifah, en se référant à l'avis qu'Omar avait exprimé aux conseillers avant do mourir. Après la mort d'Othman, le pouvoir d'Aly fut généiralement reconnu, parce qu'il ne restait plus personne qui y eut autant de titres, et il fut proclamé khalife par ceux qui mirent le droit au-dessus de la passion et choisirent les biens de l'autre vie de préférence aux plaisirs de ce bas monde. Il en fut de même de Télection

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d'ÂMiassan, son fils, qui eut pour successeur Moawiah, le premier qui transforma le khalifah en royauté, et la rudesse en douceur. Après ces changements dans les conditions du khalifat, Dieu, qui est avant tout indul* gent et miséricordieux, rendit cette dignité héréditaire dans cette famille. Puis le khalifat, ayant ainsi dévié de l'esprit de son institution, ne demeura pas longtemps en possession des privilèges de la royauté, car nous voyons que Omar, fils d'Abd'el-Aziz (que Dieu lui accorde ses faveurs !) fut khalife dans le vrai sens de ce nom et nullement roi. En effet, si Salomon ne fut pas roi (que Dieu soit satisfait de lui !)c*est qu'il ne voulait pas avoir l'esprit tourmenté nuit et jour par des soucis, et qu'il savait, d'ailleurs, que tout le monde était d'accord avec lui. Il est vrai, d'un autre côté, que nul, à l'exception des khalifes, n'a jamais conduit les hommes dans le chemin de la droiture, et que, pour ce qui est des rois, ils ne se plaisent, pour la plupart, qu'à jeter le trouble dans les affaires de leurs sujets. »

Autre fait.

On raconte encore de lui le trait suivant : i< Il était admis aux réunions scientifiques qui se tenaient à la cour d'Abou-Einan. Quand le mizouar ou prévôt des chorifs do Fez entrait dans la salle de ces réunions, le sultan ainsi que toutes los personnes présentes se faisaient un devoir de se lever pour lui faire honneur ; il n'y avait que le cheikh Al-Makkary qui ne voulait point se lever avec tout le monde. Le mizouar se formalisa d'un pareil procédé et s'en plaignit sévèrement au sultan, qui lui dit : « Vois, cet homme est ici un nouveau venu ; laissons-le tranquille, il finira par s'en aller. » Or un jour le mizouar étant entré comme de coutume, le sultan et les assistants se levèrent. Alors le mizouar tournant les yeux vers Al-Makkary : « Alfakih, lui dit-il, qu'avez-vous donc, que vous ne vous levez point, comme fait le sultan lui-même (que Dieu l'aide ! )

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et comme font tous ceux qu'il invite à ces réunions, et cela, pour honorer mes ancêtres et la noblesse de ma naissance ? Et qui êtes- vous, pour que vous osiez ne pas vous lever devant moi ? » Sur ce, le cheikh levant la tête et le regardant : « Ma noblesse, dit-il, est confirmée par la science que je propage et elle ne souffre aucun doute. Si votre noblesse nous avait paru vériQée, régulière et incontestable, cela nous eut inspiré ici de la confiance en vous -, nous vous aurions signalé à l'estime du sultan Âbou-Einan, et nous vous aurions prié do venir prendre place dans ses réunions. » A ces paroles, le mizouar n'ayant rien à répliquer, prit le parti de se taire.

« A propos du motif qu'il allégua pour justifier la conduite qu'il avait tenue dans cette circonstance, voici ce que dit le cheikh Abou-Abd' Allah Ibn-el-Azrak : « C'est dans le même sens qu'il faut prendre cet autre trait que Ton raconte de lui. Il expliquait devant le sultan Abou- Einan et en présence des grands alfakihs de Fez et des notables de ce corps savant le Sahih de Moslim. Quand il fut arrivé aux traditions relatives aux imams de la tribu de Koreisch, on raconte qu'il dit : Les imams sont nécessairement de la tribu de Koreisch, et qu'il insista sur cette proposition , à telles enseignes que le cœur du sultan en fut froissé et que même, à ce que l'on assure, il tomba en syncope au milieu do l'assemblée. Tout le monde craignait que cet accident n'eût pour lui des suites fâcheuses.

€ Lorsque ensuite le cheikh résuma les traditions,il dit en présence du sultan : « Le sentiment commun et sur lequel tous les docteurs sont d'accord, c'est qu'il n'y a que trois imams qui soient sortis de la tribu de Koreisch; les autres ont eu une origine différente. Puis tournant ses regards du côté du sultan, il s'écria: « Sire, soyez sans inquiétude ; aujourd'hui ceux qui se disent Koréischites ne peuvent appuyer leurs protentions que sur l'opinion et la crédulité publique. Quant à vous, vous êtes digne des

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honneurs du khalifat, car, grâce à Dieu^ vous réunissez dans votre auguste personne plusieurs des conditions que réclame cette haute dignité. »

Lorsque, après la conférence, le cheick se retira chez lui, le sultan lui envoya en cadeau la somme de mille dinars. Le même cadhy Âbou-Abd'Allah Ibnel-Âzrak dit à ce propos : « Ce que je puis ajouter ici, c'est qu'il résulte des paroles alléguées par le cheikh pour s'excuser, que les égards que le sultan témoigna envers un homme à qui la science tenait lieu de noblesse, sont plus estimables que le respect extérieur que l'on professe pour les choses de la religion. »

« Toutefois l'histoire nous apprend qu'un autre prince le traita avec arrogance et dureté, sans tenir compte de son rang ni de son mérite et lui préférant un autre personnage qui avait gagné ses bonnes grâces ; mais qu'en punition de sa conduite blâmable. Dieu le dépouilla de son empire qui fut dévolu à ses enfants. Telle est la conclusion que tire de ces faits le cadhy dont on vient de citer les paroles.

« Quant aux services que le cheikh Âl-Makkary rendit à son prochain, à ses cadeaux, à ses actes de bienfaisance, il serait impossible de les énumcrer tous. Contentons-nous ici de cette indication générale.

c(Onlui doit un grand nombre d'ouvrages, entre autres:

1° Un Traité des fondements du soufisme^ ouvrage admirable et rempli d'excellentes indications. Il se trouve, à Tlemcen, entre les mains de toutlo monde, et il est cité par le cheikh Al-Wanchérissy (dans son Mieyar) ; à quoi je dois ajouter qu'il a été commenté par riman Zarrouk.

2"* Un livre intitulé : Traité des cadeaux et des fruits nouveaux^ comble du sentiment le plus délicat^ cité également par Al-Wancherissy.

3** Un com^pendium. de l'ouvrage connu sous le titre (YAlmohassal (le Rémmé)^ non achevé.

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4* Commentaire du Djomal {les Propositions) d'Aïkhoundjy, également inachevé ;

5* Commentaire du livre qui a pour titre cette maxime : Exercer la m^édeciney c'est s'attirer ra/jfection. Il contient plusieurs parties où Ton cite des traditions morales^ telles que celles qui se lisent chez Al-Schihab (Ibn-Hadjelah el-Tlemcêny ?) et dans 2a lampe des bien^dirigés^ par Ibn el-Araby.

&" Lies Maximes générales de la jurisprudence sur tous les articles de cette science, ouvrage de la plus grande utilité.

7* Un Commentaire sur les bases et les ^principes du droit.

8* Un Traité des termes techniques et des mots simples. Al-Wanchérissy dit à propos de ce dernier ouvrage : <c Abou-Mohammed m*a fait voir un exemplaire de ce livre; j'ai employé tous les moyens pour en obtenir une copie, mais je n'ai pu y réussir. »

9* Le Livre des réunions^ ouvrage qui abonde en renseignements utiles, en observations judicieuses, en anecdotes curieuses et en longues discussions. El-Wanchérissy dit en parlant de l'auteur : « le cheikh et notre professeur accompli, l'habile théologien Abou-Abd'allah ibn-Marzouk el-HaQd a donné la biographie complète d'Almakkary dans un livre qu'il a nommé Pleine lumière pour faire connaître V alfakih AUMakkary . Il a. eu pour disciples plusieurs hommes illustres, entre ctutres l'imam Al-Châteby, Ibn-el-Khatib al-Salmâny, X bn-Khaldoun , le secrétaire Abd'allah Ibn-Zamrok , «Abou-Abd' Allah Mohammed Ibn-Djozay, le hâfid Ibn- .Allak et autres. »

Yahia ibn-Khaldoun, qui nomme également Al-Mak- Is^arry parmi ses maîtres, résume ainsi sa vie: « Lejuris- <^onsulte, dit-il, le très impartial cadhy, Abou- Abd'allah ^^ohammed, fils d'Ahmed, fils do Mohammed al-Mak- «ury, l'un des plus grands savants de son siècle et Tun

250 GOlCPLÉIfBNT DB l'HISTOIRB DBS BBMIvZBITAN.

des oadhys qui se sont rendus recommandables par leur équité, leur sagesse et leur religion, a été un de ceux qui donnent des fetwa ou consultations juridiques par écrit, et qui s'adonnent à renseignement de la jurispru-* dence, science dans laquelle il avait acquis des connais*' sances profondes. Il fut nommé oadhi de la communauté ou grand cadhi, à Fez, fonctions dont il s*acquitta de la manière la plus irréprochable. Il est décédé dans cette capitale dans le courant de l'année 756 (1). «

(1) Histoire des sultans Abd'el-Wadites, fol. 8 v* de mon manuscrit.

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