‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 46 sur 90 · BËGNE DU SULTAN ABOU'L-ABBÈS AHMED · texte numérisé non relu

BËGNE DU SULTAN ABOU'L-ABBÈS AHMED

appartient au territoire de Tlemcen, arrivé là, disonsnous, il fut surpris par son heure suprême avant d'arriver sous les murs de Tlemcen^ « Quand la mort arriva, dit rhistorien que nous venons de citer, le sultan venait de faire ses ablutions; il s'était assis tranquillement dans sa tente, en attendant de sortir pour aller faire sa prière, car c'était le 10 du mois de dhou'Miidjjah, fête des sacrifices. Il avait régné quarante-un ans, quatre mois et sept jours. »

L'armée d'Abou-Fâres, se voyant ainsi privée de son chef et sans direction, prit le parti de la retraite et retourna dans ses foyers, laissant pour le moment le roi de Tlemcen jouir de ses prétentions et de tous les avantages du souverain pouvoir. Son indépendance, devenue libre de ce côté, n'en fut pas mieux assurée, car elle ne tarda pas à lui être disputée par deux adversaires, peut-être plus redoutables qu'un suzerain irrité, nous voulons dire, Abou-Yahia, l'un de ses propres frères, qui était soutenu par un fort parti, et Abou- Abd'allah-Mohammed, l'un de ses petits neveux, sans compter d'autres compétiteurs plus ou moins dangereux, qui lui laissaient fort peu de repos. Il profita de ce temps de répit pour travailler au bonheur de ses sujets, pour embellir le siège du gouvernement, encourager les études et honorer les savants. Il s'appliqua avec un zèle digne d'un esprit élevé, à restaurer les collèges, à augmenter ou à rétablir leurs revenus, à doter richement les Zaouiah et les établissements religieux. C'est lui qui fit entourer le Méchouar et les édifices qui en dépendent d'une haute et forte muraille qui existe encore de nos jours; mais il aimait surtout à s'entourer d'hommes savants, à prendre part à leurs doctes conférences, à les consulter et à suivre même leurs sages conseils.

Parmi ceux qu'il honorait de sa confiance, qui Taidèrent de leurs lumières dans la direction des affai-

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res publiques ou qui illustrèrent son règne par l'étendue de leur savoir ou bien par la renommée de leur sainteté, nous citerons deux noms qui sont mentionnés avec les plus grands éloges et les plus longs détails par tous les biographes. Nous voulons parler du saint marabout Lahsen Ibn-Makhlouf, et du célèbre docteur Ibn-Marzouk-el-Hafid. La notice que nous allons donner de ces deux illustrations ne sera pas sans quelque intérêt, car elle pourra servir à nous faire pénétrer dans la vie morale et intellectuelle de l'époque qui nous occupe, en nous permettant d'établir un parallèle entre l'esprit qui animait en ce temps -là les écoles musulmanes d'Afrique et celui qui régnait parmi les savants de notre Europe chrétienne.

I. Mohammed, fils du cheikh Abou'l-Abbès-Ahmed Ibn-Marzouk ol-Hafid ou le petit-fils, était ainsi surnommé pour le distinguer des autres membres de sa famille et parce qu'il était issu du célèbre iman et prédicateur Mohammed-Chams*el-dyn Ibn-Marzouk , qui avait joué un très grand rôle politique à la cour du sultan mérinide Abou-Einan. Il naquit à Tlemcen, comme il nous l'apprend lui-même dans son commentaire du fameux poème Dordah^ dans la nuit du lundi, 14 de rebie II de Tan 766 (1364), sous le règne du sultan Abou-Hammou II. Quand il vint au monde, sa mère Aïchah^ qui était une femme lettrée et d'une famille honorable, voulait qu'on lui donnât le nom d'Abou'f- Fadl (le Père du mérite), mais son père ne fut point de cet avis, et sur ses représentations il fut appelé Afo/iammedj nom qu'il jugea plus convenable et de meilleure augure pour le nouveau-né. Il reçut l'éducation la plus soignée sous le toit paternel; puis, quand il arriva à l'âge où Tintelligence commence à se développer, son instruction fut confiée aux maîtres les plus distingués de cette époque, parmi lesquels on cite le chérif Abou- Mohamed Abd' Allah, fils de l'iman et chérif Al-Tlem-

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o6ny,riinam Saîd al-Debâny ,1e pieux cheikh Âbou-Ishak al-Masmoudy, Tlman Ibn-Ârafah et le docte px*ofesseur Abou'l-Abbès al-Hassân al-Tenessy.

cr A Fez, il suivit les leçons des savants les plus renommés, tels que le grammairien Ibn-Haiâny, le vertueux cheikh Abou-Zeid Al-Makoudy, le hâfidh Mohammed Ibn-Masseoud al-Sanhâdjy et le cheikh Al-Fellâly . S'étant ensuite rendu en Orient pour achever le cours de ses études^ il s'arrêta quelque temps en Egypte, où il entendit le cheikh Siradj el-dyn el-Balky, le hafîdh Abou'1-Fadl el-Erâky, auteur du Kamous, l'imam Mohheb el-dyn Ibn-Hischâm et son fils, auteur duAfog/irny, Mouley Abd'el-Rahman Ibn-Khaldoun, ainsi que le docte cadhi Nâcer el-dyn et le cheikh Al- Tenessy. tous hommes d'un talent supérieur et d'un mérite éminent. Plusieurs de ses maîtres lui délivrèrent le diplôme de licence et rautorisèrent à enseigner les sciences qu'il avait puisées dans leurs doctes leçons.

€ C'est en 790 (1388), dit le hâfidh Al-Sakhâouyi (1), que l'imam Mohammed Ibn-Marzouk el-Ha/îd accomplit le devoir du pèlerinage en compagnie de son professeur Ibn-Arafah. Pendant son séjour à la Mecque^ il s'attacha à renseignement des savants qui florissaient alors dans la ville sainte, savoir Al-Behaal-Demâminyet le cheikk Abd'el-Nour al-Kiâly. Il étudia le Sahih d'Al-Bokhâry sous la direction du docteur Ibn-Sadik, tout en suivant les conférences d'Al-Mohheb Ibn-Hischâm.

« Dans un autre pèlerinage qu'il entreprit en 8 1 9 (1 4 1 6) , il eut le bonheur de se rencontrer aus^ à la Mecque avec le docteur Al-Dhabny Ridouan, le célèbre alfakih Ibn- Hadjar et avec d'autres savants de grand renom . Après avoir ainsi visité l'Orient et accompli derechef le devoir

^i) Le cheikh Abou'l-Hassan al-Sakhâouyi, auteur d'un livre intitulé : Dheil al'Kodât, qui est un supplément de V Histoire des eadhiê d'Egypte par Ibn-Hadjar.

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sacré du pèlerinage, dont tout bon musulman doit s'acquitter au moins une fois dans sa vie, il revint dans sa patrie, l'esprit enrichi de toutes sortes de connaissances et entouré de la vénération qui accompagne chez les Musulmans tout pèlerin de la Mecque et de Médine.

a Pour donner une idée de Tadmiration qui l'accueillit à son retour dans sa ville natale, et qui est restée attachée à sa mémoire, nous allons rapporter ici une partie des éloges pompeux dont ses biographes se sont faits les fidèles échos. Il nous sufGra, pour cela, de traduire leurs expressions, pour mieux reproduire leur enthousiasme et conserver à notre récit ce que Ton est convenu de nommer la couleur locale.

« Mohammed Ibn-Marzouk el-Hafid, dit Ibn-Mariam, le célèbre imam de Tlemcen fut pour les hommes de son siècle Targument même de notre sainte religion, un hâfidh accompli et du mérite le plus éminent ; un controversiste sans égal, un habile écrivain, un homme pieux, vertueux, mortifié, adonné à la dévotion et entièrement détaché des choses de ce monde ; une vraie bénédiction céleste, un humble fidèle, un maître vénéré, un modèle à suivre, un théologien distingué, un jurisconsulte profondément versé dans les fondements et les principes du droit ; un docte interprète du Livre sacré, un traditionniste, un gardien fidèle des saines doctrines, un érudit solide et exact, un professeur excellent, un grammairien, un lexicographe, un rhétoricien, un versificateur incomparable, un véritable soufi, un homme voué à la pénitence, un ami de Dieu, un saint adonné à la vie contemplative, un maître versé très abondamment dans toutes les branches de la science et se plaisant à nourrir son esprit des fruits de chacune de ces branches ; un éloquent prédicateur, un signe non équivoque de l'existence de Dieu aux yeux de ses créatures, un mufti éclairé et d'un grand renom ; un voyageur célèbre, un pèlerin qui s'assit sur les trônes de la

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science, qui a occupé les chaires do la vérité, un cheikh issu d'une famille des plus nobles et des plus illustres, qui est devenu le prince des plus grands savants, le chef des pontifes de la religion, le doyen des docteurs les plus éminents, un professeur estimable pour ses mœurs et sa vie irréprochable ; un homme brillant par son savoir comme une pleine lune, possédant au suprême degréles sciences intellectuelles et spéculatives aussi bien que les traditionnelles, et joignant dans son esprit à la connaissance de la vérité absolue celle de la loi positive.

« Le cheikh Mohammed Ibn-Marzouk el-Hafld a apparu à son siècle comme le cheikh des cheikhs, comme le prince des controversistes les plus habiles et du premier rang, comme l'auteur de raisonnements nouveaux et admirables, de merveilleuses découvertes, de recherches curieuses, de renseignements précieux de tout genre ; comme un homme chez qui chacun s'est plû à reconnaître le savoir uni à la piété et à la bonne conduite, un professeur illustre, intelligent, modeste, dont le monde n'entendra jamais peut-être le pareil. Il fut, en effet, l'un des hommes les plus éminents et d'une valeur incomparable, si l'on considère la connaissance qu'il avait de toutes les branches de la loi positive, le nombre et l'éclat de ses mérites et de ses vertus, la fréquence de ses extases et de ses états surnaturels. On peut dire de lui qa*il fut le cheikh de l'Islam, l'imam des fidèles musulmans, le mufti et l'oracle des mortels. Il n'y avait point de question obscure dont il ne parvint à trouver la solution ; point d'affaire embarrassée et inextricable qu'il ne vint à bout de débrouiller. Auteur de prodiges et d'actes les plus merveilleux du monde, il se faisait encore remarquer par le zèle qu'il déployait contre l'hérésie, et par les efforts qu'il faisait pour maintenir la Sonnah et les traditions orthodoxes.

Glaive toujours dégainé et suspendu sur la tête des partisans des innovations, sur celle des gens passionnés

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et ennemis de Torthodoxie, c'est à cause de lui H par lui que Dieu répandit ses bénédictions sur ses créatUNa; c'est de lui qu'il daigna se servir pour ouvrir aux mot» tels la mine de la science et les trésors de sa sagesse, c'est dans les desseins de sa providence, quUl dota notre illustre cheikh d'une riche intelligence , qu'il initia à l'alchimie du bonheur (1), et qu'il enrichit du trésor de l'instruction. Mohammed ibn-Marzouk al-Hafid était fils du cheikh, le savant alfakih Âbou'l-Âbbès Ahmed, fils du docte imam, le voyageur^ le pèlerin, le jurisconsulte, le célèbre prédicateur Mohammed Chams'el-dyn, fils du savant cheikh, le vertueux, le favori de Dieu, l'habitant des lieux saints, Abou'l-Âbbès Ahmed, fils de l'alfakih, le saint, le vertueux, l'humble Mohammed, Qls de l'ami de Dieu, le saint célèbre par ses extases et par le don des miracles, Mohammed, fils d'Âbou-Bekr Ibn-Marzouk el-Madjissy de Tlemcen. Mohammed ibn-Marzouk el-Hafid, disons-nous (que Dieu lui fasse miséricorde!), fut un vrai prodige de zèle et de constance pour l'acquisition du savoir, pour l'étude des choses traditionnelles et l'assiduité de son application à toutes les autres branches de la science sans exception. D'abord pour ce qui concerne la science de la jurisprudence musulmane, on peut dire, sans se tromper, qu'il s'en était rendu entièrement le maitre et qu'il n'était resté étranger à aucune de ses branches, à telles enseignes, que si l'imam Mâlek avait pu le voir, il n'eut point hésité à lui dire : Approche, mon ami ; c'est à toi que je lègue mon savoir et mon autorité ; tu n'auras qu'à parler et ma doctrine

(1) A la lettre : il le surchargea de l'alchymie du bonheur^ c'est-à-dire qu'il lai fournit le moyen secret et infaillible de se rendre heureux. Il existe à la Bibliothèque Nationale un manuscrit arabe qui porte (ancien fonds n» 617), le titre de Kimia ouHSokâdahf la chymie du Bonheur, par Mohy ol-dyn, où cet auteur explique la profession de foi musulmane et l'art de transformer et de perfectionner son àme.

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