‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 49 sur 90 · RÈGNE DU SULTAN ABOU'L-ABDÈS AHMED · texte numérisé non relu

RÈGNE DU SULTAN ABOU'L-ABDÈS AHMED

a Do retour dans sa patrie, le vénérable pèlerin ne crut rien faire de mieux que de se vouer à la carrière de renseignement, aiin de pouvoir communiquer à ses compatriotes le trésor de ses lumières, en leur donnant» d'ailleurs, Texemplc d'une vie mortifiée et irréprochable.

« Il alla s'établir dans le quartier solitaire d'Agadir d'où il se rendait chaque jour dans une mosquée située près de la porte que Ton nomme Beb-Zir^ où il avait ouvert un cours d'enseignement. Son dévouement et la réputation de son savoir lui attirèrent bientôt un grand nombre d'auditeurs, et Ton accourait de toutes parts à ses doctes leçons. Il avait Thonneur de compter parmi ses disciples les personnes les plus notables de la ville ou qui ont laissé leur nom à la postérité, entre autres le cheikh Abd el-Djelil Mohammcd-Al-Tonessy , Abou'l-IIassan Al-Talouty et le frère utérin de celui-ci, le célèbre imam Al-Senoussy, qui, dans la suite et à l'apogée de sa gloire, ne pouvait parler de son maître sans faire de lui le plus grand éloge, en disant qu'il n'avait jamais rencontré dans le monde un professeur plus instruit, ni un ami de Dieu plus vertueux ; qu'à l'égard de l'accomplissement do ses devoirs religieux il ne s'était jamais mis dans le cas de mériter un reproche quelconque ; qu'au surplus, il joignait à une grande modestie une contenance si grave, qu'on avait pu le voir sourire quelquefois, mais jamais rire aux éclats. Un autre de ses disciples lui a rendu aussi ce témoignage, qu'il était miséricordieux et compatissant à l'égard de ses semblables ; qu'il se montrait heureux de leur bonheur, et affligé à la vue do leurs souffrances et de leurs malheurs; qu'il avait un chapelet dont il ne se séparait jamais ; que sa prière ne connaissait point de relâche, pas même un instant d'interruption ; qu'enlin il était l'objet de la vénération de tout le monde, des petits comme des grands personnages. On ajoute que, parmi

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les ouvrages religieux qu'il aimait à lire et à expliquer, la Rissêlah du cheikh Abou-Zeid al-Kairouâny avait sa préférence; que lorsque son disciple Al-Senoussy entrait dans l'école pour assister à ses leçons, ilTaccueillait en souriant ; qu'il était le premier a lui adresser la parole et qu'il avait coutume do lui dire : a Que Dieu te fasse la grâce, mon Qls, de devenir un jour un de ses pieux imams ! Les biographes de notre cheikh lui attribuent une foule de prodiges, de faits plus ou moins merveilleux, parmi lesquels nous mentionnerons les suivants :

<c Voici ce qui m'a été raconté par le docteur Al-Senoussy et son frère utérin le cheikh Aly al-Taloûty :

« Un jour que le cheikh Lahsen el-Abarkan qui se trouvait dans le désert, était occupé à faire ses ablutions et se disposait à faire la prière, il vit arriver un lion énormey qui vint se placer près de ses pantoufles. Le cheikh| sans se troubler, ayant achevé ses ablutions, se tourna vers l'animal féroce et s'écria trois fois : Qu'il soit béni et à jamais exalté Celui qui est le meilleur des Créateurs! Aces paroles, le lion resta interdit; il baissa la tête comme quelqu'un que la honte retient ; puis il se leva et disparut.

a On tient le fait suivant de la bouche du même docteur Al-Senoussy, dont voici les paroles :

« Voici, dit-il, ce qui m'a été rapporté par le saint, le très savant cheikh cidi-Saïd Ibn-Abd'el-Hamêd al- Kasnoûny, dans sa maison sise dans TWanchéris; or vous saurez que c'était l'un des anciens compagnons de notre cheikh. Un jour, me dit-il, qu'il faisait très chaud, étant entré chez le cheikh Lahsen, je le trouvai en proie à une fatigue plus qu'ordinaire et le corps inondé de sueuf . Il me dit : — Savez-vous d'où me vient cette grande fatigue? — Non, seigneur, lui répondis-je. — J'étais, ajouta-t-il, assis tranquillement ici dans l'endroit où vous me voyez, lorsque Satan est entré chez

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moi en personne et sous la forme qui lui est propre. A sa \ue, je me suis levé de ma place pour aller vers lui, alors il s'est mis h fuir devant moi ; j'ai couru après lui, en l'appelant à la prière ; mais il a continué a fuir devant moi en lâchant des vents, selon ce qui est dit dans le Hadit/i, et il a fini par disparaître à mes yeux; maintenant, vous le voyez, c'est à peine si je suis de retour de sa poursuite.

« Un trait non moins merveilleux a 6té raconté par le même Al-Senoussy. Le voici :

« Quand le cheikh Lahsen revint de l'Orient, ayant trouvé le village d'Al-Djâmeah, patrie de ses ancêtres, entièrement détruit, il alla fixer sa demeure dans la ville de Tlemcen. Puis, toute réflexion faite, il se décida à retourner dans le village en question, dans le dessein d'en relever les ruines et d*y établir son séjour. « Je me mis donc en route, ce sont ses propres paroles, et arrivé sur les lieux, je m'assis en présence de ces tristes vestiges du passé, et je repassai dans mon esprit les événements terribles qui avaient amené la destruction du village et avaient contraint les habitants à abandonner le lieu qui les avait vus naître. Or, pendant que j'étais plongé dans ces douloureuses réflexions, voilà que je vois arriver un chien, qui vint s'installer non loin de moi, portant dans son regard et dans toute son attitude l'expression de la plus profonde tristesse et paraissant aussi arfligé que moi. A la vue de ces ruines, je me disais en moi-même : « Est-il possible que Ton voie un jour ce malheureux village restauré ? Sortira-t-il jamais de ses ruines pour être de nouveau habité ? * O prodige ! alors le chien qui était devant moi, levant la tête, médit dans un langage très clair et d'une voix très intelligible: «Jusqu'au jour delà résurrection générale, oui, ce village sera en ruines et restera inhabité. » Ayant entendu avec terreur ces paroles qui s'adressaient à moi, je pris le parti de revenir à Tlemcen.

« A la suite de ce récit, Al-Scnoussy fait cette remarque : Nous avons entendu, moi et mon frère cidi Aly, raconter le même fait au fils du cheikh Al-Hadji- Ibrahim Ibn-Reddak, dont les paroles m'ont été répétées par cidi Aly dans ces derniers temps, vu que je les avais oubliées et que mon frère utérin a la mémoire plus solide que la mienne.

« Autre anecdote merveilleuse. La scène se passe dans la citadelle de Tunis, où le sultan Mohammed, fils d'Abou-Teschifin, roi détrôné deTlemcen, était détenu comme prisonnier d'Etat avec Tun de ses anciens vizirs. C'est cidi Ahmed ben-Yaâkoub, le vizir en question, qui raconte le fait.

« J'avais, dit-il, été enlevé par le sultan Abou-Fâres et îe me trouvais renfermé dans les cachots de Tunis en compagnie de mon ancien maitre Mouley-Mohammed Ibn-Teschifin et de notre secrétaire en chef. Parmi les cheikhs dont j'avais plusieurs fois imploré l'assistance dans ma triste position, étaient cidi Lahsen et le cheikh Al-Médiouny. Or, une nuit, pendant que j'étais à dormir, voilà que je vis arriver auprès de moi cidi Lahsen, qui me fit sortir do prison et me conduisit en présence du sultan Abou-Fâres. Je me trouvais ainsi devant le sultan, et je vis siégeant à côté de lui un tel et un tel que je reconnus facilement. Le cheikh dit au sultan Abou-Fâres en me désignant : « Qu'avez-vous à faire, Seigneur, avec cet homme-ci? Donnez-lui la liberté, w A quoi le sultan répondit : Je le veux bien. Lorsque le sommeil me quitta et que je fus réveillé, je dis au sultan Mohammed: « Aujourd'hui même je serai rendu à la liberté. — D'où peut te venir, me répondit-il , un si grand bonheur? — C'est le cheikh Lahsen, lui dis-je, qui est l'auteur de madéUvrance.» Je lui racontai alors mon songe, après quoi il me dit : Puisse le recours que tu as eu à l'assistance du cheikh te servir et être le gage d'une autre délivranco ! En effet, le jour était à peine

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levé, que j'entendis crier après moi : Où est le fils du vizir Abd'el-Wadite ? A cet appel je sortis et fut conduit devant le sultan Abou-Fares. Je le trouvai assis sur son trône, comme je l'avais vu pendant mon sommeil, et entouré des personnes que j'avais aperçues en songe. Il me dit : C'est le cheikh cidi Lahsen qui te donne la liberté. Hier, je Tai vu et il t'a mené en ma présence dans les conditions où je te vois.

« Autres faits extraordinaires se rapportant à Tépoque du siège de Tlomcen par le sultan Abou-Pâres.

« Voici, dit le cheikh Al-Senoussy ce qui m'a été raconté par mon frère cidi Aly. « La ville de Tlemcen se trouvait assiégée par le sultan hafsido Abou-Fares, et la place était défendue par le sultan Ibn-Abou-Teschifin, ainsi que par les armes des habitants. Abou-Fâres, contrarié par la résistance opiniâtre des assiégés, en avait conçu un très grand dépit. Il pressa le siège plus que jamais et jura que si on ne lui ouvrait pas les portes de la ville (lès le lendemain, il livrerait Tlemcen au pillage pendant trois jours. Il réduisit donc les habitants h la dernière extrémité, les jeta dans la pénurie de toutes les choses nécessaires à la vie^ abolit toutes les communications avec le dehors, ot il se déclara une si grande misère parmi les assiégés, que l'on vît apporter au marché des vivres des morceaux de peau ou de cuir ; il faut en dire autant des flèches et des projectiles qui manquèrent aux combattants. Un jour on entendit même de Tessalah (1) le bruit causé par une pierre lan • céo sur la ville. A ce récit le cheikh Al-Senoussy ajoute les renseignements suivants : Voici, dit- il, ce qui m'a été rapporté,à propos de ce siège, par un homme vertueux (lomesamis, lequel se trouvait, lorsque la chose arriva,

(1) Tessalah, ville et montagne à Imil lieues environ au Sud d'Oran, et h peu près i\ la m6nie dislance à l'Est de la ville de Tlemcen.

dans la mosquée do la rue Maasouf. Une fois le sultan lança sur nous une pierre si énorme, que le bruit qu'elle fît à nos oreilles fut pareil à un grand éclat de tonnerre. Quelques-uns de nous se jetèrent la face contre terre et se mirent à répéter ces paroles : Gloire, gloire à Celui dont la louange est proclamée par la voix du tonnerre ! Gloire à Celui en présence de qui tremblent les Esprits célestes! A la vue de ces maux, les assiégés persuadés que si le blocus continuait, ils finiraient par être pris et tous exterminés, s'adressèrent aux savants et aux professeurs qui se trouvaient dans la ville et leur demandèrent de leur donner leurs enfants munis de leurs tablettes, afin d'aller avec eux implorer la clémence du sultan Abou- Fâres en faveur des malheureux habitants de la ville. C'est alors que le cheikh cidi Abd'el-Rahman Al-Senoussy et le cheikh Ibn-Abd'el-Aziz se rendirent auprès du cheikh cidi Lahsen, et le prièrent de sortir avec eux pour aller intercéder auprès du sultan, mais cidi Lahsen ne voulut point accéder à leur désir, et, malgré leur insistance, il persista dans son refus. Comme ils revenaient à la charge, il finit par leur dire : En vérité, vous insistez comme s'il n'y avait personne autre au monde pour nous secourir que cet Abou-Fàres. Non, je no me rendrai point auprès de lui : je veux que Dieu seul soit juge entre lui et moi. Telle fut en ces termes, ou à peu près la réponse qu'il leur fit en dernier lieu. Sur ces entrefaites, le sultan Abou-Fares eut un songe des plus terribles au sujet de son armée : il vit arriver devant lui une foule d'amis de Dieu, c'est-à-dire les saints protecteurs de la ville de Tlemcen, entre autres le grand saint Abou-Médien qu'il reconnut parfaitement et le cheikh cidi Lahsen. L'un dispersa les deux tiers de l'armée du sultan ; l'autre mit en déroute le dernier tiers. On tient de la bouche d'un autre saint homme, que cette même nuit, il avait vu aussi en songe le cheikh cidi Lahsen qui tenait dans sa main un grand sabre et ne faisait que

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