RÈGNE DU SULTAN ABOU-ABD*ALLAII MOHAMMED
dans la Médarsah de cidi Abou-Médien (1). Toutefois, Gomme ces publications ne se trouvent point dans les mains de tout le monde, et que le lecteur curieux a souvent de la peine à se les procurer^ nous résumerons ici les principaux faits qu'elles relatent, en y ajoutant ceux que nous avons découverts dans nos propres re* cherches ou que nous avons rencontrés dans nos lectures. Le cheikh Mohammed Ibn-cidi Youssouf Ibn-Âmer Ibn-Choaib el-Senoussy al-Hassany, originaire de la tribu berbère des Beni-Snous par son père , et de Hassan ills d'Aly, fils d'Abou-Tâleb par la mère de son père (2) naquit, à Tlemcen, en 832 de Thégire (1428 do J.-C.) sous le règne du sultan Abou'l-Abbès Ahmed, fils d'Abou-Hammou IL D'après le cheikh Al-Mellâly, l'un de ses plus anciens disciples et son biographe, Al-Senoussy fit ses premières études sous la direction de son père, le pieux docteur Abou-Yaàkoub Youssouf , du cheikh Al-Nâcer al-Zouàwy et du célèbre Lahsen al-Abarkân. Plus tard, il étudia successivement sous les maitres les plus renommés de cette époque, le calcul^ le partage des successions, Tastrolabe, la logique, les principes de la religion et la théologie, ainsi que les traditions maho-* métanes, pour renseignement desquelles il reçut un diplôme de licence de son professeur, l'iman Al-Thaâleby. Il fut initié à la hiérarchie des SouQs par le
(i) Le document en question est extrait d'un manuscrit arabe de la Bibliothèque d'Alger^ qui contient plusieurs traités ou fragments de traités sur diverses matières.
(2; L'auteur du Bostan dit simplement par sa mère. Nous avons suivi Topinion de Tauteur du Takmilet ol-dibadj^ qui nous parait plus exacte, parce qu^elle repose sur le témoignage et l'autorité de l'un des plus anciens disciples du cheikh al-Senoussy lui-même, le cheikh Mohammed Omar al-Mellâly, qui a écrit la biographie do son maitre. La Bibliothèque d'Alger possède sous le n^ 1066 un bel exemplaire de cet ouvrage, qui porte le titre de Al-Mawà' hib al'k&ddousiyah fifl-Menâkcb al'Senoussiyahy les Dons très saints relatifs aux vertus du docteur AUSenoussy. Manuscrit in-4<^ de 354 pages.
grand-maître de l'ordre, le cid Ibrahim al-Têzy, lequel lui fit prendre le froc, après lui avoir enseigné la règle des Soufis, la doctrine, les cérémonies, les prières, les usages et les devoirs attachés à cette profession. Il l'initia à l'ordre, en lui crachant dans la bouche, pour lui communiquer la pureté des mœurn, la foi, la ferveur et l'abnégation, vertus propres aux Soufis (1). Ce pieux accoutrement, ce modeste froc de laine qui, aux yeux des Musulmans, rend un homme sacré et le sépare du profane vulgaire, cetextérieur,cetairgraveet recueilli que lui commandait sa profession, tout cola, disons-nous, joint à ce renom de savoir qui commençait à rayonner autour de lui, lui attirait les regards de tous ceux qui le rencontraient et leur inspirait pour sa personne une profonde vénération; les enfants eux-mêmes accouraient sur son passage pour le saluer et baiser avec respect le pan de son pauvre manteau ou do sa robe déchirée (2). Ami de l'étude, de la retraite et de la mortification, sa seule préoccupation était de vivre pauvre et ignoré ; sa dévotion et son détachement des choses de ce monde étaient connus de tout le monde. Le sultan Ahmed, qui aimait les gens dévots et adonnés à la science, ayant appris l'état misérable dans lequel se trouvait notre cheikh, lui lit offrir les revenus de la médarsah qu'avait dirigée pendant plusieurs années le docteur Lahsenal-Abarkân, mais le cheikh refusa. Comme on fit de nouvelles instances, ils'excusa dans une longue épître, mais, à la fin, il ne put s'empêcher d'accepter et de remercier son bienfaiteur. Le cheikh Al-Senoussy avait de bonne heure voué
(1) Cherbonnoau, Documents inédils^ Es-Scnoussy, son carac' ière et ses écrits. Journal asiatique, février 18j4, p. 176.
(2) Les Arabes donnent au froc que portent les Soufis le nom de Khircah : c'est un manteau ou plutôt une tunique confectionnée avec desloques do diverses couleurs et cousues ensemble. Elle est, par conséquent, toute bariolée et ressemble bien mieux à un habit d'arlequin qu'à un vêtement religieux.
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sa carrière à renseignement, désirant répandre autour de lui le trésor de ses lumières . En dehors des heures qu'il consacrait à ses leçons, à Tinstruction de ses élèves, aux conférences qu'il faisait devant un auditoire choisi et distingué, il partageait son temps utilement entre les obligations imposées par la religion et les devoirs exigés par les soins de sa famille. Voici les détails que nous donne sur ce point son disciple favori, le cheikh Bel-Kassem al-Zouâwy.
« Voici, dit-il, ce qui m'a été raconté par l'épouse de notre vénéré cheikh. Au début de sa profession religieuse, le cheikh se levait la nuit et, regardant le ciel, il s'écriait : O Saïd ! Comment pourrais-tu dormir, considérant les terribles menaces de Dieu ? Si par hasard il venait à se rendormir, à son réveil , il se condamnait ce jour-là à un jeûne absolu. Lors donc qu'il lui arrivait de s'éveiller, il passait le reste de la nuit sans dormir jusqu'au point du jour, c'est-à-dire jusqu'à l'heure où doit se faire la prière de l'aube {al'fedjer). Après cela, il sortait et, s'arrêtant sur le seuil de la porte de son logis, il passait quelques instants à causer avec le monde. Ensuite rentrant dans la mosquée il s'acquittait de la prière du Doha (vers neuf heures) et récitait une dizaine deift'zb, après quoi il se remettait à lire, ce qui se prolongeait jusqu'à l'heure et à la prière de midi {alzawal)^ surtout lorsque les journées étaient devenues courtes, mais quand elles étaient longues (comme cela a lieu pondant l'été), il passait son temps à lire et à étudier. Après avoir fait la prière du milieu du jour, il avait l'habitude do sortir de la mosquée ponrse retirer dans des endroits solitaires, d'où il ne revenait que vers le coucher du soleil, ou bien il se rendait dans la mosquée pour y faire la prière {al-dhohr) avec l'assemblée des fidèles, et, après avoir récité quelques oraisons surérogatoires , il se mettait à lire jusqu'au moment de VAsr (prière obligatoire qui se fait dans Ta-
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près-midi vers trois heures), ou bien après la prière cM-^ r A«r, il retournait à sa maison et se mettait à récite^ ^ son office jusqu'au coucher du soleil. Après cela, il srendait de nouveau dans la mosquée pour procéder à 1 prière du soir {aUmaghreb). Ce devoir rempli, il restai dans le lieu saint et récitait encoresixHirb ou sections d livre de Dieu. C'est là qu'il s'acquittait aussi de la prière qui se fait à l'entrée de la nuit (aZ-âc/ia),et,après avoir fait encore quelques pieuses lectures, il s'en retournait chez lui. A peine avait-il dormi une heure ou deux qu'il se levait pour copier des li\Tes ou pour se livrer à la lecture. En attendant le lever de l'aurore, il passait le reste de la nuit à prier, à louer Dieu, à lire ou à méditer. »
On a remarqué aussi qu'après la prière du malin et celle de VAsVy il n'aimait point à parler. « Telle était, ajoute le même biographe, la manière dont il partagea son temps jusqu'à sa dernière maladie. » Quant à ses actes de mortification et à sa tempérance, voici ce que rapporte le cheikh Bel-Kâssem, l'un de ses disciples les plus anciens : « Mohammed al-Senoussy, mon vénéré maitre, dit-il, jeûnait ordinairement do deux jours Tun, et cela, à l'imitation du saint roi David (à qui soit le salut !). Le soir venu, il rompait le jeûne avec fort peu de nourriture, ne s'enquérant jamais delà nature ou do la qualité des aliments qu'on lui donnait à manger. 11 lui arriva plus d'une fois de rester trois journées entières sans boire ni manger. Si on lui apportait à manger, il mangeait ; si on oubliait de lui apjjorter de la nourriture, il restait à jcûn. Souvent la journée s'était presque entièrement écoulée qu'il n'avait encore rien pris. Les personnes de su famille, pleines de sollicitude pour lui, lui demandèrent un jour s'il était à jeun : a Tranquillisez'vous, leur répondit-il, je ne suis point à jeun, ni je n'ai déjeuné. — Pourquoi, lui répliqua-t-on, n'avezvous rien dit? » A cela il se contenta de répondre par
un doux sourire. Pour achever ce tableau de mœurs et de vie intimes qu'il nous soit permis d'y ajouter encore quelques traits curieux et caractéristiques empruntés à ses pieux biographes.
Sa physionomie était loin d'être gaie ; outre la gravité qu'elle présentait, elle portait aussi Tempreinte de la tristesse ou de la douleur; elle reflétait chez lui la terreur que lui causaient la considération des jugements de Dieu et le souvenir de Tenfer dont il avait vu, dit-on, les tourments dans Tun de ses songes mystérieux. Ce sentiment de crainte, qui dominait son âme ot l'accompagnait partout, exerçait une certaine influence sur ses actes extérieurs, sur le ton de sa voix qui était toujours bas et modeste, sur ses yeux qu'il tenait ordinairement baissés, sur sa démarche qui paraissait timide et souvent embarrassée, ce qui faisait qu'il fuyait le monde, qu'il évitait les assemblées, et qu'il se privait même quelquefois de se rendre dans les mosquées, quand les fctes et les solennités de la religion y réunissaient une grande foule. Néanmoins il échappait quelquefois à ces influences inspirées par la superstition ou par de vaines terreurs, et, obéissant peutêtre aux tendances naturelles de son esprit, aux dispositions spontanées de son caractère, qui était probablement porté à la joie et à la gaîté, il se mêlait, en dehors des relations obliiJrées et pour ainsi dire officielles, à la société de quelques-uns de ses disciples qu'il aimait le phi s. On le voyait alors saluer le monde, donner des poignées de mains à ceux qu'il connaissait ou qu'il rencontrait sur son passage ; il permettait même qu'on lui vint baiser la main.
K Du reste, dit un de ses bio^crraphes, le cheikh ne cherchait point à se distini^^ucr, |)ar quoi que ce soit dans son extérieur, du commun des fidèles, car il s'habillait comme tout le monde, et son costume, simple et mo-
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deste, était tel que celui que Ton porte encore de nos jours (1). »
Malgré les soins qu'il donnait à ses élèves et la prép€U*ation qu'exigeaient ses leçons et ses savantes conférences, malgré les longues heures qu'il destinait à ses prières et à ses actes de dévotion, il trouvait encore le temps de travailler pour les absents et pour la postérité, en composant des ouvrages dont tous les Musulmans reconnaissent Timportance et Futilité . Le nombre en est assez considérable, puisque, d'après le cid Mohammed al-Mellâly, il s'élevait à quarante-cinq.
Au premier rang de ces ouvrages, dont la plus grande partie comprend des commentaires sur des auteurs classiques bien connus, il convient de placer les cinq traités théologiques, qu'il intitula Al-Hakidah, les articles de la foi, ou si Ton aime mieux, le symbole de la foi musulmane.
On trouvera ailleurs la Uste de tous ces traités ou commentaires (2). Mais nous ne pouvons nous dispenser de dire ici un mot de ces derniers, car ils sont les plus importants et de beaucoup supérieurs, du reste, à tous les ouvrages du môme genre, qui avaient été composés jusque-là.
« Chacun de ces livres, dit M. Ch. Brosselard qui en a fait une étude spéciale et approfondie, est une sorte de catéchisme raisonné, l'exposé substantiel et la doctrine qui a pour fondement la formule dogmatique : Il
(1)11 parait que dans ses vieux jours le vénérable cheikh s'était débarrassé de son froc de Soufi.
(2) Journal asiatique. Cahier de fc^vrier, p. 177 et d'octobrcnovembro 1854, p. 109. Charles Brosselard, Revue Africaine, cahier d'avril 1859, p. 215. Du reste, ce catalogue qui a été dressé d'après les indications fournies par Al-Mellàly dans sa biographie d'Al-Senoussy ; par l'auteur du Bostan et par le cheikh Ahmed Baba al-Soudàny dans son Takmilet eUdibadj, restera incomplet tant que l'on aura pas recueilli les felwa, les ôpitres, les annotations, et les prédications que l'on attribue au docteur Al-Senoussy.
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n'y a de dieu qu'Allah ; Mahommed est Tapôtre d'Allah (1).
Al-Senoussy les appela suivant Tordre dans lequel il les avait composés, ou plutôt, comme Ta pensé M. Cherbonneau, suivant les dimensions de chacun de ces traités.
1® Al'Hakidah al-Kobrâj TArticle de foi le Majeur. L'auteur Ta accompagné d'un long commentaire; le tout en 20 cahiers. Ce fut le premier essai d'Al-Senoussy dans le Tauhid ou science de Tunitéisme. La Bibliothèque nationale possèdecinq exemplaires de IsiHakidah aUKobrâ du docteur Al- Senoussy avec son commentaire (suppl. 1876, 1870 et ancien fonds 307.)
D'après l'auteur du Bostarty la Hakidah al-Kobrâ seule comprenait dix feuilles du format in-4®.
Le commentaire dont l'auteur accompagne la grande Hakidah est intitulé : Omdat ahl eUtaufik ouel-tasdid fy charh hakidat ahlel-tauhid, Le soutien de ceux qui jouissent de la grâce de Dieu et de la bonne direction, ou explication de la profession de foi des Unitaires. Il se composait de treize cahiers in-4". Il existe à la Bibliothèque Nationale quatre exemplaires de la Omdah (suppl. 1870, 1876, 246 et 247).
2° Al'Hakidah ai-oitsfa^ TArticle de foi de moyenne grandeur. Ce traité est accompagné d'un commentaire. Il se compose de 13 cahiers.
3" Al'Hakidah aUsoghra^ la Mineure ou le petit article de foi. Elle est suivie d'un commentaire comme les deux précédentes; mais elle ne contient que six cahiers. « Ce livre, dit Ahmed Baba, n'a pas son pareil ; il est le chef-d'œuvre d'Al-Senoussy. « L'auteur lui-même, ajoute-t-il, affirme dans les premières lignes de son commentaire,qu'il peut remplacer toutes les autres Ha/iidah. »
« Un homme, dit le même biographe, a raconté le trait
(1) Revue Africaine, cahier de juillet 1861. p. 259.
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suivant : « Je venais, dit-il, de perdre un de mas parents, qui était du nombre des hommes vertueux. Je Je vis en songe après sa mort, et je lui demandai des nouvelles de son état : « Je suis entré en paradis, me répondit-il, et j'y ai vu mon seigneur Abraham, Tami de Dieu, occupé à faire lire les enfants; oui, je lai vu qui leur faisaitlire laifafeida/id'Al-Senoussy, qu'ils avaienteopiée sur leurs tablettes et qu'ils avaient étudiée comme leçon. »
La bibliothèque Nationale possède un exemplaire de la Hakidah eUSoghra (ancien fonds, n° 526).
Cidi Mohammed en a fait le plus grand éloge dans une pièce de vers de sa composition.
4* Une Hakidah abrégée, par conséquent plus petite que \dL Hakidah al'Soghra] elle est accompagnée d'un commentaire qui abonde en renseignements utiles et en notes explicatives de toutes sortes.
La Bibliothèque nationale possède plusieurs exemplaires de cette Hakidah^ l'un entre autres dans un manuscrit du xiv* siècle (supplément arabe, n*^ 302.Colbert, 3915).Ce volume contient quatre ouvrages dont la Hafeidah occupe la première place. 11 est ainsi indiqué : Preces Muhamedanoimm variœ. Caractère mauritanico. Cod.39i5. Volume de 83 feuillets. 5 sept. 1872. On y lit cette note: Hic liber manuscrlptus arabicus charactere mauritanico exaratus varias preces Mahomettanorum continet] quœ ad cachinnos potius quam ad pietatem erga Deum audieniium animos movent, in-4", Joseph Ascari, 1735. Le titre arabe est : Kitêb el-Hakidah el-sagliirah^ etc., Livre de la petite Hakidah^ par le cheikh Al-Senoussy. Le texte est ponctué et après un court préambule il commence par ces mots:E/itam ennaV hokmaVhaqalîaienhacerofy thelathatiaqsàniinal-oudjoubo, etc.. Sache que le devoir de l'intelligence comprend trois choses, etc. ; 2^^ Manuscrit arabe (supplément 1870, folio 90); 3°M. arab.(suppl. 1875, folios 204 et 208 et suppl. 1808, fol. 82). Cette Hnkidah contient la
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démonstration logique des deux articles de la foi mu-^ sulmane: Il n'y a de dieu qu'Allah ; Mahomet est Tapôtre d'Allah. Al-Senoussy expose dans ce traité qui est en deux cahiers, les attributs de Dieu et les qualités du prophète que tout bon musulman doit reconnaître et professer. (Supplément arabe n** 1875.) Nous sommes portés à croire que ce dernier traité, quoique portant dans le manuscrit de la Bibliothèque Nationale le titre de la Hakidah al-Saghirah^ n'est rien autre que la fameuse Hakidah aZ-Sog/ira, puisqu'elle explique comme celle-ci les deux articles de la foi musulmane, Tunité de Dieu et la mission de Mahomet.
5* AUMokaddemahj les Prémisses, ou les Prolépromènes. C'est un traité destiné à être placé comme discours préliminaire en tête delà. IlakidahaUSoghra. Al- Senoussy Ta accompagné, comme toutes les autres, d'un commentaire en cinq cahiers. Outre ces cinqHafeida/i, le cheikh Al-Mellâly en cite une sixième dans laquelle Al-Senoussy expose des arguments décisifs contre ceux qui admettent l'influence des causes accidentelles, traité qu'il adressa à un saint homme de ses amis.
D'après les indications du catalogue des manuscrits arabes de la Bibliothèque Nationale, on doit lui attribuer encore les trois autres traités théologiques suivants. Le premier commence par ces mots : Al-hokmo athbato amrin aou aafihi ; Le précepte, c'est l'affirmation d'un ordre quelconque ou sa négation (Ancien fonds, 526, folio 30 et supplément 1875, et ancien fonds 336, fol. 3).
Le second commence par ces mots : Ehlam enna Maulâna djalla oua azza wàdjebo'l-oudjoubi ouelki dami ou el^bekâi, Saclie que notre Maitre (Dieu) est nécessairement existant par lui-même, éternel et mimortel(Suppl. 1876).
Le troisième roule sur le môme sujet que le précédent. Il commence par ces mots: Ehlam enna Maulànawàdjebo Voudjoudi oua iestahil Cilêihi dhiddohou. Sache
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que notre maître existe de soi-même et que le contraire est absurde, etc. (Suppl. 1876).
Tous ces traités où sont exposés les mêmes points de doctrine, l'unité de Dieu Al-Taukid (1), la mission
(1) A propos de ces deux articles du symbole de foi musulman nous ne pouvons nous empêcher de présenter ici quelques observations.
io Tous les théologiens, aussi bien les Chrétiens que les Musulmans, admettent le Tauhid ou Tunitéisme ; seulement il s*agit de s'entendre sur le sens de ce mot, sur la notion et la nature de cette unité. Le Soufisme comprend par cette unité une essence unique et nécessaire qui absorbe tous les êtres hors de laquelle rien n'existe, qui exclue toute autre réalité ; c'est le panthéisme universel ou plutôt le boudhisme introduit dans l'Islam. Al-Senoussy, en sa qualité et profession de Soufi ou d'illuminé, devait admettre cette conception de Tunité de l'essence divine et, par conséquent, se considérer comme une portion du grand Tout, comme un rayon émané de la lumière éternelle destiné à se confondre un jour dans son foyer, à disparaître dans l'océan de l'infini. Ce système de croyance donne la clef de la vie mortifiée de notre docteur, des tendances sévères de son esprit, de son goût pour la retraite et l'isolement : les Boudhistes ne font pas autrement pour atteindre leur un, qui est le A'irnvana, ou leur absorption dans le grand Tout. Du reste, la dévotion soufique n'est pas, comme on a bien voulu le dire, sœur do la dévotion chrétienne, qui consiste à aimer Dieu et son prochain, qui est une gravitation vers l'Être suprême, et inspire le détachement de tout ce qui n'est pas lui, mais la tendance de l'àme à s'unir au grand Tout et à se confondre dans l'essence divine dont elle croit faire partie et être une émanation. C'est le suprême orgueil de l'esprit humain, l'erreur la plus opposée à la raison et au bon sens. Infatué de cette fausse idée touchant l'unitéisme, Al-Senoussy ne craint pas d'attaquer le dogme chrétien qui admet un seul Dieu en trois personnes. Pour que les raisonnements et les objections qu'il oppose à colle croyance, eussent quelque valeur, il lui faudrait démontrer que l'essence divine quoique une, ne peut pas comprendre trois substances distinctes et divines comme elle, ce qu'il n'a pas fait, et ce que l'on défie tout philosophe ou théologien hétérodoxe de faire.
2° Quant au second article de foi, la mission divine de Mahomet que les Chrétiens ne reconnaissent point, voici le beau raisonnement par lequel il prétend les confondre. « Les Jésuites, dit-il (a/yssawiyah (c'est ainsi qu'il désigne les Chrétiens), admettent avec nous que N. S. Mohammed a été envoyé de Dieu, mais seulement aux Arabes ; s'il a été vraiment l'envoyé de Dieu, il n'a pu que dire la