RÈGNE DU SULTAN AROU-ÂLD' ALLAH MOHAMMED
de Mahomet et Tobligation de croire à ces deux dogmes, sont accompagnés d'un commentaire plus ou moins long, composé par l'auteur lui-même et qui en est comme le complément nécessaire et indispensable. « Ils sont considérés comme des œuvres de premier ordre, dit M. Ch. Brosselard, que l'on n'a jamais surpassées, et continuent depuis près de quatre siècles de défrayer renseignement théologique dans les écoles. Mais le plus important et celui qui passe pour être le chef-d'œuvre du maître, est, comme nous Tavons dit plus haut, la Ilakidah ai-Sog/ira, le Petit article de foi, qui sert de base à l'enseignement de la théologie dans les medarsas de l'Algérie et notamment dans celle de cidi Al-Kettâny à Constantine (1). »
(c Tous les biographes du cheikh Al-Senoussy, ajoute M.Brossalard, conviennent que, de son temps, personne ne l'égala dans la connaissance de la théologie musulmane, comme le prouvent, du reste, les ouvrages dont nous venons de faire la nomenclature ; il n'en était pas moins versé dans les autres branches des connaissances humaines : philosophie, mathématiques, astronomie, médecine,jurisprudence et littérature ; aucune des sciences en honneur dans les écoles de son temps, ne lui était étrangère, et « il les possédait à un tel degré, dit un de ses disciples, le cheikh Al-Mellâly, que lorsque il se
vérité ; or il a affirmé qu'il était l'apôtre do Dieu pour toutes les nations et qu'il a élé envoyé à l'homme rouge aussi bien qu'à l'homme noir. Donc, conclue-t-il, les Chrétiens se contredisent, quand, d'une part, ils lui reconnaissent la qualité de prophète, et que, do l'autre, ils nient sa mission divine à l'égard de tous les habitants de la terre. Puisque notre théologien emploie volontiers le syllogisme quand il réfute ses adversaires, on pourrait lui répondre simplement par ces deux mots: Nego Majorem. Où a-t-il donc vu que les Chrétiens admettent la mission de Mahomet en faveur de qui que ce soit ? Faut-il ici taxer le docteur mahométan d'iguofance ou d'imposture?
(1) Voir Journal AsiatiquCf n*» d'octobre-novembre 1854, p. 443.
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mettait à traiter une question ou à enseigner une branche quelconque de la science, on était tente de croire qu'il n'avait guère étudié que celle-là, tant il faisait preuve de savoir et d'érudition (1). Le cheikh Al-Senoussy mourut a Tlemcen un dimanche, le 12, selon les uns, le 18, selon les autres, de djomâda II de Tan 895 de Thégire (en mai 1490 de J.-C), à Tâge de 63 ans d'après le calendrier musulman, et à celui de 61, si Ton s'enrapporte au calendrier Grégorien ou aux années solaires. La légende porte qu'au moment où le cheikh rendit le dernier soupir, il s'exhala de son corps une odeur de musc qui embauma tous les assistants. Il fut enseveli hors de l'enceinte de la ville, dans le grand cimetière musulman, à droite du chemin qui conduit à Hubbed, où Ton voit encore de nos jours son tombeau (2). »
M. Ch. Brosselard, qui, dans un but scientifique, visita plusieurs fois ce monument pendant qu'il administrait la sous-préfecture de Tlemcen, en a donné une curieuse et exacte description et publié les inscriptions dont il est orné, dansla, Revue Africaine {n° d'avril 1859, p. 207). Il nous apprend que sous le même toit et à côté du catafalque d'Al-Senoussy rei)()sent aussi les cendres de son frère utérin, le clieikli Aly al-Talloûty, qui le précéda de quatre mois seulement dans la tombe. Outre cette chapelle sépulcrale, deux monuments élevés dans l'intérieur de la Tille perpétuent la mémoire et la renommée de cidi Al-Senoussy. Ce sont deux mosquées
(1) Aboul-IIassan MohaniTTicd al-Mellàly dans son Kitêb altnaou'àhiih el-kaddoussiyah, ouvrage cité par le cheikh Mohammed surnommé al'Satjhi)', lePetil, dans la ^'U^se dont il a accompagné un traité d'Al-Scnoussy intitulé: J)hat cl-berâhin. Cette indication est tirée d'une courte notice biographiijue sur Al-Senoussy, que le copiste de notre manuscrit a placée à la suite du titre du commentaire de la Grande hahidak,
(•?) Lorsque, en \S\{j, je fus visiter la chapelle sépulcrale de cidi Bou-Médin à Hubbed, on me montra le tombeau d'Al-Seiioii^sy, qui se trouvait sur mon passage.
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qui portent son nom et qui sont en grande vénération parmi les Musulmans, car le cheikh a toujous été considéré non seulement comme un savant théologien, mais aussi comme un grand saint. L'une de ces mosquées est située à Tcntréo de la cité appelée Derb-e/- Messoufah, l'autre dans le quartier dos Deni-Djevilah. La première qui paraît être la plus ancienne, est celle où, d'après la tradition, cidi Al-Senoussy allait faire ses prières et dévotions quotidiennes et dans laquelle il réunissait ses auditeurs. L'autre passe pour avoir été bâtie sur remplacement de la maison même où le cheikh était né. Elles contiennent toutes deux des inscriptions qui désignent les habous ou fondations pieuses destinées à subvenir aux frais du culte dans ces mosquées. On doit à M. Brosselard la description de ces deux monuments, ainsi que la publication et Tinterprétation des textes en question (1).
3* Cidi xMohammed ben-Ahd'Allah ben-Abd^al-Djalil al-Tenessy al-Tlemcêny.
Après le nom du cheikh Al-Senoussy vient naturellement celui du docteur Al-Tcnessy, car ils vécurent à la même époque et dans les mêmes murs, sinon sous le même toit; ils brillèrent tous les deux d'un grand éclat, mais à divers titres et avec des goûts qui no se ressemblaient guère. Al-Tencssy n'était ni soufî comme son contemporain, ni môme dévot comme le commun des fidèles ; il est même permis de croire qu'il était tant soit peu mondain, si Ton enjuge par les chansons erotiques et profanes, par certaines licences et joyeusetés dont il a enjolivé certains chapitres de ses ouvrages (2).
Attaché par ses fonctions à la cour du roi de Tlomcen, il avait toutes les qualités d'un habile courtisan.
(1) Voir dans la Revue Africaine^ le ii^ d'avril 1859 et les n^" de juillet et do septembre i%\.
(?) Notamment les chapitres IV et VII du «lualri^me livre de son Collier do itcvlcs vt cVov rii'rtjc.
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Du reste, son instruction était aussi solide que variée ; elle embrassait toutes les connaissances qui mènent aux honneurs et à la considération ; il avait étudié la jurisprudence, science inséparable^ chez les Musulmans, de celle de la théologie et de la religion, mais son goût particulier le portait à cultiver de préférence l'histoire, la poésie et les belles-lettres, comme semble l'indiquer d'ailleurs, la nature des ouvrages qu'il a composés.
L'auteur du Dof^tan lui donne les qualifications d7tlustre al-/a/u/i, de Hafidh^ d'Homme lettré et ami de Vétude, « Il a été, ajoute-t-il, Tun des plus grands, des plus célèbres et des plus profonds savants de la ville de Tlemcen. Dans le Takm.ilet el-dibadj^ il est appelé 17mam de Ténès et on lui donne le surnom d'Al'Kàsry. Ces indications nous portent à croire qu'avant d'aller s'établir à Tlemcen, il avait exercé les fonctions de mufti et d'imam dans la mosquée de Ténès et qu'il avait reçu le jour dans un bourg des environs de cette ville qui se nommait Kasr ou Al-Kasr, le Château. FeuM. Cherbonneau, ancien professeur d'arabe à Constantine, a esquissé, il y a environ 35 ans, dans le Journal Asiatique (1), la notice du docteur Al-Tenessy d'après le Takmilet el'dibadj du cheikh Ahmed-Baba le Tomboctien (2). Les renseignements biographiques qu'il a puisés dans cet ouvrage ont été reproduits avec certains développements par un autre écrivain postérieur à l'auteur du Tahmilet el-dibadj, que l'auteur de la notice ne connaissait pas quand il a publié son travail, nous voulons parler de l'auteur du Bostan, qui écrivait en 1011 de l'hégire (1G02 de notre ère). Il nous paraît donc facile de compléter cette notice en y ajoutant certains détails omis par le premier de ces biogra-
(1) N® de novembre-décembre 1851, p. 586 et suivantes.
(2) Le cheikh Ahmed Baha florissait dans la seconde moitié du XVI« siècle.
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phes, mais pour abréger, nous nous contenterons de citer ici les ouvrages que le docteur ou Timam de Ténès nous a laissés et qui forment son plus beau titre à la gloire et au souvenir de la postérité ; ils se trouvent, d'ailleurs, entre nos mains et il ne dépend que de nous d'en tirer le plus grand profit. Le premier et le plus important, sans contredit, est connu sous le titre de : Le Collier de perles et (Vor vierge ou histoire de la dynastie des Beni'Zeiyan. Le second est un volume auquel on a donné le titre de Traité de l'orthographe^ le troisième est intitulé la Récréation des âmes. Le quatrième est un traité qui est désigné sous le nom de Longue réponse à la question des Juifs de Touat.
Le Collier de perles et d'or vierge a ét6 analysé avec beaucoup de précision et d'exactitude par feu M. Cherbonneau dans le Journal Asiatique (n** de novembre-décembre 1851), d'après un exemplaire qu'il avait trouvé à Constantine (1). L'ouvrage se partage en cinq livres, lesquels se subdivisent en chapitres. Le premier livre comprend sept chapitres : c'est le septième de ce livre intitulé : De la noblesse des Beni'Zeitjan^ qui m'a fourni le texte dont j'ai publié la traduction, il y a environ trente-quatre ans \^2). C'est, du reste, la partie de l'ouvrage la plus intéressante, car elle nous offre un résumé de l'histoire d'une dynastie qui a régné sur la plupart des contrées occupées aujour-
(!) C'est un in-folio de 574 pages copié dans le Maghreb en 1167 de l'hégire (1653-54 de J.-C.;. La Bibliothèque Nationale possède un exemplaire du môme ouvrage coté sous le n® 703, ancien fonds, mais en mauvais état et incomplet, car il n'en re.iferme guère que la moitié. Celui qui fait partie de ma collection se compose de 278 feuilles grand in-4o. Il a été copié sur un ancien manuscrit in-folio qui appartenait è feu le chérif Sy-Hammad el- Sekkal, fils de l'alfakih Ben-Aoudah, caid de Tlemcen, et il m'a été envoyé en 1846 par feu le général Cavaignac, alors gouverneur de Tlemcen.
(2) Histoire des Bcni-Zeiijayî, rois de Tlemcen, par Tiniam Al-Tenessy, Paris 1852.
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d'hui par nous dans le Nord de l'Afrique, pendant plus de 225 ans, savoir depuis l'an 637 de Thégire (1239 de J.-C.) jusqu'en 868 (146V), et que Tauteur a poussé son récit plus loin qu'aucun des historiens qui ont parlé des rois de Tlemcen à partir de la fin du VII !• siècle de Thé* gire, ce qui fait que Ton sera toujours forcé d'avoir recours à son autorité, quand il s'agira de savoir ce qui s'est passé dans ce pays entre la fin du VIII* et la seconde moitié du XV' siècle de Thégire, où s'arrête le récit d'Al-Tenessy : c'est un espace d'environ 80 ans. Seulement il est à regretter que l'auteur n'ait pu continuer ou pu achever, comme il s'était promis de le faire, le récit de ce règne.
L'auteur, qui vivait à la cour de ce prince, ami et protecteur des lettres et des savants, devait naturellement lui offrir un gage de sa reconnaissance et de son dévouement, en lui dédiant son œuvre et en la faisant paraître sous ses auspices ; c'est ce qu'il a fait dans une préface élégante et en prose cadencée, où il proclame l'éloge du sultan régnant et la noblesse de sa race qui tient du sang de Fathma, fille du prophète des Arabes. Qu'il me soit permis d'en citer ici quelques passages, ceux qui me paraissent les plus saillants et les plus propres à faire connaître le dessein de soi^ travail, et riiommage qu'il en fait à son souverain.
(( Comme je suis du nombre, dit-il, do ceux que le sultan comble de ses bienfaits, de ceux à qui il no cesse de prodiguer ses grâces et ses faveurs, soit en m'ornant de splendides vêtements, soit en m'abreuvant à des sources claires et limpides, je me crois obligé de me dévouer à son service, autant du moins que cela dépend de mes forces et do mes facultés. C'est dans ce but que je viens ici lui offrir une marchandise qui sera, je l'espère, bien achalundéo, Pourotre airroablc à Sa Majesté, j'ai misa contribution mon esprit et ma langue, et, afin de recueillir et de consiî^ncr par écrit tous les rensei-
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gnements qui intéressent son auguste personne, j'ai fait usage de mes yeux et de mes doigts, faisant, pour cela, tous les efforts dont je suis capable. Il est possible qu'en agissant ainsi je remplisse en partie le devoir que m'impose la reconnaissance, mais je suis bien convaincu quesi^ pour m'en acquitter comme il convient, et pour célébrer dignement les bienfaits de mon souverain, je pouvais emprunter au temps sa langue et prendre le vent pour hérault et pour interprète, c'est à peine si je parviendrais à faire la dixième partie de mon devoir.
« En conséquence, je me propose de composer, en l'honneur de mon généreux bienfaiteur (que Dieu lui accorde, à lui et à sa postérité, un règne éternel !), un ouvrage digne des rois et essentiellement littéraire, un livre qui fasse connaitre son illustre généalogie et celle de ses aïeux, où soient démontrées sa noblesse et Tillustration de sa race, aussi bien dans les temps modernes que dans la chaîne des siècles passés... Cette première partie de mon travail sera suivie d'un livre, qui traitera des qualités et des vertus qui doivent distinguer un roi et honorer son trône, de la conduite qui convient à un monarque; puis viendra une partie qui abondera en anecdotes curieuses, en conseils utiles et moraux, en paroles ingénieuses, en vers charmants et admirables, en bons mots, en réparties spirituelles et inattendues. L'ouvrage entier se terminera par des préceptes capables d'enlever la rouille des âmes, par des serments et des exhortations, capables d'arracher des larmes aux yeux. »
A la fin du volume se trouve un précis historique de l'origine du peuple arabe, que l'on fait remonter jusqu'à Adam^ en passant par Ismaël, fils d'Abraham, par le prophète Houd, qui le premier parla la langue arabe; enfin par les patriarches Arphaxad, Sem et Noé. Les derniers feuillets du livre contiennent un certain nombre (sept seulement) de poèmes sortis de la plume du sultan Abou-
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Hammou-Moussall. Ce recueil est fort incomplet, car dansThistoiredece prince par Abou-Zakaria Ibn-Khaldoun (manuscrit de ma collection), outre les sept dont il est ici question, on en cite huit autres, qui sont transcrits tout au long. Tous ces poèmes, à Tcxception de deux, ont pour sujet, comme le fameux fîorda/i, les louanges de Mahomet, qui se récitaient dans les mosquées, à Toccasiondc l'anniversaire de sa naissance, la nuit du 11 au 12 du mois de rebie P'.
Le second ouvrage que nous avons du docteur Al- Tenessy est connu, avons-nous dit, sous le titre de Al- Dhabth (rOrthographe). Les exemplaires en sont très rares en Afrique, et je doute qu'en Europe il s'en rencontre un autre que celui dont j'ai pu faire Tacquisition, il y a environ une quinzaine d'années : c'est ce qui m'engage à en dire ici quelques mots. Cet ouvrage se trouve désigné de deux manières différentes chez les biographes que nous avons sous les yeux. Dans le Takmilel el'Dibdidj il est nommé Djozë'oun fy'l-dhabthf une Partie ou un Volume sur TOrthograplie ; Tauteur du Bostan l'appelle simplement une Composition (Taalifoun) ou écrit sur l'Orthographe. Ces expressions, ou plutôt ces indications, qui me semblent un peu vagues, peuvent, je crois, s'explicjuer de deux manières : elles indiquent ou un ouvrage qui est resté inaclievé, qui n'est qu'une partie, un fragment de celui qu'il était entré dans le dessein de l'auteur de compléter et de terminer, ou bien un travail complet, mais dont nous n'avons ici qu'une portion, qu'un seul volume, ou bien encore un ouvrage traitant de l'orthographe, mais qui ne serait pas de la première main et se trouverait être simplement le commentaire d'un autre ouvrage original et traitant de l'orthographe : c'est cette dernière explication qui me paraît la véritable ; car ce qui semble venir à son appui, c'est qu'on n'a pu jusqu'ici trouver un livre traitant de l'orthographe et portant le nom du docteur
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Mohammed AI-Tenessy comme en étant rauteur, tandis qu'il en existe un autre, celui qui est entre mes mains, qui traite de l'orthographe et porte, en toutes lettres, le nom d'Al-Tenessy, mais qui n'est que le commentaire d'un ouvrage plus ancien -et attribué à un autre auteur. En conséquence, je vais en dire ici quelques mots, et en donner une courte notice. Si les explications que je soumets, d'ailleurs, au jugement de mes lecteurs, ne sont point fondées, si j'ai eu tort de confondre le Volume qui traite de VOrthographe avec le commentaire du même traité, par le docteur Al-Tenessy, cette notice pourra, du moins, servir à signaler l'existence de l'ouvrage, ignoréejusqu'ici, faire insérer dans les fastes de la bibliographie un nouveau nom et ajouter au mérite littéraire du docteur Al-Tenessy un degré de gloire comme interprète et commentateur d'un livre classique.
Le manuscrit dont il s'agit est du format in-S"* et contient juste 99 feuillets. Il est écrit en caractères maghrébins très clairs, sinon élégants. La copie a été achevée dans la matinée du mercredi 16 de redjeb, l'an 1057 de l'hégire (1647-48 de J.-C.)j et le volume devint la propriété d'un allakih, du nom de Mohammed Al-Andalossy , dans le courant de la même année. Cet exemplaire provient, en dernier lieu, de la ville de Tunis, mais il paraît que la copie a été faite dans le Maroc, car celui qui l'a signée, un alfakih, fils d'un autre alfakih, porte le surnom d'Al'Dukàly Al'Zàafrâny^ ce qui indique une origine marocaine, le Dukellah étant une province de l'empire du Maroc.
Nous trouvons dans la préface de ce livre, avec le nom de l'auteur original celui de son commentateur, Al- Tenessy, ainsi que le motif qui inspira à celui-ci la première idée de son travail de seconde main : pour éclairer le lecteur sur ces différents points, il nous suffira de lui mettre sous les yeux la première page de Touvrage.
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« AU nom de Dieu clément et miséricordioux. Que Dieu bénisse notre seigneur Mahomet avec toute sa famille !
. « Voioi oe qui est dit par l'humble serviteur et le pauvre en Dieu Mohammed, fils d'Âbd' Allah, fils d'Abd' el-Djalil Al Tenessy. Que Dieu lui accorde sa favpur!
« Louange à Dieu, à qui seul est due la louange ! Ensuite que la grâce et la bénédiction se répandent sur la personne de notre seigneur et patron Mahomet, lequel nous a été envoyé avec le sceau définitif de Tapostolat, oui, la grâce et la bénédiction qui lui appartiennent en propre et qui lui sont aussi communes avec ses compagnons et avec sa sainte famille ! Après avoir ainsi rendu hommage à Dieu et à son Envoyé, voici ce que j'ai à dire :
9 Considérant que parmi les écrivains qui se sont occupés du traité sur TOrthograplie par le docteur Abou- Abd'AUah Al*Chérichy, connu plus communément sous le surnom d*Ab-KhaiTaz (le Savetier), les uns l'expliquent d'une manière trop briève et insuffisante, tandis que les autres raccompagnent d'un commentaire excessivement long et fastidieux, je me suis décidé à en faire moi-même Tobjet d'une étude, qui tienne le juste milieu, d'un travail plus agréable à lire, plus à la portée do rintelligcnce des étudiants , plus facile à comprendre que les ouvrages dont je parle. J'ai donc mis la main à rœuvro en implorant le secours du Très-Haut (soit-il exalté !)et j'ai nommé mon livre : Al-Turraz fy charhi dhabthi l'Khavraz, le Brodeur sur le commentaire du Traité de r(Jrthographed'Al-Kharraz. Nous prions Dieu qu'il daigne agréer ce travail devant son auguste face, et qu'il en fasse retirer un prolit général, car il est clément et miséricordieux. »
Le traité en question est un poème de 1 54 vers du mètre Redjez, qui est employé ordinairement pour les sujets didactiques, etsc rapproche beaucoup de la simple
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prose. Il vient à la suite ou fait partie d'un autre poème du même auteur, lequel est beaucoup plus long (1) et expose les règles de la calligraphie {AUrasm]^ ce qui est indiqué par le premier vers du présent poème *
Hàdha temamo Nadhini ranini H-khatti, Vahâ anà etbâahou hVl-dhabihi.
(c Je mets fin ici à mes vers sur les règles de la calligraphie, et voici que je les fais suivre d'un traité sur rOrthographe (2). »
La plupart des vers , quand ils sont transcrits isolément, sont tracés en encre rouge ; quand on en cite plusieurs ensemble, ils sont alternativement en rouge et en noir. Les derniers vers du poème nous donnent la date de la compo^ sition, qui est de Tan 803 de Thégire (1400 de notre ère). Dans ces mêmes vers, l'auteur nous fait connaître ses noms et prénoms : il s'appelle, comme nous Pavons dit cidessus, Mohammed, fils de Mohammed, fils d'Ibrahim AI- Oméouyi,c'est-à-dire de lapostéritéd'Oméiiah ,fils d'Abd'el-Chams, fils d'Âbd-Menaf, par conséquent de race proprement dite arabe et noble, puisqu'elle a. produit len khalifes Oméiyades de Syrie et d'Espagne. On lui donnait encore le surnom dVU-C/idrichî/, c'est-à-dire natif ou originaire de la ville de Xérès, en Espagne, pour le distinguer des écrivains qui avaient les mêmes prénoms, mais qui n'avaient point vu le jour dans cette localité. C'est là tout ce que nous savons jusqu'ici et tout ce que nous pouvons dire de cet auteur, en attendant que nos lectures et de nouvelles reclierches nous fournissent de plus amples renseignements sur sa vie et sur ses œuvres, s'il en existe d'autres.
Il) Il se compose» de 45 i \vvh.
{i) Les Arabes donnent le nom d'Orthographe (Al-dhabtk), à la partie de la j^ramniaire <i\\\ traite dos règrles concernant les signes orlhographiciues, l(Mir place «lans les mots, /es Icnouin, le med- (/a/1, Vouaslah, le djezmcxh, le chaddah, lim:dek, la i)ermutation des trois lettres élif, ouaou, ?/a, rinscrlion dans les lettres semblables ou homophones, etc., etc.
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La troisième production littéraire sortie de la plume féconde du cheikh Al-Tenessy est désignée sous le nom de Rahho'l^arouahhy Joie ou Récréation des âmes. C'est une œuvre entièrement distincte de la précédente. C'est sans doute par inadvertance que feu M. Cherbonneau de scientifique mémoire , considérant ces deux mots comme faisant partie intégrante du titre de Touvrage précédent,' a confondu deux livres différents de nature et de destinée ; il n'a pas tenu compte de la signification exclusive que présente ici la conjonction arabe \ça (et), ni fait attention à Tironie que renfermait l'idée exprimée par cette phrase appliquée à un commentaire, à une analyse plus ou moins grammaticale, plus ou moins fastidieuse d'un poème qui roule sur les lois de l'orthographe arabe. Le livre en question était, à coup sûr, un de ces recueils qui contiennent des fragments poétiques, ou des anecdotes amusantes, telles que celles qui se font lire avec tant de plaisir dans le Collier de perles du même auteur. En décorant un pareil livre du titre do Joie, de délassement des ames^ de récréation des esprits^ on ne faisait qu'annoncer une chose vraie et agréable aux amateurs ; mais c'est là une pure conjecture et nous sommes disposé à l'abaiulonner, si Ton peut nous convaincre du contraire. Après cet aveu, ce qui nous parait incontestable, c'est que nous avons là le titre d'un ouvrage que Ton ne doit pas confondre avec celui qui traite des règles de l'orthographe.
Après \a Récréation des âmes^ le traité qui vient dans l'ordre chronologique et se présente à nous avec un renom des plus glorieux, c'est la lowjue réponse à la question des Juifs de Touat. Il parait qu'Al-Tcnessy déploya dans cette réponse une rare érudition, puisqu'elle lui a valu les éloges les plus pompeux de la part des savants de son siècle.
Voici en quels termes le famoux cheikh et docteur Al-Sonoussy s'exprime sur le mérite de ce travail.