RÈGNE D*ABOU«YAHIA YAGHRMORAGBN
nos jours en dehors de la porte appelée Beb el-Akabahf la Porte de la Montée (1) ».
On trouve un autre exemple du crédit dont les saints marabouts jouissaient auprès du roi Yaghrmoràoen dans ce que le mémo historien rapporte du cheikh Âbou-Ishak Ibn-Âly el-Khaiyât, qui se contentait de vivre des produits de sa profession de tailleur^ comme l'indique son surnom d'Al-Khaiyât {le Tailleur).
<( Ce saint homme, dit Yahia Ibn-Khaldoun, ne oraignait pas de répéter ses entrées auprès du prince des Musulmans Abou-Yahia Yaghrmorâcen pour lui recommander les affaires de son prochain. Il lui arriva plus d'une fois d'aller, dans ce but charitable, demander audience au roi soixante-dix fois dans la même journée. Comme on lui fit un jour des observations sur l'indiscrétion et lesimportunitésdu vénérable cheikh : Laissezle donc entrer, répondit-il : ce saint homme veut exercer la charité envers les Musulmans. Il ne fait, d'ailleurs, que ce que Dieu (soit-il grand et puissant !) commande de faire, et certes, ce n'est pas moi qui voudrais lui causer la moindre peine. Que Dieu, ajoute le biographe, fasse miséricorde au sultan et nous accorde la grâce de mettre à profit l'exemple déco bon cheikh I Son tombeau se voit à Tlemcen. »
Tel est le récit qu'Yahia Ibn-Khaldoun nous fait de la vie du cheikh Ibn-Aly el-Khaiyât, et de la vénération dont il était Tobjet de la part du pieux roi de Tlemcen. C'est au même sentiment qu'il faut attribuer la disposition testamentaire par laquelle il voulut être enseveli près du tombeau du pieux cheikh et ami de Dieu, Abou'l-Hassan Aly Ibn-el-Nejâriah (2).
Yaghrmorâcen rendit le dernier soupir presque en vue
(1) Histoire des Abd'elwady, fol. 7, r®.
(2) Histoire des Beni-Abd'elwady, fol, 8 v',
18 GOliPLÈMBNT DE L*HISTOIRfi DBS BENI*ZBIYAN.
de sa capitale , sur les bords du Riou! 1 ) , entre les mains de l'un de ses fils, Abou-Âmer, vers la On du mois de Dhou'l-kiadah, Tan 681 delTiéfrire (février-mars 1283), à rtge de 76 ans, après avoir régné 44 ans, cinq mois et douze jours.
Il avait eu plusieurs enfants, dont il est à-propos de rappeler ici les noms, savoir: Abou-Zakaria Yahia, qui mourut à Sidjilmessa, dont il était gouverneur, en 663 (1264-5); Abou-Hafs Omar, qui perdit la vie dans la bataille qui se livra près de la rivière de Telagh entre le roi son père et le sultan almohade Yâakoub Ibn-el-Hakk, en 665 (1266-7) ; Abou-Einan Farès, qui périt dans la bataille d'Isly en 671 (1271-2); Abou-Amer Berhoum ou Ibrahim ; Abou-Baid Othman qui lui succéda en 681 (1283); Témir El*Abbès, qui était prévôt des membres de la famille royale en 718^ lorsque le sultan Abou-Hammou fut assassiné; et un autre flis appelé Ta(/ia, dont nous ne connaissons Texistence et le nom que par une épitaphe qui se lit sur un tombeau, découvert dans ces derniers temps, par M. Charles Brosselard (2).
Abou- Yahia Yaghrmorâcen avait un frère du nom de Mohammed, qui fut massacré le jour de l'attentat de la milice chrétienne contre la vie du roi en 652 (1254). « On dit, raconte Abd'el-Rahman Ibn-Khaldoun, que ce fut à Tinstigation du frère du roi que cet attentat fut commis par le commandant de la milice chrétienne qui, voyant que le coup avait manqué, s'empressa de tuer son complice) afin de faire croire qu'il n*avait pris luî-
(1) Dans son Histoire des Berbères Abd'cl-Rahman Ibn-Khaldoun dit que le sultan Yaghrmorâcen mourut près du Chediouîa, rivière qui se jette dans le Chélif, vis-à-vis de Mazounah. Le Riou est un peu à l'Est du Chediouia, qui s'appelle maintenant Djediouîa.
(2) Voyez Mémoire épigraphique et historique sur les tom' beaux des émirs Beni-Zeiyan. Paris, 1876, page 142.