RÈGNE DU SULTAN ABOU-ABD' ALLAH AL-THABITY
le trône de Tlemcen. Il est vrai que Fambition, les intrigues, l'effusion du sang de milliers d'hommes Tavaient amené à franchir les marches du trône, à en chasser le légitime possesseur et à s'y maintenir par la violence et la terreur, jusqu'au moment où il devait recevoir, à son tour ,1e châtiment réservé aux traîtres et aux usurpateurs.
Toutefois, pour être juste à son égard, il faut avouer que s'il n'avait pas su racheter Torigino vicieuse de son pouvoir par le mélange de quelques bonnes qualités, par exemple, par le respect au moins apparent do la religion, par une bienveillante protection accordée au malheur ou à la vertu (1), par Texercice d'une franche hospitalité à l'égard des princes ou des savants étrangers qui venaient frapper à sa porte et lui demander un abri sous son toit, par un goût prononcé pour la culture des sciences et des lettres, on ne pourrait pas s'expliquer la longueur de son règne ni le maintien de son pouvoir en dépit de ses envieux et malgré les intrigues de ses propres frères, dont il avait à contenir l'ambition et à refréner les hautes prétentions. Il faut aussi que les Musulmans lui tiennent compte de sa générosité envers les établissements religieux, car mu soit par une véritable dévotion, soit par tout autre motif, il fit, en 904 et 906 de l'hégire, àlagrande mosquée de Hubbed de nombreuses et importantes donations, dont le titre est conservé dans cette mosquée.
Comme ce document épigraphique offre quelque intérêt sous le rapport topographique et de l'histoire locale, l'on nous permettra d'en donner ici la traduction avec la description que nous empruntons à M. Ch. Brosselard dans son Mémoire sur les inscriptions arabes de Tlemcen (2). Quant au texte, on le trouvera dans la
(1) Mouley Mohammed Al-Thàbily donna l'hospitalilé au roi dôtrônô de Grenade, comme il a ('•té dit ci-dessus.
(2) Voir dans la Revue A fricaine^ i\^ d'août IHôUJ'arlirlr inliliilé: Les inscriptions arabes de Tlemcen.
relation de notre voyage dans cette ville, qui a paru en 1859 {Additions aux notes et pièces justificatives, p. 463).
L'épigraphe en question est gravée en relief sur une tablette de marbre haute de 1"25 et large de 0"28, laquelle est encastrée dans le premier pilier de droite, en avant du Mihrab. Le caractère est de type andalou, assez finement gravé. L'inscription se compose de trente lignes et débute ainsi :
a Louange h Dieu. Que la bénédiction et le salut re- « posent sur notre seigneur Mohammed !
« Voici la désignation des terres qui ont été achetées « en vertu des ordres de notre maître, Témir des Muic sulmans, Abou-Abd'Allah al-Thâbity (que Dieu forti- « fie son empire et lui accorde un puissant secours !), au <c moyen des épargnes réalisées, depuis que ses mains gé- « néreuses en ont la gestion, par le produit des biens « constitués habous en faveur de Toualy, du pôle (aicr Kotb) cidi Abou-Medien. (Que Dieu nous rende son « intervention favorable !)
« 1° ABou-Hennak(l),une zouidjah (2) dépendante de « la terre appelée Feddân ol-zeitoun el-Kébir, et achetée a deux cents dinars d'or, plus une domi-zouidjah dans le « Feddân el-Saghir, achetée cent dinars ;
« 2° Egalement dans le voisinage de Bou-Ilennak, « une zouidjah, faisant partie de la terre connue sous « le nom de Tadhekrah^ acquise au prix do cent qua- « rante dinars d'or ;
« 3** Une demi-zouidjah à Yamen (sur la rivière Safsef) (( achetée cent dinars d'or. II a acheté toutes ces terres ce avec l'argent tiré de son propre trésor, après les avoir <c acquises légalement des hoirs du sieur Ben- Wighzen :
(1) Bou-IIennah, c'est le nom d'une rivière et d'une nionlairne situées à 10 kiloin. environ à TO.-N.-CJ. de Tleiacen.
(2) La zouidja est une étendue de lerrain ((u'une paire de lurufs poul la!i;riror en une saison, de 8 à 10 de nos hectares.
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« 4* Une zouidjah, i Tefaticet, située également près a de la Safsef, acquise, moyennant cinquante -trois di< « nars d'or, des hoirs du sieur Ben-Sàleh et de ceux du c sieur Al-Chiby, avec le sol cultivable et les ravins ;
5* Sur les bords du même Safsef les deux zouidjah « connues, l'une sous le nom de Waghz (ou Ou- « Azouz)f et l'autre sous celui d'Ahtouten^ acquise la « première de la succession de Yahia-ben-Daoud, et la € seconde achetée au sieur Ahmed al-Messify, avec « leur terrain cultivable et leurs ravins, les deux payées « deux cent treize dinars d'or.
c Le tout a été acquis pour être affectés les fruits « et revenus, aux dépenses exigées par le susdit habous, « d'après l'usage, et conformément à ce qui a été fait « et réglé en l'année neuf cent quatre (904) et en l'an- « née neuf cent six (906). »
La première de ces dates correspond à 1498-1499 et la seconde à 1500-1501 de notre ère.
« En assignant, d'après les autours les plus compé- « tents, au dinar ou mithhal d'or, une valeur repré- « sentative de 10 francs de notre monnaie, nous « trouvons, dit M. Brossclard, que la somme de 810 « dinars, employée à cette pieuse libéralité par le sultan « Abou-Abd 'Allah, équivalait à 8,160 francs. La zouid- « jah, qui représente, comme l'on sait, environ dix « hectares, avait, dans ce temps-là, une valeur de 150 <c à 200 dinars, c'est-à-dire de 1,500 à 2,000 francs, « d'où cette conclusion qu'un hectare de bonne ¥ terre (le dixième de la zouidjah) se vendait, il y a « quatre cents ans, dans les environs si riches et si « fertiles de Tlemcen, au prix courant de 150 à 300 t francs. Il n'a pas acquis une valeur beaucoup plus « élevée au moment où nous écrivons (1). »
Nous avons dit que le règne du sultan Abou-Abd'AUah
(1) Ucvuf* nfrirnino. n» t?^. août 1851», pages 418 et \\9,
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Mohammed Al-Thâbity avait commencé en 873 (1468 de J.-C.) et avait fini dans les derniers mois de Tannée 1505. Sa durée a été de 37 ans environ.
Le sultan Mohammed Al-Thàbity avait eu de ses diverses femmes plusieurs enfants ; quatre seulement nous sont connus par leurs noms, savoir : 1® Abou-Abd'Allah Mohammed, qui lui succéda sur le trône en 1505; 2* rémir Mouley al-Masseoud, qui mourut au mois de chawal 899 de Thégire (1494 de J.-C); 3^ l'émir Abou-Zeïd Abd'el-Rahman, mort à une date incertaine et 4** une princesse du nom d'Aïcha, morte également à une date incertaine. Les tombeaux de ces trois derniers enfants ont été retrouvés à Tlemcen. Malheureusement ils ne sont pas tous intacts ; celui de l'émir Al-Masseoud est le seul qui ait conservé la date que nous venons d'indiquer. (Voir Ch. Brosselard, Mémoire épigraphique et historique sur les tombeaux des Beni-Zeiyan, p. 121, 123).
Avant de pousser notre récit plus loin, nous ferons également remarquer qu'à partir de la fin de ce règne, à défaut des historiens arabes, nous trouvons chez les écrivains chrétiens certains renseignements qui nous éclairent sur ce qui se passa à cette époque dans le royaume de Tlemcen et dans la famille des Beni-Zeiyan. A la tête de ces écrivains nous citerons Marmol, qui fut presque le contemporain des événements qu'il raconte, mais dont malheureusement la relation n'est pas toujours claire (1).
Quant aux écrivains arabes, ils nous font absolument défaut, à moins d'indiquer l'auteur anonyme de l'his-
(l) Marmol Caravajal, la Description générale de r Afrique (traduction de Pcrrot d'Ablancourt. Paris, 1067. On pourrait aussi consulter, mais avec fort peu de fruit, Diego de Haedo, Topographiae hifitorin (jeneral do Argel, Valladolid. 1011; Gramniayo, AIriav illuMratio lib, X. Tournay. I02;\ Cardonne, Histoire do rAfriquret d'Espagnesous la domination dcK A rnhcft. Paris, 176'».
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toire des deuxBarberoussc, Aroudj el-Khair el-dyn (1), lequel nous fournit quelques détails sur Toccupation de Tlemcen par les Turcs, et un autre écrivain également anonyme qui sur les dernières pages de l'un de nos manuscrits a esquissé le tableau chronologique de la dynastie des Beni-Zeiyan.
(1) Rang et Ferd. Denis, Fondation de la régence d'Alger^ chronique du ivi* siècle, etc., 2 volumes, Paris 1837. Je possède le texte arabe de cette chronique. C'est un volume in-8® de 68 fol., d'une écriture maghrébine fine et très élégante. Il avait appartenu au général Dastugue, de scientifique mémoire. Le manuscrit a été copié en 1192 de Thégiro (1778 de notre ère).