CHAPITRE XXXI
Des savants qui illustrèrent la fin du règne des
Beni-Zeiyan.
Nous terminerions ioi ce qui concerne Ie]règno du dort* nier des sultans de la dynastie Âbd'el-Wâdite, s'il ne nous restait à remplir une suprême tâche, celle de signaler les noms de quelques savants, qui,au milieu des troubles politiques qui ont précédé ou accompagné la chute définitive de Tempire des Beni-Zeiyan,ne cessèrent point de cultiver les lettres, en s'efforçant de conserver à leur patrie le renom de savoir et de culture intellectuelle qu'elle s'était justement acquis dans les âges précédents. heBostan contient la biographie d'un grand nombre d'hommes remarquables qui appartiennent au règne dont il s'agit. Nous citerons seulement les noms les piqs connus et les plus dignes de mémoire,
1"* Le chérif cidi Mohammed Ibn-Eiâd al-Kabir al«< Râcheld al-Amrâny. II étudia auprès du vertueux savant cidi Mohammed Ibn-Yahia Abou'I-Sadât le Mohhtacer d'Ibn-el-Hâdjeb el-Farehy, la iîiaséfahd'Ibn-Abou^Zieid deKairouan, ÏAlfiyah d'Ibn-Mâlek, le calcul, la Tlemcéniyah^ ainsi que l'art métrique. Il devint très habile dans la poésie et dans la connaissance de la tradition, Outrele docteur Âbou'l-Sadât,il eutplusieurs maîtres, entre autres cidi Chakroum et Mohammed al- Seleksîny, qui lui enseignèrent les diverses branches de la science, en sorte qu'il se fit une grande réputation comme juri8co^suIte et que, de plus, passait-il pour
468 COMPLÉMENT DE l'hISTOIRB DES BENI-ZEIYAN.
un docteur très versé dans la grammaire, dans les principes fondamentaux du droit, dans la logique et même dans le Soufisme. Il mourut de la peste (1) en 964 (1556), encore fort jeune et dans les sentiments les plus pieux et les plus résignés.
2" Cidi Mohammed-ben-Mohammed-Ibn-el-Charky. C'était un savant jurisconsulte. Il se distingua dans les diverses fonctions dont il fut chargé successivement par le gouvernement, celles de professeur, d'imam, de mufti, de prédicateur et de cadhy. Il était Télèvedes deux savants docteurs, Mohammed Ibn-Moussa-al-Vadjdihaiyi et cidi Said al-Menàouyi. Il savait par cœur le Af ofe/itecer * d'Ibn-el-Hâdjeb al-Farehy, ouvrage qu'il expliquait dans la grande mosquée, la Rissêlah dlbn- Âbou-Zeid, la T2emcémya/i, le calcul et le traité des partages. Il avait des connaissances très étendues en jurisprudence; aucune branche scientifique ne lui était étrangère. L'auteur du Bostan qui fut un de ses élèves, fait de son maître le portrait le plus flatteur. « Notre cheikh et instituteur a été, dit-il, une des gloires de la nation, l'argument de l'Islam, le dernier venu deshâfidh du Maghreb, un professeur qui s appuyait sur de bonnes autorités, un excellent traditionniste, un théologien, un homme versé dans toutes les branches de la science, le modèle des fidèles, l'ami et protecteur des étudiants, le cheikh de l'Islam et de l'assemblée des plus grands savants, un juriste qui pénétrait les questions les plus obscures, et pouvait résoudre les plus inextricables difficultés ; qui n'avait que de salutaires conseils à donner ; qui fut l'appui et le défenseur du faible et de l'opprimé ; un savant et un saint, dont le mérite a été reconnu unanimementpar les hommesetpar les génies. On peutdire
(1) La peste^ qui sévissait alors à Oranet à Alger, emporta aussi le pacha Salahh Reiis, qui faisait les préparatifs d'une expédition contre la ville d'Oran occupée par les Espagnols.
de lui qu'il a été un océan de soience, mais un océan sans rivage ; une pleine lune, mais d'un éclat sans pareil, une perle précieuse, mais d'un prix sans égal. Nul ne saurait dépeindre la supériorité de son mérite ; nul parmi les plus éminents personnages de son siècle n'a pu atteindre le haut degré de perfection morale auquel il est lui-même parvenu. Il a été le cheikh des savants qui ont illustré son siècle, l'imam des imams qui ont édiGé le temps et l'époque où ils ont vécu. Citadins ou nomades, tous les musulmans l'ont vu appliqué à répandre l'instruction et ont été dans le cas de profiter de ses savantes leçons ; tous ont pu se désaltérer à la source intarissable de ses profondes connaissances et de son enseignement. » Il mourut Tan de l'hégire 964 (1557 de notre ère).
3* Cidi Aly ben-Yahia al-Seleksiny. Voici les renseignements et détails biographiques concernant ce célèbre docteur que nous empruntons à l'auteur du Bostan. t Le jurisconsulte, dit-il, le prédicateur, le savant et profond érudit, le professeur versé dans les diverses branches de la science, le saint et vertueux Soufi, cidi Aly al-Seleksiny, a été, dans ces derniers temps, une des insignes merveilles de la puissance divine. Il possédait à fond les sciences en général, et, d'une manière spéciale et plus approfondie , les mathématiques et les lois qui ont pour objet les partages et les successions. II avait étudié avec soin le Mokhtacer ou abrégé d'Ibn el- Hâdjebel-Farehy, la Rissêlah^ V Abrégé deKhalil, les Hakidah ou professions de foi du docteur Al-Senoussy, les règles concernant la lecture et l'orthographe de TAlkoran, l'élision ou le maintien de certaines lettres, et l'analyse grammaticale du texte sacré. II avait l'habitude de passer la journée à jeun et de consacrer tous les moments de la journée à l'étude et à l'enseignement, n'interrompant ce travail que pour remplir le devoir de prière, ou pour aller appeler les fidèles à la prière.
470 COMPLÉMENT DE l'HISTOIRE DES BENl-ZEIYAN.
Quand il avait à faire VIdhan ou Tappel à la prière, il menait avec lui un étudiant qui montait derrière lui dans le minaret et il le faisait lire en route, soit en allant soit en retournant.
Il ne sortait guère du lieu de sa retraite que pour aller remplir ses fonctions d'imam. Du reste, on le vit toujours plein d'ardeur pour l'enseignement des sciences sacrées. Ayant été nommé imam de la mosquée d*Agadir, il y donnait des leçons jusqu'à une heure très avancée de la matinée, puis il quittait le lieu saint et se rendait dans un champ qu'il avait près do la rivière du Satsif (1) et qu'il cultivait avec une pioche. Dans cette excursion il se faisait accompagner de ses écoliers, qu'il instruisait en route en allant comme en revenant. Arrivé au champ, il descendait de sa monture et ne laissait à personne le soin de l'attacher. Il prenait alors la pioche et se mettait à travailler dans le champ, pendant qu'un écolier lisait auprès de lui et que lui, de son côté, était attentif à faire les explications nécessaires. A l'heure où le soleil commence à décliner, le cheikh remontait sur sa bcte do somme et reprenait le chemin do son logîs, ayant à ses côtés, à la droite ou à la gauche, le lecteur. Telle était, ajoute son biographe, son habitude et son zèle pour l'instruction de ses disciples. Il avait puisé ce goût pour Tétude et pour l'acquisition de la science à Técole de plusieurs maîtresde grand renom, tels que le docteur cidi Aly-Ahmed-Ben-Amloukah do Nédromah, le cheikh Chakroun-Ben-Djoumêah et le cheikh Mohammed-Ben-Moussa el-Wadjdihaiyi, et il a eu l'honneur, à son tour, d'initier à la science une foule do personnages qui se sont fait un nom dans les lettres ou dans la religion, mais qu'il serait trop long de citer.
(1) Le Saffiif ou Saifccif.i'iYÏèvG (pii coule à une lieue environ ;\ l'Est do Tlcmcen et va se jeter dans Tisser, un des aflluents de la Tafna.Le nnÀSnifccifcsi berbère etsi^^nilie riviùre des peuplieri< blancs^
Il mourut à Tlemcen, le 22 de redjeb do Tan 9?2 de riiégire (1564 de J.-CJ, avec la réputation d'un des plus grands saints de Tlslam, d'un homme favorisé du don des miracles, et pouvant, à son gré, voler dans les airs.
4® Cidi Mohammed-ben-Ahmcd ben-Mohammed alchérif al-Mélity.
Mohammed al-Mélity, c'est-à-dire originaire de \a plaine de Mélita, qui s'étend au Sud de la ville d^Oran, donna le jour à Fauteur du Bostan : aussi en traçant les premiers mots de cette biographie, Ibn-Mariam exprimet-il le sentiment respectueux qu'il garde pour la mémoire de son père par ce pieux vœu : Que Dieu daigne illuminer son vénéré sépulcre ! On lui donnait le titre de chérif ou de noble, parce que sa famille prétendait descendre de Mahomet par Aly, son gendre. îl apprit Talkoran à l'école de cidi Bert-Hâmer al-Maghichy et il étudia les autres sciences sous la direction du docteur Mohammed Ben-Moussaal-Wadjdihaiyi, savant do Tlemcen et mufti de cette ville, et auprès de cidi Mohammed Al-Boûry : c'est coque j'ai appris de la bouche même de feu mon père. Il eut aussi pour professeurs cidi Abd'el-Rahman al-Kefif et le docteur Mohammed al*- Attâfy.
De l'aveu de tout le monde, c'était un homme d'une grande piété; on lui attribue même un certain nombre de miracles et de faits extraordinaires. Il s'était voué à la carrière de l'enseignement et spécialement à l'instruction des petits enfants. Quand le grand âge et les infirmités de la vieillesse l'empêchèrent de se rendre à l'école, il continua à donner des leçons dans sa propre demeure. Une foule de personnages, aujourd'hui remarquables par leur savoir ou par leurs vertus, lui doivent le bienfait d'une bonne éducation. Son enseignement ne comprenait pas seulement la lecture de l'Alkoran, mais l'explication do quelques pieux livres, entre autres le traité du cheikh Al-T6zy,intitulo A i-Oaad^i/a/l (la Tâche '
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journalière) et la Petite Hafeida/id'Al-Senoussy. 11 avait rhabitude de réciter chaque jour l'Alkoran d'un bout à rautre;guand lesjours étaienllongs(durantrété),il terminait la lecture après TAsr (vers trois heures), et à l'époque où les nuits deviennent longues, il l'achevait après le coucher du soleil et dans la soirée. « Telle était, dit Ibn- Mariam, son habitude. Toutefois, ajoute-t-il, avant de fermer le livre auguste, il avait soin de réunir auprès de lui ses enfants, garçons et filles, nos propres enfants avec nos épouses ; il nous lisait la Fatihah (la première surate de TÂlkoran) ; après quoi il priait Dieu pour nous et ne manquait jamais de nous donner sa bénédiction.» Il trépassa dans la matinée du jeudi treize du mois de safar, l'an 985 de l'hégire (2 mai 1577 de J..C.).
5o Le cheikh Mohammed Ibn-Mohammed Ibn- Ahmed, surnommé Ibn- Mariant (le fils de Marie), originaire de la plaine de Mélita et de la ville de Mediounah : c'est l'auteur du Bostan ou dictionnaire biographique des personnages qui ont illustré la ville de Tlemcen. Ce savant était né dans la C/apitale du Maghreb-Moyen, vers le milieu du X' siècle de Thégire, sous la domination turque. Après la mort de son père, il lui succéda dans les fonctions d'instituteur ou maître d'école, que celui-ci remplissait dans l'ancienne capitale des Beni- Zeiyan et, à ce propos, il nous apprend qu'il était sorti de son école plus de quarante jeunes gens qui savaient l'Alkoran par cœur, et dont quelques-uns étaient devenus de grands savants ou cl'habiles professeurs. » C'est dans cette ville qu'il composa l'ouvrage, où nous avons puise la plupart des renseignements biographiques qui ornent le présent travail. Le titre complet de ce recueil est celui-ci : Al-Bostan fy dhikril aouliài ou el-ôlamiii betilimsan. (Le Jardin où sont mentionnés les saints et les hommes savants de Tlemcen). Il fut achevé en Tannée de l'hégire 1011 (1002 de notre ère). Il contient, par ordre alphabétique, cent
quatre-vingt-deux biographies de personnages originaires de Tlenicen ou ayant habité cette ville, qui se sont distingués par leur savoir ou par leur piété. C'est une compilation un peu indigeste, tirée de divers écrivains qui, avant notre auteur, avaient traité | le même sujet ou parlé incidemment des personnages en question , soit en rapportant leurs légendes et leurs prétendus miracles, soit en citant leur autorité à propos de quelque décision légale ou juridique. Ceux dont il se plaît à citer les paroles et le témoignage sont les suivants : 1** Le cheikh Al-Mellâly, auteur du livre intitulé : Afenâfee6o7- Senoussy^ les vertus du docteur Al-Senoussy ; 2® le cheikh Aly-ben-Mohammed al-Karchy al-Basty, plus connu sous le nom d^ Alkalasàdy ^ qui a laissé des notices biographiques très estimées dans un recueil intitulé : Le récit d'un voyage {Al-Rihlah) ] 3* Abou- Zakaria Yahia Ibn-Khaldoun, auteur de l'histoire des sultans Abd'el-Wadites et spécialement du roi Abou- Hammou Moussa ; 4" Ibn-el-Khatib al-Kessentîny Ibnel-Konfod, dans ses notes nécrologiques qui portent le titre de Al-Wafiâl] 5* le cheikh Ahmed-Baba al- Soudâny dans l'un de ses ouvrages intitulé : Neilo ribtihadjl bitâtherizi'l-dibadj (moyens de se réjouir à propos des broderies du Dibadj) ; 6° le célèbre docteur Al-Senoussy dans deux de sesnombreux ouvrages, l'un intitulé : Menâkebo l'arbaahlles vertus des quatre) et l'autre : Raudato^l'Nasrin (le parterre des roses blanches) ou les vertus et qualités des quatre derniers illustres personnages ; 7<» le cheikh et savant docteur Mohammed Ibn-Sâad al-Tilimsêny, auteur du livre intiulé : l'astre resplendissant (AI-iVad/mo7-i/iâfeeb); 8* enfin l'auteur anonyme d'un ouvrage qui a pour titre : Al'Kawàkebo'Uwakâdah) (les étoiles étincelantes) qui traite des savants et des hommes vertueux qui ont marché à la tête des autres et leur ont servi de modèles. Ibn-Mariam termine son travail par cette déclaration
574 COMPLKMKNT DR LHISTOmK DES BENI-ZEIVAN»
qui nous fî\it connaître la date et le lieu où il y mit la dernière main : « Ici, dit-il, nous sommes arrivé au terme de notre tâche ; 'notre ouvrage se trouve achevé selon le plan que nous avions conçu et expliqué : il est vrai qu'il n'y a de force, qu'il n'y a de puissance qu'en Dieu. C'est dans la ville de Tlemcen que ce livre a vu le jour. Il ne nous reste plus qu'à supplier le tout puissant et adorable maître de l'univers de considérer le présent travail comme une œuvre pie, consacrée à sa gloire, digne de lui être présentée et de lui plaire. Au surplus, que t)ieu bénisse Notro-Seigneur Mohammed, son pieux et dévot prophète, ainsi que sa sainte famille et ses fidèles compagnons, soitdans ce monde, soit dans l'autre! »
Le Bostan n'est pas le seul ouvrage qui soit sorti de la plume de notre auteur : la science et les lettres lui doivent une foule de compositions qui ont popularisé son nom dans les écoles de l'Algérie et du Maroc. Dans lés dernières lignes de son recueil, il raconte qu'ayant voulu, sur la demande de son fils, faire la nomenclature de tout ce que son génie avait enfanté, il n'avait pu en venir à bout, tant le nombre de ses productions littéraires était considérable : c'est tout au plus, si en faisant appel à tous ses souvenirs il avait pu en nommer une douzaine. ^
Voici, à propos de ce détail; avec quelle simplicité il s'exprime, s'il n'y a pas toutefois un peu de jactxinco dans cette manière de raconter la chose : « Mon fils, dit-il (que Dieu soit satisfait de lui ! qu'il daigne l'instruire lui-même, le bénir et répandre sur lui ses faveurs les plus abondantes!) mon fils, dis-je, m'avait prié de lui faire connaître les noms de tous mes ouvrages, pour en prendre note et en savoir le nombre exact. J'ai dicté le nom de ceux que le temps m'a permis de compter, conformément aux questions qui m'ont été adressées, afin de les insérer ici comnie complément de cet ouvrage.
DES SAVANTS DE LA fIN DU RÉGNE DES nENI-ZÉIVAN. 475
Or, voici les titres de ces livres. Ici Tautour cite uiie douzaine d'ouvrages dont voici les titres :
1° GhroniatoH-morid le-charhhi messaili AbVl- Wah'd, Riches ressources mises à la disposition de celui qui cherche à expliquer les questions d'Aboul- Walid.
2** TohfatoH-abvar waschiàro'Lakhiar fiflxçadhaîfi oual-adhkarVl inostatadjabàti fy'lleili ou al-nahar^ Cadeau offert aux justes, et rituel destiné aux hommes de bien, contenant les offices et les invocations que l'on doit faire pendant le jour et la nuit.
3"* Fatho'ldjalil fy adouiati'làlil leâbdi l'y*ahmani cl-Senoussy^l viàaroufi bVlmoraqqêi^ Assistance de l'homme puissant, pour expliquer lés remèdes pour un malade, par le cheikh Abd'el-Rahmanal-Senoussy, plus connu sous le nom d'Al-Raqqêi (le dépouillé) : c'est un traité des devoirs religieux des Musulmans, en vers.
4* Fatho'l àllàmi leschavhVl nashVl t&mmi tftkhSissi ouel àmmi leseyidy IbvahhnaH Tfoy, Assistance de l'homme très savant, pour expliquer le traité qui a pour titre : Les conseils parfaits donnés aux petits et aux grands par cidi Ibrahim al-Têzy.
r)** Keschfo'l'labsi ou el-tàakid an àkîdati ehlVltauhhidj Révélation etdénouement touchant lacroyance des partisans de Tunitéisme.
6* AUTaalîkato'l-sonynah éla ardjouzatVl-koth^ robîah^ Scholies traditionnelles sur le poème didactique intitulé la Kothrobiah (ou A ImothaLletti par Mohammed Ibn- Ahmed al-Mostenir al-Kasry al-Kothrob).
1"* Scharhhon fila MohhtassarVl-Soghra^Commentaire 'sur l'abrégé de la Petite Exposition de /bi (par le docteur Abou-Abd'Allah Ibn-Youssouf al-Senoussy • « Nous l'avons abrégé (ce traité), fait observer l'auteur du J3o5î/f'în, sur la demande de cidi Sulcyman bcn-Bou- Semahali, en faveur des femmes et des gens du peuple. »
S** Tùaliko hadithin nabaoïujin ouehehaialVl-Sù-
476 COMPLÉMENT DE L^HISTOIRE DBS BENI-ZBIYAN.
lehin, Recueil des paroles traditionnelles du Prophète et d'histoires de Saints.
9** Tâalikon mokhtassaron àVal^Rissêlati fy d/ia6tihsL ouetatafsiro baadhi alfâdhiha^ Notes abrégées sur l'orthographe de la Rissêlah et explication de quelques-unes de ses expressions (du cheikh Ibn- Abou-Zeid).
10° Scharho'UMoradîah lel-Têzy, Commentaire du poème Al-Moradiah du cheikh Al-Têzy. Ce poème s'adresse aux aspirants à la dignité de Soufi.
11" Tafsiro'baadhi alfàdhi'l hifeam, Explication de quelques expressions qui entrent dans les maximes des anciens. Ce travail est resté inachevé.
12° Tafsiro'l hoss&mi fy tortàbi ouadhifak lil- Têzy^ Explication du livre intitulé al-Hossam (le tranchant), lequel traite de la perpétuité d'un office par le cheikh Al-Têzy, et des avantages spirituels attachés à ceux qui le récitent.
Après cette liste il ajoute ces paroles : «Voilà, dit-il, tout ce que j'ai pu réunir en fait de mes œuvres : quant à les compter toutes sans exception, cela me serait impossible. »
Ces productions n'offrent rien de remarquable sous le rapport de l'invention et des idées: ce sont des commentaires ou des simples notes sur des livres connus et déjà commentés plus d'une fois par des écrivains d'un autre mérite que celui de notre auteur.
Quant au Bostan qui est en dehors de cette liste et semble avoir été le fruit de la vieillesse de notre auteur, et peut-être la dernière de ses productions c'est, sans contredit, un ouvrage d'une grande importance et jtouta-fait indispensable à Thistorien qui voudrait étudier la marche de lacivilisation parmi les populations africaines, en constater les progrès, le recul ou la décadence, et se faire une idée juste du génie arabe, de celui des races d'origine berbère, étudier surtout l'esprit de la religion
mahométane avec ses tendances et ses aspirations. Ce livre porte donc avec lui sa recommandation et mérite une place dans les collections des manuscrits orientaux : c'est dans ce sentiment d'appréciation que la Bibliothèque Nationale s'est empressée de faire l'acquisition d'un exemplaire, que le général Dastugue avait fait copier à Alger, et qui s'est vendu à l'encan après le décès de cet amateur de livres rares et précieux. Ce volume a été enregistré sous le numéro 2450 du supplément arabe. J'en possède moi-même un autre exemplaire que je dois à l'extrême générosité de M. Gh. Brosselard : c'est un témoignage de reconnaissance que je me plais à lui rendre ici publiquement, en y joignant l'expression de la profonde admiration que m'inspirent son mérite et les nombreux et scientifiques travaux qu'il a publiés sur l'histoire et les monuments de l'Algérie, 6t,en particulier, sur les tombeaux des anciens rois de Tlemcen, qu'il a la gloire d'avoir retrouvés et décrits élégamment.
Mon exemplaire, copié à Alger en 1850, se compose de 374 pages grand in-8®. Les premières feuilles contiennent un catalogue des personnages mentionnés dans le corps de l'ouvrage, avec l'indication des pages et des numéros de chaque article. Dans ces derniers temps, il a été coUationne avec celui de la Bibliothèque Nationale et il est devenu aussi correct que possible. En mettant fin à cet article, il nous eût été agréable d'indiquer la date de la mort du cheikh et chérif Ibn-Mariam : malheureurement, aucun document n'a pu nous l'indiquer. Comme le Bostan pjarait avoir été la dernière de ses compositions et que ce travail le conduisit jusqu'à l'année 1602, il y a toute apparence qu'il a peu survécu à cette date. Sans trop s'écarter de la vraisemblance, l'on pourrait placer la mort de notre auteur entre la susdite année et l'année 1610 ou, au plus tard, à Tannée 1615 de notre ère. Avant de quitter cette terre il avait été témoin des premiers succès de l'un de ses
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compatriotes, dont le nom devait éolipser le sien et jeter sur sa patrie un rayon de gloire des plus éclatants, nous voulons parler du célèbre cheikh Ahmed Ibn*Mohammed Âl-Makkary, qui n^est mentionné dans le BostsLn qu'à titre d'étudiant et de disciple de son oncle cidi Âbou- Othman-Sâid, mufti de Tlemcen, mais dont nous allons esquisser la biographie d'après d'autres auteurs bien connus.
6* Cidi Abd'el-Rahman Ibn-Mohammed Ibn-Moussa, savant jurisconsulte, habile grammairien, poète distingue et, avant tout, dit son biographe, Ibn-Mariam, homme juste et vertueux. Il était venu au monde à Tlemoen, vers la Qn de 929(1524). Après avoir suivi les leçons du cheikh cidi-Aly Ibn-Yahia al-Seleksiny al-Djâdery et celles du cheikh Chagroun Ibn*hibat Allah, et de son père cidi Mohammed Ibn-Moussa al-Wadjdiahia (i), il se rendit dans le pays des Zouawah, où il acheva son instruction sous la direction de cidi Yahia Ibn-Omar al- Zouâwy.
Comme poète, il est auteur de plusieurs compositions en riionneur de Mahomet, dont quelques-unes ont été transcrites par ses biographes. Nous citerons comme curieux, sinon remarquables, les vers qu'il adressa à Tun de ses amis, le cheikh cidi Eissa ben-Moussa al- Chebbâny, à l'occasion d'une robe d'honneur {Camîs) dont le pacha Hassan, lils de Khair el-dyn, lui avait fait cadeau pendant le siège do l;i ville d'Oran, on 1556.
On sait, par le récit des historiens espagnols, qu'après la mort de Salah Reïs, Hassan Kaïd qui lui succéda dans le gouvernement de la régence d'Alger, vint attaquer Mersa-l'Kébirct la ville d'Oran, places qui étaient alors occupées par les Espagnols, et qu'après avoir bloqué
(l) Telle est la prononciation de ce mot dans la copie manuscrite du BosiaiL, où les deux dernières syllabes sont ponctuées deux fois connue le nom propre Yahia, on pourrait aussi le transcrire Al'Wadjdihaiyi, comme je l'ai fait précédemment.
DES SAVANTS D£ LA FIN DU RÈGNE DES BENI-ZBlYAN. 479
Oran, il emporta dans le voisinage le château des Saints, dont il massacra la garnison, et qu'il aurait réduit Oran à la dernière extrémité, sMl n'avait pas été obligé, sur Tordre du sultan Selim, de renvoyer sa flotte à Alger, d'où il reprendrait la haute mer, afin de poursuivre les vaisseaux d'André Doria qui ravageaient TÂrchipel. Voici la traduction de la pièce dans laquelle notre poète félicite son ami de sa bonne fortune :
VERS
« C'estàDieu, mon ami, que tu dois ton superbe vêtement : jette-toi donc à ses pieds et adresse-lui des vœux pour moi, pour mes enfants, mon frère, mes amis et mes parents.
Daigne, cher maitre, ne jamais m'oublier devant Dieu. Prends-moi par la main car, tu lésais, je suis pauvre et malheureux.
Fasse le Seigneur que tu sois toujours un puits de science et un refuge pour tes pareils, en fait d'éloquence, et pour tout le monde.
Et cela, pour l'honneur du prince des hommes pieux, Mohammed! Que la bénédiction de Dieu, toujours bon, toujours libéral repose sur lui ; qu'elle soit accompagnée du salut le plus exquis, embrassant sa famille, tous ses vertueux et saints compagnons !
« L'auteur de ces vers, le modeste rejeton et fils du cheikh Moussa Mohammed te baise respectueusement la main et les pieds avec leur brillante chaussure. »
On lit un peu plus loin cet intitulé : « Poème composé
à l'occasion de l'expédition que le pacha Hassan dirigea
contre le port supérieur, et delà fuite des Chrétiens (que
Dieu les extermine tous jusqu'au dernier!) devant se$
srmes victorieuses. »
Il s'agit de l'expédition qui fut dirigée, en 1563, par
le pacha d'Alger contre Mersa'l-Kébir et contre la ville
d'Oran, alors occupée par les Espagnols» C'est dans cotte
480 COMPLÉMENT DE l'hISTOIBE DES BENI-ZEIYAK.
campagne que lo pacha, après avoir pris et détruit la tour des Saints qui défendait les approches de cette place, marcha contre Mersa'l-Kébir, et que sur son passage il enleva le fort Saint-Michel, situé au point culminant de la montagne qui commande le port, massacra presque tous les défenseurs, puis vint mettre le siège devant la citadelle deMersa*l-Kébir, qui résistaàtoutes les attaques des Turcs et leur causa des pertes immenses.
VERS
Œ Courage ! vaillant pacha d'Alger et de l'Afrique ; tu vas éteindre ce foyer de Tinfidélité, conquérir ce port, véritable chenil !
Oui, tu vas faire la conquête de ce port, puis celle de la ville d'Oran qui est, sans contredit, une cause de ruine et de malheurs pour tous les habitants de cet infortuné pays.
Place ta confiance en Dieu, implore son secours, sois patient, et il accomplira tes désirs, ô prince ! et il exaucera tes prières.
Dieu accorde ses grâces à ceux qui le craignent, et il afflige ceux qui Toffensent.
Le Miséricordieux a promis qu'à côté de l'adversité serait la prospérité? c'est une vérité consignée dans nos livres saints (1).
Et le cheikh Fârouk(2) Abou-IIafs, cet homme agréable à Dieu, n'a-t-il pas dit que la Providence finit par nous faire triompher de Tinfortune et de l'oppression?
Et pour tout dire en un mot, c'est par la confiance dans notre souverain, le Très Haut, et par la croyance qui exclue de son unité tout associé, tout être partageant sa divinité,
({) Alkoran, Sur. xciv, 5 et 6.
(2) Farouk, surnom du khalife Omar.
Que VOUS mériterez qu'il vous accorde le bonheur, la puissance et la victoire. Priez Dieu pour tous les hommes et, en particulier, pour les Arabes,
Le jour de jeudi environ cinq cents fois, et le Seigneur dissipera vos chagrins et votre tristesse.
C'est mon fiancé qui a dit cela; je le tiens aussi du cheikh Ressâa, dont les brillantes étoiles n'ignorent point le haut mérite.
Que le Seigneur vous conserve pour vous rendre maître de leurs citadelles, pour devenir comme une place forte et inaccessible, un prince instruit, juste et ami de la droiture !
Que par la lumière de vos bons exemples il éclaire nos cœurs ! qu'il les excite à lui plaire et à le craindre ! Et, qu'en fait d'aide et d'amour, il vous octroyé tout ce que vous pouvez souhaiter.
Que la vue d'un illustre et vertueux rejeton (celui du fameux Khair el-dyn) ! réjouisse nos yeux ! Qu'il lui suffise ! Qu'il le garde de tout mal dans le présent comme dans l'avenir !
Qu'il répande ses grâces et ses bénédictions sur son envoyé Ahmed, par l'intercession de qui tu remporteras la victoire, ainsi que sur sa sainte famille et ses bienheureux compagnons !
L'auteur de cette pièce est le rejeton d'Ibn-Moussa Mohammed, qui confesse son imperfection dans la science et son peu de talent. »
L'entrée des musulmans dans la forteresse en question, ajoute le biographe du cheikh Abd-el-Rahman ibn- Mohammed Ibn-Moussa al-Wadjdiahia, arriva la nuit du samedi 15 du mois de ramadhan, l'an 1007 de l'hégire, qui correspond à l'année de l'ère chrétienne 1598. Or, la prise du fort Saint-Miquel par les Turcs s'accomplit le 4 mai 1563 (971 de l'hégire). Du reste, à cette époque, le pacha Hassan était mort à Constantinople depuis plus do 30 ans. Il y a peut-être erreur dans les chiffres de
482 GOMPLÉlCfiNT DE L^HISTOIRE DES BBNI-ZElYAN.
notre manuscrit, ou bien il s'agit dans ce poème d'une autre expédition que nous ne connaissons pas.
Les vers suivants furent adressés au pacha Hassan à Toccasion de l'échec qu'il éprouva devant Mersal'-Kébir, en 1563, avantlarrivée des canons d'Alger, échec qui lui coûta rélite de son armée et l'obligea à renoncer ausiège de cette place. C'est une sorte d'élégio, où le poète s'étudie à consoler le pacha et à relever son courage en lui promettant un meilleur avenir.
VERS
Mon Seigneur ! ô vous, Télu d'une race toujours triomphante ! c'est par les victoires que vous remportez sur l'ennemi que vous donnez la vie et la joie à vos amis, à vos compagnons, à tous vos proches.
C'est par une suite non interrompue d'exploits et de conquêtes que vous illustrez le nom du cher et noble rejeton de Khair el-dyn.
Chacune de vos entreprises, Seigneur ! mérite l'approbation de tous vos sujets ; vous les couvrez de gloire et vous les faites triompher de tous les obstacles.
C'est vous qui faites disparaître le mal dont ils sont menacés, et qui gardez leurs secrètes pensées. Vous allez donc, Seigneur, dissiper leur tristesse, en leur procurant tous leurs besoins.
Vous ne cesserez de les protéger dans ce monde et dans l'autre contre les fléaux de la haine et du mauvais vouloir; vous les préserverez de tout malheur.
Vous leur livrerez la clef du bonheur ; vous leur ouvrirez la porte de la citadelle, ô mon souverain, vous qui prodiguez vos dons et vos faveurs.
Vous n'ignorez point, Seigneur (que Dieu vous aide de plus en plus!) la demande qui fut adressée par lieraclius (1) à un guerrier, son compagnon d'armes, au sujet
(1) D'après la tradition arabe, l'empereur Hcracliiis fut le prc-
DES SAVANTS DE LÀ FIN DU RÈGNE DBS BENI*ZfitYAN. 483
de la vaillance que les Arabes avaient déployée sur un champ de bataille, ni la réponse qui lui fut faite et jaillit de la bouche du guerrier arabe comme une eau claire et limpide.
«Telle est leur habitude, répondit-il; ils ne combattent point autrement, et c'est avec Paide des hommes vertueux et vaillants, que le succès des batailles leur est assuré. »
Vous, Seigneur, n'êtes- vous pas le successeur des intrépides compagnons du Prophète ? et Dieu n'est-il pas nécessairement le plus fort des vainqueurs?
Ayez donc confiance en Dieu et prenez patience ; vous viendrez à bout de votre louable dessein ; vous vous rendrez maitre du port et de ses embarcations.
Le miséricordieux (que sa majesté soit jamais exaltée!) l'a promis : A côté du malheur, a-t-îl dit, se trouve le bonheur (1). C'est une vérité dont la connaissance ne vous est pas étrangère.
Le siège de Mcrsa'l-Kébir, dont il s'agit, dura dixhuit jours. Il fut vaillamment soutenu par la garnison espagnole qui se défendit avec le plus intrépide courage. Dans diverses attaques et assauts livrés à la citadelle, Hassan perdit plus de quinze cents hommes. On dit qu'à la vue de ce désastre, le pacha, écumant de rage, arracha son turban et, le jetant dans la bouc ensanglantée : il s'écria : « 0 Musulmans ! se peut-il que quatre coquins de Chrétiens tiennent contre vous dans une pareille bicoque ! » Hassan fut obligé de lever le siégera l'arrivée d'une flotte chrétienne, qui foudroya les assiégeants de sa formidable artillerie et les força à battre en retraite vers Mostaghanem.
Le cheikh Abd'el-Rahman Ibn-Mohamcd Al-Wadjdîa-
micr qui fit frapper des dinars ou pièces d'or et qui introduisit le perroquet dans l'empire romain. (Voir le Kamous^ article Heraklo.) (1) Alkoran, Sur., xciv,5 et 6.
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hia mourut à Tlemcen le vendredi 19 de châaban de Tan 101 1 , de l'hégire (1602 de J.-C). H fut enseveli dans le cimetière du fameux cheikh Ibrahim al-Masmoudy. On lui fit des funérailles magnifiques. On dit que pour suivre son convoi il ne resta personne dans la ville, ni dans le quartier d'Agadir, ni à Hubbed. Les Turcs même et les étrangers voulurent l'accompagner. Les porteurs de son cercueil n'arrivèrent au lieu de la sépulture qu'avec une peine infinie, tant la foule était compacte et nombreuse. Il fut enseveli à côté de cidi Ibrahim al-Masmoudy.
T Le cheikh Ahmed ibn-Mohammed Ibn-Ahmed Abou'l-Abbès Al-Makkary, c'est-à-dire originaire de Makkarah (1), naquit à Tlemcen à la fin du XVP siècle de l'hégire, probablement entre les années 980 ou 985 (1572 et 1577 de J.-C). Il appartenait à une famille très anciennement établie dans cette ville, et dont plusieurs membres s'étaient illustrés par leur science ou par leur fortune. C'est sous les yeux de son père et la direction de son oncle qu'il fut initié aux premiers éléments de la science; il lut jusqu'à sept fois le Sahih d'Al-Bokhâry à l'école de son oncle. Afin de compléter son instruction, il se rendit à Fez, qui était alors un centre littéraire et possédait des écoles renommées pour la science des professeurs et fréquentées par des étudiants venus de toutes les contrées de l'Afrique septentrionale. Il fit deux fois ce voyage, une fois en 1601 et une autre fois en 1604. De là il visita la ville de Maroc, Aghmat, ancien berceau de la dynastie des Almohades. Après la mort de Talfâkib Mohammed Al- Houâry, en 1613, il fut promu, à Fez, aux fonctions d'imam dans la mosquée d'Al-Karounn^ et les con-
(1) Mahrak ou Makkarah était un village situé aux environs de Tlemcen, selon les uns, et dans le Zab, aujourd'hui le Ilodna, selon les autres.
serva jusqu'à Fépoque où il quitta le pays pour faire le pèlerinage de la Mecque, ce qui arriva à la fin de ramadhan de l'année 1618. Ce devoir rempli, il revint s'établir au Caire où il jugea à propos de se marier. De là il fit plusieurs excursions dans les villes voisines ; il visita Jérusalem 1619, et retourna à la Mecque en 1627. On dit qu'il renouvela ce pèlerinage jusqu'à cinq fois. Après un séjour de sept ou huit ans en Egypte, il partit pour Damas en passant par Jérusalem. Au Caire, comme à la Mecque, àMédine et à Jérusalem, il s'abouchait avec les savants de l'endroit, ouvrait avec eux des relations littéraires et consacrait le reste de son temps à l'étude ou à l'enseignement. « Pendant son séjour à Damas, dit un de ses biographes, le cheikh Maglurébin Al-Makkary eut de nombreux colloques avec des savants, et, en particulier, avec le cheikh Ahmed ben-Chahin, qui lui avait fait un accueil des plus gracieux, en lui donnant une place à l'école de Djakmak,où il professait. Il avait l'habitude, après la prière du matin, de faire dans la mosquée de cet établissement, un cours sur le Sahih d'Al-Bokhâry ; puis le nombre des auditeurs augmentant, il s'installa dans la cour de la mosquée, en face du pavillon connu sous le nom d*Ai- Bàou'niah. La plupart des notables et des savants de Damas se rendaient à ses leçons et tous les étudiants y accouraient. Après être resté environ quarante jours dans la capitale de Syrie et s'y être acquis la réputation d'un homme pieux et savant, il retourna au Caire. Mais ravi des honneurs qu'il avait reçus des habitants de Damas, il se disposait à aller s'établir définitivement dans cette capitale de l'Orient, quand la mort le surprit dans le mois de djomâda II en 1631 (1).
(1) Ces renseignements biographiques sont extraits d'un livre intitulé : Khalossato'l athar fy AouânyH karnVl-hâdy-âchar, quintescence des traces historiques touchant les hommes remarquables du XI" siècle de l'hégire, par le cheikh Amin
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 ces précieux renseignements nous joindrons les détails suivants que Ton tient de l'un des amis des disciples et des admirateurs d'Âl-Makkary, le cheikh Âbou-Âbd'AUah Mohammed, connu sous le nom de Miy&rah et mort en 1661 de notre ère. Le passs^e que nous allons citer est extrait de Tun des trois commentaires qu'il a composés sur un livre théologique du docteur Ibn-Achir et intitulé : Al-dorro' l-thamin oual, maured al-mâyin, La Perle précieuse et la Source jaillante. Le cheikh Miyârah qui avait été, comme nous venons de le dire, un des disciples d'Aï- Makkary et l'un de ses plus grands admirateurs, ne manquait jamais* Voccasion de citer les paroles de son maître, de mentionner son nom et ses œuvres avec la vénération la plus profonde. C'est en rapportant un passage du livre d'Al-Makkary intitulé : Edhaato'l-dojnah^ Eclaircissement de l'obscurité, et en prenant cette citation pour prétexte, qu'il fait l'éloge de Fauteur et nous fournit sur sa vie les détails les plus précieux. Voici comment il s'exprime : « Abou'l-Abbès Ahmed Ibn-Mohamnied Al-Makkary, notre très regretté professeur, était, dit-il, un imam d'une science profonde, d'une érudition universelle, ayant une connaissance supérieure du droit, une intelligence prompte et active et une sagacité merveilleuse qu'il unissait à beaucoup d'éloquence et à une véritable passion pour les belleslettres. Il faisait autorité par ses fetwas, et par les khotbas ou sermons qu'il composa pendant qu'il était imam de la mosquée d'Al-KarouUn (à Fez) et qui ne seront jamais surpassés... »
Il est auteur de plusieurs ouvrages très répandus dans le monde savant. Il composa entre autres ;
Djolaby. Le texte arabe de cette biographie a été publié par M. G. Diigatdans le premier volume des Analectes, p. xzi etxxii de son introduction.
1° Le traité qui porte le titre do Katfo'l mohtassar min afnani'l mokhtassarj Cueillette des fruits suspendus aux branches du traité Âl-Mokhtassar. Ce sont dos gloses fort utiles sur le Mokhtassar du cheikh Al- Khalil.
2* Izharo'l'KimamatiouazharoH riadh fy akhbariVkâdhy Ayadhj Floraison du calice et fleurs des parterres touchant l'histoire du cadhi Ayadh. C'est une biographie du célèbre cadhi de Ccuta, Ayadh Ibn-Moussa (1).
3* Un livre très instructif sur l'art de faire des tableaux talismaniques [Al-Djeânual).
4* Un traité théologique qu'il intitula : jBd/iaato'Zdojn&h fy àkàidi ehli VSonnah^ Eclaircissement de l'obscurité touchant les points fondamentaux de la doc* trine religieuse, ouvrage excellent, qui contient une foule de développements intéressants et profitables pour le salut. Il le composa étant à la Mecque, et, après l'avoir composé, il en confia une copie écrite de sa main à Téminent alfakih, le célèbre Abou-Bekr al-Medjâcy, qui nous l'apporta à Fez et cela, dit le biographe, en Tannée 1040. Enfin, le cheikh avait réuni un grand nombre de matériaux, et composé beaucoup de fragments de littérature et autres sujets, qu'il coordonna ensuite en un corps d'ouvrage, auquel il donna le titre de ArfoV^ thib fy taavîfi bi/ouazm-bni'i-K'/iafi6,Labonneodeur du parfum, ou biographie du vizir Ihn-eUKhatih. Il mourut (Dieu l'ait en sa miséricorde !) dans la ville du Caire vers le milieu de redjeb ou de châaban del'an 1041 . Dans des stances que nous avons composées pour honorer la mémoire de nos maîtres décèdes^ et, en particulier, de notre vénéré maitre Al-Makkary, nous avons indiqué cette date par le mot C/iam, qui exprime la date
(i) Auteur de divers ouvrages et, entre autres, d'un traité qui a pour titre A /-c/ie/a /"y /iadi^/ii'/-Mo8(a/a. Mort en 554 de Thégire (1149 de notre ère).
488 COMPLÉMENT DE L^HISTOIRE DES BBNI-ZEIYAN.
de sa mort (1041), en même temps qu'il rappelle à l'esprit le nom du pays que le cheikh avait adopté vers la fin de sa vie. »
— - Il est à remarquer que, lorsque Al-Makkary mourut, il venait à peine de mettre la dernière main à son grand ouvrage, qui n'est mentionné par Miyârah ni comme terminé, ni sous son véritable titre : c^est qu'à répoque où il achevait le commentaire dont la citation ci-dessus est extraite^ quatre ans seulement après la mort d'Al-Makkary, le grand ouvrage d'Al-Makkary n'était pas encore répandu en Afrique, et n'était guère connu que de réputation : « le Nafko'UTiby dit M. Ch. Brosselard, n'avait pas eu alors le temps de franchir la longue distance qui sépare la capitale de l'Egypte de celle du Maghreb (1). »
La liste des ouvrages attribués au cheikh Al-Makkary, par Abou-Abd' Allah Mohammed Miyârah est loin d'être complète : nous l'achèverons à l'aide de celle qui se lit dans la biographie d'Al-Makkary par le cheikh Amin Djelaby extraite du KhalsLsato'Usithar et dont le texte a été publié par M. G. Dugat à la fin de son Introduction, p. XCVII et suiv.
!• Fàtho'l-motaàli fy msidhy 7 nâai, Exposé de ce qui est exalté touchant l'éloge des sandales de Mahomet.
2** Ithafo^l moghr'â fy tekmili charhi 'i Soghra^ Ouvrage offert en cadeau à celui qui brûle du désir de voir le complément du commentaire de la Petite Profession de foi (du docteur Al-Senoussy).
3° Arfo'l'-néchek fy akhbari dirnaschk^ Suaves odeurs aspirées à propos de Thistoire de Damas.
4*» AUghratthou oual-sàmin oual^-rathou oualthaminj Recueil de fragments, les uns maigres ou gras ; les autres vieux, sans valeur, ou précieux.
(1) Revue Africaine. Cinquième année, nov. 1881, article : Les Inscriptions arabes de Tlemcen, p 400 et suiv.
5* Raudho^l as al-âtero'l anfas fy dhikriman lahitohou min âalàmi merrakoscha ouafez^ Parterre de myrtes, qui embaume la respiration , ou mention des savants de Maroc et de Fez, que j'ai eu le bonheur do rencontrer.
6® AldorroH'thamin fy esmaiV'hâdyV^amin^ ouahaschiato charhi oummVl'bérahin^ Perles précieuses touchant les noms du guide fidèle (Mahomet) et gloses marginales sur le commentaire du traité Oummo*i-Berâ/iin, la source des arguments. Ouvrage théologique.
V KitêboH-bedàati ouel-nochSiati, Livre du commencement, ou début et de l'accroissement du progrès ultérieur. C'est un recueil de divers morceaux de littérature en prose et en vers.
8"* Enfin on lui doit un traité (rissêlah) sur la pause du poème quintain dont le milieu est vide ou libre (1). Mais le fondement le plus solide de sa gloire littéraire et son principal titre à la reconnaissance de la postérité, c'est son grand ouvrage sur l'histoire de l'Espagne qu'il intitula: JK'ifé6o'Z-iVa/a/ii7-fi6min ghrosnVUAnda" lossVl-ratebou edhikro waziriha LissaniV'dyni'bnVl' Khatib, Odeur du parfum qui s'exhale du rameau verdoyant de l'Espagne et biographie du vizir Lissan el-dyn Ibn el-Khatib. C'est un vaste répertoire de faits historiques, de notices biographiques, de dissertations Httéraires, de citations curieuses en prose et en vers, qui embrasse Thistoire des Arabes d'Espagne depuis leur entrée dans ce pays jusqu'à la ruine de leur empire ; une sorte de bibliothèque historique et littéraire, selon l'expression de M. G. Dugat dans l'analyse de cet ouvrage : « C'est, dit ce savant orientaliste , l'Elspagne arabe entière historique, littéraire, artistique, scientifique depuis le VHP siècle jusqu'au XV* siècle ; c'est un
(1) J'avoue ne pas saisir le sens de cette dernière expression.
i9() COMPLÉMENT ni: i/histoiiu-: des bkni-zeiyan.
immense tableau criiommcs, do villes, do monuments, d'événements, de voyages, do combats, do scènes en toutgenre (1). ^ Cette immense compilation, dont Al-Makkary avait ramassé les matériaux en divers temps et en différents lieux et qu'il avait entrepris d'après le conseil et les instances de son ami, le cheikh Ibn-Chahin, de Damas, fut mise en ordre et rédigée au Caire dans le courant de Tannée 1627, puis terminée avec de grandes augmentations deux ans après , c'est-à-dire en 1629. L'ouvrage se compose, comme l'indique le titre, de deux parties. La première qui en forme les deux tiers, contient une longue série de fragments d'auteurs arabes sur rhistoire politique et littéraire des Arabes d'Espagne depuis leur conquête jusqu'à leur expulsion ; la seconde est plus spécialement consacrée à la biographie de Lissan el-dyn, homme d'Etat et littérateur célèbre qui vivait à Grenade au XIV* siècle. C'est la première seulement comme étant la plus intéressante, qui a paru sous le titre d'Anàlectes et été publiée, à Leyde, parles soins et sous la direction de quatre savants bien connus MM. R. Dozy, G. Dugat, L. Krehl et W. Wright en quatre volumes in- 4**.
L'on y a ajouté un cinquième volume qui contient une introduction par M. Duf^at, un appendice avec la biographie (texte arabe) d'Al-Makkary par le cheikh Amin Djelaby, des additions et corrections à chacun des quatre volumes par les éditeurs et des notes fournies par M. Fleischer pour la correction des livres VI et VII de la première partie. Ce cinquième volume s'ouvre, à droite, par deux tables, Tune donnant les noms propres des écrivains qui sont cités dans le corps de Touvrage, Tautre offrant les titres des hvres sus-mentionnés.
l'I) Introduction à l'édition dos Annlccta sur l'histoire et la littéralurc des Arabes (V Espagne par Al-Makhary, tome l*'', p. VI et xcvi.
Ces additions ot corrections, qui font le plus grand honneur à l'érudition et à la diligence des Orientalistes qui les ont proposées, rendent le texte de cette édition aussi correct que possible ; il n'attend plus qu'une habile et savante main pour passer dans notre langue et livrer au grand jour les trésors scientifiques qu'il renferme.
Depuis de longues années, il est vrai, l'importance de l'ouvrage est reconnue et appréciée; des passages intéressants ont été traduits et communiqués au public soit dans des ouvrages historiques, soit dans des recueils de textes arabes en prose ou en vers, destinés aux étudiants ; un savant espagnol, a fait même paraître une traduction abrégée de l'ouvrage (1), mais il a suivi un plan autre que celui de l'auteur; de plus, il s'est contenté de traduire les récits historiques, en laissant de côté la partie de ces récits qui intéressent la littérature : son travail laisse donc beaucoup à désirer sous le rapport de son perfectionnement, et le livre d'Al-Makkary, pour être bien apprécié et servir au progrès des études historiques et littéraires doit selon nous, être l'objet d'une traduction entière et complète.
Tels sont les noms des personnages les plus remarquables, qui survécurent à la ruine de l'empire des Beni-Zeiyan, et qui, au début de la domination turque, illustrèrent la ville de Tlemcen, en répandant sur elle les derniers reflets de leur gloire scientifique et littéraire ; car, à partir de cette malheureuse époque, la science ne compte plus aucun représentant digne de ce nom ; les chaires publiques ne sont plus occupées ; les écoles deviennent désertes ; la civilisation est enrayée dans sa marche progressive : le sabre des nouveaux conquérants domine tout, décide de tout.
(l) The Histortj of ihe Mohammedan dynasties in Spain, translated by Pascual de Gayangos, 2 v. in-4o. London, 1840.