‹ Complément des Mémoires pour servir à l'Histoire de Mon Temps. Histoire Parlementaire de France. Recueil complet des discours prononcés dans les Chambres de 1819 à 1848Chapitre 5 sur 10 · MAS · texte numérisé non relu

MAS

tôO HISTOIRE PARLEMENTAIRE DE FRANCE.

Ce sont là, messieurs, des progrès, des progrès très-réels dans la voie de la société civile et de Tadministration civile. 1^ gouyememenl persévérera dans celte voie ; il continuera de favoriser ce progrès sans abandonner ce qui fait la force, et ce qui fera longtemps la sûreté de la domination française en AlgériCi Tautorité militaire et le gouvernement militaire.

Un mot, à présent, sur la colonisation.

Je n'ai certainement pas la prétention de discuter ici les divers modes de colonisation dont on a parlé ; je crois que le moment n'en est pas venu, et quW les discuterait fort mal aujourd'hui.

Le jour où cette question pourra être prise à part et serrée de près, il y faudra des études et un temps qu'il est impossible d'y consacrer aujourd'hui.

Voici le principe de conduite du gouvernement à cet égard. On l'a poussé dans deux sens très-différents; les uns ont dit : a Ne faites rien, laissez tout faire à l'industrie privée, laisses faire les grands et les petits capitaux; laissez faire la liberté, ne vous en mêlez pas. » Les autres disaient : a Faites vous-mêmes, fondez vous-mêmes; bâtissez des villages, colonisez, établissez des régiments à l'état de colotas; faites tout vous-mêmes, d

Le gouvernement, messieurs, n'a voulu faire ni l'un ni l'autre. Il met une grande importance à la colonisation; il sait que la création d'une population européenne dans l'Algérie est la garantie définitive de la sûreté et de l'efficacité de notre possession ; il veut y pousser de tout son pouvoir.

Qu'a-t-il fait? Il a pris le parti de n'épouser exclusivement aucun mode de colonisation, mais de les favoriser tous : il prête son appui à ceux qui sont spontanés, qui se produiseol eux-mêmes; et, quant à ceux qui sont l'œuvre du gouvernement, il en fera faire certains essais; ceci s'applique surtout aux modes de colonisation militaire.

J'épargnerai encore à la Chambre la discussion des divers modes de colonisation militaire : il y a le système du maréchal Bugeaud, celui du général Bedeau, celui du généni

CHAMBRE DES DÉPUTÉS. ~10 JUIN IWrt. 861

Lamoricière, celui de Tadministration centrale de Paris. Il 7 a quelque chose de bon dans chacun, il y a des essais à faire de chacun, et, ayec ces différents essais, en secondant les efforts des colonisations spontanées, en faisant des expériences sur les modes de colonisation militaire, l'œuvre générale de la colonisation marchera, se développera, et un jour, je ne sais lequel, nous serons bien près du but. Le gouvernement n'a pas, en fait de colonisation, d'autre principe de conduite que celui que j'ai l'honneur de mettre sous les yeux de la Chambre.

Je Unis, messieurs. Les seules questions dont je n'aie pas parlé, ce sont celles que j'ai appelées en commençant des questions d'avenir, celles qui n'ont pas Irait à l'état actuel des choses en Afrique et à ce qui peut se faire immédiatement, mais à leur organisation définitive.

Messieurs, je le reconnais autant qu'aucun des honorables préopinants, les questions d'avenir sont très-nombreuses et très-graves. 11 y en a de locales pour l^Algérie : le gouvernement local continuera-t-il d'être unique ou sera-t-il divisé en plusieurs gouvernements, comme quelques personnes le demandent? Sera- 1 -il civil ou militaire? Y aura- 1 -il un ▼ice-roi ou un simple gouverneur général? Quelle sera la part qu'onfera aux colons, aux colons européens, dans l'administration des affaires locales?

Toutes ces questions ap))elleront toute l'attention du gou- Temement et des Chambres.

Et quant au gouvernement de l'Algérie en France, que de questions ont été élevées! Faut-il incorporer complètement l'Algérie à la France, la diviser en départements, la gouverner, l'administrer comme notre territoire continental? Faut-il répartir les affaires de l'Algérie entre les divers départements ministériels et donner à chaque ministre sa part du gouvernement de l'Algérie? Faut-il un ministère spécial? Faut-il laisser l'Algérie au ministère de la guerre ? Toutes ces questions sont réelles, graves, et deviendront pressantes. Le gouvernement ne regrette nullement qu'on les pose et qu'on les

discute. 11 ne Irouve pas que ce soit encore le moment de les résoudre; il ne croit pas que les fiails soient mûrs, ni lis esprits.

)1 ne demande pas mieux que de voir cette maturité faire des progrès.

Messieurs,ilya, entre la plupart des honorables préopinants qui ont discuté cette grande affaire et moi, une différence importante, et la voici.

Ils croient la question grande et difiicile. Je la crois pl|u grande et plus difficile qu'ils ne la croient; je pense que, poir arriver à la solution des diverses questions qui sont contenues dans celle-là^ il faudra plus de temps, plus de réfleiion^ plus de patience, plus d'efforts que nous n'en avons encore mis, et que nous ne sommes peut-être disposés à en mettre aujourd'hui.

On a beaucoup parlé des misères, des calamités qui se passent en Algérie, des fautes, qui y sont commises. On nous a, passez-moi l'expression, jeté à la tête des exemples qui, diton, nous condamnent, les exemples des Anglais, des HoUaodais.

Messieurs, par ce que je n'appellerai pas une bonuQ fortune, mais par un hasard singulier, TAngleterre fonde en ce moment même une grande colonie; elle est occupée à conquérir^ à soumettre, à coloniser la Nouvelle-Zélande. Ehbieo, messieurs, il ne se passe rien en Algérie qui ne se passe dans la Nouvelle-Zélande. Les insurrections continuelles des naturels, les piassacres des Anglais par les naturels, des naturels par les Anglais, les fautes du gouvernement local, les plaintes, les récriminations des colons contre le gouverneur, les querelles entre le gouvernement central et le gouvernement local; tout cela se passe daus la Nouvelle-Zélande comme dans TAtgérie (Rumeurs diverses), et tout cela se passe sous les auspices du gouvernement le plus fort et le plus babile en matière de colonisation, et par les mains des homme; les plus exercés à fonder des colonies.

Messieurs, ceci nous apprend une chose : c'est qu'il faut

être k la fois moins impatient et plus confiant dans Tavenii'; il ne faut pas croire que des fautes, des erreurs, 4«s misères, eoppéchent le succès définitif. C'est la condition des affaires humaines : elles sont mêlées à ce point de bien et de mal, de fautes et de succès ; il faut savoir supporter ces vicissitudes; il faut savoir accepter les inconvénients, les misères du spectacle auquel on assiste, même de sa propre conduite; Et, au milieu de ce continuel mélange, il ne faut désespérer de rien; il faut seulement se donner le temps de vaincre iet difficultés et de résoudre les questions : c'est tout ce que le gouvernement du roi demande quant à TAlgérie. {Trà^ (ien/ trèt-bietk !)

~ Séance da 11 juin 1646 . —

M. Lanjuinais ayant demandé des explications sur le régime de la presse en Algérie, je lui répondis :

M. GuizoT.*— Je ne conteste pas qu'il ne puisse y avoir là pour le gouvernement un sujet d'étude ; je prie seulement la Chambre de remarquer combien cette étude, ou du moins les résultats auxquels elle pourra conduire, seront difficiles. La Chambre doit voir, par la vivacité de nos discussions sur les affaires de l'Algérie, par les questions qui s'élèvent à ce sujet, ce que seraient ces mêmes questions, ces mêmes discussions, transportées sur les lieux mêmes. Évidemment il pourrait y avoir, il y aurait dans la liberté de la presse, appliquée à l'état actuel de l'Algérie, les inconvénients les plus graves. (Oui! om!)

J|e mis de ceux qui pensent quMI est très-difficile, je ne 4ii pas impossible, mais très-difficile, de trouver un intermédiaire quelconque entre la censure cl la liberté de la preis^. Je crois qu'il faut que la liberté de la presse suit réelle, c^ipaplète, ne dépendant que des tribunaux, ou que la presse

soit, comme elle est en Algérie, sous la surveillance absolue du gouvernement.

La question générale qu'a élevée Phonorable préopinant est donc extrêmement difficile à résoudre, quant à présent, et je n'hésile pas à dire que, dans ma conviction profonde, la liberté de la presse est inapplicable à l'état actuel de l'Algérie. {Oui! oui!)

Quant aux allusions personnelles que vient de faire l'honorable préopinant , la Gbambre me permettra de dire qoe je suis, par devoir à mon avis, et en même temps par goût, tellement indifférent aux attaques de la presse, je m'en préoccupe si peu en France, qu'en vérité il serait puéril de ma part de m'en préoccuper en Algérie.

M. Garnibr-Pag^s. — Ce n'est pas la même chose, c'est de rinsubordination.

M. le ministre, — Je ne liens pas toute la presse de l'Algérie pour une presse officielle, et je ne m'en prends pas au gouvernement de l'Algérie de ce qu*il y a, sur mon compte comme sur tout autre sujet, dans les journaux algériens. Si j'y prenais garde, je trouverais dans ces journaux, tantôt des critiques, tantôt des compliments, un jour des attaques» le lendemain des apologies; je ne me préoccupe ni des unes ni des autres; je ne me préoccupe pas plus de ce qu'a pu dire VAkbar que de ce que disait quelques jours après à mon sujet la France algérienne; je laisse à cet égard aux hommes, fonctionnaires ou non, qui écrivent dans les journaux de l'Algérie, la plus complète indépendance. La Chambre a pu voir hier que cela ne m'empêchait en aucune façon de dire sur les affaires de l'Algérie, non-seulement sur les affaires, mais sur les personnes aussi, ce que je croyais vrai et bon à dire dans l'intérêt du pays; quand j'ai voulu donner un exemple des sentiments d'humanilé et de modération qui animent nos généraux et nos officiers, j'ai trouvé sous ma main le rapport de M. le général de Lamoriciëre, je l'ai apporté à cette tribune. J'aurais pu, si j'avais eu sous la main au même moment ce que je n'avais pas, y apporter des pro-

CUAUBRS DES DÉPUT£S.~11 JUIN 1846. 265

clamatioiu de M. le général Bugeaud lui-même^ une entre aatres écrite en quelque sorte sur le champ de bàtaîUe d'isl j^ poar recommander à tous ses ofticiers, à tous ses soldats, la modération, la justice^ Thumanité envers les Arabes. Gslle-là n'est pas la seule. M. le maréchal Bugeaud a fait plusieurs actes du même genre^ également honorables. Si je les avais eus sous la main, s'ils avaient été en ce moment présenls à ma mémoire^ je les aurais portés à la tribune. Je n'ai pas hésité à y porter le rapport de M. le général de Lamoricière.

Je prie la Chambre de ne pas donner aux attaques et aux discussions de la presse algérienne plus d'importance qu'elles n'en ont réellement; politiquement, ma conviction est qu'elles n'en ont absolument aucune, qu'elles n'altèrent en aucune façon l'opinion et la liberté de personne, ni dans celte Chambre ni au dehors de cette Chambre.

Quant à la question purement locale algérienne, il y a quelque chose à examiner, quelque chose peut-être à faire, dans ce que vient de dire l'honorable préopinant. On comprend que les colons qui ont des affaires réelles, des intérêts civils^ sur les lieux, ont besoin, dans certains cas, de pouvoir Cure connaître leurs griefs, défendre leurs droits. Je regarde comme très-difficile d'établir un régime qui donne satisfac^ tion à certains intérêts civils, sans établir la liberté politique de la presse. 11 y a cependant quelque chose à étudier à cet égard, et le gouvernement ne s'y refusera point.

M. Gustave deBeaumont étant reyenusur le massacre de DOS prisonniers par Abd-el-Kader, je lui répondis.

Jf. k ministre des affaires étrangères. — Il me parait impossible que, toutes les fois que nous parlons d'un si douloureux événement, nous n'ayons pas au moins cette consolation intime de croire que nous le déplorons tous également, que nous éprouvons tous le même sentiment. (Mowoemeni à gauche.)

J*ai le droH de demander aux honorables membres de l'opposition cette justice^ comme je la leur rendrais en pareiik occurrence.

A gauche.^-W n'y a pas de doute.

M. le minUtre, — Je suis charmé d'entendre dire qu'il d'j a pas de doute; j'ai entendu quelquefois, non pas en œ moment; mais quelquefois, des paroles qui m* auraient donoé le droit d'en douter. {Rédatnatian à gauche,)

H. CRteEux. — Je demande la parole.

Jf . le ministre, — J'ai besoin de répondre à quelques erreurs de fait de l'honorable préopinant.

I) a cité des paroles du Jfontteur algérien qui a dit que ce triste événement était dans les prévisions locales. Eh! mon IMeu ! il étatty non pas avec toute son horreur^ mais comme une chance possible, dans la prévision de tout le monde; nous étions tous, moi le premier, vivemetit, profondément jn^occupés du sort de ces malheureux prisonniers tombés aux mains des Arabes. Sans croire qu'on 5e portât contre eux à d'aussi odieuses extrémités, je savais bien^ dès le premier jour, quels étaient leurs périls^ et j'en étais si préoccupé que je n'ai pas attendu pour y donner tous tnei soins, pour chercher quelque moyen d'y porter remède, je n'ai pas attendu qu'il fût question d'échange ; je n'ai pu attendu qu'Abd-el-Kader en parlât. Dès que nous atons sa que de malheureux Français étaient tombés dans les mains des Arabes, nous avons cherché les moyens de les délivrer. Il y en avait plusieurs; il y avait les moyens de force, les tentatiyes d'espédîtions sur la deira, pour la sarprend^, la disperser, lui arracher les prisonniers. Cet Moyeas-là, en s'en est occupé, on les a préparés.

J^ai vu quelque part, je crois, dans les jotmiaux, qu'un de nos généraux en Afrique avait, dans ce but, demandé des forces qnî lui avaient été refusées. Cela n^est pas vrai! Noos âTons cherché, je le répète, s'il étaJf possible de délivrer par la force ces malheureux prisonniers.

En même temps, nous cherchions aiifti, mesaieitrs, si, par

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des négociations, par IMatervention de Tempereur du Maroc^ nous ne pourrions pas atteindre ce but. Nous étions bien en droit d'employer ce moyen , car il nous avait une première fois réossiy pour un petit nombre de prisonniers^ j'en coufiens, mais enfin il nous avait réussi; nous avions, par l'entremise de l'empereur du Maroc^ arraché à Àbd-el-Kader des prisonniers français que J'empereur du Maroc s'était fait rendre par Abd-el-Kader^ comme ayant le droit de les revendiquer, puisqu'ils étaient sur son territoire, et qu'ensuite il nons avait rendus, à nous. . * '

Eh bien, en même temps que nous nous occupions des moyens de force, nous nous occupions aussi, et très-assidÛment, très^activemcnt, des moyens de négociation.

Il y avait d'autres moyens, il y avait les mdyenâ indirects; il y avait l'argent à employer par àei voies? indirectes^ par des négociateurs cachés et volontaires. J'ai écotrté auési, j'ai accueilli les propositions qui m'ont été faites dans ce sens- là; je les accueillies avec quelques inconvénients, quelques datigers pour notre politique, car qui ai-je écouté en pareil/e matière? Des hommes qui, à ma connaissance, avaient eu, ataient peut-être encore, avec Abd-el-Kader, des relations intimes et qui, à ce titre, pouvaient devenir utiles pour nous. J*ai, je le répète, accueilli aussi et cherché à employer ce moyen-là, avant qu'Abd-eUKader eût fait, à notre connaissance, aucune ouverture à ce sujet; tout à l'heure je rectitierai lés erreurs de fait dans lesquelles est tombé l'honoraUe préopinant à cet égard; ce que je tiens à constater, c'est que, dès le moment où nos prisonniers ont été entre les mains d' Abd-el-Kader, l'attention, la sollicitude, attention est un mot beaucoup trop faible, la sollicitude du gouvernement et la mienne ont été vivement excitées titir ce points et que nous avons cherché à mettre en œuvre tons les moyens que nous pouvions employer pour atteindre un but qui nous était aussi important, aussi cher qu'à vous.

C'est pendant que nous nous occupions ainsi dé la que»lion, que nous avisiona à tenter ces dîvere moyens, c'est

pendant ce temps-là que nous avons reçu la nouvelle qu'Abdel-Kader avait fait, au maréchal Bugeaud^ une proposition, une ouverture d'échange.

L'honorable préopinant se trompe quand il croit que M. le maréchal Bugeaud n'a pas pris son parti sur cette proposition; il Ta repoussée de lui-même et à l'instant, parce qu'il l'a jugée pleine de périls pour la France. (ChuchotetnerUs à gauche,)

Messieurs, il faut que je dise ici toutes choses et que je défende tout le monde, moi le dernier, et les autres, M. le maréchal Bugeaud entre autres, avant moi. (Parkzl parlez!)

M. le maréchal Bugeaud a été convaincu qu'il résulterait de l'acceptation de cette ouverture qu'il ne croyait pas sincère... {Légère rumeur à gauche,)

Je ne demande pas à l'honorable M. de Beaumont ni à aucun des membres de cette Chambre ce qu'il aurait cru et ce qu'il aurait fait s'il eût été à la place de M. le maréchal Bugeaud. Je dis ce que Thonorable maréchal a cru, et quand je dis ce qu'il a cru, je me hâte d'ajouter que je le crois en pareille matière parfaitement sérieux et sincère; je suis persuadé qu'il n'a pas formé sa conviction, qu'il n'a pas réglé sa conduite dans cette «affaire sans y avoir profondément pensé. Je suis convaincu que l'intérêt qui nous préoccupe tous en ce moment était cher à M. le maréchal Bugeaud comme à nous-mêmes; je suis convaincu qu'il lui a été extrêmement douloureux de se trouver dans la situation où il s'est trouvé , qu^il lui a été extrêmement douloureux d'être obligé de se prononcer, et de se prononcer selon sa conviction dans une pareille question ; mais eniin il l'a fait ; il a été sérieusement, loyalement, patriotiquement convaincu que la proposition n'était pas sérieuse et sincère, qu'elle n'avait pour objet véritable que de faire croire à des négociations, à des commencements de paix entre la France et Abd-el- Kader, et que le résultat d'une telle croyance serait d^aggraver et de prolonger la guerre; et pour aller tout de suite à

CHAMfiRE DEâ DÉPOtÉS.— Il JÛÏN 1646. S69

un fait plus précis^ plus direct^ qui était possible en ce moment, que le résultat d'une pareille situation pourrait être le soulèyement, rinsurrection de la Kabylie au profit d'Abd. el-Kader.

Ce triste incident a précisément coïncidé a^ec le trayait que faisait Abd-el-Kader pour soulever la Kabylie , et il avait besoin pour cela, pour se donner de grandes apparences de force, de faire croire qu*il pesait puissamment dans la balance, et que la France comptait beaucoup avec lui, pré^ cisément en ce moment.

L'honorable maréchal Bugeaud Ta cru; il Ta cru après avoir, je le répète à dessein, sérieusement, profondément réfléchi sur sa conviction et sa conduite. Il a cru devoir, quelque douloureuses que fussent ses émotions, il a cru devoir refuser les ouvertures qui lui étaient faites.

C'est très-peu de temps après avoir appris ce qui s'était passé entre M. le maréchal Bugeaud et Abd-el-Kader, que nous avons appris le massacre des prisonniers. Nous n'avons^ point désapprouvé M. le maréchal Bugeaud, non ! nous avons, pensé qu'il était impossible de nous former ici sur les faits^ sur les situations locales, sur les conséquences des actes, une opinion dififérente de la sienne; nous nous en sommes rapportés à son opinion, à son jugement, convaincus qu'il avait bs mêmes sentiments que nous et qu'il aurait formé Des mêmes vœux que nous.

Et il faut bien que la Chambre* me permette de dire quelle est la circonstance qui a décidé le malheur que nous déplorons; c'est le résultat des efforts que nous faisions sur les lieux et auprès de l'empereur du Maroc, pour dissiper, pour disperser, pour dissoudre, pour chasser du Maroc la deira d'Abd-el-Kader.

Car remarquez quelle était la difficulté, la complication de* notre situation : en même temps que nous poursuivions, par tous les moyens que j'ai indiqués à la Chambre, la délivrancede nos prisonniers, en même temps nous poursuivions lai dispersion, l'expulsion de ladeïra; nous ne pouvions renoncer

m HISTOIRE PARLElfENTAIRE DE FRANCS, à notre politique^ nous ne pouvions laisser paralyser toute noire coQ4Mite, tous no^ efforts contre Abd-el-)La4er par la crainte doQt parlait l'honorable préopinant.

Les mesuies qui ont été prises, soit sur notre frontière, soit par l'empereur du Maroc lui-même contre la deîra d'Abd-el*Kader, ont contribué^ puissamment contribué à h dispersion, à sa dissolution, et c^est en se dispersant, en se dissolvant, c'est en se voyant chaque jour réduite à une situation plus faible et plus précaire, qu'elle a pris, soit d'ellemême, soit par l'ordre de son chef, l'aiTreuse résolution qui nous occupe en ce moment.

VoilSi, messieurs, l'exacte vérité des faits. Nous n'avons pat cessé un moment de nous préoccuper de cette situatioB^ nous n'avons pas attendu que la provocation nous vint de PAIgérie ; nous n'avons pas attendu qu'elle nous vint d'ici* \\ est vrai que nous n'en avons pas parlé; nous n'en avons fait aucun bruit ; précisément dans l'intérêt du succès que nous poursuivions, il nous importait qu'on n'en fût pjis ici d^avance et passionnément préoccupé; il no.us importait que, soit les tentatives de force qui nous paraissaient possibles, soit les tentatives de négociation, soit les mofeous indirects que nous employions, que tout cela se fit sans brait, silencieusement. C'était le seul moyen qui pût nous donner des chances de succès.

Nous avons été malheureux, très-malheureux ; personne ne le sent et ne le proclame ici plus hautement que moi. H&is tout ce qui se pouvait humainement et raisonnablement ùire, nous Tavons fait.

Voix à gatushe, — Non!

Jff. le ministre. — Nous l'avons tenté.

Àh! messieurs, s'il m'était possible de croire que, si les honorables membres qui siègent de ce côté (L'oroleiir fnon^ la gauche) avaient eu le pouvoir entre les mains, s'ils avaient été chargés de cette affaire et de cette négociation, s'il m'était possible de croire qu'ils eussent réussi mieux que nous n'avons réussi, je regretterais amèrement

qu'ils n eussent pas le pouvoir I {Vive approbation au cerUre,)

M. Atuis. — Il était difficile de plus mal réussir !

if. le ministre. — La Chambre connait exactement les faits. Je répète que je n'ai pas dit un mot dans l'intention de reporter sur personne la responsabilité du gouvernement. Quoique la décision dont il s'agit n'ait pas été primitivement prise par le gouvernement lui-même, quoique M. le maréchal Bugeaud Tait prise instantanément, spontanément, de lui-même, sur les lieux, je suis convaincu que^ d'après la connaissance qu'il avait des faits et des situations, il a eu raison dans la conviction qu'il s'est formée, dans la résolution qu'il a prise. Je n'entends point en reporter sur lui la responsabilité.

Naiotenant que la Chambre connaît bien toutes les circonstances, elle sera convaincue^ je n'en doute pas, que c'est un lualbeor, un grand malheur qui pèse sur tout le monde, mais qu'il n'y a eu ici de faute, de la part de personne, ni de la part du maréchal Bugeaud, ni de la part du gouvernement. (frèS'bienI trMnen!)

Discussion du budget des affaires étrangères pour rezercieel847. Affaires des chrétiens du Liban.

- Chambre des dépatéi. — Séance da 18 Juin 1846. —

M. GuizoT, ministre des affaires étrangères. — L'honorable M. de Maleville avait anDoncë rinteiition d'adresser au gouvernement des interpellations sur les affaires du Liban, et je m'y étais prêté. Ces interpellations devaient^ si je ne me trompe, avoir lieu à propos du budget des .chancelleries consulaires qui est à la fin du budget tles dépenses.

Des rapports que j'ai reçus d'Orient par les deux demi^ paquebots m'annoncent^ dans les affaires du Liban^ des incidents et des mesures qui modifient profondément l'état actuel de ces affaires. Dans cette situation , et après y avoir bien pensé , j'ai la conviction profonde qu'une discussion sur les affaires du Liban serait en ce moment inopportune, et courrait chance de nuire, je dis plus, nuirait aux deux intérêts que nous avons dans cette question^ l'intérêt de l'ordre, de la paix, de la sécurité des chrétiens dans le Liban, l'intérêt des chances de succès de notre politique dans cette même question.

Je i$uis donc convaincu que, dans ce double intérêt qai

CHAMBRE DES DÉPUTÉS.— 13 JUIN 1846 f7S

Dous importe également aux uns et aux autres, la discussion est, quanta présent^ inopportune^ et je crois de mon devoir de ne pas l'accepter.

M. BiRRTEE. — 11 est difficile de nous arrêter aux dernières piroles de M. le ministre des affaires étrangères. 11 a dit qu'il ne pouvait pas accepter les interpellations.

Il me semble qu*il ne s'agissait pas d'interpellations, mais qu'il s'agissait d'engager une discussion sur les affaires de la Syrie et sur la politique qui convient à la France dans ces graves affaires.

Il n'est personne en France, dans l'Europe chrétienne, qui ne soit profondément ému de tous les renseignements qui nous arrivent sur l'état horrible dans lequel sont les populations du Liban. Il importe que le sentiment des popalations chrétiennes, que le sentiment de la France, avant tout, sur des questions si douloureuses, se manifestent, et se manifestent publiquement. Ce peut être là le résultat de la discussion que notre honorable collègue M. Léon de Maleville se proposait d'engager, au moment qui a été indiqué.

Je ne comprends pas bien de quelle utilité pourrait être, pour les négociations dont on parle, le silence auquel on voudrait condamner la Chambre.

Il est impossible que la Chambre ne soit pas d'accord avec an cabinet français sur la politique qu'on doit suivre dans des questions de cette nature et de cet ordre, et je crois que, s'il } a des négociations engagées, l'union intime de toutes les pensées françaises vers un même but, au lieu d'être un danger, est une force.

Que M. le ministre me permette de le lui rappeler. Il y a quatre ans, une discussion s'est engagée, et un accord parfait n'existait pas, entre nous et lui, sur ce qu'il convenait de faire dans le Liban. Les faits accomplis depuis quatre ans n'ont que trop malheureusement démontré que nous avions raison alors; aujourd'hui, je crois que le ministère en est convaincu, comme nous l'étions alors, et je verrais avec peine se perdre

rôccaçioh d'examiner ici, avanl la clôture de la session, une question de cet ordre. Il y a sùrcêtle mafiëre une unammilç d'opinions 8ecourable aux populations âue la France ne èeift pas délaisser.

M, lé minisire des affaires étrangères. — Il n'y a personne dans la Chambre qui ne sache qu'on peut aVoir sur une question le même sentiment, le même but/ sans avoir, sur fes moyens d'atteindre ce but et de satisfaire ce sentiment, sur Popportunilé de telle ou telle mesure, les mêmes opinions. On peut varier d'opinion sur les moyens et ^ur Kopportunilé, en ayant, quant au but, la même 'peâs&.

(Test parce que je suis convaincu que là mani^és'taBbn et la discussion dés diverses opinioiis sur les moyens d'âttéindk rê but, diversité que je connais bien et que personne ne peut mer, c'est, dis-je, parce que je suis convaincu que, flans l^état actuel des faits, celte manifestation et cette disdussioD seraient nuisibles que je me suis décida à m*y refuser.

J'ajoute un seul mot : quant à présent, Iè't!ibane$l tranquille; les désordres et les malheurs que nous avons eus à déplorer ne s'y renouvellent point en ce t&bment; je craindrais que la discussion n'eût pour effet de les ranimer au lieu de les apaiser. (Réclamations.^ A cet égard, ma comiction est entière, et je répète que le ne saurais me prêter à la discussion.

M. Berrtrr. — Je demande à répondre un mot à M. le mmistre.

''Ses dernières paroles sont plus affligeantes que les premières. Je demande dans quelle situation est la politiqiie 3e notre pays, si la manifestation des vœia ardents de la France ost une cause de danger pour les populations auxquelles elle sMriléresse. • • * •

M, le ministre des affaires étrangères. — Je ne puis pa5 accepter les paroles de l'honorable préopinant, tl ne s'agit pas de la manifestation de vœux dotit Punanimrté est bien comme; il s'agit de la discussion, et l'honorable S.Berryer fni-méme sait bien et vient de dire qu'il y aurait une dis-

cussîon. Pourquoi y aura-t-il une discussion? Parce qu'il y ààî¥eni\é d'opinion sur l'opportunilë et Tutilité de telle ou fellè mesure, de tel ou tel système^ de telle ou ïelle conduite. C'est celte discussion que je ne crois pas' utile aujourd'hui,

et àlaaaelle je me refiise.

•:- Séance du 15 juin 1846. —

M, le ministre des affaires étrangères. — Messieurs, lorsque avant-hier j'ai eu l'honneur de dire à la Chambré qu'à raison de faits nouveaux survenus dans ces derniers lenips, je ne croyais pas devoir accepter celte discussion, j'y avais bien réfléchi, et je persiste anjourd'hui dans ma conviction et dans mon refus.

M. DE Lauartinb. — Je demande la parole.

H. le minisire, — Je puis, je crois, me permettre de dire, et j'espère que la Chambre croira, que Thotiorable piéopihànt croira lui-même que je ne fais pas cela pour éviter lihè discussion ; elle viendra au moment où elle sera opportiiiië, et aucune des assertions, aucune des idées que Thonorable préopiuant vient de porter à cette tribune ne passera sanë être combattue ou redressée, si je pense qu'elle ait besoin de redressement.

Il y a, dans le discours que vient de prononcer l'honorable préopinant, bien involontairement sans doute et avec une entidre bonne foi, un grand nombre d'erreurs de Fait, une trb-fausse appréciation de l'état de la question de Syrie et des moyens efficaces pour porter remède aux maux que nous diplorons. Je mettrai ces erreurs en lumière le jour oh Se croirai pouvoir le faire utilement pour les chrétiens du Libaii et pour la politique de notre pays en Orient; je redresserai, en particuTier alors. Terreur que vient d'exprimer l'honorable préopinant sur la politique de rAutricbe et l'adhésion cfu prince de Metternicli à hotre opinion. Aujourd'hui, je'lihe te

ferais pas utilement, parce que je ne pourrais pas me servir de toutes les armes dont j'ai besoin pour le faire^ et je ne yevii pas m'en servir parce ((ue je ne le pourrais pas sans nuire à des intérêts actuels.

Il se prépare, il s'accomplit dans ce moment mème,auseio du Liban, des modifications au régime administratif, bonnes et utiles dans tout système d'administration, bonnes et utiles sous une administration unique et chrétienne, /:omme sous Tadministralion mixte qui prévaut encore dans le Liban.

Je ne veux pas entraver ces améliorations : il Taut qu'elles s^accomplissent et qu'elles tournent au profil du régime que nous désirons dans la montagne.

Il y a un second fait dont je tiens aussi grand compte ; pour le moment^ la paix est rétablie dans le Liban; il n'y a plus de pillage, plus de meurtres, plus de désordres graves: ce n'est pas le moment de courir la chance de les faire recommencer par la discussion.

Que la Chambre me permette de lui dire que nous ne prévoyons jamais assez l'effet de nos paroles. (C'est vrai!) Quand nous les prononçons à cette tribune, elles se répandent^ elles vont au loin, et elles passionnent et troublent les populations et les gouvernements. Je me crois moralement obligé de prévoir ces effets-là^ ce n Vst pas au moment oii la paix commence à se rétablir, ce n'est pas au moment où des mesures véritablement utiles sont en cours d'exécution^ que je courrai le risque soit de faire recommencer le désordre, soit d'entraver les mesures dont je parle.

J'ajoute que ce que je cherche, ce n'est pas l'apparence du succès; je ne suis pas préoccupé du désir de me faire valoir auprès des chrétiens du Liban, du désir de persuader à tout le monde que je porle un vif intérêt à leur cause; je suis sûr de mon fait, je suis sûr de l'intérêt que je leur porte. Ce que je veux, c'est la réalité du succès; ce que je veux, ce n'est pas qu'on dise que je m'intéresse vivement aux chrétiens du Liban, mais je veux leur donner des preuves, des preuves réelles, eflicaces, de cet intérêt-là. Ce n'est pas

ta moment où j'ai cette espéroDce que je la sacrifierai à une apparence dont je ne fais aucun cas.

Et je ne crains pas que, sur les lieux mômes, on ait ie moindre doute sur les intentions et le travail assidu de la France et de son gouvernement dans Tintérèt de ces populations. Il y a là de vrais chrétiens qui vivent dans la montagne, qui la parcourent sans cesse ; il y a la congrégation des lazaristes et des chrétiens isolés, des chrétiens généreux, comme M. Eugène Bore, qui consacrent leur vie à servir, à soutenir les chrétiens d'Orient. Ceux-là savent ce que fait le gouvernement français ; ceux-là savent quels ont été ses efforts depuis cinq ans; ceux-là ont assisté aux difficultés que nous avons eues à surmonter; ceux-là nous rendent une justice que d'autres ne nous rendent pas ici, et qui nous suffit. J'attendrai la justice des autres.

Consultez aussi d'autres personnes : allez à Rome, consultez la Propagande, ces hommes dont c'est le devoir, la profession habituelle, de veiller dans le monde entier sur l'état des chrétiens et des catholiques en particulier ; vous verrez! Je ne veux pas me donner le facile plaisir de vous montrer les dépêches qui me sont parvenues de Rome pour rendre justice à nos efforts, pour nous remercier de ce que nous avons obtenu et de ce que nous poursuivons encore : il me serait facile de m'en prévaloir ; mais, ce que je veux, ce que je cherche, c'est la réalité du bien, non pas l'apparence de Tintérêt. {Très-bien/)

J'ajourne donc la discussion; quand elle viendra, et j'ai ^^i lieu de croire que ce sera au début ae la session prochaine; quand elle viendra, elle sera entière, et, ou je suis bien trompé, ou l'honorable M. de Maleville reconnaîtra luimême la plupart des erreurs dans lesquelles il est tombé. \Trèi-hîen: très-bien!)

-1- SéuM da 16 juin 1846. —

Ê, lé ministre det affaires étrangères y dé sa place. — l'ai quelques mots à dire ^..

Voix à gauche . —A la tribune ! on n'entend pas.

M. le ministre. — On a entendu hier^ on entendra âujoard*hùi...

Je n'ai que quelques niots à dire. . .

Lès mêmes voix. — On n'entend pas; à la tribune!

M. le fntmXre.—Je n'irai pas à la tribune. Il est arrivé, il arrivé à tous les honorables membres de cette Chambre de parler de leur place; je ne vois pas pourquoi je n'usertii {MIS de cette facilité, aujourd'hui comme hier^ et comme les autres.

J'ai quelques mots à dire^ et je n'entrerai pas plus dans la discussion aujourd'hui que je ne l'ai fait hier; mais je ne puis^ en vérité^ ne pas m'étonner des dernières paroles de l'honorable préopinant.

Qui donc lui a demandé le silence? Qui Ta prié de garder le silence? Est-ce qu'on n'a pas parle, est-ce qu'il n'a pas parlé lui-même? Est-ce nous qui lui avons demandé de se taire? Nous n'avons deinandéle silence à personne^ et j*ai le droit de repousser absolument cette parole que l'honorable M. de Lamartine vient de prononcer.

Qu'ai*je dit? Que je garderais, moi, le Hlence,parce que je croyais qu'il était de mon devoir de le garder.

Voilà ce que j'ai dit^ voilà ce que j'ai fait^ et en le faisant j'ai accepté la position la plus délicate qu'un gouvernement puisse accepter. Et^ ea vérité^ il m'est bien permis de le dire, je sais ine défendre et user de mon droit; je sais dire libi^ daênt mon opinion à la Chambre; quand je ne le fais pas, c'est parce que je ne crois pas qu'il soit de mon devoir de le faire, c'est parce que je crois que l'intérêt de mon pays me l'interdit.

« Ib fféponte à M. de Lamertîaa.

Comment! Au milieu de ses plus urgentes délibérations^ ^ la fin de sa session, la Chambre accorde à M. de Lamàrliné ratteniioD, la liberté de parole la plus entière ; elle Ta doiin^è hier à l'honorable M* de Maleville, et on dit qiiè le gouvernement a réclapé le silence !

A ^atichê, — Mais non ! Ce n'est pas ce que l'on dit.

M. le ministre. — Messieurs, c'est le droit du gouvernement, c'est son droit et soii devoir de n'entrer dans une discussion, prticulicreraent sur les affaires étrangères^ que lorsqu'il le croit opportun et utile pour l'intérêt dii pays, Ei spécialement dans l'affaire qiii est en question, c'est parce gue ie suis conyaincii qu'il n'y a pas utilité iii opportunité que j'ai refusé la discussion.

Je ne l'ai pomt refusée au commencement de cette session t dans une autre enceinte, j'ai discuté longuement les affairée de ojrie, parce que j'élais convaincu alors qu'il y avait opportunilé et utilité.

Depuis, des faits divers, et toiit récemmeiit encore des faits nouveaux, que je ne î)uis ni ne dois discuter en ce moment^ m'ont imposé une autre conduite. Je l'ai tenue ël . la tiendrai.

J'ai dik hier que j^avais rencontré dans le discours de l'honorable M. de M^lôville des erreurs^ de fausses appréciations que j'explicfuërai^ que Je discuterai, quand je croirai devoir accepter la discussion.

Aujourd'hui j*en ai rencontré bien davantage dans le discours de l'honorable M. de Lamartine ; j'ai rencontré une bien plus fausse appréciation de l'état général des faits; j'ai rencontré une bien plus complète (je cherche un mot qui n'ait rien de trop désobligeant), une bien plus complète inintelligence de* la question et des véritables intérêts des chrétiens de Syrie. (Rumeurs à gauche,)

l). Bbrrtbr. — Je demande la parole.

^ II. ie ministre. — Comment! Quand à cette tribune, à tout moment bii prononce, en parlant du gouvernement, les mots d'ignorance^ de faiblesse, d'abandon, de bassesse, il îie e

sera pas permis de rendre en lermes bien plus réserves, bien plus polis, de pareilles vérités aux honorables préopinants! {Rumeurs diverses.)

A gauche, ^Personne ne vous eu empêche.

M. DE Lamartine. — Je n'ai pas parlé de bassesse, je me respecte trop.

M, le ministre, — Je dis qu'au moment où je croirai la discussioui opportune et utile aux intérêts de la politique de mon pays en Orient et aux intérêts des chrétiens en Syrie, je Taccepterai complète et aussi approfondie qu'on le voudra; je mettrai en lumière alors toutes les erreurs dont sont remplis les discours prononcés à cette tribune; erreurs pleines de périls et pour les chrétiens de Syrie et pour la politique de mon pays, erreurs qui ne tendraient à rifen moins qu*à faire renaître, à propos des affaires de Syrie, une question et une situation analogues à celles de 4840.

Je signale cet ëcueil aujourd'hui ; je le mettrai dans tout son jour quand le momen^de la discussion sera venu. (Aumeurs à gauche.)

Quant aux faits particuliers apportés à cette tribune par l'honorable M. de Lamartine sur les opinions et les démarches du gouvernement autrichien, j'ai déjà dit et je répète que j'éclaircirai complètement les faits, et que je démontrerai que mes assertions sont pleinement fondées; maïs je ne dois pas le faire aujourd'hui.

REPONSE A H. BEURTER.

M, le ministre des affaires étrangères, — ^Je dis et j'ai toujours dit que nous avions un double but à poursuivre en Orient, la paix du Liban, la sécurité des populations chrétiennes qui l'habitent, et le succès de la politique de la France.

Il faut, en effet, comme Ta dit M. Berryer, d'une part, que

ces populations soient paisibles; de l'autre^ qu'elles sachent que l'influence de la France tient la plus grande place dans les biens dont elles jouissent.

Je reconnais complètement que c'est là le double but de notre politique. Ce double but^ je le poursuis. Je suis convaincu que bien des conseils qu'on nous donne à cette tribnne^ bien des paroles qu'on y prononce^ bien des mesures qa'oo y indique nous éloigneraient de ce double but^ au lieu de ooas le faire atteindre.

— Chambre det pairs. ~ Séance du S5 Juin 1846. ~

M. GuizoT, ministre des affaires étrangères, — L'honorable préopinant * vient de rappeler lui -môme la discussion qui a eu lieu dans cette enceinte^ à l'ouyerlure de cette session^ sur les a£Dûres du Liban; il aurait pu, ce me semble^ voir là une preuve que je suis fort loin de me refuser à la publicité et au débat, sur cette question-là comme sur toute autre. Mais il n'y a personne qui ne sache que tous les moments ne sont pas Cément opportuns pour traiter une question de politique extérieure^ qu'en poursuivant toujours le même but, en servant toujoui-s les mêmes intérêts, il y a tel moment où la publicité, la discussion leur sont utiles, et tel autre moment où elles leur seraient nuisibles.

Je n'ai fait qu'user du discernement qui est mon droit et mon devoir en pareille matière. A l'ouverture de la session, j'ai accepté franchement, complètement, le débat sur les affaires du Liban, parce que j'ai cru que le moment était bon pour prendre alors la position qui convenait à la France, et que j'ai prise, en effet, comme le rappelait M. de Montalembert. J'ai dit alors pour la première fois^ et je l'ai dit hautement, que l'administration unique et chrétienne du

^ M. la comte de Montalembert.

Liban était le seul moyen efficace, à noire avis, de porter remède aux maux qui Pont désolé, et que c'était là la politique de la trarice. Quoique je ne croie pas utile àujoiird'hui ik rentrer dans cette discussion, cela ne vèiii pas dire cjuèj'âié abandonné la politique que j'ai exprimée à l'ouverture de la session ; j'y persiste au contraire pleinement \ je suis convaincu, aujourd'hui comme alors, que le système dé l'administi ation unique et chrétienne est le seul qui puisse rétablir définitivement et d'une manière permârieritè l'ordre et la justice dans l'administration du Liban ; ce 4ûe je ne crois pas, c'est que le moment actuel soit bon pour recommencer, à ce sujet, la discussion. J'en ai déjà indiqué ailleurs les principales raisons^ celles du moins que je puis dire saos rentrer effectivement dans la discussion même. Il y en a ^eux ; la première^ c'^st que, quant à présent. Tordre matériel (je ne veux pas me servir d'une expression plus belle) existe dans le Liban ; les excès que nous avons tous déplorés ne s'y commettent plus. Il doit être évident pour tout le n^ondé qu'une discussion vive qui renouvellerait le sentiment dé ces excès, qui en étalerait les causes, pourrait, quant à présent^ au moment même où ils viennent de cesser, contfibuerlles faire recommencer.

Ce n'est pas seulement dans cette enceinte, dans nos Chambres législatives^ qu'il y a des luttes sur les affaires du Liban; il y en a sur le terrain même. Notre politique dans le Liban ne convient pas à tout le monde ; il y a là des populations^ des factions toujours prêtes à s'armer Tune cphlre l'autre; elles sont pour le moment calmées ; elles vivent, pour le rnoment, dans un état de paix les unes à regard des autres. Je crois ^u'il est bon, avant de rengager un débat qui releiitirait dans tous les échos de ces montagnes, de laisséi* se consolider un peu J'ordre matériel qui s'y rétablit.

Ma seconde raison est celle-ci : il se fait actiiellemènt^ dans l'administration du Liban^ des changements qui^ je le sais, tiennent encore au système établi en fait dans le Lil>an, à ce système mixte qui a prévalu en 4843, et que je n*ap-

prouve pas plus aujourd'hui qu'au commencement de la session; il se fait, dis-je^ actuellement^ dans ce système même, des changements qui sont bons essentiellement, en eux-mêmes, en partie du moins et pour tous les modes d'administration, pour radministration unique et chrétienne aussi bien que pour l'administration mixte. L'acte auquel l'honorable préopinant a fait allusion, .et qui n*a été publié dans les journaux que d'une manière incomplète^ tronquée et même falsifiée à quelques égards, contient certaines dispositions qui sont, je le répète, de graves et importantes améliorations dans le régime du Liban, qui profiteraient et qui, j'espère, profiteront h l'administration unique et cbrétioone aussi lien qu'à l'administration mixte qiii dure encore.

Ce serait, dans l'intérêt des chrétiens du Liban et de notre propre politique dans ces montagnes, une faute grave, je dirais presqu'un acte coupable, de venir déranger le commencement de ces améliorations, de les entraver, de les empêcher de s'établir sur ce terrain où il est si difficile d'établir quelque cnose.

Voilà les deux motifs qui me font penser (\ue la discussion, quant à présent, serait inopportune, et qu'elle nuirait cm courrait du moins la chance de nuire au double but ^e notre politique, la pacification, la pacification permanente du Liban, et le rétablissement^ raffermissement de Tinfluence qui appartient à la France dans ces montagnes.

Ce sout là les motifs de mon silence actuel^ qui ne préjuge rien sur ce qui se passera à l'ouverture de la session prochaine.

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