NAVIRES
vont dans la nécessité de laisser les récoltes- pourrir sur pied ; l'Amérique, dis-je, se mit k employer sur une grande échelle les machines de M. Mac-Connick, qui en n vendu trois mille cinq cents do 4834 à 4855.
Dans cos machines à moissonner, qui avaient été si appréciées en 4855, les tiges coupées devaient être immédiatement ramassées h l'aide d'un rflteau, pour faire glisser la javelle derrière les chevaux, afin que, dans le tour suivant, elles ne fussent pas foulées aux pieds par l'attelage passant h l’endroit coupé précédemment. Celte manœuvre, qui exige une quantité de travail considérable au moment même du travail de Ln moissonneuse, et qui, par suite, en diminue les avantages, n eïicoro été reportée sur la mnehine par les habiles constructeurs anglais Burgcrt et Koy. Il fallait en même temps de» organes bien légers et bien simples pour ne pas surcharger l’axe moteur et ne pas trop compliquer la machine. C’est un problème qu'ils ont parfaitement résolu de la manière suivante.
Les tiges, à mesure qu'elles sout coupées, tombent sur une plate-forme inclinée, placée à l’arrière de lu machine et sur trois hélices horizontales et parallèles, situées à des niveaux différents, mues par des courroies partant de l'arbre. Los tiges coupées reçoivent ainsi un mouvement de translation horizontal qui les conduit presque sur le sol, où elles sont renversées perpendiculairement au chemin que parcourt l’attelage. Ce renversement est dû à la plus grande longueur de la dernière hélice, qui continue à ûgir sur la partie supérieure
des tiges coupées, alors que les autres hélices ont cessé d’agir sur les parties inférieures do ces tiges.' Les arbres de ces hélices sont en bois, les spires en métal.
Un cône pincé vers l'extrémité de la machine, terminé par un sabot en fer, sépare les tiges qui doivent être coupées, et aide au mouvement de celles qui sont coupées, en les rejetant, par sa rotation obtenue au moyen de courroies qui le mettent en communication avec l’arbre moteur, sur les hélices au-dessus desquelles il se trouve placé.
Le seul reproche sérieux que l’on puisse adresser aujourd’hui aux moissonneuses perfectionnées, c'est de demander une assez grande habileté au conducteur, tant à cause de Ja complication du mécanisme que des ralentissements que peut produire dans les mouvements tout glissement, tout arrêt de la roue. L’expérience do ces machines fera disparaître le premier inconvénient, et le second s'amoindrit avec les progrès de l'agriculture, le parfait nivellement du sol, l’épierrement, etc. Malgré cela toutefois, ce serait un progrès souhaitable que d'ajouter quelque travail moteur k celui fourni par la traction, pour assurer contre toute irrégularité. Les chevaux le fourniraient facilement, mais sa communication aux organes en mouvement, par une disposition simple, est assez difficile & réaliser. Cela no nous parait pas impossible toutefois, et ce sera, sans doute, un progrès quo nous verrons obtenu dans un avenir prochain.
NACRE DE PERIMES. L’illustre physicien sir David ; Brewster a le premier expliqué les effets d’irisation de lu nacre, en montrant qu’ils sont dus à des réseaux | formés de mies très-fines. On ne peut les distinguer h l'œil, car elles sont si déliées qu’il en entre plus de trois mille daus un pouce anglais. La démonstration de ce fait résulte bien clairement do la possibilité d'ohtcnir les mêmes effets sur d’autres surfaces, en reproduisant ce mode de texture ; cette propriété a mémo été le |mint de départ de plusieurs curieuses fabrications. On peut, par excmpla, avec de la gomme arabique ou de la colle de poisson solidifiées , déposées sur de la nacre, obtenir une impression très-parfaite de sa surface, qui donne de belles couleurs quand la lumière est reçue soit par réflexion, soit par transmission. Une plaque de colle de poisson comprimée entre deux surfaces de nacre jouit de cette propriété au pins haut degré.
NAVIRES ( construction de). A l’article bateau A vapeur, nous avons donné quelques détails sur les principes qui guident pour la détermination des formes des navires. Nous les compléterons en empruntant au rapport du jury quelques indications sur le grand progrès accompli récemment dans ln navigation k voiles par un changement notable des formes des navires k grande vitesse, dits clippets.
Lcr clippers ont franchi tout d’nn coup les limites de vitesse jusqu’alors réalisées à l’aide de la voilo seule. En comparant, pour de longs parcours, leurs moyennes de traversée avec celles d’un navire à vapeur ordinaire, il se trouve qu'elles sont comme 5 est a 7. Qu’est cette différence, en présence de la différence du prix de construction et du prix de navigation? Longs, peu larges, très-creux, excessivement aigus aux extrémité», leur forme se rapproche de celle
que l’on donne aux navires à vapour. En effet, la résistance directe étant plus puissante contre l'avant d'un navire large et court comme le» navires à voiles ordinaires, que contre un navire fin de l’avant comme un bâtiment à vapeur, nne partie de la force de propulsion donnée par le vent est tout d'abord perdue pour vaincre cette première résistance ; on n’a donc pas hésité, dans la construction des clippers, à sacrifier un ancien principe, celui d'un avant renflé.
En donnant à ces bâtiments un avant au contraire trës-cflilé, il pouvait advenir que cet avant, sous le poids de la cargaison, tendit à plonger trop profondément dans la lame. On a remédié à cet inconvénient en transportant le maître couple du bâtiment, c’est-àdire sa plus grande largeur, sur l’arrière du milieu ; le centre de gravité de la carène et celui de la charge so trouvent ainsi sur l’arrière du navire; c’ost cette portion du bâtiment qui tend constamment à immerger, et en même temps, par conséquent, a faire relever l'avant du navire, malgré sa finesse.
C’est dans l’Inde anglaise quo les clippers ont pris naissance. Us servaient depuis longtemps à introduire l’opium en Chine. Les Américains du Nord n’ont pas tardé à les adopter, et les résultats considérables de vitesse qu’ils réalisent, les défis excentriques qui ont suivi leurs premiers succès, sont des faits dont le retentissement a été très-grand dans le monde maritime.
Bien qu’aux États-Unis, dans un pays où les capitaux, confiants dans la marine, ne lui font pas défaut, les clippers soient d'nn prix très-élevé, ils se sont cependant multipliés; les autres nations n'out pas hésité à entreprendre d’introduire la forme du clipper dans un certain nombre de leurs constructions. Toutes ont saisi de suite l’.avemr du navire à grande vitesse à la
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voile, et 1© progrès commercial considérable qui doit en résulter.
Comme bâtiment de mer, le clipper n’offre pas sam» doute les conditions de sécurité qu’offre le naviro construit selon les anciens errements. C'est ce que l’on peut appeler un bâtiment de beau temps. Sa grande longueur le rend difficile à gouverner; on croit même qu'un clipper engagé ne pourrait pas arriver. Ce sont là de graves inconvénients; mais, même dans leur état actuel, les clippers sont appelés à rendre d’utile» services, et, jusqu’à ce que la navigation à vapeur soit moins dispendieuse, ils sont destinés à envahir les ports de commerce, à mesure surtout que l’expérience apprendra à remédier aux inconvénients que nous avons signalés.
On peut dire que dès à présent cette transformation •'accomplit, et elle ce produit chez chaque nation, à peu près dans la proportion de son importance maritime.
Au nombre des transformations qui se manifestent aujourd'hui c‘t celle qni a trait à la longueur des navires. La tendance à l’accroissement exagéré de cette longueur paraît s'arrêter. Dans Tes clippers, on semble vouloir la limiter à 5 fois la largeur.
Toutefois lo Great- Republic, ce léxiathan des clippers construit à Boston par M. Donald Mac -Kay, et qui fut malheureusement incendié au moment de prendre la mer, avait pour longueur 6, 13 foi» sa largeur, proportion que nous croyons très-exagérée pour un navire à voiles.
Celle des vapeurs est très variable. Les deux compagnies rivales qui fout les trajets périodiques entre l'Angleterre et les Etats-Unis ont, en moyenne, ceux de la ligne Cunnrd, 7 fois la largour, et ceux de la ligne Collins, 6 fois 4/4. Cette proportion de 7 fois la largeur a été dépassée par le Üreat-Eaatem.
.San* donte ces immenses longueurs ont de grands avantages, commercialement parlant ; mais, au milieu des vagues de l'Océan, ces constructions, que l’on peut encore appeler anormales, nous paraissent présenter des dangers sérieux, surtout si la machine, par une cause quelconque, ne pouvait pas fonctionner. Il deviendrait excessivement difficile de gouverner, et, en fait, on peut diro que, à la mer, le salut de navires d’une si grande longueur dépend exclusivement de l'efficacité de la machine On peut inférer de ces considérations que si la tendance à accroître la longueur des navires reprenait faveur, on finirait par y adapter une petite hélice mobile agissant dans le sens de la largeur du bâtiment, et destinée à le faire évoluer. Aucun symptôme sérieux d'une invention de cette nature ne s’est toutefois laissé voir à l'Exposition universelle.
NEIGE, Moyens de deborrtuter let chemin* de fer det nriyei fai arrêtent le» conrni*. — La grande quantité de neige qui tombe souvent l’hiver dans le nord de l’Europe a révélé dans l’exploitation des chemins de fer un inconvénient grave, qui avait été pou prévu à l'origine Nous voulons parler de» arrêta qui résultent de l'accumulation des neiges et qui suspendent d’une manière absolue le seul mode de communication qui subsiste souvent entre deux villes.
Lorsqu'un convoi se meut sur un chemin de fer couvert de neige, sans que l'épaisseur de celle-ci soit considérable, il n'y a à tenir compte que de celle qui recouvre les rails. Pour le» en débarrasser on se contente dégarnir le chasse-pierres d’un balai qui nettoie la surface du rail, et dont l'action est suffisante si la couche c.-^sans épaisseur. Mais quand il n’en est pas ansi, lo chasse-pierres refoule la neigo qui va en s’accumulant en avant; à mesure que la quantité ainsi accumulée devient plu» grande, il est de plus en plus noyé dans une espèce de boule de neige, et celle-ci repasse en arrière dit balai, dont l'action est ponr le moins nulle.
Les roues de devant et bientôt les roues motrices tournant sur la neige se mettent bientôt à patiner, l'action de la locomotive pour déterminer le mouvement de progression diminue, et bientôt ua plan peu inoliné, qu'en temps ordinaire la locomotive franchit facilement, no peut plus être surmonté, le train est arrêté.
L’action du chasse-pierres et du balai qu’on peut y adapter devient doue insuffisante lorsque la quantité est assez grande pour qu'elle s'accumule on avant aa lien de se séparer par les côtés. Le remède consiste précisément à produire cet effet, et c'est ce qu’on obtiendra en imitant une opération bien connue, celle du labourage a la charrue. Dana cette opération, la terre est retournée à côté de la charrue, de manière à' permettre le mouvement éu avant, par nne pièce courbe appcléo tertoir. C’est un versoir qu’on devrait adapter à chaque extrémité antérieure du châssis, et qui. passant à 4 cent* environ du rail, renversera do côté toute la neige excédant la quantité que le balai chassera ensuite facilement.
Pour une quantité assez notable, ce système pourra être employé avec avantage , mais il serait évidemment insuffisant dans les cas où les quantités de neige accumulée» dans le» tranchées sont assez grandes pour les faire presque disparaître , niveler en quelque sorte le terraiu. Cela n'est jamais dû , dans nos contrées , k de la neigo tombée directement, mais à l'effet du vent qui entraîne la neige horizontalement et vient ainsi l’accumuler dans les tranchées. Le seul remède efficace est dan» l'établissement d’abris convenables pour éviter cet effet, et il n’en est pas de plus simple et de plus durable que celui obtenu par des plantations. Nous emprunterons un exemple de la manièro d'opérer, des dépenses et des résultats obtenus, à une excellente étude partie dans les Annale* de* pont* et ehautaëe*.
L'effet dont nous venons de parler se produisait avec une intensité remarquable, avant 4840, sur la route impériale n” 8î , do Roanne au Rhône , entre Saint- Etienne et Bourg-Argcntal , sur lo plateau dit de la République, et au grand tournant, près le village de Ruthiauge. Dans cette partio de son parcours, la route s’élève do 540 mètres an-dessus du niveau de la mer à 4,440 mètres, pour franchir la chaîne du Pila au col du Grand-Bois; à partir de ce col, elle descend vers Bourg-Argcntal, en suivant la rive gauche du rnisseau d'Argeutal , et en so développant sur les variants des ravins secondaires qui rejettent dans ce cours d'eau. II règne dan» ces région» élevées des tourmente» d'une violence inouïe; la neige, soulevée par le vent, so transporte rapidement à des distances considérables et se dépose dans les lias- fond» à des hauteurs de plusieurs mètres ; la route dif paraissait alors complètement dans la neige , et les voyageurs n’avaient ponr se diriger que de» pyramides en pierre, construites de distance en distance le long de la route ; l'interruption de la circulation avait de» inconvénients d’autant plus graves que la malle-poste de Paris à Marseille passait â cette époque par Saint-Etienne, et franchissait le Pila en suivant la route de Roanne au Rhône; l'enlèvement des neiges nécessitait chaque année des dépenses dont le chiffre dépassait souvent 5,000 fr., non compris le3 crédits spéciaux affectés à ce service par l’administration do» postes.
La route était pins particulièrement interceptée snr les plateaux découverts ou sur les versants très- inclinés que rien n'abrirait contre les vents du nord; mais au milieu des bois la circulation n’était jamais interrompue; quelle que fût lu rigueur du temps, il suffisait d’ouvrir une triuicbée dans la neige et le passage se maintenait pendant tout l’hivor. Dans les partie» où la route était à découvert, les tranchées se comblaient à mesure qu’elles étaient exécutée», et il fallait souvent travailler nuit et jour pour maintenir la circulation.
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lui malle-poste no payait qu 'après des cflorts inernyn- | blés et attelée de dix paires de bœufs ou de dix h quinze chevaux; les habitants du pays et leurs alto- \ loges étaient souvent mis en réquisition, et quelquefois inutilement.
L’idée d'abriter la mute par des plantations se présenta naturellement. Un projet fut étudié dans ce but en 4 8 i7, et mis à exécution quelques années plus tard. Les parties de route où la circulation était toujours interrompue pendant la mauvaise saison ont été défendues par quatre massifs d'arbres verts, d’autant plus épais que le terrain avait une déclivité plus grande. L’épaisseur des massif» varie de Si h 46 mètres; deux de ees massifs ont été plantés sur le plateau de la République : le premier a 283», 60 de longueur et 24"',7U de largeur, le second a 4,4I3«,80 do longueur et 27™, 68 de largeur. Les deux autres ont été plantés le long du Grand-Tournant, sur un terrain fortement incliné : l'un a 328 mètres de longueur et 44"», 88 de largeur, l’autre 213 mètres de longueur et 46"», 35 de largeur.
Les plantations, commencées en mars 1819, se sont continuées jusqu'à la fin d'avril 4851 ; les arbres qui ont été plantés sont des arbres verts de toutes les variétés, tels que épicéas, snpin» blancs d’Europe et d’Amérique, pins laricio, mélèzes, etc.; ils sont espacés de 4 mètre los uns des autres ; leur bouteur à l’époque où ils out été plantés variait de O», 50 à 4*, 50; les pins petits forment la première file du côté de la route, et les plus grands en sont les plus éloignés. Tons ont été plantés avec leur motte et livrés à l'administration le lendemain du jour où ils étaient retirés des pépinières.
La surface plantée est égale a 6 hectares 4 0 arcs ; la dépense faite s'est élevée il 37,474 fr. 4G, soit 6,064 fr. par hectares. Cette dépense sc décompose de la manière suivante :
Acquisition de terrain 4i,384f,83
4,474», 50 de déblai
pour plantation, à. . 4 4 44 4 ,239 42 \
42,380 arbres 0 455 49,282 90 /
4,767 arbres cassés >22,792f,63
par la neige .... 0 455 303 9854
32,227 tuteurs, à. . . 0,0455 4,406 328;
Total. ...... . 37,474 46
Ces plantations étaient il peines terminées que le résultat uépussait les espérances : dès la première année, i la neige, retenue par les jeanes sapins, n'encombrait plus les parties de route qui avaient été protégées. Depuis lors, la circulation n'a plus été interceptée, et avec des dépenses peu élevées il est facile d’ouvrir partout un passage aux voitures, et de le maintenir pendant toute la mauvaise saison. Aujourd'hui, les arbres ont des pousses très- vigoureuses, dont quelques-unes ont dépassé 4 métro en 4858 : l'avenir do tous les massif» est complètement assuré; chacun d'eux est en- ^ touré d’un fossé profond dont les terres ont été rejetées du côté des arbres pour empêcher les bestiaux d'y pénétrer.
11 eût été possible de procéder à la plantation de chaque massif au moyen d’arbres plus jeunes ; la dépense eût été beaucoup moindre; mais l’effet produit n'aurait pas été immédiat, et l'expérience faite n’aurnit pa» été aussi concluante. On peut affirmer aujourd'hui qu’il n’y a pas de localité où il no soit possible de prévenir les nmonccllcments des neiges sur les route* au moyen de plantations convenablement disposées, dont la dépense dépassera rarement 20 fr. par mètre courant.
Si néanmoins il fallait protéger une grande longueur de route, Userait avantageux de procéder plus économiquement en plantant des arbre» plus jeunes ; c'est-
à-dire les pins et les mélèzes à deux ans, les sapins et les épicéas & trois ans. L'effet se ferait attendre quelques années de plus, mais le succès n’en serait pas moins assuré; dans ce cas, le prix de revient de la plantation ne dépasserait pas 450 fr. par hectare, ré-
parti ainsi qu’il suit :
40,000 arbres, h 0f,04 400 fr.
Plantation de 40,000 arbres, à 0r,005 l’un. 50
Total 450
Il faudrait ajouter à cette évaluation le prix du terrain, variable suivant le» pays.
Le succès des travaux do cette nature dépend surtout du choix des essences résineuses qu’il convient de planter dans chaque localité, et des soins apportés à la plantation des jeunes arbres; il ne sera peut-être pas inutile d’entrer h cet égard dans quelques détails.
Les arbres résineux conviennent particulièrement box montagnes élevées, froides et pentueuse* ; les pins ■ilveetres aux terrains de toute nature, les pins laricio nux pentes exposées à l'ouest et an raidi, les pins maritimes aux subies et aux terrains d’alluvion peu élevés, les pins de lord Weyraouth aux terres franches, profondes et abritées du sud-ouest.
Le* sapins croissent sur les plus hautes montagnes, dans les terrains frais, profonds, et sur les pentes exposées au nord et h l’ouest. L’épicéa est le plus facile à planter; ses racines multipliées et chevelues facilitent *a reprise depuis la hauteur de ti»,45 jusqu’à celle* de 3 mètres. Le mélèze doit être planté dans des terrains légèrement frais et assez profonds, loin des arbres d'essence différente et au midi. Quant aux cèdres, peu de terrains leur conviennent ; les pentes exposées à l'est et abritées du nord doivent être préférées, ainsi que les terrains profonds et plutôt secs que frais ; ils sont difficiles à la reprise, eu égard à la nature de leurs racines, qui sont longues, cassantes et pen ramifiées.
Les méthodes do plantation varient suivant la dimension de* arbres : pour cenx dont la hauteur dépasse 0»,50, les trou» doivent avoir u®,30 carré* et 0“,4U de profondeur ; la terre végétale extraite du trou doit être placée d'un seul côté, l’arbre planté avec sa motte et entouré jusqu'au collet de terre ameublie, bien divisée, et le gazon provenant de chaque trou retourné et placé au pied de l'arbre, afin de maintenir une certaine fraîcheur autour des racines; si le gazon manque, on peut recourir à des pierres qui remplissent lo môme objet.
Les arbres de trois à cinq an* se plantent assez économiquement par deux bons ouvriers travaillant ensemble : l’un fait les trous avec une pioche carrée, et les approfondit avec un outil plus pointu; l'autre plante immédiatement, afin que la terre ne se dessèche pas; il porte les arbres dans un panier couvert, pour les mettre à l'abri de l'action de l’air on du soleil ; il emploie pour la pluntation une bêche a manche court, au moyen de laquelle il évide le trou ; il y jette d'abord un peu de terre, et y place lo plant après avoir écarté les racines dans toutes les directions, en ayant le plus grand soin do n'en retrancher aucune ; il les recouvre ensuite de terre fraîche et meuble et termine l’opération eu appuyant avec précaution la terre contra l'arbre, soit avec le pied, soit avec le manche de la pioche, lieux ouvriers bien exercés peuvent planter ensemble do 500 ù 4 ,000 arbres par jour.
lu» arbres résineux, quelle que soit leur essence, doivent être plantés serrés, à 4 mètre nu plu* de distance los uns «les autres, afin de se protéger mutuellement; 11 est facile, quand ils ont atteint les dimensions convenables, d’élaguer les moins vigoureux, afin de faciliter la croissance de ceux qui resteut.
Eu résumé, les plantations d'arbres résineux faites
OUTILS COUPANTS
OUTILS COUPANTS
avec discernement préviendront les amoncellement* de neige et le* dépense* considérables que nécessite leur enlèvement 6ur le* routes où la circulation est interceptée pendant la mauvaise saison. Le succès no saurait être douteux, si l’on choisit convenablement l’essence qui convient le mieux an terrain à reboiser, à sa nature, à sa profondeur et à son exposition. L’expérience faite depuis quelques années le long de la route impériale n° 8z, & de* hauteurs qui varient de 900 mètres à 1,1 20 mètres au-dessus du nivcnn de la mer, ne laisse aucun doute à cet égard, et a donné dès 1a première année les résultats les plus satisfaisants.
On peut en conclure que le* plantations auront également leur utilité sur les chemins de fer, et remplaceront avec avantage les écrans mobiles quo l’on dispose en hiver le long de* tranchées profondes et des parties habituellement encombrées par les neiges.
NICOL. ou PRISME DE NICOL. Cet appareil fait partie de presque tous les systèmes optiques à l'aide desquels on ntilise les phénomènes de double réfraction. Il permet de faire disparaître le rayon ordinaire pour ne conserver que le rayon extraordinaire que l’on veut étudier, résultat obtenu avec une grande simplicité.
Il se construit do la manière suivante : on prend un long parallélipipède de chaux carbonntée, on le coupe en deux par un plan perpendiculaire au plan des grandes diagonales des bases, et passant par les sommets obtus les plus rapprochés ; puis on rejoint les deux moitiés, dans le même ordre, avec du baume de Canada. Iji lumière qui entre par l’une ou l'autre des bases tombe très-obliquement sur le baume de Canada ; or, son
indice de réfraction est plus petit quo l'indice ordinaire de la chaux carbonatée, mais plus grand que l’indice extraordinaire ; il en résulte que le rayon ordinaire éprouve la réflexion totale, tandis quo le rayon extraordinaire passe pour sortir par l’autre base.
Le prisme de IS’icol ne luisse donc passer que l'image extraordinaire des objets que l'on regarde. 11 devient ainsi un moyen de distinguer l'image ordinaire do l'image extraordinaire produite par un cristal ; il suffit de mettre dans un môme plan la section principale du cristal et d’un prisme de Nicol; l’image unique qui passe est l’image extraordinaire.
Comme il faut que le plan coupant le cristal d’angle en angle furrno avec les bases un angle de près de 90 degrés, pour que le* bases restent entières, il faut que le parallélipipède obtenu par clivage ait des proportions telles quo les arêtes longitudinales dépassent en longueur trois fois celle du coté des bases.
M. Foucault est arrivé à peu près au même résultat en coupant le solide de clivage par un plan moins incliné sur l’axe de figure, en remplaçant le baume de Canada p*»r un milieu moins réfringent.
Il incline la coupe à 59 degrés sur le plan do l'une et de l'autre base, le solide strictement nécessaire se réduit alors au tiers de la longueur qu’il comporte dans le prisme de Nicol, et après avoir poli les nouvelles faces, il remet les morceaux en place, ch ménageant entre eux l’épaisseur d’une lame d’air. Ce système fonctionne comme le prisme de Nicol et constitue un polariseuf capable d'exercer une action complète sur un faisceau de lumière dont la divergeuce n’excède pas un angle de 6 à 8 degrés.
ORGUES. V. Tuyaux bosores.
OUTILS COURANTS. L’histoire des perfectionnements lents et successifs des instruments et machines h outils tranchants, perforants, etc., ac lie, dit Poncelet, auteur de cette belle étude, aux progrès mêmes de lacivilisotion chez lesdifTêrent/peaplcs, et oette histoire, considérée au point do vue philosophique, critique et descriptif, serait, comme celle des machines à moudre et do quelques autres non moins essentielles, du plus haut intérêt pour l'avancement, le progrès futur des arts mécaniques ; car car il n’est aucun organe dans la classe dos opérateurs qui offre des combinaisons aussi ingénieuses, aussi originales et aussi variées, sous le rapport de la forme et des effets physiques, j’ajouterai même, aussi parfaites et qui approchent autant des œuvres du Créateur, dans les instruments naturels de travail ou de conservation répartis aux divers animaux, instruments dont l'bommo- fut en quelque sorte entièrement dépourvu , et auxquels il dut suppléer par son intelligence, en le» prenant parfois pour modèles et pour types d’imitation. Depuis l’origine des sociétés, en effet, où, h l'état sauvage, il s’est créé, avec le ailex et les débris solides due animaux et des végétaux, des armes pour la pèche, lâchasse, la guorro, etc., jusqu'à non jours, où l’on à tant perfectionné, multiplié l’emploi du fer et de l’acier dans une foule d’opérations réclamées par l'état avancé des intlustriesJiuroanitaires ou civilisatrices, les outils coupants on perforants ont subi le* plus étonnantes et les plus admirables transformation», qui toutes ont eu pour point de départ essentiel l’expérience et l'observation, mais où le raison-
nement et une sorte de théorie instinctive chez les plus habiles nrtistes ont exercé une influence non moindre et toujours active.
Qu’y a-t-il, notamment, de plus ingénicnx que les ciseaux, les gouges à couteaux courbes, les varlopes, les bouvets servant à creuser, dresser le bois pour y pratiquer des rainures, des languettes et des moulures diverses ; que les vrilles, les tarières, les vilebrequins à lames courbes en cuiller, en héfites eu tire-bouchons dégorgeoirs, déjà oonnus de Vaucanson, perfectionnés depuis en Amérique, et en Angleterre par M. Churcb, de Birmingham ; que les grandes et puissantes mèches dites anglaises, à pivot central, à couteaux rectilignes, symétriquement appariés et agissant dans des sens diamétralement contraires pour détacher, du fond plat du trou à forer, des lames en couronnes circulaires ou cylindriques, qui s'élèvent ensuite verticalement bous la forme dé nappe» hél icoïdes, autour de la tige centrale de l’instrument ; mèches qui comportent, en ontre, aux extrémité» extérieures de leurs couteaux dé fond, d’autres petits tranchants perpendiculaires aux précédents, parallèles à la tige centrale, et dont les biseaux aigus détachent incessamment la matière solide des parois latérales du trou cylindrique, par une action qui rappelle celle du contre avancé de la charrue? Qu’y a-t-il de plu» ingénioux encore que ce dernier instrument, réduit à la simplicité d'une ancre chez les anciens, et où l’on remarque aujourd’hui non-seulement ce même contre, véritablo couteau en talus, qui ouvre, fend la terre latéralement et verticalement, mais aussi le soc à sabot triangulaire et appointé qui la tranche
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horizontalement no fond plan du sillon; le sep en bois qui on maintient postérieurement la direction rectiligne, par son glissement contre les fneus horizontale et verticale déjà formées dans ce même sillon: enfin lo versoir latéral en surface gauche, qui, placé en arrière du coutre et du soc, sert à retourner progressivement la motte de terre déjà détachée en dessous et but l'un des côtés, do manière à la faire, en quelque sorte, pivoter juif glissement et déchirement simultanés, sur le côté opposé encore adhérent an aol ?
Quant à l’âge ou longue tige en bois, inclinée et directrice, qui surmonte l'ensemble de ce merveilleux instrument, sans inventeur connu et dont le perfectionnement est lo fruit accumulé do l’expérience des siècles, on sait assez qu’il a pour but de régler et d’nssurer là marche et le piquage du soc et du contre, en prenant appui, tantôt sur la joug des bœnfe comme chez les anciens, tantôt sur l'avau t-txain comme chez le» modernes, ou restant tout à fuit libre comme danl’araire flamand, dont l’fige est simplement maintenu par do long« mancherons postérieurs, que dirigent les puissantes mains du laboureur, de manière que la résultante de* force» actives de tirage, etc., vienne sc confondre sans cesse avec celles des résistances du coutre, du eoc et du versoir, dans la direction rectiligne même du sillon à ouvrir, grâce à ln réglementation préalable do la hauteur du point d’attache dos chaînes de tirage dan» les meilleures charrues. L’agriculture, nommée avec raison la mtr» nourricière de» homme», la coutellerie et la chirurgie instrumentale, tant perfectionnées par les Sir-Henry, les Charrière, en France, par les Savigny, les Philp et les Coxeter, en Angleterre, pour la satisfaction de besoins également impérieux, nous offriraient d’autres exemples d'outils coupants, mécaniques ou composés, non moins dignes d'intérêt que la charrue, si ingénieuse dans son apparente simplicité, mais en réalité si savante dans ses principales dispositions et combinaisons.
Quoi de plu# remarquable encore que l’ensemble des outils à perforer le sol, aujourd’hui employé» dans l'art du funtainier sondeur, et qui, décrit* avec tant de soin dans l’ouvrage de notre savant compatriote l'ingénieur Garnier, ont été si heureusement modifiés, perfectionnés et agrandis en puissance ou en dimension pur les Mulot, les Degou*éc et. les Kind, que, à leur aide, on parvient aujourd’hui, par des procédés en quelque sorte automatiques, à percer la terro n des profondeur# de six cetfts à sept cents mètres, pour y découvrir des sources jaillissantes ou d’autres richesses minérales indispensables à l'existence des sociétés modernes?
Enfin la scie droite elle-même, la scie à main, connue des Égyptiens et d’apparence si simple, si primitive, constitue en réalité un instrument beaucoup plus complexe et plus savant qu’on ne le suppose ordinairement, en raison de la forme triangulaire et prismatique de ses dent* à évidements alternatifs pour loger la sciure, à taillants inférieur# obliques et dirigés vers le dehors pour trancher latéralement les fibres du bois, tandis quo leurs biseaux inclinés antérieurs et leurs sommets pyramidaux avancés s’y enfoncent de droite ou de gauche et alternativement, à la manière des clous, des pointons, pour mordre, déchirer lo fond du sillon, en outre élargi au moyen d'une légère inflexion donnée à la pointe do ces mêmes dents, de part et d'autre de l’axe ou du dedans au dehors, ce qui constitue la voie et snpprimo le frottement, lo pincement latéral et postérieur de la lame de scie, et, par suite, son trop grand échauffement. A ces ingénieuses dispositions il faudrait en joindre d'antres non moins essentielles et relatives, soit à la meilleure inclinaison à donner à ces biseaux dirigés do manière, tantôt à agir, tantôt à glisser sur le bois, sans l'entamer pen-
OUTILS COüPASfrs. f
dani le* retour de la scie; soit à la formé même de* dents de cette scie, susceptible de varier avec la dureté, l'épaisseur do la pièce à débiter, avoc la direction des fibres à trancher, avec la possibilité d’opérer dan* chacun de ces cas, à simple ou à double effet, on allant et en venant ; différences qui s’aperçoivent très-bien dans les scies à crochet* courbes et évidés des scieur# de long, dans les scies à dents isocèles et symétriques dos menuisiers, dans le passe-partout à dents doubles ou à cornes dont $e servent les charpentiers pour le sciage en travers, etc.
Ce» dispositions si variées, si intelligente*, et les moyens mécaniques non moins ingénieux adoptés pour le bandage des lame# dans leurs châssis rectangulaires, dans leur monture eu arc do ressort métallique, ou donble T servant d'appui intérieur aux membrures extrême* contre faction de la vis ou de la cordo de tension, ces dispositions originales et simples sont également dignes d 4id mira lion , et clics supposent, de la part des inventeurs méconnus ou ignorés et des ouvriers qui dirigent lo travail do tels outils et en soignent l'entretien ou l'affûtage, uno étude non moins délicate qu’attentive et réfléchie.
D'ailleurs leur» combinaisons multiples, en y comprenant même celles qui concernent les instrument* employés au travail du fer, du marbre, etc., ne sont pas aussi étrangères les unes aux autres qu'on pourrait le croire au premior abord. Leurs progrès, comme le perfectionnement même des diverses branches d' industrie, sont solidaires, et c'est, à coup sûr, une chose fort regrettable en soi et pour scs conséquences probables, que les auteurs aient autant négligé l 'étude de leurs propriété» physiques et mécaniques, surtout en ce qui sc réfère proprement à la classe des outil# coupant*, tranchants et perforants ; car, on lo sait par maints exemples, la vitesse, la masse, les formes et les proportions géométriques de ces outils jouent, en raison do l’inertie, du frottement et de la résistance de la matière à la pénétration, un rôle bien défini et non moins essentiel que leur élasticité et leur dureté relatives, ou quo le degré du poli et le mode de graissage. C’est à tel point, en effet, qu'un simple changement dans l'ouverture, l'inclinaison d'un tranchant, l'altération du poli ou le manque de graissage, peuvent occasionner une déperdition, en travail moteur, variant du simple au quadruple, sans compter les déchets en matière première et les malfaçons, qui viennent justij fier le proverbe : On reconnaît l'ouvrier à- l’outil.
On sait, par exemple, qu’il est tel 6ci<mr de bois de chanffage, qui, par la manière d'affûter, de graisser et conduire sa scie, gagne, avec moins de fatigue journalière, trois on quatre fois autant que tel autre peu intelligent ou inhabile. Ici, il est vrai, l'ouvrier est incessamment averti par sa fatigue même, tandis que, dan» les machines conduite* automatiquement, rien, pour ainsi dire, ne le guide, s’il n’est pas doué d’nn esprit naturel d 'observation , de bon vouloir comme surveillant et d’une expérience antérieurement acquise ; faute de qu6i la machine, malgré la bonté de son installation première, fonctionne mal et dans des conditions très- onéreuses. Or, cela prouve, en général, non pas simplement que l'on doit s'imposer un sacrifice pécuniaire, comparativement très-faible, pour s’approprier un excellent conducteur do machines . ce qui parait assez évident en soi ; mais cela démontre surtout l’importance qrie pourraient avoir des règles théoriques ét expérimentale» sur la forme, les proportions, la vitesse, etc., les plus avantageuses à donner, dans chaque cas, aux outils coupants ; règles que de» expériences en bloc sur l'ensemble d’uuû taachine, telles qu’on en entreprend quelquefois cm agriculture ou ailleurs, ne sauraient que bien rarement suppléer et contribuer à établir.
OUTILS COUPANTS
OUTREMER
Ces règles, en effet, dont on possède quelques-unes i pour les outils à choc ou à compression, à roulement | et glissement directs, n'uuraient pas moins d'utilité ! pratique que celles qui se rnpportent aux récepteurs ou moteurs inanimés dont les Kcmouilli, les Euler, les Parent, les Deparcieux, les Smeaton se sont tant préoccupés à partir de la première moitié du dernier siècle ; car, par une instruction anticipée, elles serviraient tout au moins à abréger la durée de l'apprentissage des ouvriers, des contre-maîtres et des mécaniciens, sinon à préparer les meilleures bases et conditions d’établissement des machines en projet.
A la vérité, on a depuis longtemps fait la remarqua capitale que tous les outils tranchants, perforant», etc., participent plus ou moins des propriétés et do la forme du coin ; mais, malheureusement, la théorie de cette machine simple est exposée dans les traités de statique à un point de vue purement abstrait, c’est-à-dire sans égard aux qualités physiques de la matière ou des parties en contact, notamment à l’adhérence et au frottement, qui croissent très-rapidement à mesure que l'anglo au sommet du coin diminue, tandis que l'inverse a lieu par rapport à la résistance que l’élasticité et la cohésion de la matière opposcut à la séparation des parties le long de ses côtés. Or, la considération des mêmes forces inséparables des effets physiques du coin conduit, dans chaque cas d’application, à d’intéressantes études théoriques et pratiques, relatives au minimum de dépense ou de travail mécanique nécessaire pour atteindre un bnt déterminé; problème qui se reproduit pour tous les outils tranchants composés, et forme le pendant de celui qui concerne le maximum même d’effet utile des récepteurs dans les machines, mais dont les éléments de calcul ou d’appréciation manquent presque entièrement pour la classe d’opérateurs qui nous occupent : l’établissement mécanique en est effectivement demeuré aujourd'hui même, et pour beaucoup de cas, une affaire d'expériences incertaine», de tâtonnements empiriques et onéreux dans les ateliers qui prétendent sortir des voies do la routine ou d’uno simple et servile imitation.
Ces dernières réflexions s’appliquent essentiellement aux machines à découper, hacher, déchirer, pulvériser plus ou moins grossièrement les matières végétales et animales, fibreuses, granuleuses, etc., réduites, amenées, pour certaines d’entre elles, à un état do siecité convenable, au moyen d’appareils à torréfier dont on a vu seulement quelques modèles à l'Exposition universelle do Londres, beaucoup plus riche en machines à scier, à tailler, à travailler diversement les bois, les métaux, les pierres et antres corps durs, à l'aide d’outils parvenus à un degré de perfection fort avancé, parce que, appartenant à des industries déjà anciennes, le besoin s’en est fait aussi plus vivement sentir en raison de la puissance des moyens à employer, de l’excessive fatigue qu’ils occasionnent et de la cherté relative des mains-d'œuvro.
L'expérience a depuis longtemps appris, par exemple, que, dans le travail des métaux et des corps les pins dftr», l’angle dos taillants doit, à cause de la solidité, être très-voisin de 90°; que, pour les bois, cet angle se rapproche plus on moins de 30* ', et qu’il doit décroître ou le biseau s'effiler progressivement à mesure que la substance animale, végétale ou minérale est plus molle, plus mince, plus flexible ou plus déliée. En outre, pour ces dernières substances, et à moins
' Voie à l'article Outils le principe posé d’après Nasmjth, observant toutefois qne le minimum de Plagie de l’outil u’est pas toujours admissible avec de puissantes machines-outils , et que si la petitesse de l'angle de l’outil rend moindre la force nécessaire pour sou usage, elle limite aussi l’effort qu'il est possible de lui appliquer.
que, agglomérées, elles ne soient très-fortement comprimées les unes sur les autres, cub auquel elles »c comportent à peu près comme les solides d’une nature analogue, la vitesse, et, jusqu’à un certain point, la masse même do l’outil convenablement acéré, doivent croître avec la flexibilité, de manière à mettra à profit la résistance due à l'inertie, enjoignant, dans tous les cas, à l'action normale ou directe du coin celle du glissement longitudinal du tranchant au travers de la matière à couper, c’est-à-dire de manière à opérer à la façon des scies véritables, dont, comme on sait, les dents sont, même pour les lames do rasoirs, remplacées par une série de crans imperceptible», donnant lieu à do véritables arrarhements et sans lesquels ils ne couperaient que bien difficilement. Ces dentelures microscopiques, comme l'expérience l’apprend encore, no doivent pas être confondues avec ce qu’on nomme ordinairement le wior/S/, dont les barbes ou aspérités métalliques, irrégulières et extérieures au véritable tranchant, proviennent d’un premier repassage snr des pierres trop vives, et disparaissent par un second repassage des deux facos sur des matière» plus fines, plus onctueuses, mai» assez grenues néanmoins pour produire, dans dos directions anguleuses et convergentes d’une face à l'autre, bien que parallèles sur chacune d’elles, les dentelure» microscopiques dont il vient d’être parlé et qui constituent le véritable mordant de la lame. Enfin, on sait que l'inclinaison du tranchant par rapport à la direction naturelle des fibres do certaines substances et sa courbure même peuvent, dans quelques cas. exercer une très-grande influence pour empêcher la matière d’être attaquée sur trop de points a la fois, ou de glisser, d’échapper à l’action, à la pression directe, exercée par l’arête aigüë de ce tranchant. C’est ce qui arrive notamment dans les ciseaux à double branche des jardiniers et des ferblantiers, dan» certaines cisaille» à couper le fer, la paille, etc., où les biseaux doivent so rencontrer sous des angles dont le maximum dépend essentiellement do celui du frottement des substances en contact, et qui doivent, scion les cas, demeurer constants on varier seulement entre des limites déterminées.
OUTREMER. Quoique la préparation de l’ontrcmcr date déjà de pins d’un quart do siècle, ce n’est guère que depuis cinq années que la fabrication eu grand a acquis un certain degré de régularité et de perfection.
Nous croyons être utile, dit M. Stase (Rapport du Jury de 4855, auquel nous faisons cet emprunt) à la production en général en faisant connaître le procédé qui est actuellement employé dans les fabriques bien organisées, et qui n’a pas l’inconvénient d’exposer les ouvriers à des émanations sulfureuses. Ce procédé a pris naissance en Allemagne.
Matières première*. — Les matières employées sont le kaolin ou china-clay h l’état de division extrême, le sulfate de sonde, lo carbonate de soude, le soufre et lo charbon de bois. Ce sont là les éléments de l’outremer pur bleu. Pour obtenir de l’outremer violet ou de» violets rosés résistant à l'action de l'alun, il est nécessaire de faire intervenir lesilex réduit en poussière impalpable.
Les rapports des matières premières varient suivant les qualités et les nuances que l'on veut obtenir. Désire-t-on produire de l'outremer pur bleu ; on doit forcer considérablement la dose du sulfate de soude dans le mélange ; veut-on produire de l’outremer destiné' à l’azurage, on doit forcer la dose do carbonate de soude : on peut même supprimer presque entièrement le sulfate , mais alors il e>t indispensable d'ajouter à l’argile du silex porphyrisé, de manière à ce que lo mélange renferme, sur 400 partios «le matière argileuse supposée anhydre, 65 parties d’acide silicique et. 1 33 d’alumine.
OUTREMER
' OUTREMER
Voici les rapports qui nous ont été fournis pour la préparation de l'outremer pur bleu :
Argile blanche réduite en poudre impalpable. 37
Sulfate de soudo anhydre 45
Carbonate de soudo 22
Soufre pur. , 48
Charbon de boit. \ .. 8
4ÔÔ
Suivant les nuances, on augmente plus ou moins le sulfate ou le carbonate, mais en diminuant proportionnellement l’un ou l’autre, suivant l'addition faite. Le bleu est d'autant plus riche et colorant qu’on est parvenu & y fixer une plus grando quantité do soufre à l'état do sulfure sodique Les plus beaux bleus Guimct renferment de 8 h 4 U p. 4 OU do soufre. Par l'emploi du sulfate de souda , ou arrive & ce résultat. Certains outremers violets rosés no contiennent que 4 à 5. p. 4 00 do. soufre ; aussi résistent-ils mieux à l'action de l’aluu.
Pour procéder à la fabrication de l’outremer, on commence par réduire toutes les matières premières en poudro. Elles sont onsuite mêlées. Le mélange tamisé est introduit dans des creusets pouvant contenir chacun de 42 h 45 kilogrammes. Ces creusets, au nombre de 450 à 200, sont placés dans un four et empilés les uns sur les autres, de manière à ce que lo fond do l’un serve de couvcrclo à l'autre. Quand le four en ost complètement rempli, Us Bont portés tru-lentement au rouge » ombre et maintenus d cette température pemlnnt deux fois ringt-quatre heures. Le règlement de la température est d'une importance extrême, d'elle dépend lo résultat de l'opération : si elle est trop basse, la réduction du sulfate en bisulfure ne se produit pas, et l'outremer ne prend pas naissance ; si elle est trop «Ùevéo, l'outremer produit so détruit et la masse fond. Pendant la réaction, il se dégage de l’acido carbonique et de la vapeur de soufre qui se transforme en acide sulfureux.
Au bout de quarante-huit à cinquante heures environ, on laisse refroidir le four. Si l'air n'a pas pénétré dans les creusets pendant la calcination et pendant le refroidissement, il s'ost produit do l'ou/remcr cerf, mêlé de bisulfure de sodium ; dans le cas contraire, une pnrtio do l'outremer vert et du sulfure sodique est passée, 6ous l'influence de l’oxygène de l'air, à Pétât d’outremer bleu et de sulfate de soude. Dans l'un ot l'autre cas , si l'opération a été bien conduite , le mélunge se présente bous la forme d’une masse h peine agglutinée, très -friable. On extrait ensuite cette mn«so des creusets, on la lave h l'eau pour enlever toutes les matières solubles. Après dessiccation, la poudre verte obtenue est introduite soit dons de grande cylindres de fer ou de grès, soit dans des fours qui ont la forme do» fours des boulangers, et soumise là à une température qui ne doit pas dépasser le rouge le plus Bombre. Sous l'influence de la chaleur, il se fait une absorption d'oxygène, une certaine quantité de soufre so brûle, et se transforme en acide sulfureux qui devient libre. Malgré ce dégagement, l'outremer reri, on se transformant eu outremer bleu, augmente très-notablement do poids. Quand on opère cette transformation dans dos cylindres, il est indispensable do remuer constamment la masse pour renouveler les surfaces, afin de mettre successivement tout l'outremer déjà chauffé au contact de l'air. Lorsqu'on so sert d’un four, on peut sc dispenser de renouveler les surface», à cause do lu moindre épaisseur de la couche ; l'air, dans ce ca», pénètre suffisamment touto la masso. On laisse Poutremer ainsi exposé jusqu'à ce que l’on ait obtenu le maximum de coloration. Ce terme s’atteint quelquefois en quelques hourcs ; d'autres fois, il faut une demi-jour • née de torréfaction. L’outremer, pendantqu’il est chaud, parait le plus souvent terne ; U acquiert un plus grand éclat pendant le refroidissement.
Sons l'influence de la chaleur et de l'atr, nne certaine quantité du sulfure sodique combiné s’est oxydé et s’est transformé en sulfato ou en hypoeulflte, mais le plus souvent en hypoeulflte. II urrivq aussi souvent que du sulfure do sodium et de la soude deviennent libres. L'outremer obtenu doit donc être soumit à un nouveau lavage, qui doit être excessivement soigné, car la présence des hyposulfites et du sulfure sodique lui communique des défauts ti ès -considérables, au point de vuo do tous ses usages. L'enlèvement complet do tous cos sels, môme par 1 «au chaude, est parfois excessivement difficile à obtenir manufacturièrement. Aussi trouve-t-on souvent dans le commerce nue les outremers les plus beaux exhalent une odeur u’acide sulfhy drique, ou que, mis en contact avec un sel métallique, ils communiquent à celui-ci une teinte grisâtre ou ardoisée, défaut énorme quand il s'agit de leur emploi dans l'impression sur tissus mordancés à l'aide de sels métalliques. On observe également que quelques outremers d'une grande richesse en matièro colorante exhalent do Pacido sulfhydriqne lorsqu’on les mêle à de l'huile de lin. Ce dégagement est quelquefois assez grand pour incommoder le peintre qui so sert de cette matière colorante. Nous devons ajouter que presque tous les outremers bleu pur exposés , et nous dirons mime les plus beaux , présentent à un degré plus ou moins prononcé ce défaut- Quelques-uns, enfermés dans des bocaux , exhalent spontanément nue odeur d'acide sulfliydrique ; d'autres perdent leur couleur puro, oui devient ainsi légèrement ardoisée quand ou les mêle à du blanc de plomb et de l'hnile de lin. Il n'y en a même que trois qui aient conservé dans cet essai la pureté de leur teinte. D'autres enfin ont produit une véritable effcrvesconco d'acide sulfhydriquo lorsqu'on les a incorporés à de l’huile de lin siccative.
En attribuant à un lavage insuffisant les défauts que nous venons de signaler , nous sommes bien loin do prétendre que certains outremers, les mieux lavés, ne les offrent pas à la longue. Nous sommes même disposés à admettre ce fait, mais il ne se présentera qu’autant que, dans la préparation de l’outremer, on aura employé trop de sulfate et pas assez de carbonate de soude, afin d'obtenir des nunneos d'un bleu très-pur ou d'un bleu très-légèrement teinté de vert ot excessivement éclatant.
L’eau dont on se sert pour opérer le lavage doit contenir le moins possible de matières étrangères, et notamment de sels de chaux , qui ont le défaut de so déposer sur l'outremer et de lui enlever une partie do son éclat. Quelquos-unsdosoutremersexposés renfermaient ainsi du carbonsto calcaire, au point do produire uno effervescence d’ncido carbonique par leur contact avec uno solution d'alun.
L'outremer tel qu’il résulte du lavage est très-grossier, quoiqu'il ait été préparé avec les matière» le» plus divisées, mais il jouit d'un éclat très-vif et d’une intensité do couleur extraordinairement grande.
Pour le rendre propre aux différents emplois , il est indispensable de le porphyriscr. Généralement, on exécute cette opération en le broyant sons des meules horizontales de silex. Le broyage terminé, il est convenable do lo soumettre à un nouveau lavage, qui souvent enleva des matières solubles qui ont échappé en premier lieu ou qui se sont produites par l’opération du broyage. Il ne reste plus alors qu’à abandonner l'outremer à la dessiccation de l'étuvo.
De toutes les matières colorantes, il n’y en a aucnno dont la consommation soit aujourd'hui aussi considérable que celle de l’outremer artificiel. L'inaltérabilité do l'outremer bleu pur, sous l'influence de l'air, de l'eau , de la lumière, des matières graües, la richesse de sa couleur, la beauté de sa nuance, l’ont tait employer, dès l'origine de sn découverte, pour la peinture