Cochenille {carméine
On peut recourir à l’article cochenillb de ce Dictionnaire pour apprendre à connaître les diverses. variétés de cochenille que le commerce présente. Leur usage et la récolte de cette substance tinctoriale sont aussi eullisnmment expliqués pour que nous n'y revenions pas. Nous ferons la mémo observation en ce qui regarde le kermèa ; nous n’aurons plus qu'à décrira ici leB caractère» chimiques de la matière colorante qui se trouve dans ces diverses substances tinctoriales, matière que MM. Pelletier et Caventou nommaient carmins et à laquelle elles doivent leur emploi dans les arts. Nous la nommerons comiiw.
Carméine. — Lorsqu’après avoir fait macérer la cochenille dans l’éther, pour la priver de quelques matières grasses qui l’accompagnent, on la traite par l’alcool à diverses reprises, il se dépose par refroidissement une matière grasse d’une très-belle couleur rouge. A ce dépôt se réunissent des cristaux qui ra forment Sous l’influence d’une évaporation plus prolongée. Préparée de cette manière la carméine renferme encore un peu de matière grasse ; pour l’en dépouiller complètement on la fait redissoudre dans de l’alcool à 40 degrés , puis on y ajoute un môme volume d’éther j le mélange se trouble d’abord, s'éclaircit ensuite, et la carméine pure se dépose au bont de quelques jours *ous forme d’une poudre rouge qui tapisse les parois du vase.
La carméino est une poudre fusible à 40°. Très-solublodans l’eau, insolublo dans l'éther, elle ne se dissout bien qae dans l'alcool étendu. Le tanin, l'albumine et la gélatine ne troublent pas sa dissolution. Si les acides qui coagulent l'albumine semblent la précipiter, cette réaction est due à la présence des matières animales dont elle n’a pas été complètement dépouillée. . La plupart des acides font virer sa couleur au rouge vif, au rouge jaun&tre, puis au jaune, sans que la carméine soit altérée, s’ils ue sont pas concentrés. L’acide
borique ne fuit que la rougit, eu se comportant comme unô base do peu d’énergie. . -IA .
La potas*e,.la soude et l’ammoniaque la virent au violet-cramoisi, sans l’altérer, au moins à l’abri du cojdtact de Pair et sans le secours do la chaleur.
La baryte et la strontiane ne la précipiteot pas; la chaux forme une laqne violette. L’alumine en gelée précipite toute la carméine de l’eau qui la contient. A froid, sa combinaison est d’un très-beau rouge, mois k chaud elle devient cramoisie, puis violette. La présence des alcalis maintient la couleur éclatante, tandis que quelques gouttes d’acide font virer au violet. Le protochlorure d'étain agit sur la carméine comme une base, le bichlorure comme un acide. Les sels neutres d'ammoniaque, do potasse, de soude font virer au violet ; les sursois de ces bases conduisent à l'écarlate, sans qu’il y ait de précipité dans aucnn cas. Les sels de baryte, de strontiane, de chaux la font passer au violet; le sulfata do chaux seul précipite la carméine. Le nitrate de mercure la précipite en écarlate. Le nitrat&d'argtnt parait être sans action sur elle.
Le chlore fait jaunir la carméine; l’iode la décompose pareillement. 11 eu est de même de l'acide inlfurique concentré qui la transforme en une matière' noire. L'acide chlorhydrique la modifie ; et sous l’influence de cet acide , il se forme une sorte de résine jaune , amère ; sous l'action de l'acide nitrique, la carméine se transforme en une matière cristallisée dont la composition n'est pas encore déterminée. A cbuud, sou» l'influence simultanée do l’oxygèt.a et des alcali», sa décomposition est^prompte, la couleur passe du violet au rouge et du rouge au jaune.
M. Prcïsser a démontré que la carméine résulte do l’altération d'nn composé particulier non coloré. Pour l’obtenir, on épuise de la bonne cochenille par l’éther, puis on en fait une forte décoction dans l'eau qu'on traite par l’oxyde de plomb hydraté qui furtno avec la matière colorante un prétipité volumineux. Ce dépôt est traité par l'hydrogène sulfuré, et la liqueur limpide laisse déposer en refroidissement des cristaux incolores qui deviennent entièrement blanc» par des lavages u l'éther et. des pressions entre de» doubles de papier joseph. C’est ce corps qui prendra le nom de carminé.
Le principe .incolore duquel dérive In carméine est d’une odeur désagréable. Soluble dans l'eau et l'alcool, peu soluble dons l'éther, il se colora lentement au contact de l'air; sa dissolution devient d’un jaune -rouge snr les bords par l’ébullition ; elle se colore et dépote par la concentration de magnifique» flocons du carmin le plus pur. Lorsqu'on la fait bouillir avec du bichromate de potasse, il se forme une liqueur«rougo qui ne tarde pas è laisser trn résida formé de carminé et d’oxyde de chrome.
Le principe incolore rougit par l'action des acides, . surtout par l'action de l'acide nitrique; il y a dissolution; les alcalis le colorent de suite en rouge-violet. L’acétate de plomb donne un précipité blanc qui devient d'un bleu foncé par suite de son exposition à l’air.
L’action de la chaleur altère la cnrmino'sous quelque état qu’on la considère ; elle ee décompose sans sc volatiliser. Les produits de son altération sont ammoniacaux.
La cochenille est employée dans les arts à l’état brui; on n’en fait pas d’autres préparations que celles jdu carmin qu’on confectionne pour les besoins de quelques industries.
Lorsqu'on fait des teintures commnnes, on remplace, comme on le sait, 1a oochenille par lo kermès ou la lake-lake, ou bien encore la lakc-dyo.