UTIMTÉ DE SON ÉTUDE
Nous avons dit que l'étude de l'Architecture est particuliérement convenable pour faire apprécier, pour bien définir l'esprit des conceptions de chaque époque, le style qui se révèle clairement à la vue des productions du plus grandiose de tous les arts , de celui (pii, en raison de l'importance de ses créations, du grand nombre d'éléments qu’elles nécessitent, réagit le plus sur tous les autres et les transforme sous l’influence de l’inspiration régnante. On le comprend facilement, si l'on réfléchit que le système d' Architecture d'une époque, qui donne la physionomie des édifices destinés à répondre aux aspirations des nations , se modifie avec les progrès de la science, les ressources qu’elle offre aux constructeurs, les coutumes régnantes, avec le goût enfin, le sentiment du beau de chaque génération. S'adressant en quelque sorte à toutes les facultés de l’homme, à tous les désirs de la société, le monument est une espèce d'encyclopédie, l'harmonieux résumé de toute une synthèse.
Pour montrer combien les divisions fondamentales par styles se sentent dans l'Architecture , il nous suffira de citer deux éléments essentiels , bien caractérisés, de styles différents, la colonne grecque et l'ogive du moyen âge. Certes, personne ne pourra voir ces deux éléments accolés, sans sentir le sentiment instinctif du beau blessé par une semblable réunion. Or, c’est l'intelligence nette des styles difficiles à définir et qu'on est réduit souvent à faire apprécier par le dessin plus que par des analyses, qui peut être le résultat le plus certain de l’étude des monuments de l’art ; et ce n'est pas un minime résultat (pie de les faire apprécier dans une application importante, même pour les personnes qui, par la nature de leurs travaux, la trouveraient un peu éloignée des cas spéciaux de décoration industrielle qui les intéressent plus particulièrement. C'est donc en traitant de l'Architecture que nous essayerons de faire sentir, d'indiquer les principes généraux des divers styles de manière à
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n'avnir pas à \ revenir longuement dans les diverses autres applications île l'art industriel.
I.es lois de la pesanteur et de la stabilité rendent indispensable en Architecture l'emploi de lignes verticales; l'ordonnance des divisions intérieures, comme le travail à l’aide de la régie , exige généralement des surfaces planes, réglées (sur lesquelles s'appliquent des lignes droites), et qui se coupent a angles droits. Des conditions toutes spéciales de la construction résulte le caractère spécial et le plus sailluut de l'art arcliitertural. qui. nous l'avons dit. n'est nullement un art d'imitation de formes naturelles, mais un art dont le caractère dominant est géométrique et qui tire sou charme de l'harmonie de proportions des éléments qui lui sont propres. Sous ce rapport, elle ne donnerait peut-être pas une idée des styles aussi complète que nous l'avons annoncé si nous ne comprenions ici. sous la même division, la sculpture décorative. annexe si importante de l'Architecture, dans son imitation particulière et le plus souvent incomplète de modèles pris dans la nature vivante.
Si nous avions à traiter ici spécialement de l'Architecture, et non pas plus particulièrement de l'aspect des édifices, nous aurions a tenir compte, dans chaque cas, dos cléments qui entrent dans les constructions , de la nature des matériaux qui se trouvaient a la portée des divers peuples et qui ont une relation directe avec les formes qu'il leur lut possible de donner à leurs temples : le granit en Egypte, les marbres en Cirére. etc. Il y aurait aussi à étudier les progrès de la science, des procédés de construction, tels que l'invention de l'arcade, des ciments chez les Humains, l'emploi du fer dans les temps modernes; progrès qui se traduisent par un rapport croissant du vide au plein dans les édifices. Mais tout ceci se rapporte à l’art des constructions et non à l'aspect artistique que nous devons seul considérer ici, n'avatit nulle prétention de faire un traité (l'Architecture, ni de traiter des questions de convenance dans les divers cas qui doivent tout primer dans cet art industriel.
D'ailleurs, il ne faut pas confondre les aspirations de l’art avec les moyens materiels qui en ont rendu la traduction complète plus nu moins possible. Ces aspirations ont leur cause dans les idées, les désirs de chaque époque, de chaque civilisation, qui agitent l'humanité et inspirent les artistes et qui peuvent avoir eu le plus de véritable grandeur aux époques où l'execution était le moins facile. Ce serait, en effet, une grave erreur d'appliquer aux œuvres d’art les idées modernes sur les progrès de l'humanité, c'est seulement dans la puissance de traduire, de matérialiser les idées par lies moyens de travail, à l'aide des richesses accumulées, et surtout grâce aux progrès essentiellement continus des sciences mathématiques et physiques, que les nations modernes ont une supériorité incontestable sur celles qui les ont précédées.
Passons à l'étude des divers styles , nous y trouverons l'application des divers principes, nous reconnaîtrons l'utilité des divisions que nous avons établies ci-dessus pour l'étude des monuments les plus célèbres, remplissant les conditions de convenance, possédant des harmonies spéciales de proportions que nous avons indiquées comme conditions fondamentales du beau.
Nous ne pouvons nous flatter d'indiquer dans chaque cas les rapports d'oii résultent les harmonies des diverses, parties des édifices ; c'est dans les ouvrages spèciaux
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d' Architecture <|ii'ît» peuvent si* trouver ilétinis , cl encore est-il liieii niiv <]ii<l'analyse en soit complète. C'est surtout par la vue des èdilices, c'est en montrant les éléments eux-mêmes qu'on procède le plus souvent : et c'est ce que nous ferons dans le plus grand nombre de cas possibles.
A plus forte raison, comme nous l'avons déjà dit, nous éviterons de développer, dans des digressions historiques, les considérations relatives à chaque monument ; nous ne donnerons pas dans ce travail l'histoire de la nation et de l'époque qui les a vu s'élever, de l'artiste qui leur a consacré son talent. Nous n'avons pas cru devoir nous livrer à cette élude curieuse et importante sans doute, mais qui, par scs grands développements, eut rendu difficiles les comparaisons qui doivent faire l'utilité de ce travail.
STYLE ÉGYPTIEN
Les colossales constructions de l'Egypte ont précédé celles de la Grèce et ont eu sur l'architecture grecque une influence incontestable. Elles ont de plus une relation plus ou moins directe avec celles de l'antique Orient qui remontent aux premiers âges de l'humanité. Nous devons donc les examiner en premier lieu, d'autant plus que la solidité incroyable de ces constructions édifiées à l'aide de blocs de granit , souvent d'un volume énorme, leur a permis de résister à l'œuvre clés siècles, suffisamment au moins pour nous permettre d'apprécier les conditions auxquelles se conformaient les architectes.
• L’art égyptien, dit M. Haoul-Hocbette. essentiellement symbolique dans le fond comme dans la forme des images qu'il employa, ne- fut jamais figuratif qu'autant qu'il eut besoin de représenter des corps pour exprimer des idées. ■ Hans l'architecture, comme dans la statuaire, des formules consacrées, des principes conventionnels, faisant partie de la religion même, empêchaient l'essor des architectes des époques les moins reculées, auxquels toute espèce d'innovation était interdite, et qui devaient se borner à l imitation (les chefs-d'œuvre les plus remarquables de leurs prédécesseurs. Chose bien inouïe, dans cette civilisation si ancienne, ce sont les œuvres de l'antiquité la plus reculée qui sont les plus colossales, qui exigeaient pour l'exécution le plus de savoir chez les architectes, des moyens plus puissants d'exécution chez les constructeurs.
I.e caractère dominant de l'architecture égyptienne, le moyen qu'elle emploie pour satisfaire le sentiment de l'éternelle immobilité, du gigantesque (que l'on sent si bien dans les pyramides), qu'inspirent naturellement les grandes lignes du désert de l'Egypte, consiste dans le placement horizontal île grosses pièces de granit, d'immenses monolithes, sur des supports verticaux. I)è là résultèrent la plate-bande et bientôt la colonne, tantôt très-voisine de la colonne dorique grecque, tantôt même, dans plusieurs monuments de l'ancienne Egypte, décorée par des sculptures qui ne manquent pas d'élégance.
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Nous domion» ici doux do ces ndnunos i|ui sont fort remarquable» par rornenientation des chapiteaux ot mémo par louis pruportions , hiou qu'un peu luurdos
Chapiteau rnTptieo. Chapiteau epyptien
peut-être par comparaison avec 1rs colonnes grecques. La colonne étant par essence l'imité du rhythme, c'est en partant de son diamètre comme unité servant à évaluer les autres parties d'un édifice, qu'liabituellenienl ou cherche à calculer les proportions, à reconnaître l'harmonie mathématiquement. O11 peut trouver dans les planches du grand ouvrage de l'expédition d'Égypte les dessins complets des princijKiux temples, à laide desquels pourraient s'obtenir les éléments de semblables rapports. Nous allons voir bientôt, en traitant du style grec, comment ces éléments sont liés entre eux dans les constructions grecques ; ce qui explique l’importance attachée à la colonne dans les études d'architecture1.
Pour donner idée de l'aspect extérieur des temples îles colonnes ne figurant eu général que dans les intérieurs), nous donnons la vue du temple de Kainac *. une
* En architecture, dit M. Donaldson . on doit entendre par ordre, non pas tant la colonne et rentahlement qu elle porte qu'un principe reconnu de décoration, un arrangement systématique, une certaine proportion caractéristique qui embrasse non-seulement la colonne et l'entablement, mais aussi loua les autres accessoires d'un édifice et tous les moindres détails de chaque partie.
L'architecte anglais se place à un point de vue qui nous semble être le véritable ; c’est par suite de la grande part donnée à l’art grec dans renseignement de l’architecture, que la colonne qui y tient une grande place est devenue le type de l'ordre, s’est même à tort confondue avec lui.
* Les monuments les plus remarquables qui subsistent encore en partie, dans l'ancienne Egypte,
sont : les Pyramides le Sphinx gigantesque; — le Temple de Karnac; — le Rhamsesséum, tombeau
de la dynastie de Rhamsèa; — Ipsamboul, en Nubie, taillé dans le granit; — Medinet-llabou ; — le Temple de Philip, etc.
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des merveilles de l'Égypte, qui, avec les divers exemples du produit de l'art industriel
Temple de Knrnac.
c|ue nous rencontrerons plus loin, pourra donner une idée assez nette du style caractéristique de l'art dans celte antique et curieuse civilisation.