STYLE GOTHIQUE OGIVAL
Le style ogival fut définitivement constitué sous saint Louis ; dès 1ms toute tradition de l’antique fut oubliée, et un nouveau style d'architecture fut créé, qui se caractérisa par l’abandon du plein cintre et l’adoption de l'ogive comme élément essentiel; ogive qui, comme les flèches nombreuses dont on orna les parties supérieures des édifices, parait provenir de l'Orient, du Sarrasin.
L’aspiration vers le grandiose, le désir de donner aux monuments une élévation extraordinaire, aux voûtes une hauteur qui excitât l’étonnement, l'admiratiou universelle (quelques personnes veulent retrouver dans ces voûtes élevées un sentiment inspire par les grandes forêts du Nord), le soin de munir les clochers élevés de ces flèches élancées (pii se perdent dans la nue; de faire contraster leur élévation avec la légèreté des découpures qui les décorent ; tel est l’esprit dominant du gothique. Nos belles cathédrales sont comme des symboles complets de la religion, le résumé des croyances, de la foi vive, des aspirations mystiques de l’époque. Un sacrifia tout au
' Nous citerons comme types du byzantin : Sainte-Sophie, construite à Constantinople »oua Justinien ; Isidore et Autliemius, architectes. On y employa le ildnie, pour la première fois, dans les grandes églises : — Saint-Mare à Venise et sa place.
* Parmi le» principaux monuments romans, nous citerons : Notre-Dame-ilu Puy ; — Saint-Oermaindes-Prés ; — Seint-Zeno a Vérone; — Notre-Dame de Poitiers; — Saint-Loup à Bayeux ; -Saint-Front ii Pértgucux ; — Jumiéges, près Koucn ; — Notre- Dame-du-Port à Clermont ; — Saint-Menoux, ptfs Moulins ; — le Dénie d'Aix-la-Chapelle Saint-Oéréon à Cologne , etc.
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désir île produire l'étonnement. mie impression religieuse eu rapport avec lest idées régnantes, même les conditions architecturales \ et on reproche avec raison, à ce point de vue, aux églises gothiques, les contrelorts à jour nécessaires à leur solidité
Le style ogival prêtait beaucoup à la réalisation des plans les plus audacieux des architectes laïques se substituant partiellement aux moines, et il la traduction de rinlluence des nations occidentales vivant d’une vie propre qui n'était plus la liarharie
•MICHITKIVITHK.
>le l’époque préeedeule. et qui n'attendaient plus de ltuine l'inspiration eu fait île pmi. Aussi I lien tôt ce style devint oatinnal : il est français, anglais, teutnnique: et surtout dans sa dernière période lorsqu'il s'achemine vers la renaissance, il cesse d'être exotique et sacerdotal, comme l'avait été celui de l’Égypte, de sortir îles règles et du dogme, non du sol et des impurs: d'être enfin assujetti aux canons de l'Église.
Les ornements naturels a nos pays, propres à symboliser l'exaltation religieuse, la théocratie du moyen âge. furent variés a l'infini par de véritables inventeurs qui ne copiaient pas, Pt dont l'œuvre est originale si elle n'est toujours d'un goût parfait. La peinture, la dorure étaient prodiguées à l'intérieur; les voûtes étaient couvertes d'azur parsemé d'étoiles d'or et d argent. Les feuilles de la vigne vierge, du lierre, la rose, la
(athedrilê d* Chirtre»
pomme de pin se rencontrent souvent dans la sculpture décorative ; rnuuue aussi la croix, l'auréole, le serpent, le trèfle représentant la Trinité ; le trèfle à quatre feuilles figurant, les quatre Evangélistes, aussi rappelés par l'ange, le lion, le breuf, l'aille: la vigne enfin, qui rappelle le vin de l'Eucharistie.
In caractère de l’Architecture ogivale qu'il importe de noter, c'est que les voit tes à nervures des églises reposaient, comme des voûtes d'arête, sur des piliers très-élevés qu'il fallut soutenir par des contre-forts extérieurs. Ce système de construction se prêta fort heureusement à l’emploi d’un admirable élément de décoration qui fut
A HT INDI STItlKI.
fourni à l'eglise gothique par la peinture sur verre : les fenêtres, auxquelles ce mode de ronstmction permit de donner de très-grandes dimensions, et les roses de la façade furent garnies de vitraux de couleur qui tamisent la lumière et lui donnent un éclat admirable. Hien de semblable n'avait été obtenu dans les styles antérieurs, sauf dans le style roman, on ce geny de décoration ne pouvait avoir le même éclat par suite des dimensions bien moindres des fenêtres; on n'avait. pas pensé plus tût à combiner les effets vraiment magiques de mosaïques transparentes, que l'industrie n était pas an reste en mesure de fabriquer avant cette époque.
I,e soin pris de dissimuler les grandes dimensions des colonnes en leur donnant la forme de piliers fascicules, est le dernier terme du désir du gothique d’élever les
esprits vers le ciel ]>ar l'audace des lignes verticales non interrompues rejoignant des vodtes d une grand,' élévation.
Nous donnons comme type du style ogival la façade de Notre-Dame de Paris, un des plus admirables monuments du moyen tige. Nous ne chercherons pas ici il en faire valoir toutes les harmonies; nous renverrons aux liages de Victor Hugo. La, au milieu des exagérations du romancier, se révélent les sentiments qu'éveillaient dans les âmes de nos pères ces édifices merveilleux sous tous les rapports. Ils y trouvaient leurs aspirations traduites. avant que la découverte de l'imprimerie permit de le faire plus facilement, tant par la majesté de l'ensemble que par la richesse des détails, la multiplicité des bas-reliefs oii venaient se retracer toutes les légendes qui constituaient leur foi, mélange de naïveté et d'aspirations mystiques. jfat
Comme modèle des décorations souvent placées en avant des |>ortes, nous donnons ici l'élégant |Hirtail latéral de la cathédrale de Chartres, ajoute au monument après sa construction, et qui est un exemple curieux de l'emploi de la sculpture décorative. Enfin, comme type de la dernière période du Gothique, à l'époque ou la Renaissance se faisait déjà pressentir, nous représentons mie travée de Sainl-Ouen de Rouen qui réalise la tendance a allonger les lignes verticales.
L'arc ogival, élément rarartérislique de cette architecture, a eu plusieurs formes ; l'une des plus employées fut l'ogive équilatérale, qui a ses centres placés à ses deux extrémités inférieures, de façon que les ares forment un triangle équilatéral par leur intersection. Les Anglais, qui ont gardé le mieux la tradition du style gothique, loul à fait national chez eux, ont employé, depuis le
Travée de Sainl-Ouen.
AHliHlTKtlTl'HK.
xv« siècle, l’arc Tudor, ou gotliii|ue surbaisse, ilaus lequel les ares deviennent presque presqüTiorizonlaux, el dont le point d'intersection est à peine apparent ; il se rapproche
l>eauc(iup de l'aie continu de la renaissance. En Angleterre, au reste, la renaissance n'a |ias cessé d'être gothique, et a constitué ce que les Anglais appellent le style Élisabeth.
('.'est à l’Allemagne ancienne, (comprenant l'Alsace, la Lorraine, les Pays-Bas, etc.), que M. Th. Hopc (Histoire de l’Architecture) attribue l'invention du style ogival. Ce qui est certain, c'est qu'elle l'adopta avec une ardeur toute particulière qu'explique assez bien l'absence des traditions romaines dans ce pays comparé à l'Italie, à la France, etc. L'Allemagne seule, dès le moment où le style ogival appanlt dans l’architecture, l'employa également dans les autres productions des beaux-arts, dans la sculpture, la ciselure, la peinture, l'écriture même; elle prodigua dans tous ces arts de longues ligues perpendiculaires, des angles aigus, des ornements de toute sorte analogues à ceux des édifices gothiques; ce qui montre amplement que ce style n'était pas une mode importée de l'étranger, mais que dans tous les arts il procédait de la même source, c'est-à-dire du goût national des artistes allemands.
On voit, par ce qui précède, comment on peut établir plusieurs subdivisions dans le style ogival *, et distinguer :
1” Le style ogival primaire on à lancettes, voisin <lu roman, xir et xin« siècles .
2* Le style ogival secondaire ou rayonnant, ainsi nommé de la forme rayonnante des
i Les plus célèbres constructions «lu stylo gothique ogival sont :
En France : La Sainte-Chapelle, par Pierre de Montereau, sous saint Inouïs Notre-Dame de Paris (Xii* et x i lie BM’des ; — les cathédrales do Reims, Bourges, Évreux, Laon, Amiens, Noyon, Strasbourg (par Jehan de Steinbach), Suiseons (xtna et xiv« siècle); — Snint-Ouen, Saint-Maclou, les «'•glises de Tours. Brest {xiv*»et xv« siècles).
En Allemagne : la cathédrale de Cologne.
En Angleterre : Westminster.
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roses, des quatre-leuilles (|ni ornent les fenêtres; ce style règne aux xin* et xt\> siècles.
Knfln .1” le gothique tertiaire nu flamboyant. aux xiv'et xv» siècles, employant des décorations en forme de llammes ou de langues, variant à l'infini des ornements qiii. par leur perfection, annoncent la renaissance, et qui a produit des œuvres charmantes qui peuvent être classées également dans oes styles voisins, tels par exemple que Idiauihoin et l'hôtel Itnurgtlicmuldc iquo nous donnons plus loiui.
STYLE RENAISSANCE
L'Italie, couverte des monuments de l'antiijuitô* , n'avait jamais voulu adopter le style ogival. Kilo donna le signal du retour aux traditions de l'antiquité, lorsque la
Suint- Pierre de Rome.
richesse des nations modernes rendit possible un état nouveau dé la société, lorsque la découverte de l'imprimerie vint rendre irrésistible l'impulsion due aux idées nouvelles.
Knçade du «linteau de (taillon
«■ment exagérées. an xvii* siècle. par le llernin ipii y III de* additions de mauvais pi ntt Toutefois, sauf dans lieras qui précède et dans un petit nombre d'antres, ee n'est pas par l'immensité des édifices, c'est plutôt par la modération de la grandeur de
ARCHITKITI’HK. i.",
Bien que le retour air classique, a l’antiquité. fût le drapeau des artistes qui se sont immortalisés à cette grande epoqne de la Keuaissance. le pénie propre de ces artistes vint donner à leurs unvres un caractère nouveau correspondant aux éléments des temps modernes, et surtout aux idées chrétiennes, si différentes des idées païennes. C'est dans la peinture que l'on peut- surtout le recounaitre, et ltaphaél doit être cité comme le type immortel île cette alliance de l'art chrétien avec la restauration de l'art grec. Pour ne pas sortir de notre sujet, de l' Architecture . nous dirons que le sentiment de la pureté des ligues et des proportions vint faire renaître en quelque sorte les lignes horizontales: les arcs surbaissés presque rectilignes, reposant sur îles colonnes, remplacèrent les voûtes ogivales de forme aigue.
Pour passer en revue les principaux types de construction de la Henaissance, nous devons d’ahord citer des églises. I .a plus colossale de toutes est Saint-Pierre, formée de la coupole du Panthéon d'Aprippa • suspendue dans les airs. - grande conception du génie universel de Michel-Ange, qui sut imprimer à cette œuvre le sentiment de la domination universelle de la papauté eu employant les éléments fournis surtout par 'la tradition romaine classique, mais agrandis dans des proportions jusque-là inconnues. Nous donnons ici la vue de l'extérieur de ce temple, digne d'être le premier temple du monde chrétien, par son immensité et la splendeur de ses décorations malheuteu-
A HT lMllSTRIKL.
l'élément architectural que la Renaissance se distingue , revenant aiusi plutôt à l'art grec qu'a l'art romain, avec un admirable sentiment du caractère élégant du premier.
Ce qui y a beaucoup contribué, c'est qmgjjprchitecturc de la Renaissance ne fut plus seulement religieuse comme celle du moyen âge; elle fut bien plutôt laïque. I,es châteaux, les maisons se multipliant, réclamèrent tous les ornements de l'architecture et de la statuaire, et fournirent un vaste champ aux œuvres qu'engendrait l'imagination d'une multitude d'artistes créateurs.
Ou ne saurait trop remarquer, dans les créations de l'architecture de la Renaissance, avec quelle couiiauce les artistes se livraient à leur imagination, pour combiner les détails de l'architecture sans se traîner dans des voies déjà tracées; avec quel sentiment net des proportions les plus harmonieuses, avec quelle fécondité, quelle grâce, à l'aide de (ptel large emploi de la sculpture décorative ils savaient remplir les con-
ditions d’élégance qui caractérisent les créations du celte époque, ou les arts ont joué un si grand rôle. Nous allons eu donner quelques exemples célèbres.
I.e château de Haillon, construit pour le cardinal d Andioise, et dont nous reprodui-
AHr.HITKr.TIHK.
sons l'élégante façade, telle qu'un la voit aujourd'hui dans la cour du palais des Beaux- Arts, conserve encore quelques traces du gothique ; mais on y trouve une élégance, une pureté de lignes qui rappelle heureusement l'art grec. Les colonnes, de peu de hauteur comme dans la plupart des constructions de la Renaissance, se trouvent de dimensions convenables pour l'encadrement îles fenêtres, des portes, et ne paraissent jamais des hors-d icuvre.
A côté de cette élégante construction, due surtout au godt italien, nous citerons l'hôtel llourgtheroulde de Rouen, qui nous fournil un exemple de charmante habitation privée, et montre combien les architectes de cette époque savaient, comme ils l'ont Tait dans cette construction moitié gothique, moitié renaissance, modifier le gothique pour en conserver des parties élégantes, les aigrettes, les dentelles de pierre, etc., et les mélanger avec les arcs surbaissés et les bas-reliefs multipliés du nouveau style.
Kntin, nous terminerons par le chef-dVnuvn* des constructions de la renaissance eu France, le Louvre, élevé par Pierre Lèsent architecte français. On ne saurait trop
admirer les heureuses dispositions de cette construction, la symétrie des avant-corps, l'élégance des colonnes, la richesse, l'haliile profusion des décorations sculptées Hans ce monument, dit M. Vaudoyer. aucune influence étrangère ne se lait sentir: c'est une
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production vraiment nationale qui l'emporte du hcauenup sur et* qui l u 4ir(*rei]ro. H qui n'a pas été surpasser depuis '