STYLES ÉTRANGERS
Orientaux. — Les Orientaux n'ont pas de meubles, toujours étendus sur des tapis, des coussins, ils n'ont i>as l'emploi de cette multitude de tables, de chaises, etc , qui forment la majeure partie du travail de’l'ébèntsterie. Le style mauresque est essayé assez fréquemment aujourd'hui pour la décoration du mobilier. On eu retrouve les éléments dans lé style vénitien, qui possède un cachet oriental, du comme nous l'avons déjà dit aux relations de Venise avec l'Orient Dans ce style, qui mérite d'être cité, l'emploi du lapis, des émaux est fréquent; il donne des œuvres élégantes, comme on le verra plus loin par un exemple.
* Ce fut au commencement du siècle dernier que commença la fabrication des meubles d'acajou par les ébénistes, dont le nom rappelle l'emploi fréquent de l’ébène dans les meubles de luxe.
«. En 1720, dit M. Wolowski dans son intéressant rapport sur l'ébénisterio de l'Exposition de 1851, un médecin célèbre de Londres, nommé Gibsons, reçut de son frère, capitaine de vaisseau, plusieurs billes d’acajou qu'il avait rapportées des Indes orientales. Il voulut les employer dans une construction qu'il faisait élever dans King-Street, Covent-Garden ; mais les charpentiers se plaignirent de ce que le bois était trop dur, et il fut laissé de côté. Peu de temps après, Gibsons fit appeler son ébéniste, Wollaston, et lui demanda d'utiliser ces matériaux qui gisaient dans le jardin. La réponse fut la même : la matière était trop dure pour l'employer; mais le docteur ne se tint pas pour battu : il dit qu’on pouvait se servir d’instruments plus puissants, et après quelques essais sur de petits objets, Wollaston réussit k fabriquer un bureau qui émerveilla tellement le docteur Gibsons par la couleur, le poli et l'aspect général, qu’il invita ses amis à venir voir ce meuble, unique en ce moment. Dans le nombre était la duchesse de Buckingham, qui demanda un bureau pareil. Wollaston fut encore chargé de le fabriquer, et sa réputation grandit k mesure que l’usage de l'acajou se multiplia. Bientôt il fut k la mode comme objet de luxe, et plus tard le placage en rendit l'usage n peu près universel »
-A HT IXIK’STRIKL.
Chinois. — Les Chinois et surtout les Japonais nous ont fourni le type d'un genre de meubles qu'ils excellent à fabriquer; nous voulons parler des meubles en Impie, dans lesquels des ornements dorés sur fond noir et brillant ont un grand éclat. Ce genre a eu un grand succès à une certaine époque, et fournit des effets encore fort estimés aujourd'hui daus nombre de cas. Uinningham a monté en papier mâché (carton-pierre! une trés-curieuse et prospère fabrication de meubles en laque avec incrustations de nacre, qui est une imitation assez, imparfaite de la belle fabrication chinoise et japonaise, lin Français, M. Osmont, s'est consacré avec assez de succès à créer ce genre de meubles.
In unes — La fabrication de l’Inde est représentée à l'Exposition de Paris par quelques pièces assez curieuses, remarquables par un mode de sculpture particulier.
■ Nous voulons parler des découpures à jour, des ornements vermicelles de formes variées, des palmes analogues à celles figurées sur le vase que nous avons donné à l'article Céramique. Nous citerons aussi un genre de décoration qui' est une véritable gravure sur bois en relief; toute la surface supérieure des arabesques gravées dans le bois est dans un même plan. Ce genre ne manque pas d'élégance, et porte ce cachet d'originalité d’une nation que nous imitons souvent, mais qui ne nous imite jamais Parmi nombre de meubles mis à l'Exposition de 1855 par la compagnie des Indes, on doit remarquer aussi d'admirables pièces en ivoire, un échiquier notamment. dont le pied est formé par des palmes d'une grande richesse.
ÉPOQUE MOOERNE.
Au commencement du siècle, l'idée dominante chez les artistes que le grec était le type absolu du beau a fait essayer des meubles à la grecque. Le mouvement des idées révolutionnaires voulait tout faire rétrograder vers l'antiquité, par une haine aveugle du présent. Percier essaya, sous l'empire, de déterminer les formes de meubles soumises aux lois de l'art grec, et Jacob fut l'habile metteur en iruvre de ces idees En dépit (b* tout le talent de Percier et de Fontaine, de leurs vastes connaissances, le succès de leurs créations fut de courte durée. Ils n'obtinrent, eu cherchant, en quelque sorte , les meubles qu'eussent voulu construire les Grecs vivant de notre vie, que des Tonnes roides, des espèces de petits monuments ornés de petites colonnes ornées de chapiteaux dorés, qui, tout à fait en désaccord avec nos loueurs, ne sont plus goûtés de nos jours, et n'ont pas laissé de trace sérieuse daus les progrès de l’art.
La restauration sortit timidement de cette voie, sans créer un type bien défini.
Nous devons citer, parmi les tentatives faites pour fixer le goût, celle de Cheuavard, qui, peu après 18.10, voulut réagir contre les formes grecques adoptées depuis trente ans, et ramener les belles formes de la Renaissance, en cherchant à reproduire facilement île beaux modèles, en voulant faire une industrie, une fabrication courante
MEUBLES. yy
île ce qui était un produit d'art à l'époque de la Renaissance. 11 üt des meubles très-élégants en noyer ou bois teint en noir, ornés en général de colonnes torses, recouverts de tapisseries, d'étoffes, dont les dessins correspondaient parfaitement au style qu'il voulait imiter. Nous donnons ici un fauteuil appartenant au mobilier qu'il chercha ainsi à créer.
Cette tentative, sans réussir complètement, eut une très-heureuse inlluence sur les progrès de notre industrie; elle vint exciter les dessinateurs en meubles à chercher leurs modèles dans les productions de la Renaissance, et fit entrer dans la pratique un grand nombre d'éléments de décoration nouveaux. I9fc bois indigènes vinrent du nouveau faire partie des ressources du constructeur de meubles, et s'ajouter à l'acajou, à l'ébène, et surtout au palissandre qui est venu le dernier occuper une glande place dans l éliéqisterie:
Fauteuil de Cbrmnnl.
100 A HT INDUSTRIEL
Si l'acheminement du mobilier vers les formes et surtout les décorations de la Renaissance tendait à se manifester pour les meubles usuels, le désir de faire des objets élégants pour nécessaires, corbeilles de mariage, etc., tous ces objets de goiit auxquels on donne, dans le ronmierce le nom de petits meubles, ramena de son côte au mélange du bronze doré, des porcelaines, des émaux, etc., avec le bois, et par suite aux styles de Louis XIV et Louis XVI. On peut dire (pie le style Louis XIV nous est revenu par le désir de les couvrir d'incrustations, ce (pii a formé des ouvriers capables d’attaquer l’exécution des mobiliers les plus complets, des plus grandes pièces. Les incrustations, réduites souvent à quelques lilets seulement, ont été fréquemment adoptées ]Kmr la décoration de meubles assez simples. Ces divers styles ont produit des formes, des décorations de mobilier toutes spéciales, qui ne sont pas. comme nous l'avons vu pour des époques ou l’art jetait peu d’éclat, des imitations en bois de l'architecture.
Si nous parlons maintenant de l’ébénisteric d’art, ce qui comprend indirectement les’ meubles du commerce, qui sont toujours un reflet des (ouvres les plus soignées, en laissant également de côté l'étude de tous les styles employés dans des cas particuliers pour des ameublements spéciaux, nous dirons qu'en général depuis plusieurs années, c’est entre l’imitation du style Louis XIV et celui de la Renaissance que le goût oscille. La perfection avec laquelle nos ouvriers exécutent le travail d’incrustation permet d'établir d'admirables imitations de Boule, de vul- • gariser ces meubles si riches. Cependant en ce moment ou peut dire (pie ce sont les (ouvres inspirées par les traditions de la Renaissance qui occupent le premier rang; le public est entraîné par le talent des artistes et surtout des sculpteurs, dont les produits sont de véritables œuvres d'art, et auxquels ils donnent un cachet propre à notre temps qui semble se dégager du milieu d'une imitation partielle du passé1, sans qu’il soit facile de le formuler d’une manière encore nettement définie.
Si les œuvres artistiques rappellent la Renaissance, les produits du commerce, imitation éloignée de ceux-ci, doivent être rangés dans la même classe ; c’est ce que rend indubitable la vue des mobiliers destinés à la vente courante qui garnissent les boutiques des commerçants. Nous ne saurions faire trop remarquer combien cette fabrication, inspirée par des œuvres élégantes qui en sont le couronnement, se distingue dans notre pays par la pureté des lignes, par une véritable élégance de tonnes généralement bien comprises.
Mais avant de passer aux œuvres les plus remarquables de notre industrie, disons quelques mots de celles des nations rivales de la France
Aussi longtemps que l'ébénisterie anglaise se borne au soin du eomfortable. source d un style bien en rapport avec nos mœurs, mais fort éloigné des données artistiques. -, elle remplit bien les conditions de duree et de solidité, et ne manque pas d'élégance, aussi il y a vingt ans elle nous fournissait souvent des modèles; mais dès qu elle vise au grand luxe et à l’imitation des formes de la nature, elle cesse* d'être satisfaisante.
Eu Allemagne, 1 ébénisterie de \ ienne jouit d'une grande réputation. Plus lourde que celle de Paris, elle a cependant un véritable mérite. Un reconnaît dans ses produits, avec une malheureuse propension à la lourdeut, une excellente exécution de formes compliquées, résultat de cette vulgarisation de la science du dessin ipii est une hase si importante des progrès de l’industrie allemande. Nous eu donnons