ANNEXES DES INDUSTRIES PRÉCÉDENTES
Reliefs pec saillants. — Nous mentionnerons ici, comme étant du même ordre que les industries qui précèdent, et comme soumises aux mêmes lois, les sculptures peu saillantes, les gravures employées comme moyen de décoration ; par exemple, le travail des camées, sculptures de petites dimensions faites sur coquilles; les cachets, médailles, pierres gravées, etc., les gaufrages et estampages des cuirs pour reliure.
Nous dirons d'abord quelques mots de cette dernière application, objet d'un véritable culte chez de nombreux amateurs. Les plus beaux effets de la reliure sont obtenus par deux procédés qui ne sont que des moyens mécaniques d'obtenir des gravures : les gaufrages par grandes plaques gravées qui rappellent de grands cadres, et les dorures par petits fers, résultat de la composition de petites vignettes, analogues à colles dont nous parlerons à l'article Imprimerie typographique. C'est rarement par estampage produisant un relief que les relieurs procèdent, c’est en général une
158 ART INDUSTRIEL
simple impression en nr qu'ils produisent; cette question rentre donc dans l’étude des procédés de cette nature dont il sera traité pins loin.
Camées. — ■ I.es anciens, dit M. Hérieart de Thury, dont les chefs-d'œuvre en tous genres prouvent avec quelle perfection ils exerçaient et cultivaient la statuaire et la sculpture, nous ont laissé en agates, sardoines, onyx , jaspes , et autos pierres précieuses, des témoignages irrécusables de la haute supériorité ;l laquelle, dans les temps les plus reculés, était parvenue la lithoglyptique, l'art de graver les pierres dures eu creux ou en relief, pour en faire ces précieux camées dans lesquels l'habileté des artistes savait profiter des accidents et des couleurs des pierres, [tour produire les délicieux et charmants effets qui donnent une si liaute valeur aux sujets, UH es. ügures ou groupes représentés sur ce» pierres, dont on voit de riches collections dans les musées de Home, de Naples, de l’aris, de Vienne, etc;.
• Le prix élevé des camées, la rareté des agates onyx ou rubamiées, leur dureté, la difficulté de répondre aux demandes des amateurs et des joailliers-bijoutiers, ont fait chercher, il y a déjà longtemps, les moyens d'imiter artificiellement les camées, et, après bien des tentatives, on a reconnu que la coquille marine ■ le grand casque des Indes orientales, • dont le test présente des couleurs blanches, roses, jaunes, brunes, etc., était la matière la plus favorable pour la confection des camées artificiels, cette belle substance étant par sa nateire assez dure pour résister au frottement.
• Cette industrie a longtemps été exploitée avec succès à Home, qui en fournissait les collections d'ainateurs est tous les bijoutiers de F rance, d'Angleterre et d'Allemagne
■ D'après le succès eles camées de Roene, quclepics essais ont été tentés en France Les plus remarquables furent ceux présentés aux concours ouverts par l'Académie eles beaux-arts de l'Institut, sous l'Empire; mais bientôt les essais de nos artistes furent abandonnés, et les ateliers de Home, de Florence, de Venise et de Naples continuèrent seuls à prospérer et à répanelrc partemt les camées. Dans exs dernière années cependant, à la ele'mande de quelques-uns de nos premiers bijoutiers, plusieurs jeunes graveurs emt tenté de nouveaux essais, en prenant pour modèles les plus beaux camées antiques, et les succès de quelques-uns d'entre eux ayant outre-passé leurs espérances, ils ont formé des ateliers de lithoglyptique. Ainsi, grâce aux efforts de MM. Micliellini , Weiss-Muller, Lalondru , Salmsonn, etc., nous pouvons nous flatter de voir bientôt l'art de la gravure eu pierres fines et pierres dures se relever [>armi nous.
< Quant à la gravure des camées de coquilles , elle est aujourd'hui exercée eu France’ avec le plus grand succès, et nous dirons même avpc autant de talent et de perfection qu'en Italie. Ainsi les rainées de MM. Albita-Titus, Hevnaud, Lamant. Rlanrhet, de Grégory , Bfcrtoux de Marseille, etc., soutiennent la comparaison ave*’ ceux des plus habiles caméistes de Home. »
Les camées français ont, du reste, dès ce moment, un avantage marqué sur les camées romains; ils sont sensiblement moins chers, dette modicité de prix tient à l'introduction du tour â portrait dans cette fabrication; il permet do pousser rapidement, et à peu de frais, les ébauches jusqu'à un point extrêmement avancé; l'artiste lia plus que le dernier fini à donner.
Monnaies et médailles. — I.a gravure des monnaies et médailles, comme celle des coins et poinçons qui servent à obtenir par estampage des ornements en métal destinés à la décoration des pièces d'orfèvrerie, consiste eu une véritable sculpture
DECOIIATION DES A H MRS
sur métal, qui ne diffère ilo la sculpture ordinaire que par les procédés techniques, dont nous n’avons pas à parler ici. Il faut tout lo talent d'artistes fort distingués pour donner du charme à do petites compositions u’ayanl qu'un faible relief, et qui sont d’une extrême importance, tant parce qu’elles sont destinées à rappeler à la postérité de grands événements sous forme de médailles, qu'à assurer, sous formes do monnaies, la loyauté dans les transactions.
Gravures en creux et en bei.iep. — Nous devons dire ici quelques mots des moyens de décoration qui se rapportent à l'orfèvrerie et à la bijouterie, et se rapprochent des procédés sur lesquels nous aurons à revenir plus loin.
Di gravure est le moyen de décoration le plus général pour les métaux et les matières qui se travaillent avec les outils trandiauts. Nous allons donner bientôt un curieux exemple de ce travail fait sur l'acier; le guillochage et la gravure pour les métaux précieux, les incrustations pour les métaux comme pour le bois, c’est-à-dire l'insertion dans des entailles convenables de substance ditl'érente de celle qui forme le fond, forment des moyens de décoration importants obtenus par des procédé» qui consistent essentiellement en des gravures creusées dans la surface à décorer, en raison des dessins à obtenir. La question d'art, celle des ligues formées par ces gravures diverses, rentre dans les question de dessin dont nous allons bientôt traiter en détail. Nous ne nous y arrêterons donc pas ici. Il en est de même de la plupart des moyens de décoration dont il nous reste à parler.
Les nielles, formées par une incrustation de matière noire qui remplit une gravure en creux, donnent par suite des dessins noirs bien apparents ; l’incrustation s'étendant par l’action Chimique des substances incrustantes, produisent des effets très-heureux sur l’argent. Les nielles ayant plus de charme comme moyen de coloration que comme gravure, nous en traiterons en parlant des colorations et des émaux qui jouent un si grand rôle dans la bijouterie.
Décoration des armes. — Les hommes de tous les pays et de tous les temps, dit M. de I.uyues, ont aimé les armes richement ornées ; ce goût a été poussé plus loin en Orient que partout ailleurs. Les garnitures d'or et d'argent, les émaux, les pierres précieuses et de second ordre, les nielles et les filigranes, le repoussé, la ciselure, la dorure et l’argenture en feuilles, ont été prodigués sur les armes de luxe, et dans cette belle industrie, les Indiens, les Birmans, les Malais, les Persans, les Japonais, les Chinois, même les Géorgiens et les habitants de la Boukliarie, héritiers du faste de l'antiquité asiatique , ont été et sont restés nos maîtres.
Plusieurs de ces moyens de décoration qui emploient d'une manière particulière la gravure et la ciselure comme procédés, sont restés spèciaux à la décoration des armes, ce sont : la damasquine, l'incrustation rasée et l'incrustation eu relief. Nous parlerons ici des effets obtenus par ces mélanges de l’or et de l'acier.
Damasquine.— Le métal à damasquiner est haché finement dans les parties à décorer, et l'or refoulé sur ces parties chauffées y adhère très-fortement. C'est de Damas Pt surtout de l’Inde que nous viennent leg pièces les plus remarquables. Cet art a été importé en Europe vers le xvi" siècle.
Incrustation rasée. — L'incrustation rasée est analogue à celle pratiquée dans l'ébénisterie. Le dessin gravé en creux profondément est rempli d'un fil d'or, qu'on y comprime fortement, puis la surface est polie. L'incrustation des métaux précieux
ART INDl’STÎUEL.
était, dans l'antiquité, une industrie appliquas; non-seulement aux armes, mais encore à la statuaire et à l'ameublement. On peut voir au musée du Louvre de petites statues égyptiennes en bronze incrustées d'or ; au musée de Naples, des statues et un candélabre de bronze incrustés d'argent; au musée d'artillerie de Paris, un glaive de brome avec des filets incrustés de même métal. Ce genre de travail est fort bien exécuté par les Indiens, et, à leur exemple, par les meilleurs armuriers français. Il donne en général aux armes un caractère orientai.
La fonderie royale de Berlin avait exposé à Londres un curieux essai de renovation de cet art anticpie, consistant en des candélabres de fer à filets d'argent. A l’Exposition de Paris, mie statue ainsi décorée et sortant du même établissement , possède un cachet tout particulier qui rappelle les productions de l'antiquité.
Incrustation un relief. — L'incrustation en relief est une variété de celle qui précède. Au lieu d'araser l’or avec la surface, on le laisse en relief pour le modeler et le ciseler ensuite. Cet art est admirablement appliqué aux armes et à la bijouterie par les Japonais; il fleurit en Europe vers le temps de Henri IV. Après avoir été abandonné, il est porté aujourd'hui aussi loin que possible, et l'Exposition de 1805 a montré de curieux produits de ce genre dus à nos artistes armuriers.
PEINTURE