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DE LA PEINTURE

Après avoir parlé de l'Architecture et de la Sculpture, il nous reste à traiter de l'application à l’industrie de la partie des beaux-arts qui utilise le dessin et la couleur; de celle qui, dans sa plus complète expression, éveille en nous des sentiments particuliers, et nous conduit jusqu’à l'idéal à l'aide de l'imitation ; en un mot de la peinture.

Nous avons déjà dit qu'il y avait, comparativement A l'autre art d'imitation, à la sculpture, une observation importante à faire. Tandis que l'industrie emploie dans le cas des applications de la sculpture toutes les ressources de l'art, que la liaison de l'industrie avec celle-ci est intime, puisque le moulage, en multipliant toutes ses productions, en fait des objets de commerce; que les besoins des arts industriels, de l'orfèvrerie par exemple, exigent fréquemment des créations nouvelles et tout à fait artistiques; dans la peinture, au contraire, il existe une profonde séparation entre l'art et l'industrie. Sans doute, la peinture elle-même est employée avec toutes ses ressources pour la décoration, comme lorsqu'un appartement est orné des tableaux des grands maîtres, lorsque sur un vase de porcelaine un peintre habile peint une scène; mais U y a là emploi direct de la peinture, encadrement d'un produit artistique par des travaux industriels, il n'y a pas industrie. C'est lorsqu'on imprime du papier, des étoffes, suivant certains dessins et en certaines couleurs, avec un nombre de teintes limité (et l'on crée alors seulement des produits bien éloignés des œuvres de la peinture proprement dite), qu’il existe vraiment une industrie employant directement les ressources élémentaires de la peinture. Sans doute, il n’y aurait nul inconvénient à étudier en même temps les beaux-arts et les arts industriels ; il serait même, sans

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contredit, fort utile d'enseigner d'abord la science complète du peintre pour en prendre ce qui serait applicable à l'art industriel; niais, outre l'insuffisance de nos connaissances qui ne nous permettrait pas de l’entreprendre, ce serait sortir de notre cadre. Nous croyons inutile de partir de l’étude complète des procédés de l’art pour apprécier ceux de l'industrie, qui se tient dans une sphère plus modeste, les procédés aussi bien que le but à atteindre étant différents.

Insistons un peu sur une considération que nous croyons importante, et demandonsnous sur quoi repose la séparation dont nous venons de parler.

La peinture se fait, comme chacun sait, à l'aide, de couleurs que le peintre mélange sur sa palette et qu'il dépose sur la toile avec son pinceau. Le résultat de toutes ces teintes combinées, de leurs superpositions et juxta-positions qui eu changent l'effet, constitue le coloris qui donne les résultats si admirés de tous, sous la main des grands maîtres. Il résulte de la multitude d'éléments qui concourent à une œuvre si complexe, si difficile à analyser, qu'elle n'est évidemment imitable (même imparfaitement) que par un très-habile artiste qui appréciera tout le travail du maître, sentira tous les contrastes de couleurs , et pourra, par un travail opiniâtre et seulement en employant les mêmes procédés, tenter de repasser par le même chemin. Mais un semblable résultat pput-il être obtenu industriellement? Peut-il exister pour la peinture un procédé qui, comme le moulage, l'estampage pour la sculpture, permette de reproduire et de multiplier l'œuvre primitive de l’artiste'/On peut répondre non, à coup sûr. Il est évident qu'il y a, dans chaque coup de pinceau, dans l'effet résultant do la superposition des couleurs, quelque chose d'inimitable que les procédés industriels ne peuvent donner, si parfaits, si ingénieux, si compliqués qu'on les suppose, sans jamais pouvoir admettre qu'ils atteignent à la combinaison indéfinie de teintes que le peintre emploie, llien des essais tentés dans cette voie ont fait apprécier combien la solution complète du problème est impossible, comment on ne peut dépasser une imitation assez grossière, dès qu'on cherche à atteindre des résultats pour lesquels un certain nombre de teintes plates est insuffisant. En effet, c'est essentiellement par superpositions de teintes uniformes, successives, qu'opère l'industrie, même pour obtenir des dégradations ; ce n'est qu'eu opérant ainsi que le travail d’application de la couleur peut cesser d’être artistique pour devenir mécanique; mais alors ce n’est qu'avec bien des efforts et par la répétition à l'infini des opérations, que l'on parvient à des résultats quelque peu comparables avec ceux de la peüiture proprement dite. Ce n’est pas pour décourager les inventeurs que nous faisons ces observations : nous voudrions plutôt qu'on y vit le mérite qu’il y a à surmonter, même incomplètement, les grandes difficultés qui s'opposent à la reproduction des œuvres d’art.

Cette condition, qui fait du produit de la peinture une œuvre unique, non susceptible de reproduction par un procédé du domaine de l’industrie, ne permet pas de considérer l’œuvre du peintre comme rentrant dans l’art industriel ; c'est un produit des beaux-arts, et il n’y a pas à en traiter ici autrement que comme d'un objet d’étude, comme d'un modèle placé dans une sphère plus haute que le produit d'art industriel, comme fournissant les lois fondamentales des harmonies des lignes et des couleurs qui ne doivent pas moins guider la main du plus obscur ouvrier que relie du grand artiste, du maître le plus éminent qui si» livre à des travaux d’un ordre plus élevé, d'une difficulté plus grande

PEINTURE

Ce qui rentre dans l'art industriel, e'esl d'abord l’emploi de toute la première partie de l'art du peintre, du tracé, du dessin eu tout genre, produit de manière à pouvoir être multiplié par un procédé technique. En second lieu, c’est l'emploi des couleur* multiples, et pour cet emploi, comme pour le dessiu obtenu à l’aide d'une seule couleur, on utilise les connaissances acquises par l’étude, les recherches faites par les maîtres de l’art dans les conditions les plus complexes ; mais des procédés plus simples (pie ceux qu’emploie le peintre ne permettent toutefois d’en utiliser dans ce cas qu’uno partie assez minime.

Nous distinguerons deux catégories dans les produits dont nous aurons à traiter au point de vue de l’emploi des colorations, produits dont l’importance industrielle est considérable,

1" Ceux qui sont obtenus par l’application de matières colorantes, au moyen de procédés de même nature que ceux qu’emploie la peinture, c'est-à-dire en déposant des couleurs sur des surfaces convenablement préparées.

2» Ceux qui sont dus à l’assemblage d'éléments de couleurs et de formes diverses, de telle sorte (pie leur ensemble constitue un tableau composé d’un plus ou moins grand nombre d'éléments différemment colorés. Ce procédé est tout spécial à l'art industriel et fournit le moyen de décoration des étoffes, tissus brochés, tapis, etc. Il élève dans quelques cas les produits à une valeur artistique incontestable, qu'a priori on ne croirait pas possible d’atteindre par des moyens dont l’emploi semble si difficile.

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