ARGENTURE. — DORURE
L'art de couvrir d'or ou d'argent les surfaces de cuivre, de laiton, etc., est une des grandes ressources des industries que nous avons étudiées section IV, pour donner à ces substances l'apparence et l’éclat de l'or et de l'argent.
Ou distingue deux dorures, l’une mate et l'autre brillante ; la seconde, réfléchissant la lumière, possède un éclat que n'a pas la première.
Le bronzage ou procédé pour donner au laiton fondu l'apparence de bronzé antique, ou celle du bronze florentin d’une riche teint® rougeâtre, est un procède analogue.
Les émaux sont de véritables verres colorés, formés par la fusion de plusieurs oxydes colorants, mêlés en général avec l’oxyde d’étain, qui rend cette vitrification opaque ;
ART IXm’STRIEL.
JIR
ils sont de couleur» diverses en raison de la nature des oxydes employés ; ils adhérent au métal relativement infnsihle sur lequel ils sont appliqués, et forment une des ressources les plus utiles de la décoration île la bijouterie, car l'éclat de res vitrifications, se mariant parfaitement avec relui de l’or et de l'arpent, est seul fssez brillant pour fournir des colorations convenables’.
L'art de l'émailleur repose sur une application particulière de la vitrification colorée. Il doit donc, à ce point de vue, être très-ancien’ et, en etl'el. sans s’arrêter aux poteries égyptiennes, les (irecs avaient déjà inventé de se servir d'un excipient métallique. Les émaux anciens sont tous de la nature des émaux incrustés, ce sont des espèces de mosaïques fondues, séparées par du métal et coulées en juxta-position, procédé employé jusqu'au x IV siècle; ces produits ont en général le caractère oriental.
Dès le xmc siècle, l'art de l'émailleur fut inséparable de relui de l'orfèvrerie.
A partir du xiv siècle, on trouve les émaux en apprêt, c'est-à-dire une coloration très-superficielle du métal par les émaux.
Enfin, ou arrive à la peinture en émail sur émail, depuis la fin du xve siècle jusqu'à nos jours.
Dès le temps de saint Eloi , la tradition fait exister des emailleurs à Limoges; dés le xur siècle, les émaux de cette ville ont occupé le premier rang dans l’art. Léonard de Limoges fil, sous François I", des (ouvres admirables qu’on peut visiter dans les collections du Louvre. 11 fut le directeur de la manufacture d'émaux que rétablit ce roi. et où l'on exécuta, d'après les dessins de Raphaël, Jules Romain, Léonard de Vinci, etc., ces plateaux, ces aiguières, ces portraits qui font l'admiration des connaisseurs *.
(’.'esl la légèreté de la feuille de métal sur laquelle s'appliquent les émaux, la facilité de lui donner des formes élancées qu'il serait presque impossible d'obtenir avec d'autres substances, qui, avec l'éclat des émaux, rendent les produits de ce genre extrêmement remarquables et séduisants. (Test surtout au point de vue des formes qu’ils diirérent des poteries émaillées qui ont fait la gloire do Lucca délia Itohhia et de Bernard de
' Ce fut seulement en Hî:J2 qu'un nommé Jean Toulin, orfèvre de CliAtcaudun, inventa de faire des émaux épais et opaques sur or.
1 Noms de quelques emailleurs principe* de Limoges, d'après M. de Laborde et l’abbé Texier : Abbo, orfèvre, maître de saint Eloi, vivant aux vi* et vu* siècles.
Saint-Kloi — vu* siècle.
WiUieimus (frère Guillaume), vivant de 940 à 960.
. X Italie, orfèvre & Limoges — 10K7.
Vital, Pierre de Jjgilljen, Ayanba — 1389.
nard Limosin — 1530 a 1575.
Jea|t Lunosu» — 1597 à 1625.
M irtfal Raymond— 1590 à 1608.
Bernard- Limosin— xvi« et xvii* siècles.
Landin, Nouailher, etc., xvm* siècle.
COLORATION. *>IV
Palissy. Nous en donnons polir échantillon une élégante Inüre faite a Sèvres sur les dessins de M. Itiélerle.
Buirc «maillée de M. Dieterle.
L'emploi des émaux est la ressource la plus précieuse de la bijouterie, celle qui permet, par le mélange de couleurs aussi éclatantes que l’or qui les entoure, de produire une multitude d’ell'ets charmants. C'est surtout pour former des feuilles avec des émaux verts que cette ressource est utilisée dans les produits les plus ordinaires.
Pour montrer leur talent et lutter avec les plus grandes difficultés, les artistes les plus distingués font quelquefois des » chefs-d'œuvre < représentant des personnages colorés par les émaux, des scènes exécutées en émail; elles représentent un travail et un prix énorme et font la joie dos amateurs. Nous doutons toutefois qu'on les appréciât autant, si la difficulté d’exécution plutôt qu'une véritable beauté n'en faisait pas le principal mérite.
Nielles. — L'art de nieller, dit M. Yitet, fort en usage durant le moyen âge. consistait à étendre, dans les tailles d’une gravure exécutée sur l'or et sur l'argent, une composition métallique, espèce d'émail noirâtre (un sulfure métallique), appelé en latin, à cause de sa couleur, *nigcllum, - et eu italien » niello; • cet émail, qu'on fixait en le mettant en fusion, était ensuite poli avec le reste du métal. L’argent et l'or devenaient brillants dans toutes les parties que le burin n'avait pas entamées; partout, au contraire, où il avait tracé le moindre sillon, la nielle eu remplissait le creux, et par sa couleur noire faisait ressortir vivement le dessin de la gravure.
220 A HT INDUSTRIEL
Inventée par les Égyptiens, dit M. de Luynes, peut-être avant l'ére chrétienne, la nielle devint un art de prédilection dans l'Orient; elle parait avoir été importée par les Byzantins en Russie, à l’époque où les Barbares qui habitaient ce jiays se convertirent au christianisme, et il est probable que ce fut aussi de Byzance que les artistes occidentaux du moyen âge reçurent les premières leçons sur l'art de nieller l’argent.
L'usage des nielles, continué en Europe depuis le vu* siècle jusqu'au xn*, fut ensuite négligé pendant un long espace de temps; il fut repris dans le xv* siècle et presque complètement abandonné de nouveau. Ce procédé, que Wagner rapporta en 1825 de la Russie, a été souvent appliqué de nos jouis à de menus objets de bijouterie murante, à des œuvres d'un ordre plus élevé, comme nous l'avons rappelé plus haut.
C'est la nielle qui a mené directement à l'impression en taille-douce ; il n'y avait qu’à tirer des épreuves des gravures faites pour nieller, aptes en avoir rempli les tailles de noir, et presser sur un papier pour créer ce mode d'impression ; or c'est ce qui a été fait souvent pour tirer épreuve de la nielle et en juger le travail. C'est une épreuve de nielle considérée comme une estampe, et dont ou a retrouvé la gravure sur une pièce d'orfèvrerie existant à Florence, qui a servi à établir exactement la iate de l'imprimerie en taille-douce, en 1452, par Tomaso Finiguera, orfèvre de cette ville.
Passons maintenant aux colorations considérées en quelque sorte comme but, c'est-à-dire aux industries daus lesquelles les couleurs ne sont pas employées, comme dans les cas précédents, pour décorer des objets déterminés, mais dont les [iToduits ne sont que des moyens de supporter et d’utiliser les colorations. Tels sont les papiers et les étoffes.