FIN DE LA SECONDE PARTIE
STATISTIOLE DU SAINTI'MIIÎLENE
Sainte-hélÈxe esl siluée entre le IS'" degré 55 minutes de latitude sud, et le 5* degré 4G minutes de longitude ouest, sous les vents alises sud-est. Elle a à peu près dix milles et demi de longueur, six milles trois quarts de largeur, et vingt-huit milles de circonférence. La partie la plus élevée est Diana's-Peak. Elle est éloignée de la terre la plus prochaine, l'Ascension, d'à peu près six cents milles; le continent le plus rapproché, le cap de Bonne-Espérance, en est à douze cents lieues. Son aspect est stérile et repoussant. Elle présente à 1 extérieur l'apparence d'une masse de rochers noirâtres, formés de différentes laves, qui s'élèvent de l'Océan en pointes rudes et irrégulières, et qui paraissent brûlés et scoriiiés. Ils n'offrent aucune végétation à quinze cents pieds de hauteur au-dessus de la mer, et l'aridité de leurs masses n'est rompue que par des ravins profonds et étroits qui descendent à la mer, et forment, en plusieurs endroits, des espèces de ports. L'île est un composé de laves refroidies dans différents étals de fusion, qui, jointes à l'absence totale de toute substance primitive, à ses hauteurs en cône, au Puzzolana, et aux productions volca-
niques qui s'y trouvent, prouvent clairement qu'elle a subi l'action du feu. James-Town, seule ville qui soit dans l'île, est située au fond d'un ravin, en forme de coin flanqué de chaque côté de rochers énormes et saillants, menaçant continuellement d'une mort affreuse les habitants de la ville. Le rocher à gauche, en venant de la mer, est appelé Rapcrt's-Hill ; celui à droite, Ladder-HUl. Une route perpendiculaire et étroite appelée Sidepat/i (le sentier de côté) traverse le premier; une autre route, qui coupe Ladder-Hill, conduit à la maison de campagne du gouverneur. Le premier aspect de la ville est agréable, surtout à ceux qui ont été longtemps en mer; elle ressemble à une décoration de théâtre. Vis-àvis de la ville, est Jaine's-Bay, port principal, où les vaisseaux les plus gros sont en parfaite sûreté. Le vent ne variant jamais de plus de deux ou trois points, et soufflant toujours de terre, est très favorable pour mettre à la voile. La ville se compose d'une petite rue le long de la mer et qui est appelée Marina ; d'une grande rue qui, commençant à celle-ci, s'étend en ligne droite à une distance d'à peu près trois verges, où elle se divise alors en deux plus petites. Elle offre à peu près cent soixante maisons, bâties principalement en pierres, cimentées avec de la boue, la chaux étant extrêmement rare dans l'île. Les principales maisons sont blanchies et couvertes en bardeaux ; les autres sont couvertes de planches et de terre. Il y a une église, un jardin botanique, un hôpital, une taverne et des casernes. A gauche de la baie, est situé le château du gouverneur. On trouve quelques brasseries dans lesquelles on fait de la bière aussi bonne que notre meilleure.
Les maisons sont en général fort propres à l'extérieur, mais elles manquent de beaucoup de commodités. Ce sont presque toutes boutiques, hôtels garnis et auberges.
On peut s'y procurer des marchandises des Indes Orientales ou d'Angleterre; mais ces dernières reviennent à des prix énormes. Le thé est la seule denrée qui y soit à bas prix. Lors de notre arrivée, il était difficile de s'y procurer les choses nécessaires à la vie, et ce n'était qu'à des prix exorbitants. Le bétail était tellement rare, que c'était une affaire d'état que de tuer un bouvillon ; les habitants ne pouvaient tuer même leur propre bétail, sans en avoir préalaJjlement obteim la permission expresse du gouverneur et du conseil. Les moutons sont très petits ; ils pèsent rarement plus de vingt ou trente livres. Le mouton, lorsqu'on peut s'en procurer, coûte de 1 fr. 85 c. à 2 fr. 50 c. la livre. [La volaille y est fort chère; elle coûte de 7 fr. 50 c. à 12 fr. 50 c. la pièce. Les canards, 12 fr. 50 c. Les oies, 22 fr. .50 c. Les dindes coûtent de 31 fr. 50 c, jusqu'à 50 fr. Il est très difficile de s'y procurer du veau, et il coûte à peu près 2 fr. 50 c. la livre. Le porc, 1 fr. 55 c. Les choux, de 1 fr. 50 c. à 3 fr. chaque. Les carottes, 1 fr. 50 c. la douzaine. Les pommes de terre, de 7 fr. 50 c. à 10 fr. cSO c. le boisseau. Les œufs, la douzaine, de 6 fr. 25 c. à 7 fr. 50 c. On y a fjuelquefois des pois, mais ils sont très chers.
Le poisson le plus commun est le maquereau, il y est abondant. Il y a des albicores, des bonetas, des buliseyes, des cnvallies, et quelquefois, mais très rarement, des tortues de mer. On y trouve aussi une espèce d'écrevisse appelée longuca-pattrs, et quelques cancres.
Le seul gibier de l'île se compose de quelques paons sauvages, de perdrix et de faisans. Ces derniers sont gibier royal, et réservé. On soumet à une amende très forte quiconque en tuerait un, et ne l'apporterait pas de suite au gouverneur. On n'y voit point de lièvres, et très peu de lapins. Les locaux y sont excessivement chers; les habitués paient ordinairement 7 fr. 75 c. par nuit;
les passagers paient le double. Le prix du logement et de la table est de 37 fr. 50 c. par jour, pour une grande personne ; 18 fr. 75 c. pour un enfant ; 12 fr. 50 c. pour un domestique : on donne à ces derniers une table passable et très peu de vin. Le porter et tous les vins, excepté celui du Cap, y sont fort chers. La vente de toute espèce de spiritueux est prohibée. Les chèvres, qui y étaient autrefois nombreuses, et qui faisaient tort aux jeunes arbres, en sont presque exterminées. Les maisons sont remplies d'une quantité de rats et de souris incroyable à tous ceux qui n'ont pas été à Sainte-Hélène; les ravages qu ils commettent sont incalculables. On y est aussi assailli par des essaims de moucherons (moschettes) de deux espèces, dont la piqûre est insupporta ble. On y voit aussi des quantités de rougets, des scorpions, des Jmillipèdes et une espèce de mouches très incommode pour le bétail elles chevaux. La quantité des chenilles et des vers y est étonnante, et les ravages que font ces insectes sont presque incroyables. J ai ouï dire que des planches de végétaux avaient été quelquefois entièrement détruites en une nuit par les chenilles. Le bois de chauî.^agey est extrêmement rare et fort cher; on est obligé de tirer le charbon de l'Angleterre. Les ressources de l'île sont peu nombreuses, et je puis dire avec vérité qu'il y avait à bord du yort/iuniberland un j)lus grand nombre d outils et de mécaniques, qu elle n'en contient. Le prix du travail y est très élevé; les journées ordinaires d un ouvrier sont de 5 fr., et celles d un mécanicien de 8 fr. 75 c. à 12 fr. 50 c.
James-7'on'n est défendu par une ligne de fortifications élevées le long de la baie, à droite de lacjuellc se trouve le port, par des ouvrages maritimes, et parles batteries de Meuden et de Bank, sur l^addcr-Hill et Ruppert'sliill. Un pont-levis conduit à hi porte de la ville; cette
porte est fermée tous les soirs à la chute du jour. On aborde la ville au pied d'une montagne en cône, appelée Sug(ir-Lo(if-Poiut. Avant fiuil leur soil permis de jeter l'ancre, les vaisseaux sont oliligés d'envoyer un bateau pour déclarer leur nom, leur pays, etc. Outre cet abordage, il y en a encore cinq ou six autres qui ne peuvent servir qu'à un très petit bâtiment.
Une source qui la traverse fournit de 1 eau à la ville, ainsi qu'aux vaisseaux de la baie. Cette eau, du cresson, quelques végétaux et de la bière, sont les seuls rafraîchissements que puissent se procurer les passagers dont la bourse n'est pas bien garnie.
La population de l'île sans y comprendre la garnison, s'élève à deux mille neuf cents âmes à peu près, dont sept cent quatre-vingts sont l)lancs, trois cents noirs ; le reste se compose de Lascars, de (Chinois, etc. Les blancs sont ou d'origine anglaise, ou natifs de la Grande- Bretagne ; les insulaires en sont très jaloux, et les regardent comme des intrus. Ceux-ci, à leur tour, ont appelé les naturels du sobriquet de Yain-S(oc/is. On y parhl'anglais, mais on le prononce très mal. La religion anglicane est la dominante ; les coutumes sont composées des habitudes anglaises et des mœurs des tropiques. La principale nourriture consiste en viande salée, riz et poisson ; on obtient le premier de ces articles par quantités, dans les magasins de la conqiagnie des Indes- Orientales, à des prix modérés. La viande fraîche est un luxe que la haute classe se permet rai'ement, encore éprouve-t-elle l)eau(ou|) de difliculté à s'en procurer. Les végétaux sont ordinairement vendus ou échangés aux vaisseaux et aux troujies. 11 y a peu d'années, l'île ne possédait pas encore une seuh' charru<' ; cependant, son dernier gouverneur, le major-général Heaston, en fit introduire plusieurs. La plus grande partie des habitants
demeurent a la ville, et ne vont à la campagne que pour leur amusement ou leur sanlé. Ils ont, en général, peu d'éducation ; et le petit nombre de ceux qui ont été élevés en Europe, conçoivent bientôt, à leur retour, le plus profond mépris pour leurs parents ou leurs Voisins.
Le liant prix des denrées, et des autres choses nécessaires à la vie, ne permet pas aux habitants de déployer une grande hospitalité. A l'exception de la famille Balcombe, les étrangers ne peuvent guère attendre des égards que du propriétaire de l'auberge où ils logent. La plupart des aubergistes sont les personnages les plus importants de l'île; ils comptaient parmi eux, il y a quelques mois, le second membre du conseil. On y donne cependant quelques soirées, et les jeunes personnes de l'île, dont quelc]ues-unes sont fort jolies et fort ignorantes, n'exigent pas de longues assiduités pour se décider à quitter le rocher où elles sont nées.
L'intérieur de l'île se compose de chaînes de montagnes et de ravins. Dlana's-Pcak, le point le plus haut de l'île, est à deux mille cent quatre-vingt-dix-sept pieds au-dessus du niveau de la m"r. Le pays offre les contrastes les plus frappants d'aridité et de verdure. Ici, ce sont des rochers stériles et d'une hauteur immense, séparés par des abîmes profonds, obscurs et perpendiculaires, parsemés çà et là d'immenses masses de roches nues, et de quelques terres-pleins de verdure, là, de verts pâturages, et des jardins ornés d'arbres et de maisons qui s'élèvent dans la vallée ou sur le flanc des rochers. Quelque bétail, des moutons, et parfois un cheval, paissant sur les côtes escarpées des montagnes, offrent à l'œil, fatigué de la vue de ces précipices affreux, un agréal)le soulagoiiirut. (]es contrastes font ti'ouvei" au spectateur la partie (ullivée de l'île pittores- (pie et romantique. La vue dont on jouit de Sandy-Bai/-
Ridge et du sommet de Diana's-Peack, est véritablement splendide. Cependant, la pius grande partie de l'île est dépouillée, et son aspect est horrible et repoussant; la plupart des terres propres à la culture sont emcombrées de ronces (ri/biis jj/anatiisj, que l'on y avait apportées, il y a cpielques années, comme une rareté. Les routes sont, en général, fort étroites; à peine un cheval y peut-il passer. Elle tournent autour du sommet des collines ou des flancs escarpés des montagnes à pic, et s'enfoncent dans les profondeurs des ravins. Il n'y avait dans l'île que deux voitures, appartenant au gouverneur et traînées par des bœufs.
On peut compter au nombre des sites les plus agréables de l'île, d'abord Pldntat/'on-House, ensuite la maison du colonel Smith, Roscniary-Htdl ; celle de M. Doreton, à Sandy-Bay , tlic Briars, et la maison de miss Mason. Tous ces endroits sont ornés de beaux jardins, de promenades abritées, de verdure et de ruisseaux; ce sont presque des demeures agréables. Plantation- House et ses dépendances seraient considérées, dans toutes les parties de l'Europe, comme un site enchanteur.
Afin que le lecteur ne pense pas que je veuille enchérir sur ses beautés, je vais rapporter un extrait de la description qui en a été donnée dans le dernier ouvrage publié sur Sainte-Hélène. « L'entrée de Plantation-Hoiise, résidence de campagne du gouverneur, est à peu près à trois quarts de mille de C est une habitation extrêmement élégante, agréablement située, ayant des jardins immenses et des terres bien cultivées ; elles sont labourées comme celles dAngleterre, et entretenues avec beaucoup de soin. Les jardins sont ornés de différentes espèces d'arbres magnifiques et d'arbrisseaux apportés d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Amérique,
Tous viennenr des parties du inonde les plus éloignées et des climats les plus opposés; et cependant ces plantes y prospèrent et fleurissent toutes. »
Plantation-House est abritée par les chaînes immenses de montagnes H.j formant Diana's-Peak et Hallev's- Mount, et qui séparent lîle, garantissent cette partie du vent du sud-est, lequel, dans les endroits exposés à son ardeur, brûle la végétation.
Lorsqu'on sut que Longwood avait été fixé pour la demeure de Napoléon, cette décision surprit d'abord les insulaires ; la situation est si aride, qu aucune famille n'avait jamais pu l'habiter plus de quelques mois dans l'année : mais cette surprise cessa bientôt parce qu'on supposait qu'on lui préparerait une habitation convenable pour l'hiver, lorsque le gouverneur serait arrivé.
Longwood est une vaste plaine sur le sommet .d'un»^ montagne, sous le vent, à deux mille pieds à peu près au-dessus du niveau de la mer. Elle contient un grand nombre d'arbres appelés oiim-<\'oods iconysa giunmiferaj, tous à peu près de la môme taille, et penchant tous du même côté, à cause des vents alises qui soufflent continuellement du sud-est, ce qui leur donne l'aspect le plus monotone et le plus mélancolique. Les feuilles de l'arbre à gomme sont petites, étroites, et toutes réunies aux extrémités des branches, ce qui fait, par conséquent, qu'elles ne donnent qu'un ondirage sans force, contre les rayons ])énélrants du soleil. 11 n'y a point
(1) Souvent, dans los vovagps qiio jVtais obli<i;<'' de faire doux fois la semaine .i l'liiitatioii~Hnii.«-. je laissais Lonrfwocxl an milieu des brouillards et (le la |)liiie. et trouvais le beau tt'iiips à J'iciiittitioii. Le ehangrnu'nt eoinnieii(;ait f^c'aéralenient à partir (les luonlapfnes au-dessus do Hul's-(iate : ou peut eu attribuer la eause à ce (pu- les nua^jes «'taient altiri'S par les hautes nuuita^ues apix'lees Vh'.piiic du dos de l'ile. On vovait tous les jours le beau ti'Uips à la ville, et la [ïliiie et le brouillard en nu"MUe lemi)s dans les ui(Ultaj;ues. 11 est surprenant (pu- l'on ne connaisse ni le tonnerre ni les (-elairs à Sainte-Hi'lene, ce qui provient sans (bulle de ce qiu' le fluide (■•leclri(pu' s'aniassant sur Diana"s-Peak et les antres montagnes en c<"tne, se trouve conduit à la mer.
d'eau, excepté celle qu'on y amène d à peu près trois milles. La plaine est exposée à un vent sud-est, cons-^ tamment chargé d'humidité ; sa situation élevée fait qu'elle est enveloppée de brouillards ou noyée dans les pluies, pendant la plus grande partie de l'année. Le sol se compose d'une craie argileuse et gluante qui, dans les temps humides, s'attache aux pieds du voyageur et y forme un tel poids, qu'elle l'empêche véritablemeut de marcher. Pendant un mois ou six semaines, le temps y est fort beau; le soleil y est vertical pendant deux ou trois autres mois, et les sept ou huit derniers sont toujours pluvieux et désagréables. Bien que Longwood soit généralement couvert de brouillards, le ciel s'y éclaircit parfois, et les rayons du soleil y brillent d une splendeur passagère. Bientôt après, l'atmosphère s'obscurcit de nouveau, des brumes épaisses couvrent la plaine, et une pluie abondante, poussée impétueusement par l'éternel vent alise, mouille jusqu'aux os quiconque s'est hasardé à faire un tour de promenade, séduit par l'apparence trompeuse du soleil. Ces changements de température ont souvent lieu plusieurs fois dans le même jour, et sont une des causes de l'insalubrité de Sainte- Hélène. Par suite de la nature grasse du sol, la pluie ne pénètre que très peu sa surface, et court se précipiter dans les ravins du voisinage. La violence du vent qui détruit la végétation, jointe aux dégâts commis par les vers, et le manque d'eau pendant deux ou trois mois de l'année, rendent prescjue nuls tous les efforts pour cultiver le jardin : la plante qui réussit le niieux à Longvood est le tilhymale, herbe nuisible et laiteuse.
Afin qu'on ne puisse pas croire que je me suis plu à exagérer les inconvénients de Longwood,je prendrai la liberté de citer deux passages de l'Histoire de Sainte- Hélène par M. Brooke, qui a habité cette île pendant à
peu près quarante ans ; il était le doyen du conseil et remplaçait le gouverneur. M. Brooke possédait une vaste propriété dans l'île, et était plutôt porté à rehausser son mérite qu'à en indiquer les défauts. « C'est seulement, » dit-il, dans les parties les plus abritées de l'île que le » chêne atteint à la perfection. Dans les lieux exposés à » l'ardeur du soleil, les vents alises, qui soufflent conti- » nuellement dans la même direction, produisent les ef- » fets les plus funestes sur cet arbre et sur la plupart » de ceux étrangers au sol. » Page 228. — Puis il dit, page 255 : « Le gouverneur Dunbard était infatigable » dans ses efforts pour étudier les ressources et la ferti- » lité de lîle. Les expériences qu'il fit à Longwood pour » cultiver de lavoine, de l'orge et du blé, donnèrent » naissance à tant d espérances de succès, qu'on y avait » déjà élevé une grange ; mais la moisson ayant manqué^ » elle fut convertie en une résidence pour le lieutenant- » gouverneur. On suppose qu'il dut cette non-réussite » à la sécheresse ou à quelque autre particularité du cli- » mat ou du sol, et non, comme on l'a affirmé quelquefois, aux dégâts commis par les rats. » Une preuve plus évidente que Longwood est 1 endroit de l'île le plus aride et le plus désagréable 1], c'est qu'avant que Napoléon vint dans 1 île, il n'avaitjamais été habité plus de trois ou quatre mois de l'année par le lieutenantgouverneur, comme maison de campagne, et quelquefois par les fermiers de la compagnie, qui s'y réunissaient
(1| D<-jns rcs(|niss<' ([ne j'ai (lonnro des coiitiimcs (Ii> Saïuto-Hrlrnc, j"ai oublié de parler d'un nsagi- qui peut bien n'i'-trc pas rt-gardo «•oiiiiiio très favorablo aux mœurs. Si uik- di-nioisullc d'uni' honnête famille devient grosse avant le maria;;e, son séduetenr, soit qu'il soil emplové dans le civil ou le militaire de la conipagnie des Indes-Orientales, qni constitue à peu près les quatre cinipiièmes des habitants de la plus noble elasse, est obligé <le l'épouser, sous peine (h- perdre sa place. Il m'est impossible du dire si c est vérifablenient une coutume, ou une loi établie par la Compagnie.
dans une petite ehaumière. Aucun des habitants de l'île n'en avait jamais fait sa résidence habituelle, connaissanl bien tous ses inconvénients. Ce fait, qui n'est point controuvé, en dit plus à lui seul que des. volumes.
J'espère que les remarques suivantes sur Sainte-Hélène, qui sont fondées sur l'observation et l'expérience, ne seront pas trouvées superflues dans l'occasion présente ; et pour les rendre plus intelligibles au lecteur, je lui demanderai la permission de les faire précéder de quelques observations préliminaires.
On peut attribuer la plus grande partie des maladies qui affligent le corps humain, aux changements subit de température, surtout lorsque ce changement est accompagné d humidité. Les transitions soudaines du chaud au froid engourdissent les vaisseaux extrêmes de la surface du corps, en repoussant alors la même quantité de sang sur quelqu'un des organes internes. Les changements subits de l'atmosphère dans quelques climats, tels que celui d'Angleterre, jiroduisent des affections pulmonaires; sous les tropiques, où le système bilieux est si susceptible de dérangement, elles occasionnent des maladies de foie. La grande sympathie qui existe entre la peau, le foie et les intestins, n a jamais été plus fortement démontrée que par le noni])re des affections funestes et violentes des deux derniers organes, qui surviennent journellement à Saint-Hélène, où les variations atmosphériques sont si fréquentes et si rapides, et oui 1 règne une si grande humidité.
L intérieur de l'île est formé, comme nous l'avons dit, de chaînes continuelles de montagnes hautes, inégales et escarpées, dont les sommités sont à deux mille six cents pieds au-dessus du niveau de l'Océan. Elles sont séparées par des ravins profonds, longs et étroits, dont le fond n'est pas élevé, dans quelques-uns, à plus de quelques
pieds au-dessus du niveau de la mer. Quiconque veut faire quelques milles à cheval doit s'attendre à changer de température à chaque instant. Abrité par la profondeur des ravins, il éprouve la chaleur des tropiques dans une latitude de 15 degrés 5.5 minutes sud. Un moment après, passant à travers 1 ouverture de quelque rocher, la pesanteur de l'atmosphère est remplacée par une bise soudaine qui souffle des montagnes, et dont 1 effet, joint à 1 humidité qui l'accompagne, produit l'évaporation rapide de la transpiration, la perte de la chaleur animale de la surface du corps, et repousse, par conséquent, le sang vers 1 intérieur. Si l'on sort de la vallée pour gravir les montagnes dans un seml)lable état de transpiration, le njéme vent glacial, produisant les mêmes effets, vous frappe avant que vous ajez atteint leur sommet.
En calculant un degré de température par chaque deux cents pieds d'élévation, on trouvera une différence de dix degrés entre Longwood, qui est à peu près à deux mille pieds au-dessus du niveau de la mer, et la ville. A cette différence, ajoutez-en deux ou trois pour la violence du vent sud-est, chargé d humidité, qui domine généralement dans les hautes régions, et qui produit une différence d'évaporation enti'e les montagnes et les vallées ; laquelle évaporation, jointe à l'augmentation de l'élévation, réduit la it-mpérature de Longwood à douze ou treize degrés. Longwood se trouve en un moment assailli par une ondée de pluie, et enveloppé d'un brouillard épais, à la force duquel le vent comnmnique une telle impétuosité, qu'il pénètre, en quelques minutes, les manteaux les plus épais ; puis bientôt après, le ciel s'éclaircissant laisse percer dans toute leur ardeur les rayons du soleil du tropique. Cet état dure quelques instants, cl bicnlôl le l)r(iuillar(l.l;i pluie et riuimidilé lui succèdent Ces ondées et ces coups de soleil successifs suflisent,
comme tout médecin l'afficmera, pour produire les affections inflammatoires les plus violentes dans les viscères, et particulièrement dans ceux de raI)domen.
Il est évident, d'après cela, que Sainte-Hélène joint à ses causes générales d insalubrité pour les Européens, causes inséparables du climat, sous le tropique, une insalubrité locale et particulière, ainsi que le prouve la grande mortalité qui y règne. Le plus léger froid, lu moindre irrégularité, sont fréquemment suivis de violentes attaques de d^'ssenterie, d'inflammations d'entrailles, ou de fièvres qui deviennent funestes en peu de jours, si l'on n'emploie les moyens les plus prompts et les plus efficaces pour y remédier. Une plénitude d'humeur dans un enfant, qui, en Europe, n'exigerait qu'un peu d'eau chaude pour produire l'évacuation, devient ici une maladie épouvantable, et exige les remèdes les plus actifs ; l'issue de cette maladie est toujours funeste, si on la prend quelques heures trop tard seulement. Le climat est surtout contraire aux Européens ; il n est à la vérité favorable à la longévité de personne, même des indigènes. En examinant les registres de la paroisse, on verra que peu de personnes y passent la quarante-cinquième année (1). Les maladies les plus communes sont la dj'ssenterie, les inflammations d'entrailles, les affections au foie, et les fièvres, qui sont toutes violentes. Les dyssenteries, surtout, et les maladies de foie, qui, se trouvant fréquemment réunies, s'y montrent avec les symptômes les plus concentrés et les plus fâcheux, trompent l'effet des
(1) Lus soiilos maladies cndéiuiquos ailxqiiollos les iialiuvls de file soient sujets sont les eatarriies. Ces maladies, ((iii apijartiennent à la elassc de celles inflaiimialoires, pi'iivinl . en (luelqiie smh', rN|)li([iier, inalj;n' leur sanle rolmsle, le neii d'exemples de lonf^c'vili' ])arini les insulaires. Celte opinion est eelle d'un de mes amis, <pii exerce la mèm<! profession ((iie moi, et ((lie j'ai consulte' pour cette |)arti<' de mon journal.
Vide Brookc's hisloi)/ itf s.-Iltlciia.
remèdes les plus actifs et les plus puissants ; et malgré le talent et 1 expérience de plusieurs praticiens habiles, elles ont presque toujours une issue funeste, et cela dans une proportion étonnante, par rapport aux autres colonies anglaises. Pendant les douze ou treize premiers mois de son arrivée à Sainte-Hélène, le second bataillon du 6(5'^ régiment perdit cinquante hommes par celte maladie; il était fort de six cent trente hommes; c était un fer rouge. Plus récemment encore, le Conquérant, arrivé en juillet 1817, perdit en dix-huit mois, et presque tous par la même maladie, cent dix hommes sur six cents. Cent sept furent réformés et renvoyés en Angleterre, comme invalides. C'était plus du tiers de l'équipage.
Je ne saurais établir positivement le nombre des morts qui ont eu lieu dans les deux bataillons du 66^ régiment ; mais je crois qu il s'est élevé au-dessus de cent vingt hommes : les feuilles de revue éclairciraient aisément ce fait. Dans les Indes-Occidentales, la proportion des morts de l'année 1814 était d'un sur vingt-cinq ; celle des morts aux sujets atteints, d'un sur trente-six et deux tiers. Cependant, combien cette mortalité semble légère, lorsqu'on la compare à celle de Sainte-Hélène ! Elle était devenue si grande en cet endroit, que le gouverneur et l'amiral, craignant les effets que pourraient produire une plus longue résidence dans I île, et désirant sans doute alléger leur misère autant que possible, envoj'èrent à peu près soixante-dix malades en Angleterre et au Cap, dans l'espace d'un mois à peu près. La moitié de ceux qui ont été envoyés dans ce dernier endroit, et c'étaient les plus malades, reposent depuis longtemps dans leur paisible tondre.
Le Conquérant reçut également Tordre de croiser au vent de l'île pendant six semaines, sans cependant retirer un grand avantage de cette manœuvre. Il est digne de
remarque que le vaisseau de la compagnie, le Racoon, avait beaucoup souffert de la dyssenterieet de 1 hépatitis, tant qu'il était resté stationné à Sainte-Hélène; lorsqu'on l'eut envoyé au Cap, 1 équipage se rétablit et recouvra la santé : cet état dura tant que le vaisseau resta au Cap ; mais à sonretourà Sainte-Hélène, la dyssenterieet Ihépatitis reparurent encore ; une foi'te maladie les suivit 1).
La mortalité qui eut lieu dans les équipages des deux petits vaisseaux le Morquito et le Racoon, pendant qu ils étaient stationnés à Sainte-Hélène, est véritablement effrayante. Chacun de ces bâtiments avait cent hommes d'équipage ; sur lun, la mort enleva soixante hommes ; et sur I autre, vingt-quatre. Le Li^'erot perdit onze hommes sur soixante-quinze; et le Griffon, quinze sur cjuatre-vingt-cinq, sans compter les invalides et ceux envoyés en Angleterre par suite de la même maladie. Les officiers de marine savent bien qu'à moins qu on ne soit dans de très mauvaises stations, les petits vaisseaux souffrent généralement le moins ; souvent ils ne perdent pas un seul homme dans Tannée. J ai été moi-même médecin à bord d'un sloop de guerre dans les Indes- Occidentales, et nous ne perdîmes pas un seul individu dans une année que nous restâmes exposés à 1 influence nuisible du climat de Surinam.
La réputation de salubrité, non méritée, dont Sainte- Hélène a joui jusqu'à ce jour, s'est produite proba-
(1| Une antre preuve très forte de rinsalubrili' du climat, est celle du vaisseau l'Amitié, qui arriva d'Angleterre à Sainte-Hélène, au mois de novembre 1817. A peine y était-il di'j)iiis huit ou dix jours pour faire de Teau, que la dyssenterie se manifesta parmi Ti^quiiiage ; et dans le cours de quelques semaines, à |)eu prés cent individus en furent attaqués. L"équi|>age ne com|)tait ])as un simiI malade avant son arrivée à Sainte- Hélèni- : aucun symptôme de la maladie ne s'v était encore manifesté.
Du 20 novembre 181."j au 20 du même mois cl(- l'année suivante, on avait reçu à rhô|)ital militain' quatre cent tn-nte-huit malades, dont cent soixante dix-neuf ('taient attaqués de maladies intestinales. Le régiment s'élevait à cinq ou six cents hommes.
blement parce quelle était peu connue, si ce n'est des" marins qui, arrivant de voyages au long cours, étaient, comme les matelots de Dampier, enchantés de se trouver à terre, quelque part que ce fût, et, durant le peu de jours qu'ils y l'estaient, se trouvaient soulagés du scorbut par l'usage du cresson dont elle abonde ; et parce que ses habitants, nombreux et principalement composés de naturels, ne souffrent pas autant que les étrangers des effets du climat dans lequel ils sont nés. Jusqu'à l'arrivée de l'illustre prisonnier, très peu d'Européens avaient fait une résidence continue dans l'île ; et je puis affirmer, d'après une remarque personnelle, que le plus grand nombre de ceux qui y étaient alors, même des officiers, avaient des attaques plus ou moins violentes de dj'ssenterie ou d hépatitis , et moi-même, bien qu'il m'en coûte de le dire, je fus de ce nombre. Les officiers de santé qui ont été le plus à même de se former une juste idée de l'île, sont dans l'opinion que le climat en est extrêmement malsain, et que la dyssenterie et l'hépatitis y régnent à un point et avec une intensité extraordinaires. Pour convaincre le pul)lic que je ne suis ni singulier dans mes opinions, ni enclin à exagérer, je demanderai la permission de renvoyer le lecteur à une dissertation médicale sur l'hépatitis et la dyssenterie de Sainte-Hélène, laquelle a été composée par un candidat au grade de docteur en médecine au collège de la Trinité, à Dublin. L'essai en question a été écrit par le docteur Leigh, ancien cliinirgien du deuxième bataillon du 6Cf ré. giment, stalionné à Sainle-llélène.
N" 1 Protocole des conférences de Clidtillon-snr-Scine.
La pièce suivante réfute toinplètement les assertions ministérielles touchant le prétendu refus de l'Angleterre de reconnaître la dynastie impériale.
4 février 1814.
S. E. M. le duc de ^'icence, uiinistre des relations extérieures, plénipotentiaire de France, d'une part; et les plénipotentiaires des Cours Alliées, savoir : M. le comte de Stadion, etc, pour l'Autriche; S. E. M. le comte de Razoumowski, etc., pour la Russie; L.L. E.E. lord Aherdeen, etc., et lord Cathcart, etc., et sir Charles Stewart, etc., pour la Grande-Bretagne; et S. E. M. le baron de Humboldt, etc., pour la Prusse, d'autre part, s'étant acquittés réciproquement des visites d'usages, dans la journée du 4 février, sont convenus en même temps de se réunir en séance le lendemain, 5 du mois de février.
Séance du 17 fé^'rier, suite du protocole.
...Le plénipotentiaire autrichien lit ensuite l'avantpropos du traité préliminaire suivant :
Projet d'un traité préliminaire entre les hautes puissances alliées et la France.
Au nom de la très sainte et indivisible Trinité : L.L ^L^L II. d'Autriche et de Russie, S, M. le Roi du Rovaume-Uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, et S. M. le Roi de Prusse, agissant au nom de leurs alliés, d'une part, et de S. M. l'Empereur des Français, de l'autre, désirant cimenter le repos et le bien-être fih-
tur de l'Europe par une paix solide et durable sur terre et sur mer, et aj^ant nommé, pour atteindre ce but salutaire, leurs plénipotentiaires actuellement réunis à Ghâtillon-sur .-Seine, pour discuter les conditions de cette paix, les plénipotentiaires sont convenus des articles, suivants :