IV. DES PÉRUVIENS
ant un court séjour à Payta, petite ville sila côte du Pérou par cinq degrés de latihous eùmes occasion de visiter fréquemment endants des Péruviens qui peuplent un petit de l’intérieur nommé Colan. Bien que façonla domination espagnole à des habitudes posées à celles de leurs ancêtres, ils ont ennservé quelques unes de leurs traditions ; et ysionomie d’ailleurs, quoique influencée par erstitions que leur ont inculquées leurs maist empreinte d’un caractère de nouveauté t ponr mériter un instant notre attention.
lage de Colan est situé au milieu d'une plaine euse, nue et déserte, mais à une foible dis- » la rivière de Chira, non loin de Lamba, ec, x villages sont entièrement peuplés d’aborixquels les Espagnols ont laissé la prérogavoir des caciques de leur choix pour les es peuplades, ne fournissant jamais d’homr les milices ou pour leservice des créoles, multiplices en paix, et mettent le plus grand c pas avoir de reiations avec les descendants
des Européens qui les méprisent et les molestent. Nous cûmes des relations amicales fréquentes avec le respectable Matcharé , cacique en 4822, Ce Péruvien nous reçut dans sa cabane avec cette antique hospitalité, cette extrême bienveillance , cette douceur inaltérable que les vieux auteurs accordent aux anciens habitants du Pérou et du Mexique; aussi nous empressâmes-nous de le combler de présents qui le pénétrèrent de reconnoissance , et bien qu'étranger aux grands débats de l’Europe, ignorant jusqu'au nom de France, nous ne doutons pas qu'il ne conserve de notre’ passage et de notre nation un doux souvenir.
La physionomie de tous les Péruviens que nous avons vus paroissoit calquée sur un type unique. Cette ressemblance générale est frappante. La majeure partie d’entre eux nous parut avoir une taille médiocre, et ne dépassant jamais cinq pieds et deux ou trois pouces. Les membres sont grêles, arrondis et peu musclés. La coloration de la peau tire sur la teinte de cuivre ronge un peu clair. La face est ovalaire. Le nez est saillant, assez ordinairement épaté, ct les narines ouvertes et dilatées. Les lèvres sont grosses , et: la bouche est très fendue. Les traits pris dans leur ensemble sont assez réguliers, et respirent la douceur.
Les Péruviensont une cheveluro très noire, abondamment fournie, qu’ils portent tressée en longues mèches flottantes sur le dos. Leurs femmes sont généralement laides ; car leur petite taille, leur visage évasé transversalement, leurs traits prononcés et mâles, ne contribuent point à leur prêter de charmes. À peine sur un grand nombre nous en distinguâmes deux ou trois qu'on pourroit citer comme passables d’après nos idées conventionnelles de la beauté, et encore c’étoient des jeuues filles dans l’âge de puberté, au moment de la floraison de la vie.
Les habitants de Colan, placés non loin d’un petit port de mer, se procurent par l'échange des productions de leur sol les vêtements européens qu'ils portent dans les jours de fête ; et quoique placés sous l'influence d’une vive chaleur, le gros drap est ceiui que les plus riches Péruviens affectionnent pour se vêtir. Ils se couvrent la tête avec un large chapeau de paille, et vont nu-pieds. Les femmes ont une mise plus simple, et n’ont point perdu l'üsage de leur ancien cosiume qui ne se compose que d'une grande canisole noire, munie de larges manches, dans laquelle le corps est en pleine liberté. L'étoffe qui sert à la confection de ce vêtement se fait dans le pays avec une espèce de coton, etest teinte en noir très solide avec les gousses d’uu mimosa qu'on nomme chiaran , qui croit dans les montagnes voisines, Cette tunique enveloppe la peau, car le linge est inconnu. La chevelure des femmes n’est point recouverte autremènt que par un léger morceau
54 HISTOIRE NATURELLE
d'étofle chez celles quiimitent les usages des créoles, mais elle est en général disposée par longues tresses retombant sur le dos. Leurs jambes ne sont garanties par aucune chaussure, ni par toute autre enveloppe. Si les personnes d’un certain âge n'emploient pas plus de frais pour leur toilette, certes les enfants doivent encore être plus simples dans leurs ajustements : aussi vont-ils nus jusqu’à un âge mème assez avancé ; et nous avons vu des petites filles de douze ans, époque de la vie où elles commencent à être nubiles dans les pays chauds, complétement privées de vêtements devant les cabanes de leur père, et, dans l'innocence des mœur: primitives, n'attacher aucune idée d’indécence à leur état de nudité.
Les Péruviens de Colan savent communément lire et écrire l'espagnol. Les bienfaits de cette instruction leur sont communiqués par des prêtres qui tiennent pour les enfants des écoles très suivies. Mais c’est à peu près tout ce qu’ils en reçoivent ; car ils ne pourroient guère puiser des leçons de morale dans leur conduite.
Les habitants forment deux classes distinctes, les agriculteurs et les pêcheurs. Les premiers cultivent leurs propriétés sur les rives du Rio del Chisac, et les autres tirent de la mer leur subsistance et celle de leur famille. Ceux-ci emploient pour naviguer des baliias, faitcs de peaux ou de troncs d'arbres réunis et attachés entre eux de manière à former unc sorte de radeau.
Les Péruviens de Colan ont pour toute industrie de filer le coton , et d’eu tisser l’étoffe qui habille les femmes. Leurs besoins sont peu nombreux ; et par conséquent les meubles grossiers de leurs cabanes bâties en terre ct en bambous se réduisent à des vases faits avec des calebasses, à de petits hamacsde toile pour servir de berceaux aux nouveauxnés, tandis qu’une simple natte étendue sur le sol est le lit des père et mère.
Le pain n’est point servi dans les repas. Son usage est inconnu. Il est remplacé par des grains de mais rôtis et grossièrement concassés, ou par le manioc et des patates douces (convolrulus batatus). Ils se régalent en outre avec de la viande de porc salée ou séchée au soleil, et n’'emploient guère de moyen de cuisson autre que l’ébullition ou le grillage sur des charbons iacandescents. La boissen la plus ordinaire est l'eau pure; mais on lui adjoint à la fin du repas de la chicha, obtenue par une fermentation de la graine de maïs, et qui donne une liqueur enivrante que leurs ancêtres buvoient avec délices. Cette chicha a une saveur forte , mais aigrelette, et
sa consistance et sa couleur ne peuvent mieux être
rendues que par celles du café au lait. Ces peuples font un grand usage de condiments énergiques, et surtout d'une espèce de piment à épiderme rosé, âcre et brûlant.
Les mœurs de la peuplade de Colan sont d' à
grande douceur ; mais elles se ressentent de l'in
ture des faculté morales, et présentent trop ii quemment chez les femmes cette facilité «4
abandon que nos mœurs réprouvent. Il est vrai les voyageurs emploient d'ordinaire sans scrupl des moyens de tentation puissants, et que la présents, trop souvent appréciés au-delà de à valeur, sont pour ces peuples simples les ol d’une convoitise qu'ils ne peuvent surmonter, Aÿ les Péruviens de Colan nous parurent-ils den deurs insatiables, et tout leur faisoit envie; Ë est juste de dire qu'ils n’insistoient point, ni qé ne témoignoient aucune humeur lorsqu'ils été refusés.
La superstition la plus grande règne pari habitants, et c'est ainsi qu’ils comprennent let catholique. Hommes et femmes portent susperk au cou des amulettes de toutes sortes, bien qu plus ordinairement ce soient des billets conte quelques prières, renfermés dans un petit «% cuir suspendu sur le cœur. Ces billets jouise leurs yeux des propriétés les plus surnaturellà
ils leur attribuent la guérison de toutes leurs n 4 dies. +
Une vertu fortement enracinée est le respecté Nous avons entendu le vieux Matcharé au milk sa famille, considéré par clle comme le patri que leurs respects devoient honorer , nous i « J'ai élevé leur jeunesse, ils doivent soigna » vieillesse à leur tour. » Tout dans la cab effet ne se faisoit qu'avec son assentiment. { consultoit avec les attentions les plus délicats jamais un fils, füt-il âgé et père de famille, ns s'asseoir à table avec son père, en compagni trangers du moins, sans son consentement.
aux femmes elles sont considérées comme dest tures secondaires, ct leurs principales attril consistent à préparer les aliments et à less clles n'ont la permission d’y toucher que | les hommes ont terminé leur repas. La con tion du vieux cacique Matcharé étoit grave, jamais le sourire n’efleuroit ses lèvres. Son étoit austère et sérieux, et ce caractère de | nomie est généralement celui que nous vimé tous les Péruviens de Colan. Ils vénèrent l lesse, parce qu'ils la regardent comme richt périence et dégagée de l'influence des passiot lentes : aussi est-ce par ses conseils qu'ils seb le plus ordinairement.
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