VI, NATURELS DE L'ILE DE WOODLE
Cette île, découverte en 1809 par le navire l'Elisabeth, nous présenta une nombreuse population : nous comptâmes plus de trois cents naturels courant sur Je rivage; quelques uns étoient armés de longues lances ; les femmes avoient le corps entouré d’un pagne , tandis que les hommes étoient complétement nus. À leurs gestes, à leurs cris, il étoit facile de juger qu'ils avoient rarement occasion de voir dans leurs parages des navires européens. Un grand nombre de pirogues se dirigea aussitôt vers la Coquille, et, comme une brise favorable nous poussoit, deux d'entre elles plus persévérantes parvinrent à nous joindre lorsque nous étions à trois lieues de la terre : les naturels qui les montoient n'avoient aucun objet d'échange ; mais ils témoignèrent vivement leur cstime pour les couteaux, les clous, les hamecons, et le fer, sous quelque forme qu'il fût : ils avoient pour ornement des ceintures en coquilles taillées en rouelles, placées autour du corps, du cou, des poignets et des jambes. Ces deux pirogues étoient plus petites que les précédentes, mais construites d'ailleurs comme elles, en bordages cousus et avec des balanciers; leur équipage ne se composoit que de quatre hommes, n'ayant pas mème une feuille de figuier pour les vètir, et complétement épilés, à l'exception d’un seul. Leur peau fortement bronzée étoit cependant déjà plus claire que celle des premiers Carolins que nous avions vus, et to‘1s portoient trois cicatrices d’entailles profondes sur les téguments de l'épaule droite. L'ensemble de leurs traits étoit assez régulier, quoique l’aspect en fût farouche et sauvage ; leur taille étoit médiocre. L'un d'eux, qui paroissoit jouir de quelque autorité sur ses compagnons, étoit tatoué sur les cuisses et sur le dos par lignes légères, disposées avec délicatesse autour de ces parties. Au reste ils montèrent à bord sans hésitation et sans témoigner de crainte ; ils n’avoient point d'armes, et mirent dans leurs échanges la plus grande bonne foi. Comme à leurs voisins, leurs ornements consistoient en ovules. Leur habitude d'observation est tellement perfectionnée qu'ils s'aperçurent bientôt que des nuages, s’amoncelant à l'horizon, annonçoient du mauvais temps; aussi æ hâtèrent-ils de gagner leur ile, et à peine en toucièrent-ils les bords que des grains subits ct violents se firent sentir. Les jours suivants nous longeâmes les îles Hall, Gilbert, Knoy, Charlotte, Mathews, ainsi que l’archipel de Marshall , et les îles Mulgrave et Bonham. Elles nous présentèrent dans leurs formes, comme dans la race humaine qui les habite, des particularités identiques avec celles que nous venons de rap-
porter. Toutes ces Îles sont donc entièrement! formées par des bancs massifs de coraux qui eux-mêmes le résultat d’un travail lent et d'animaux presque imperceptibles, Ces polypes et gélatineux peuvent donc décomposer les eau la mer, en retirer le carbonate de chaux, po ver jusqu'au niveau des vagues des plateau finissent par recevoir d'abord des colonies vég puis des animaux , et ensuite des migrations d mes. Mais ces saxigènes placent-ils indifiérem leurs murailles duns les abimes de la mer ou ment à des profondeurs déterminées? Des « riences positives prouvent aujourd'hui que ce jamais que sur les sommets des hauts-fon chaînes sous-marines, sillonnant et formant da sins au fond des océans, qu'ils asseyent la ba leurs édifices ; aussi remarque-t-on que les de corail affectent les formes les plus bizarre leurs dispositions sur la surface de la mer; q on les voit former des remparts autour des pitons volcanisés des grands archipels ; qu'al là où le volcan sous-marin n'élève point so au-dessus de la surface des vagues, sont des p bas qui se découpent souvent sur le pourtour tère, de manière que l'intérieur reste vide d'une grande épaisseur de la masse des c'est ainsi l'origine des iles à lagons intérie ne voyons-nous pas au milieu des Carolines dé volcaniques élevées, telles qu'Oualan et Hog avoir des barrières de polypiers sur leurs tours, d'où s'élèvent des motous ou ilots « de végétaux, tandis que l’intérieur ne présente ou plusieurs des pitons du mont ignivome c tement isolés ?