VIT, NATURELS DES ÎLES DUPERREY
Le 18 juin nous découvrimes trois îles inconnues aux géographes, formant un trépied sur un plateau de récifs; les naturels qui vinrent à bord nous les nommèrent Hougat, Aouerra et Mongoule. Ces îles, auxquelles le commandant de la corvette la Coquille crut devoir donner son nom, gisent par six degrés trente-neuf minutes de latitude nord, et cent cinquante-sept degrés vingt-neuf minutes de longi-. tude est. Le premier pros qui nous accosta étoit monté par dix hommes : l’un d'eux nous montra une herminette en fer faite avec un morceau de cercle de barrique, ce qui prouve qu'ils ont dù communiquer avec des Européens, ou recevoir ce métal dans quelque ile voisine et par voie d'échange. Comme tous les Carolins, ils appellent le fer loulou, leurs chefs tamols, et connoissent exactement la position des îles qui les environnent,.
Les insulaires qui communiquèrent avec nous sont de très beaux hommes; ils joignent à une taille avantageuse et bien prise des membres fortement dessinés. Leur peau, souple et lisse, n'est point foncée en couleur; leurs traits, bien que larges et épatés, ont un jeu de physionomie ouvert et bienveillant; leurs cheveux noirs, un peu frisés, flottent librement sur leurs épaules, et ne reçoivent aucun objet de parure. La gaieté qui les anime, et le sourire qui règne sur leurs lèvres , laissent entrevoir des dents du plus bel émail. La barbe contourne la lèvre supérieure, taillée en un léger rebord, tandis qu'elle forme une touffe mince ct pointue sous le menton. Comme les autres Carolins, ils
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n'ont pour tout costume qu'un étroit maro dont l'étoffe est colorée en jaune orangé fort vif. Un tatouage très compliqué recouvre toute la surface du corps; mais cet ornement, chez la plupart des naturels qui nous visitèrent , disparoissoit sous les zones nombreuses de la lèpre océanienne (1) qui les dévoroit. Nous remarquâmes que ces insulaires sont plus navigateurs que ceux que nous avions jusqu'à ce jour visités ; toutefois ils sont encore assez longs à évoluer leurs pirogues, surtout dans le mouvement d'orienter la voile et de changer d'extrémité : ils sont d'une grande maladresse pour accoster un vaisseau , et la marche de leurs pros n’est point à citer. Ces embarcations, quoique construites sur le type adopté par les Carolins, sont grossières et sans ornements ; mais le balancier , l’inclinaison du mât, la forme de la natte qui sert de voile, les deux vergues qui la soutiennent, sont comme dans les autres pros,