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LE DUGONG DES INDES

Trichechus duging. Ga,

Ce n'est que dans ces canaux innombrables qui séparent les îles de la Polynésie, dans ces mers peu profondes, constamment échauflées par le soleil dquatorial, que vit le dugong. Il paroit exister depuis les Philippines dans l'est jusqu'aux iles de la Sonde dans l’ouest; et de la presqu'ile de Malak au nord jusque sur les côtes intertropicales de la Nouvelle-Hollande au sud, C'est en eflet au milieu de celte quantité prodigieuse d'iles et d'ilots qui encombrent cette mer, généralement semée de hautsfonds, que ce cétacé est observé aujourd’hui, tantôt isolé, mais le plus souvent par grandes troupes. Il étoit fort commun naguère au milicu des paracels de corail des Seychelles, de Rodrigue, et dans les bassins échaufés des récifs de l'ile de France; mais personne n'atteste l'y avoir observé depuis Leguat. Cet ancien voyageur nous a laissé du dugong une description faite à sa manière, mais qui, bien qu'il l'ait confondu avec le lamantin, est assez exacte pour l'époque où il écrivoit. « Le lamantin, dit Leguat,

que d'autres nations appellent manati, pour dire

ayant des mains, se trouve en grande abondance dans les mers de cette ile (Routrigue); sa tête res- » semble extrêmement à celle d'un pourceau, mais

il n'a pas le £roin si pointu; les plus grands ont » autour de vingt pieds de long, et n'ont aucune autre

nageoire que la queuc et les deux pattes. Le corps

est assez gros jusque vers le nombril, et la queue

a cela de particulier avec celle des baleines que la

largeur en est horizontale, lorsque l'animal est

posé sur le ventre. El a le sans chaud, la peau noirâtre, fort rude et fort dure, avec quelques poils si clair-semés qu'on ne les aperçoit qu'à peine, les yeux petits,et deux trous qu'il serre et qu'ilouvre, que l'on peut avec raison appeler ses ouïes et ses oreilles ; comme il retire assez souvent sa langue, qui n'est pas fort grande, plusieurs ont dit qu'il n'en avoit point; il a des dents mächelières, et méme des défenses qui paroissent comme à un sanglier, mais il n’a point de dents de devant; ses gencives sont assez dures pour arracher et pour 4) Halicore indicus, Besm. mamm., sp. 751: Trichechus dugong, L. Gm. Ent. Muller; The indian W'alrus, penn, quad., no 26%: Hosmarus indicus, Bodd.; Dugon, boff ,t. XI, fig. 56: Dugong indiens, Lacép.; Dugong, Renard, poisson des Indes, pl. 434,1. 180 ; Lamantin, Leguats; Halicore dugong, G. Cuv , 08, foss , t.V,pl 19 et 20; Desmoul, Dict. class. d'hist.nat., LV, p. 640; F. Cuv., mamm., 27e iv, Dict. se. nal., L. XX, p.219: Sir Raffles, Everard Home, Trans. soc, philos, 4820,2e partie,

» brouter l'herbe. La chair en est excellente et

goût fort approchant de celle du meilleur ve C'est une viande fort saine, La femelle a les melles comme celles des femmes : plusieurs à rent qu'elle fait ordinairement deux petits à la et qu'elle les allaite ensemble, les portant tous dé à son sein, avec ses deux espéecs de Mains;

» comme je ne lui en ai jamais vu emhrasser qu'

j'ai du penchant à croire qu'elle n'en produit davantage à la fois.

» Nous prenions ce poisson fort facilement: il par troupeaux, comme des moutons, à trois quatre pieds d'eau seulement: et quand nous trions au milicu d'eux, ils ne fuyoient point: lement que nous pouvions prendre celui que voulions, le tirer à bout touchant avec un fusi bon nous sembloit, où nous jeter sur Ini deud trois sans armes, et le trainer à force de bras le rivage, novs en trouvions quelquefois troid quatre cents ensemble qui paissoient l'herbé fond de l’eau, et ils étoient si peu eflarouchés souvent nous les tâtions pour choisir le plus g nous leur passions une corde à la queue pour tirer hors de l'eau; nous ne prenions pas les gros, parce qu'ils nous auroient donné beaud » de peine, et auroient même, peut-être, été ma

de nous; outre que leur chair n'est pas si dél que celle des petits.

» Hs ont un lard ferme qui est excellent; it

personne qui, à la vue et au goût, ne prit la d . de ce poisson pour de la viande de boncherid

pauvre animal meurt aussitôt qu'il a perdu un de son sang. Nous n'avons pas remarqué

vienne jamais à terre : je doute qu'il s'y pût ner, et je ne crois pas qu'il soit amphihie. »

En élaguant quelques faits erronés et mal 0l vés, de cette description de Lexuat, on rec0 parfaitement le dugong. Nul doute que ce cétacé bivore ne vécût alors sur les côtes, et au milie iles Seveheiles, et probablement aussi dans les et dans les poris de la grande île de Madagascà peut-être le sanglier de mer de Flaccourt (IH de Madagascar, p. 468), si mal décrit par te geur, ne repose-t-il que sur les forines d'un dug entremélées de traits qui appartieunentaux ph et aux squales.

Le nom de dugong est malais. Les peuples rameau de la race humaine qui s'est répand les côtes de la plapart de terres vulgairemenl lées arehipels des Indes orientales, et pour les e Honm collectif de Mal

nous avons proposé | animal qui nous 0

s'accordent tous à désigner l | par les mots d'ikan duqunr, ou poisson dug Sir Raîlles, d cuyon |, Mol es ils en distil

dont vous avons fait dugonx l'orthographe arabe, le nomme naturels prononcent dou-joungu

que deux espèces, qu'ils spécifient par les nor bushan et de buntul.

Nous ne répéterons point ce que nous avons déjà en parlant des lamantins, sur les noms de vache rie, de sirène, de femme de la mer, qu'on à siappliqués au dugong. Combien il faut être ami geneilleux pour chercher à établir des ressemnes aussi disparates, et trouver dans la physionie d'un cétacé, et dans les éminences grossières jsélèvent sur sa poitrine et qui sont destinées à koation, les charmes qui font le plus bel ornedu plus bel objet de la création!

les dimensions les plus ordinaires d'un dugong sept à huit pieds, sur une circonférence , à la je moyenne du corps, de trois à quatre pieds; défenses n'ont guère alors que dix-huit lignes au : son aspect est repoussant. Qu'on se figure en tune tête volumineuse, terminée par une lèvre éieure brusquement et largement tronquée, de Ki yeux, des lèvres pendantes formant d'épais mrelets: st l’on aura l’image, non pas d’une sirène deuse, mais d’un animal bien indigne des agréqu'on lui a prêtés avec tant de complaisance. ecorps est revêtu d'une peau épaisse, de couleur jte uniforme en dessus, prenant une teinte plus et dégradée en blanchâtre en dessous, où se Kaent des taches plus foncées ; sa surface est et à peine on y remarque quelques poils; les ires brachiales sont garnies sur leur rebord anur de verrues ou de callosités . et sont de forme ge ; la queue a deux lobes taillés en croissant ; seau st mobile sur la mâchoire supéricure, ct uvre, comme les lèvres de certains chiens dok,les bords de la mâchoire inférieure ; en avant SUronqué, et la surface en cœur renversé, qui Mlle, est légèrement convexe et revêtue, ainsi lslèvres, d'épines cornées longues d’un pouce, sonsistantes, et qui sont ou des organes de tact , ksmoustaches, ou des corps destinés à arracher kebes marines dont le dugong fait sa nourrittqui, peut-être, servent à ces trois usages à ki; le bout des défenses paroit en avant de ce eu nobile sous deux dépressions qui y sont tra- L'intérieur de la bouche est garni de verrues Rs el de poils ; la languc est courte , étroite, et Me adhérente par tous ses points; son extré- &thérissée de papilles cornées, et à sa base Wat deux glandes à calice ; les gencives sont W; les narines forment deux fentes paraboli- Skpprochées de l'extrémité du museau, à bords linaires susceptibles de se contracter ou de se er; ls Yeux sont très petits, convexes et mudune troisième paupière; les oreilles, placées re les jeux, S'onvrent par une petite ouverture Mie et peu visible.

dgongs n'ont, jusqu'à ce jour, été trouvés

a chair en est excellente, et ant de celle du meilleur ve fort saine, La femelle a les les des femmes : plusieurs ag dinairement deux petits à la f e ensemble, les portant tous dé ses deux espèces de mains; en ai jamais vu embrasser qu' à croire qu'elle n'en produit is.

ce poisson fort facilement; il f comme des moutons, à (rois u seulement; et quand nous d'eux, ils ne fuyoient point; pouvions prendre celui que à à bout touchant avee un fusi it, où nous jeter sur lui deux et le trainer à force de bras en trouvions quelquefois troif semble qui paissoient l'herbé tils étoient si peu cflarouchés tâtions pour choisir le plus ns une corde à la queue pour au ; nous ne prenions pas les ls nous auroient donné beauté oient même, peut-être, été ma que leur chair n'est pas si dé ptits, | d ferme qui est excellent. il 1 à la vue et au goût, ne prit la 4 our de la viande de boucherie neurt aussitôt qu'il à perdu un ous n'avons pas remarque terre : je doute qu'il s} pût is pas qu'il soit amphihie. »

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DES MAMMIFÉÈRES. 577

que sur les côtes où la mer est peu profonde ; aussi nulle contrée sur le globe ne paroit mieux disposée pour leur fournir des surfaces calmes, moins houleversées par les tempêtes, que ces bras de mer qui séparent les iles de la Sonde, les Moluques, les îles Tidoriennes et les icrres des Papous. Là les dugongs, réunis en troupes, paissent les fucus qui croissent sur les rochers, et qu’ils arrachent aisément avec leurs gencives épaisses et endurcies, ct les poils épineux de leur museau et de leurs lèvres. Il paroit toutefois qu’ils changent de parages suivant les moussons, et qu'ils se placent sous le vent des iles pour s’abriter ainsi des typhons qui y règnent en certaines saisons, et qui les briseroient sur les récifs des côtes. Leurs habitudes ne sont point connues : il en est de même de leurs facultés. Toute la partie morale de leur histoire se réduit donc à les croire doux, affectueux , et pleins de tendresse pour leurs petits. Sir Raflles mentionne le détroit de Singapore pour le lieu où o1 les trouve en plus grand nombre, et les côte: le Bornéo, de Sumatra, comme celles de Timor & ‘+ Ternate paroissent être tiès fréquentées par ces cétacés en certains temps. Déjà Leguat avoit parlé de la délicatesse de leur chair; et ce qu'en disent les voyageurs modernes confirme pleinement son récit, car ils rapportent que sa bonté la fait réserver pour la table des sultans et des rajahs malais.

Les dugongs sont-ils les représentants exclusifs, dans l'océan Indien, des lamantins de l'océan Atlantique, et sous ce dernier nom, Dampier et d'autres voyageurs, qui indiquent des animaux observés sur les côtes des Moluques, ont ils désigné des dugongs? Nous sommes très disposé à le croire.

LES STELLÈRES ou RYTINES.

Le docteur Steller décrivit, dans le tome second, page 294, des Actes de l’Académie de Pétersbourg, uu animal de l'océan Pacifique boréal qu'il prenoit pour un Jamantin, bien qu’il s'en éloignät beaucoup. Linné ne reconnut point cette différence, et le manatus de Steller devint pour lui une variété du lamantin d'Amérique, sous le nom de trichechus manalus borealis. Cette opinion fut adoptée par Gmelin, par Erxleben et par Lacépède, Shaw en fit une espèce distincte, mais en la laissant toujours dans le genre manatus. M. G. Cuvier le premier, dans son Tableau éiémentaire de l'histo re nalureile des animat v, 1798, caractérisa les stellères en les séparant des lamantins, et les décora du nom du premier naturaliste qui les ait fait connoitre. IIliger, en 1811, changea le nom générique de stellerus en celui de rytèna, qu'il tira du grec pvc, et

ee cet

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amas

qui signifie rude, nom qui ne dit rien, tandis que le premier est l'offrande de la science , et rappelle la mémoire du médecin de l'expédition de Behring, et les houorables souffrances qu'ileut à endurer pour s'occuper d'histoire naturelle dans ce voyage périlleux. Les stellères ne comprennent donc qu'une espèce unique, espèce dont nous n'avons même pas de figure, et sur laquel e les renseignements de Steller et ceux de Kracheninnikow (!) sont les seuls documents que nous possédions, et les seuls qui aient servi à tracer son histoire dans les divers ouvrages publiés sur les mammifères.

Les caractères les plus remarquables des stellères consistent dans la forme et la texture des dents. Celles-ci en effet ne sont qu'au nombre de quatre, et elles sont disposées de manière qu'il n’y en à qu'une de chaque côté à l’une et l’autre mâchoire. Ces dents, toutes mâc'elières, ont leur couronne aplatie, et sillonnée sur sa surface de lames d'émail formant des zigzag, où des chevrons brisés. Leurs racines sont nulles, et chacune d'elles n'est par conséquent pas implantée dans l'alvéole, mais seulement tenue sur l’os de la mâchoire par des fibres solides. Leur nature est plutôt cornée qu'osseuse.

La tête est obtuse, sans cou distinct. Les oreilles n'ont point d'auricules extérieures, et le corps, essez épais et massif à son milieu, aminci vers la queue, est recouvert d’un épiderme extrêmement solide, très épais, entièrement privé de poils, mais composé de fibres denses et perpendiculaires au derme. Les mamelles sont placées sur la poitrine et au nombre de deux. Les nageoires qui tiennent lieu de bras, sont entières, sans apparence d'ongles, et seulement terminées par une callosité ayant l'aspect ongulé. La nageoire caudale est très large, peu longue, et disposée en croissant, dont les deux extrémités se prolongent en pointes aiguës.

Tels sont les principaux caractères qui séparent les stellères des dugongs et des lamantins : l'organisation de leurs viscères offre aussi quelques pardicularités très remarquabies.

Ainsi, ils ont des lèvres épaisses, qui semblent divisées chacune en deux bourrelets arrondis et saillants. La bouche est petite et placée en dessous du museau. Les yeux peuvent être voilés par une crête ou membrane solide et de nature cartilagineuse , qui forme comme une troisième paupière à l'angle interne de l'orbite. Les os des membres antérieurs existent comme chez les lamantins ; mais ceux de la main se réduisent au carpe et au métacarpe, et les phalanges manquent complétement. On compte dans la formation de leur sque-

(} Voyage en Sibérie de Chappe, et Description du

Kamtschatka, par Kracheninnikow, trad. du russe,

2 vol. in-#, Paris, 1768,

HISTOIRE NATURELLE

lette six vertèbres cervicales, dix-neuf dorsale trente-cinq caudales, Deux os des iles ir allongés, sont attachés par de forts late | à vis la vingt-cinquième vertübre, orier bassin. L'estomac ne forme qu'une poche uni et le canal intestinal est d’une longueur qu'on jusqu'à quatre cent soixante-six Pieds, Le jé est très développé ; et le colon, élargi et bourso a de fortes brides qui renflent la continuité à

tube.

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