LES PÉTRELS
L'oiseau de tempête (Procellaria pelagica), V’alcyon ou le satanique des navigateurs, habite les zones tempérées des mers d'Europe, et s’avance parfois dans les tropiques. Nous vimes dans le grand Océan une espèce toute noire, d’une taille plus forte que celle du pélagique , ainsi que le petit pétrel à ventre blanc ( Procellaria fregata, Gm. ). Nous ne doutons pas qu’il n’en existe encore une couple d'espèces dans la mer du Sud; mais, malgré nos efforts, nous ne pümes nous les procurer. Ces petits palmipèdes ne redoutent point la haute mer, et se rencontrent à d'assez grandes distances de toute terre connue.
Le pétrel Puffin ( Procellaria Puffinus, Gm. ), nous apparut dans l'océan Atlantique, depuis notre entrée dans les tropiques jusque sur les côtes de Sainte-Catherine du Brésil. Par la suite nous ne le revimes plus.
Le pétrel Damier (Procellaria capensis, le pardela des Espagnols) habite hors des tropiques. Nous l’apercûmes dès le vingt-quatrième degré de latitude sud ; puis il devint plus commun à mesure que nous avancâmes vers l’Amérique méridionale, aux îles Malouines, et jusqu’au soixantième degré de latitude. 11 vole moins bien que les autres pétrels, et il aime à se reposer dans le sillage des navires, où le remou lui accumule les petits mollusques qu'il saisit.
Le pétrel brun (P. æquinoæialis), noir, à gorge blanche, se plait généralement dans l'intervalle des
53 à 45 degrés de latitude sud, et dans les environs des caps de Bonne-Espérance et de Diémen.
Pitrel antarctique de Cook. Par 40 degrés de latitude sud, on observa un pétrel de la grosseur du Damier, et lui ressemblant par les formes ramassées. La couleur des plumes de l'abdomen est d’un blanc sa: tiné , et celle du dessus du corps, le devant du cou jusqu’à la poitrine, est d’un noir brun.
Nous remarquâmes que cet oisean, de même que les pétrels et les albatros, avoient l’habitude de faire toucher l'extrémité d’une des ailes sur l’eau, en rasant la surface de la mer, et à l'instant où ils planent d’une manière continue, quoique leur vol soit rapide et sans mouvements apparents des ailes. Par cette action, ils semblent vraiment palper la mer, el cela serviroit-il à leur donner la conscience ae la distance à laquelle ils se trouvent du liquide? ou bien l'agitation de l’eau par l'extrémité de l’aile seroit-elle un appât pour faire monter les poissons à la surface, ou pour les porter à fuir avec frayeur et être saisis plus aisément par oiseau?
Depuis le quarante-cinquième degré de latitude sud jusqu’au soixantième, on rencontre le pétrel géant ou Quebrantahuessos ( P. gigantea, Gx. ), facile à confondre avec l’albatros lorsqu'on le voit à quelque distance. Ses habitudes le fixent au milieu des hautes latitudes du Sud , et des tempêtes du cap Horn. 11 fréquente aussi les attérages des iles Malouines et de la Terre des États. J’en tuai un dans la baie Soledad, et plusieurs s’y rendoient chaque jour.
L’intervalle qui sépare le cinqnantième du soixantième degré est habité par un pétrei de la taille du damier, mais plus svelte dans ses formes ( Pétrel cendré, Cook}? Le plumage de cette espèce est, sur le dos, d’un cendré bleuâtre clair et comme glacé ; le dessous du cou, du ventre, du croupion, est d’un blanc satiné; le bec est bleuâtre, avec quelques teintes purpurines qu’on remarque aussi sur les pieds. Stupide et sans défiance , cet oiseau se laissoit prendre à des lignes qu’on laissoit traîner derrière le vaisseau, et s’y embarrassoit par les ailes.
Par 50 degrés, mais surtout par 55 degrés de latitude sud, dans les mers de la Terre-de-Feu , et jusque par 69 degrés, nous fûmes accompagnés dans notre navigation par le joli pétrel bleu, décrit par Forster dans le deuxième voyage de Cook ( Procellaria vittata, Gm.). Cet oiseau, dont la taille est du double de celle du pétrel pélagique, est remarquable par la couleur tendre de sa livrée. Le dos et le dessus de la tête sont d’un gris bleuûtre ; les ailes, qui sont très eflilées, sont de couleur gris brun ; un chevron de couleur plus foncée croise le dos et les ailes. Les côtés du cou, et en arrière des yeux, les plumes sont teintes en gris noirâtre ; le ventre et la gorge
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sont d’un blanc neigeux ; un trait blanc passe audessus de l'œil; les plumes de la queue sont cendrées, terminées par une bordure noire ; la membrane des pieds est blanche, et ceux-ci sont noirs; le bec est plus élargi à la base que dans les autres pétrels, et ce caractère a fait établir par MM. de Lacépède et Cuvier le sous-genre prion.
Par 60 degrés de latitude sud, nous observâmes, en petit nombre toutefois, un pétrel ( P. paci/fica ) de taille d’un tiers moindre que celle du pétrel géant. Ses pieds, noirs, étoient largement palmés; son bec, de couleur brune, paroissoit plus fortement recourbé que dans les autres espèces. Son plumage entier étoit d’un gris fuligineux uniforme, plus foncé et plus sombre sur la tête et sur les couvertures des ailes ; celles-ci sont eflilées et très longues, et la queue est régulièrement carrée. Cette espèce voloit avec rapidité, et à la manière des oiseaux de ce genre, c’est-à-dire en rasant et palpant la surface de la mer.