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L'APTÉRYX AUSTRAL

Apteryx australis (1).

On ne sait en vérité à quelle famille et à quel ordre cet oiseau doit appartenir dans nos méthodes ornithologiques : toutefois il présente de grands rapports avec les autruches, et par ses pieds il se rapproche des gal'inacés, tandis qu’il s’en éloigne beaucoup par la forme anomale de son bec. Sa

(‘) Shaw, pl, 4057 et 1058, Nat, Misc,

taille est à peu près celle d’une oïie, et ses dimensions, depuis le bout du bec jusqu’à l’extrémité du corps, sont de deux pieds et demi; le bec, de la commissure jusqu’à sa pointe, a six pouces neuf lignes : mais par son facies général l’aptéryx ressemble beaucoup aux palmipèdes nommés manchots. La couleur de son plumage a la plus grande analogie avec celui de l’émiou de la Nouvelle-Hollande, c’est-à-dire qu’il est noir, flammé dt ferrugineux foncé; les plumes ont une tige simple, mais leurs barbes sont longues, molles, et finement barbelées : toutes se terminent en pointe eflilée. Quant aux diverses parties du corps, il est remarquable par plusieurs particularités; sa tête est petite, et le cou de médiocre longueur; les jambes sont placées très en arrière du tronc, et se trouvent être courtes et robustes : elles n’ont guère que six pouces de longueur. Les ongles des doigts antérieurs sont puissants; celui du médius a jusqu’à un pouce : l’éperon qui termine l’aile n’a guère que trois lignes; le bec et les tarses sont de couleur jaune brunûtre.

L’aptéryx habite exclusivement les iles de la Nouvelle-Zélande, et sera pour les voyageurs futurs une des découvertes les plus intéressantes qu’ils puissent faire.

Depuis la publication de notre article, M. Yarrell (1) en a fait l’objet de quelques recherches, et ce singulier oiseau rappelle, par ses tarses puissants et robustes, ceux des gallinacés, et a des ailes réduites à un moigron onguiculé. M.Sykes a rencontré dans l'estomac d’un ibis indien des escarbots, des sauterelles, des semences , des matières végétales, et il suppose que l’aptéryx a le même genre de nourriture. Enfin M. Yarrell n'hésite pas à partager la manière de voir émise dans notre Traité d’ornithologie, en le plaçant à côté des autruches et des casoars. On sait que les aptéryx n’ont encore été rencontrés que sur le mont Tkou-Rangui, vers le cap oriental de la Nouvelle-Zélande.

M. Mac-Leay a envoyé de Sydney (Nouvelle-Galles du Sud) à la Société zoologique de Londres une peau d’aptéryx, qui provenoit de la Nouvelle-Zélande , en y joignant quelques renseignements curieux. C’est ainsi qu'on lui à rapporté que cet oiseau se nourrissoit de longs vers de terre qu’il saisissoit en enfonçant son bec dans le sol et qu’il avaloit tout vivants : on ajoute qu’il frappe la terre pour s'assurer de la présence des vers, soit par rapport au degré de sécheresse de celle-ci, soit par rapport au son qui se fait entendre. On dit encore qu’il se sert de ses pattes robustes pour se défendre.

(') Proceed., part. 1, 1833, p. 25 el 80.

HISTOIRE NATURELLE

LES DRONTES.

Didus.

Objet de discussions nombreuses , et dont on ne connoît que quelques débris, paroissent former une race depuis long-temps éteinte. Buffon s’est étendu sur l’histoire du dronte ou dodo (!), qu’il distingue de deux espèces également inconnues de nos jours, autrement que par les récits des anciens voyageurs, qui les appellent solitaire et oiseau de Nazare. Or, la plupart des auteurs qui ont écrit sur ce dronte l'ont placé les uns à côté des autruches, d’autres parmi les gallinacés, certains avec les manchots. Enfin M. de Blainville (?) n'hésite pas à le regarder comme un vautour, voisin des cathartes. Les preuves nombreuses qu’il accumule méritent en effet d’être prises en considération, bien qu’elles ne nous paroissent pas hors de toute objection sérieuse.

Les drontes, nommés dèdus par Linné et Latham, raphus par Mebring et Brisson, furent rangés à côté des autruches par Niéremberg, Willughby, Ray, Linné et les deux auteurs que nous venons de citer; dans l’ordre des struthionées par Latham, Duméril, Vieillot, tandis que MM. Temminck et Cuvier opinèrent à les classer non loin des manchots; et que M. Vigors en fait un gallinacé de transition voisin du genre {etrax. Or, nous venons de dire que M. de Blainville les regarde comme des vautours privés d’ailes et destinés à vivre sur le sol.

Le professeur d’anatomie comparée, et successeur de Cuvier dans cette chaire, trace un historique fort intéressant des auteurs qui ont décrit ou mentionné le dronte, dont on ne possède, dans les collections publiques, qu’un portrait à l'huile, appartenant au Muséum britannique, et une tête et un pied desséchés conservés dans le musée Ashmoléon de l’université d'Oxford.

Le dronte vivoit sur les îles de France et de Bourbon. Il y étoit commun lorsque les premiers explorateurs abordèrent ces deux îles des. mers d'Afrique ; mais, privé de moyens de défense, incapable de se soustraire aux chasses dont il devint l'objet, sa race s’éteignit bientôt, et disparut en moins d’un quart de siècle de la surface de ces terres volcaniques. Comment se fait-il que ces deux iles, d’origine toute récente dans la création, à en juger par leur nature ignée, aient seules reçu ce type d'organisation incomplète, et qui ne s’est représenté nulle part depuis, pas même sur la vaste sur-

| t à A ANT y face de Madagascar, peuplée d’animaux qui Jui ap-

() Didus ineptus, ness.

(2) Nouv. Ann, du Mus,, t, IV, p. 1 à 36, pl. 4 â 4.

DES OISEAUX. 72

partiennent en propre? Le dronte n’a pu aborder sur ces îles, jetées à une grande distance des continents d'Afrique et d'Asie, par le vol, privé qu’il est de rames aériennes, ni par la natation, puisqu'il n’a pas de palmure entre les doigts ? Comment a-t-il pu naître, se développer, et puis disparoître de ces îles , filles de l’action des volcans ?

Tel est le catalogue d’après MM. Dumont (!), de Blainville et Duncan (?), des sources historiques relatives au dodo, dodar, ou dronte.

En 14497, lorsque Vasco de Gama doubla le cap des Tourmentes pour parvenir aux Indes orientales, la relation portugaise dit, qu’à soixante lieues du cap de Bonne-Espérance, on rencontra dans une baie qu’on appela Angra de San Blaz, dans l’ile qui s’offrit sur la route, un grand nombre d'oiseaux, ayant les formes des oies, avec des ailes de chauvessouris, et que les matelots désignèrent entre eux par le nom de solitaires. En 1499, les Portugais, au retour, prirent beaucoup de ces animaux, qu’ils appelèrent cygnes, en donnant à l'ile sur laquelle ils se reposoient le nom d’ile des Cygnes ou Iha do Cerne. Cornelitz Van-Neck, amiral hollandois, décrit, en 4598, le dronte en ces termes : C’est un oiseau gros comme un cygne, portant un capuchon de peau sur la tête, n'ayant que quatre à cinq plumes noires à la place des ailes, et quatre à cinq petites plumes grisâtres et frisées au lieu de queue (:). Les gens de son équipage le nommèrent walgh-vogel, ou oiseau de dégoût, et aussi dot-aers, qui veut dire dormeur, dont on à fait dodo (qui dort), puis dronte. Ce même Van - Neck, au lieu de désigner l'ile de France par le nom d’ile des Cygnes, que lui avoient donné les Portugais, y jeta les fondements d’une colonie, en l’appelant île Maurice, en l'honneur du stathouder régnant. Dans ce laps de temps, le dronte, chassé par les Portugais qui relâchoient sur cette terre placée sur la route de l’Inde, vit bientôt le nombre de ses individus diminuer, puis sa race s’éteindre faute d’une protection suffisante. La figure si célèbre de Clusius, publiée en 4605, ne repose en effet que sur un dessin extrait du journal du capitaine hollandois Bentekoé ({), qui avoit séjourné à l'Ile-de-France, et sur une patte que cet auteur trouva conservée dans la collection d’un professeur d’anatomie, nommé Paw. La description de Clusius (°) est celle-ci : Cet oiseau égale ou surpasse le cygne en grandeur, mais sa forme est complétement différente. Sa tête est grande, et comme recouverte

(») Diet. se. nat., art. Dronte, t. XI, p. 519 (1819). (2) À summary review of the dodo ; Zool.journ., t. HE,

(3) Recueil de voyages aux Indes. Rouen , 1725, t. IH,

(:) Voyage de Purchass et d'Acluyt, Paris, 1663, (5) Exot., p. 100, F1,

d’une membrane imitant une sorte de capuchon. Le bec n’est pas aplati, mais épais et oblong, de couleur jaunâtre dans les parties voisines de la tête, bleuâtre au milieu de la mandibule inférieure, et noir à son extrémité. La mandibule supérieure est recourbée en crochet en dessous. Le corps est recouvert de plumes rares et courtes. Il manque d'ailes, mais à la place de celles-ci il est pourvu de quatre à cinq plumes noires un peu longues. Le corps, dans sa partie postérieure, est très épais et fort gras. Au lieu de queue on remarque quatre à

“cinq plumes courtes, crépues, enroulées, et de cou-

leur cendrée. Les jambes, plus épaisses que hautes, sont couvertes dans leurs parties supérieures de petites plumes noires; le reste, ainsi que les pieds, est jaune; ces derniers ont quatre doigts, trois plus longs dirigés en avant, et un plus court placé en arrière. Tous sont munis d'ongles noirs.

Quant au pied, qui venoit d’être tout récemment apporté de l’ile Maurice, Clusius fait observer qu’il n’étoit pas très long, puisqu'il r’avoit qu’un peu plus de quatre pouces du genou aux phalanges, tandis qu'il étoit fort gros, puisque sa circonférence étoit de près de quatre pouces (probablement aux tarses). Ce membre étoit couvert de nombreuses écailles jaunâtres, et plus larges en devant, brunâtres et plus petites en arrière. D’autres écailles fort larges recouvroient également la face supérieure des doigts, tandis que ceux-ci en dessous étoient calleux. Les doigts avoient peu de longueur relative, et étoient proportionnellement assez courts pour la grosseur du tarse, puisqu’en effet celui du milieu ou le plus grand n’avoit pas plus de deux pouces de longueur, que les latéraux les avoient à peine, et que le pouce n’avoit que dix-huit lignes. Tous ces doigts étoient terminés par des ongles épais, durs, noirs, n'ayant pas douze lignes, celui du pouce excepté.

Les navigateurs portugais et hollandois, bien que peu difficiles en fait de nourriture, essayérent en vain de manger la chair du dronte, après même l'avoir fait macérer. De là l’épithète d'oiseau de dégoût ou portant à vomir, noseam movens avis, qu'ils lui appliquèrent. Cette chair coriace, difficile à cuire, n'étoit pas propre à la table, celle de la poitrine et du ventre exceptée, dont la saveur n’étoit pas trop désagréable. Clusius tenoit encore des navigateurs qui avoient tué des drontes, qu’on avoit trouvé deux pierres dans l’estomac d’un individu, pierres probablement avalées par l’oiseau sur les rivages; et lui trouvant quelques caractères des gallinacés, il le nomme gailinaceus gallus peregrinus.

Thomas Herbert, qui publia en 4654 la relation de ses voyages (1), décrit sous le nom de dodo loi: seau qui nous occupe, en s'exprimant ainsi: « Le

()Travels in Africa, Asia ; 1626 and 1627. Mag. pitt, te I, pl, 25,

74 HISTOIRE NATURELLE

dodo, dénomination dont je ne connais ni l’origine ni l’étymologie, mais qui paroît être portugaise, et lui avoir été donnée à cause de sa simplicité, est un oiseau qui, par sa forme et sa rareté, peut être considéré comme une sorte de phénix. Son corps est arrondi et extrêmement gras; la lenteur de sa marche est en rapport avec sa corpulence. Quelques individus pèsent plus de cinquante livres. Il est meilleur à voir qu’à manger; son air est mélancolique; sa tête, différemment revêtue, est couverte en arrière par une sorte de capuchon de plumes d’un duvet noirâtre, et entièrement nue dans le reste, qui est d’une couleur blanchâtre, comme s’il étoit enveloppé dans une toile transparente. Son bec très crochu et recourbé en dessous, depuis les narines, qui sont au milieu, jusqu’à son origine, est d’un vert clair mêlé d’un jaune pâle. Les yeux sont ronds, petits et brillants comme des diamants. Les plumes sont du plus fin duvet, comme cela a lieu chez les jeunes oies. Les ailes sont, comme dans l’oiseau de la Chine (le casoar des Indes), fournies de trois à quatre plumes courtes. Les jambes sont également courtes, fortes et noires. Le doigt de derrière est aigu; l'estomac jouit d’une grande activité, et il digère aisément les pierres et du fer. Sous ce rapport, et sous celui de la forme, il ressemble à l’autruche d'Afrique ; on le retrouve aussi dans l’ile de Diégo Ramirès, une des Seychelles. »

Cette figure d'Herbert, copiée à la page 556 du tome IFT du Zoological journal, diffère beaucoup de celles de Clusius et de Willughby.

Niéremberg, dans sa compilation, copia en 1655 la description de Clusius. Il en fut de même de Jonston en 4657, de Bontius et de Pison (1), et enfin de Marcgrave. Charleton, dans son Onomasticon .. publié en 4668, en parle sous les noms de dodo lusilanicorum seu cygnus cucullatus. On trouve dans un catalogue de Grew, en 4681, les restes de ces oiseaux indiqués par les mots legs of the dodo dans la célèbre collection de Tradesecant. Or, on sait que cette collection en a possédé également un individu entier, rapporté de l’ile de France, et ayant pour étiquette, suivant M. de Blainville, dodar from the Island of Mauritius : it is notabl to fly being so big. Cet individu passa de la ville de Lambeth, où vivoit Tradescant,à Oxford ,dans la collection du docteur Ashmole, et y existoitencoreen1700, au diredeHyde (?),

(‘) Hist. nat. et méd. des Indes Orientales.

(2) Hyde, de veterum Persarum, Parthorum, etc, religionis historia, cap, 24, p, 312.

qui ajoute que le dodo est une poule indienne(!), qu’on trouve principalement dans l’île de Madagascar, à Bigarrops, et qui pond un grand nombre d’œufs. Il paroît que c’est en 4755 que la dépouille du dronte fut rejetée avec beaucoup d’autres de la collection à cause de sa dégradation, et qu'on se borna à conserver la tête et les pieds ; ces parties ont été figurées par Shaw, pl. 415 et 166, Quant à la peinture à l’huile qui représente le dronte, on ignore son auteur : on sait séulement que, faite en Hollande sur un oiseau amené vivant, elle a été copiée par Pison en 1658, et qu’elle passa en Angleterre dans le cabinet de Hans Sloane, puis dans celui du peintre Edwards, qui en donna une gravure coloriée dans ses Glanures (pl. 294), que Blumenback a reproduite (Man., t. I, p. 256).

En résumé, le dronte auroit été un oiseau massif, arrondi, ramassé dans ses formes sans élégance, et qu’auroient supporté des pattes courtes et grosses. Son cou, fort épais, auroit été contourné en S, et terminé par une tête volumineuse, et par un bec plus volumineux encore proportionnellement. Nul doute que les figures du dronte ne soient véritablement erronées. À l’époque où elles furent faites, on étoit loin de se piquer d’exactitude en histoire naturelle, et la plupart des ouvrages du temps en offrent la preuve. La peinture hollandoise, si souvent citée, semble représenter un oiseau fabriqué de diverses pièces, avec une tête d’albatros, un corps de casoar, une queue d’autruche, des pattes de manchots privées de leur membrane natatrice. Quant aux débris du musée d'Oxford, seuls ils attestent une espèce d’oiseau évidemment éteinte, et son bec se rapproche en effet par sa forme de celui de certains vautours, des sarcoramphes par la coupe, des rancancas par les narines; mais c’est plus particulièrement des casoars, des émous, des nandus, qu’il tient par la disposition des bandes écailleuses qui recouvrent les phalanges, et par la forme et la longueur des doigts, le pouce excepté. F1 y a donc tout autant de raison à admettre le dronte parmi les oiseaux struthionides que parmi les gallinacés et les vautours.

() M. le baron de Freycinet, ancien gouverneur de l’île de Bourbon, s’est vivement occupé à recueillir des renseignements parmi les habitants de Bourbon, sur l'existence du dronte. Il nous a dit avoir interrogé un nègre fort âgé du quartier de Saint-Joseph, sur les bords de la rivière du Rempart, qui seul lui assura avoir beaucoup entendu parler de cet oiseau dans son enfance, et qu'il se trouvoit encore dans ce quartier dans les premiéres années de l'existence de son pére.

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