LES OISEAUX DE PROIE; OU ACCIPITRES DIURNES
Les volatiles, connus par les noms caractéristiques empruntés à leurs mœurs, d'oiseaux de prove, d’accipitres ou de rapaces, répondent dans l’ordre des oiseaux aux animaux carnassiers dans la classe des mammifères, et forment une famille naturelle dont toutes les espèces se nuancent en des types génériques peu distincts, et se groupent par des analogies de formes, d’habitudes, et même de coloration dans le plutnage. Chez ces oiseaux tout annonce la puissance de leurs moyens de destruction : bec robuste et coupant pour déchirer leur proie ; ongles acérés et fortement trempés pour la saisir; muscles et tendons énergiques pour mouvoir leurs serres; vue percante pour la reconnoître ; odorat subtil pour la deviner ; ailes douées de la plus grande énergie pour se précipiter sur elle, l’atteindre et l'emporter. Quant à leurs caractères zoologiques, on peut les résumer ainsi : le bec est court, à mandibule supérieure plus longue que l’inférieure, et très crochu. Les narines sont percées dans une membrane ou cire, qui sert de gaine à la base du bec. Leurs doigts, au nombre de quatre, sont armés d’ongles ou serres, rétractiles, arqués , aussi robustes qu’acérés, et les doigts à leur attache sont liés par un court repli membraneux. Leurs ailes, munies de pennes roides et fortes, sont faconnées pour un vol de longue haleine.
Les accipitres, distingués en diurnes ou en nocturnes, suivant que les yeux peuvent supporter ou sont forcés de fuir la lumière du jour, atteignent assez communément une grande taille, bien que celle des femelles soit toujours plus grande que celle des mâles, nommés par cette raison féercelets. Ils vivent de proie qu’ils chassent sur terre comme sur le bord des eaux, et plus rarement de charognes et d’immondices ; on les rencontre peu en troupes. Comme de véritables maraudeurs, ils aiment s’isoler de leurs semblables, et se partager une certaine surface de pays, sans souffrir que des étrangers viennent diminuer leur butin. Leurs nids se composent de büchettes assez négligemment assemblées, jetées sur les branches d’arbres ou placées avec insouciance sur Ja roche nue, dans les lieux les plus inaccessibles des montagnes ; de là le nom d’uires, qu'ils portent généralement. Les gens du monde n’ont sur ces oiseaux que dés idées exagéréés ; ainsi la voracité lâche
et dégoûtante des vautours, le courage et la magnanimité de l'aigle, la stupidité ignoble des buses, la férocité du milan, figurent depuis des siècles dans la langue des poëtes, sans que les images qui en résultent soient vraies dans Le sens philosophique et naturel.
Nous allons successivement passer en revue les genres et les espèces qui appartiennent à cette grande famille, divisée aujourd'hui en un grand nombre de races par les nomenclateurs.
Dans les accipitres gallinacés, nous placons au premier rang les MESSAGERS (serpentarius) (1), qui semblent former le passage des oiseaux anomaux aux vrais accipitres. Ils ne renferment qu’une espèce décrite par Buflon, et figurée dans ses enluminures, n° 721, sous le nom de messager du cap de Bonne-Espérance.
C’est près de ces derniers: que doivent prendre place les cARIAMAS ou mieux sariamas (?), que Ja plupart des auteurs rangent parmi les échassiers. La seule espèce connue est le saria des Guaranis (5), le seriema des Brésiliens (£), décrit avec de nombreux détails par Marcgrave (), mais dont l’histoire n’a été bien connue que dans ces derniers temps, par les descriptions de d’Azara et de M. Geoffroy Saint-Hilaire (6). Le sariama huppé a trente pouces environ de longueur; il est supporté par des jambes grêles; son plumage est grisâtre roux, finement vermiculé de brun; les ailes sont assez courtes, la queue est médiocre, arrondie, terminée de blanc sur les rectrices les plus extérieures; quant aux tarses, ils sont jaunes, ainsi que l'iris, et le tour des yeux est nu et bleuâtre ; une huppe de petites plumes molles part du front et de la base du bec, qu’elle recouvre.
(") Lacép., Cuv.s ophiotheres, Vicillot; gypogeranus, Illig.: Proc.ill, 118.
(2) Brisson ; dicholophus, Hlig.; palamadea, Li microdactylus, Geoff.; lophorhinchus, Vieillot.
(3) Appunt. para la hist. nat. de los pax. Del Paraguay y Rio de la Plata ; Madrid, 1809, t. EI, p. 401.
(&) Wied Neuwied, act. Leop. cur. nat., t. II, p. 323 avec fig.
(5) Hist. rer. nat. Brasiliæ, lib. V, p. 203.
(6) Ann. ‘du Mus., t. XILL, pl, 26; Temm., pl 237; Vieillot, Gal,, pl. 259.
Celui-ci est long, crochu, fendu jusque sous les yeux, et a la plus grande ressemblance avec celui des oiseaux de proie, ainsi que le dit M. Cuvier dans son Règne animal. Les jambes sont écussonnées, très élevées, minces et terminées par des doigts très courts, ayant entre eux un léger repli membraneux. Le cariama vole très mal, et se tient de préférence sur la lisière des forêts claires et sur les collines pierreuses, où il se nourrit de lézards et d’insectes ; on le voit aussi parcourir les savanes, où ses longues jambes lui permettent de voyager pour y chercher des grenouilles et autres animaux. IL vit par paires ou en petites troupes ; son naturel est très défiant. Toutefois, il ne prend son vol qu’à la dernière extrémité, et encore est-ce pour aller se percher sur un arbre, et faut-il, pour le décider à cette action, qu’il soit fortement pressé. Les jeunes, nourris en domesticité, mangent parfois de la viande, mais jamais les graines de maïs; et on peut les priver de telle sorte, qu’ils vont dans les villages et dans les champs, puis reviennent à la basse-cour à la manière des autres oiseaux domestiques. Leur voix ressemble à celle des jeunes dindons, et leur chair est, au goût des habitants du Paraguay, très savoureuse, et par suite recherchée. La femelle pond deux œufs qu'elle dépose sur le sol sans faire de nid.
Les accipitres diurnes forment une riche et très nombreuse famille, divisée aujourd’hui en un grand nombre de groupes secondaires, sous-divisés euxmêmes en tribus, que nous passerons successivement en revue.