DE L'ORGANISATION DES OISEAUX
Les oiseaux, étudiés dans leur nature intime, prés l'observateur des moyens ou des habitudes qui découlent de leur organisation, ou, en d’autres termes, de causes finales évidemment démontrées, comme dérivant de ce que ces êtres tiennentde leur naissance. Or, la nature d’un oiseau, en tant qu'il n’a point été modifié par la main de l’homme, estde revêtir des caractères constants d’individualité ou d’espèce, ce qui permet d’établir un point de comparaison pour la distinction des tribus, des familles, des groupes, et même des variétés. Ainsi, sans chercher à établir une filiation unique dans la série des animaux, est-il démontré qu’un oiseau nait d’un germe fécondé avec des attributs constants quand il se trouve dans l’état de nature, attributs que des exceptions accidentelles seules peuvent changer en monsiruosités, quelle que soit la fixité dès lors de celles-ci, ou que la domesticité peut faire varier seulement en quelques points. Ainsi, placés près des mammifères par l’ensemble et la perfectibilité de leurs organes, les oiseaux, comme ceux-ci, naissent dans un œuf; mais les premiers voient ces enveloppes se briser dans le sein de la mère, tandis que chez ces derniers il est protégé par un test calcaire qui exige, pour le développement des germes fécondés, une élévation de température que procure l'acte de l’incubation. Débiles, foibles et presque nus en naissant, les jeunes ont besoin d’être abrités par des berceaux ouatés, bien que dans quelques familles les petits soient aptes, à leur sortie de l'œuf, à vivre sous la protection de leur mère, et sans autre abri que son aile protectrice. A une substance alimentaire élaborée et de fa e digestion, préparée par les père et mère, succèc e nourriture plus diflicile à digérer. Les orgai e ficonnent aux fonctions qu’ils sont appelés à accomplir ; Les plumes naissent, la livrée du jeune
de
âge disparoît, lesailes se plient au vol; l’âge adulte, toujours précoce, brise les liens de parenté, et le jeune devient chef de famille à son tour en continuant, à de nouvelles générations, les soins qu’il a reçus dans ses premières années.
On ne peut se dissimuler que des caractères, bien faciles à saisir au premier aspect, ne viennent séparer, pour l’observateur inattentif, un oiseau complet de tout autre animal. A voir bondir sur l’arène un chat, ou à voir courir avec prestesse sur le sol un chien levrier, qui ne distingue à la première vue un aigle planant avec vigueur au milieu des airs, ou un poisson qui fend les ondes? Et cependant, ces milieux si opposés par leur densité, si différents par les appareils qu’ils demandent pour la locomotion, sont loin d’être affectés exclusivement à telleoutelle espèce de ces trois grandes divisions d'êtres. Des roussettes aux mamelles pectorales, des poissons à rames natatoires amples, se maintiennent dans l'air; des oiseaux sans ailes ne peuvent nullement voler, et quelques uns peuvent à peine marcher sur le sol où ils se traînent, tandis que dans l’eau ils nagent comme des poissons. Sous ce rapport donc, les oiseaux ne peuvent emprunter aucun caractère distinctif des milieux où ils vivent.
$ I. De la peau.
La peau des oiseaux est remarquable par la finesse du derme, et cette enveloppe générale de l’organisme est protégée par des plumes qui y croissent de la même manière que les poils le font sur la couche cutanée des mammifères, les cétacés exceptés. Cette peau est le foyer d’une vive chaleur; mais, protégée par des corps étrangers, elle ne peut servir d'organe de tact, et sous ce rapport ses fonctions sont complétement annihilées. Toutefois, le derme est peu épais dans les endroits que recouvrent les plumes, mais il devient solide et dense au contraire sur les parties dénudées, Le réseau vasculaire
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est remarquable par son ampleur, et recoit une grande quantité de vaisseaux caractérisés par une circulation des plus actives. Quant au pigmentum , ilest, ou nul'sous les plumes, ou épaissi sur les parties dénudées, et la couche nerveuse dont les papilles sont très fines a peu de développement. L'épiderme est assez mince chez quelques espèces , plus dense chez quelques autres, et la matière qui la constitue forme parfois des amas pressés nommés écailles. Les pores ou eryptes ne sont pas ordinaires chez les volatiles. M. de Blainville n'en cite qu'un exemple : c’est un appareil erypteux placé à la partie postérieure du dos. C’est une masse mamilliforme assez considérable, d’un blanc jaunâtre, et formée de petits grains contenus dans les mailles du tissu cellulaire, etterminée par un mamelon unique percé de deux groupes distincts de pores.
$ II. Considérations générales sur les plumes.
Les organes qu'on nomme plumes, et qui sont placés en recouvrement sur la peau, appartiennent exclusivement aux oiseaux. Toutes, de nature cornées, sont formées d’une fige et de barbes, ayant elles-mêmes des rangées de barbules. M. de Blainville considère les plumes comme ayant l’analogie la plus complète avec les poils, et comme naissant d'un bulbe générateur. Les ongles qui abritent la dernière phalange, les casques des casoars, les éperons de quelques gallinacées , la corne qui revêt les deux mandihules, ne seroient pour ce savant que des poils agglutinés. La forme des plumes varie suivant les diverses parties du corps : on nomme rémiges les pennes roides et longues qui garnissent les membres supérieurs et les rendent propres au vol, qu’on distingue en primaires et secondaires, suivant la disposition qu’elles affectent, soit sur le bord de la main, soit sur le bord de l’avant-bras, tandis que le nom de rectrices est affecté aux pennes implantées à l’extrémité du croupion, et qui servent en quelque sorte de gouvernail pour diriger le vol des oiseaux. M. de Blainville propose de nommer les pennes de la main, les unes polliciales ou rémiges de l’aile bâtarde, digitales ou des quatre autres doigts, mélacarpiennes les cinq ou six qui bordent l’os du métacarpe, et cubitales les plumes secondaires des ornithologistes. Les ailes pointues doivent cette forme à la seconde rémige qui est plus longue que la première, et portent le nom d'ailes rameuses, tandis que celles des éperviers, etc., sont appelées ailes volières par Hubner.
Les pennes caudales sont toujours en nombre fixe à la queue, et elles se trouvent rangées sur une ligne qui décrit une courbe transversale à l'extrémité du corps. La paire moyenne ou la paire coccygienne ucquiert souvent des développements très remar-
L] cd, NE
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quables. Lorsque les pennes sont égales, on dit la queue carrée; si les externes sont plus courtes que les moyennes, on la dit arrondie ; échancrée ou fourchue dans le cas diamétralement opposé et suivant le degré de ce raccourcissement; enfin on la dit étagée, cunciforme, quand les rectrices externes sont notablementraccourcies. Les plumes axillaires occupent le bord postérieur du bras ou de Paile. Les couvertures alaires abritent les grandes pennes qui bordent la main et lavant-bras à leur origine. Les couvertures de la queue sont les mêmes plumes qui, implantées sur le croupion, s’avancent sur les rectrices ; enfin, on désigne par divers termes les plumes de certaines parties du corps, et c’est ainsi qu'on en reconnoit de cervicales, de scapulaires, de dorsales, de subalaires, ete. Les plumes allongées de la tête forment des aigrettes, des oreilles, celles du bas du cou des fanons, celles des flancs des parures, elc.
On ne possède point d'analyse exacte des plumes. Les chimistes admettent qu’elles ont 1 ande analogie de composition avec les poil cheveux, et que, comme ces derniers corps, elles sont formées d’une matière animale semblable au mucus, colorée par des huiles de diverses teintes : distillées, elles donnent de l'huile, du charbon animal et beaucoup de carbonate d’ammoniaque.
Le développement de certaines plumes, leur coloration même, dépendent de l’âge et du sexe de l'oiseau , et fréquemment les parures de luxe apparoissent chez les mâles à l’époque des amours. L’ensemble des plumes constitue ce que les ornithologistes nomment la livrée ou la robe, et chez une grande partie des oiseaux, on remarque que les femelles ont des livrées sans agrément lorsque celles des mâles brillent du plus vif éclat. Les jeunes, dans les premiers mois de leur naissance, ressemblent communément à leurs mères, et ce n’est qu’en devenant adultes queles plumes de leur vestiture d’enfance font place à celles de leur robe de noces. Audebert (avons-nous dit dans notre Histoire naturelle des oiseaux-mouches, page 18) s’est beaucoup occupé de rechercher les causes de la coloration si remarquable du plumage. Il a essayé de démontrer par des principes mathématiques, qu’elle étoit due à l’organisation des plumes elles-mêmes, et à la manière dont les rayons lumineux étoient diversement réfléchis en les frappant. Cette coloration (1)
(© Note sur le mélanisme par M. de Lafresnaie (Echo du 9 octobre 1835, p. 398 ).
« F'avois déjà avancé dans le ‘Magasin de Zoologie,
à l’article Cymindis, que les oiseaux de proie, ou au
moins quelques espèces d’entre eux, me paroi t
sujels au mélanisme comme beaucoup le sont i-
nisme, J'étois fondé à le croire d’après une variété noire
ou brun-noire du AEon aigu, que l’on rencontre #
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paroit due toutefois aux éléments contenus dans le sang, en même temps que latexture des plumes joue un grand rôle par la manière dont la lumière en traverse les innombrables facettes pour être décomposée par elles comme par un prisme. Toutes les plumes écailleuses qu’on remarque sur la tête et la gorge des épimaqgues, des paradisiers, des oiseaux - mou-
dans la plupart des collections ornithologiques, et entre autres dans celle du Muséum, el aussi d'après deux individus du buson d'Amérique et du cyminuis bec-encroc, faisant partie de la mienne, et dont le plumage noir mat uniforme ne se rapporte à aucune des de:criptions ni desfigures parues jusqu'ici de ces deux espèces. Une nouvelle occasion de constater le fait vient de se présenter. Ayant appris d'un ornilhologiste, mon compatriote, qu’il avoit nourri soigneusement un jeune busard Montaigu tout noir, mais le seul de celle couleur dans une nichée de jeunes, et qu'à la première mue il avoit vu son oiseau se revélir d'un nouveau plumage toujours également noir, j'ai fait chercher cel été des nids de busards Montaigu, assez connus dans mon déparlement, le Calvados. On m'a apporté deux jeunes individus encore en partie couverts de leur long duvet blanc, mais dont toutes les plumes à moilié sorties paroissoient effectivement noires. Lorsqu’elles ont été développées, j'ai pu reconnoître, à ma grande salisfaction, que je possédois deux individus alteints de mélanisme, puisqu'ils étoient d’une teinte uniformément noir mate sur tout leur plumage. La première idée que ce fait peut faire naître, est que, chez le busard Montaigu, les jeunes sont noirs la premiére année, et ne se revétent de leur plumage naturel qu'aux mues successives; mais il n’en est pas ainsi. Tous les ornithologistes savent, ou d’après leur propre expérience, ou d'aprés la description exacte et détaillée du plumage des jeunes de cette espèce, dans le Manuel d'Ornithologie de M. Temminck, qu'il est varié de brun et de roux en - dessus , et enliérement roux en dessous. On pourroil encore objecter que, chez la plupart des oiseaux de proie, les jeunes d’une même nichée différent souvent beaucoup entre eux dans la bigarrure de ce premier plumage du nid, mais qu’à la premiére mue ils redeviennent tous semblables. Ce n'est pas encore icile cas, puisqu'un individu s'est revêtu, à la première mue, d’un nouveau plumage aussi noir que le premier. Ce fait, lorsqu'il sera confirmé, et que j'aurai pu m'en convaincre par mes propres yeux à la prochaine mue de mon jeune busard Montaigu, sera du plus grand intérêt en ornithologie. Il fournira la preuve que ce qu'on avoit avancé jusqu'ici, que le mélanisme étoit beaucoup plus rare chez les animaux que l'albinisme, n’est pas exact (quant aux oiseaux de proie, toutefois), et me fait déjà soupçonner fortement que quelques espéces à plumage noir, présentées comme espêces nouvelles par les auteurs, ne sont que des variétés noires d’espêces déjà connues. Je citerai même, presque avec certitude, que le busard noir de Vieiliot (Nouv. Dict. d'hist. nat.) espèce qu'il créoit sur l'individu du Muséum, n’est autre que notre variété noire du busard Montaigu ; que le busard maure, falco maurus (Temminck, pl. col. 461), espèce du cap de Bonne-Espérance, à plumage uniformément noir mat, sauf les premières rémiges d’un gris ardoise, et la queue barrée dans toute sa longueur, n’est
ches, etc., se ressemblent par le principe uniforme qui a présidé à leur formation. Toutes sont composées de barbules cylindriques, roides, bordées de barbules régulières , qui en supportent elles-mêmes des rangées plus petites, et toutes ces barbules sont creusées au centre d’un sillon profond, de manière que quand la lumière glisse dans le sens vertical , il
probablement non plus qu'une variété noire du busard grenouillard du même pays. Je suis d'autant plus porté à le croire, que, possédant ces deux espêces, et les ayant comparées, je n’ai jamais remarqué de différences marquantes entre elles que dans le plumage.
Cette observalion amène naturellement quelques réflexions sur l'ordre des oiseaux de proie ou carnassiers. Si celui des passereaux présente des difficullés inouïes pour l'établissement des divisions génériques, vu les passages gradués et presque insensibles de toutes Îles esuèces les unes aux autres, l'ordre des carnassiers n’en offre pas moins pour la détermination des espèces, puisqu'il y a non seulement dans la plupart de ces espèces différence totale de plumage entre les sexes el entre les individus à chacune des livrées successives par où ils passent avant d’être arrivés à celle de l'adulte, mais encore entre les individus d'un même nid la première année, et aujourd'hui ces variétés noires que je viens de citer, et qui ne me paroissent pas rares dans cet ordre, viennent encore en compliquer l’élude et ont peut-être occasionné déjà plus d’une erreur, telle que le busard noir de Vieillot, qui n’est autre que notre variélé du busard Montaigu, etle busard maure de Temminck, qui, selon toutes les apparences, est une variété noire du busard grenouillard.
De plus, ce fait semble annoncer que, chezles oiseaux de proie, les individus atteints de mélanisme seroient aptes à la reproduction, ce qui n'existe pas chez la plupart des individus frappés d’albinisme. On m'a assuré que le pére ou la mère de mes individus noirs éloit noir comme eux. Je ne puis cependant le garantir, mais la chose est facile à reconnoître dés l'êté prochain.
On regarde généralement le mélanisme ainsi que l’albinisme chez l'homme et les animaux comme une dégénération dans l'espéce , et si on attribue l'albinisme à l'absence de sécrétion de la matière colorante du réticule mugueux qui se trouve d'ordinaire sous l'épiderme, et transmet sa couleur aux individus, on a pensé que le mélanisme provenoit au contraire de ce que le principe colorant prenoit plas de force chez certains animaux, et passoit au noir foncé; mais on a cru que ces variétés noires ou mélanos, par opposition au nom d’albinos donné aux individus blancs, étoient beaucoup plus rares qu'eux. Ce n’est nullement le cas, comme nous l'avons déjà dit, pour les busards Montaigu; et si, comme nous en sommes déjà presque certain, ces individus noirs conservent ce plumage toute leur vie et sont aptes à la reproduction, cette différence de coloration ne pourroit plus être regardée chez eux comme une dégénération. Une espèce entiérement sauvage, produisant indifféremment des petits semblables à elle en coloration, ou d'une couleur entièrement différente, comme le fort les oiseaux domestiques, seroit un fait des plus étonpants en histoire naturelle, et mériteroit, ce me semble, de fixer l'attention de nos savants ornithologistes.
d'au +
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en résulte que les rayons lumineux, en les traversant, sont absorbés et font naître la sensation du noir. Il n'en est plus de même lorsque la lumière est renvoyée par ces mêmes facettes, qui chacune font l’oflice d’un réflecteur. C’est alors que naît, par l'arrangement moléculaire des barbules , l’aspect de l'émeraude, du rubis, ete., chatoyant très diversement sous les incidences des rayons qui les frappent.
Pour donner un exemple de la diversité des teintes
qui sont produites par les plumes écailleuses, nous citerons la cravate d’émeraude de quelques colibris ; nous la verrons prendre tous les tons du vert, depuis les nuances les plus claires et les plus uniformément dorées, jusqu'aux reflets sombres de velours noir. Les collerettes de rubis de quelques espèces lancent des faisceaux de lumière qui se dégradent pour donner une coloration orangée, puis chamoisée et ensuite rouge noir. Mais les volatiles les plus richement dotés par la libérale nature, ne se présentent point constamment avec leur parure de fête. Jeunes, leur livrée est le plus souvent sombre et sans élégance. La deuxième année de leur vie , quelques portions de leur toilette apparoissent cà et là, et semblent former une disparate avec la grande simplicité du vêtement d'adolescence. Vers la troisième année, les haillons du premier âge disparoissent pour toujours, l’or ou l’améthyste étincellent ; c’est l'époque des amours , de la coquetterie, du désir de plaire. Les mâles volent aux conquêtes, se choisissent des épouses, et se consacrent un instant aux soins que réclame leur nouvelle famille. D'ordinaire, les femelles n’ont souventque les atours les plus modestes, lorsque leurs époux étalent tout le luxe d’un riche et élégant plumage. On appelle couleur fixe la coloration des plumes qui, quelles que soient les incidences de la lumière, est constamment rouge , bleue, noire, ete. On la dit changeante dans le cas contraire. Enfin, on remarque encore que le brillant, métallisé ou vernissé de plumes, n’en occupe jamais que l’extrémité. La coloration des plumes est généralement d'autant plus éclatante et d'autant plus vive, que l'espèce habite les contrées les plus échauffées. On ne peut même citer qu’un très petit nombre d'oiseaux des régions polaires ou tempérées qui aient quelques parties brillantes. Il n’en est pas de même sous la zone torride, où les plumages ternes forment les cas rares, en exceplant toutefois la nombreuse famille des palmipèdes.
La manière dont les plumes sont implantées dans le derme n’est pas non plus livrée à l'arbitraire. Ainsi on a remarqué que celles qui sont destinées à être recouvranles, sont attachées obliquement une à une et en quinconce, et que les plumes brèves, qui simulent la douceur du velours, doivent cette particularité à ce qu’elles sont attachées verticalement