‹ Compléments de BuffonChapitre 3 sur 667 · FACE · texte numérisé non relu

FACE

sur les parties qu’elles recouvrent. On les dit hérissées quand elles sont implantées d’arrière en avant. Assez communément les pennes caudales sont horizontales ; mais chez quelques oiseaux, le coq, par exemple, elles sont verticales et obliques.

Relativement à la quantité des plumes, on a remarqué que les oiseaux étoient plus abondamment vêtus quand ils doivent vivre dans les climats froids ; que ceux des régions chaudes avoient des plumes à

- barbes molles et lâches. On en peut dire autant du

duvet , sorte de feutre destiné à intercepter la chaleur du corps et à ne pas la laisser se dégager ; les oiseaux des glaces polaires en sont abondamment fournis, de même que les jeunes. Quelques palmipèdes nageurs ont des plumes tenant de la nature des poils, et une huile qui s'échappe de la peau peroit avoir pour but de les lubrifier, de manière à les rendre imperméables aux longues macérations dans l’eau.

Certaines plumes enfin sont arrondies, et imitent des poils, de manière à ce qu’implantées sur les narines, elles y simulent des soies , ou que, garnissant le pourtour du paipébral , elles jouent le rôle de cils dans l’occlusion des deux voiles protecteurs du globe de l'œil que présente ce muscle.

$ IE. Structure et développement des plumes.

L'organisation des plumes est un fait d'anatomie des plus intéressants pour l'étude, bien que les idées soient loin d’être arrêtées sur ce sujet. Nous ne pouvons mieux faire que de présenter l’ensemble du travail dont on est redevable à M. Fr. Cuvier, etqui est inséré dans les Mémoires du Muséum (t. XIE, p. 527 et suivantes , année 4825).

« Les plumes ont la plus grande analogie avec les poils, bien que l’organe qui les produit ait une structure plus compliquée. Cette analogie toutefois ne doit pas porter à donner sur ces deux natures de corps une explication commune.

» Le premier travail spécial sur les plumes que l’on connoisse, est celui de Ponpart, dont on trouve un extrait dans les Mémoires de l'Académie des sciences, pour l’antiée 1699. La plume, pour cet anatomiste, se composoit du tube corné inférieur, de la tige qui le surmonte, dont il ne considère que la matière spongieuse, et des barbes qui naissent de chaque côté de cette tige, et il ne parle que des jeunes plumes des jeunes oiseaux, comme sil eût ignoré que la mue en produit chaque année de semblables. Mais il avoit fort bien vu que les vaisseaux nourriciers des plumes pénètrent dans celles-ci par leur extrémité inférieure ; que ces vaisseaux constituent en partie un organe à la surface duquel ils se ramilient, et qu’il compare à une veine remplie

i de Jymphe nutritive; que les plumes, dans le pre-

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mier travail de leur formation, sont préservées des ‘accidents extérieurs par un tuyau cartilagineux, à la face interne duquel les barbes sont roulées en cornet ; que d’abord ces barbes ont l'apparence de bouillie, et qu’à mesure qu’ellesse forment le tuyau cartilagineux se dessèche, tombe par écailles, et laisse les barbes exposées à l’air où elles prennent toute leur consistance ; que l'organe qui contient la lymphe se termine supérieurement par des enton-

noirs membraneux quand les plumes commencent |

à se dessécher, et que le tuyau de chaque entonnoir pénétrant dans le pavillon de l’entonnoir qui le surmonte, il en résulte un canal continu ; enfin, de ce que l’organe nourricier de la plume se résout définitivement en godet, il supposoit que ces godets donnoient une idée de sa structure.

» De ce petit nombre de faits Poupart concluoit que son organe réservoir de la lymphe nutritive étoit contenu, même à l’origine des plumes, dans le tube qui les termine inférieurement quand leur développement estentier, ne faisant aucune différence entre ce tube et le tuyau cartilagineux dont nous avons parlé plus haut; que cet organe, par son extrémité supérieure, s’introduisoit dans la partie spongieuse où la moelle de la plume y versoit sa Iymphe, qui, par imbibition, pénétroit dans les barbes, lesquelles finissoient ainsi de se nourrir et de se former ; de la sorte, la plume acquéroit successivement toute sa grandeur et toutes ses formes.

» De ces premières observations, bien insuflisantes sans doute pour expliquer convenablement la formation des plumes, nous passons sans intermédiaires aux leçons d'anatomie de M. G. Cuvier (t. IE, pag. 605). Malheureusement la structure des plumes ne pouvoit occuper qu’une place très secondaire dans un traité général d'anatomie comparée, et dans le premier traité de ce genre qui parüt. Quoi qu'il en soit, tous les faits rapportés par Poupart y sont confirmés ; mais sa veine remplie de lymphe, que M. Cuvier nomme cylindre gélatineux, ne verse plus sa matière dans la partie spongieuse de la plume pour la nourrir, ainsi que les barbes; elle croît en longueur par la base, et sort du tuyau cartilagineux, désigné ici par le nom de gaîne, en même temps que ses barbes et que la tige qui les porte; et c’est en effet ce que l'expérience confirme : mais rien n’indique les rapports de cet organe avec la plume proprement dite et ses différentes parties; on les voit seulement se développer simultanément; et la formation des barbes, par le desséchement de la matière qui les constitue, semble plutôt le résultat d’une attraction purement physique d’une sorte de cristallisation produite par une force inhérente à cette matière, qu’un résultat de la vie , c’est-à-dire d’une force dont le siége seroit dans un organe.

» Les nombreux détails que demandoit une con-

noissance complète des plumes et de leur organe producteur, ne pouvoient résulter que d’un travail spécial, et c'est ce travail qui a occupé M. Dutrochet. On trouve le mémoire qui le renferme, et qui est intitulé : De la structure et de la régénération de plumes, dans le tome LXXXVIIT, page 555, du Journal de physique (mai 1819).

» Les faits qu’il contient sont à peu près les mêmes ue ceux que nous venons de rapporter; mais le avail de M. Dutrochet se distingue par les explications à l’aide desquelles il rend compte de la manière dont se forment les diverses parties de la plume.

» Après une description fort exacte de la plume, lorsqu’elle est entièrement formée, c’est-à-dire telle qu’elle pous est présentée par celles dont nous faisons usage pour écrire, il passe à son développement, et cherche la raison de toutes les particularités de forme et de structure qu’il vient d’exposer dans les différents phénomènes que ce développement lui présente , en faisant toutefois exception des barbes et des barbules; ces parties étant pour lui tout-à-fait semblables à la tige, et trop petites pour que leur formation puisse être observée.

» Lorsqu'une plume commence à croître, elle ne se montre d’abord extérieurement que par un tube (tuyau cartilagineux de Poupart, gaine de M. G. Cuvier), formé de plusieurs couches de l’épiderme du bulbe (veine remplie de lÿmphe de Poupart, cylindre gélatineux de G. Cuvier) qu’il renferme, et qui est une papille de la peau plus ou moins grossie. Ce bulbe pénètre dans le tube par l’ouverture inférieure ou l’ombilic de celui-ci. Si l’on ouvre ce tube longitudinalement, on trouve entre sa face interne et le bulbe les rudiments des barbes terminales de la plume dans un grand état de mollesse. IL n’y a alors encore aucune apparence de la tige centrale : ces barbes rudimentaires enveloppent le bulbe, ployées obliquement autour de lui (en cornet suivant Poupart); elles naissent de la c'rconférence de l’ombilic, et n’ont aucune adhérence organique avec le corps du bulbe. Bientôt le tube épidermique se décoilfe, et la plume commence à en sortir ; mais ce n’est que lorsque les premières barbes ont acquis toute leur longueur que la tige naît : elle se forme de la réunion de leurs fibres cornées, et à mesure que la plume grandit, la face postérieure de cette tige augmente en largeur dans Ta même proportion que le nombre des barbes. Quant aux fibres cornées de la face antérieure, elles naissent exclusivement d’une partie de la surface du bulbe, et d’autant plus voisines du sommet de cet organe que la plume approche plus de sa perfection. Les fibres cornées des faces antérieure et postérieure existent avant la substance spongieuse qui les sépare et qui est disposée par couches entre elles ; elle n’est peut-être

B HISTOIRE NATURELLE

qu'une manière d’être de la substance cornée. C’est aussi le bulbe qui produit la substance colorante des plumes, laquelle ne se trouve jamais que dans les fibres cornées.

» Ce bulbe, essentiellement composé de vaisseaux et de nerfs, est revêtu d’un épiderme qui se dessèche et se détache par le contact de l'air; ce qui pro-

duit les calottes (entonnoirs et godets de Poupart

qui le surmontent et qui viennent de son somm exposé seul à l'air quand ce tube épidermique décoifle.

» Nous voici arrivés, avec M. Dutrochet, à l'extrémité inférieure de la tige de la plume. Les fibres de sa face postérieure sont allées en augmentant, et cette face s’est élargie à mesure que le nombre des barbes s’est acéru , et qu’elles ont occupé une plus grande partie de la circonférence de l’ombilic; enfin, cette circonférence en est entièrement remplie ; c’est-à-dire qu’elle se trouve tout occupée par des fibres cornces, fibres dont l’asse“iblage représente la continuation de la partie postérieure de toutes les barbes. De cet assemblage naît le cylindre ou le tuyau de la plume. Pendant ce temps le tube épidermique s’est animé et a fini par disparoitre.

» Dès que le tuyau de 11 plume commence à se ormer de la réunion en ün cercle des fibres co’nées de la face postérieure de la tige ou des barbes, les fibres cornées de la face antérieure cessent de se produire ainsi que la substance spongieuse ; ce qui arrive, parce que le tuyau, en se formant, déplace le bulbe qui produit ces dernières fibres; il le force à se renfermer en lui en l’enveloppant de toutes parts ; alors ce buibe ne dépose plus que la substance qui doit former ce tuyau à son sommet; dès que cette tâche est remplie, il diminue graduellement de hauteur, et finit par être absorbé en laissant les calottes d’épiderme qui constituent ce qu’on appeile vulgairement l’âme de la plume. Enfin, l'extrémité inférieure du tuyau se forme à son tour, et le moment de la chute de la plume est arrivé.

» Il auroit été diflicile de ne pas être au moins frappé de cette ingénieuse théorie de Ja formation des plumes ; toutes les phases de leur développement y sont marquées avec soin, et les causes dé Ja production de leurs différentes parties, exposées avec beaucoup d’art et de vraisemblance ; aussi n’auroisje peut-être pas élevé le moindre doute sur cette théorie, si les faits que j’avois moi-même recueillis ne se fussent pas trouvés en opposition avec ceux qui lui servent de fondement; bien moins à la vérité parce qu’ils sont différents, que parce qu'ils sont plus nombreux et plus développés.

» Enfin, M. de Blainville termine la série des au: teurs qui, en France, se sont occupés de la structure et du développement des plumes. Il expose ses idées sur cette maticre dans le premier volume, page 405

et suivantes, de ses Principes d'anatomie coïnparée, et son but principal paroïit être moins d'augmenter le nombre des faits que de ramener, par l’emploi d’une partie de ceux qui sont connus, de l’explication du développement des plumes à l’explication du développement des poils. Ainsi, pour M. de Blainville, les plumes sont composées, comme les poils, d’un bulbe producteur et d’une partie produite.

» Le bulbe (réunion de la gaine et du bulbe de

M. Dutrochet) se compose extérieurement d’une capsule (gaine) fibreuse , blanche, épaisse, qui est

remplie de matière subgélatineuse (bulbe), ayant une forme déterminée, et dans laquelle pénètrent les vaisseaux et les nerfs. Cette matière vivante « offre à sa surface des stries ou cannelures dont la » disposition indique la forme de la plume. Le prin- » cipal de ces sillons occupe le dos du bulbe... » Les autres, beaucoup plus fins, tombent oblique- » ment et régulièrement par paires de chaque côté » du sillon principal, et commencent dans la ligne » médiane et ventrale du bulbe. » Et, à en juger par analogie, des stries d’un troisième ordre tombent sur ceux du second, mais leur petitesse empêche de les voir. Tel est l’organe producteur de la plume. « Quand il vient à en exhaler la matière qui se dé- » pose en grains non adhérents...., il se forme une » succession de cônes non distincts; mais ces cônes » ne s’emboîtent pas d’abord les uns dans les autres, » ils se fendent le long de la ligne médiane infé- » rieure, où les filets cornés, produits des sillons, se » réunissent, et dans la longueur même de ces filets » cornés, très probablement à l’endroit des stries » tertiaires.

» C’est ainsi que se forme la lame de la plume, » c’est-à-dire la partie dont l’axe est plein et solide, » et qui est pourvu de barbes et de barbules,.

» Quand le bulbe a produit cette lame qui est sor- » tie au fur et à mesure de la capsule rompue à son » extrémité, il a considérablement diminué de vie ; » et soit que les sillons s’effacent ou que sa base n’en » Offre plus, il exhale de toute sa circonférence de » la matière cornée qui forme alors le tube complet, » celui qui termine la plume.

» Ce tube renferme la pulpe, et comme l’extré- » mité de celle-ci, à mesure qu'elle diminue, se » retire, elle produit des espèces de cloisons en » forme de verre de montre; c’est ce qu’on nomme » l'âme de la plume, et ce n’est autre chose que la » succession de l’extrémité des cônes qui composent » le tube. »

Ces idées, sur la formation des plumes, dont j'ai copié textuellement l’exposition à cause de leur précision, sont fort différentes de celles de M, Putro chet; et comme les unes ne reposent pas, à proprement parler, sur d’autres fondements que les autres,

ÿ Ines observations ne se trouvent pas mieux concbr-

DES OISEAUX. 5

der avec les explications de M. de Blainville, qu’avec celles de l’observateur dont nous avons précédemment exposé le système.

» Je vais actuellement, dit M. Fr. Cuvier, décrire les faits que j'ai recueillis ; j’essaierai d’en montrer ensuite les conséquences. Malheureusement nos moyens d'observations sont bornés, et la nature est aussi infinie dans la moindre de ses productions que dans l’ensemble des êtres dont l’univers est formé!

A. De la plume en général, et des diverses parties

qui la composent.

» La production organique, qui fait l’objet de ce mémoire, est celle qui constitue le vêtement des oiseaux, et que l’on désigne communément par le nom général de plumes, quelles que, soient les formes ou les apparences sous lesquelles elles se présentent : qu’elles soient lâches ou soyeuses comme celles de certaines variétés de nos poules domestiques , fermes ou résistantes comme les pennes des oiseaux qui volent, molles ou veloutées comme le duvet, recourbées en panaches, relevées en aigrettes ou allongées en soies, etc., etc. »

Toutes ces sortes de plumes en effet ont la même structure fondamentale ; leurs différences, quelque grandes qu’elles paroissent, ne tiennent qu’à des modifications assez légères, et les uncs comme les autres se composent des mêmes parties essentielles.

» Il n'entre pas dans mon plan de montrer la cause de ces variations; non seulement elles feroient la matière de plusieurs volumes, mais, de plus, elles exigeroient un grand nombre d’oiseaux fort rares dont il faudroit cependant disposer comme on fait d'oiseaux domestiques, ce qui n’est possible pour personne. Un ensemble complet de recherches sur les différentes sortes des plumes ne peut être que l'ouvrage successif du temps; les miennes se sont principalement portées sur les plumes qui recoivent le nom de pennes, et c’est celles-là dont je dois faire connoitre les parties avant de m'occuper de l'organe qui les produit. Toutes les pennes nous présentent un tube corné placé à leur extrémité inférieure, une tige qui la surmonte, et de chaque côté de laquelle se développent des barbes qui sont elles-mêmes garnies de barbules. Le tube, toujours plus gros et plus court que la tige, est à peu près cylindrique et généralement transparent ; il se termine en une pointe plus ou moins mousse, et se trouve percé, à son extrémité inférieure, d’un orifice que nous nommerons ombilic inférieur, par opposition à un autre orifice auquel on doit donner le nom d’ombilic supérieur, et qui est situé au point où le tube se réunit à la face interne de la tige, et où les barbes des côtés de celle-ci, qui ont commencé un peu plus haut à se rapprocher, finissent par se réunir tout-à-

fait. L'intérieur de ce tube renferme des capsules emboîtées les unes dans les autres, et souvent unies entre elles par un pédicule central qui en forme une sorte de chaine; c’est ce qu'on nomme vulgairement l’âme de la plume. C’est par le tube que les plumes tiennent à la peau.

» La tige, considérée isolément, a une forme plus ou moins carrée; elle va en diminuant graduelleent de grosseur de l’ombilie supérieur jusqu’à sou trémité, en suivant une ligne courbe. Nous désignerons par le nom de face interne de la tige la partie intérieure de cette ligne, et par celui de face externe sa partie extérieure. Ces deux faces sont revêtues d’une matière d’apparence cornée, assez semblable à celle qui constitue le tube; et cette matière couvreimmédiatemeutune substance blanche, molle, élastique, que nous nommons matière spongieuse, et qui constitue la partie centrale de la tige, du moins dans la plupart des plumes. La face externe est toujours lisse et légèrement arrondie; dans quelques pennes elle est unie, dans d’autres elle présente au travers de sa matière cornée des lignes parallèles longitudinales, plus ou moins nombreuses , qui semblent des stries. L’interne est toujours partagée en deux parties égales, dans toute sa longueur, par une dépression ou petit canal, ou par une saillie; et ces dernières différences résultent ordinairement de la structure interne à la tige.

» En effet, nous avons trouvé dans les pennes, nous pouvons même dire dans les plumes, deux sortes de tiges, les unes pleines et solides, les autres creusées et pourvues d’un canal dans toute leur longueur, Dans la première, l’âme de la plume se termine à l’ombilic supérieur auquel elle est adhérente; dans les secondes, elle est également attachée à cet ombilic, mais elle se prolonge d’un bout de la tige à l’autre. Quant aux lignes parallèles, aux apparences de stries longitudinales de Ja face externe de quelques tiges, elles sont dues à ce que la lame cornée est formée de semblables striures du côté où elle s'applique sur la matière spongieuse, et sa transparence les rend sensibles à l’œil, car elles ne le sont pas au toucher extérieurement.

» Les barbes consistent dans des lames dont l’épaisseur, la largeur et la longueur varient suivant les espèces de plumes, et qui naissent sur les côtés de la tige, vers le bord de sa face externe. De chaque côté de ces barbes sont des barbules ou des lames plus petites qui sont lâches ou serrées, longues ou courtes ; ces barbules sont quelquefois barbelées elles-mêmes, comme on peut s’en assurer sur les barbules des grandes plumes de paon; et c’est surtout de la contexture des unes et des autres que résultent en grande partie les différences qui caractérisent extérieurement les plumes, abstraction faite des couleurs,

» Ces barbes et ces barbules sont pourvues de deux bords qui correspondent, l'un à la face interne de la tige, qui est le bord interne, et l’autre à la face externe , qui est le bord externe , et des deux faces : celle qui regarde le haut de la tige est la face supérieure , celle qui regarde du côté du tube est la face inférieure. Les bords des uns et des autres m'ont toujours paru lisses et légèrement arrondis; et ce n'est pas toujours aux points correspondants des faces des barbes que naissent les barbules.

» Enfin , il paroît que la grande variété de couleur que présentent les plumes réside dans la matière cornée de la tige, dans les barbes et les barbules ; mais l'éclat de ces couleurs paroît tenir autant à la contexture de ces parties qu'aux substances colo-

rantes elles-mêmes.

B. De la capsule productrice des plumes.

» Quoique composé de parties qui se distingtent aisément lesunes des autres par leurs formes et leurs rapports, cet organe fait cependant un tout indivisible; on ne peut détacher une de ses portions sans l’altérer, et néanmoins son analyse est nécessaire ; sans elle on ne pourroit le faire cennoîitre ; mais si je décris séparément les parties qui le constituent, on ne doit pas oublier que leur union est intime, et que les fonctions de l’une sont inséparables des fonctions de l’autre.

» Ce qui rend son étude fort difficile, ce qui a empêché que jusqu’à ce jour il fût bien compris, c’est qu’il ne se présente jamais dans un état complet à l’observateur, et qu’il se détruit par une de ses extrémités à mesure qu’il se développe pour l’autre. Tant qu’une dent est sécrétée, l'organe qui la produit conserve son intégrité. Cela paroît être plus vrai encore pour les poils : ils se composent, dit-on, d'une succession de cônes produits successivement par un organe qui en fournit la matière et qui er est le moule. L’organe producteur de la plume , au contraire, n’est jamais un momem le même; la partie qui a sécrété la première portion d’une plume s’est oblitérée en même temps que cette portion a été forméeet que la partie qui doit suivre se montre: celleci, qui produira la deuxième portion, s’oblitérera à son tour dès qu’elle aura rempli sa destination; et il en sera ainsi jusqu'à l'entière production de la plume. Il en résulte que les organes ne peuvent être vus tout entiers en même temps, et le développement de leurs parties suivi sur un même oiseau, puisqu'il faut détruire le bulbe pour l’observer. Une description générale ne sauroit se former que par la réunion des observations particulières et isolées, qui n'ont de liens que dans l'esprit, ou du moins que ceux que l'esprit peut établir entre eux.

» Toutes ces circonstances m'obligeront à entrer

HISTOIRE NATURELLE

dans des détails que j'aurois pu supprimer, si l’examen d’une seule capsule productrice des plumes eût pu suffire pour la faire connoître ; mais dans les faits où l’observation n’est pas simple, on ne doit pas moins rendre compte de la route qu'on a suivie, des moyens qu'on a employés, que des résultats qu’on a obtenus.

» Les capsules naissent d’une papille du derme, mais elles n’en sont point le développement ; elles n’ont pas le moindre rapport de structure, et ne tiennent l’une à l’autre que par des points très circonserits; aussi lorsqu'on ouvre l’étui du derme où se trouve contenue la partie inférieure d’une capsule nouvelle, et qu’on pénètre jusqu’à la papille, on la trouve formant un cône extrêmement petiten comparaison de cette capsule, et ne communiquant guère avec elle que par son sommet; ce qui explique l’extrême facilité qu'on éprouve à arracher une capsule naissante, et |intégrité de toutes ses parois après cette violente séparation.

» La première forme de la capsule, celle sous laquelle elle se présente d’abord avant toute altération, est celle d’un cylindre terminé par un cône. Dans la plupart des oiseaux , ce cylindre n’est pas plutôt sorti quelques lignes hors de la peau, que la partie conique tombe, en se décoiffant, pour laisser libre l’extrémité de la plume. Cependant il est des capsules qui atteignent jusqu’à quatre ou cinq pouces avant d’éprouver aucun changement extérieur ; mais, dans tous les cas, la chute du cône précède toujours, et de beaucoup, l’entière formation de la plume.

» Lorsqu'une capsule de plume à tige solide a été détachée soigneusement de la couche cofticale où elle a pris naissance, et qu’on l’examine , on reconnoît qu’elle est terminée inférieurement par unemembrane fibreuse, molle, percée à son milieu par un orifice au travers duquel pénètrent les vaisseaux nourriciers de l’intérieur de l’organe; ce qui représente l’ombilic inférieur de la plume, parce qu’il remplit les mêmes fonctions, quoiqu’#l re se trouve pas aux mêmes parties, le tube de la plume étant loin d’être discernable dans une capsule dont le développement s'effectue. On remarque ensuite que toute sa partie extérieure se compose d’une enveloppe nombreuse , qui a reçu, et à laquelle nous conserverons le nom de gaine; que la consistance de cette enveloppe va en diminuant graduellement de son extrémité supérieure à son extrémité inférieure , où se trouve l’orifice au travers duquel les nerfs et les vaisseaux s’introduisent dans l'organé ; et qu’une ligne droite, de peu de largeur, moins opaque que les parties environnantes , et que nous nommeérons ligne moyenne, règne dans toute sa longueur.

» En enlevant cette enveloppe on découvre une membrane qui a la forme de la capsule, et qui pa-

DES OISEAUX

roit striée, excepté dans une ligne droite correspondante à celle que la gaine nous a offerte à la ligne moyenne, et dans un sens directement opposé à celle-ci, puisqu'il va s’élargissant de haut en bas. Les stries naissent de chaque côté de cette deruière ligne, sur ses bords, montent obliquement, et viennent se terminer à droite et à gauche de la première. Cette membrane, que je désisnerai par le nom de membrane striée externe, forme l’enveloppe immédiate de la plume.

» Cette membrane enlevée, on trouve les barbes reployées de bas en haut, de manière à se rapprocher par leur extrémité et à former un cylindresemblable à la gaîne ; mais, dans le premier temps du développement de la capsule, celles de l’extrémité de la plume, ainsi que la tige sont seules formées, et les molécules qui constituent les autres parties sont d’autant moins liées qu’elles se rapprochent davantage de leur origine commune ; là les barbes se divisent sous le moindre effort comme de la bouillie, et leurs molécules ont la forme d’une aiguille. Les barbules sont intimement couchées Le long des barbes. Si l’on écarte ou si l’on entève même les barbes qui ont acquis toule leur consistance, on trouve entre chacune d'elles une membrane mince qui les égale en longueur eten largeur, et que nous nommerous cloisons transverses, ou plus simplement cloisons ; et en cherchant l’origine üe ces membranes nouelles , on voit qu’elles sont une dépendance, qu’elles font parties intégrantes d’une seconde membrane striée qui se trouve placée entre la face interne du tube, que forment les barbes reployées, et la partie centrale de la capsule. Nous désignerons cette dernière membrane par le nom de membrane suiée interne, et la partie centrale de la capsule par le nom de bulbe.

» Maintenant ilreste à examiner séparément chacune de ces parties, afin d’en fixer les caractères, d’en déterminer les rapports, et d’en reconnoitre les fonctions dans le développement de la plume.

De la gaine.

» Cette enveloppe extérieure de tout le système organique, dont se compose Ja capsule productrice des plumes, a son origine au même point que le reste de cet organe, c’est-à-dire sur une papille du derme, et le développement qu’elle acquiert est toujours le même que celui de la plume dont elle doit protéger la formation ; ainsi la gaine de Ja plus grande plume du paon, par exemple, a eu toute la longueur de cette plume, quoiqu’elle n’ait jamais paru avoir plus de cinq à six pouces. C’est que, comme nous l’avons dit, elle se détruisoit par une de ses extrémités à mesure qu’elle croissoit par l’autre. 3

» Au point oùelle prend naissance, et à sa partie inférieure, elle est formée par une membrane très molle, fibreuse et jaunâtre, mais au-delà , et dans une longueur variable, suivant l’espèce des plumes et le degré de développement qu’elles ont acquis , la gaine est formée d’une membrane blanchâtre, opaque, molle, d'apparence cartilagineuse , et que revêt une lame épidermique. À mesure qu’elle arrive au contact de l'air, elle semble se dessécher, se durcir et se changer en un nombre plus ou moins grand de couches épidermoïdes, minces, transparentes, fibreuses, et s’enlevant par lanières, suivant le contour de la capsule, et non point suivant son axe, ce qui est à noter. Dans certaines plumes, la capsule ne paroit se composer que de ces pellicules d'épidermes; mais dans d’autres elles recouvrent une matière blanche, d’une nature particulière, dont l'apparence est albumineuse et même crétaccte, et qui se détache, par petites écailles , de la membrane striée externe qu'elle revêt immédiatement. Ces caracières sont ceux que présente la gaine jusqu’au momet où se forme le tube corné de la plume; alors les couctes internes de la gaine deviennent la couche externe de ce tube, en s’identifiant avec les couches de celui-ci , sécrétées par le bulbe qu'il renferme C’est ce que nous ont montré toutes les plumes du tube corné, desquelles nous avors cherché à détacher les parties de la gaine qui étoient naturellement séparées du reste de la plume, c’est-à-dire de la tige , des barbes, ete. En saisissant fortement ces parties de la gaine, et en faisant effort pour les enlever, en dirigeant l’effort vers l'extrémité du tube et parallèlement à son axe, la surface de celui-ci s’est constimment déchisée dans cettédireciion et non pas transversalement, el nous n'avons pu trouver par aucun mo\en, entre ces parties de la gaine et la surface du tube, des solutions de continuité naturelle,

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