‹ Compléments de BuffonChapitre 22 sur 667 · LE VAUTOUR GRIFFON · texte numérisé non relu

LE VAUTOUR GRIFFON

Vultur fulvus. L. (1).

M. Temminck, dans son Manuel d’ornithologie, a donné à ce vautour plusieurs synonymes qui ne lui conviennent point. C’est ainsi qu’il regarde comme un jeune âge le vultur Kolbi, qui est le chasse-fiente de Le Vaillant, pl. 140, et qui forme une véritable espèce.

Le percnoptére a été assez exactement décrit par

() Gmel., sp. 41 : vultur percenopterus, Lalh., sp. 3 : vultur fulvus, Lath., sp. 12 : le percnoptére des anciens, Buff., enl. 426 (adulte ): vultur leucocephalus, Meyer: vultur percnopterus, Daudin, t. IE, p. 13 ; Savigoy, Laypt., p. 11 : vultur trenculos, Bechst,

Perrault, qui pensoit qu’on devoit reconnoître en lui le grand vautour d’Aristote. Buffon partageoit cette manière de voir, qu’il étaya de recherches nombreuses ; mais il fit du grand vautour, du griffon et du perenoptère trois espèces, tandis que sur ces trois noms il n’a eu que de légères variétés du griffon à peindre.

Ce vautour a cela de remarquable que le duvet qui recouvre la tête et le cou est très blanc et comme lanugineux. Des plumes effilées et très longues forment sur le jabot une collerette très fournie d’un blanc roussâtre , quelquefois blanc ou brunâtre. Au milieu de la poitrine on remarque un espace nu et duveteux. Le plumage est généralement d’un fauve assez vif tirant sur le gris brun ; des rémiges et les rectrices sont d’un brun noirûtre, le bec est d'un jaune livide, la cire est de couleur de chair, l'iris noisette, et les pieds gris.

Le griffon, dont le corps est approchant celui d’un cygne, a environ quatre pieds de longueur totale. La femelle est plus grosse de taille que le mâle.

Suivant M. Vieillot le plumage varie avec l’âge : il a dans sa première jeunesse le corps fauve ; dans la seconde et la troisième année, il est varié de gris et de fauve plus ou moins foncé en dessus, et dans un âge pius avancé il est totalement d’un joli cendré presque bleu.

Buffon en parlant de son perenoptère, qui est notre griffon, s'exprime ainsi : « J’ai adopté ce nom tiré du grec pour distinguer cet oiseau des autres. Ce n’est point du tout un aigle, et ce n’est certainement qu’un vautour, ou, si l’on veut suivre le sentiment des anciens , il fera le dernier degré des nuances entre ces deux genres d’oiseaux, tenant d’infiniment plus près aux vautours qu'aux aigles. Aristote, qui l’a placé parmi les aigles, avoue luimême qu’il est plutôt du genre des vautours, ayant, dit-il, tous les vices de l'aigle sans avoir aucune de ses bonnes qualités, se laissant chasser et battre par les corbeaux, étant paresseux à la chasse, pesant au vol, toujours criant , lamentant, toujours affamé et cherchant les cadavres. Il est d’une vilaine figure et mal proportionné ; il est dégoûtant par l’écoulement continuel d’une humeur qui sort de ses narines, et des autres trous qui se trouvent dans son bec, par lesquels s’écoule la salive. »

Au reste la description du perenoptère de Buffon s'accorde parfaitement bien avec celle du griffon, et c’est donc un double emploi que cet éloquent naturaliste fait en donnant comme espèces distinctes son perenoptère, son griffon, et même son grand vautour. Il est facile d’ailleurs de s’apercevoir que Buffon n’a jamais bien compris les espèces de vautours qu’il a décrites.

Le griflon est le skania des Grecs modernes et le

DES OISEAUX

trencalos des Espagnols de la Catalogne. Il est très commun sur la chaîne des Alpes et des Pyrénées, en Turquie, dans l’archipel de la Grèce, dans les montagnes de la Silésie et du Tyrol, à Gibraltar, en Égypte, et dans une grande partie de l'Afrique, même au cap de Bonne-Espérance. Dans ie Levant, les Turcs et les Grecs en font grand cas, et se servent de sa graisse comme d’un excellent remède contre les douleurs rhumatismales. Les Italiens nomment grifone ce vautour, qui est commun dans les Alpes du Piémont. M. Risso dit qu’il est sédentaire sur les Alpes de Nice, où on le nomme famisté.

Le griffon vit d'animaux morts, de charognes, de débris qu’il va chercher dans les voiries. Il niche sur les rochers les plus escarpés. Ses œufs sont gris blanc et tachetés de blanc rougeûtre.

LE VAUTOUR ORICOU.

Vultur auricularis(1).

La connoissance de cette belle espèce de vautour est due à Le Vaillant, qui le premier en donna une description détaillée dans le tome IT, page 25, de son deuxième Voyage dans l’intérieur de l'Afrique. Comme rien ne peut remplacer les citations originales, nous reproduisons textuellement ce que ce voyageur ornithologiste en dit.

« Sur le cadavre d’un hippopotame étoit un maguifique vautour, occupé avec beaucoup d’empressement à le dévorer. Jamais je n’en avois vu un si grand. Je le blessai.,. Quoique déjà gorgé d’une grande quantité de chair, puisque son gésier en renfermoit six livres et demie lorsque je le disséquai, cependant son acharnement et sa faim étoient tels, qu’en cherchant à s'envoler il arrachoit encore sa proie avec le bec, comme s’il eût voulu l’enlever tout entière avec lui. D’un autre côté, le poids des viandes qu’il venoit de dévorer l’appesantissoit, et ne lui permettoit pas de prendre son vol si facilement. Nous eûmes le temps d'arriver avant qu’il se fût enlevé, et nous cherchâmes à l'assommer à coups de crosse. Il se défendit long-temps avec toute l’intrépidité possible. Il mordoit ou frappoit du bec nos fusils. Sa force étoit si grande encore qu’à chaque coup il érafloit les canons. Il succomba pourtant.

» Ce vautour, sans contredit le plus beau de tous ceux de son genre, forme une espèce nouvelle. I! a plus de trois pieds de haut et huit à neuf pieds d'envergure. Quant à sa force, s’il est permis d’en juger par ses tendons et ses muscles, elle doit avoir

(") Latbam, Ind. suppl., sp. 22; Le Vaill., 4fr., pl. 9 (figure exacte du mâle adulte); et deuxième Voyage au Cap, pl, 18 ; Daudin, Ornithologie, t. HW, p. 10 ; Annal. du Mus,, t.H, pl.20, Vieiil., Dict,, t XXXV, p.255,

Il,

été considérable... Ses plumes, dont le ton général est d’un brun clair, ont sur la poitrine, le ventre et les côtés un caractère particulier ; inégalement longues entre elles et pointues, elles sont contournées en lames de sabre et se hérissent en se séparant les unes des autres. Ces plumes ainsi désunies laisse= roient apercevoir la peau, surtout le sternum, si elle n’étoit entièrement couverte d’un magnitique duvet blanc très touffu que l’on voit aisément à travers ce plumage hérissé. Ce vautour a des cils autour des yeux, et il porte sur la gorge des poils roides et noirs; toute la tête et une partie du cou sont dénuées de plumes. Cette peau nue, d’une couleur rougeûtre, est nuancée, en certains endroits, par du bleu, du violet et du blanc. L’oreille, dans son contour extérieur, est circonscrile par une peau. relevée qui forme une espèce de conque arrondie, qui nécessairement doit augmenter dans cette espèce la faculté de l’ouïe. Cette sorte de conque se prolonge de quelques pouces en descendant le long du cou. C’est ce caractère, particulier à cette espèce, qui me la fait désigner par le nom d’oricou. »

Telle est la première description qu’on ait eue de l’oricou. Depuis, Le Vaillant, dans son Histoire des oiseaux d'Afrique, compléta ces renseignements. IL en résulle que ce vautour a la tête et la moitié du cou nues, colorées en incarnat, munies de quelques poils courts et rares, avec le conduit des oreilles bordé en devant d’une caroncule membraneuse, longue de quatre lignes et prolongée sur le cou. La gorge est noire et couverte de crins ou poils roides ; un duvet soyeux enveloppe le jabot ; l'iris est brun, le bec de couleur de corne, à cire jaunâtre. Les plumes sont en général d’un brun sombre, bordées d’une teinte plus claire ; celles de la nuque sont frisées, contournées , et forment une fraise. Les plumes du ventre, de la poitrine et du croupion sont longues, étroites, recourbées, dolabriformes, et recouvrent un épais duvet fauve et blanc. La queue est étagée, souvent usée à son extrémité; les tarses sont bruns et robustes ; les ongles larges, recourbés, de couleur de corne.

Le jeune âge est remarquable par l’épais duvet blanchâtre qui revêt l’oiseau. Au sortir du nid, ses plumes sont d’un brun clair, bordées de roussâtre , et celles de dessous le corps ne sont pas encore développées.

L’oricou habite les rochers escarpés du pays des grands Namaquois dans l’Afrique australe. El vit en troupes nombreuses. Les colons hollandois du Cap le nomment oiseau de charogne noir, et les Namaquois ghaip. Ce vautour niche dans les crevasses des rochers, et y pond deux ou trois œufs blancs que la femelle couve, tandis que le mâle fait le guet à l'ouverture du trou. C’est au mois de janvier que les petits éclosent.

Quelques auteurs ont placé l’oricou à côté des sarcoramphes où vautours dont la base du bec est garnie de caroneules charnues, parce que la région auriculaire est munie d’une portion membraneuse ; mais ce rapprochement est erroné, car il n’y a rien de commun entre les formes et la nature des caroncules de la base du bec avec cette sorte de pendeloque auriculaire.

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