LE VAUTOUR ÉGYPTIEN
Vultur ægyptius (1).
Cet oiseau, dont M. Savigny a fait le genre ægyptius, a le plumage fauve; le duvet du cou et de la tête est gris, les rectrices sont terminées par une pointe nue à la tige, les plumes du ventre sont très lâches.
Cette espèce habite tout le nord de l'Afrique.
M. Temminck a figuré sous le nom de vautour impér al ou chincou, pl. col. 426, un rapace de l'Inde, de l’Asie et du nord de l'Afrique, qui nous est trop imparfaitement connu pour que nous cherchions à le décrire.
LE=VAUTOUR CATHARTOIDE.
Vultur angolensis (1).
Voici les caractères de cette espèce au moins très douteuse : les orbites sont nues, larges, et de couleur de chair ; l'iris jaunâtre, le bec allongé blanchätre, crochu seulement au bout, et muni à sa base en dessous d’une cire bleuâtre ; plumage blanc, pennes des ailes noires, ainsi que celles de la queue; poitrine gonflée, sacciforme ; pieds écailleux et blanchâtres. Cette espèce a été découverte à Angola par Pennant.
Tout porte à croire que c’est un percnoptère en plumage parfait.
Plusieurs auteurs ont encore décrit, sous le nom de vautour, vultur, des espèces d’oiseaux de proie qui appartiennent à des divisions systématiques différentes. Ainsi le vultur ambustus de Latham, que Gimnelin nomme avec raison falco ambustus, est un
(‘) Genre ægyptius (vautour noir), Sav., Egypt. >; Temm., pl. 407 (adulte ;.
() Lath., sp. 17, Index: falco angolensis, Gm., sp. 37: angola vulture, Pennant, Tour in Wales, pl. 19 : gypactos angolensis. Daudin, t, I, pl. 27.
caracara très commun aux îles Malouines. Quant au vultur plancus de la Terre-de-Feu, nous pensons que c’est un caracara et le falco Novæ-Zelandiæ. I en est de même du vultur cheriway, qui est le falco brasiliensis, bien que Sonnerat lait supposé exister dans l'Inde. Le vultur serpentarius de Latham est le type du genre Messager, et le vultur audax ou boromorang de la Nouvelle-Hollande est une espèce d’aigle. Le vautour armé de Buffon , annoté si malheureusement par Sonnini, n’est indiqué que très vaguement par Brown, voyageur anglois. Il en est de même du vultur leucocephalos de Schwenkfeld, qu’on ne sait à quoi rapporter. Quant au vultur albicilla de la Faune du Groenland de Fabricius, c’est le pygargue, falco leucogaster.
Tous les vrais vautours sont de l'Ancien Monde, de l’Europe, de l'Afrique et de l’Asie; Buffon n’a connu que l’arrian ou vautour noir, et le griffon (1), tandis qu’on admet aujourd’hui : l’oricou d’Afrique (V. auricularis ?) et ægipius), le vautour royal (5), le chincou(t), le chasse-fiente (5), le vautour à calotte (6), le cathartoïde (7) et le cHAuGoux, sur lequel planent des doutes nombreux, et que nous décrirons avec détail d’après des individus bien conservés, quoique jeunes.
Ce vautour, dont l’âge moyen a été figuré par Levaillant, pl. 41 de ses oiseaux d’Afrique, et dont l'adulte est représenté dans les planches coloriées de M. Temminck, pl. 26, est le vultur indicus de Latham , que Forster mentionna le premier sous le nom de vullur indus.
Le chaugoun (5) a souvent été confondu avec le grand vautour des Indes de Sonnerat ( V. aux Indes, t. IV, pl. 95, qui seroit le vultur galericulatus des planches coloriées n° 15), ou le vultur occipitalis de Cretzmar, dans l’atlas de Ruppell (pl. 22); le vautour de Kolbe de Daudin, si l’on s’en rapporte à M. Temminck. Mais la figure de Sonnerat est trop mauvaise pour qu’on puisse affirmer cette identité : pour nous cette figure est celle du chaugoun.
Le bec du chaugoun est très robuste, convexe à partir d’un renflement frontal assez saillant, et terminé en pointe crochue et très recourbée. Les bords de la mandibule supérieure sont minces, aiguisés et rebordés vers leur partie moyenne. La mandibule inférieure est convexe en dessous, canaliculée, et à bords très coupants. La commissure est membra-
1) Vultur fulvus.
(2) Daudin, Levaill., Af. pl. 9.
(@) V. pondicerianus, Temm., pl. 2.
(4) V.monachus.
(5) V. xolbü,
(6) V. occipitalis, Ruppell; chincou, Temm., pl.15, Des bords du Zaïre; Proceed., t. 1, 13, 69 et 169.
(7) V. angolensis, Lath.
(8) Lesson, voy, de Bélanger, p. 211.
DES OISEAUX. 85
neuse, ainsi que l'intervalle qui existe entre les deux branches. Les narines sont percées en scissure verticale et étroite dans la partie étranglée du bec; la teinte du rostre entier est noirâtre.
Les paupières sont nues, peu fendues et entourées sur leurs cartilages tarses de plumes simples, rigides, imitant des cils ; l’orifice extérieur du méat auditif est arrondi, entièrement nu.
Les tarses du chaugoun sont très gros, très robustes, très puissants. Les tendons qui en occupent la partie interne sont enveloppés de gaines assez larges, et l'épiderme , bien que dense, n’adhère point intimement aux tissus sous-jacents; les plumes des jambes s'étendent jusqu'aux genoux, les écailles de l’épiderme ne sont point lamelleuses ou rangées par squamelles, mais elles sont disposées en aréoles séparées, petites et ovalaires sur la surface de l’épiderme ; le tarse, du talon à la naissance du pouce, a près de quatre pouces; le doigt du milieu est long à lui seul, l’ongle compris. de plus de quatre pouces et demi ; les doigts interne et externe sont au contraire à peu près d’égale longueur, et l’interne est libre à sa base, tandis que l’externe est largement soudé au médian par un fort repli membraneux. La plante des pieds du vautour qui nous occupe est très charnue, très rugueuse, et renflée au milieu de chaque phalange ; le dessus des doigts est protégé par des squamelles qui sont au nombre de sept sur le doigt externe, de onze sur le médian, et de cinq sur le doigt interne; le pouce n’en offre que quatre. Les ongles sont épais, très forts, très crochus, parfaitement lisses et convexes en dessus, et creusés en gouttières en dessous ; ils sont bruns, couleur également propre aux écailles des pieds, dont l’épiderme est grisâtre.
Les ailes de ce vautour sont presque aussi longues que la queue; elles sont très amples et très puissantes, et d’une force proportionnée à celle de l’oiseau. Les rémiges surtout sont d’une rare solidité ; leur tige, forte et vernissée, n’est garnie sur le bord externe que de barbes serrées, mais très courtes, tandis que celles du côté opposé sont cinq fois plus longues. L’extrémité des rémiges est pointue. La première, bien que longue, est plus courte que les 2°, 5°, 4°et 5°, qui sont les plus longues. Les rémiges secondaires sont larges, nombreuses, roides et arrondies à l’extrémité ; les couvertures surtout sont d’une ampleur remarquable : elles ont chacune jusqu’à trois pouces de largeur. La queue est ample, longue de sept pouces ; les rectrices sont très rigides, un peu usées à leur sommet, ce qui est dû sans doute aux habitudes de ce vautour, de se poser fréquemment sur le sol; leur rachis est roide, noir et lustré en dessus, creusé en gouttière en dessous. Nous n’en avons compté que dix, bien qu’il soit certain qu'il devoit en avoir douze.
Le plumage de ce vautour est sec, cassant ; Ja tête et le cou sont garnis d’un duvet rare, court et grêle sur la peau noirâtre et nue qui enveloppe ces
| parties. Sous la gorge et sur les joues on n’aperçoit
que quelques poils légers, roussâtres, assez rézulièrement implantés ; sous le cou ces poils se décomposent en légères barbules soyeuses d’un blanc satiné, qui s’épaississent sur le devant et au bas du cou; un duvet floconneux, serré , mais court, occupe locciput et règne sur le cou en dessus.
A la partie inférieure du cou, entre les deux épaules, des plumes allongées, serrées en toufle épaisse, forment un demi collier, beaucoup moins fourni cependant que chez plusieurs autres vautours ; ces plumes, un peu recourbées, ne sont ni arrondies ni distinctement lancéolées , elles sont étroites et à barbes lâches. Leur couleur est un blanc sale ou légèrement roussâtre.
Une couche de très petites plumes, pressées, comme agglutinées, tapisse toute la surface extérieure du jabot: elles sont d’un brun fauve; les plumes du thorax, du ventre, des flancs et des couvertures inférieures sont longues, à barbules allongées et lâches , d’un roux brunâtre clair, que rend plus remarquable une flammèche blanchâtre allongée qui en occupe la partie moyenne.
La couleur dominante des plumes du corps et des ailes est un brun roux mélangé de roux clair, et parfois de brun décidé; toute la partie supérieure du dos tire sur le noirâtre ou brunâtre, tandis que sur les ailes c’est le roux blond qui domine ; quant aux rémiges et aux rectrices, elles sont d’un noir franc ; un épais duvet blanc et cotonneux garnit le corps.
L’individu que nous décrivons avoit trois pieds moins deux pouces de longueur totale ; le bec seul, à partir du front, avoit vingt lignes.
Levaillant ( Af.,t. 1, p. 52) est le premier auteur qui ait appliqué comme diagnose au chaugoun le nom qu’il a reçu des habitants du Bengale, et dont on ignore l’étymologie. C’est en effet de cette partie de l’Inde que provient ce vautour, nulle part plus commun qu'aux environs de Pondichéry et de Calcutta. Ses mœurs et ses habitudes sont analogues à celles des autres espèces ; mais son bec et ses membres robustes portent à croire qu’il ne vit point exclusivement de charognes ou de bêtes mortes, ainsi que le font les percnoptères et les cathartes du nouveau continent.
og
LES SARCORAMPTES.
M. Duméril les à distingués en 4806; ils ont
| pour principal caractère d’avoir des crêtes ou caron-
86 HISTOIRE NATURELLE
cules charnues sur la tête ou la base du bec; mais, comme on l’a vu, nous ne distinguons point l’oricou des vrais vautours, et le genre sarcoramphus ne comprend, d’après notre manière de voir, que deux espèces d'oiseaux, qui sont le condor et le roi des vautours de Cayenne des planches enluminées. En 4814, Illiger, dans son Prodromus avium , sépara les cathartes, cathartes, des vautours, et rangea sous ee nom les vultur papa et aura; mais les vultur aura et atratus resteront comme types des cathartes, dont les sarcoramphes seront isolés. Enfin M. Vieillot proposa en 1816, dans son Analyse d'Ornithologie élémentaire, le genre zopilote, gypagus, pour les sarcoramphes, et réserva le nom de gallinaze, catharista, pour recevoir les vrais cathartes. Or le nom de sar-oramplhus, bien antérieur à celui de gypagus, doit avoir la priorité.
Les sarcoramphes ont pour caractères généraux, un bec droit, robuste, à mandibule supérieure dilatée sur les bords et crochue vers le bout, linférieure plus courte, droite, obtuse et arrondie; les narines oblorgues, ouvertes, situées vers l’origine de la cire; celle-ci est garnie autour du bec ou à sa base de caroncules charnues très épaisses et diversement découpées, surmontant le front et la tête. La langue est cartilagineuse et membraneuse, et dentelée sur ses bords; les doigts sont forts et épais, à ongles presque obtus ; la tête et le cou nus où garnis seulement de quelques poils très rares ; les ailes sont longues, et les deuxième, troisième et quatrième rémiges les plus longues de toutes. Mais ce qui distingue surtout les sarcoramphes c’est d’avoir le pouce plus court que les autres doigis, ainsi que l'ongle qui est presque tronqué.
Les sarcoramphes appartiennent exclusivement au Nouveau-Monde, et, de deux espèces qui composent le genre, l’une vit sur les sommets de la chaîne des Andes jusque par delà les limites du Chili, tandis que l’autre ne quitte point les régions équatoriales.
M. Vieillot a nommé zopilote ce genre, parceque, suivant Hernandez, le nom de {zopilotl signifie au Mexique roi des vautours.
a LE CONDOR, OU GRAND VAUTOUR DES ANDES.
Sarcoramphus condor : vultur gryphus. L.(1).
Long-temps relégué parmi les oiseaux fabuleux, le condor avoit été doté de la taille et de la force les
(5 Lath., sp. 1; de Humboldt, Mélanges de Zoologie, pl. 8 : Temm., pl. 133 et 408 : gypagus griffus, Vieill ; Buff.; Molina, p. 247; Frézier, 1t., p. 111 ; La Condamine, 1t., 175 ; Feuillée, /t.; Daudip, t, HE, p. 8.
plus considérables, et, semblable au roc des Mille el'une Nuits, il pouvoit saisir dans ses serres les plus gigantesques quadrupèdes, et les itransporter sans cfort jusque sur les sommets les plus escarpés du Chimborazo et du Pichincha. Son histoire, dans Buffon, est remplie d'erreurs ; il semble que ce célèbre naturaliste ait laissé sommeiller son génie en la traçant. [1 le confond avec les grands oiseaux du globe, quelle que soit la contrée où on les trouve ; il éprouve le besoin de le rencontrer dans tout oiseau sur lequel planent des idées superstitieuses ou des données populaires, et la læœmmer-geyer des Alpes n’est, suivant lui, que le condor. Mais il n’en est plus de même aujourd’hui ; le condor n’a point été seulement étudié dans sa patrie; la France le possède en ce moment en vie, et le dessin que l’on trouve dans l’atlas de ce supplément a été fait par M. Vauthier, d’après le bel individu apporté du Chili par un officier de marine, et qu’on voit dans la ménagerie du Muséum. M. Huet, peintre d’histoire naturelle si habile, en a fait plusieurs dessins d’une rare beauté, et l’un d’eux surtout représente avec le plus grand soin la tête et les caroncules. «Il en est du condor, dit M. de Humboldt, comme des Patagons, et de tant d’autres objets d’histoire naturelle descriptive: plus on les a examinés et plus ils se sont rapetissés. »
M. de Humboldt dit que le nom de condor est corrompu du mot de cuntur de la langue quichua que parloient les anciens Péruviens. Au Chili on le nomme manque, suivant le jésuite Molina.
Le condor adulte à une très grande taille, cependant son corps est moins gros que celui de l’autruche. On lui a donné jusqu’à dix-huit pieds d’envergure; mais les véritables proportions citées par des observateurs dignes de foi varient de onze pieds quatre pouces (père Feuillée), douze pieds deux pouces (Strong), et treize pieds. Sa tête est surmontée d’une crête charnue, de nature cartilagineuse , très résistante, qui occupe sa parlie moyenne depuis la racine du bec jusqu’au commencement de l’occiput. Cette crête, épaisse et dense à sa base, s’aminéit en biseau au sommet et manque à la femelle, et se trouve libre en avant, où elle laisse un petit espace arrondi au milieu duquel s’ouvrent les narines. Une autre membrane épaisse, lâche, couverte de rides, naît du demi-bec inférieur, et descend sur la partie antérieure du cou jusqu’au haut de la poitrine. Ces deux sortes de caroncules sont de couleur violâtre et très remplies de sang. Le cou, les joues et le dérrière de la tête sont revêtus d’une peau nue, c’est: à-dire qui n’est couverte que de toufles de poils courts, d’un rouge rosé, très chargée de rides et de fronçures, que forment d'épais bourrelets longitudinaux et entrelacés sur les côtés. L’oreille a une large ouverture extérieure fermée par un repli de
DES OISEAUX. 87
la membrane temporale; l'œil est oblong, cilié, à iris gris ; un collier très fourni entoure la partie intérieure du cou. Ce collier est composé d’un épais duvet, de nature soieuse, et d’un blanc de neige qui tranche avec le reste du plumage du corps qui est d’un noir bleu profond. Seulement les moyennes rémiges et les grandes couvertures des ailes sont d’un gris perlé fort agréable ; tout le reste est noir. Les ailes sont presque aussi longues que la queue ; celle-ci est courte et rectiligne ; les tarses sont robustes, très forts, réticulés. Les quatre à cinq premières rémiges sont noires, très robustes ; les moyennes ne sont, dans les premières années, bordées que d’un peu de blane, et brunes dans le reste de leur étendue, ce qui fait paroître l'aile mi-partie brune et blanche. Les ongles sont très longs, assez recourbés et noirâtres ; les doigts paroissent être réunis entre eux par un rebord de la peau, qui est trés dilaté et ressemble à une membrane. La femelle du condor est, dit-on, plus grande que le mâle; sa tête seroit privée de la crête charnue, et les rides de la peau nue du cou seroient moins prononcées. Enfin les moyennes rémiges, au lieu d’être blanches ou d’un gris clair dans le milieu, seroient d’un brun sale ; le bec est noir à sa base et jaune dans le reste de son étendue.
Les dimensions que M. de Humboldt donne de plusieurs individus mesurés par lui sont : longueur totale, jusqu’à trois pieds; bec, un pouce dix lignes; envergure, huit pieds un à neuf pouces ; queue, un pied un pouce ; tarse, dix pouces ; ongles, près d’un pouce ; épaisseur de la tête, trois pouces.
Les jeunes sont abondamment recouverts d’un duvet long et floconneux, très fin, blanchâtre, qui grossit singulièrement le corps. À deux ans leur plumage est brun, et ce sont alors les condor pardo des habitants de Lima. Dans l’âge parfait le plumage est noir, et c’est alors le condor negro. Les femelles ne prennent aussi leur collier blanc que dans l’âge adulte.
Puissant par le vol, puissant par sa force musculaire et par son courage, le condor s’élève à des distances inouïes dans l’espace des airs, et n’aime à vivre que sur les pitons escarpés des montagnes sourcilleuses de la chaine des Andes. De là son œil perçant domine les plateaux secondaires des Cordilières, et scrute l'étendue des pampas qui sont à leurs pieds. On a dit qu’il étoit assez puissant pour enlever des moutons , des lamas, des vigognes, et que, réunis au nombre de plusieurs, ils pouvoient tuer facilement des bœufs et même des enfants de dix à douze ans; mais il est plus probable que le condor n’est poussé à cette extrémité que par la faim, et que sa proie la plus ordinaire consiste en quadrupèdes de la famille des rongeurs.
les endroits les plus solitaires, souvent sur la crête des rochers unis qui avoisinent la limite inférieure des neiges perpétuelles. Cette situation extraordinaire et la grande crête du mäie font paroître l’oiseau beaucoup plus grand qu’il ne l’est effectivement; et pendant long-iemps M. de Humboldt avoue s'être trompé, car il eroyoit le condor d’une taille gigantesque , et ce n’a élé que par une mesure directe de l’oiseau mort qu’il a pu se désabuser sur cette illusion de la vision. Ce vautour vit donc uniquement sur la chaîne des Andes à seize ou dix-sept cent toises de hauteur. Les condors se réunissent trois ou quatre ensemble sur là pointe des rochers jusqu’à deux mille quatre cent cinquante toises audessus du niveau de la mer; aussi les indigènes ont-il fréquemment consacré à ces hauts sommets les noms de cuntur kalua, de cuntur palti, de cuntur huaxuna, qui dans la langue péruvienne signifie vedelte, aire ou juchoir des condors.
En général le vultur dryphus ne se tient que tris rarement dans les plaines. Il n’y va que pour y trouver une proie. On sait positivement qu’il recherche les charognes, comme les espèces des autres parties du monde. Quant à son vol, qu’on a dit être susceptible de faire trembler et d’assourdir un homme, ilest probable que, tout bruyant qu’il peut être, il faut beaucoup rabattre de l’intensité du bruit qu’il fait en battant l'air.
M. de Humboldt rapporte que le condor ne fait point de nid, qu'il se borne à déposer ses œufs sur la surface dénudée du rocher, sans même avoir le soin de les envelopper de quelques pailles ou des mousses de montagnes qui croissent sur la limite des neiges. La ponte est, dit-on, de deux œufs d’un blanc pur, et longs de trois à quatre pouces. La femelle paroitroil conserver ses petits près d'elle pendant une année.
Le condor, lorsqu’il descend dans la plaine, va rarement se percher sur les arbres des forêts. Il choisit toujours les surfaces unies, où il s’accroupit à la manière de certains gallinacés. Lorsqu'il est rassasié , il reste perché sur la cime des rochers, immobile et dans une attitude phlegmatique. Dans celte position, dit M. Humboldt, il a un air de gra= vilé sombre et sinistre.
Les créoles de Quito et de Popayan s’adonnent à la chasse des condors, qu’ils nomment correr huitres. Cette chasse a pour eux les plus grands char mes, et ils s’y livrent avec ardeur. Pour prendre ce vautour vivant au lac, on tue une vache ou un cheval dont le cadavre est déposé dans un lieu choisi pour cela; ces oiseaux sont bientôt alléchés par l’odeur qui s’en exhale, et se jettent dessus avec une voracité étonnante. Les condors commencent toujours à dépecer un animal par les yeux et la langue,
Suivant M. de Humboldt, le condor niche dans | puis par le pourtour de ja région anale afin de par:
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venir plus facilement à manger les intestins. Lorsqu'ils sont bien repus, ils peuvent à peine s’envoler ; c'est alors qu’on les poursuit en leur jetant des lacs à la manière des Gaouches ; d’autres fois on se sert d'herbes vénéneuses qui les privent de leurs facultés et qu’on renferme dans le corps d’un animal. Frézier, dans son Voyage à la mer du Sud, publié en 1732, parle ainsi du condor, p. 411 : « Nous tuâmes un jour un oiseau de proie appelé condor, qui avoit neuf pieds de vol et une crête brune qui n’est point déchiquetée comme celle du coq. Il à le devant du gosier rouge sans plumes comme le coq d'Inde; il est ordinairement gros et fort à pouvoir émporter un agneau. Pour les enlever du troupeau, ils se mettent en rond et marchent à eux les ailes ouvertes, afin qu’étant rassemblés et trop pressés ils ne puissent se défendre; alors ils les choisissent et les enlèvent. Garcilasso dit qu’il s’en est trouvé au Pérou, et que certaines nations d’Indiens les adoroient. »
* Quant aux renseignements fournis par Garcilasso, Démarchais, le père Feuillée et Molina, ils sont trop superliciels et trop en arrière des connoissances actuelles pour que nous pensions devoir les rapporter.
à. | LE SARCORAMPHE PAPA (1).
Sarcoramphus papa. Du. (?).
Le papa est sans contredit de tous les vautours celui dont le plumage est le plus vivement coloré.
{r) M. Mackleey, vice-consui à Maracaïbo, a adressé à la Société zoologique de Londres une lettrerelative aux mœurs du sarcoramphe papa, destiné à la ménagerie de Londres, et mort pendant la traversée. Ces oiseaux , ditil, se rassemblent au nombre de plus de trois cents, et obéissent, en quelque sorte, à l’un d'entre eux qui diffère des autres par son plumage, et auquel) les habitants de Maracaïbo donnent le nom de roi des vautours. Ces vautours s'élèvent dans l'air à une hauteur si considérable qu’on les perd de vue, et malgré une si grande élévation ils découvrent aisément leur proie sur la terre. Ils habitent dans les savanes dont la température est chaude et sèche, et leurs excursions ne s'étendent point au-delà de cinq à six lieues de l'endroit où ils font leur résidence habituelle ; ils déposent leurs œufs et les couvent dans les petites cavités des montagnes. On les voit quelquefois se rassembler en grand nombre dans des endroits peu éloignés des villes, des villages ou des routes fréquentées; mais le roi ne daigne jamais, dans ces lieux, se rendre au milieu de ses sujets.
(Extrait de la Revue Britannique, 4e série, 2e année, no 20. Août 1837, page 369.)
(2) Vultur papa, L. Gm., sp. 3; Lathram, sp. 7 : gypagus papa, Vicill.: vultur elegans, Gerini : urubu, ou roi des vautours, Buff., ent, 498 : rex vulturum, Bris-
Sa tête surmontée d’une sorte de diadème lui a valu dans les idiomes de la plupart des peuples de l’Amérique méridionale le nom de ro? des vautours, et il paroît même que le mot cozcaquantitli, dans la langue des Mexicains , signifioit roi des auras, et que celui d’iriburubicha, usité chez les Guaranis du Paraguay, signifie aussi chef ou roi des tribus. Ces auras ou vautours couroumous de la Guiane, ainsi que les ouroubous, nom qu’on écrit urubu, passent dans l'opinion des Américains indigènes ou des créoles pour obéir aux vautours papas : on dit que chaque troupe d’ouroubous ou d’auras est dirigée par un vautour d’espèce différente que pour cela on a nommé le roi. Or ce vautour roi, sarcoramphus papa, différent de son espèce, ne se réunit avec les autres vautours de l'Amérique chaude que pressé par les mêmes besoins et attiré par la même pâture. Les vautours vivent en républiques que les charognes maintiennent en paix, mais qui ne se plient que sous un seul joug, celui des appétits alimentaires et reproducteurs. Le gris glacé de son plumage lui a mérité des Espagnols du Paraguai le nom de corbeau blanc.
Le sarcoramphe roi des vautours, dont il existe en ce moment {année 1828) deux individus vivants dans la ménagerie du Muséum, est approchant de la grosseur d’une petite dinde. Toutes les parties supérieures du corps sont d’un roux très clair teinté de carné et d’un luisant agréable et comme glacé; toutes les parties inférieures du corps sont d’un blanc pur, quelquefois teinté de roux; la poitrine est d’un blanc neigeux ; toutes les rémiges sont d’un noir foncé. Le collier de plumes qui entoure le bas du cou, et qui est peu prononcé, est d’une teinte bleue ardoisée qui tranche vivement avec les parties rouges du cou et le blanc carné du dessus du corps. Le bec est droit à sa naissance, recourbé à son extrémité, d’abord noir, puis rouge; un cercle d’un rouge vif entoure l’œil, dont l'iris est blanc. Sur le front et à la base du bec s'élève une crête orangée, charnue, adhérente par sa racine à la cire, divisée comme en deux lobes hérissés de caroncules dentelées, formée d’une substance molle et sans consistance, érectile. Les fosses nasales sont très grandes, de forme ovalaire, et percées dans une partie très élevée de la cire. La tête et le cou sont plus ou moins nus et teints des couleurs les plus vives et les plus remarquables. La peau de la tête est violâtre ; elle est couverte sur l’occiput de poils ardoisés roides et courts ; de derrière l’œil partent de grosses rides qui se joignent derrière la tête à des bandelettes charnues, nombreuses, saillantes, et de l’orangé le plus vif; d’autres plis nombreux se rendent
.son: king of the vultures, Edw., pl. 2 : coscaquanktli,
Hernandez,
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sous la gorge, où ils forment une sorte de collier élastique : dans les sillons de ces plis paroissent quelques petits poils courts; et toutes ces parties nues, diversement colorées, ont un éclat fort vif; c’est ainsi que les fronçures du collier sont, suivant les endroits, peintes en rouge de feu, en jaune doré ou en gris tendre; les joues sont rouges et plaquées de noir violâtre; le cou est sur les parties latérales d’un rouge de cinabre et d’un jaune d’or en avant; les tarses sont assez forts, bleuâtres ct réticulés. Il paroït que les vieux individus ont le plumage blanc.
Les différences que le papa présente à l’âge detrois ans ne consistent que dans quelques couvertures supérieures des ailes qui sont noires au milieu des blanches. A deux ans, il a la tête entière et ia partie nue du côté d’un noir tirant sur le violet, avec un peu de jaune sur le cou; toutes les parties supérieures noirâtres ; les inférieures pareilles, avec des taches longues et blanches; la crête noire, ne tombant d'aucun côté, et n'ayant son extrémité partagée qu’en trois protubérances fort petites. Dans la première année il est partout d’un bleuûtre foncé, à l'exception du ventre et des côtés du croupion qui sont blancs: en soulevant les plumes sous le corps, on en voit aussi de blanches; le tarse est verdûtre; la mandibule supérieure du bec d’un noir rougeàtre; l’inférieure d’un orangé mêlé de noirâtre avec des taches longues et noires; la partie nue de la tête et du cou noire, et l'iris noirâtre, de même que la crête, laquelle ne consiste à cet âge qu’en une excroissance charnue et solide.
Le sarcoramphe papa habite une grande partie de l'Amérique méridionale, entre les deux tropiques, dont il dépasse un peu les limites, soit au noïd, soit au sud. On le trouve communément à la Guyane, au Brésil, au Paraguay , et aussi au Mexique et au Pérou. Il se nourrit de reptiles, d’immondices et de charognes. Il est assez rare dans les environs des établissements, et se tient dans l’intérieur des terres où il mange en été des poissons morts que les lacs desséchés par les rayons du soleil laissent à découvert. Sa chair exhale une odeur tellement fétide que les sauvages n’ont jamais été tentés d’en manger. Il paroît que son vol est assez puissant pour qu’Hernandez ait dit que le papa résistoit aisément au plus grand vent; mais quant à la prétendue autorité qu’il exerce, dit-on, sur les autres vautours du genre catharte, si elle existe, elle n’est que le résultat du pouvoir de la force et nullement un sentiment de supériorité.
Il paroit que ce n’est pas seulement comme variété du sarcoramphe papa, mais bien comme une espèce distincte, qu’il faut distinguer l'oiseau décrit par Bartram sous le nom de white tailed vultur, ou de vautour à queue blanche, espèce que M, Vicil-
il, -
lot a décrite sous ce dernier nom dans son Histoire des oiseaux de l'Amérique septentrionale. Bartranr nommoit encore ce rapace vullur sacra et vautour peint. (Voyage dans le sud de l'Amérique septentrionale, t. 1, p. 265.)
Les principaux documents que nous possédons sur cette espèce, étant rapportés par M. Vieillot à l’article Zopilote du nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle, seront textuellement extraits de cet ouvrage. « Latham ne me paroît pas, dit M. Vieillot, très fondé à rapprocüer du papa le vautour dont parle William Bartram. En effet, il en diffère essentiellement par sa queue, qui est blanche, couleur qui n'existe pas sur celle du roi des vautours, à quelque âge qu’il ait. Ce vautour a le bec long et droit presque jusqu’à l'extrémité, où il se courbe brusquement et devient fort pointu. La tête et le cou sont nus presque jusqu’à l'estomac, où les plumes commencent à couvrir la peau ; elles s’allongent peu à peu, formant une bouffette dans laquelle l’oiseau, en contractant son cou, le cache jusqu’à la tête; la peau nue du cou est tachée, ridée, et d'un jaune vif mêlé d’un rouge de corail. La partie postérieure est presque couverte de poils épais et courts, et la peau de cette partie est d’un pourpre foncé qui s'éclaireit et devient rouge en approchant du jaune des côtés et du devant; la couronne est rouge; quelques appendices d’un rouge orangé sont sur la base de la mandibule supérieure; son plumage est ordinairement blane, à l'exception du fouet de l’aile et de deux ou trois rangs de petites plumes qui le recouvrent et qui sont d’un beau brun foncé. La queue est grande, blanche, et mouchetée de brun ou de noir ; les jambes et les pieds sont d’un blanc grisâtre ; l’œil est entouré d’un iris couleur d’or, la prunelle est noire.
» Les Muscogulgues font leur étendard royal avee les plumes de cet oiseau, auquel ils donnent un nom qui signifie queue d'aigle ; ils portent cet étendard quand ils vont à la guerre, mais alors ils peignent une bande rouge entre les taches brunes. Dans les négociations et autres occasions pacifiques , ils le portent neuf, propre et blanc. On ne voit guère de ces oiseaux dans les Florides que lorsque les herbes des plaines ont été brûlées , ce qui arrive fort souvent, tantôt en un lieu, tantôt en un autre, soit par le tonnerre, soit par le fait des Indiens qui y mettent le feu pour faire lever le gibier. On voit alors ces vautours arriver de fort loin, se rassembler de tous côtés, s'approcher par degrés des plaines en feu, et descendre sur la terre encore couverte de cendres chaudes. Ils ramassent les serpents grillés, les grenouilles, les lézards, et en remplissent leur jabot. Il est aisé alors de les tuer, car ils sont si occupés de leur repas qu’ils bravent tout danger et ne s’épouvantent de rien, »
Peut-être cet oiseau n'est-il qu'une variété accidentelle du papa de la Guyane et du Brésil?
« Cet oiseau (1), qu'on a vu souvent dans les ménageries d'Europe, est assez connu pour que nous puissions nous dispenser d'en reproduire la desceription. Comme le dit judicieusement Azara (?), les jeunes naissent vêtus d’un duvet blanchâtre; bieniÔôt recouvert de plumes noirâtres, dont se pare, pendant une année, cet oiseau, non encore pourvu des belles couleurs qui doivent, plus tard, orner son cou; cette partie est noirâtre, ainsi que la crête, alors seulement rudimentaire, assez petite, libre et tachetée. La seconde année, le cou devient jaunûtre, et le noir commence à se teinter en violet; la crête demeure toujours noire et peu développée : tout le corps conserve encore la couleur noirâtre. A trois ans, l'oiseau présente encore quelques tectrices noires, qui disparoissent entièrement, la quatrième année, pour faire place au blanc rougeâtre dont cetie partie se couvre dans l’adulte.
» L'odeur que répand le sarcoramphe papa est bien moins forte que celle qu’exhalent le condor, et surtout le catharte; il est vrai qu’il est aussi moins sale dans ses goûts.
» Il paroît répandu dans les parties chaudes des deux continents américains, commun au Mexique, en Colombie, à la Guyane, dans tout le Brésil, à l'est du Pérou et de Bolivia. Vers le sud, il pousse ses dernières migrations jusqu'au vingt-huitième degré, au Paraguay et à Corrientes, où, cependant, il devient rare; car il ne semble pas s’éloigner volontiers des tropiques. On ne le rencontre jamais, non plus, sur les hautes montagnes; à peine au quinzième degré sud atteint-il la hauteur de cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer, et il ne se trouve que rarement sur quelques points voisins des plaines, sans jamais s’étendre jusqu'aux régions tempérées, d'où nous coneluons que, circonscrit, pour l'Amérique méridionale, aux pays situés à l'est des Andes ou de leurs contre-forts, nous croyons pouvoir garantir qu'on ne le voit jamais à l’ouest des Andes, vivant ainsi dans les lieux où le condor ne paroît pas ; remarque de statistique ornithologique qui pourra n'être pas sans utilité pour la science.
» Le genre de vie du sarcoramphe dont nous nous occupons est tout-à-fait différent de celui du condor. Celui-ci, par exemple, aime les lieux découverts et dégarnis d'arbres, le sarcoramphe papa, au contraire, ne vit que sur les montagnes ou collines basses, couvertes de bois, où plus particulièrement dans les plaines boisées, préférant à toutes autres localités les terrains coupés de bois ct de marais.
(") Alcide d’Orbigny, Ornithol, amer.
(2) Azara, tom. JIE, pag. 19.
Bien loin de montrer cette familiarité caractéristique des cathartes, il se cache toujours, ne paroît qu'à Ja dérobée, et fuit à l'approche de l’homme. Nous l’avons rencontré presque toujours par couples, mais si rarement, qu’on peut dire, avec raison, que son espèce est la plus rare de toutes. A peine, en effet, dans les pays qu'il fréquente le plus, en pourroit-on comparer le nombre à la moitié de celui des condors , au quinzième de celui des auras, et au centième, au moins, de celui des urubus; aussi n'est-il pas étonnant qu’on en voie jamais plus de quatre à cinq ensemble ; encore faut-il que l’appât d’une proie commune les tente depuis quelques jours. Nous les croyons aussi moins voyageurs et plus casaniers que les autres espèces ; fait dont la campagne de San-Carlos, près de Santa-Cruz de la Sierra, nous a offert un exemple frappant. Depuis la fondation de Santa-Cruz, moins soigneux, peutêtre que les Indiens des Andes, placés, d’ailleurs, au milieu de bouquets de bois où la surveillance exacte des troupeaux devient impossible, les fermiers des environs de cette ville ont beaucoup de peine à élever leur bétail, et perdent, tous les ans, un grand nombre de veaux, malgré la guerre à mort qu'ils ne cessent de faire au roi des vautours, tandis que leurs confrères n’éprouvent jamais les mêmes pertes en des lieux à peine éloignés de dix ou douze lieues; et qu’en d’autres localités de la même province, non moins favorables à la vie de l'oiseau dévastateur, les habitants n’en ont jamais vu.
» Ce sarcoramphe aime la lisière des bois. Il passe ordinairement là nuit sur les branches basses des arbres, assez souvent en société ; et semble, en chaque endroit, adopter une place à laquelle il revient tous les soirs, à quelque distance que ses courses de la journée l’en aient porté. Il est plus matinal que le condor. Chaque matin, soit seul, soit avec sa compagne, dès que l'aurore éclaire l'horizon, il prend son essor comme l’urubu, et planant surtout à la lisière des bois, il parcourt les environs, en cherchant à s'assurer, par la vue ou par l’odorat, si des juguars ne lui ont pas laissé une proie facile et de la pâture pour la journée. Nous l’avons vu, vo- Jlant au-dessus d’un bois, s’abattre tout-à-coup sur un cadavre, qu’il ne voyoit assurément pas, S'il n’aperçoit rien, il plane encore d’un vol léger peu différent de celui du condor, sans jamais se laisser tomber sur sa proie, et sans tournoyer dans les airs, comme le condor et les cathartes ; et, après avoir ainsi parcouru la campagne , il va, de même que le condor, au sommet d’un pic, se percher sur le faîte d'un arbre mort, voisin des troupeaux, pour attendre que quelque vache ou quelque brebis mette bas; puis, descendant avec rapidité, il parvient souvent, malgré la mère, à saisir le petit par le cordon ombi-
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lical et le tue. Nous avons vu une pauvre vache nouvellementdélivrée, prendre son veau entre ses pattes, avec une sollicitude toute maternelle, et le défendre contre deux ou trôis sarcoramphes qui n’attendoient que le moment de s’en emparer. |
» Les urubus, si nombreux, sont, la plupart du temps, les premiers à se réunir autour du cadavre d’un animal dont ils se disputent entre eux la jouissance. Mais un sarcoramphe papa vient-il à s’abattre auprès, de suite les urubus se retirent à quelques pas, dans la crainte de recevoir de lui des coups de bec, plutôt que par respect, comme le croient les Américains; ce qui, ainsi que nous le verrons plus tard, lui a valu, dans plusieurs des langues indiennes, le nom de roi, de chef ou de capitaine des cathartes. Son bec est au moins aussi tranchant que celui du condor, ce qui fait qu'il déchire la peau des animaux avec la même facilité. Ses pieds ne Jui servent pas plus qu’au condor pour saisir sa proie. Nous ne croyons pas, en conséquence, et nous n’avons jamais entendu dire aux habitants qu’il attaque d’autres oiseaux, ni même des mammifères. Le vautour papa est, peut-être, de tous les vautours le moins familier et le plus difficile à tuer sans surprise, parce que, perchant au sommet des arbres, il apercoit facilement les chasseurs et s'envole au plus tôt.
» Nous n'avons jamais vu son nid, mais les Indiens nous ont assuré, comme ils l’ont fait à don Félix d’Azara, qu'il niche dans les bois, dans les trous des gros arbres morts, et que ses œufs sont blancs. Les naturels nous ont appris aussi que le couple donne des soins très assidus à ses petits, qu’on voit ensuite accompagner leurs parents pendant quelques mois, à l’expiration desquels ils les aban donnent ; et comme le plus souvent ces jeunes sont de sexe différent, ainsi que nous avons cru le remarquer pour tous les oiseaux qui ne pondent que deux œufs, ils se trouvent tout naturellement accouplés, le frère et la sœur finissant par former un ménage semblable à celui de leurs pères.
» Les habitants usent de tous les moyens pour les détruire. Souvent ils les tentent par une proie placée à la lisière d’un bois dans lequel ils se cachent, afin de les tuer à coups de fusil; mais la chasse la plus singulière est celle qu’on leur fait aux environs de Santa-Cruz de la Sierra. Comme ils ont l’habitude de revenir jucher, tous les soirs, sur le même arbre, les habitants cherchent à découvrir cet arbre; et la nuit ils montent tout doucement dessus, les mains garnies de gants épais, les saisissent endormis, et puis les tuent. C’est ainsi qu'on nous a dit avoir réussi à en diminuer un peu le nombre. Ils n’éprouvent point, après leurs repas, cette difficulté de voler qu’éprouve le condor à la suite des siens.
» Le nom de roi des vautours, que Buffon donnoit |
au sarcoramphe papa, lui vient, sans doute, de celui de roi des couroumous, qu’on lui donne à la Guyane françoise, pour le distinguer des cathartes, qu'on y désigne, nous a t-on dit, par ce nom même de couroumous. Cette désignation se retrouve chez les Guaranis, qui le nomment ériburubicha (1), roi ou chefdesiribus (cathartes). Ce nom est celui qu’on emploie au Paraguay; car les Guaranis de la section des Guarayÿos, qui habitent au seizième degré dans l'intérieur du haut Pérou, nomment notre sarcoramphe wrubuchi (?). Dans la langue des Saraveca de Chiquitos, on lenomme acaso-amooré (capitaine ds oiseaux ). Dans cette même province il a son nom dans chaque langue particulière. Les Chiquetos le nomment upamacaïtuch, que les Cuciguia corrompent en pumacaÿch; en guaranoca, on lappelle nanucutu (); en samucu, nanïceuto; en morotoca, nantogulo, trois noms qui ont évidemment la même racine. Les Otukès de la même province le nomment acaracapa ; les Quitemocas, huitiara: les Paunacas, chenacone; les Paiconecas, isole. Si nous passons aux langues de la province de Mojos, nous trouvons quelques noms analogues à celui que lui donne la nation paiconecas, dans celui de isevi, qu’il reçoit des Baures et des Muchojeones : mais tous les autres noms qu’il porte dans la même province chez les autres natious, n’ont pas d’analogie entre eux, comme on peut le voir dans le nom de motojo, que lui donnent les Chapacuras; dans ceux de kirapupui, des Itonamas: de érapache. chua, des Cayavara, de bocota, des Iten ; de puicoroa, des Pacaguaras ; de talotalo, des Movimas; de nicutuya, des Canichanas et de chogn *, des Mojos. Les Espagnols du Pérou le nomment buytre (vautour), et ceux au Paraguay, cuervo blanco (corbeau blanc), en désignant l’urubu par un nom toutà-fait contraire, emprunté à la couleur inverse de son plumage. »
LES CATHARTES.
Cathartes. ILLIc.
Sous ce nom Illiger dans son Prodromus sépara des vautours américains des espèces de l’ancien monde. Ce nom de cathartes vient du grec +404prn:, qui purge, parce qu’ils débarrassent le sol des charognes qui putréfient l'air. Mais Iiliger rangea dans ses cathartes le vultur papa, qui appartient au genre sarcoramphe, et l'aura qui est un véritable catharte. Le professeur de Berlin donne pour carac-
(*) Prononcez urubou-roubitcha.
(2) Prononcez ouroubou-tchi.
() Prononcez nanoucoutou,
2 HISTOIRE NATURELLE
ières génériques aux cathartes d'avoir : un bec médiocre assez épais, droit, garni d’une cire à sa base, d'offrir souvent des caroncules (caractère des sarcoramphes ) et la pointe comprimée et obtuse ; les narines placées dans la cire et situées à leur partie antérieure proche l’arête du bec, de forme ovalaire ( sarcoramphus ) ou longitudinales (cathartes ); la Jangue canaliculée, dentelée sur ses bords; la tête et le cou nus, rugueux ou caronculés ; le cou le plus souvent entouré d’un collier de plumes ; les tarses médiocres, nus; les ongles robustes, petits, aigus, recourbés ; les pieds réticulés, à doigts scutellés en dessus , à plante scabre.
Tels sont les caractères admis par Illiger. On concoit qu’ils ont naturellement besoin d’être modifiés, puisqu'on en a distrait les sarcoramphes, et que les cathartes aujourd’hui ne comprennent plus que quelques espèces américaines remarquables par les plus grands rapports de formes et de mœurs. M. Temminck conserve toutefois le genre d’Illiger intact, et il y ajoute une espèce d'Europe. Il n’en est pas de même de M. Vieillot. Il a cru avec juste raison qu'on devoit distinguer les vautours condor et papa des vautours aura et urubu; mais ce qu’il eut tort de faire est le changement de noms, changement toujours fâcheux pour la synonymie. Ainsi, sans vouloir se rappeler le terme générique de sarcoramphus, depuis long-temps employé par M. Duméril, M. Vieillot proposa celui de zopilote, gypagus, et pour remplacer celui de cathartes, il décrivit les aura et urubu sous les noms de gallinaze et de catharista.
Or les caractères génériques des cathartes doivent être aujourd’hui modifiés ainsi : la tête est en entier avec le haut du cou nus; le bec est grêle, al- Jongé , droit jusqu’au-delà de son milieu, et convexe en dessus. La mandibule supérieure a ses bords droits; les narines longitudinales, linéaires ; la troisième rémige est la plus longue, les rectrices sont au nombre de douze ; les ongles sont courtset obtus.
Les cathartes ne se trouvent qu’en Amérique, et leurs mœurs ne diffèrent de celles des autres vautours qu’en ce qu’ils sont moins forts, moins robustes, et qu'ils vivent prélérablement de charognes et d’immondices.
Les cathartes aura et urubu sont protégés par les loisau Chili et surtout au Pérou. Leurs habitudes sont tellement familières qu’on les voit n’éprouver nulle crainte, et vivre comme des oiseaux de basse-cour au milieu des rues et sur les toits des maisons. Leur utilité est d'autant mieux appréciée sous une température constamment élevée et sous un ciel habité par la raceespagnole, que ces oiseaux semblent seuls chargés de l’exercice de la police relativement aux préceptes de l'hygiène publique, en purgeant les alentours des habitations des charogneset desimmon-
dices de toute sorte que l’incurie des habitants semé au milieu d’eux avec une indifférence apathique.On nous à dit qu’une amende assez forte étoit imposée à quiconque tuoit un de ces oiseaux , et le public en entier témoigna un assez vif mécontentement une fois que, cherchant à nous procurer pour nos collections un de ces vautours, nous tirâmes sur un groupe de plusieurs individus.
L’odeur qu’exhalent les cathartes est aussi extrémement fétide.
LE CATHARTE URUBU.
Vultur aratus (1).
L’urubu est de la taille d’une petite oie; la tête et le haut du cou sont à demi nus, ou seulement recouverts d’un duvet court, noirâtre et rude, sans avoir ni crête, ni caroncules, ni plis à la peau. La couleur de ces parties est d’un noir violâtre intense; l'iris est safrané, le bec est noirâtre à la base et blanc à son extrémité ; le plumage est uniformément noir ; le duvet qui protège la peau est blanc; les tarses sont couleur de chair, les ongles noirs, et le doigt antérieur très long.
L’urubu, que les premiers Espagnols du Pérou nommèrent gallinaze par analogie avec le dindon, est extraordinairement commun dans toute l’Amérique chaude et tempérée. Les Caraïbes de la Guyane lui ont donné le nom de couroumou , tandis que les créoles, frappés de la couleur noire de son plumage, lui ont donné celui de conseiller. Ce moturubu doit être prononcé ouroubou, et souvent les Indiens d’une certaine portion de l'Amérique, etnotamment de la Guyane, l’appellent ouroua ou aura. Les Mexicains le nommoient zopilotl, et les François de Saint-Domingue le marchand.
Les urubus sont les plus familiers de tous les oiseaux de proie; ils vivent aussi en grandes troupes, dont la démarche, les habitudes et l’ensemble des formes imitent celles d’un essaim de dindons, Ils affectionnent singulièrement les lieux habités, les alentours des villes : les toits des maisons en sont parfois couverts au Pérou, à la Guiane et au Brésil. Ils aiment à se tenir près des cabanes des Nègres ou des cuisines, où ils se disputent avec les canards, avec les chiens, avec les chats, les débris de poissons ou d'animaux qui en sont jetés. La chair des couroumous est extrêmement puante et mauvaise ; mais, malgré cela, il a fallu dans certaines colonies des défenses sévères pour empêcher que les Nègres
() Wilson, Ornith. amér., t.1X, pl. 75 fig. 2: vautour du Brésil, Briss.; Buff., enl, 1487 : vultur brasiliensis, Lath., sp. 8: catharista urubu, Vicill,, Amér, sept., pl. 2; cosquantii des Mexicains.
DES OISEAUX. 95
dé face mandingue ne les mangeassent. On à cru que les bandes d’urubu obéissoient à un chef, et notamment au vautour papa; mais ce fait ne repose que sur des analogies mal observées, et à ce sujet il est absurde d'adopter l’opinion suivante que vient d'émettre un habitant de la Guyane : « Dans une bande de couroumous il y a toujours un chef que les autres semblent reconnoître et respecter ; celuilà est ordinairement plus beau, plus fier, plus courageux que les autres. Quand il s’est jeté sur une charogne, il ne souffre pas que les autres viennent partager sa proie; la troupe avide l’entoure, et attend avec respect, mais non sans impatience, qu’il ait achevé de se repaître ; aucun n’ose approcher, si ce n’est peut-être quelque femelle à qui ce sultan permet de prendre part au festin. Si un téméraire, poussé par son appélit glouton, vouloitenlever auelques morceaux, il seroit bientôt puni, et le despote le chasseroit impitoyablement à coups de bec; mais quand celui-ci a assouvi sa voracité, il abandonne dédaigneusement au vil troupeau les restes du repas. »
LE CATHARTE AURA.
Cathartes aura (!).
Cet urubu a long-temps été confondu avec l’espèce précédente, dont il ne diffère que par la taille qui est moindre, et parce que la peau nue de la tête et du cou est toujours d’un rouge vif au lieu d’être noire; le plumage aussi est d'un noir beaucoup moins foncé et beaucoup moins brillant, ettire plutôt sur le brun enfumé.
L’aura est très commun au Brésil, au Paraguay, aux îles Malouines, au Chili, au Pérou, où il est cependant pius rare que l’urubu avec lequel il ne se mêle jamais. Du reste il a les mêmes mœurs et les mêmes habitudes, exhalant une odeur infecte , et sans cesse en quête de sa nourriture.
Molina dit que son bec est gris à la base et noir à la pointe; les tarses sont bruns ; le plumage des jeunes est presque entièrement blanchâtre, et ne devient noir qu’à mesure que l'oiseau vieillit. L’aura n’attaque jamais aucun oiseau ; il ne vit que de reptiles et de cadavres ; il est extrêmement paresseux, et il reste souvent perché, pendant un temps assez long, sur les rochers ou sur les maisons, les ailes étendues et dans une immobilité parfaite pour jouir de la chaleur du soleil. Son cri est foible; il fait son nid sans aucun soin entre des rochers, ou même sur
() Vultur aura, Linn.; Lath., sp. 8 : vullur iota, Molina, Chili, p. 245 : catharista aura, Vieill., Amér. sept., pl, 2,
la terre, au milieu de quelques feuilles sèches réunies négligemment, et la femelle y pond, dit-on, deux œufs d’un blanc sale.
Le cathartes meleagrides n’est que très imparfaitement connu d’après une seule tête.
L’aura est nommé carancrown à la Louisiane, et carriou-crown ou turkay-buzard par les Anglois de la Caroline et des Florides. C’est l’acabiray de d’Azara et l’iribu acabiray des Galibis du Paraguay.
LE CATHARTE CITADIN (1).
Est une espèce nouvelle et curieuse découverte par M. Ricord, dansses voyages entrepris pour enrichir l’histoire naturelle, et dont ce savant a bien voulu nous communiquer avec une extrême bienveillance la description suivante que nous insérons textuellement.
« Le catharte citadin, dit M. Ricord, a recu des Espagnols le nom de carrancros (?), du cri qu'il fait entendre, et que l’on peut rendre par carrran- Crrros.
» Cet oiseau habitant toujours la ville, mérite bien le nom de citadin que je lui donne.
» Il a les parties supérieures d’un noir bleuâtre luisant, peau nue de la tête et du cou rouge vineux, parsemée de granulations verruqueuses ; dessous des rémiges primaires gris blanc sale ; rectrices égales ; bec noir, gros et fort, assez haut et peu large; la mandibule supérieure droite, courbée seulement vers la pointe ; l’inférieure également droite, arrondie et inclinée à l'extrémité ; narines nues, placées de chaque côté du bec et percées diagonalement vers les bords. Iris blanc, pieds forts, d’un rouge vineux, traversés de gris, munis d'ongles faiblement arqués ; quatre doigts, trois devant l’intermédiaire très longs, unis à l'extérieur vers la base, ailes longues ; première rémige courte n’égalant pas la sixième ; Les deuxièmeet troisième moins longues que la quatrième qui dépasse toutes les autres.
» Sa taille est de quarante-huit pouces, approchant celle du dindon sauvage , auquel il ressemble par sa démarche.
» Cet oiseau habite les villes des colonies espagnoles aux Indes occidentales; le gouvernement l'a pris sous sa protection ; il est imposé une amende de deux Fiastres à celui qui se permettroit d’en tuer un. Ces oiseaux , très nombreux dans les îles espagnoles , sont fort utiles aux habitants des villes, qui sont dans quelques quartiers assez malpropres; c'est à ces oiseaux qu'est laissé le soin de les nettoyer,
(") Cathartes ( vultur) urbis incola, Ricord, inédit. ) Ce nom a la plus grande analogie avec celui de Carrion erow, des Anglo-Américains,
94 HISTOIRE NATURELLE
ainsi que certaines places des bords de la mer où les esclaves viennent jeter les ordures et les animaux morts.
» C’est au point du jour que les vautours citadins réunis dans ces lieux infects vont se repaitre des plus dégoütantes proies, qu'ils se procurent sans peine.
» Pendant le jour, les vautours citadins ont l’habitude de se tenir sur le sommet des toits des maisons, placés les uns à côté des autres autant que peut en contenir la longueur de la toiture de l'édifice , et là, comme ailleurs, un d’eux est de faction pour prévenir des dangers, et tout aussitôt que celui-ci part tous prennent en même temps le vol. Lorsqu'il a beaucoup plu, ils sont moins en garde; tout occupés à se sécher leurs ailes, ils se perchent sur ces mêmes toits avec les ailesouvertes. Les propriétaires se plaignent des dégâts qu’ils causent aux toitures.
» Les créoles espagnols, très superstilieux, comme le sont les créoles, disent que lorsqu'un carrancros fait entendre son cri sur une maison pendant la nuit, c’est un mauvais présage pour ses habitants, signe d’une mort prochaine.
» Il y a des vautours citadins tout blancs, les nègres disent que ce sont les vieux ; mais ils sont aussi rares que le merle blanc chez nous, ce qui n'empêche pas qu’il existe.
» Les créoles espagnols ont réduit le vautour citadin à l’état de domesticité ; rien de plus familier que ce rapace; à peine se dérange-t-il dans certain quartier de la ville pour vous laisser passer : ce qui contraste avec sa vigilance lorsqu'il est perché sur les toits des maisons.
» Habituellement peu actif en vieillissant, il se prive assez long-temps de nourriture, s’il n’en rencontre pas facilement.
» Le vautour citadin a la démarche lente, mais il court très bien; il s'élève en tournoyant à de grandes hauteurs lorsque le temps est à l'orage et qu’il va pleuvoir.
» Ils passent la nuit aux pieds des mornes les plus près de la ville,
» Ils font une ponte par an, le plus ordinairement au mois de mai; leur ponte n’a rien de régulier ; le nombre des œufs, qui sont blancs, varie jusqu’à cinq ; ils les déposent dans un nid fait en creusant un trou dans la terre ou bien entre des roches; ils ont peu de soin de leurs petits, qui naissent avec un duvet grisâtre. La variété des couleurs n’est que dans le jeune âge. La femelle ne diffère du mâ'e qu’en ce qu’elle est un peu plus grosse et a la peau du cou d’une teinte moins vive.
» J'ai rencontré le vautour citadin de l’île d'Haïti (partie espagnole, Santo-Domingo, car il n’est pas dans la partie francoise), sur les bords de l’Orénoque ; les Espagnols de l'ile de la Trinité espagnole
(port d’Espagne) en ont peuplé leur ville, qui appartient aujourd’hui aux Anglois, et c’est probablement des Espagnols que les Anglois ont pris l’habitude d’avoir des vautours citadins dans leurs colonies, car j'en ai vu à l’ile de Saint-Vincent, à Sainte-Lucie, à la Dominique et à Santiago-de- Cuba : tandis que dans les colonies françoises et Suédoises, je n’ai pas rencontré le vautour citadin, bien que ces colonies ne soient qu’à peu de distance les uues des autres. Il est bien probable que le créole françois n’a pas éprouvé le besoin de s’adjoindre cet oiseau disgracieux pour nettoyer ses rues, toujours assez propres.
» Le vautour citadin est comme le pigeon : il reste fidèle aux lieux qui l'ont vu naître.
» Cet oiseau n’est pas daas les collections du Muséum de Paris; il appartient au catharte, genre de l’ordre des rapaces. On pourroit avec raison s'étonner que le vautour citadin, d’ailleurs si commun , ne se voie dans aucune collection, si l’on ne savoit pas que c’est justement parce qu’il est com-
mun ! Les naturalistes-voyageurs s’occupent d’ordi-
naire à des recherches lointaines, et négligent ce qui se rencontre en abondance sous leurs pas. »