LE PERCNOPTÈRE DES ANCIENS
Neophron perenopterus. Savicxy (1).
Cet oiseau dans sa livrée adulte à le plumage d’un blane plus ou moins pur, excepté les premières rémiges qui sont d’un noir profond. La tête , le devant du eou sous la gorge, sont recouverts d’une peau nue d’an jaunâtre livide, sur laquelle paroissent quelquefois de légères touffes d’un duvet fin et rare. Le dessus de la tête et le cou sont garnis de plumes longues , eflilées et désunies entre elles ; le bec est couleur de corne noirâtre, très mince et très foible ; la cire est orangée, l'iris jaune, les pieds d’un jaune livide et les ongles noirs. Les pennes caudales sont
() Vultur albus, Ray: vultur Percnopterus, leucocephalus et fuscus, Gmel. : le petit vautour, le vautour de Norwëge, et le vautour de Malte, Buff., en], 427 et 429 : vultur stercorarius, ou alimoche, La Péyr.: cathartes percnopterus, Temm., Man., t. I1,p. 8: le rachamach, ou poule de Pharaon, Bruce, Voy en Nubie, 33: l'ourigourap, Le Vaill., Afrique, pl. 14: vultur albus et fuscus, Daud., t. II, p. 18 et 21: le vilain, Picot de La Peyrouse : le perenoptére, Hasselquist, Voy. au Levant.
d’un blane roux , usées à leur extrémité et d’inégale longueur. La partie extérieure de la peau correspondante au jabot est nue et de couleur safranée. Le percnoptère, de la taille d’un moyen dindon , a deux pieds un à trois pouces de longueur totale. La femelle a es dimensions un peu plus fortes; son plumage varie parfois du brun foncé maculé de rougeâtre au gris brun clair varié de blanc et de fauve. Dans cette livrée, Ja partie nue de la tête est de couleur livide, la cire d’un blanc légèrement teint d’orangé, l'iris brun, et les pieds d’un blanc plombé. En cet état c'est le vautour de Norwége des planches enluminées, et le corbeau blanc des habitants du cap de Bonne-Espérance. Ce nom de corbeau blanc lui a été donné par les colons établis au Cap, parce qu'ils ont cru lui trouver les allures de Ja corneille, son vol lourd, sa démarche pesante et gênée, et qu’il est comme elle omnivore.
Les jeunes percnoptères dins la première année sont, ainsi qu’on peut s’en faire une idée par. l’oiseau figuré sous le nom de vautour de Malte, enl. 427, entièrement d’un brun fuligineux; parfois cependant çà et là paroissent des plumes noirâtres et blanchâtres; la peau nue de la tête est luride et revêtue d’un duvet gris peu fourni; la cire et les pieds sont cendrés.
Le percnoptère est un des vautours les plus communs dans un grand nombre de contrées. On le trouve dans les parties les plus froidés de l’Europe comme dans les régions les plus chaudes de l’Afrique et de l’Asie; mais il est beaucoup plus rare cependant dans les pays du Nord, tandis qu’il n’est nulle part plus abondant que dans l'Arabie, l'Egypte et la Grèce. Tout porte à croire que c’est le petit vautour blanc desanciens Grecs. On le trouve encore dans la Norwége, en Espagne, en Sardaigne, à Malte, aux îles Canaries, et dans l’Inde. Dans le pays des Namaquois, il est peu farouche , il va habituellement par paire, et ne se réunit en troupes que pour dévorer les cadavres. Les Hottentots disent qu'il fait son nid dans les rochers, et que la femelle pond jusqu’à quatre œufs. Dans les Pyrénées, son nid est toujours placé dans des lieux inaccessibles, dans les crévasses de rochers.
LES GYPAËTES (!).
Gypaetos. Srorr.
Les gvpaètes, dont M. Savigny a fait le genre phene, ne comprennent qu’une espèce authentique
() Le Vautour barbu de l'Himalaya (*) paroïît assez commun dans la partie occidentale de la vaste chaîne
()M.Hodgson;,résident au Népaul. Asiat.Journ,,1836, Phene et Gypaetos, auct.
qui est le griffon ou læmmea geyer, le vultur barbatus des auteurs, parfaitement décrit par Buffon.
LES IRIBINS.
Daptrius. ViEILL.
M. Veillot , dans son Analyse d’ornithologie élémentaire, a proposé de former un genre appartenant à la famille des vautours sous le nom d’éribin, daptrius , qu’il caractérise ainsi : le bec est droit à la base, convexe en dessus ; la mandibule supérieure a les bords droits ; l’inférieure est anguleuse en dessous, échancrée vers le bout qui est obtus; la cire est recouverte de quelques petits poils ; le tour des yeux, la gorge et la région du jabot sont recouverts d'une peau entièrement nue; les ailes sont longues et les ongles pointus.
Ce genre ne renferme qu’une seule espèce, décrite par M. Vieillot, sous le nom d’iribin noir, daptrius ater, que M. Temminck a figuré sous le nom de caracara noir, falco aterrimus, pl. 37 et 542. Comme son nom l'indique, cet oiseau est entièrement noir, seulement la queue est à sa naissance et en dessus blanche marquée de deux rangs de points noirs. Le tour des yeux est nu et de couleur de chair; les pieds sont jaunes, le bec et les ongles noirs, la cire cendrée. L’'iribin est du Brésil et de la Guyane.
de l'Himalaya, et se trouve aussi, quoique plus rarement, au versant oriental dans le Népaul. Ces gypaëètes volent en groupes ou isolés, et se rassemblent partout où il y a un bon repas à faire, sans se laisser effrayer par le voisinage de l'homme.M Hodgson les regarde comme appartenant à l'espèce du gypaëte des Alpes, ou læmmer geyer, et au vautour barbu d'Afrique; en effet, l'envergure paroît être la même, car il faut rejeter comme une exagération populaire l’assertion de l'évêque Heber, que l'oiseau de l'Himalaya a jusqu’à vingt pieds d'une aile à l'autre; il paroit, par les mesures de l’auteur, qu’il a souvent dix et méme onze pieds d'envergure. Sa forme a plus d'analogie avec celle d’un vautour que d’un aigle. Le bec, de couleur de corne, est droit, très fort; les narines sont couvertes de soies noires roides, dirigées en avant; deux pinceaux des mêmes soies, qui se retrouvent à la base de la mandibule inférieure et sous le bec, ont valu à cet oiseau son nom vulgaire. La tête et le cou sont entiérement couverts de plumes courtes, étroites, pointues, qui sont d’un brun fauve clair avec une touche jaunâtre. Les ailes sont longues ainsi que la queue, et les plumes fortes, avec une raie blanche au milieu. Les jambes sont courtes, les tarses trés courts et complétement emplumés. Les serres, intermédiaires entre celles des vantours et des faucons, sont d'une couleur plombée, I] n’a pas, comme le læmmer geyer, une bande noire autour de la tête, mais il n’y a pas grande importance dans un pareil caractère, et la description de l’auteur semble confirmer son opinion sur l'identité d'espèce,
HISTOIRE NATURELLE
Plusieurs espèces d'oiseaux du genre caracara de Margraff et de d’Azara, ou polyborus de M. Vieillot, sembleroient devoir être placées proche des vautours ; celle surtout qui paroît autoriser cette opinion est le petit aigle à gorge nue de la planche enluminée 417, dont M. Vieillot a fait le type de son genre RancancaA, ibycter, d’un mot grec qui veut dire vociféraleur.Ce genre rancanca est ainsi caractérisé : bec droit à la base, convexe en dessus, mandibule supérieure à bords droits, l’inférieure échancrée vers le bout et un peu pointue; cire glabre, les joues, la gorge et le jabot nus; les ailes longues et les ongles pointus. Mais le genre rancanca ne s'éloigne, comme on voit, du genre iribin que par des caractères de détails fort peu importants ; il est donc plus naturel de les reléguer tous les deux à la suite du genre faucon, falco, et dans le genre caracara proprement dit.
LES CARACARAS ().
Ainsi nommés par analogie avec leur cri, sont des actipitres à face nue, à cire poilue, à tarses réticulés; leurs ongles sont médiocres et peu crochus, les ailes sont longues et pointues. Le vrai caracara (?) a sur la tête une calotte noire, et son plumage est bariolé de rayures blanches et brunes, transversalement disposées. Cet oiseau, excessivement multiplié au Brésil et au Paraguay, est nommé carancho, sur les bords de la Plata. Il vit par paires, son vol est rapide, sa démarche aisée et légère, et il cherche surtout les charognes, les insectes, les reptiles et même les mollusques. Il niche indifféremment dans les arbres ou dans les halliers, et la femelle pose une sorte de nid, fait négligemment avec des bûchettes, sur les fourches que lui présentent les cimes des arbres dans les pays boisés, ou le dépose à terre, sous les touffes d’herbes, dans les plaines rases nommées pampas. On regarde comme variété les individus ($) à plumage ferrugineux, à cire rosée, à vertex marron et comme huppé, et on n’en distingue point le rapace du Brésil (4) à face nue et à plumage rayé, décrit par le docteur Spix.
LES RANCANCA.
Jbycter. VieizLor.
Sont des oiseaux de proie que leurs habitudes rap-
() Polyborus, Vieill.; gymnops, Spix.
(2) Polyborus vulyaris, Vieill., pl. 7 ; Spix, pl. 1.
(3) Falco cheriway, Jacq.; vultur cheriway, Lath.
(4) Gymnops fasciatus, Spix; G. stigillatus, ibid., jeune âge, Avium bras, pl, 4.
DES OISEAUX
! férant les rochers nus. C’est une anomalie assez
prochent des aigles-pêcheurs, en ce qu’ils suivent les rives des fleuves, se perchant plus volontiers que les caracaras proprement dits; mais ce sont encore des oiseaux qui n’attaguent aucune proie vivante, se contentant des animaux morts, ou le plus souvent d’insectes.
LE RANCANCA GYMNOCÉPHALE.
Ibycter gymnocepalus. D'ORBIGNY.
A été observé sur la pente de la Cordilière orientale de Cochabamba, en Bolivia, et a élé rencontré par M. d'Orbigny dans les plaines inondées de la province de Moxos pendant une navigation sur le Rio Securi et autres. C’est un oiseau de la taille du caracara ordinaire, entièrement noir, les pieds jaunes, la tête tout-à-fait nue et d’un belle couleur rouge. Son cri et ses allures ont fait supposer qu’il doit appartenir aux caracarides , et sans doute au genre rancanca.
LES PHALCOBÈNES ().
Ont pour caractéres d’avoir un bec fortement comprimé, sans aucune dent ni sinus, à commissure très arquée à son extrémité; la cire est allongée et droite; un large espace nu entoure la partie antérieure et inférieure de l'œil, et s'étend sur toute la mandibule inférieure; les tarses sont emplumés sur un tiers de leur longueur, le reste est réticulé; les doigts sont longs, semblables à ceux des gallinacés, terminés par des ongles longs, déprimés et élargis, très peu arqués, toujours à extrémité obtuse ou fortement usée; les ailes ont leur troisième penne plus longue que les autres.
M. d'Orbigny a créé ce genre, afin d’y placer une espèce qui fait le passage des vulturidées aux falconidées et aux caracaras ordinaires, dont elle diffère cependant par des tarses réticulés et par des doigts proportionnellement bien plus longs. Cette espèce ne perche jamais sur les arbres; ses pieds, analogues à ceux des cathartes, ne peuvent servir que très imparfaitement à saisir une proie. Elle appartient aux terrains arides du sommet des Andes. Il est curieux de rencontrer, parmi les falconidées américains, des oiseaux spécialement marcheurs, qui ne se perchent jamais sur les arbres, leur pré-
(9 Phalcobænus (de wxxuv, faucon, et de Exiyo, je marche : faucon marcheur ). D'Orbigny, Voy. en Amérique. Cet article est emprunté textuellement à M. d’Orbigny.
grande au milieu d'oiseaux qui peuvent à peine marcher à terre. On à déjà remarqué, chez le secrétaire, une certaine analogie de forme avec quelques galli-. nacés, mais aucun caracaride ne nous paroit présenter un aspect plus frappant que le phalcobène ; le port, la démarche, les habitudes y rappellent fortement celles des coqs et des poules.
EEE, EEE ———
LE PHALCOBENE MONTAGNARD (1.
Phalcobænus montanus. W'OrBiGNY. (Voy. Amé= rique méridionale, Ois., pl. IT, fig. 4, 2.
Les plumes de la tête sont frisées, celles du cou sont ellilées et terminées en pointe; les ailes, longues, sont beaucoup pius courtes que la queue; les rémiges au nombre de douze'et larzes : Ja première plus courte de deux pouces que la seconde et égale à la sixième, la seconde presque égale à la troisième, quoiqu’un peu moins longue, la quatrième seulement un peu plus courte que la troisième, et toutes les autres allant en diminuant brusquement de longueur ; les plumes du haut du tarse longues et soyeuses : la base de celui-ci est couverte de quatre squamelles; tout le reste est réticulé par de larges écailles irrégulières. Le doigt médius est couvert de seize à dix-sept squamelles onguéales ; les autres en ont beaucoup moins, quoiqu’en ayant sur toute leur longueur. Les ongles sont longs, fortement déprimés, larges et un peu tranchants à leur côté interne, très usés à leur extrémité. Tout l’espace compris entre le bec et l’œil est nu, et muni seulement de quelques poils ; le haut de la gorge est également nu. Les narines sont petites , ‘arrondies et placées au bord antérieur de la cire. Les oreilles se trouvent être couvertes de petites plumes rondes.
Dimensions. Longueur totale, du bout du bec au bout de la queue, 55 centimètres; envergure ou vol, 4 mètre 48 centimètres; longueur du pli de l'aile à son extrémité, 56 centimètres; longueur de Ja queue, 20 centimètres; circonférence du corps sur les ailes, 55 centimètres ; développement du bec, 5 centimètres ; du tarse au bout des doigts, 42 centimètres; du doigt du milieu, 5 centimètres; de l’ongle du pouce, 22 millimètres.
Couleurs. Le bec, bleu verdâtre ; la cire et les
(1) Mas et fæm.: Rostro cœrulescente ; vertice pennis crispatis ornato; regione ophthalmorum aureo : pileo, cervice, dorso, alis et pectore nigro coruscantibus : partibus alarum, crissi ventrisque inferioribus albis, nec non exlremis tectricibus remigibusque ; cauda nigra, in extrema parte alba; tarsis flavis. Jun. : Toto corpore rufobrunescente, ef partibus posterioribus maculis bruneis variatis.
parties nues de la tête sont du plus bel orangé; les yeux bruns ; les tarses ont une teinte de jaune orangé qui s'étend sur les ongles ; la tête, le cou, la poitrine, le dos, les flancs, le dessus des ailes et'la queue sont noirs, à reflets métalliques peu apparents ; tout le dessus de l'aile, le ventre, les cuisses et les couvertures supérieures et inférieures de la queue sont blanes; l'extrémité et la base de chaque tectrice sont blanches sur un pouce de largeur ; une petite bordure blanche termine aussi les rémiges et les tectrices; les premières sont transversalement rayées de blanc à leur base.
Le plumage que nous venons de décrire est celui des adultes, mâle et femelle. Celui des jeunes est si différent qu’on seroit tenté de les prendre pour des espèces distinctes. Dans les jeunes, en eflet, les teintes vives des parties nues de la tête sont remplacées par des teintes beaucoup plus pâles; les tarses sont jaune verdätre; la couleur générale est roux brun assez clair, avec une bordure plus pâle à chaque plume, et la tige noirâtre; les rémiges sont brunes; les grandes ont du jaune roux à leur base, avec quelques raies irrégulières brunes ; le dessous de chacune est d’un beau roux vif, surtout au milieu ; le eroupion et les couvertures supérieures et inférieures de la queue sont d’un jaune sale, avec quelques lignes irrégulières transversales d’un brun pâle ; les cuisses ont les mêmes raies ; les tectrives sont toutes terminées par une tache jaune, excepté les deux médianes, qui sont brunes ; les autres n’ont que le côté externe de cette couleur, et le reste, ainsi que la base, est d’un jaune sale ; le dessous est jaune avec une tache oblique brune, placée près de l'extrémité interne de chaque tectrice. Tel est le plumage d’un individu d’une année ; car ces teintes sont peu à peu remplacées par les couleurs tranchées des adultes ; et, la troisième année, l'oiseau a revêtu toutes celles qu’il doit conserver toute sa vie.
Cette espèce, par une.antinomie assez remarquable dans la distribution géographique des oiseaux, se montre où disparoît le polyborus vulgaris ; aussi n’avons-nous jamais rencontré ensemble ce dernier et notre phalcobène; et, s'ils se réunissent, c’est seulement aux confins de leurs zones respectives d’habitation. M. d'Orbigny l’a vu, pour la première fois, en gravissant les contre forts occidentaux de la chaîne des Andes, sur le chemin de Tacna, du Pérou, à la Paz { Bolivia). Il l’a vu encore sur le plateau particulier des Andes, et notamment sur le grand plateau des Cordilières, qui conserve une élévation de 4,000 mètres au-dessus du niveau de la mer. À sa descente sur le versant est de la Cordi- Jière orientale, elle disparut entièrement, ct il ne la retrouva ensuite que sur le sommet de la chaîne orientale, à Cochabamba, sur la chaîne de Potosi, et sur tous les points qui correspondent à la zone
HISTOIRE NATURELLE
(de 14,900 pieds), ou dans toute la zone élevée que les habitants du Pérou nomment puna. Ce voyageur conclut de ces faits, que cette espèce habite du douzième au vingtième degré de latitude sud, seulement sur les montagnes de sa troisième zone. Elle descend cependant quelquefois jusque près de la mer, sur la côte du Pérou, mais ce n’est que pour peu de temps, et peut-être afin d’y chercher momentanément une nourriture qui lui manque dans son séjour habituel ; peut-être aussi la nature du sol l'y attire-t-elle, car elle y trouve les terrains arides qui lui sont propres; au contraire, elle ne descend jamais sur le versant oriental des Andes, où une végétation active et une chaleur humide ne conviennent pas, à ce qu’il paroît, à son genre de vie. Elle aime les terrains secs et dépourvus de grands végétaux, qui lui seroient inutiles ; car il semble prouvé qu’elle ne se perclie pas sur les branches, au moins ue l’a-t-on jamais vue ailleurs qu’à terre ou perchée soit sur les pics, soit sur les points culminants des rochers, Elle s'élève très haut sur les montagnes, où l’on peut la voir, le plus souvent, à terre, ou planer, par intervalle, comme les caracaras ; elle s'élève ainsi de rochers en rochers jusqu’au niveau des neiges, mais très rarement , parce que ses habitudes et son genre de vie lui rendent nécessaire le voisinage de l’homme; aussi n’est-elle sédentaire qu'aux lieux où l’homme lui-même est fixé. Si donc elle le suit quelquefois dans ses voyages, c’est seulement parce qu’elle espère profiter des restes de ses repas. M. d’Orbigny ne croit pas qu’elle passe à l’est de Cochabamba, à cause des bois qui commencent promptement à couvrir les ravins, et de l’abaissement graduel des montagnes.
Les phalcobènes montagnardé ne se réunissent jamais en troupes, comme les caracaras ordinaires , lorsqu'il se présente une proie à exploiter en commun. Ils sont sédentaires dans les mêmes lieux, parcourant le plus souvent à deux la campagne, et s’y partageant, mais non pas toujours sans querelles, le butin qu’ils rencontrent ensemble. Il est rare d'en voir plus de trois ou quatre réunis; mais, alors même, leur caractère querelleur les porte à jeter des cris désagréables, en se poursuivant mutuellement pour se ravir leur proie. Ils ne se mêlent jamais aux cathartes ni aux condors pour partager avec eux une pâture, attendant le plus souvent sur les pics voisins que leur tour soit venu de prendre part au repas. Quoique répandus sur une surface de terrain immense, ils sont peu communs, et, sans doute, les moins nombreux de tous les caracarides, IL est arrivé souvent à M. d’Orbigny de n’en voir aucun pendant toute la journée ; mais à peine étoit-il arrêté dans un ravin ou sur les coteaux des Andes, afin d’y passer la nuit, qu’il en voyoit paroitre deux ou trois sur le haut des montagnes voisines. Ils y restoient
DES OISEAUX. 99
en sentinelle jusqu’au lendemain ; et le lendemain, à peine le voyageur étoit-il à quelques centaines de pas de sa halte de la veille, qu’ils y descendoient au plus tôt et y cherchoient avec empressement à terre, en se promenant avec gravité, les restes de ses repas. On à remarqué que chaque groupe de cabanes d’indiens pasteurs du sommet des Andes à une couple de cet oiseau vivant aux dépens des habitants ou des troupeaux ; car, également aux aguets des Ilamas femelles qui mettent bas, on les voit en disputer le placenta au fidèle chien berger, ou causer la mort des petits, en les déchirant par le cordon ombilical, à la manière du condor et des cathartes, mais avec une extrême facilité, en raison de la force de leur bec. Quoique peu craintifs, ils sont défiants, comme tous les oiseaux de proie, et ne se laissent pas approcher aussi volontiers que les caracaras ordinaires ; ce qui vient, sans doute, de ce ‘que les bergers des Andes ne cessent de leur donner la chasse à coups de pierres, au moyen de la fronde, leur arme habituelle, dont iis se servent assez adroitement.
Le vol du phalcobène montagnard est en tout ce-
lui de la famille des caracarides, et en particulier
celui du polyborus vulgaris, quoique plus aisé et plus prolongé. Ses aïles aussi déploient dans ect exercice un carré long ; il y est agile, rapide et léger à la fois. Il ne saute pas à la manière des faucons. Il est de tous les caracarides le plus essentiellement marcheur; il marche réellement d’un pas grave et mesuré, comme les coqs, tenant le corps horizontal et non pas incliné, ainsi qu'on représente toujours les oiseaux de proie. Il ne se pose que sur les rochers, lorsqu'il est au repos, au lieu de se percher sur les arbres, comme les autres caracarides ; aussi ses ongles sont-ils tout usés, et le voit-on toujours à terre. Sa vue est aussi perçante que celle des autres espèces , et son cri, quoique très fort et très désagréable, est tout-à-fait différent de celui du polyborus vulraris. On ne le voit jamais, comme ce dernier, replier sa tête sur le dos pour faire entendre ce chant d'amour qu’exprime le mot caracara.
M. d'Orbigny n’a jamais vu celte espèce chasser aux animaux vivants. Il seroit cependant possible qu’elle chassât les eobayes, qui couvrent en grand nombre tout le plateau des Andes. Elle vit ordinairement des restes d'animaux morts, rejetés des maisons des Indiens ou par les voyageurs, et l’on assure qu’elle ne dédaigne pas les excréments. Quoi qu’il en soit, il est certain qu’elle ne chasse pas aux oiseaux , et même que ces derniers la regardent sans crainte. Elle ne poursuit pas non plus les jeunes poulets, comme le caracara ordinaire, et se montre en cela moins carnassière. Son nid est ignoré. Elle s’accouple au mois de novembre. Les Indiens disent qu’elle couve dans les anfractuosités des rochers
abruptes, ce que l’on peut croire sans peine ; ear elle ,
paroît aimer les rpchers, vivant toujours dans leurs parties les plus déchirées.
Les Indiens A ymaras et Quichuas des Andes nomment cet oiseau, quand il est adulte, allcamari (1), et suamari, quand il est jeune. Les Espagnols le nomment dominico (dominicain), à cause des couleurs noire et blanche de son plumage.