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LES AIGLES

Forment une tribu des plus remarquables dans la famille des rapaces, par leur courage, leur audace et par l'énergie de leurs appétits, comme par la grandeur de leur taille. Leur bec est puissant, fortement recourbé au sommet; leurs ailes sont pointues et aussi longues que la queue : celle-ci est carrée, égale ou étagée. Mais ce qui les distingue des aigles-pécheurs, sont leurs tarses, complétement emplumés jusqu’à la naissance des doigts. Les aigles recherchent une proie vivante, qu’ils emportent dans leurs aires, qu’ils placent sur les points des rochers les plus inaccessibles ; mais, pressés par la faim , ils se jettent volontiers sur les charognes.

Leur vision a cela de particulier, qu’une membrane dite clignotante, peut se tirer sur le globe de l'œil et affoiblir les rayons lumineux : de là l’opinion vulgaire que les oiseaux de ce genre savent impunément fixer le soleil. Les aigles vivent donc sur les plus hautes montagnes, et ne descendent qu’accidentellement dans les plaines; ils sont répandus sur toute Ja surface du globe, et une espèce habite la Nouvelle- Hollande, et se fait distinguer des autres par sa queue étagée.

Buffon n’a bien connu que : 4° L’AIGLE COMMUN (5) répandu sur toutes les montagnes de l’Europe et de l'Amérique, et qui varie par les nuances de son plumage, de manière à avoir été décrit sous plusieurs noms ({); car on n’en distingue point l'aigle royal (5), bien que quelques auteurs, Buffon à leur tête, en aient fait une race séparée. Ce dernier seroit l'aigle commun dans son plumage parfait (f). Les autres espèces sont :

(‘) Allca-mari a la même signification dans les deur langues. Allca veut dire de deux couleurs, et mari es le radical du verbe fuir et ses dérivés. L'oiseau se trouve ainsi désigné, tout à la fois, avec une précision remarquable, au propre par l’un de ses caractères extérieurs, et au figuré par l’une de ses habitudes. »

(Note de l’auteur de l'article.)

() Aquila, Briss., Guy. Ê

(3j Falco fulvus, Gm.; enl. 609.

(4 Falco fulvus canadensis, Edw.; falco niger, Brown, pl. 2; Instit., p 125, et Proceed., &. HE, p. 15.

(5) Falco chrysaëtlos, Gm.; enl. 410; Proceed., t. IH, p. 79.

(6) Temm,, Man, t. 1, p. 39

29 L’A'GLE IMPÉRIAL (1) plus petit que le précédent ; sa tête est dorée, son plumage brun fauve uniforme, les scapulaires exceptés, où l’on remarque une large tache d’un blanc pur; la queue est noire, ondée de gris à la partie supérieure. Le jeune est roux brunâtre en dessus, roux doré sur la tête et le cou, et fauve clair sur le ventre. L'histoire de cette espèce se confond avec celle de l'aigle royal dans la plupart des anciens auteurs, et cependant de nombreuses différences les distinguent. Le port de l'aigle impérial, lorsqu'il se perche ou lorsqu’il est à terre, est caractéristique, car il préfère une direction horizontale du corps ; une marche lente et saccadée comme celle d’un dindon. L’aigle royal, au contraire, a la mine fière, car il lève orgueilleusement la tête, et affecte une position verticale du torse. Cet oiseau que M. Vieillot appelle aigle de Thèbes (?), habite les vastes forêts des hautes montagnes du midi et de l’est de l’Europe, et il ne descend que très rarement dans celle des plaines. Il est commun sur toute la côte septentrionale d'Afrique, depuis l'Egypte jusqu’à la Gambie. 11 chasse aux lièvres, biches, marcassins, renards, chats, etc., qui sont sa proie ordinaire, bien qu’il ne craigne pas d’attaquer les veaux, les brebis et les chevreuils qu’il parvient à tuer, et qu’il dépèce pour emporter les lambeaux dans son aire,

3° L’AIGLE CRIARD (3), aussi nommé petit aigle ou aigle tacheté, est encore une espèce qu’on a confondue avec l’aigle commun, bien que sa taille soit d’un tiers moindre. Le mâle a le plumage uniformément brun, la queue noirâtre, rayée de brun clair, des taches fauve pâle, disposées par bandes sur les petites couvertures, et des taches fauves sur les épaules. Les jeunes ont l’extrémité de leur queue blanche, et les vieux individus sont entièrement bruns. L’aigle criard, ainsi nommé à cause de sa poltronnerie, puisqu'on assure qu’il se laisse vaincre par l’épervier, habite les Apennins et quelques autres pelites chaînes du mdi de l’Europe, car il se montre rarement dans le Nord. Sa mince taille et ses serres peu robustes ne lui permettent que de chasser de foibles animaux ; on peut le dresser à la fauconnerie tant sa docilité est grande, et en ce sens, il s'éloigne beaucoup des mœurs du reste de la famille.

4° L’AIGLE BOTTÉ ({), autre espèce de l’Europe orientale, et qui s’est propagée dans les contrées voisines en Asie et en Afrique, apparoît parfois aux en-

(» Aquil1 heliaca, Sav., Egypte, pl. 12; Temm., 151 et 152; falco magelnik, Gm.

(2) Gal., pl. 9.

(3, Falco nœvius et maculatus, Gm.; aquila nœvia, Sav., Egypte, pl. 1 et 2

(+) Falco pennatus, Brisson ; suppl., pl. 1; Temm., 33; Proceed., t. IV, p.50,

HISTOIRE NATURELLE

virons de Paris et sur quelques autres points de la France. Sa taille est un diminutif de celle des aigles commun et impérial , et ses tarses cessent d’être empennés un peu au-dessus des doigts. C’est plus particulièrement en Saxe, en Hongrie, en Autriche, que vit cet aigle, dont les mœurs sont pen connues. Son plumage est roux brun, avec flammèches noires sur le dos, roux clair blanchâtre, avec des stries brupâtres sur le ventre : le mâle a dix-sept pouces six lignes de longueur et la femelle dix-huit. Les jeunes ont plus de brun roussâtre sur la tête et sur le cou, et plus de roux clair sur les parties inférieures ; on remarque chez tous les sujets huit à dix plumes d’un blanc pur placées à l'insertion des ailes.

M. Cuvier a décrit dans une note de son Règne animal une espèce d’aigle, qui pourroit bien faire double emploi avec la précédente. Son petit aigle du Sénégal(1) est semblable à l'aigle commun, excepté qu’il a les narines moins rondes; et le jeune a sous la queue un grand nombre de petites bandes grises.

5° L’AIGLE BONELLI (2), que M. Vieillot a décrit le premier dans les Mémoires de l’Académie de Turin, est encore une espèce européenne des montagnes de la Sardaigne, bien qu’on en ait vu des individus aux environs de Paris. Sa taille est intermédiaire entre celle de l'aigle commun et de l’impérial. Son plumige est brun noirâtre, tandis que les plumes du cou et des parties inférieures sont couleur de rouille et flammées de blanchâtre et de brun. Sur la poitrine se dessine une tache blanche. Les tarses sont velus jusqu'aux doigts, qui sont olivätres. La queue est légèrement étagée.

6° L’AIGLE RAVISSEUR (3), que M. Cuvier a mentionné sous le nom de petit aigle du Cap({), varié de brun, de fauve et de noirâtre, provient effectivement du cap de Bonne Espérance. Il a de grands rapports avec les aigles criard et bonelli, mais son bec est à peu près de la force de celui de l'aigle commun ; ses serres robustes terminent des doigts courts, et la jambe se trouve recouverte de longues plumes qui forment de larges bottes. Le mâle a le plumage isabelle café au lait, brunâtre sur le ventre et sur le corps. La femelle a des flammèches brunes, la queue barrée en travers de blanchâtre, et des stries blanches sur les plumes du manteau.

70 L’AIGLE VAUTOUR (5). aussi nommé choka (6), aigle de Verreaux (7) et caffre ($), habite les pics les

Falco rapaæx, Temm., 455.

Falco nœvioides, Cuv., t. 1, p 326.

5, Falco vulturina, Daudin, t IE, p. 53.

6) Aquila choka, Smith, Proceed.,t. VII, p. #5. (7) Ayuila verreauxii, Cent. zool., pl. 38, (8) Afriq., pl. 6 ; falco vulturinus, Shaw. ; Vieill., En- Cycl., t, LE, p, 1197,

) 2) Aquila Bonelli, Vieill. ; Temm., pl. 288.

DES OISEAUX

plus abruptes des montagnes du cap de Bonne-Espérance, où il vit principalement de damans et même de charognes, à la manière des vautours ; il va par paires, et n’a pas les mœurs des autres aigles.

Le bec est bleuâtre plombé; la cire et les doigts sont jaunes et les ongles bruns. Les plumes de la tête sont étroites, légèrement rigides, et le tour des yeux est nu; un noir lustré et foncé colore la tête, le cou, le haut du corps et toutes les parties inférieures; en un mot, cette espèce est d'un noir intense que relève un blanc neigeux qui règne sur le dos, le croupion et les couvertures supérieures de la queue ; les ailes, dont les rémiges sont puissantes et recourbées, sont noires, mais les plumes scapulaires supérieures sont blanches, et les pennes primaires et bâtardes sont d’un gris roussâtre que raient en travers des stries de cette dernière couleur, à teinte beaucoup plus foncée ; les rectrices rigides et amples donnent à la queue une forme un peu arrondie, que l'extrémité des ailes n’atteint pas tout-à-fait : elles sont noires, et rayées transversalement en dessous. Les plumes duveteuses qui recouvrent les tarses jusqu'aux doigts sont également brunes.

Nous regardons le caffre comme identique avec notre aigle Verreaux, d’après les observations faites au Cap par M. Smith ; cependant nous devons dire que Levaillant, ce descripteur aussi exact que bon et minutieux observateur, ne parle nullement du dos blanc du caffre, car il dit catégoriquement (pag. 18) : « Tout son plumage est d’un noir mat. » De plus, tout ce qu’il rapporte des habitudes de ce caffre ne peut s’accorder avec les formes de l'aigle Verreaux.

8° L’AIGLE GRIFFARD (1) est une espèce dont on est redevable aux courses aventureuses de Levaillant, dans le pays des grands namaquois. C’est dans la Cafrerie que vit presque exclusivement le griffard, remarquable par la blancheur de son plumage sous le corps, tandis que le dessus semble tigré, par le mélange de blanc et de brun. Toutefois le dos et les couvertures de la queue sont bruns. Il n’y a pas d'autre différence entre le mâle et la femelle, si ce n’est que cette dernière est d’un tiers plus grosse que le mâle. Cette race vit par couples, qui perchent sur la cime des plus grands arbres, où ils bâtissent leur aire en lui donnant une forme de planciier. La femelle pond deux œufs, entièrement blancs, qu’elle couve avec sollicitude.

Pendant qu’elle remplit ces fonctions, le mâle veille à ses besoins et à ceux de la progéniture. Les griffards perchés poussent fréquemment des cris aigus et perçants, entremêlés de cris rauques et lugubres.

9° L’AIGLE MALAIS (?), adulte, a son plumage en-

() Aquila armigera, Lev., Af. pl. 1. Falco armiger, Shaw. :

(2) Falco malayensis, Reinw., Temm, 117, 5

tièrement brun, couleur de suie, plus ou moins noirâtre, suivant l’âge des individus. Les pennes de la queue seules sant marquées de quelques grandes lunules blanchâtres, et les rémiges sont rayées de blanchâtre. Cet aigle chasse aux oiseaux, aux reptiles, et même aux insectes. Il habite les îles de la Sonde, Sumatra, et Java notamment.

400 L’AIGLE AUSTRALIEN (1) semble faire le passage des aigles aux pygargues, car ses tarses ne sont pas complétement vêtus. Sa queue assez longue, de couleur fauve, très étagée, dessine une sorte de cône. Son plumage est d’un brun noirâtre, varié de roux doré assez clair, ou de jaunâtre. La gorge et le devant du cou sont d’un brun noirâtre, la tête et la nuque d’un beau roux doré. Sa taille est de deux pieds six pouces. Cet aigle habite la Nouvelle-Hollande.

44° L’AIGLE INDIEN (?) a été observé dans les montagnes de Vindhvan , situées entre Bénarès et Guerrah Mundela, dans l’Inde continentale. Son plumage est varié de brunâtre, tandis que la tête, la poitrine, les rémiges secondaires et la queue sont d’un brun plus foncé. Celle-ci se trouve être bordée d’un liséré blanc à son extrémité. Les pennes primaires sont noires, et les plumes de la tête et du cou, légèrement lancéolées, sont d’un roux pâle.

420 L’AIGLE A DEUX RAIES (3) est encore une espèce de l'Inde qu’on trouve figurée dans la Zoologie indienne du général Hardwicke. L’iris est d’une couleur d’ocre jaunâtre, teintée de brun. Les jeunes ont une coloration plus claire que les adultes. Le colonel Sykes a trouvé le corps d’un rat avalé tout entier dans l’estomac de ce rapace, qui a vingt-huit

pouces de longueur, sans y comprendre la queue qui en a dix.

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