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LES PYGARGUES, OU AIGLES PÉCHEURS

Ont été distingués des véritables aigles par un naturaliste d’une sagacité rare et incontestable, M. Jules-César Savigny, qui leur assigne pour caractères d’avoir : une cire lisse, des narines lunulées et transverses, des tarses épais, nus et garnis d’écailles. Ils se nourrissent d’animaux vivants ou morts, de charognes. Quelques uns fréquentent les rivages pour y vivre de poissons. Les espèces les plus anciennement connues sont celles qu’a décrites Buffon sous les noms d’orfraie ou de grand aigle de

(°) Falco fucosus, Cuv., t. IE, @. 4. Temm. 32; Trans. linn. soc., t. XV, p. 188.

) Aquila vindhiana, Franklin, Proceed., t.[, p. 114° ) Aquila bifasciata, Hardw. et Gray, z0ol. ind. ) Haliætus, Say., ois, de l'Egypte et de la Syrie, p. 8.

mer (1), que les auteurs systématiques ont mentionné par trois synonymes (?), et son aigle à téle blanche (3), si abondamment répandu dans tout le nord du globe. Le petit aigle des grandes Indes de Buffon ({), ou le garruda vénéré des Hindous (5), appartient encore à celte tribu, qui s’est enrichie des espèces suivantes :

4° Le BLAGRE (6), le même, sans contredit, que M. Temminck a figuré sous le nom d’aigle océanique (?), paroit habiter l’extrémité australe de l'Afrique, les côtes méridionales de la Nouvelle-Hollande et quelques îles de l'Océanie. Le manteau, les ailes et la première moitié de la queue sont d’un cendré noirâtre, tandis que tout le reste est blanc. Le blagre se nourrit presque exclusivement de poissons, qu’il aperçoit du haut des airs, et qu’il saisit en plongeant sous l’onde. Souvent il reste des matinées entières perché sur un rocher, et les yeux fixés sur l’eau. Il vole à une prodigieuse hauteur, d’où on l'entend pousser des cris aigus. Sa vue est tellement perçante, que Levaillant aflirme en avoir vu descendre presque des nues, et tomber en ligne droite sur des poissons qui nageoient à la surface de l’eau, et s'envoler avec les plus gros pour les manger à leur aise. Ces rapaces sont abondamment couverts d’une graisse huileuse qui donne à leur chair une saveur détestable.

2% Le PYGARGUE DE MACE ($) habite le Bengale et les Moluques. Son plumage est remarquable par le blanc pur qui recouvre le front, les joues, le menton et le devant du cou, tandis que les plumes étroites de l’occiput, celles du thorax, sont blond doré. Le dos, les ailes et le ventre sont d’un brun qui tire au marron foncé sur ces dernières parties. La queue est ardoisée en dessous et terminée par une bande brune. Les jeunes sont variés de brun roussâtre et ont la queue bordée de blanc.

3° Le PYGARGUE VOCIFER (*) a les parties antérieures du corps et de la queue d’un blanc pur, et le reste brun roux, mêlé de noir. Les plumes de la tête, du cou et les scapulaires blanches ont des côtes d’un noir luisant. La femelle a moins de noir que le mâle, Son blanc est moin: pur et le roux moins vif. Les jeunes ont du gris cendré au lieu de blanc. Le vocifer se tient sur les bords de la mer, mais plus particulièrement aux emboucliures des rivières sur

"(9 Enl. 415 et 112.

(2) Falco ossifragus, albicilla et albicaudus, Gm. (3) Enl.411 ; falco leucocephalus, Gm.; Wils. 36. (4) Enl, 416.

(5) Haliætus girrenera, Vieill., pl. 40 ; Proceed., L. IE, ad : DELLE (6) Haliætus blagrus; Lev. Af., pl. 5.

(7) PL. col. 49.

(8) Haliætus Macei, Temm,, col 8 et 223, () Haliætus vocifer ; Lew., Afriq., pl, #.

HISTOIRE NATURELLE

les côtes orientales et occidentales d'Afrique. I vit de poissons qu’il saisit en plongeant avec vélocité. Son nom lui a été donné de l’habitude qu’il a de pousser des eris fortement accentués et sur divers tons. Quelquefois il articule les syllabes ca-houcou-cou, et c’est alors un signe de satisfaction. Ce rapace est monogame, et la femelle construit son nid sur le sommet des arbres.

4e L’Acvra (), ou l'aigle noir et blanc de d'Azara (?), est un pygargue fort répandu au Brésil et au Paraguay : son plumage est, sur le corps, d’un brun plus ou moins cendré, tandis que les côtés de la poitrine sont d’un brun ardoisé, et que le dessous est blanc.

5° Le PYGARGUE LEUCOPTÈRE (3) habite les contrées les plus reculées de l’Asie, et notamment le Japon ; ses tarses sont à demi vêtus, et il est brun noirâtre, le front, la moitié supérieure des ailes, les cuisses, l'abdomen et la queue exceptés, qui sont d’un blane pur. Sa longueur totale est de trois pieds deux pouces. On ignore ses habitudes.

Go Le PYGARGUE ICHTHYOPHAGE (#), ou le jokowuru des Javanois, paroït habiter la grande île de Java et même le Bengale. Sa tête est d’un gris cendré, passant au gris brun roussâtre sur la poitrine et sur le ventre. Les ailes sont brunes et plus courtes qu’à quelques autres espèces. Le bas-ventre, les cuisses et les couvertures inférieures sont d’un blanc neigeux. La queue, légèrement échancrée et blanche, est terminée par un ruban noir. Il fréquente les bords des rivières, la Kederi notamment.

7° Le PYGARGUE DE CALEY (5) habite la Nouvelle- Galles du Sud. Il est brun roux, varié de noir. Ses rémiges sont fauves, et les recirices sont cendrées et rayées de noir. Sa longueur totale est de vingtdeux pouces.

LES CARACARAS().

Tiennent des aigles, des pygargues et des buses ; ils vivent dans le Sud, soit de l’Ainérique, au Brésil, au Paraguay , aux îles Malouines, soit à la Nouvelle- Zélande et à la Tasmanie. Leurs caractères sont assez faciles à saisir ; leur tête est plus bombée que celle des aigles et des buses, et ils n’ont pas la saillie de l'orbite aussi prononcée que les premiers; le bec

(") Temm., pl. 302; Ois. parag. 1, 43, esp. 8.

@) Spizaetus menaloleucus, Vieill., Encycl., t. TI p. 1256.

(5) Falco leucopterus, Temm. #89.

(t) Falco ichthyætus, Horsf. Zool, res. in Java, avec figures.

15) Haliwtus Calei, Vig. et Horsf., Trans. Soc, linn., LXV;, D: 180}

(6) Polyborus, Vieillot,

DES OISEAUX

est moins recourbé, moins gros et moins pointu que celui de tous les autres accipitres. Les tarses sont à peu près nus, c’est-à-dire peu vêtus au-dessous de l'articulation, et recouverts d’écailles hexagonales ; leur cire a des poils rares et les narines sont rondes ; les ailes atteignent le milieu de la queue, et celle-ci, assez allongée, a les plumes latérales plus courtes que les moyennes; la tête et le cou sont revêtus de plumes étroites et lancéolées qui peuvent se redresser. Les caracaras ont des mœurs distinctes, suivant d’Azara; ils volent horizontalement, plus bas que les aigles, plus haut que les buses ; leur démarche est aisée, leur caractère peu craintif; ils perchent sur les arbres, sur la terre et sur les toits des maïisons; ils se nourrissent de charognes, de grenouilles, de mollusques marins, de chenilles. etc.

Le type de ce petit genre, le gaviaon des Portugais, le carancho des habitants du Paraguay, est le véritable cARacarA de Marcgrave (1). Il est grand comme un bulbuzard ; a sur la tête une sorte de calotte noire, se prolongeant en huppe, le corps rayé en travers de noir et de blanc, des plumes blanches effilées sur la gorge, les ailes, les plumes tibiales et le bout de la queue noirs. La femelle place sur la cime des plus grands arbres ou dans les halliers, une aire spacieuse et presque plate, tapissée de erins, et y dépose deux œufs rouge tanné, pointillés de rouge de sang. Le caracara commun à du courage : on en voit cinq ou six individus se réunir pour attaquer un animal qu'un seul ne pourroit abattre, et il leur arrive souvent de poursuivre les vautours et de leur faire rendre leur proie.

LE CARACARA FUNÈBRE (.

S'éloigne un peu par ses caractères du précédent, pour se rapprocher davantage des buses. Sa taille est celle de l’aigle criard ; sa queue est légèrement arrondie , et les ailes atteignent les trois quarts de sa longueur. Le plumage des adultes est d’un noir profond, avec des stries blanches toutefois, sur les plumes du cou, du dos et de la poitrine. Les cuisses sont roux vif, et les pennes caudales sont lisérées de blanc : le bec est blanc, et la cire orangée. Les jeunes sont d’un blanc fuligineux, avec du roux au bas du cou, au milieu des ailes et à la queue.

Ce caracara est très commun sur toutes les terres antarctiques, et semble être le rapace le plus répandu vers le pôle sud, car on le retrouve à la Terre de Feu, aux iles Malouines, à la Nouvelle-

(:) Falco Brasiliensis, Lath., Polyborus vulgaris, Vieill., Gal. pl. 7. Jeune, Spix, pl. 1.

C) Falco novæœ Zelandiæ, Lath.; Temm., pl, 192 à 22% : Falco harpe, Forster, pl. 36, 37, 38.

Zélande, à la Terre de Diemen et au sud de la Nouvelle-Hollande.

M. Bennett a décrit (1) sous le nom de caracara à

croupion blanc (?)le jeune âge du vautour d'Angola de Gmwelin ($).

LES CHIMANGOS OÙ CHIIS ().

Sont des accipitres fort singuliers quant à leurs habitudes, et que d’Azara à fait connoître avec détails, bien que nous n’en possédions aucune bonne figure (5). Les deux espèces connues ont pour habitude de se rouler dans la poussière ou de se percher de préférence sur les arbres secs, les monticules de terre, les tas de pierres. Leur vol est lent, êt jamais on ne les voit attaquer ni les oiseaux ni les mammifères. Elles poussent l’une et l’autre, et d’une manière très répétée, les syllabes chiii; aussi leur donne-t-on ce nom sur les bords de la rivière de la Plata. Au reste, à cela près de leur taille, qui ne dépasse point celle d’un choucas, ce sont des pygargues par l’ensemble de leurs caractères. Les chimangos vivent exclusivement au Paraguay.

LE CHIMANGO (5).

N'est bien connu que depuis les voyages de M. d’Orbigny. Cet ornithologiste a publié sur lui les détails suivants :

« Le jeune et la femelle ont toujours les mêmes couleurs. Teinte générale, le roux brun; le dessus du sincipnt plus pâle, les couvertures inférieures de laile, roux jaune; le dessous jaune sale ; les rémiges brunes, variées de cette couleur sur un fond jaunâtre à leur base; les grandes tectrices presque blanches, avec quelques lignes irrégulières transversales brunes. Les tectrices ont une bande brune près de leur extrémité, bordée d’une teinte blanchâtre ; le reste de leur superficie est plus ou moins marbré de brun sur une teinte blanchâtre ; ces marbrures diminuent en nombre , à mesure qu’elles se rapprochent de la base des pennes, et sont remplacées par des lignes irrégulières , placées à distance les unes des autres. Les rectrices latérales ont peu de marbrures ; leurs lignes sont plus marquées, et leur teinte est roussâtre. Le derrière, les cuisses et le dessous de la

() Proceed. 4, 13 à 169.

2} Polyborus? Hypoleucus, Benn. ibid.

(3) Fultur angolensis.

(t) Parasifalco : Milvago, Spix.

(5) Celle de Spix est plus que médiocre.

(6) Polyborus chimango, Vieillot, Encycel. : haliætus chimango, Less., Ornith.; d’Orbigny, synops, n° 2.

queue sont jaune sale. Bec jaune ; yeux jaune roux; tarses jaune clair. Le mâle ne diffère de la femelle que par des teintes plus sombres.

» Sa longueur totale, prise sur le vivant, est de 56 à 57 centimètres, la circonférence de son corps de 19 centimètres, et son vol ou envergure de 75 centimètres.

» Il n’est pas étonnant qu’on ait long-temps confondu cette espèce avec le falco degener, Illiger, et qu'on l'ait cru de sa famille. Il est impossible de présenter plus de rapports de forme et surtout de couleur. Nous les avions nous-même confondus au premier abord; mais, en remarquant ultérieurement que le sujet que nous regardions comme le mâle ne se trouvoit qu’à Corientès, tandis qu’il y avoit seulement des femelles sur les rives de la Plata, l'étude plus attentive des mœurs de ces oiseaux, et des localités respectives qu'habite chacun d’eux, ne tarda pas à nous y faire reconnoître, avec Azara, deux espèces vraiment très distinctes, mais qui, depuis, ont encore été confondues, sous le même nom, par M. le prince Maximilien de Neuwied (1).

» Fidèle compagnon du caracara ordinaire, le chimango ne l’accompagne pourtant pas servilement partout. Nous l'avons rencontré principalement dans toute la république Argentine, depuis la Patagonie jusqu'aux frontières du Paraguay; sur la côte du Chili et sur celle du Pérou. Au sud, il se trouve jusqu’au détroit de Magellan; et dans le nord, il remonte jusque près d’Arica, par le seizième degré de latitude sud. 11 préfère les plaines aux montagnes, et à toutes autres localités, les terrains secs et couverts de buissons. Il habite indifféremment à l’est ou à l’ouest des Andes; mais il est incomparablement plus commun dans les plaines orientales que sur les montagnes de l’occident. C’est surtout dans les pampas de Buénos-Ayres et dans la Patagonie qu'il établit ses colonies les plus nombreuses. Il ne suit point le caracara dans l'intérieur des plaines chaudes de la Bolivia, ni sur les montagnes secondaires de cette république, ni sur celles du Pérou; mais, dans tous les lieux qui les retrouvent ensemble, les mœurs, les habitudes, les goûts du chimango sont ceux du caracara. Comme le caracara, il s'attache à l'homme dans ses établissements, dans ses migrations, dans ses voyages; il a le vol du caracara, ses manières vives et bruyantes, son esprit querelleur; mis ici, différent de son modèle, il ne tourmente, n’attaque, ne combat que les oiseaux de son espèce, et, sans doute en raison du sentiment de sa faiblesse, ne poursuit jamais les autres oiseaux pour les forcer à rendre leur nourriture, afin de s’en nourrir luimême. I! se montre moins fier que le caracara, sans Jui céder en familiarité, en audace et en effronterie.

() Tome HF, page 162.

HISTOIRE NATURELLE

Sa nourriture est celle du caracara, les animaux morts, les chairs rejetées des maisons des Indiens, les reptiles, les insectes, les jeunes poulets; et, comme dévastateur des basses- cours, il ne mérite et ne s’attire pas moins que lui l’animadversion des fermiers. Quant aux détails, nous nous référons à ceux que nous avons donnés dans l’article précédent, pour épargner à nos lecteurs des répétitions gratuitement fastidieuses.

» Le chimango est, après le caracara ordinaire, l'espèce la plus commune, sans qu’on puisse néanmoins, en porter le nombre même à un dixième de celui de cette première espèce. Plus marcheur que le caracara, il ne cherche pas autant les grands bois pour s’y coucher, se contentant le plus souvent du toit d’une maison, ou d’une butte élevée en terre ou en pierre. On le voit, comme nos poules, en été, se rouler avec délices dans la poussière des chemins. Il à une sorte de cri de guerre qu’on peut traduire par la syllabe chiti ; cri prolongé, cri aigu, répété continuellement, et de l’effet le plus désagréable.

» Ses amours commencent au mois de septembre ou d'octobre. Le chinmango s’éloigne alors un peu des habitations, pour déposer sa nichée sur des arbustes touffus ou même sur des arbres. Il y construit un nid volumineux, composé d’épines et de racines, et dans lequel il pond cinq à six œufs, dont les diamètres sont de 42 sur 54 millimètres. La couleur en estrougeàtre, avec des taches rouge brun, surtout au gros bout, quoiqu'il y ait quelquefois exception. La forme de ces œufs et la distribution de leurs taches les font ressembler beaucoup aux œufs des cresserelles de France, les plus familiers de tous nos oiseaux de proie, puisqu'ils nichent dans les vieilles constructions. Le chimango, à cette époque, perd un peu de son égoisme ordinaire. Il partage souventalors sesalimentsavecsa compagne, et pro&igueaux jeunes les soins les plus tendres ; mais dès que ceux-ci peuvent se suflire à eux-mêmes, il les abandonne pour ne les reconnoître jamais, et reprend sur-le-champ son caractère de voracité et d'indépendance.

» Le nom que porte cette espèce lui a été donné par les Espagnols établis sur les rives de la Plata, lors de la conquête de l’Amérique, et s’est conservé jusqu’à nos jours. Nous n’avons pu savoir s’il vient de la langue des Charruas, habitants primitifs du territoire de la Banda oriental; mais nous sommes sûr qu'il n'appartient à aucune des autres langues américaines qui, dans leurs divers dialectes , désignent aussi le chimango par un nom particulier. Ainsi les Patagons ou Tuelches le nomment yuna; les Puelches, Æéanché ( prononcez kéantché); les Araucanos de Patagonie, chiuco ou chiucu (prononcez tchioucou ou {chiouco), et ceux des Pampas, chima (prononcez tchima). Les habitants du grand

DES OISEAUX

Chaco lui donnent aussi des noms différents. Les Bocobis, par exemple, le nomment acalecta. Sur toute la côte du Chili, on l'appelle fiuké; et c’est aussi, comme nous l'avons déjà dit, le caracara-i, ou petit caracara des Guaranis. »

LE CHIMACHIMA (1).

A été l’objet d’une longue étude pour M. Alcide d'Orbigny, et nous ne saurions mieux faire que de citer textuellement la description de ce voyageur.

« Le mäle adulte est tout entier d’un jaune sale en dessous, mais celte couleur est plus vive sous les ailes, et plus pâle sur la tête et sur le croupion; au-dessus des yeux, un trait noir qui se prolonge derrière la tête ; le dos et le dessus de l'aile noir; les grandes tectrices noires aussi, mais terminées par une teinte blanchâtre; la hase des rémiges blanche; queue terminée en noir; le reste rayé de brun sur un fond gris sale aux rectrices intermédiaires ; les autres jaunâtres, sans lignes transversales; \eux blanchâtres; bec plus pâle ainsi que les tarses. Les parties nues du tour des yeux communiquant avec le bec sont d’une légère teinte rosée.

» Sa taille est de 40 centimètres. La femelle ne diffère du mâle que par des indices de bordure plus pâles aux plumes du dos et des ailes; par de nombreuses taches noires, irrégulières et transversales sous l’aile, à la base des rémiges et aux rectrices ; par un grand nombre de petites taches entre les bandes noirâtres des rectrices intermédiaires.

» Jeune de l’année : le dessus de la tête noirâtre avec une ligne jaune au milieu de chaque plume; une espèce de collier jaune sale; gorge gris sale; poitrine de même couleur, avec des lignes jaunes longitudinales, ressemblant à celles de la tête; derrière roux pâle ; tout le noir du dos de l’adulte remplacé par du brun; les plumes scapulaires présentant de plus des lignes transversales rousses; les rémiges brunes seulement à leur extrémité; le reste marbré de brun sur du blanc brun, formant des lignes transversales ; la queue ornée de dix bandes transversales brunes sur jaune sale, mais non terminée en noir, comme dans l’adulte.

» La synonymie montre combien il y a eu d’indécision sur la place que devoit occuper le chimachima, Cuvier lui-même ayant cru pouvoir le ranger en raison de l’analogie de ses formes parmi les aigles-pêcheurs ; mais puisque les savants veulent, enzoologie comme en botanique, établir des groupes naturels, revenant, encore une fois, sur la nécessité

(") Le chimachima, azara, Pax.; Polyborus chimma, Vieill., Encycl. IL, 1181 ; falco degener, Ilig.; milvago ochrocephalus, Spix,

IT

de tenir compte du genre de vie et des mœurs des animaux pour parvenir enfin à une bonne classification zoologique, nous pensons qu’en cette circonstance, comme en tant d’autres, ils auraient dû moins dédaigner l'opinion de d’Azara, observateur le plus souvent très exact et toujours consciencieux , des oiseaax propres aux contrées qu’il a parcouruesz

» Le chimachima n’a rien des mœurs des aiglespêcheurs; et, nous le répétons, tous les rapprochements qu’on pourroit tenter entre l’aigle-pêcheur et le chimachima seroient des plus forcés et des moins naturels.

» Nous avons vu le caracara ordinaire et le chimango couvrir de leurs familles éparses une surface immense de terrain. Ainsi ne fait pas lechimachima, restreint en des limites bien plus étroites. Après l'avoir renccntré, pour la première fois, sur les frontières du Paraguay, nous ne l’avons jamais vu au sud du vingt-huitième degré, ni au Chili ni au Pérou, et ne l’avons retrouvé qu’au centre de la république de Bolivia. Nous en concluons qu’il habite seulement la zone tropicale, la passant à peine de quelques degrés, et qu’il ne vit dans la zone chaude du centre de l'Amérique méridionale que sur les versants orientaux des Andes; car il n’a poussé aucune migration dans l'Ouest. Son cercle d'habitation ne s'étend pas au-delà des lieux variés de bois et de plaines, et surtout des lieux habités, quoiqu'il soit le moins familier de toutes les espèces de son genre. On ne le voit jamais, par exemple, au milieu des immenses plainescomme lechimango, non plus qu’au centre des forêts. Jamais nous ne l'avons trouvé, même sur les montagnes les plus basses de la chaîne des Andes, dans la république de Bolivia ; tandis qu’il est assez commun dans les plaines boisées de Santa-Cruz, de la Sierra et sur les petites collines de la province deChiquitos ; assez commun , disons-nous, sans trop savoir si c’est bien là le mot propre, car le chimachima n’est réellement commun nulle part. On ne le rencontre en effet qu'a de longs intervalles, soit isolé, soit par paire, sans qu’il soit même jamais aussi répandu que beaucoup d'espèces de buses. Nouscroyons donc pouvoir n’en porter le nombre qu’à un centième de celui des caracas, et à un dixième de celui du chimango.

» C’est toujours à la lisière des bois que se voit le chimachima. C'est-là qu'il s'établit, auprès d'une ferme à bestiaux ; c’est là qu’il vit aux dépens de l’homme, sans néanmoins avoir tout-à-fait les mœurs des autres caracaras. Abandonnant chaque matin les bois qui lui ont servi de retraite pendant la nuit, il vient se percher sur les poteaux des parcs où l’on renferme les bêtes à cornes et les chevaux, et regarde aux environs en poussant de temps en temps un cri aigu et prolongé, ressemblant assez à celui

que répète si souvent le chimango, et qu’on peut aussi traduire par la syllabe chitè. Confiant par habitude, quoique moins sociable que les aatres espèces, il ne eraint pas l’homme , avec lequel il vit le plus souvent, mais ne montre jamais cette familiarité et cet esprit de rapine qui rassemble les auâres espèces telles que le caracara,, le chimango et les cathartes. La plupart du temps il est seul etsemlle se complaire dans son isolement, quand près d’une maison il peut se croire maître de tout ce qui l'entoure et chercher en liberté, à terre, ce qui tente son appétit.

LES BALBUZARDS().

N’ont qu’une espèce qui semble répandue sur les rives des fleuves de toutes les parties du monde , et que Buffon a figurée pl. 414 de ses enluminares (?). Belon en avoit parlé sous le nom d’offraie. Une légère variété de cet accipitre, qui vit à la Caroline, avoit porté M. Vieillot à créer une espèce nominale sur l'autorité de Gmelin (3); enfin la Nouvelle-Hollande en possède aussi une race assez distincte par des nuances de détail dans la coloration de son plumage ; mais l’une et l’autre ne peuvent être séparées de l’espèce d'Europe quant à leurs caractères généraux.

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