C. De la membrane striée externe
» Cette membrane fine, colorée quelquefois quand la plume l’est elle-même, enveloppe entièrement, comme la gaine, les parties plus centrales de la capsule, et sa structure est en rapport intime avec l’organisation des parties qui sont en communication immédiate avec elle; elle est lisse à sa portion externe comme la face de la gaine, lisse ou striée à la face opposée, suivant les parties de la plume qu’elle recouvre, l’intervalle vide que les barbes laissent entre elles à leur extrémité, ces barbes elles-mêmes ou la face externe de la tige. Elle se détache plrs facilement de la gaîne que de la plume ; ii paroît qu’il n°y a entre elle et la première que des rapports de juxtaposition, et qu’il y en à de beaucoup plus intimes avec la seconde. D'abord ces stries ne sont autre chose que les bords des cloisons transverses, qui ne font
avec elles qu’uñ seul et même tout, et auxquelles reste ordinairement attachée l'extrémité des barbules, comme l'extrémité des barbes reste attachée ledong de la tige moyenne. Ce sont les lignes noires que form: nt ces débris de la plume qui donnent la première indication des stries sur cette membrane, quoiqu'’ils ne constituent qu’une partie accidentelle de celles qui y existent réellement.
» On ne parvient à analyser cette mémbrane, et à reconnoître tous ses caractères qu'aux parties où la plume est entièrement formée, car elle se développe avec elle, et ce n’est qu'avec peine qu’on peut la découvrir là où les barbes ne sont encore qu’à l’état de bouillie , et elle tombe en poussière comme la gaine, dès que la plume reçoit l’action de l'air. Elle est très visible sur toutes les plumes, sous les parties de la gaine qui se divisent en pellicules épidermoïdes ; mais celles dont les barbes sont rares le long de leur tige, en montrent mieux tous les détails ; c’est pourquoi les plumes de paon sont les plus favorables pour la bien faire connoitre.
D. Des cloisons transverses. :
» Ces membranes ne sont que des prolongements de la face interne de la membrane striée externe; elles servent de limites aux barbes; c’est entre elles que celles-ci sont déposées, ainsi que les barbules, qui paroissent être elles-mêmes séparées les unes des autres par de petites cloisons, lesquelles dépendent aussi des premières, comme j'ai cru m'en assurer toutes les fois que je les ai cherchées sur les plumes de paon; car ces parties sont si petites et si confuses , qu'il est fort dificile de voir clairement si ce sont elles qu’on apercoit en effet : aussi n’en parlerois-je point si mes observations n’étoient pas soutenues par les analogies, comme je n’aurois aucun égard à cellesci si les faits que j'ai eus sous les yeux ne leur avoient pas été favorables.
» Ces cloisons. comme nous l’avons dit, tiennent à la face externe de la membrane striée interne ‘de la même manière qu’à la face interne de la membrane striée externe, c’est-à-dire qu’elles en sont des prolongements ; elles leur servent ainsi de liens, et font que toutes trois ne forment qu’un même SYStème organique, dans lequel les barbes se déposent comme dans un moule, où elles s'accroissent et où elles se consolident par l'action propre de leurs molécules.
E. De la membrane striée interne.
» Ce nom ne convient aussi qu'imparfaitement à Ja membrane à laquelle nous le donnons ; elle ne paroit striée que quand les barbes ont été enlevées ou se sont épanouies, et qu'on a détaché les cloisons
HISTOIRE NATURELLE
transverses pour les entraîner avec elles ; les stries ne résultent proprement que des débris de ces cloisons, et dans son intégrité, au lieu de stries, elle présente des languettes ou des raiaures, suivant qu’on considère, indépendamment l’une et l’autre, les cloisons ou les intervalles qui les séparent. Cette membrane colorée, quand la plume l’est elle-même, revêt le bulbe. Elle est intimement unie à sa surface externe ; mais on l’en sépare par la macération, du moins partiellement. Elle naît au point où éclosent les barbes, et n'existe pas dans la partie correspondante à la face interne de la tige. A l’origine du bulbe ou de la capsule, elle est peu sensible, et reste confondue avec toutes les parties informes de la plume et de son organe producteur. Ce n’est que dans les portions moyennes du bulbe qu’elle se présente sous forme de pellicule continue, et.son caractère membraneux ne se distingue bien que dans les parties supérieures de ce dernier organe ; et si, en ce point, on veut la détacher, on voit qu’elle n’est jamais libre que dans les inter valles de deux anneaux, ou de deux cercles étroits autour desquels elle est organiquement unie. Ce sont les points par lesquels le système des membranes striées paroît lié au bulbe, et conséquemment aux vaisseaux qui les nourrissent.
» Les trois sortes de membranes que nous venons de décrire, la strie supérieure, les cloisons et la strie inférieure, présentent la même contexture. Lorsqu’on peut les considérer isolément , et les examiner de telle sorte que la lumière les traverse, on voit qu’elles sont formées de petits globules qui se touchent et qui ont une opacité plus grande que les intervalles qu’ils laissent entre eux. Ces membranes, ainsi que la gaine, paroïissent être entièrement dépourvues de vaisseaux et de nerfs.
F. Du bulbe.
» Cette partie centrale de la capsule des plumes est sans contredit la plus importante ; mais elle est aussi la plus compliquée et celle dont l’analyse offre les diflicultés les plus grandes.
» C’est elle seule qui paroïit renfermer les vaisseaux et les nerfs du système organique auquel elle appartient. C’est elle qui paroît donner directement naissance à toutes les autres portions de ce système, comme à toutes les parties de la plume; elle seule est en communication immédiate avec le reste de l’organisation.
» De cette diversité de fonctions qui ne s’exercent que successivement, résultent dans ce bulbe des modifications varices et si diverses, qu’on ne peut espérer de saisir le point précie où elles apparoissent ; et toutes les conditions qui les accompagnent et les caractérisent, qu’à l’aide du temps et des circonstances favorables qu'il peut amener. Ses change-
ble 2.
DES OISEAUX. 13
ments pendant l'accroissement d’une plume sont plus considérables que ceux d'aucune autre partie de Ja capsule ; jamais il ne se présente sous les mêmes apparences ; à sa naissance il n’est pas ce qu’il sera à sa fin, et il change encore dans tous les points intermédiaires, de sorte que pour le décrire complétement il faudroit aussi le suivre dans tout le cours du développement d’une plume, ce qui est impossible, ou sur un nombre de plumes égal à celui de ses changements, ce qui n’est guère plus praticable. D’ailleurs, toutes les plimes ne se ressemblent pas, et comme leurs différences se retrouvent dans leurs bulbes, il seroit difficile de reconnoitre sur l’un d’eux le point correspondant à celui que l’on auroit observé sur un autre. Aussi je suis loin de penser que les détails où je vais entrer renferment tout ce qu’il seroit nécessaire de savoir pour se faire une idée parfaitement complète de cet organe singulier; c’est pourquoi je ne me bornerai plus à rapporter les faits d’une manière générale, comme j'ai à peu près pu le faire jusqu'ici, ces faits pouvant, avec quelque attention, être vériliés sur toutes les plumes. Dans les particularités que je vais décrire, j’indiquerai les espèces de plumes qui me les auront présentées, et les espèces d’oiseaux d’où j'aurai tiré ce: plumes. »
Première observation. — Une grande penne de l'aile d’un marabou, cemplétement formée et desséchée, mais où ne se trouvoit que la moitié de son tube, l’autre ayant été détruite accidentellement, a présenté, depuis la partie inférieure de ce qui restoit du tube jusqu’à l'extrémité de sa tige, une succession de cônes épidermoïdes entiers et dans un parfait état d’intégrité jusqu’au tiers de la tige; à partir de ce point, ils étoient réduits, par le desséchement, à de simples pellicules concaves, à de simples godets. Ces cônes s’enfiloient les uns et les autres dans toute la partie où leur forme primitive s’étoit conservée; de telle sorte que le sommet du premier, s’attachant à l’intérieur du sommet du second, celui-ci au troisième, et ainsi de suite jusqu’au dernier, il en résultoit d’abord un tube ou canal continu jusqu’au cône qui se trouvoit au-dessous de l’ombilic supérieur, cône qui, n'ayant point de prolongement tubuleux, étoit hémisphérique, fortement attaché aux parois de l’ombilic, en dehors duquel se montroïent des rudiments d’autres cônes appliqués contre Ja face interne de la tige et adhérents à ces mêmes parois. Au-delà de ce cône hémisphérique, dans l’intérieur de la tige, se continuoit la série de cônes dont nous venons de parler; les premiers réunis par leur pro- Jongement tubuleux , et les autres isolés par la privation de ce prolongement.
Deuxième observation. — Une autre penne de l'aile d’un marabou, dont toute la tige étoit formée, mais qui n’avoit encore qu’une partie de son tube, avoit toute l'étendue de celui-ci remplie par un bulbe
qui paroissoit surtout composé de fibres blanches longitudinales, molles et élastiques; des vaisseaux et des nerfs pénétroient dans son intérieur par l’ombilic inférieur et rampoient à sa surface; il se terminoiten pointe à l'endroit où les dernières portions de la matière spongieuse de la tige avoient été déposées, et on voyoit à sa surface une matière blanche opaque, légèrement nacrée. Son sommet éloit couronné par un cône membraneux, qui ne communiquoit avec lui que par sa base, laquelle étoit attachée au point où le bulbe se rétrécissoit pour se terminer en pointe. D’autres cônes membraneux venoient ensuite, et paroissoient n'avoir pas d’autres contacts entre eux, et, avec le premier, que le rapport que
“celui-ci avoit avec le sommet du bulbe; ni l’un ni
l’autre n’avoit de prolongement tubuleux. Le cône contigu à l’ombilic supérieur avoit en ce point sa membrane engagée entre la matière spong'euse et la malière cornée, dans le trajet de trois à quatre lignes où elle étoit colorée en rouge. A l'endroit où, par cette espèce de canal, elle se trouvoit sortie ce l'intérieur de la plume, on voyoit une seconde série de cônes membraneux, enfilés les uns dans les autres au moyen de leur prolongement tubuleux, et recouverts extérieurement par la membrane striée interne.
Des cônes semblables à ceux qui couronnoient immédiatement le bulbe se trouvoient dans l’intérieur de la tige, au-delà du point correspondant à l’ombilie supérieur , et ils ne paroissoient pas plus que les derniers conserver des traces de leur tube central et commun.
Troisième observalion. — La penne de la queue d’un hocco, longue de quatre pouces, et encore complétement renfermée dans sa capsule, ayant été ouverte le long de la ligne moyenne, m'a présenté un bulbe cylindrique, nu à sa partie inférieure, et revêtu, dans tout le reste de sa longueur, de la membrane striée interne.
Ayant procédé de bas en haut, et dans le sens de la ligne moyenne, à l’enlèvement de cette membrane strice, je fus conduit, par l’incision d’une premiére partie, sous la portion qui lui étoit immédiatement supérieure, de celle-ci sous celle qui la suivoit, et ainsi de suite jusqu’au point où je ne rencontrai plus que des cônes membraneux. En cherchant à écarter les bords de cette membrane ainsi incisée dans cinq parties successives du bulbe, je la trouvai brisée transversalement au bord inférieur de chacune de ces parties ; coupant alors cette ‘ membrane en travers, ses bords se renversèrent, et je vis qu’elle ne constituoit que la partie externe de cônes qui se recouvroient les uns et les autres dans la plus grande partie de leur étendue où ils n’étoient point striés, et que chacun d’eux renfermoit une substance pulpeuse qui varioit de couleur et de
consistance à mesure qu'on s’élevoit. Enfin, chacun de ces cônes étoit fixé par son bord inférieur à celui qui le précédoit, au point où se fixoit sur celui-ci la membrane striée, d’où résultoit la bride circulaire que nous avons dû inciser pour les ouvrir.
Le premier cône, en commençant pir la partie inférieure du bulbe, recouvroit la sommité conique de celui-ci, qui n’étoit point formé de cônes, mais dont la portion de substance blanche, opaque, fibreuse, présentoit le caractère du bulbe dans son état primitif d'activité. Le second cône renfermoit une matière qui n’avoit plus d'apparence fibreuse, et qui ressembloit à une pulpe blanche et légère ; le troisième contenoit cette même matière pulpeuse, mais elle avoit une teinte lilas; sur le quatrième, cette matière étoit rouge et moins abondante que sous les cônes précédents; enfin le cinquième étoit presque vide, et le peu de matière pulpeuse qu'on y rencontroit étoit aussi rouge. Les cônes qui suivoient étoient entièrement vides.
Quatrième observation. — Dans l'observation précédente, quoiqu'on ait vu que les cônes pénétroient les uns dans les autres, on ne pouvoit pas cependant reconnoitre exactement leurs rapports ; pour atteindre ce but, j’enlevai la matière pulpeuse de chaque cône, et alors je vis que chacun d'eux se prolongeoit en un tube étroit, et que les tubes des cônes inférieurs allant se réunir aux tubes des cônes supérieurs, il en résultoit un canal continu qu’on pouvoit suivre depuis le premier cône jusqu’à ceux dont le desséchement amenoit la destruction de cette espèce de canal. C’est pour donner une idée claire et faire concevoir facilement les relations de toutes les parties constituantes du bulbe que je viens de décrire, que M. F. Cuvier à tracé une coupe fictive , mais qui pour cela n’en est pas moins vraie. On voit les membranes coniques se diriger de bas en haut en convergeant, suivant un angle aigu, et aboutir toutes au canal central qu’elles forment par leur réunion , et l'intervalle qui sépare les cônes non encore vides, est rempli par la pulpe plus ou moins colorée qui vient d’être mentionnée.
Cinquième observation. — Une seconde penne de la queue d’un hocco, qui avoit une gaine de deux pouces et demi de longueur, et dont le développement éloit parvenu au point à peu près où la face externe de la tige est formée, mais où cette tige n'est pas encore toute remplie de matière spongieuse, à sa partie inférieure du moins, a présenté un bulbe charnu, de deux pouces de longueur, surmonté par cinq cônes membraneux qui occupoient Ja longueur d’un pouce ; il étoit entièrement revêtu de la membrane striée interne, qui devenoit toujours d’autant plus distincte qu'on s’élevoit davantage vers les cônes membraneux. Cette membrane
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enlevée a laissé voir, dans toute sa longueur, le caractère fibreux propre au bulbe dans les premiers temps de sa formation, et les cônes n’avoient des rapports entre eux que par leur base; ils étoient privés de prolongement tubuleux , et leur sommet étoit libre.
Sixième observation. — Une autre penne de même espèce , et arrivée au même degré de développement, a montré, au point correspondant à la naissance des barbes, l’origine de filets noirs ( la
plume avoit celte couleur) qui suivoient la direction
du bord de ces barbes, et comme s'ils eussent pris part à leur formation. On détachoit sans eflorts ces filets intermédiaires à la membrane striée et aux barbes, en suivant la direction de celle-ci.
Septième observation. — Le bulbe avoit une adhérence avec toute la surface interne de la tige ; mais un léger effort suffisoit pour l’en détacher, et comme les bords üe cette partie de la tige se relevoient et que le bulbe les embrassoit, il en résultoit, pour ce dernier, deux rainures très marquées dans toute sa longüeur, et très lisses, les bords de la tige l’étanteux-mêmes. Les parties latérales du bulbe qui s’étendoient au-delà des rainures étoient minces et frangées, et la partie moyenne, correspondante à la strie de la tige, étoit en saillie et striée comme cette dernière. L’une étoit le moule et la contre-épreuve de l’autre. Il résulte de là que ce bul' e se composoit d’une partie supérieure et d’une partie inférieure formée elle-même d’une portion moyenne striée, et de deux parties latérales lisses et frangées, qu’on désignera par le nom d’ailes.
La tige, à son origine inférieure, étoit mince, unie, d’une apparence membraneuse , et enduite d’une couche de matière noire, A deux ou trois lignes plus haut, naissoient les stries longitudinales dont nous venons de parler, et qu’on suivoit jusqu’au point où elles étoient entièrement cachées sous la matière spongieuse. Ses bords ne se relevoient que graduellement : à leur origine, la matière cornée n’étoit point encore sensible; mais plus on s’élevoit, plus cette matière devenoit abondante ; elle avoit de la mollesse, s’enlevoit par lanières minces, et les bords se rapprochoïient en s’épaississant, jusqu’au point où ils se réunissoient pour former la face interne de la tige. La matière spongieuse la plus nouvelle avoit déjà toutes les qualités principales qui distinguent la plus ancienne ; seulement sa mollesse la rendoit semblable à une pulpe. Aussi, après avoir enlevé le bulbe de sa tige, trouvoit-on que plusieurs portions de cette matière y étoient restées et qu’elles remplissoient les stries de cet organe.
Tels sont les faits qui paroissent les plus importants à extraire des recherches de M. Fr. Cuvier sur le bulbe , et desquels on doit croire qu'on peut, jus:
qu’à un certain point, déduire sa structure et ses caractères essentiels.
L'examen du bulbe des plumes à tige tubuleuse nous donne l’explication du bulbe des plumes à tige solide, quoiqu’en apparence plus compliqué, précisément parce que ses parties sont séparées , et que l'analyse en semble naturellement faite. En effet , si les bulbes de ces deux sortes de plumes ne se ressemblent point, ils produisent cependant les mêmes matières, d’où il est simple de conclure qu’ils sont essentiellement les mêmes, que leur nature est absolument identique.
Ainsi , le bulbe doit être considéré comme un organe double, c’est-à-dire qu’il a une portion antérieure et une portion postérieure, depuis le point où la tige et les barbes naissent, jusqu’à celui où elles finissent , depuis l'extrémité originelle de la plume jusqu’à son ombilic supérieur. À partir de ce point jusqu’à l'ombilic inférieur, il devient simple et uniforme dans toutes ses parties, et celle portion simple du bulbe ne communique jamais qu'avec le tube. Dans les plumes à tige tubuleuse , la portion antérieure du bulbe est entièrement séparée de la postérieure, tandis que dans celles à tige pleine, la première est intimement unie à la seconde ; mais, dans les unes et dans les autres, ces portions de bulbe conservent les mêmes rapports : l’une est en communication avec la partie centrale de la tige, l’autre en revêt la face interne. D'où il suit que nous devons considérer la partie moyenne de la portion antérieure des bulbes simples comme l’analogue de la portion antérieure tout entière des bulbes doubles. Leur section postérieure est formée des ailes et de toutes les parties que la merbrane striée interne recouvre.
La tige et les barbeszétant les premières parties de la plume qui paroissent , c’est aussi la portion du bulbe qui les produit qui se montre la première, et comme la plume se développe successivement en longueur, le bulbe se développe de même; mais une fois que la région la plus avancée a rempli sa destination, elle s’oblitère , se dessèche, et disparoît votontiers. En effet, tant que le bulbe est actif, il présente, outre les vaisseaux qui pénètrent dans son intérieur ou qui rampent à sa surface, des fibres longitudinales , blanches, molles, élastiques, qu’on peut comparer aux fils d’une toile d’araignée; et son activité semble principalement résider à sa base et dans une partie assez restreinte de sa longueur. Aussitôt que son activité s’afloiblit, l'endroit où ce phénomène se passe change de nature, des membranes, en forme de cônes très allongés et qui semboîtent, se développent et se remplissent d’une malière pulpeuse, laquelle disparoît petit à petit, à mesure que ces cônes, de blanc et d’opaque qu’ils étoient d’abord, se dessèchent et deviennent trans-
parents. Pendant un temps, ces cônes communiquent entre eux par un tube central ; mais ce tube s’oblitère plus ou moins rapidement, suivant les plumes , et sans doute aussi suivant l'influence de plusieurs circonstances diverses qu’il seroit important d'apprécier,
G. Du développement des plumes.
Ce sont des observations que M. Fr. Cuvier rapporte, les plus concluantes de celles qu’il a été à portée de recueillir qui doivent servir pour lexplicatien du développement des plumes, de ces singu-
liers produits organiques, que les oiseaux seuls
présentent, et ce, dans tous les cas; car les téguments piliformes, qu’on trouve chez certains oiseaux et qu’on a considérés comme des poils, ne sont que des plumes dépourvues des barbes.
Malheureusement, ces observations sont bien in-
ufisantes pour qu’il soit possible d'atteindre le but qu’elles ont pour objet ; elles doivent cependant en rapprocher, et si elles ne peuvent le compléter, dit M. Fr. Cuvier, présenter une explication dans les termes les plus propres à faire distinguer soigneusement ce qui est fondé en fait de ce qui n’est que conjectural.
La plume naissant dans un état complet de mollesse et d’imperfection à la circonférence inférieure du bulbe et de la gaine au point où ces deux parties se confondent, et ne présentant encore alors que la face externe et cornée de la tige, les barbules et peut-être le bord externe des barbes, il est manifeste que c’est de ce point qu’elle tire son origine, et que c’est par la face externe qu’elle commence , et que c’est du même point que sortent successivement toutes les autres parties qui la constituent. C’est un fait que nous devons prendre tel qu’il nous est donné par l'observation, et au-delà duquel on ne pourroit remonter que par des hypothèses dont nous devons nous garantir : il faut être plus confiant dans ses propres forces ou plus riche de sciences que nous le sommes pour nous le permettre.
Mais si c’est du cercle ombilical que sortent les premiers rudiments de toutes les parties de la plume, c’est le reste du bulbe, produit en même temps qu'eux , qui les nourrit et les accroît, qui en forme tout-à-fait d’autres, et qui fait acquérir à la plume le développement qu’elle peut atteindre ; car ces parties n'arrivent à leur terme qu’au point où la gaîne, comme tout ce qu’elle enveloppe, est arrivée à un état de dessiccation tel qu’elle puisse tomber en lambeaux ou en poussière; or, nous avons vu des bulbes actifs non réduits à l’état de cônes membraneux de plusieurs pouces de longueur.
Dans les premiers instants de leur formation, la
16 HISTOIRE NATURELLE
face externe de la tige paroît avoir toute son épaisseur; mais les barbes, si elles existent, sont réduites à leur bord externe et aux barbules qui y sont altachées; les membranes striées, comme les cloisons
transverses, se confondent avec les barbes, du moins -
pour nos instruments. Une fois en contact avec le bulbe, celui-ei fournit à la nutrition de toutes ces parties, aux membranes striées interne et externe, à leurs cloisons transverses, par la bride circulaire, seul point de communication entre le bulbe et ces membranes, comme l’a fait voir la troisième observation, aux babes par les bords latéraux de sa portion postérieure; car les fisets noirs, que la sixième observation a démontrés, ne paroissent guère pouvoir se rapporter à autre chose qu'à la lame des barbes ; ils pénètrent entre les cloisons transverses, et naissent dans l'intervalle des points où celles-ci s’attachent elles-mêmes à la matière cornée des faces internes et latérales de la tige, par la surface inférieure de ses ailes, enfin à la matière spongieuse par sa portion antérieure.
On diroit même que l'origine des barbes a quelque c 10se de commun avec celle des faces latérales de la Uge, car lorsqu'on les arrache dans une direction parallèle à la tigeet en se dirigeant contre le tuyau, elles entraînent avec elles une partie de la lame cornée qui revêt ces faces latérales, surtout si l’effort est lent, et elles laissent la lame cornée de la face externe dans un parfait état d’intégrité.
Le bulbe naît simultanément avec la partie externe de la tige, les barbes et leurs membranes; et dès le premier instant de son apparition , il sée ète et dépose les diverses matières qui doivent résulter des forces qui agissent en lui. Cependant la capsule se développe, croit en longueur avec tout ce qu’elle contient, et bientôt sa gaine se décoifle, desséchée à son extrémité parce que le sommet du bulbe cesse de vivre, et qu’en cette partie la plume est tout-àfait formée. Alors l’extrémité de la tige paroît, et les premières barbes s’épanouissent, avec leurs membranes et les cônes réduits à de simples pellicules transparentes , qui tomberont bientôt, ainsi que ces membranes, par l'effet du contact de l’air et du frottement des corps extérieurs.
Dans les plumes à tige pleine, la face interne de la tige ne se forme que successivement ; elle commence par ses bords, et finit par sa partie centrale; et à mesure que sa portion spongieuse se dépose, le bulbe s'oblitère à sa face antérieure , les bords de la tige se rapprochent, et celle-ci ne se trouve plus recouverte que par les ailes productrices de la matière cornée, C’est le rapprochement de ces bords qui forme la rainure des tiges dont nous parlons. Dans les plumes à tige tubuleuse, la portion antérieure du bulbe , déposant tout autour d’elle la matière spongieuse, il ne se forme point de semblables
rainures, dans le plus grand nombre de cas du moins; la forme de la face interne de ces tiges dépend uniquement de celle de la partie du bulbe qui produit la couche cornée.
els sont les phénomènes qui se manifestent aussi long-temps qu'a lieu le développement de la tigeet de ses barbes; mais une fois que ces parties ont cessé de se produire, il s’opère tout-à- coup un changement considérable : le bulbe se simplifie, sa portion postérieure se rétrécit graduellement, les barbes deviennent de plus courtes en plus courtes, les deux lignes sur lesquelles elles naissent se rapprochent en même temps que la face externe de la tige s'étend et s’arrondit en tube; et arrive le moment où le bulbe, comprimé par ce rapprochement, ne tient plus à la partie qui jusque là a produit les barbes et la couche cornée de la face interne à sa portion postérieure, en un mot, que par un léger pédicule qui reste entre la matière spongieuse et la
“cornée, c’est-à-dire dans l’ombilic postérieur. Ainsi,
dans les plumes à tige solide, la partie antérieure du bulbe ne produit pas de matière spongieuse, d’une manière sensible du moins, au-dessus de l’ombilic supérieur, celle-ci étant détruite, ou pour mieux dire, oblitérée en même temps que la portion postérieure, tandis que dans les plumes à tige tubuleuse cette portion antérieure , se continuant immédiatement avec le bulbe du tube, reste plus long-temps vivante, et la matière spongieuse se dépose encore long-temps après que les barbes ne naissent plus et que l’ombilic supérieur est fermé. Dès que les barbes cessent d’être produites, la partie cornée de la face externe de la tige se dépose en abondance dans toute la circonférence du bulbe, et le tube se dessine. Dans cette formation, la gaine ou ses parois internes s'unissent au tube, et c’est de la réunion de cette gaine et de la matière cornée que ce tube se constitue, comme nous l'avons vu dans nos observations sur la gaine. |
Enfin, le moment arrive où la capsule a produit tout ce que la somme de vie dont elle étoit pourvue lui permettoit d'émettre; elle se rétrécit par degré, le tube suit ce rétrécissement et finit en une pointe plus ou moins obtuse, au milieu de laquelle est l’ombilic inférieur.
Conclusion. — Les détails imparfaits dans lesquels on étoit entré sur la structure de l’organe producteur des plumes suffisoient déjà pour montrer le peu de ressemblance qui existe entre lui et lorgane producteur des poils, en admettant la structure de ce dernier telle qu’elle a été donnée dans les ouvrages où l’on s’en est occupé d’une manière spéciale. Ceux qui viennent d’être exposés achèvent de montrer les nombreuses différences qui existent entre ces deux organes, et éloignent bien davantage la plume du poil que ne devroient le faire penser les
DES OISEAUX
premières analogiesi qu’on avoit cru reconnoître entre ces parties.
Ainsi, les plumes et les poils ont recu ia même destination ; ils résultent l’un et l’autre d’une excrétion de mêmes matières ; enfin, leur organe produc: teur a une origine commune; mais il n’y a aucune ressemblance dans leur structure, dans la manière particulière dont ils sont produits, dans l’organe qui en fournit la matière et qui la dépose. Rien, en un mot, dans l’organe producteur des plumes, ne pourroit donner une idée de la formation par cônes successifs des poils, comme rien dans l’organe producteur des poils ne pourroit expliquer la formation de la tige, des barbes et des tuyaux de plumes.
Tant que la capsule des plumes ne consistoit qu’en un cône plus ou moins allongé et renfermé dans un étui, ainsi qu’on l’admettoit, on pouvoit, à la rigueur, regarder la plume sécrétée par ce cône comme étant elle-même une succession de cônes; seulement les molécules déposées par cet organe s’arrangeoient en tige, en barbes, en barbules, etc.; aujourd’hui une telle supposition ne pourroit se soutenir, et il n’y a rien dans la sécrétion d’une plume qui ressemble le moins du monde à un cône; et si jamais les téguments des animaux étoient soumis à une classification et à une nomenclature régulières, on ne pourroit donner aux plumes le nom générique de poils, ou réciproquement, que par le plus étrange abus de langage, du moins dans l’état actuel de nos connoissances sur la structure de l’organe producteur des poils ; car il ne seroit point absolument impossible qu’une étude plus exacte de cet organe ne fit découvrir entre lui et l'organe producteur des plumes, des ressemblances que rien n’autorise à y reconnoître aujourd’hui ; mais, dans cet état de nos connoissances, y a-t-il une parité quelconque entre les deux organes que nous comparons ? On ne manqueroit pas de raisons pour en douter. Le poil, tel qu’on le conçoit, ne semble demander pour son développement que l’activité de la papille du derme qui lui donne naissance, qui le sécrète. Cette papille conique produit des cônes successifs dont la réunion forme le cylindre du poil , et celui-ci sera d'autant plus long et plus épais que la papille conservera plus longtemps son activité et sera plus grosse. Pour cela elle n'a besoin ni d’une organisation plus compliquée, ni même d’un développement plus grand, il lui suffit d’un peu plus de vie que dans le cas où elle seroit improductive. Or, ce n’est pas la papille du derme qui, chez l’oiseau, produit la plume; il faut à celleci un organe spécial, et la papille ne sert que de base à la capsule productrice des plumes. C’est sur
elle que cette capsule prend naissance, croît, gran- :
dit, et sans doute à l’aide de ses vaisseaux, qui alors acquiérent un développement nouveau. Mais il n’y
a entre la papille et la capsule aucun autre rapport, [LR
et, dans l’organisme animal, parce que les vaisseaux d’une partie en nourrissent une autre par leur extension , ce n’est pas une raison pour que ces deux parties soient identiques.
En effet, la capsule et la papille dermique semblent-deux organes très distincts. La seconde subsiste toujours, fait partie constituante du derme, l’autre n’est que fortuite et temporaire ; l’une naît avec l’animal et dure autant que lui, l’autre est une création passagère qui se renouvelle périodiquement, et dont une foule d’occasions peuvent empêcher la formation ou modifier la structure.
Ainsi, la capsule productive des plumes vient s'ajouter à ces autres organes, si propres à exciter l’étonnement, qui naissent comme elle de toute pièce par le fait d’une sorte de création nouvelle, dont le principe est dans les parties dont ils dépendent essentiellement, mais que rien, absolument rien, ne manifeste avant ses effets, et on ne sauroit nier la formation spontanée de cette capsule sans se livrer aux hypothèses les plus arbitraires et les plus contraires au véritable esprit des sciences d’observation. Il en est véritablement de cet organe comme des bois du cerf dont aucun indice, avant leur apparition, n’annoncçcoit ni les formes ni même l'existence future, et ce phénomène est le même que celui du développement successif de toutes les parties des corps organisés.
On seroit cependant loin encore de concevoir tout ce que l’organe producteur des plumes peut avoir d'influence sur l'existence des oiseaux, si l’on se bornoit à l’envisager dans sa complication. Combien n’étoit-il pas plus étonnant pour son développement, quand on songe qu’il acquiert constamment la longueur des plumes, qu’il ne cesse point de croître pendant qu’elles se développent elles-mêmes; qu’il est des oiseaux chez lesquels toutes les plumes se renouvellent chaque année, et pour ainsi dire en quelques jours; que parmi celles-ci on en trouve de plusieurs pieds de longueur, et que des époques fixes sont marquées pour ces renouvellements ; c’est-àdire que les papilles du derme sont alternativement douées d’une activité prodigieuse et condamnées à un repos absolu.
$ IV. Nature des ongles, ergots, etc.
Les ongles manquent chez presque tous les oiseaux aux phalanges des mains, bien que quelques espèces, telles que les martinets, par exemple, en aient un au pouce et au premier doigt seulement. Ces ongles sont communément pointus et acérés. Les deux premiers doigts de l’autruche ont chacun un ongle puissant et fortement recourbé; ceux de quelques vanneaux sont aigus, et le kamichi surtout en possède un très robuste implanté au carpe. Les pieds
ne sont presque jamais privés d'ongles, si l’on doit en excepter toutefois les roulouls, dont le pied est complétement inonguiculé. Les habitudes des oiseaux entrent pour beaucoup dans la force et les proportions des ongles, et c’est ainsi que les marcheurs, par exemple, les ont droits, épais et obtus; les occipitres, recourbés, crochus et acérés; aussi les nomme-t-on serres, parce qu’ils servent plus à retenir la proie que ces oiseaux déchirent, qu'à marcher. L'ongle du pouce s’allonge parfois dans quelques genres , au point d'acquérir une taille disproportionnée avec celle des autres doigts; tel est le cas des jacanas, dits aussi chirurgiens, parce que cet ongle imite une lancette, tant il est pointu, laminé et aiguisé. Les alouettes ont encore un ongle postérieur du double plus long que ceux de devant. Souvent ce- Jui du doigt médius se trouve élargi et dentelé à son bord interne. Cette particularité se fait remarquer surtout chez les hérons et les engoulevents.
Quelques oiseaux ont la tête surmontée par des cornes, tels que le faisan népaul, ou bien ont les tarses armés d’ergots robustes, ainsi qu’on en a des exemples dans les gallinacées et les francolins entre autres. Ces organes paroissent être formés par l’agglutinement des plumes feutrées et serrées, à la manière des poils qui constituent la corne.
L’enveloppe cornée du bec, ou r’enduit solide et épaissi qui revêt les deux mâchoires, est de même nature que les ergots et les ongles. M. Geoffroy Saint-Hilaire admet même (Système dentaire des mammifères et des oiseaux, Paris, 1824) que ce revêtement des os maxillaires a l’analogie la plus prononcée avec les dents. En examinant des fœtus de perroquet, il a vu que le pourtour des mâchoires étoit garni de corps blancs, ronds et régulièrement placés, au nombre de dix-sept en haut et treize en bas, de sorte que les plus antérieurs, qui sont très petits, ressemblent à des incisives, tandis que les postérieurs, plus épais et moins génés dans leur développement, remplacent les molaires , étant arrondis et moins tuberculeux. Or, M. Geoffroy s’est assuré de l’analogie de ces corps avec les dents, en recherchant au-dessous d'eux, dans les alvéoles, les cordons formés de vaisseaux et de nerfs qui y aboutissent. Mais en vieillissant la matière cornée empâte ces dents rudimentaires, et dans l'oiseau adulte on ne remarque plus sur les bords des mandibules qu’une masse cornée, à travers laquelle toutefois on peut encore, en procédant avec soin, découvrir quelques traces du passage des vaisseaux. Enfin, M.Geolffroy Saint-Hilaire a retrouvé ce système dentaire bien manileste chez l’autruche, le casoar, l’oie, les canards, la poule, le toucan, le harle, etc.