LES PARADISIERS
La famille des oiseaux dits de Paradis, les paradisæi de l’ornithologiste Vieillot, ne forme qu’un seul genre dans les écrits sur les oiseaux de la plupart des auteurs systématiques. Cette famille répond
() GL leucoptera , Temm., pl. 265.
e) Gl aterrimus, Temm,, texte, p., col.
(3) GL temnura , Temm., pl. 337.
(4) Temia, Levaill. : crypsirana, Vieill.: phrenotrix, Horsf., res. in Java.
(5) Levaill., Afr., pl. 56 : corvus varians , Lath. : corvus caudatus, Shaw : crypsirina varians, Vieill., Gal., pl. 106 : phrenotriz temia, Horsf., Java,
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DES OISEAUX
à l’ancien genre paradisæa de Linné, de Gmelin, de Latham, de G. Cuvier, de Lacépède, de Duméril, de Daudin, d’Illiger, de Temminck, de Ch. Bonaparte, genre que Brisson nommoit manucodiata. Lacépède le premier proposa de changer le nom d’oiseau de paradis en celui plus simple de paradis tout court, auquel plus tard on a dû substituer le nom de paradisiers. Cette famille étoit rangée par M. Duméril dans sa Zoologie analytique avec les passereaux plénirostres ou pléréoramphie, entre les mainates et les rolliers, non loin des corbeaux et des pies. Illiger, dans son Prodromus, admet le genre paradisæa dans sa quatorzième famille, ou celle de coraces, entre les coracias et les gracula. M. Cuvier éleva ce genre au rang de famille à la suite des rolliers dans ses passereaux conirostres. M. Vicillot, en 1816, proposa dans l’ordre des sylvains de la tribu des anirocdatyles, une quatorzième famille ou celle des manucodiates, entre les canonculés du glaucopes et les coraces ou corbeanx. M. Temminck se borna à fixer la place de cette famille parmi les omnivores, entre les martins et les stournes. M. Latreille, en 4825, modifia légèrement les idées de M. Cuvier, et se borna à ranger les oiseaux qui nous occupent dans la famille des passereaux conivostres après les mainates et avant les stournes.
Nous pourrions encore allonger le tableau que nous ne faisons qu’indiquer, de toutes les fluctuations que le genre paradisæa a éprouvées dans les méthodes ou les systèmes des ornithologistes ou des poiygraphes, mais sans aucun résultat pour la connoissance intime des oiseaux de ce groupe. Depuis Linné, en effet, les especes du genre paradisæa ont, quel que soit leur petit nombre, singulièrement varié dans les livres suivant les idées dominantes des méthodistes. Linné lui-même avoit entassé dans son genre paradisæa des volatiles qui appartiennent à d’autres tribus, et les auteurs modernes ont rejeté dans des familles très diverses plusieurs oiseaux qui sont de vrais paradisiers. De ces ballottements sans nombre sont nés ces fluctuations et cet arbitraire dans leur classification, qui rendent l'étude de cette riche et somptueuse famille aussi difficile qu’incertaine, aussi vague que remplie de détails contradictoires.
Pour fournir quelques exemples des hésitations dont le genre paradisæa a été l’objet, il nous suffira de signaler la synonymie de certaines espèces ; ainsi le paradisæa tristis, ou le martin de l’ile de France, est un oiseau de paradis; pour Latham un gracula ; un pastor pour Temminck, et ce qui revient au même, un acridotheres pour Vieillot. C’est en effet un pastor et non un paradisæa. Le chalybé ou paradisæa viridis de Gmelin est pour Latham le paradisier chalyhé, paradisæa chalybea, et les au-
teurs modernes en font un cassican, barita ou cracli,
licus, bien qu’il doive être distingué des vrais cassicans et appartenir à notre genre phonygame, le même qu'après nous M. Cuvier baptisa du nom de chalybeus. Les oiseaux que Latham nomme paradisæa nigra et leucoptera paroissent être deux individus de la pie de paradis, dont M. Cuvier a fait un merle, et que quelques auteurs décrivent avec les stournes, sous le nom de lamprotornis qularis, bien que cette pie de paradis r’ait aucun caractère des stournes. M. Vieillot en a, avec plus de raison, constitué le genre astrapie, astrapia, regardé par les uns comme un démembrement du genre corvus, et relégué à une certaine distance des paradisiers par les autres, ce qui est à nos yeux une erreur. Le paradisæa aurea de Latham est pour Linné et Gmelin le loriot doré, oriolus aurea, et cette opinion est partagée par M. Temminck. Cependant, lorsqu'on examine tous les caractères de cet oiseau, on Jui trouve une parfaite identité avec le loriot prince-régent de Quoy , type du genre séricule, sericulus de M.Swainson ; or, la forme du bec, la longueur des tarses, les proportions des ailes et de la queue, la nature veloutée du plumage, et la membrane duveteuse des narines ne peuvent autoriser que des observateurs superficiels à réunir ces deux oiseaux avec les loriots, dont toute leur économie les éloigne. Enfin, le paradisæa alba de Gmelin et de Latham, dont Vicillot et Shaw ont fait leur paradisæa nigricans, et que Levaillant a figuré sous le nom de nébuleux, regardé par plusieurs auteurs comme un oiseau factice, ne peut toutefois se ranger dans la famille des paradisiers, Car il appartient au genre falcinelle de Vicillot dans celle des épimaques. Le mulitfil, dont les fragments ont servi à faire ce nébuleux, est en effet un oiseau type, qui, avec les ptiloris, établit une connexion intime entre la famille des oiseaux de arpadis et celle des épimaques.
Le nom de paradisier, proposé par M. Duméril dans sa Zoologie analytique, étant la traduction lit térale du motparadisæa adopté par Linné et ses con: tinuateurs, a dà être préféré à celui de paradis, que M. de Lacépède le premier chercha à faire prévaloir en place de celui d'oiseau de paradis introduit dans le langage vulgaire. M. Vieillot, dans le Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle, guidé par des analogies de formes extérieures, démembra l’ancien genre paradisæa, et proposa des coupes nouvelles sous le nom de samalie (paradisæa), de manucode (cicinnurus), de lophorine (lophorina), et de sifilet (parotia). Mais, comme nous espérons le prouver, ces distinctions ne sont point suflisantes ni assez caractéristiques.
De tout ceci il résulte une divergence dans les opinions des ornithologistes telle, qu’il seroit fastidieux d’en rechercher les motifs. On doit supposer que, presque constammentétadiés sur des dépouilleg
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‘’altérées et mutilées, ces oiseaux n’ont pu recevoir des diagnoses nettes et précises, et que, par suite, leurs descriptions incomplètes se sont prélées à toutes les idées de classements qu’il a plu aux divers ‘auteurs de proposer. Bien que l’incertitude, qui date des écrits de Linné, subsiste encore relativement à quelques espèces, toujours est-il que les détails re- ‘cueillis sur leurs mœurs et sur l’organisation de la plupart d’entre elles doivent permettre de préciser deurs caractères zoologiques en les distinguant nettement des autres oiseaux.
Considérés d’une manière générale, les oiseaux de paradis ou paradisiers présentent les particularités ‘suivantes : leur taille varie depuis celle d’un geai jusqu'aux proportions de l’alouette ; leur plumage estremarquable, non seulement par l’éclat des vives couleurs qui le teignent, mais encore par l'élégance sans pareille de sa texture et de ses formes. En général, les plumes du front et de la gorge, de même que celles qui recouvrent les membranes des narines, sont plus ou moins courtes, serrées el d’une nature tomenteuse, imitant par sa souplesse et sa douceur un tissu de velours. Les plumes des flancs s’allongent en panaches délicats et fragiles ou s’arrondissent en gemmes scintillants à leur sommet ; parfois le manteau est ample, parfois la gorge chatoie comme un émeraude ou se recouvre de lames d'or ; des brins diversiformes partent de la queue ; quelquefois enfin ce plumage est uniformément et simplement velouté; mais toujours on le distingue par une certaine laxité des plumes, laxité que l'on trouve chez tous les oiseaux de cette famille. La tête est médiocre, sans huppe, sans nudité autour des yeux ; le bec, qui est solide, est ou plus court ou à peu près de la longueur de la tête. En général , cet organe est comprimé sur les côtés, à arête légèrement recourbée et moins large que haut. Ses bords sont droits, entiers, excepté à la pointe, où les mandibules sont plus ou moins échancrées; l’inférieure est très aiguë et notablement comprimée sur les côtés. Les narines sont basales, latérales et plus rapprochées du bord que de la voûte du demi-bec supérieur. Les fosses nasales sont amples, ovalaires ou elliptiques, et fermées par une membrane recouverte de plumes très courtes et très denses qui se contiœuent avec les plumes du front. L'ouverture des narines, très étroite, se trouve percée sur le rebord des plumes veloutées. La langue est aiguë, légèrement laciniée à ses bords et surtout à sa pointe. Les ailes sont allongées, amples, robustes, bien que leurs rémiges soient obtuses ; elles dépassent tant soit peu le croupion. Leur queue est droite, médiocre et formée de douze rectrices toutes légèrement arrondies à leur sommet, excepté deux d’entre elles qui, dans quelques cas, s’allongent considérablement en brins membranacés tortillés et rigides. Leurs jambes
HISTOIRE NATURELLE
sont emplumées jusqu'aux larses, et ceux-ci sont forts et robustes. L’acrotarse est garni de longues scutelles assez larges qui se prolongent sur les doigts. Le pouce est puissant et un peu plus grand que le doigt du milieu, et ce dernier dépasse un peu les doigts interne et externe : tous sont armés d’ongles comprimés, très robustes, crochus et creusés en dessous. En général, la longueur du tarse est un peu plus grande que celle du doigt du milieu l’ongle compris; et toutes les plumes se composent de barbes garnies sur les burds de barbules extrêmement fines.
La livrée de tous les oiseaux de cette famille varie suivant les sexeset les âges. Les mâles dans leur parure de noces possèdent seuls cette admirable vestiture qui depuis long-temps les a rendus célèbres; les femelles, au contraire, déshéritées de brillants atours, ont un plumage terne et sans éclat; de plus elles ne présentent ni les brins de la queue, ni les faisceaux des flancs, ni l'ampleur du manteau. Il en est de même des jeunes mâles qui, dans les trois premières années de leurexistence, ressemblent aux femelles à sy méprendre, et ne commencent à prendre les brins de la queue qu’une année avant les parures dévolues à leur sexe par la période adulte.
Il seroit fastidieux de revenir sur toutes les opinions émises sur les paradisiers. Nous ne devons pas taire cependant que le charlatanisme et le désir d’accroître la réputation d'oiseaux déjà assez beaux par eux-mêmes, ont long-temps maintenu l’idée erronée que les oiseaux de paradis vivoient privés de jambes, erreur populaire que Linné a sanctionnée en donnant à l’émeraude Je nom trivial d’apoda. Cependant dès 1521 Pigafetta avoit formellement dit (Journal du premier voyage autour du monde, traduction francoise, pag. 497) : « On nous donna pour » le roi d'Espagne deux oiseaux morts très beaux, » de la grosseur d’une grive, à la tête petite et à » hec long : les jambes de la grosseur d'une plume » à écrire. Cet oiseau ne vole que lorsqu'il y a du » vent; on dit qu’il vient du paradis terrestre, et. » l'appelle bolondinata, c’est - à-dire ot eau de » Dieu. » Enfin le Museum wormianum (petit in folio, Lyon, 1655, pag 294), avoit donné très anciennement une figure exacte gravée sur bois d’un paradisier émeraude dessiné avec ses pieds. On doit même remarquer que le nom de manucodiata est appliqué à cette espèce, tandis que plus tard on le réserva exclusivement au petit paradisier dit le rot des oiseaux de paradis. Le caméléon des airs, chameæleon æreus du Museum calceolarium, est encore le paradisier émeraude, que décrivent avec de nombreux détails Advande, Séba, Walentyn, Forest, Sonnerat et Forster.
Les contes puérils débités sur les oiseaux de paradis ont été basés sur l’état habituel de mutilation
DES OISEAUX
qu’éprouvent ces êtres de la part des peuplades sauvages qui en font l’objet de leurs chasses actives, et qui les vendent aux corocores malais et aux jonques chinoises qui visitent les rivages de la Papuasie. C’est en effet en les écorchant grossièrement. en leur enlevant les jambes et les os du crâne, et en remplaçant les parties charnues du corps par un morceau de bois arrondi qu’ils font sortir par le bec, en les desséchant enfin au feu qu’ils les préparent pour les conserver et les vendre. Nous r’avons jamais vu appliquer le procédé que décrit Othon Helbigius (Coll. acad., t. III, p. 445, partie étrangère), qui consiste à enlever les entrailles, et traverser le corps par un fer rouge pour opérer une sorte de cuisson. C’est aussi complétement à tort que Levaillant attribue l’apparence de velours naturel ou le hérissement des plumes de la tête et du cou au raccourcissement de la peau produit par la dessiccation et les procédés barbares dont se servent les naturels pour leur préparation. Il est bien vrai que les Papous enlèvent les os du crâne et font sécher les peaux écorchées sur des roseaux, bien que nous doutions que ce soit à l’aide du soufre, ainsi que le dit Levaillant, et qu’il en résulte une diminution considérable de la tête et du cou; mais on ne peut plus aujourd’hui se tromper sur le volume réel de ces parties, puisque, dans nos voyages, nous avons tué un bon nombre de ces oiseaux , et que leurs dépouilles, préparées d’après les procédés de la taxidermie européenne, $e trouvent dans plusieurs des musées de Paris. Nous reviendrons sur ce sujet en décrivant le paradisier émeraude.
Des oiseaux supposés venir du ciel, ou habiter le paradis terrestre, ne devoient vivre que de rosée, que d’essence; ils étoient censés puiser leur seule nourriture dans l’eau condensée sur les feuilles, dans les vapeurs légères que dissipent les rayons du soleil ! ! Moins crédule, Bontius, d’un autre côté, exagère en les disant carnassiers au point de dévorer des
petits oiseaux, et Sonnerat représente le paradisier,
dit le superbe, tenant sous ses ongles un foible oiseau qu’il va déchirer. Mais Helbigius, voyageur de la compagnie des Indes hollandoises , s’est le premier rapproché de la vérité en disant qu’ils se nourrissent de divers fruits et notamment des baies de Waringa ou ficus benjamina (Rumph. pl. 55), et Linné ajoute qu'ils recherchent les insectes et surtout les grands papillons, bien que leur pâture favorite consiste en épices, au point qu’au temps de la maturation des muscades on voit, dit-on, les paradisiers émeraudes voler en troupes nombreuses comme le font les grives d'Europe à l’époque des vendages. D'un autre côté, l’ampleur de Ja commissure du bec annonce évidemment que tous les oiseaux de paradis sont gloutons, voraces, et par suite omnivores.
En dépouillant le genre des oiseaux de paradis de tout le merveilleux dont on s’est plu à l’embeliir, ce que nous savons des mœurs des émeraudes et manucodes nous prouve que l'organisation porte avec elle des analogies d’appétits, etque ces espèces étant des races trapues et voisines des corbeaux, comme ceux-ci elles doivent être omnivoreset partager leurs goûts comme Jeurs habitudes. C’est en effet ce qui a eu lieu, et les oiseaux de paradis recherchent aussi bien les fruits que les insectes, les larves et les vers que les bourgeons des arbres.
La patrie de tous ces oiseaux est assez restreinte ; ils ne franchissent guère les limites des terres brülantes dont l’ensemble forme ce que nous appelons Papuasie, terres situées sous l’équateur, entre la Malaisie et l'Australie, et comprenant ce que l’on connoit sous le nom de Nouvelle-Guinée , d’iles de Waigiou, d'Arou et îlots environnants. Toutefois le séricule prince-régent est de la Nouvelle-Galles du Sud. Suivant les auteurs d’ornithologie, quelques espèces fréquentent les buissons : mais c’est une erreur d'admettre avec eux qu’elles habitent de préférence les bois, en se perchant sur les arbresélevés, sans toutefois se poser sur leur cime, d’où le vent pourroit les renverser, en jetant le désordre dans leurs faisceaux de plumes. Il est douteux, suivant les mêmes sources, que les naturels attachent des huttes légères, d’où ils les tirent avec des flèches émoussées. Nous donnerons à cet égard quelques renseignements que nous nous sommes procurés à la Nouvelle-Guinée, lorsque nous parlerons du petit émeraude et du manucode. MM. Quoy et Gaimard (Voyage de l’Astrolabe, z0ol., t. F, pag. 155, 4850), qui visitèrent après nous le havre de Doréy, fournissent quelques aperçus que nous nous empressons derecueillir, bien que de lanature de ceux que nous avons insérés en 1828 dans notre Manuel d’ornithologie (t. [, pag. 587): « Les grands bois, disent ces » voyageurs, qui couronnent les hauteurs de Doréy, » sont d’une beauté vraiment admirable, et présen- » tent l’un des plus magnifiques spectacles que nous » ayons vus dans les régions équatoriales. Quoique » les arbres se touchent par leurs cimes, ils sont » assez écartés par la base pour qu’on puisse s’y pro- » mener et suivre les sentiers que les habitants y » ont tracés. C'est dans ces lieux que se tiennent les » calaos, les pigeons couronnés, la nombreuse fa- » mille des perroquets, les tourterelles en grand » nombre, et surtout l'oiseau de paradis émeraude. » Au mois d’août, époque à laquelle nous nous » trouvions à Doréy, on voyoit une grande quantité » de jeunes mâles parmi les femelles, avec lesquelles » il est assez facile de les confondre, parce qu'ils » n’ont point encore ni leurs beaux parements, ni la » tête et le cou émeraude; cependant ils sont un » peu plus grands et plus élancés. Nous n’arrivèmes
» à la connoissance de ce fait qu’en vérifiant le sexe. » On tua aussi plusieurs jeunes mâles qui n’avoient » que les deux longs brins. Nous remarquâmes que » quelques uns de ces brins ont d’un seul ou de deux » côtés des barbules dans ure certaine étendue, le » plus souvent près de leur origine. C’est le contraire » de ce qui a lieu dans les drongos et les engoule- » vents. Ces beaux paradisiers, vifs, remuants, ne » demeurent pas long-temps à la même place. Les » femelles font entendre à peu près le même cri » que les mâles. Le paradisier grand émeraude » nous paroît peu fréquenter cette partie de la Nou- » velle-Guinée : c’est surtout des iles d’Arou qu’on » letire. »