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LES VRAIS PARADISIERS

Paradisæa. LESs.

Les oiseaux qui appartiennent à la tribu des vrais paradisiers sont remarquables par la plus grande similitude dans l’ensemble de leur organisation. Dans l'opinion de quelques personnes, deux espèces seu- Jement lui appartiennent : l’émeraude et le paradisier rouge. Pour des observateurs attentifs, l'émeraude présente deux races non seulement variables par la taille, mais encore par les couleurs du plumage et par les circonscriptions de pays. Les anciens auteurs parlent fréquemment de ces paradisiers sous le nom de manucodiate, nom que nous trouvons aussi bien dans Brisson que dans Hernandez, Clusius et autres, bien que plus tard on l'ait exclusivement attribué à l’espèce appelée le roi du paradis. Ces paradisiers , enfin, répondent aux oiseaux que M. Vieillot appellent amalies, sans que nous soyons fixés sur la vraie origine de ce nom barbare.

Les paradisiers ont la taille du geai de France ; ce sont des oiseaux remarquables par des formes robustes et des membres pleins de vigueur, ayant leurs flancs couverts par des faisceaux de plumes souples, légères et admirables dans leur élégance. Deux longs brins tenant lieu de rectrices moyennes dépassent la queue; un encadrement de plumes courtes et veloutées forme un masque sur la partie antérieure de la tête. Ces plumes, d’une nature douce et serrée, reflètent l’éclat de l’émeraude; le reste du plumage , à part les flancs , n’a rien de particulier ; car les individus du sexe mâle sont seuls possesseurs des parures qui ont rendu ces oiseaux célèbres. Les femelles et les jeunes, complétement déshérités, n’ont que des vêtements simples, etrien dans leur extérieur n’est propre à fixer les regards superficiels. Les plumes, appelées rémiges et rec-

HISTOIRE NATURELLE

trices sont droites et assez résistantes ; les pieds surtout sont remarquables par une puissance de préhension qu’on retrouve chez tous les oiseaux de la famille des corbeaux.

En dernière analyse, les caractères spécifiques qu'il seroit convenable d’assigner aux oiseaux qui nous occupent seroient, dans le langage des zoologistes, les suivants : leur tête est arrondie, recouverte de plumes veloutées en devant et parfois légèrement prolongées sur l’occiput, de manière à former deux sortes de petites houppes ; leur bec est robuste, dur, aussi long que le crâne, légèrement velouté, comprimé sur les côtés. Le sommet de la mandibule supérieure est échancré, la pointe de l’inférieure l’est également de chaque côté; disposition du bec qui a cela de remarquable de se trouver chez tous les oiseaux de paradis aussi bien que chez les séricules et les épimaques. Les fosses nasales sont basales, latérales , profondes et en grande partie recouvertes par les plumes avancées du capistrum. Toutefois les plumes veloutées ne cachent point la fosse entière et les narines communiquent librement à l’extérieur à la partie antérieure. La langue est amincie et légèrement ciliée sur les bords. Le sternum est étroit, surmonté par un bréchet mince , aigu au sommet, atténué en bas, et présentant de chaque côté du bord inférieur une échancrure ovalaire simulant un trou. Les ailes dépassent un peu le croupion ; la première rémige est médiocre, et les plus longues se trouvent être les quatrième et cinquième. La queue est médiocre, rectiligne, composée de dix rectrices et de deux longs brins chez les mâles adultes et de douze chez les jeunes et les femelles. Les jambes, emplumées jusqu’au talon, se terminent par des tarses garnis de longues scutelles ; le pouce est fort, et le doigt extérieur est légèrement soudé au médian; les ongles sont très acérés et aigus.

Les vrais paradisiers paroissent vivre en bandes dans les profondes forêts de la Papuasie, terre, comme l’on sait, formée d'îles agglomérées sous l’équateur, telles qu’Arou, Waigiou et la Nouvelle- Guinée. Ce sont des oiseaux de passage changeant de districts, à ce que l’on suppose, suivant les moussons. Les femelles se réunissent en grand nombre sur les sommets des arbres les plus grands des forêts eu criant toutes à la fois dans le but sans doute d’appeler les mâles. Ceux-ci nous ont toujours paru solitaires au milieu d’une quinzaine de femelles, parmi lesquelles ils régnoient à la manière des coqs sur des essaims de poules.

C’est de fruits que se nourrissent le plus ordinairement les paradisiers; les mâles ne se mettent guère en quête de leur nourriture que le soir et le matin ; ils restent tapis sur le feuillage dans le milieu du jour; leur cri est fort et accentué. Nous ne nous procurämes des dépouilles du grand paradisier

DES OISEAUX

émeraude qu'à Amboine. Les trafiquants malais ne les recoivent dans cette métropole des possessions hollandoises aux Indes orientales que par les corocores de la grande île de Céram. Or, cette espèce paroît bien évidemment confinée aux iles d’Arou et peut-être dans la partie méridionale de Céram même. D'un autre côté, nous n’avons jamais vu de paradisier émeraude dans l’île de Waïigiou; mais les naturels nous apportèrent des peaux des paradisiers rouges conservées dans des bambous, et comme nous y tuâmes la femelle qui est figurée dans cet ouvrage, on doit assigner l’ile de Waigiou pour patrie à cette magnifique espèce. Enfin la quantité prodigieuse de petits émeraudes mutilés en panache que nous vendirent les Papuoas du Nord et de la Nouvelle- Guinée, et le grand nombre de mâles et de femelles que nous tuâmes sur le pourtour du havre de Doréy, nous autorisent à regarder cette partie de la terre des Papous comme le pays où celte espèce est extraordinairement commune et vit d’une manière permanente.

Les parures des mâles en plumage de noces se composent de faisceaux ou d’un jaune tendre ou d’un rouge admirable; un marron plus ou moins foncé, un jaune plus ou moins pur, colorent le reste du plumage; les rectrices comme les rémiges sont marron; une plaque émeraude forme un hausse - col sur la gorge, et le bec de couleur de corne est encadré de vert noir.

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