‹ Compléments de BuffonChapitre 329 sur 667 · LES CASSIDES · texte numérisé non relu

LES CASSIDES

On n’en connoît qu’une espèce de Cayenne et de l'Amérique chaude, le cassique à mantelel (5), qui auroit bien pu être confondu avec les quiscales, parce qu’il a un plumage entièrement noir. Cependant ses caractères zooïogiques le séparent de toutes les autres espèces de troupiales, car il a un bec assez long, très épais, par conséquent robuste, de forme conique, bien que quadrilatère à sa base, et que ses côtés soient comprimés à la pointe. Son arête est dilatée, disposée en plateau ovalaire , qui entame les plumes du front, et qui se prolonge sur toute la voûte de la mandibule. Les narines sont ouvertes en trou arrondi sur les rebords, et en dessous, de cette arête déprimée. La commissure du bec est très déjetée, et les branches de la mandibule inférieure sont renflées. Les tarses sont longs et forts; la queue est ample, deltoïdale et échancrée ; les ailes sont pointues, et la première rémige est la plus longue,

(") Cassiculus,Sw., Zool. Journ.; Less., Manuel, t. If, pag. 426.

(} Cassicus cristatus, L., enl. 344 et 328.

E) Cassiculus coronatus , Sw., Phil. mag., n. 61 :icterus melanicterus, Ch. Bonap., Ac. Ph., L. IV, p. 389 : icterus dialematus , Temm., pl. col. 482,

(:) Cassidix, Less., Ornith., p. 433.

(5) Corvus mexicanus, Gm. Cassidis niger, Vieill., Gal, pl. 89? é

LES TROUPIALES,

Icterus. AucT.

Brisson a proposé de séparer sous ce nom un grand nombre d’oiseaux qui vivent réunis en troupes, d’où leur vient leur nom de froupia'es, et de les isoler du genre loriot (oriolus), dans lequel Linné les avoit tous placés. Les principes de Brisson furert long-temps dédaignés, et les troupiales ont été maintenus avec les loriots, ou ont été par la suite démembrés par les naturalistes modernes avec des principes très différents. Tout porte à croire que le genre {roupiale (icterus) restera seul dans la science , et que les genres qu’on en a isolés seront regardés comme de simples coupes artificielles, utiles pour sectionner les espèces, et établir leurs rapports entre elles. Les troupiales peuvent être aiusi caractérisés : bec plus long ou de la longueur de la tête, droit ou légèrement recourlé, disposé en cône allongé, pointu, un peu comprimé, sans arête d'stincte, à base s’avancçant dans les plumes du front, à surface arrondie ou anguleuse, à pointe très entière, très actrée, à bords des mandibules fléchis en dedans. Les narines sont basilaires , percées dans le sens longitudinal , et recouvertes par un rudiment de nature cornée. Les pieds sont médiocres, à tarse de la longueur ou plus long que le doigt du milieu ; :es doigts latéraux sont à peu près égaux; l’externe est soudé à sa base, l’interne est divisé. Les ailes sont longues; les deux premières rémiges un peu moins longues que la troisième et la quatrième, qui sont les plus longues. Tels sont les caractères généraux assignés aux espèces de ce genre par M. Temminck.

M. Cuvier a fait des troupiales une familie qu’il nomme les CaSsiQuEs, cussicus. Il leur donne pour attribut général d’avoir : un grand bec conique, gros à la base, singulièrement aiguisé en pointe ; de petites narines ronds, percées sur les côtés ; la commissure des maudibules en ligne brisée, ou formant un angle comme aux étourneaux. Ce sont, dit M. Cuvier, des oiseaux d'Amérique de mœurs assez semblables à celles de nos étourneaux, vivant comme eux en essaims, construisant souvent leurs nids près les uns des autres, et y mettant quelquefois beaucoup d’art. {ls se nourrissent d’insectes et de grains, et leurs troupes nombreuses font ce grauds ravages dans les champs cultivés. On dt leur chair mauvaise, M. Cuvier divise les troupiales ainsi qu'il suit: 1° les cassiques proprement dits, cassicus, qui ont la base du bec remontant sur le front, et y entamant les plumes par une large échancrure demi-cireulaire : celle coupe renferme

les plus grandes espèces; 2° les troupiales, icierus, dont le bec n’entame les plumes du front que par une échancruüre aiguë, et n’est arqué que sur sa longueur ; 3° les carouges, æanthornus, qui ne diffèrent des troupiales que parce que leur bec est parfaitement droit; enfin M. Cuvier y joint les pitpüts, sous le nom de dacnis, qui représentent en petit les carouges par leur bec conique et aigu , et qui les unissent aux figuiers. Le type de ces dacnis est en effet le figuier de Cayenne, motacilla cayana, Gm., enl. 669.

Dès 1800, Daudin, dans son Traité élémentaire d'Ornithologie, avait sectionné les troupiales en quiscales, où étourneaux-mainates, puis en deux genres , les CACIQUES , cacicus , et les TROUPIALES, icterus; mais cet auteur, méconnaissant les distributions géographiques, a réuni à ce dernier genre un grand nombre de TISSERINS, ploreus , et rendu impo-sible toute démarcation avec les fringilles. Daudin divisa les troupiales en deux sections ; la première comprenoit les carouges , el la seconde les vrais troupiales , et il y entassa toutes sortes d’oiseaux , et jusqu’à un drongo.

M. Temminck n’a reconnu dans son Essai que le genre icterus, qu'il a placé entre les loriots et les étourneaux. Il n’en est pas de même de M. Vieillot. Ce dernier, en établissant sa onzième famille, ou les TissErAnDS, teælores, y classa les genres loriot, malimbe , ictérie, et les troupiales, qu’il divisa ainsi qu’il suit : 1° carouge, pendulinus, bec un peu grêle, arrondi, longicône, entier, un peu fléchi , à bords inclinés en dedans, assez épais, ou aigu à l’extrémité, à mandibule supérieure prolongée en pointe dans les plumes du front. Il y adapta deux sections, et prit pour type l’oriolus spurius, femina, et l'oriolus ferrugineus de Gmelin. 2° Baltimore, yphantes, bec droit, polyèdre, entier, un peu grêle, acuminé, à mandibule supérieure prolongée en pointe dans les plumes du front. Types, le baltimore franc de Buffon, et l’oriolus spurius mâle de Gmelin et de Latham. 5° Troupiale , age- Liius, bec épais à la base, convexe en dessus, entier, robuste, longicône, droit, à bords droits, ou fléchis en dedans, acuminés, mandibule supérieure prolongée en pointe sur le front, quelquefois concave à la base, près du capistrum. Il reconnoit trois sections, qui ont pour {ypes le troupiale commandeur, le troupiale de Cayenne, et le cap-more : ce dernier est un tisserin de M. Cuvier. 4e Cassique , cassicus, à bec plus long que la tête, droit, entier, longicône, convexe en dessus, robuste, pointu , à mandibule supérieure à base gibbeuse, prolongée et arrondie dans les plumes du front : le type de ce dernier genre est le cassique huppé de Buffon. 50 Enfin, M. Vieillot admet encore le genre malimbe, sycobius , à bec fort, longicône, convexe

HISTOIRE NATURELLE

; en dessus, un peu comprimé par les côtés, entier,

courbé vers le bout, à mandibale inférieure à bords filéchis en dedans, à ailes à penne bâtarde : le type est le malimbe huppé des oiseaux chauteurs de M. Vieillot.

M. Vigors, dans un mémoire inséré dans let. IT du Zoological Journal, p. 182, a passé en revue toutes les espèces du genre écterus, et il admet les cinq divisions suivantes, dans lesquelles il classe les espèces les mieux connues : 4° leistes, bec droit, anguleux à la base ; queue égale ; 2° cassicus, Daudin, bec droit, arrondi à la base, queue presque égale; 5° quiscalus, Vieill., bec épais, courbé, anguleux à la base; queue étagée, cymbiforme ; 4o dcterus, Cuv., bee courbé, grêle, anguleux à la base ; queue étagée , arrondie; 5° æanthornus, Cuv., bec srêle, droit, anguleux, queue à peu près arrondie.

Les troupiales appartiennent au quatrième ordre de la méthode de Brisson ; à la classe onzième, ptcæ, première tribu du Système de la nature de Linné ; au dixième ordre de la classe des passereaux de l’arrangement proposé par M. de Lacépède ; à la dixième famille, gregarii, de l’ordre des ambulatores d'Hliger; aux passereaux conirostres de M. Cuvier ; à la famille des tisserands de l’ordres des sylvains de M. Vieillot; à l’ordre deuxième des omnivores de M. Temminck ; à l’ordes insessores, à la tribu des conirostres, à la famille des sturnidées , à la sous-famille des icterina de M. Vigors.

Démembré du grand genre oriolus de Linné, le genre troupiale, ?cterus , est parfaitement caractérisé par ses mœurs , la forme de son bec, et sa patrie. Les loriots , voisins des merles, sont exclusivement propres à l’ancien monde; et les troupiales, alliés aux étourneaux, dont ils ont la manière de vivre, sont exclusivement propres au nouveau continent , excepté une espèce que nous avons découverte à la Nouvelle-Zéande, et qui a tous les caractères des carouges de l’Amériqne du Sud. Plusieurs des espèces de l’ancien monde, réunies aux troupiales, ne doivent point appartenir à ce genre, et c’est ainsi que le cap-more et plusieurs autres, classés parmi les troupiales par M. Vieillot, doivent être rejetés avec les tisserins, les fringilles , et même les étourneaux.

Les troupiales ont les habitudes des étourneaux ; ils se réunissent par troupes considérables, qui aiment à s’abattre dans les champs ernsemencés ou au milieu des prairies fraîches et humides. On dit que plusieurs espèces se retirent dans les roseaux pour y passer la nuit. Les cassiques vivent dans les grandes forêts de la Guyane et du Brésil, tandis que les troupiales et les carouges ne sont nulle part plus abondants qu’au Paraguay et au Chili. Les colons espagnols de Buenos-Ayres, comme ceux du

DES OISEAUX

Chili, les nomment {ordos. Ces oiseaux sont vifs, 4 défiants, volent assez bien et long-temps; leur chant est une sorte de sifflement. Lorsqu'ils marchent, ils tiennent le corps presque droit. Els n’aiment point à se percher sur les arbres, au dire de d'Azara, qui ajoute qu’ils ne mangent point de fruits, mais qu’ils recherchent les insectes et les graines. Plusieurs espèces de ce genre vivent toutefois solitaires ou par paires , et plusieurs autres émigrent et changent de pays chaque année.

Les plus grandes erreurs règnent dans la synonymie des divers troupiales : des âges, des sexes différents , ont été érigés en espèces; de sorte qu’il est fort difficile d’en débrouiller les individus. Presque tous ont du noir et du jaune, ou du noir et de l'orangé, et quelques uns du noir et du rouge. Sous ce rapport ces oiseaux ont une ressemblance générale fort remarquable. Quelques espèces enfin sont entièrement noires et d’autres olives. Les cassiques sont les plus grands individus de la famille On a écrit diversement leur nom; Brisson, Lacépède et Daudin l’orthographiaient comme cacique ; mais ce nom vient indubitablement de cassidis, par rapport au demi-casque corné qui forme la base de la mandibule supérieure et qui entaille les plumes du front. Nous ne décrirons point les rassiques, parce que l’on en trouvera l’histoire augmentée de la description de plusieurs espèces nouvelles dans un des livres suivants ; nous ne mentionnerons que les 2clterus, plus particulièrement nommés sarouges, troupiales et quiscales.

Le genre icterus de Daudin ; qui renferme les deux sous-genres feterus et æanthornus de M. Cuvier, et leistes de Viggors, embrasse toutes Îles espèces qu’il nous reste à passer en revue. Les quiscales semblent être le chaînon qui lie les cassiques aux troupiales.

\ Ier, QUISCALUS.

Page 1