L'OISEAU-MOUCHE A BEC RECOURBÉ
Trochilus recurvirostris. SWAINS.
Cet oiseau-mouche a été récemment figuré et dé-
crit par M. Swainson, et c’est même d’après cet auteur que nous en parterons ; car de toutes les espèces
jusqu’à ce jour connues celle-ci seroit une des plus remarquables par la forme recourbée du bee, si cette particularité n'étoit pas individuelle et Je résultat de quelque accident.
Ainsi s'exprime M. Swainson (!) : « La forme extraordinaire du bec de cette brillante espèce n’a point d’analogue parmi les oiseaux terrestres, et retrace en miniature, par la plus frappante analogie, le bec de l’avocette. On ne peut véritablement soupconner le but d’une telle organisation , à moins de penser qu’elle ne soit accommodée pour puiser au fond des corolles renversées des bignonias ou autres plantes analogues dont les fleurs pendent sur le tronc des arbres, et sont si multipliées dans toute l'Amérique du Sud. Ce bec recourbé se trouveroit donc parfaitement accommodé à la courbure des cloches mellifères qui fournissent à ces êtres leur nourriture principale. »
Nous attendrons toutefois de nouvelles observations avant d’admettre l’existence d’une telle manière d’être parmi les oiseaux-mouches. Il est fort probable que le bec de cet oiseau aura été comprimé et recourbé dans son état frais par quelque supercherie que l’avenir dévoilera. Toutefois cette espèce par les teintes de son plumage ne se rapporte à aucune autre, et paroit évidemment nouvelle.
Représenté de grandeur naturelle, cet oiseau a le bec noir, déprimé dans toute sa longueur, mais plus particulièrement vers la pointe, qui est arrondie, obtuse, mince et recourbée également aux deux mandibules. L’inférieare présente en dessouset dans son milieu une légère convexité qui renforce la ligne courbe que décrit ainsi vers le haut le bec entier.
La couleur du plumage en dessous ainsi que le ventre est d’un vert doré métallique. Un plastron de plumes écailleuses s’étend du gosier jusqu’à la poitrine, en occupant tout le devant du cou, et brille de tout l’éclat de l'émeraude. La poitrine et la région abdominale sont traversées par une raie noire qui en occupe le milieu. Les plumes qui enveloppent les cuisses sont blanches.
La queue est rectiligne, moins longue que les ailes; les deux rectrices moyennes sont en entier d’uu vert bleu, tandis que les autres sont teintées de brun cuivré passant en dessous à une belle cous leur topaze chatoyante.
Les rémiges sont d’un brun pourpré qui n’a rien de particulier.
L’oiseau-mouche à bec recourbé se trouvoit dans la collection célèbre de M. Bullok à Londres, et provenoit du Pérou. Son port, ses habitudes corporelles, et les détails de son organisation, ne diffèrent en rien de ceux des autres oiscaux- mouches. Ce qui seulement le rendroit remarquable est la forme de
(r) Zool. Illust., t. 11, pl, 105,
DES OISEAUX
son bec, sur laquelle on doit encore attendre de nouveaux renseignements.
L'OISEAU - MOUCHE DEMI-DEUIL, Ornismya lugubris. Less., Synop.
Cet oiseau-mouche, que M. Vieillot a placé parmi les colibris, a le bec parfaitement droit et très robuste. Cet organe est toutefois élargi à sa base , arrondi, et puis renflé avant de se terminer en pointe. Il est noir et long de près de dix lignes.
La longueur totale de cette espèce est de près de
cinq pouces. Le corps est épais et robuste; la queue se compose de pennes qui ne sont pas toutes égales, et qui lui donnent une légère disposition fourchue ; les ailes sont étroites et plus longues que la queue, qu’elles ne dépassent cependant que de quelques lignes ; les tarses sont assez proportionnés au volume du corps; ils sont bruns en dessus, jaunes en dessous, et velus jusqu'aux doigts; les petites plumes qui les recouvrent en dedans sont noires, tandis que celles qui sont implantées en arrière sont d’un blanc de neige. L'oiseau-mouche demi-deuil doit donc occuper par la taille un des premiers rangs de sa famille.
: Au premier aspect, l'espèce dont nous détaillons les diverses parties ne frappe point les yeux par cet éclat qui captive et qui éblouit, sans qu’on puisse se défendre du danger d’üne première impression. Sa parure demande, pour être appréciée, un examen réfléchi : et ce n’est guère que parmi les vrais amis de la nature qu’elle doit trouver des admirateurs.
Un noir de velours très intense, mais en même temps d’une extrême douceur au toucher, couvre la tête, le corps, le croupion, le cou, la poitrine, et le milieu de l’abdomen; partout ce noir affecte la teinte et l’aspect séricéeux ; seulement, chez certains individus, il s’y mêle sur le milieu du dos des reflets d’un vert doré métallique qui s'étendent parfois jusque sur le derrière du cou. Chez d’autres, au contraire, il est partout d’un noir de velours mat, parfois nuancé de pourpre très éteint parmi la couleur brune. Parfois enfin le vert doré se change en reflets de cuivre de Rosette.
Les petites couvertures des ailes sont vertes et dorées, et leurs rémiges, qui sont très longues et garnies de tiges aplaties et robustes, sont d’un brun pourpré. Les couvertures supérieures de la queue sont assez fournies, et d’un vert doré brillant.
La queue, composée de dix rectrices larges, courtes, rectilignes à l'extrémité de chacunes d’elles, est cependant légèrement fourchue par la brièveté des pennes moyennes; les deux centrales sont en entier d’un vert doré foncé, tandis que les suivantes
sont dans toute leur longueur, et dessous aussi bien que dessus, d’un blanc de neige, excepté à leur terminaison, où se dessine un liséré noir bronzé.
Le milieu du ventre est donc d'un beau noir de velours; mais le bas-ventre et les flancs sont d’un blanc pur, que relève le noir intense des couvertures inférieures de la queue.
Les nombreux individus de l'oiseau - mouche demi-deuil que nous avons pu étudier nous ont présenté de nombreuses dissemblances. C’est ainsi que certains ont les deux rectrices qui suivent les moyennes d’un bronzé violet, et deux taches d’un roux vif placées comme deux étroites bandelettes sur les côtés de la gorge; que d’autres sont ternes et sans éclat : que d’autres ont des teintes plus brillantes et plus pures.
Tel est le plumage de l'oiseau mâle. Celui de la femelle, ou du moins des individus que nous croyons être du sexe féminin, en diffère par quelques fortes nuances : d’abord deux traits d’un roux ocreux fort vif naissent des branches de Ja mandibule inférieure, se porte sur les côtés de la gorge, ct s'étendent jusque vers le bas du cou et près de la poitrine. Les plumes noires sont généralement d'un aspect moins soyeux, et il s’y mêle une forte teinte de roux sur le derrière de la tête et sur le veatre; les couvertures supérieures et inférieures de la queue sont même bordées d’un léger ruban roux ; les rectrices enfin sont couleur d’acier, excepté les deux externes de chaque côté, qui sont blanches et terminées de blanc.
L'oiseau- mouche demi - deuil habite le Brésil. C’est une des espèce les plus multipliées , et qu’on trouve aujourd’hui communément dans les collections. Le Muséum en possède cinq individus, et M. Florent Prévost a bien voulu en mettre à notre disposition un grand nombre de peaux, qui ont servi à établir la description qu’on vient de lire.
Cet oiseau vit principalement sur les grands arb'es de corail ou érythrine, lorsqu'ils sont en fleurs.